Laos – le bilan

(Mieux vaut tard que jamais !)

 

 
 

 

 

Prix d’un lit dans un dortoir : 10 000 à 40 000 KIP (entre 1 et 4€)
Prix d’une chambre : 60 000 KIP (soit 6€)
Prix d’un repas : 60 000 KIP (ouais, c’est pas si bon marché le Laos)
Prix d’un McDo : bah non… toujours pas de McDo (je commence à manquer de carbohydrates…)
Prix d’une bouteille d’eau : 5 000 KIP (0,50€)
Ce qui va me manquer : le jus de citron glacé avec une cuillère de miel, le Mékong (encore et toujours), les boulangeries françaises qui envoient de la bûchette, les librairies où tu peux acheter le Nouvel Obs, le vent dans mes cheveux sur ma moto (la blague ! même pas vrai, j’avais un casque…), les éléphants qui se baignent dans les rivières à peine dérangés par les enfants qui font des concours de plongeon, les couchers de soleil sur le Mékong, le ballet des robes orangées des bonzes dans les rues de Luang Prabang.
Ce que je ne vais pas regretter : les imbéciles de chiens qui traversent la route sans regarder, les moustiques à retardement (particulièrement vicieux), le manque de respect de la part des touristes et le voyeurisme extrême pendant le Tak Bat, les bus (comme finalement un peu partout jusqu’à maintenant), la bouffe (rien de bien extraordinaire à se mettre sous la dent finalement).
La phrase qu’il fallait retenir : « Un croissant et un pain au chocolat s’il vous plaît ! » (et en français, of course !)
Bon, alors, le Laos. Encore un pays dont on ne parle pas assez.
Ben, c’était bien sympa. Peut-être pas autant que le Cambodge malgré tout ce qu’on m’avait promis. Moins de rencontres spontanées. Ce qui ne veut pas dire que les Laotiens ne sont pas sympas, loin de là, c’est juste que j’en ai rencontrés moins. Bon, faut avouer pour leur défense que la densité de population ne fait pas s’étouffer non plus. 
C’est vrai que c’est pauvre. Sûrement encore plus que le Cambodge. Les bicoques faites de planches mal assemblées, les routes criblées de nids-de-poules et parfois même à peine goudronnées, la poussière partout…
Mais ça n’empêche pas de trouver quelques restos et cafés un peu bobos à Luang Prabang et à Vientiane (de toute façon, en dehors de ces 2 villes, le reste, c’est vraiment la cambrousse). Cela étant dit, je n’ai pas multiplié les étapes au Laos. Difficile donc de se faire une opinion globale, les 3/4 du pays restent à explorer.
Les gens sont tout de même très souriants, agréables, ils n’essayent pas de t’arnaquer chaque fois que tu demandes quelque chose, ils sont plutôt contents que les touristes viennent découvrir leur pays et ils essayent de mettre en valeur le côté « nature & authenticité », ce qui est plutôt réussi.
Bon, pas de révélation fracassante côté culinaire, plutôt un bon mix entre ce que j’avais déjà testé au Vietnam et au Cambodge avec un zeste d’influence thaïe (on trouve pas mal de lait de coco) mais j’avoue avoir usé et abusé des boulangeries françaises et m’être empiffrée de croissants et autres baguettes (quoi ? je rattrape mon quota de croissants depuis septembre !).
Le vrai défi de l’étape laotienne c’était d’apprendre à conduire un scooter… défi amplement relevé (si on omet la mésaventure canine…), je sais même piloter des semi-automatiques ! Le seul regret c’est de ne pas l’avoir fait avant !
 

Maintenant, il ne reste plus qu’à revenir parce que 15 jours, clairement, c’était trop court et puis aller explorer tout le centre du pays, prendre le temps de faire un peu de trek et de rencontrer les Laotiens, enfin.
Ah si, j’oubliais, au Laos aussi, on fait du bon son… Ça fait un peu saigner des oreilles si on écoute ça pendant plus de 10 minutes mais c’est bien rigolo. Et ça colle parfaitement à l’ambiance…

Vientiane

Je sais pas c’est quoi leur problème aux chauffeurs de bus dans cette partie du monde mais pourquoi faut-il qu’ils roulent comme des dingues alors qu’on a toute la nuit devant nous au point que tu passes ton temps à rouler d’un bord à l’autre de ta couchette et qu’ils te déposent avec près de 2 heures d’avance sur l’horaire prévu à destination ce qui fait que tu te retrouves à débarquer dans des villes inconnues à 5 heures du matin, heure à laquelle, c’est bien connu, les réceptionnistes des hôtels t’accueillent les bras ouverts… Un jour, faudra qu’on m’explique.

Bon, donc voilà, il est 5 heures du matin, je découvre la gare routière de Vientiane (2 fois plus grande que l’aéroport de Luang Prabang, là, je sais que vous voyez tout de suite mieux de quoi je parle) et je grimpe dans un jumbo (un tuk-tuk collectif) qui me dépose en centre-ville, à 2 pas de la guest house où j’ai prévu d’établir mon campement. Sauf que. Il est toujours 5 heures (et demie maintenant). Heureusement, y a des gens qui dorment sur des banquettes dans le hall (visiblement, y en a qui avaient quelque chose à fêter hier soir) et qui me laissent poser mon barda dans un coin et somnoler gentiment jusqu’à ce que le jour se lève.  Le ballet du check-out / check-in n’étant pas prévu avant midi, j’ai le temps de prendre un petit déj dans une des innombrables boulangeries françaises qui bordent la rue et de faire un premier tour dans la capitale laotienne.

La capitale… 265 000 habitants, pas plus de 10 buildings dignes de ce nom et la circulation la moins dense de l’Asie du sud-est. Ça a plutôt l’air d’une sympathique petite ville de province, où les rues s’appellent « Rue Machin-Chose », où les noms des ministères sont écrits « Ministère du Truc-Bidule » et où le Mékong est longé par une Promenade des Anglais en pleine construction. Probablement la ville où flotte le plus perceptiblement un petit parfum suranné de colonialisme français et où on peut faire du lèche-vitrine en se disant « Ouh… c’est joli ça ! Ouh là là, mais comme c’est cher, on se croirait à la maison ! ». D’ailleurs, je suis à 2 doigts de m’y croire (à la maison… sauf qu’il fait 40°C… toujours) parce que la ville fourmille d’expats français (tu comprends toutes les conversations, une première depuis… longtemps !), que la carte du resto propose une salade périgourdine et que tu peux boire ton thé glacé en terrasse en lisant le Nouvel Obs (j’ai pas trouvé Télérama… oui, je suis une bobo, maintenant, c’est officiel, je l’assume et je vais bien, merci).

Bref, il fait bon passer 3 jours (ou plus ? pourquoi pas…) à Vientiane même s’il n’y a pas grand-chose à voir à part l’habituelle collection de temples et de Bouddhas en tous genres mais le ciel est bleu fluo, les massages pas chers, tu trouves des Magnums Moka-Belgium Chocolate (une tuerie…) et puis c’est la dernière fois que je flâne le long du Mékong.

Et oui ! Le Mékong, c’est fini. D’ailleurs, ça commence à sentir la fin de l’Asie. Dans un mois tout pile, ce sera passage dans l’hémisphère sud (une grande première !) et l’Australie ! En attendant, ce soir, je reprends l’avion (oui, je sais, c’est mal mais je vous expliquerai la prochaine fois pourquoi parfois, l’avion, c’est mieux), direction Bangkok, où je retrouve Stéphanie, ma fidèle compagnonne de camping américain par -4°C, avec qui on a décidé de troquer cette année nos sous-vêtements polaires et notre tente Quechua contre des tongs, de la crème solaire et des rondelles de citron sur le bord de nos verres à cocktails. Tout un programme !

Pour les dernières photos du Laos, c’est ici.

Luang Prabang

D’après vous, à quoi peut bien ressembler l’aéroport international de Luang Prabang ? A une bicoque avec un toit de temple et 2 salles, une « Arrivées » et une « Départs » et entre les 2, un petit guichet avec un type en uniforme qui joue avec 3 tampons ? Bah oui. C’est ça. C’est aussi clafi de moustiques. Genre entêtés les moustiques. Mais bien sûr, ils ont affaire à plus coriace qu’eux.

Arrivée à la nuit tombée, je sais pour une fois précisément combien il fait (« Welcome to Luang Prabang airport. The outside temperature is 29°C… ») et je découvre la ville depuis la fenêtre du taxi collectif qui me dépose devant ma guest house. Ça a l’air bien plus vivant que ce que j’ai traversé jusqu’à maintenant au Laos et puis, y a plein de petits lampions, toutes les terrasses des restos sont en bois, c’est tout mignon, bref, c’est la Hoi An du Laos. Impression confirmée par ma première visite au night market où s’alignent les stands de grillades et les buffets de nouilles mais où les seuls Laotiens sont derrière les stands. En fait, le night market s’étend tout le long de l’artère principale de la ville rendue piétonne pour la soirée et s’adresse uniquement aux touristes. On peut y trouver tous les souvenirs « classiques » et le marchandage, obligatoire, se fait sur calculette histoire d’éviter les malentendus. Mais c’est assez sympa d’y flâner et de goûter quelques spécialités comme la saucisse de buffle ou des petits gâteaux à la noix de coco tout chauds.

Pour commencer mon séjour à Luang Prabang, j’ai décidé d’aller visiter les grottes de Pak Ou à quelques kilomètres au nord.  Pour se rendre à Pak Ou, il faut prendre un long tail boat (une longue barque pas bien large) et remonter le Mékong pendant 2 bonnes heures (le courant est assez fort). Et puis, faut revenir. En fait, la balade est presque plus intéressante que la visite des grottes en elles-mêmes qui ne dure que 40 minutes et où y a pas grand-chose à voir à part des centaines d’effigies de Bouddha installées dans la falaise. Mais le Mékong est toujours aussi joli et on fait coucou aux Laotiens qui pêchent, jardinent ou font leur lessive le long des berges.

En rentrant, je traverse une des petites passerelles de bambou qui enjambent la Nam Khan (l’autre rivière qui passe à Luang Prabang) à la saison sèche (à la saison des pluies, le courant est trop fort et les passerelles sont démontées) et je vais déjeuner dans un des petits restos qui regardent tranquillement couler l’eau en laissant filer les heures les plus chaudes. Et puis, je me balade dans la ville, plutôt calme en journée, et je découvre ses jolis bâtiments coloniaux et ses temples à chaque coin de rue. Il faut dire que Luang Prabang est classée au patrimoine mondial de l’Unesco. Alors les autorités prennent tout projet de construction ou de rénovation très au sérieux et pour une fois, on apprécie le souci de l’esthétique. L’ambiance de la ville est détendue, les gens sont aux terrasses des cafés, jouent à la pétanque (appelée ici « pétang » et un vrai sport national) et on entend les cris des enfants qui jouent dans les cours d’écoles. C’est plutôt agréable, ce semblant d’urbanisation après quelques semaines dans la cambrousse. Et pouvoir commander un Iced Latte Macchiatto et se faire servir un Iced Latte Macchiatto (et pas un éternel café chaud au lait concentré même si le serveur a dit « OK, OK ! »), ça s’apprécie aussi.

Pour finir cette première journée, je m’inscris à un cours de cuisine. Bon. Pas la meilleure expérience en la matière que j’ai eu jusque là. Déjà, la patronne (américaine) m’arnaque de 10 euros sur le prix du cours : elle me fait payer 260 000 KIP et quand je m’aperçois que les autres participants n’ont payé que 160 000, je vais réclamer mais elle dit ne pas m’avoir fait payer 260 et que j’ai dû me tromper… Mouais… Ça commence mal. Ensuite, le cours n’est pas vraiment un cours mais la démonstration ultra rapide de 4 plats (dont un qui consiste à faire bouillir des légumes pour les tremper dans une sauce tomate). Il faut ensuite en choisir 2 qu’on réalise soi-même en suivant le bouquin de recettes pendant que les « profs » discutent dehors…  On termine par la dégustation de nos plats et à 19h30, faut débarrasser la place parce que les profs veulent fermer la boutique. Pas vraiment enthousiasmant. Mais au moins, on repart avec les recettes en poche et je peux maintenant vous promettre une soupe de poissons tout à fait délicieuse sur le buffet du AL’s barbeuk.

Le lendemain, je me consacre à la culture. Enfin, le matin. Après avoir englouti une demi-baguette au Nutella au marché (oui, ils vendent des baguettes au Nutella au marché, c’est comme ça, moi, je consomme local, c’est important), je commence par un musée ethnologique sur les différentes minorités du Laos (qui s’avèrent être sensiblement les mêmes qu’au Vietnam et au Cambodge mais après tout, les frontières administratives n’ont jamais empêché les gens de se déplacer n’est-ce pas ?), puis je vais me recueillir devant un grand Bouddha couché et enfin admirer la vue sur Luang Prabang et ses environs depuis le mont Phu Si (attention, 100 mètres d’altitude, une vraie colline !). Quand je redescends, il fait bien trop chaud pour continuer à arpenter la ville. Alors je rentre me mettre au frais à la guest house. Et là, c’est le crash. La chaleur, les piqûres de moustique et mes expériences culinaires un peu hasardeuses des derniers jours ont raison de moi et la petite sieste réparatrice se transforme en 5 longues heures de sommeil de plomb. Bon. Bah oui. En voyage, chaque jour n’est pas forcément une aventure et quand la flemmite aiguë attaque, des fois, tu as beau essayer, tu peux pas résister. Alors passer la soirée à lire les news people sur internet ou regarder toutes les paires de chaussures en soldes que tu ne vas pas acheter, ça te ne fait pas culpabiliser. Ça permet juste de redémarrer en pleine forme le lendemain.

Bien. Parce que le lendemain, c’est le dernier jour à Luang Prabang. Et qu’un des « must see » ici, c’est la procession des moines à l’aube qui viennent demander l’aumône. Ça s’appelle le Tak Bat. Les moines représentent 10% de la population de la ville et ils n’ont pas le droit de travailler. L’aumône est donc leur seul moyen de subsistance. Au petit matin, alors que le soleil est sur le point de se lever, les moines parcourent la ville en silence en tendant leurs petits paniers. Les gens leur donnent de la nourriture selon un rituel assez précis : il faut porter une écharpe sur l’épaule gauche, ne pas avoir de contact physique avec les moines et pour les femmes, être assise ou accroupie pour être plus bas qu’eux. Tout ça est censé être un peu mystique. Les touristes peuvent assister à la cérémonie à condition de respecter 2 ou 3 règles de base (ne pas mitrailler les moines, ne pas gêner la procession, être habillés décemment, ne pas faire de bruit). Sauf que. Luang Prabang est touchée par le syndrôme dit « de Varanasi ». En fait, les touristes viennent prendre en photos d’autres touristes qui jouent à donner l’aumône et qui se sont fait arnaquer par des vendeuses ambulantes qui leur ont vendu du riz de mauvaise qualité. Et au moment où les premiers moines font leur apparition dans la rue, tout le monde court et s’agglutine autour d’eux, n’hésitant pas à braquer les téléobjectifs à 3cms de la tête des petits bonzes… Sur 100 personnes donnant l’aumône, 5 étaient de vrais Laotiens qui venaient accomplir un rite religieux ayant une véritable importance. Les autres ? Des touristes venus se faire prendre en photo. Les gens s’interpellent, se poussent…  bref, l’ambiance n’est pas vraiment au recueillement. Et une fois la procession passée, tout le monde se disperse en vérifiant qu’il a bien LA photo qui fera un bon fond d’écran… Autant vous dire que j’ai détesté. Pourtant, même le Lonely Planet mettait en garde mais ça aurait été dommage de ne pas venir constater de mes propres yeux à quoi tout ça ressemble.

Comme je me suis levée à l’aube et que tout ça m’a un peu déprimée, je vais m’offrir un petit déj de compét histoire de prendre des forces pour finir mon parcours culturel entamé la veille. Je visite donc une petite dizaine de temples et de monastères, des petits, des grands, des très décorés, des pas du tout décorés, avec des chats dedans, des chiens, des lézards monstrueux, bref, après la collection des cascades, c’est la collection des temples ! Et pourquoi ça autant de lieux sacrés à Luang Prabang ? Bah ça, l’histoire ne le dit pas. Mais c’est plutôt joli. Et puis, je vais aussi admirer LE Bouddha qui a donné son nom à la ville, le Pha Bang, un Bouddha en or arrivé ici en 1512 puis emporté à 2 reprises par les Thaïlandais et finalement restitué au Laos en 1867. Pour abriter le Pha Bang, un grand temple est en construction dans les jardins du Palais Royal (hum, hum, une grande bicoque d’une dizaine de pièces, pas Versailles).  D’ici 100 ans (temps qu’il faudra pour achever la construction vu la vitesse à laquelle ça va), on ne sera plus obligés de coller son nez entre les barreaux d’une grille en fer et de plisser les yeux pour apercevoir la fameuse statue dorée mais on devrait pouvoir l’admirer dans un écrin de dorures somptueux.

Et puis pour finir, et sûrement parce que ça devait me manquer, je vais admirer les chutes de Tad Kuang Si. Trois ours en cage gardent l’entrée du parc forestier et c’est tout juste si le monde ne s’intéresse pas plus à eux qu’aux fameuses chutes qui sont pourtant fort impressionnantes.

Voilà, Luang Prabang c’est terminé. C’était chouette. On y aurait bien traînassé quelques jours de plus, juste à regarder couler le Mékong en buvant des fruits shakes à l’ombre des bougainvilliers. Mais ce soir, je grimpe dans le bus pour Vientiane, la capitale du Laos à quelques 350kms plus au sud. 350kms et 12 heures de bus… Et le train me direz-vous ? Ah bah non, M’sieurs-dames, y en a pas de train, au Laos ! Bon… bah, pas le choix alors, hein ! Allez, courage et patience et… en voiture Simone !

Photos ici.

Du café, de l’eau et des motos

Comme je vous disais, j’ai donc rencontré Chirag, Sebastian et Cat dans le minibus qui m’emmenait à Paksé. Ils sont respectivement indien, allemand et singapourienne et travaillent tous les 3 à Singapour. Ils ont 2 semaines de vacances par an (les pauvres…) et comme dimanche, c’est le Nouvel An chinois, ils en profitent pour traverser le Laos en 8 jours. Autant dire qu’ils n’ont pas de temps à perdre.

Eux, ils ont prévu d’aller faire un tour à moto pendant 2 ou 3 jours sur le plateau des Bolovens. L’occasion est tentante mais ma dernière tentative de conduire un truc à 2 roues avec un moteur s’est soldée par un lamentable échec (et la crise cardiaque d’un poulet). Mais bon, il paraît que quand on tombe de cheval, il faut remonter sinon après, on a peur (la vérité, c’est que même quand on remonte, on a peur, mais c’est peut-être valable uniquement pour les chevaux).

Bref, ils me persuadent que conduire une moto, c’est du pipi de chat et on décide de passer la nuit à Paksé et de partir le lendemain matin. En attendant, Cat et moi (oui, Cat non plus, elle ne sait pas conduire), on décide d’aller s’entraîner. On négocie donc avec un loueur de motos qu’il nous apprenne vite fait comment ça marche et on tente quelques allers retours dans une petite ruelle. C’est vrai qu’après tout, c’est pas si compliqué. Et puis, quand la route n’est pas encombrée de vaches, veaux, chiens, cochons, couvées, ça aide. Entre temps, on a trouvé une nouvelle recrue, Céline, française, qui avait bien envie d’aller elle aussi se balader mais qui ne voulait pas y aller toute seule : notre équipe est au complet. On se donne rendez-vous le lendemain matin et  c’est fièrement que je prends la route au guidon de mon 110cc semi-automatique : une bikeuse est née.

Qu’y a-t-il donc à voir sur le plateau des Bolovens ? Bon bah déjà, c’est un peu en altitude donc il y fait un peu moins chaud qu’ailleurs et ça, ça fait du bien. Ensuite, c’est là que pousse le meilleur café du monde du Laos. Et enfin, c’est plein de magnifiques cascades perdues dans la jungle qui attendent juste qu’on vienne se baigner dedans. D’ailleurs, on passe la première journée à aller de cascade en cascade tant et si bien qu’à la fin, les cascades, on en est un peu blasés. On décide alors de passer la nuit à Paksong, officiellement la capitale du café et dans la vraie vie un trou paumé où il y a 2 restaurants et 3 guest houses et où, pour la première fois depuis 1 mois, j’ai froid. Bah oui, il fait que 20°C… On va donc s’occuper en buvant des BeerLao dans un resto où braille un karaoké qui alterne chansons coréennes, chinoises et occidentales (on les soupçonne d’avoir mis les chansons anglaises juste pour nous) et où on fera la fermeture… à 21h30.

Le lendemain, on reprend la route direction Tad Lo, un peu plus au nord. Au programme, un joli point de vue depuis le sommet d’une cascade à sec (oui, on est en saison sèche, y a pas d’eau). En arrivant au village, on se fait arrêter par un troupeau d’enfants qui nous disent de mettre nos motos au parking et de continuer à pieds. Ils se proposent même de nous y emmener. Bon, évidemment, rien n’est jamais simple et avant qu’ils comprennent qu’on veut aller au sommet et pas au pied de la falaise (puisqu’il n’y a pas d’eau, y a rien à voir au pied de la falaise…), on va mettre un peu de temps. Et la petite promenade du samedi va finalement se transformer en trekking dans la jungle. On se retrouve à escalader en tongs des roches bien lisses et bien glissantes tout en se faisant dévorer par les moustiques. Les enfants nous expliquent qu’une fois arrivés en haut, on pourra redescendre par la route, que c’est plus facile. Hein ? Quoi ? Quelle route ? Ah bah oui. En fait, on aurait pu grimper jusque là à moto, y a une route toute bien bitumée qui nous nargue… Sauf que la route, elle fait 6kms. Pas question de mettre 1 heure à rentrer. Alors, ces petits garnements de Laotiens nous laissent retrouver le chemin tous seuls parce qu’on refuse de leur filer quelques dollars et on retraverse la jungle en dévalant la pente accrochés à des lianes et en s’arrachant un morceau d’orteil au passage… Mais le moral des troupes n’en est pas le moins du monde entamé et c’est une BeerLao à la main qu’on va se rincer et finir la journée dans une autre cascade dans laquelle 3 petits éléphants viennent également prendre leur douche.

Bref, toute cette eau, c’est bien beau mais on est déjà dimanche et moi, j’ai un vol pour Luang Prabang en fin d’après-midi. Je sais, voler c’est triché, mais j’ai pas toute la vie devant moi et il faut avancer. Alors après le petit déj, on décide de rentrer sur Paksé. Sauf que. La moto de Chirag et Cat crève à 60kms de l’arrivée. Au milieu de… rien. De chez rien. Je pars chercher de l’aide et je tombe sur un petit resto où j’essaye de demander à grand renfort de mimes au gamin qui tient la boutique où je peux trouver un garagiste. Au bout d’un moment, il part dans l’arrière-boutique, revient avec plein d’outils à la main et grimpe sur ma moto. Voilà où était le garagiste… Bon, sauf qu’il est plein de bonne volonté notre ami mais une fois qu’il a démonté toute la moto, il ne se rappelle plus très bien quelle pièce va où… Comme on sent qu’on risque de s’éterniser dans le coin et que l’ombre commence à se faire rare, je repars à la recherche d’un autre dépanneur. Là, je tombe sur des types en train de… changer une roue de moto justement ! Je leur fais comprendre qu’on est coincés à quelques kilomètres de là et ils finissent par accepter de me suivre. Et là, miracle… en 5 minutes, la nouvelle chambre à air est dans le pneu, gonflée, les petits morceaux du puzzle se remettent en place et la situation semble sur la bonne voie. Moi, c’est le moment où j’abandonne mes nouveaux amis, pas question de louper l’avion. On prend rendez-vous pour se raconter la fin de l’histoire dans 1 mois à Singapour et je fonce vers Paksé.

Et voilà comment j’ai appris à conduire une moto, changer une roue, mimer un pneu qui éclate, jouer à Tarzan, dire non au 4ème verre de lao-lao (un petit alcool de riz local qui te retourne le bide), écraser un chien (et bah oui, j’ai jamais rien écrasé en voiture et là, au 2ème jour à moto, paf ! un imbécile de chien se jette sous mes roues… bon en même temps, on est 2 à avoir rouler dessus, je ne suis donc pas sûre d’être à 100% responsable de sa fin tragique… mais je culpabilise quand même), nager sous une cascade en essayant de garder les yeux ouverts et torréfier du café.

Le plateau des Bolovens, c’est beau et c’est ici.

Les 4000 îles

Je pourrais vous faire croire que ces premiers jours au Laos n’ont été qu’une succession de visites et de découvertes culturelles en tous genres et que je suis encore montée d’un niveau au Trivial Pursuit mais non. Après le laborieux passage de la frontière, j’ai décidé de m’installer dans un petit bungalow au bord du Mékong et de regarder s’écouler les heures et le Mékong par la même occasion.

Les 4000 îles sont en fait un archipel qui s’étire sur 50kms au milieu du Mékong juste entre le Laos et le Cambodge. Pendant la saison des pluies, le fleuve peut atteindre jusqu’à 14kms de largeur dans ce coin (soit sa plus grande largeur sur tout son parcours) et pendant la saison sèche (c’est maintenant), des centaines (voire des milliers et plus précisément 4000) d’îles apparaissent. Dans les grandes îles permanentes, les villageois mènent une vie traditionnelle, produisent autant que possible tout ce dont ils ont besoin (riz, canne à sucre, noix de coco, légumes, tissage) et vont à la pêche en contournant les buffles qui se baignent dans la rivière. Y a l’électricité mais pas de voiture et ces petits paradis sont donc devenus les destinations préférées des voyageurs en transit entre le nord du Laos et Phnom Penh.

J’ai donc bullé sur ma terrasse, à siroter des bananas shakes en me balançant dans mon hamac, fait quelques jolies balades à vélo (mais seulement entre 7h et 9h ou après 17h, entre les 2, le soleil interdit tout déplacement à plus de 3m/heure), me suis trempée dans le Mékong (en évitant les troupeaux de buffles), suis allée voir quelques dauphins de l’Irrawaddi ( une espèce en voie de disparition qui n’a pas de nez… pas très jolis et tellement peureux que mon appareil photo n’a pas eu le temps de les capter), et ai secouru mon voisin qui s’était enfermé à l’intérieur de son bungalow (ne me demandez pas comment, j’ai pas compris).

Au bout de 2 jours, je me suis dit que si je ne me décidais pas, j’allais rester là 2 semaines alors j’ai repris le bateau et après moultes tergiversations (du contrôleur de ticket), je suis montée dans un minibus pour Paksé. En montant dans le minibus, je pensais rester 3 jours à Paksé et aller explorer les environs. En descendant du minibus (2 heures plus tard… soit 100kms), j’avais décidé d’apprendre à conduire une moto et de partir en balade sur le plateau des Bolovens. Dans le minibus, j’avais rencontré Chirag, Sebastian et Cat. Mais ça, c’est l’histoire de demain.

Oh, si vous voulez savoir à quoi ça ressemble les 4000 îles, vous pouvez jeter un œil ici. Mais dites pas que je vous ai pas prévenus…

Y a des fois…

… faut savoir se taire.

En me relisant, je me suis aperçue que je vous parle fréquemment de mes fessiers endoloris. Tâchons de remédier à ça. Je pourrais donc vous parler de mes pieds (dieu sait que nombres d’entre vous sont fascinés…) mais aujourd’hui, j’ai choisi de vous parler des fesses d’une Autre. Qui ont eu drôlement chaud.

Ce matin, je suis donc partie en mission « allons au Laos ». Le minibus devait passer me prendre à 7h. Bon, il est arrivé à 7h30 (jusque là, tout va bien, so far, so good…). Blindé. Archi blindé. Le coffre était déjà plein (ça fermait pas  et les bagages étaient ficelés, sur-ficelés les uns aux autres, de vrais saucissons) et sans parler des sièges déjà occupés par plus de gens que ne l’a jamais imaginé l’ingénieur Renault. Mais rien n’arrête le chauffeur cambodgien. Un autre paquet de nœuds plus tard et après avoir forcé les gens à jouer à Tetris un peu mieux, je grimpe dans le minibus. Direction Stung Treng, 1ère étape du marathon « allons au Laos ».

Je me retrouve compactée entre un Allemand et un Américain, le cul entre 2 sièges (c’est vraiment le cas de le dire mais zut ! on avait dit qu’on n’en parlait plus !), évidemment pas à la même hauteur (les 2 sièges), un de mes sacs sur les genoux et agrippée au siège de devant pour pas m’étaler lamentablement au premier virage. Après moi, on arrive encore à encastrer 2 passagères supplémentaires et c’est parti pour 3 heures (2 sur le papier mais ça, vous vous en doutiez) !

Arrivé à Stung Treng, tout le monde descend, on démonte la pyramide de sacs (on s’est arrêtés 2 fois pour vérifier que tout était bien accroché, quand même !), ceux qui vont au Laos restent au bord de la route à attendre le bus suivant et ceux qui vont à Stung Treng remontent dans le minibus pour finir leur course 2kms plus loin. Là, on poireaute une bonne heure. On est censés attendre un vrai bus qui n’arrivera bizarrement jamais. En attendant, le GO du premier bus nous demande de remplir les papiers pour la demande de visa laotien et de lui filer 39$ et nos passeports. 39$ =35$ pour le visa + 2$ pour le tampon de sortie cambodgien + 2$ pour le tampon d’entrée laotien. Il t’explique que t’es pas obligé de payer pour le tampon mais que sans tampon, tu passeras pas la frontière… d’après moi, ça veut dire que t’es obligé et ça s’appelle de la corruption mais lui, il voit pas les choses de la même façon…

Bref, c’est là qu’entre en scène l’Autre. L’Autre est suisse (mais ça, on ne l’apprendra que plus tard). Elle clame à la ronde que c’est pas normal et qu’on devrait pas filer nos passeports à un inconnu (dans l’absolu, elle est pas complètement dans le faux). Elle rajoute que elle, elle s’en fout, elle a déjà un visa pour le Laos donc elle va pas filer son passeport à Paulo (l’histoire ne dit pas quel est le véritable prénom de Paulo). Bref, elle dit qu’elle a pas un bon feeling, que ça se voit que Paulo est un Cambodgien et qu’il essaye de faire son business avec nos visas mais qu’au Laos, les gens sont bien plus gentils et qu’elle compte pas se laisser avoir.

En attendant, nous (les autres couillons qui veulent aller au Laos et votre serviteuse ici présente), on file nos passeports et nos dollars à Paulo. Un autre minibus arrive, on charge la bête et tout le monde monte dedans, direction la frontière. En route, Paulo nous file des contremarques pour le minibus qui va nous amener de la frontière à Ban Nakasong, joli port de pêche point de départ des barques pour les 4000 îles (rappelez-vous, c’est là qu’on va). En échange des contremarques, Paulo, il veut qu’on lui file nos billets émis par nos guest houses respectives parce que ça lui permettra de se faire payer (oui, parce que nous, on a payé les guest houses). Là, l’Autre, elle refuse tout net. Elle prend la contremarque mais elle refuse de filer son billet à Paulo. Elle lui dit qu’elle lui fait pas confiance et qu’elle attend d’être côté laotien pour lui donner son billet. Là, Paulo, il voit rouge. Il commence par lui dire que si elle veut pas lui faire confiance, faut pas passer par ses services. L’Autre, elle répond qu’elle a pas eu le choix, qu’elle a été obligée de passer par une compagnie de bus mais qu’elle aurait préféré se débrouiller toute seule et qu’elle pense que Paulo essaye de nous arnaquer. Paulo passe alors au rouge foncé. Il lui dit que puisque c’est comme ça, elle n’aura pas de transfert de l’autre côté de la frontière et qu’il est sérieux. Et je vous jure, il était sérieux.

D’abord, à la frontière, pendant qu’on patiente à l’état semi-comateux (il fait au moins 50°C) que Paulo nous rapporte nos passeports, l’Autre, elle est obligée d’aller faire la queue en plein soleil pour faire tamponner son passeport. Ça prend un temps infini en plus parce qu’apparemment, des passeports suisses, il en passe pas tous les jours, et ça amuse fortement les douaniers.

Une fois nos passeports en poche (youpi ! encore 2 nouveaux tampons et 1 page entière de visa !), Paulo nous abandonne et on monte dans un autre minibus. Et là, c’est le début du psychodrame. Le chauffeur (qu’on va appeler Octave) nous explique qu’il est payé pour emmener 8 personnes et qu’on est 9 donc il ne veut pas partir. Nous, on répond en cœur que tout le monde a payé (même l’Autre) et que Paulo a dû se tromper mais qu’on va tous à Ban Nakasong. Là, Octave, il coupe le contact (et donc la clim), il sort du minibus et il va s’asseoir 10 mètres plus loin, le temps que l’Autre se décide à sortir du bus (il a clairement identifié la personne qu’il n’est pas censé emmener). Sans clim, on tient pas 3 minutes (Octave le sait) alors on dit à l’Autre qu’elle ferait bien d’aller filer 5$ à Octave histoire de calmer le jeu. Après quelques minutes d’hésitation, elle accepte. Elle sort du bus et elle se dirige vers Octave. On n’entend pas ce qu’ils se disent mais on comprend vite qu’au lieu d’arranger les choses, elle est en train de nous énerver Octave encore un peu plus. Du coup, Travis (lui, c’est son vrai prénom) intervient. Il revient 2 minutes après (on est cuits à point) suivi d’Octave (toujours très énervé) et de l’Autre (toujours avec son air hautain). Octave nous explique que même pour 1000$, il l’emmènera pas à Ban Nakasong parce qu’il a été payé pour 8 personnes, pas pour 9. C’est le moment où on est à 2 doigts d’admirer l’intégrité d’Octave. Sauf que là, ça devient ridicule et la pression monte dans la cocotte-minute. D’autant plus que 3 Allemands en rade à la frontière demandent alors à Octave s’il peut les déposer à Ban Nakasong et qu’Octave, sans même prendre le temps de réfléchir, accepte, charge leurs sacs sur le toit et les tasse sur les banquettes. Sauf qu’il veut toujours pas partir avec l’Autre à bord. Sa nouvelle excuse c’est de nous expliquer que dans son minibus, y a 11 places et qu’il n’est pas assuré pour 12. Là, c’est la goutte d’eau, on éclate de rire. Depuis le matin, on est entassés mieux que des sardines dans une boîte entre des sacs, des casseroles et des poulets, le coffre ouvert et les sacs menaçant de se vider sur la route et lui, il vient nous parler de nombre maximum de personnes autorisées ? C’est un rigolo en fait, Octave.

Sauf que lui, il voit pas ce qu’il y a de drôle. D’autant plus que l’Autre, elle commence à lui chanter le couplet de « Mais je suis la cliente et j’ai payé pour le trajet complet donc je vois pas où est le problème ». Bref, le ton monte, Travis intervient à nouveau et Octave finit par remonter dans la voiture, en claquant bien fort la portière pour nous faire comprendre qu’il est bien énervé mais on finit par quitter la frontière. Comme il est vraiment très énervé Octave, il roule à 110kms/h sur la piste à peine goudronnée, la main enfoncée sur le klaxon en continu. Mais on arrive à bon port.

Là, on est censés prendre un bateau. Pas tous le même. Certains vont à Don Det, d’autres à Don Khon (votre serviteuse, entre autre) et l’Autre va à Don Khong (oui, la différence est subtile, surtout prononcé à la laotienne). Evidemment, Paulo a transmis le message à son pote Marcel, celui qui gère les bateaux. Au moment de filer son ticket à l’Autre, Marcel lui explique que tous les bateaux pour Don Khong sont partis et qu’elle est coincée là jusqu’au lendemain. Mais l’Autre, au lieu de demander humblement combien il faut qu’elle racke pour pouvoir aller là où elle veut, elle en remet une couche ! « Ouiiiiii, j’ai payé, je comprends pas c’est quoi votre problème, vous essayez de m’arnaquer, blablabla… »

Y a rien de pire qu’un Asiatique qui croit qu’on essaye de lui faire perdre la face (question de culture). Au lieu d’être conciliant, il se braque et refuse toute négociation. Pire, il tourne les talons et il s’en va. Et c’est bien ce qui arrive. Du coup, l’Autre, elle se retrouve sans ticket de bateau. Mais comme elle ne veut pas perdre la face devant nous (ça, c’est plutôt une question d’ego mal placé), elle continue à chouiner et elle essaye de nous apitoyer sur son sort. Pas de bol, on n’en peut plus de ses scandales à répétition donc on la laisse bouder et elle finit par aller jusqu’à l’embarcadère pour essayer de se trouver un bateau toute seule. Quelques minutes plus tard, on se dirige tous vers l’embarcadère et au moment de partir, on réalise qu’on ne la voit plus. On en déduit qu’elle a dû arriver à ses fins et trouver un bateau pour Don Khong. On laisse donc aller nos langues de vipères (ce qui est sûrement une des choses qui permet aux gens de lier connaissance un peu partout dans le monde… autant dire que j’ai plein d’amis) et on se marre comme des baleines en se disant que quand même, Paulo, il est pas sympa d’avoir appelé tous ses potes pour lui pourrir son après-midi même si elle l’a bien mérité.

Là-dessus, votre serviteuse arrive à Don Khon, se vautre sur la plage en descendant descend élégamment de sa barque, récupère ses sacs, se met en quête d’une douche (oui, le toit, à ce moment-là, c’est vraiment accessoire) et s’installe dans un petit bungalow en bambou à 50 000 KIP la nuit (à peu près 5€ pour ceux qui ne sauraient pas ce que c’est qu’un KIP). Après m’être un peu rafraîchie, je ressors acheter de quoi paresser dans mon hamac le reste de l’après-midi et devinez un peu sur qui je tombe ? … Et bah oui ! l’Autre ! Son capitaine de barquasse n’a jamais compris qu’elle voulait aller à Don Khong et l’a donc amenée à Don Khon (je vous avais dit que c’était subtil !). Et comble de la mauvaise foi, elle me dit que finalement, elle est ravie parce qu’ici, « c’est très joli » !

Bon, sur ce dernier point, elle a raison, la preuve ici.

Mais quand même, heureusement que j’en connais d’autres (des Suisses) parce que sinon je me demanderais encore comment ils ont fait pour rester neutres avec des gens aussi hargneux et moches par-dessus le marché (mais ça, c’est pas fair-play).

Sabaidi Lav !

Ou si vous préférez : ສະບາຍດີລາວ !
… mouais !
Quelque chose me dit que vous ne préférez pas.
Bon, alors,
nouveau pays, nouveaux tampons sur mon passeport, nouvelle monnaie, nouvelle langue, nouvel alphabet, nouvelles spécialités culinaires… bref, la plus grande difficulté à changer de pays tout le temps c’est de se rappeler chaque matin où on se réveille.
Mais avant d’entamer le périple laotien, j’aimerais savoir qui connaît quelque chose (n’importe quoi, même un tout petit bout de quoi que ce soit) sur ce pays ? …
C’est bien ce qu’il me semblait. Personne. Même pas moi. Alors on va commencer par le commencement. D’abord, le Laos, c’est où ? Et bah c’est là.
Le Mékong, qui y serpente sur 1865kms, sert de frontière naturelle sur une grande partie ouest du pays. Autour du Laos il y a la Chine, le Vietnam, le Cambodge, la Thaïlande et le Myanmar. Vu le passé chargé des voisins, on peut se dire que le Laos n’a pas dû être épargné au cours des derniers siècles… Et on a raison !
Bon, là, j’espère que vous êtes concentrés parce que j’ai essayé de faire court mais c’est pas
simple…
Comme un peu partout en Asie du sud-est, le Laos était autrefois composé de plusieurs petits royaumes indépendants (au nord, au centre et au sud pour faire simple) qui essayaient de prendre l’avantage à tour de rôle. Parfois, ces petits rois étaient tellement occupés à jouer à qui pisse le plus loin s’entretuer que les voisins en profitaient pour débouler avec une grosse armée et calmer tout le monde. Le premier grand roi du Laos fut Fa Ngun (et non, pas Atchoum), armé par les Khmers pour reconquérir le pays alors aux mains des Thaïs. Il nomma son empire Lan Xang Hom Khao, ce qui signifie « un million d’éléphants et le parasol blanc ». Le million d’éléphants, on voit bien (il y avait vraiment beaucoup d’éléphants au Laos à cette époque) mais le parasol blanc… j’ai du mal à croire qu’il n’y en ait eu qu’un. Quoi qu’il en soit, le Laos est encore appelé aujourd’hui « le pays du million d’éléphants » même si, en vérité, il en reste à peine 2 000. Ce qui est bien mais pas top.
Mais reprenons le fil de l’Histoire… En 1867 (oui, l’Histoire va vite), les premiers membres
de l’expédition française du Mékong arrivent à Luang Prabang, à l’époque la capitale du royaume et la plus grande ville en amont de Phnom Penh (ah non, hein ! Faites pas semblant de pas savoir où se trouve Phnom Penh, on en vient !). Pendant les 20 années qui suivent, la cité est au cœur d’une lutte qui oppose les Siamois, les Français et des bandes de brigands chinois. En 1887, le roi prend la fuite en compagnie d’un explorateur français qui lui offre alors la protection de la France. Le roi accepte, les Français partent braquer leurs canons sur Bangkok et hop ! en 1893, les Siamois rendent aux Français tous
les territoires à l’est du Mékong (qu’ils avaient gaillardement annexés) et c’est ainsi que le Laos devint une colonie française et intégra l’Indochine. Dans l’esprit des autorités françaises, les territoires laotiens devaient servir de tremplins pour la poursuite de l’expansion coloniale et l’absorption du nord-ouest de l’actuelle Thaïlande (bah voyons… et pourquoi pas maîtres de l’Univers tant qu’on y est ?). Du coup, les Français déplacent la capitale à Vientiane et en 1907, un traité international fixe les frontières actuelles du Laos.
Le pays demeurait toutefois un coin perdu et une charge dans le budget de l’Indochine malgré les projets coloniaux d’exploitation. Dans l’entre-deux guerres, la
France mena notamment un projet qui visait à construire une voie ferrée à travers les montagnes qui séparent le Laos et le Vietnam afin de relier les villes laotiennes à la côte vietnamienne. L’idée était d’encourager la migration de paysans vietnamiens pour remplacer les laotiens jugés indolents par les colons. « Les Vietnamiens plantent le riz, les Cambodgiens le regardent pousser et les Laotiens l’écoutent », joli slogan de l’époque. La crise de 1929 mit un terme au projet. Pourtant, dans toutes les villes à l’exception de Luang Prabang, les Vietnamiens étaient plus nombreux que les Laotiens car ils tenaient les postes administratifs que les Français ne voulaient pas.
C’était donc le moment pour que le mouvement nationaliste commence à se développer au Laos. Les élites locales étaient rassurées par la présence française même si elles désapprouvaient la trop forte présence vietnamienne. Le déclenchement de la Seconde Guerre Mondiale fragilisa la position de la France en Indochine. Un nouveau gouvernement farouchement nationaliste à Bangkok nomma le Siam Thaïlande et profita de l’affaiblissement de la France pour reprendre les territoires « perdus » 50 ans auparavant et les terres à l’ouest du Mékong repassèrent aux mains des Thaïs.
Pour contrer la propagande expansionniste de Bangkok, les Français encouragèrent le nationalisme laotien. On est alors en 1942 et comme le gouvernement de Vichy collabore avec les Allemands, l’administration de l’Indochine est encore contrôlée par la France malgré l’occupation japonaise. Mais dès le début de 1945, les Japonais sentent que la France est en train de retourner sa veste alors ils décident de frapper un grand coup et arrêtent tous les militaires et fonctionnaires français de l’Indochine. Quelques-uns arrivent à s’échapper dans la jungle et organisent alors la résistance laotienne. Les Japonais contraignent alors le roi du Laos à proclamer l’indépendance. Lors de la capitulation du Japon, un mouvement nationaliste, le Lao Issara, forme un gouvernement provisoire. Mais rien ne dure… le roi revient sur la déclaration d’indépendance et les Français reviennent en force, exilant fissa le gouvernement du Lao Issara. Les Vietnamiens présents en grand nombre repartent également et les Laotiens reviennent progressivement dans les villes. Quelque temps après, la Thaïlande rendit les territoires de la rive ouest du Mékong.
En 1949, laFrance octroie une indépendance partielle au Laos dans le cadre de la Fédération Indochinoise. Certains dirigeants du Lao Issara reviennent alors pour œuvrer à l’indépendance totale dans un cadre légal. Les autres choisirent de se joindre aux Viêt-Minhs (Hô Chi Minh et les vietnamiens communistes qui essayaient d’obtenir l’indépendance) et de poursuivre la lutte anticoloniale. Ceux-là formèrent un mouvement appelé Pathet Lao qui forma alors un gouvernement de résistance. Le prince Souphanouvong (bah oui, tout ça, c’était quand même aux mains de la famille royale… pfff, on n’y comprend plus rien) créa une alliance entre le Lao Issara et le Viêt-Minh et devint président du Front du Laos Libre, qui succédait au Lao Issara dissous. En 1953, un traité d’amitié franco-laotien accorde l’indépendance totale au Laos. Pendant ce temps, approvisionné en armes chinoises, le Viêt-Minh élargissait la guerre et les Français étaient sur la défensive. En 1953, le Viêt-Minh marcha sur Luang Prabang mais se replia devant l’arrivée de renforts français. Craignant une nouvelle incursion au Laos, les Français établirent une base importante dans la vallée de Dien Bien Phu (tiens, tiens… mais il me semble qu’on en a déjà parlé quelque part, non ?), tout ça se termina très mal et le 8 mai 1954 s’ouvrait la conférence de Genève mettant un terme à la guerre. Deux zones furent cependant octroyées aux forces du Pathet Lao (qui soutenait le Viêt-Minh, rappelez-vous). Le mouvement put alors y conforter son organisation et commença à négocier avec le gouvernement royal lao la réintégration de ces 2 provinces dans un état unifié.
La réunification du pays était une priorité majeure pour le gouvernement royal lao. Le Pathet Lao, isolé dans des bases reculées, dépendait entièrement des Nord-vietnamiens qui eux, était plutôt préoccupés par la réunification du Vietnam (oui, parce qu’à ce moment-là, le Vietnam était coupé en deux). Et le gouvernement royal lao dépendait de plus en plus des Etats-Unis qui avaient rapidement supplanté la France comme principal bailleur de fonds. Pour les Laotiens, la seule voie réaliste était celle de la neutralité et la seule manière de restaurer l’unité nationale passait par l’intégration du Pathet Lao dans un gouvernement de coalition, ce qui fut fait en 1957. Les Etats-Unis suspendirent leurs aides à la suite de la nomination de ministres du Pathet Lao (bah oui, ils étaient communistes quand même et le Laos connut alors une grave crise politique et financière. Fin du premier gouvernement de coalition, remplacé aussi sec et avec l’aide des Etats-Unis par un gouvernement de droite qui abandonna la politique de neutralité. L’intégration dans l’armée des unités du Pathet Lao échoua et la guerre civile reprit.
En 1960, un modeste officier qui en avait marre de tuer ses compatriotes s’empara du pouvoir à Vientiane alors que la quasi-totalité du gouvernement était à Luang Prabang pour les obsèques du roi. Il annonça au monde que le Laos revenait à une politique de neutralité et exigea le retour du premier ministre du gouvernement de coalition. Un général de l’armée refusa de participer à ce nouveau gouvernement et partit dans le centre du pays organiser l’opposition, soutenu par la CIA et le gouvernement thaïlandais qui lui fournissait argent et armes. Pendant ce temps, le gouvernement neutraliste recevait des armes de l’Union Soviétique via le Vietnam. De vastes secteurs du pays tombèrent alors aux mains des communistes et les Etats-Unis envoyèrent des soldats en Thaïlande pour empêcher toute tentative de traversée du Mékong par les forces communistes. Il semblait alors que l’intervention américaine aurait plutôt lieu au Laos. Mais finalement, les Etats-Unis firent volte-face et soutinrent la neutralité du Laos. Une nouvelle conférence fut organisée à Genève en 1962 et un nouveau gouvernement de coalition fut établi avec une majorité pour les neutralistes.
Pour autant, dans le centre du pays, chaque camp continuait à approvisionner son allié en armes. Les Nord-vietnamiens prirent bientôt position dans la plaine des Jarres et en 1964, les Etats-Unis entamèrent leurs offensives aériennes en bombardant les positions communistes. Puis, à mesure qu’augmentaient les infiltrations communistes par la piste Hô Chi Minh, ils étendirent leurs pilonnages d’un bout à l’autre du pays. Sur place, le Pathet Lao se battait pour les Viêt-congs et l’armée royale pour les Etats-Unis. Les combattants des 2 camps étaient totalement financés par leurs soutiens extérieurs et cette guerre par procuration dura jusqu’en 1973. En 1974, le cessez-le-feu au Vietnam mit un terme aux combats au Laos et permit la formation d’un troisième gouvernement de coalition mais cette fois ci, avec un seul neutraliste. En 1975, après la chute de Phnom Penh puis de Saigon, le Pathet Lao (les communistes, hein, vous suivez toujours ?) mit la pression et finit par prendre le pouvoir lorsque le premier ministre accepta de coopérer pour éviter un nouveau bain de sang. Le nouveau régime mit fin à la monarchie et instaura la République démocratique populaire lao. Le Parti s’employa alors à restreindre la liberté d’expression et de réunion et organisa des séminaires pour que la population assimile sa
nouvelle vision du monde. Toutes les élites fuirent le pays, direction la Thaïlande. L’économie du pays s’effondra alors puisqu’elle dépendait uniquement de l’aide américaine qui s’arrêta immédiatement. Malgré un soutien certain de l’URSS et de tout le bloc communiste, le Laos ne s’en sortait pas. Dès 1979, il fallut opérer de nouvelles réformes et la propriété ainsi que les entreprises privées furent rétablies. Cependant, ça n’était pas suffisant et en 1986, le Laos se mit à suivre l’exemple chinois : ouvrir l’économie aux mécanismes du marché et le pays à l’aide étrangère et aux investissements occidentaux mais tout en conservant le strict monopole du pouvoir politique. Le début des années 90 s’annonça alors comme une période de faste économique avec l’afflux de capitaux étrangers notamment de Bangkok. Mais la crise asiatique de la fin de ces mêmes années et l’effondrement de la monnaie provoqua de fortes tensions dans la population qui furent réprimées violemment. Le régime, redoutant l’effet de ces incidents sur l’économie touristique naissante, mit un tour de vis sécuritaire.
Depuis 2000, le montant des investissements chinois au Laos ne cessent d’augmenter, devenant une importante source de recettes pour l’état. Cependant, la majorité de ces richesses atterrissent dans les poches des cadres du Parti et la corruption est présente à tous les niveaux, au grand mécontentement des Laotiens. Cependant, l’opposition reste quasi inexistante et le Parti ne voit guère son autorité remise en question (et pourtant, ils ne censurent pas Facebook).
Et maintenant ? Et bah, le Laos continue d’exploiter ses ressources et réalise de nouveaux investissements hydroélectriques et miniers. Le tourisme se développe et Luang Prabang a été classée au 1995 au patrimoine mondial de l’Unesco (quoi ? pas de « merveille du monde » au Laos ? je repars…). Et le fossé ne cesse de s’élargir entre Laotiens des villes et Laotiens des champs qui ne voient jamais la couleur des promesses faites par le gouvernement et qui ont des structures de soin et d’éducation désastreuses… Bref, c’est pas la fête politico-économiquement parlant mais il paraît que ça vaut le coup d’œil et que
les gens sont d’une gentillesse inégalée. Alors… entrons !