La théorie des micro-ondes

Il ne fait pas encore jour, je viens de me lever et je grignote une tartine, adossée à la table de la cuisine. J’ai mis de l’eau dans une tasse que j’ai mise dans le micro-ondes pour préparer un thé.

1 minute.

L’appareil se met à ronronner pendant que, la tête encore ailleurs, je regarde ma tasse faire de petits cercles sur le plateau. Les secondes défilent à rebours sur la minuterie.

Et là, tandis que sous mes yeux le temps s’écoule, littéralement, je me demande combien de minutes de ma vie j’ai laissées passer ainsi. Debout, devant le micro-ondes. A attendre. A ne rien faire. A ne penser à rien. A laisser passer ce temps qui file sans qu’on ait jamais le temps de l’attraper et qui ne revient jamais. Ce temps après lequel tout le reste de la journée je cours comme si j’avais peur de mourir demain. Ce temps qui m’est pourtant si précieux.

Là, subitement, devant cette tasse d’eau chaude, je prends conscience qu’on ne retient rien. Que ma seule consolation devant ces secondes qui s’égrènent ce sont mes souvenirs. Les jolis, les tristes, les touchants, les drôles, les « qui serrent le cœur », les « qui font sourire en coin », ces instants dont on croit qu’ils dureront toujours et qui sont déjà terminés à peine sont ils vécus. Et que ma mémoire trie, classe, archive, oublie. Remplaçant chaque jour ceux qui s’effacent par ceux qui se créent. Je me sens tout à coup comme une bouteille dans la rivière tumultueuse du temps qui passe. A deux doigts de boire la tasse, justement.

Ding !

L’eau est chaude. Machinalement, j’ouvre le micro-ondes, je sors ma tasse et j’y plonge un sachet de thé. Et alors que j’observe les volutes brunes s’enrouler lentement autour de ma cuillère, je réalise. Que j’ai laissé filer des tas de minutes debout devant le micro-ondes. Sérieusement, si on les mettait toutes bout à bout, ça doit bien faire quelques heures. Mais j’en laisserai encore filer d’autres. Parce que je ne vais pas mourir demain, que des tas de très chouettes souvenirs viendront compléter ma collection déjà bien fournie et que le temps qui passe ne se regarde pas avec regret et amertume mais avec tendresse et éventuellement un peu de nostalgie. Mais surtout avec un petit sourire en coin.

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