Le calme avant la tempête 

C’est jeudi après-midi, il est 16h. C’est juste une belle après-midi de fin de printemps. Il fait bon, le ciel est bleu, pas un nuage à l’horizon, les oiseaux chantent dans l’arbre au-dessus de ma tête. Il y a tout de même une légère brise qui m’a obligée à remettre mon pull mais sinon, tout est parfait. Mon sac est prêt, je suis prête, c’est le calme avant la tempête.

Ca tombe bien, la tempête c’est demain. Demain, vers 7h du matin, je mettrai le premier pied sur le PCT. Je ne sais pas comment je me souviendrai des 2 derniers jours. D’abord il y a eu les longues heures de vol jusqu’à Seattle et les longues minutes avant l’atterrissage où j’ai contemplé les montagnes couvertes de neige en me répétant : « ça va aller, ça va aller, t’y seras dans 6 mois, tout aura fondu… » Puis il y a eu ce moment à la douane que j’avais tant redouté et où finalement je suis passée comme une lettre à la poste. C’était bien la peine de se faire des nœuds au cerveau ! Puis l’arrivée à San Diego, les premiers autres hikers, la fameuse voiture avant le pompon jaune et moi qui arrive à peine à garder les yeux ouverts et pourtant je veux pas en perdre une miette. Puis l’arrivée chez Scout & Frodo. J’en ai tellement entendu parler que j’ai l’impression de déjà tout savoir. Poser son sac dehors sous l’arbre, attraper une assiette, se retrouver entourée de plein d’autres gens. On est 37 à dormir ici ce soir. Ce que font Scout & Frodo est tellement énorme que c’est à peine croyable. Pendant toute la saison, ils vont accueillir chez eux, dans leur maison, plus de 700 hikers qui prendront le départ du trail. Ils vont les nourrir, leur offrir un endroit où dormir et surtout leur donner 1 million de conseils. Tout ça, gratuitement. Ils refusent qu’on leur donne de l’argent. Oui, c’est dingue. Et après avoir passé tous ces mois à planifier ce truc tout seul dans son coin, c’est comme si tout à coup, on se retrouvait catapulté sur la planète PCT. Tout le monde veut tout savoir. « Et toi, t’as quelle tente ? Quel sac de couchage ? Tu vas l’envoyer où ta première resupply box ? Tu prends une ice axe ou pas ? ».

En ce premier soir, j’assiste à mon premier shakedown. Un shakedown, c’est quand quelqu’un pose tout le contenu de son sac par terre au milieu du salon et qu’un des volontaires présent chez Scout & Frodo (oui, y a quand même des gens qui aident, faut pas pousser non plus…) t’explique que la moitié de ce que tu as pris ne va te servir à rien. Comme les volontaires sont tous des vétérans du PCT, tout le monde écoute religieusement ce qu’ils disent. Ça ressemble un peu à une séance d’humiliation publique mais si tu passes à côté du shakedown, tu rates une partie de l’expérience PCT. Ce soir, c’est le tour d’un gars qui part le lendemain matin. Pas le temps de tergiverser, faut décider tout de suite ce que tu veux garder et ce que tu veux laisser dans la hiker box. La hiker box, c’est là où tout le monde laisse les trucs qu’il ne veut pas emporter. Ça va de la paire de tongs aux coton-tiges ou à un paquet de muesli à moitié entamé. Si tu trouves un truc dans la hiker box que tu veux prendre, pas de souci, c’est fait pour. C’est un peu comme la caverne d’Ali Baba là-dedans.

Je finis par m’écrouler sur mon matelas gonflable sous l’arbre du jardin. La nuit est tombée, le vent agite les branches, c’est ma première nuit à la belle étoile et sûrement pas la dernière. J’ai encore du mal à croire que je suis bien là et que je vais vraiment faire ce pour quoi je suis venue.

A 4h du matin, je suis réveillée par l’agitation autour de moi. C’est l’heure du réveil pour ceux qui commencent aujourd’hui. Ils rangent leurs sacs de couchage, ils remplissent leurs gourdes, ils tirent les sangles de leurs sacs. A 5h, c’est le petit-dej. Ceux qui ne partent pas ce matin sont priés de rester couchés jusqu’à ce les héros du jour soient partis. A 5h50, les volontaires viennent se garer devant la maison et on charge les voitures. 28 personnes partent ce matin. Ils vont être conduits jusqu’à la frontière mexicaine à un peu plus d’une heure d’ici. Les volontaires font ça chaque matin. Ces gens sont dingues. Bien plus que nous. Moi je ne pars que vendredi, j’ai le temps.

J’ai le temps d’aller au supermarché acheter de quoi me nourrir pour les premiers jours sur le trail et aussi de m’envoyer mes premières resupply boxes. Je suis pas franchement organisée, j’ai pas vraiment fait de liste de courses, je suis complètement paumée. Je vais dans 2 supermarchés différents, je vais 2 fois à la poste, mes boxes ne sont toujours pas prêtes. Il y a les trucs que je veux envoyer à Kennedy Meadows, avant d’entrer dans la Sierra et de rencontrer la neige, comme mon bonnet, mes guêtres, ma softshell. Il y a les trucs que je veux bouncer de poste en poste. Bouncer, c’est quand tu envoies un colis en poste restante, que tu ne l’ouvres pas et que du coup, tu as le droit de le renvoyer gratuitement jusqu’à la poste restante suivante de ton choix. Toutes mes affaires sont étalées par terre autour de moi, je sais plus comment je m’appelle ni où j’habite… Le soir venu, y a tout un tas d’autres gens qui sont arrivés. Y a eu tout un tas d’autres shakedowns. Le décalage horaire me couche encore à 20h30. Mais de toute façon, personne ne fait long feu. Entre l’excitation, la fatigue, le départ aux aurores, tout le monde se glisse dans son sac de couchage avec les poules. J’ai encore une journée entière pour finir les préparatifs, j’ai le temps…

Et puis c’est le matin à nouveau. Le même rituel, les lampes frontales qui s’agitent dans la nuit, les fermetures éclairs qui zippent et dézippent. Pendant que le soleil se lève j’essaye d’établir un plan de bataille de la journée. Je commence par une douche. La dernière avant un bon moment… Puis le petit-dej et j’aide Scout à faire la vaisselle. On papote, je suis un peu intimidée, c’est un peu une superstar du PCT… Il est hyper gentil, il essaye de discuter avec tout le monde, de retenir nos noms, il ne refuse jamais de répondre à nos questions qui sont 100 fois les mêmes et pourtant il ne perd jamais son sourire. Puis je finis de scotcher mes boxes, j’écris les adresses et je vais à la poste en traînant une grosse valise avec toutes mes boxes dedans. La postière est super gentille. Faut dire que pendant 2 mois, chaque année, elle voit défiler un paquet de cinglés qui vient lui remettre leurs petits colis auxquels ils tiennent comme à la prunelle de leurs yeux. Elle me souhaite « a great hike and take care of yourself ». J’en ai presque les larmes aux yeux, c’est en train de devenir réel… Puis c’est mon tour de passer sur le grill du shakedown. Je m’en sors pas trop mal mais je me fait bien charrier sur mon excès d’électronique. Le clavier bluetooth suscite beaucoup de commentaires. On me met au défi : si je n’y touche pas pendant 2 jours d’affilée, je devrais l’abandonner. Ça va m’obliger à écrire tous les jours… J’abandonne aussi le réchaud à alcool. Trop dangereux et pas assez efficace. Je suis bonne pour un dernier tour au local outfitter pour acheter un réchaud à gaz de remplacement. Pas de grosse différence en poids finalement et je me sens plus confortable de savoir que je ne risque pas de déclencher le prochain incendie qui ravagera la Californie.

Alors voilà, mon sac est prêt, je suis prête et je profite de cette fin d’après-midi au milieu de mes nouveaux copains. Plein de gens différents. Pas beaucoup de filles ce soir. Je vais passer les 6 prochains mois avec ces gens. Et ce soir, on est tous dans le même état d’esprit : on a hâte de monter dans les voitures demain et prendre enfin notre propre photo au terminal Sud du PCT.

L’aventure peut commencer…

Demain, dès l’aube…

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps…

Victor Hugo

Demain, dès l’aube donc, je partirai. Encore une fois. Une fois de plus, une fois de moins… on en perd le compte à la fin vous me direz… Mais cette fois-là a une saveur toute particulière.

Demain, dès l’aube, j’irai à l’aéroport. Encore une fois. Mais cette fois, ce n’est pas pour partir travailler dans une contrée exotique où, en règle générale, personne n’a l’idée d’aller. Non. Cette fois, c’est pour des vacances. Enfin des vacances… en quelque sorte puisque quand vous ne travaillez pas, les gens considèrent que vous êtes en vacances. En ce qui me concerne, j’ai un peu aboli les concepts de « travail » et de « vacances ». Je vis. Parfois, je gagne de l’argent (ça s’apparente au travail du coup), parfois j’en gagne pas (on peut donc considérer ça comme des vacances). Au cours des 6 prochains mois, je vais plutôt vider mon compte en banque (sauf si vous avez envie de le renflouer et dans ce cas, c’est , mais faut vraiment pas vous sentir obligés). Alors soit, appelons ça des vacances. Et qu’est-ce que je vais faire pendant mes vacances ? Et bah je pars marcher. Où ça ? Pourquoi ? J’ai déjà tout expliqué et . C’est donc le début d’une nouvelle aventure. Est-ce que mon sac est prêt ? Non. Est-ce que j’ai les idées claires et je sais ce qu’il me reste à faire ? Non. Est-ce que j’ai des papillons dans le ventre ? Oh que oui…

Demain, dès l’aube, je sauterai dans le grand bain. Sans mes brassards Mickey. Heureusement, dans la piscine, y a plein d’autres enfants qui, comme moi, ne savent pas s’ils vont nager ou couler à pic. On s’en fout, on verra bien. Et puis si on boit un peu la tasse, c’est pas bien grave. Comme on n’est pas vraiment dans une piscine, on pourra pas vraiment se noyer.

Ce soir, dans ma tête dansent les images que j’ai vues et revues des dizaines et des dizaines de fois pendant que je préparais ce voyage : le monument du terminus Sud, Eagle Rock., Kennedy Meadows… J’ai hâte de remplir mes yeux et mes poumons de la poussière de ce chemin, j’ai hâte de me faire des nouveaux copains, j’ai hâte d’en avoir marre, j’ai hâte de me faire peur, j’ai hâte de poser enfin le pied sur ce ruban de terre qui va m’emmener loin, très loin… Et surtout, j’ai hâte de partager tout ça avec vous ici. Même de loin, même si c’est juste de temps en temps.

Allez, je vais finir mon sac. A dans 6 mois !

Peut-être que je ne fais pas partie de la team ultralight et peut-être que ça va bien se passer…

« Et toi, c’est quoi ton base weight… ? »

Parcourir 4 240 kms avec sa maison sur son dos implique forcément de se poser quelques questions en terme de choix de matériel et d’équipements. Prenons le plus simple : la tente. Est-ce que je veux une tente ? Un simple abri ? Un hammac ? Est-ce que je tente de dormir à la belle étoile et inch’allah ? Bon, moi je choisis la tente. Parce que j’ai peur des ours et qu’une paroi de tente, c’est bien connu, ça empêche les ours de venir te renifler dans le cou au milieu de la nuit. Et puis aussi parce qu’en cas de pluie, je crois que je vais préférer être dans une tente qu’à la belle étoile. Mais la question ne s’arrête pas là, évidemment. Quelle tente ? 1 place ? 2 places ? Autoportante ? Pas autoportante ? Simple paroi ? Double paroi ? Ah non mais je vous le dis, c’est loin d’être simple !! Une fois qu’on a choisi quel type de tente on veut, il faut encore comparer les différentes marques, les différents modèles, les différents matériaux… bref, il y a de quoi y passer des heures carrées. Et on peut faire ça pour la tente mais aussi pour le sac de couchage, la veste de pluie, le réchaud, etc… Et plus le temps passe, plus la liste du matériel s’allonge… Pourtant, le maître mot de toute cette préparation c’est UL-TRA-LIGHT.

En préparant cette nouvelle aventure que va être le PCT, j’ai découvert un monde nouveau. Un monde fait de gens qui traquent le moindre gramme superflu, qui sont même capables de fabriquer eux-mêmes leur matériel, du sac à dos au réchaud en passant par le sac de couchage, et dont la question existentielle est donc… « Et toi, c’est quoi ton base weight… ? ». Ce sont les ultralight.

Faire partie de la team ultralight, c’est utiliser entre autre un nouveau vocabulaire. Le « base weight » par exemple. Traduit littéralement, le « base weight » c’est ton « poids de base ». Et non, en réalité, ce n’est pas le tien mais celui de ton sac. Celui de ton sac avec dedans tout ton matériel mais sans ce qu’on appellera les « consommables » (nourriture, eau, fuel…) et sans les vêtements que tu porteras. Pour être acceptable, ton base weight ne doit pas dépasser 15lbs. Ah oui, parce que du coup, dans la team ultralight, tu oublies le système métrique et tu te mets à compter en pounds, ounces, etc… Toujours est-il que si tu dépasses les 15lbs, t’es foutu, tu n’es plus considéré comme un ultralight. Pour rappel, 15lbs ça fait moins de 7kg. Avoir un sac qui pèse moins de 7kg avec ta tente, ton sac de couchage et des vêtements pour quand il fait froid, quand il pleut, ça demande un peu d’entraînement et surtout d’avoir choisi chaque élément extrêmement soigneusement…

Faire partie de la team utralight c’est donc entrer dans la compét’ du « mon sac est mieux fait que le tien ». Et à l’heure qu’il est, ce qui s’avérait au début être un sujet de curiosité m’agace désormais prodigieusement… C’était rigolo de regarder ce que chacun mettait dans son sac. Quels sont les choix les plus populaires, ce que les thru-hikers des années précédentes recommandaient, ce qu’ils avaient détesté… Seulement, bien que sur le papier, alléger son sac semble aller de soi, il faut savoir qu’en terme d’équipement, les 100 grammes de moins se payent généralement en centaines d’euros supplémentaires. Et tout le monde n’a donc pas les moyens de rejoindre la team ultralight. Pour autant, certains membres de cette team ont une petite tendance à penser qu’ils détiennent LA vérité et que tous ceux qui ne font pas l’effort de vendre leurs 2 reins pour s’offrir le nec plus ultra du matériel ultralight n’ont rien compris à la vie. Quant à leurs chances de finir le PCT, elles sont considérées comme nulles. C’est à se demander comment faisaient les gens qui ont fait le PCT il y a 20 ans quand l’ultralight n’existait pas…

Extraits choisis d’une conversation Facebook avec un fanatique (qu’on appellera Toothbrush Man) :
TB Man : Si tu veux ambitionner de finir il te faut un sac de max 9 kgs base weight.
Moi : Ah oui? tu crois que si mon base weight c’est 10kg je pourrais pas finir? Mon sac pèse déjà 2.15kg alors…
TB Man : Je dirais que quasi impossible, ou alors un chemin de croix. L’année dernière j’ai fait Washington et Oregon Sobo et j’ai vu quasi aucun gros sac. Faut que tu partes avec un petit sac ou que tu investisses dans un ultralight.
Moi : Ah oui? c’est très intéressant. Tu coupes le manche de ta brosse à dents?
TB Man : Oui bien sûr. Le poids de ton sac c’est le plus important.
Moi : Je crois que je peux finir le trail sans être ultralight. Rendez-vous à l’arrivée?
TB Man : Finir sans être ultralight ça relève du gros gros gros challenge, bonne chance !
Moi : Bah je serai ravie de te montrer qu’on peut y arriver ! Bonne chance à toi aussi !
TB Man : On fait tous une tentative de thru-hike, an attempt. J’ai vu personne finir avec un gros sac, c’est bien d’être humble.
Moi : Je pense qu’il faut tenter sa chance et si vraiment je trouve que le sac est un problème, je changerai.
TB Man : Oui
Moi : En attendant, je sais que mon sac est confortable à porter même avec des charges lourdes.
TB Man : Perso j’avais un Osprey de 1.6 kgs et j’ai dû changer, tu verras.
Moi : T’inquiète pas, je te tiendrai au courant !
TB Man : Je te recommande les sacs de chez ULA.
Moi : Tu as quoi comme tente ?
TB Man : Un Go Lite Shangri La, c’est un tarp (un tarp c’est juste une bâche qui sert d’abri, ça n’est pas fermé comme une tente).
Moi : J’imagine que tu considères que prendre une tente c’est n’importe quoi…
TB Man : En partie. Il y a des tentes de 1kg. Au-dessus, je pense que c’est complètement hypothéquer toute chance de finir. La première attempt c’est souvent là où on apprend tout… C’est pour ça que c’est mieux de commencer par une section. Il y a aussi la possibilité de sauter une section.
Moi : Hike your own hike… (c’est un truc qui se dit beaucoup parmi les personnes qui tentent le PCT : chacun vit son expérience à sa façon, pas de « vrais » ou de « faux » PCT)
TB Man : Pour pouvoir finir à temps, beaucoup font ça.
Moi : J’ai entendu parler de beaucoup de gens qui ont fini la première fois qu’ils ont tenté le PCT pourtant.
TB Man : Oui. Après il y a différentes façons de terminer : skipping or not skipping (skipper, c’est sauter une section parce qu’elle est trop difficile par exemple).
Moi : Je pense a beaucoup de gens qui n’ont pas skipper de section. Seulement les fire closures (parfois, une portion de trail est fermée car il y a eu un incendie et il peut être dangereux de passer par là). Et tu fais le PCT en solo?
TB Man : Oui, mais avec toute la community. C’est une vraie famille.
Moi : Et comme dans toutes les familles, y a surement des gens adorables et d’autres qu’on aime moins… L’avantage c’est que la montagne est grande.
TB Man : C’est ça. Moi j’aime marcher à mon rythme, être seul la journée puis retrouver des gens le soir et en ville. Marcher en groupe ça a beaucoup de contraintes mais c’est chouette aussi.

A aucun moment ce pauvre garçon n’a entendu le sarcasme dans mes réponses. Par contre, me dire que je n’avais aucune chance de réussir le PCT parce que j’avais un sac confortable, une tente et aucune intention de couper le manche de ma brosse à dents ne l’a absolument pas perturbé… Une des raisons pour lesquelles j’ai envie de faire le PCT est de rencontrer plein de gens différents, ouverts d’esprit, curieux et bienveillants. Heureusement, la montagne est grande et avec un peu de chance, je ne rencontrerai jamais Toothbrush Man…

Du coup, j’avais finalement considéré l’éventualité de ne pas peser mon sac du tout. Comme ça, quand on m’aurait demandé quel est mon base weight, j’aurais pu répondre : « j’en sais rien, je l’ai pas pesé… »

Hélas, je me suis assise avec une balance et j’ai commencé à peser tout ce que j’avais. Le résultat a été sans appel : adieu team ultralight, mon base weight devrait être aux alentours des 10kg. Je dis bien « devrait » parce qu’arrivé à 7kg, j’ai arrêté de compter… Mais j’ai déjà testé mon matériel, j’en suis très satisfaite et je n’ai aucunement l’intention d’en changer. Au bout du compte, le poids du sac revient à faire un compromis entre budget, expérience et confort.

Et puis qu’est-ce que tout le monde dit déjà ? Ah oui ! HIKE YOUR OWN HIKE, bordel !

Donc bon, je vais avoir un sac un peu lourd. Je vais quand même mettre un pied devant l’autre et marcher chacun de ces 4200 foutus kilomètres. Je vais sentir le poids de chacune des choses que j’emporte à chaque fois que je vais gravir ne serait-ce qu’une colline. Et ça n’en sera que plus gratifiant arrivée au sommet.

« Mais… tu ne vas jamais réussir à garder le rythme avec les autres ! » Tant mieux ! C’est MON aventure, MON PCT. Peut-être que si le soir j’ai envie de mettre mes chaussettes en poil d’opossum toutes douces pour garder mes pieds au chaud après 12 heures de misère, j’ai le droit. J’ai le droit d’emporter un clavier bluetooth pour continuer à écrire sur ce blog et partager mon aventure avec vous. J’ai le droit de ne pas avoir envie de prendre de piolet parce que je ne sais pas m’en servir de toute façon. Et même si mon sac pèse un peu plus lourd que ce que Toothbrush Man considère comme étant la limite acceptable, ça ne veut pas dire que je ne vais pas vivre un truc extraordinaire. Et peut-être que ça veut justement dire que je vais vivre un truc extraordinaire parce que je le vivrai à MA manière.

Alors peut-être que je ne fais pas partie de la team ultralight et peut-être que ça va bien se passer. Très bien se passer même…

J’ai un rencard…

On est le 24 janvier 2017, je suis à Benghazi. Il est 20h25 et je m’excuse, je sors de table. De toute façon, j’ai pas faim. Et puis je suis attendue. J’ai attendu ce rendez-vous toute la journée. Depuis 8h ce matin, j’y pense. A ce moment précis, il y a près de 2000 hikers connectés sur le site de la Pacific Crest Trail Association. Dans 5 minutes, à 10h30 Pacific Standard Time, soit 20h30 ici, chacun d’entre eux va se mettre à cliquer frénétiquement dans l’espoir de réserver un permis pour la saison 2017.

5… 4… 3… 2… 1… Crash… Le site internet a planté, impossible de charger le formulaire d’inscription. Tachycardie. Actualise, actualise, actualise… Rien à faire, on est bien trop nombreux, c’est planté. Les minutes passent. Mon index droit convulse sur ma petite souris.

Subitement, sur la page Facebook de la PCT Class of 2017, quelqu’un poste un message : « Ca y est ! Je l’ai ! ». Les convulsions redoublent.

Pour doubler mes chances, de ma main gauche, je convulse également sur mon téléphone. Quelques heureux gagnants affichent leur bonheur crânement à la Facebook du monde. Et à 20h53, le miracle se produit. Sur mon téléphone, subitement, après un énième clic, le petit cercle qui tourne sans fin cède la place au formulaire d’inscription. J’en ai le souffle coupé.

Seules 35 personnes peuvent s’inscrire par jour. Les permis s’envolent. Fébrilement, je rentre mon nom, quelques infos et le plus important : ma date de départ. Il ne reste déjà plus que 6 places. Quelques instants plus tard, un mail de confirmation arrive dans ma boite mail. La pression retombe, je recommence à respirer. Pfff…

Le 14 avril prochain, j’ai un rencard dans un petit coin de désert californien. J’irai toucher de mes mains et de mes pieds le monument du terminal sud du PCT à Campo, Californie. Je mettrai un pied devant l’autre et quelques 150 jours plus tard, peut-être plus, j’atteindrai l’autre, celui du terminal nord à Manning Park, Canada. 150 jours… çe ne sera sûrement pas qu’une partie de plaisir. Il y aura des jours, je suis sûre, qui seront aussi frustrants et qui feront battre mon cœur de façon aussi chaotique qu’aujourd’hui. Et puis il paraît que ce n’est pas tant la destination que le chemin qui compte. Et celui-là, croyez-moi, j’ai hâte de le fouler.

download

PCT Training 2 – la Rota Vicentina

Reprenons cette histoire d’entraînement.

Je venais de passer 15 jours à gambader dans les montagnes. Et à ma plus grande surprise, ça n’avait pas été si horrible que ça. Ça avait même été carrément chouette. Mais pour être honnête, je n’avais aucune idée ni des dénivelés, ni des distances parcourues. Tout ce que je savais c’est que j’en avais encore sous la semelle mais pas non plus de quoi courir un ultratrail.

Alors je me suis dit que ça serait bien de savoir si j’étais capable de marcher 25 kilomètres avec un sac sur le dos. La dernière fois que j’avais marché sur une vraiment longue distance, c’était par une nuit froide de janvier. 39 kilomètres au pas de charge entre Beynes et Mantes-la-Jolie. De nuit. Oui. Non, c’était pas une lubie. C’était un morceau du Paris – Mantes à la marche. Et le lendemain, ou plutôt le surlendemain, avait été catastrophique. C’était plus des jambes que j’avais, c’était des poteaux. Je ne marchais plus, je glissais. Douloureusement. Les escaliers ? Même pas en rêve. Alors certes, on peut dire que l’absence totale d’étirements après l’épreuve était sûrement pour quelque chose dans mon état misérable mais pas que. Marcher 39 kilomètres comme ça, de but en blanc, je peux le faire. Y survivre, c’est moins sûr. Et recommencer le lendemain, ça, c’est carrément à exclure. Or dans l’idée de finir le PCT avant que la neige ne recouvre les montagnes du nord-ouest américain, il va falloir enchaîner les marches de plus de 25 kilomètres. Et non pas une ou deux fois comme ça en passant mais tous les jours. Plusieurs semaines durant. Mais soyons réalistes, si je commence dès le premier jour avec 35 kilomètres, je vais jamais tenir la distance. Je compte donc me la jouer diesel. Tranquille au début pour me chauffer puis augmenter le mileage (bah oui, puisqu’on compte en miles là-bas, on dit mileage, pas kilométrage) doucement mais sûrement.

Mais même comme ça, dès le départ, va pas falloir se laisser aller. C’est pas exactement une promenade du dimanche non plus… Et clairement, si je parcours moins de 25 kilomètres (15 miles) par jour, je vais prendre du retard. J’avais donc besoin de savoir si je pouvais marcher 25 kilomètres par jour, plusieurs jours d’affilée. Et bien mesdames et messieurs, la réponse est… OUI !!! Mais laissez-moi vous raconter comment je sais ça.

Il y a un petit moment déjà, je m’étais dit que j’irais bien voir à quoi ressemble le Portugal. C’est vrai, le Portugal, c’est pas très grand, c’est juste à côté et on en entend jamais parler. Et puis j’avais lu le récit de voyage d’Adeline et elle parlait de Rota Vicentina, de petits sentiers, de falaises, de soleil qui se couche dans la mer… ça avait l’air vraiment sympa. Alors ni une ni deux, j’ai googlé « Rota Vicentina », lancé une recherche pour un vol Paris – Lisbonne et une demi-heure plus tard, j’avais un billet d’avion et un itinéraire parfait pour 15 jours de marche le long de la côte portugaise.

N’ayant jamais mis les pieds au Portugal, j’ai tout de même pris le temps de visiter Lisbonne. J’avais toujours entendu dire que c’était hyper sympa, mais c’était bien plus que ça. C’était carrément… wow… Les vieilles ruelles tellement jolies, le tram tellement grinçant et brinquebalant, la lumière tellement douce et chaude, la mer tellement scintillante qui surgit entre 2 rangées d’immeubles tellement colorés… c’était tellement chouette !! La gastronomie portugaise n’a rien gâché à la fête non plus : pasteis de nata, morue sous toutes ses formes, petit verre de vin cuit en terrasse… j’en venais presque à regretter de devoir quitter Lisbonne pour aller gambader dans la campagne.

Mais je n’étais pas là juste pour flâner le nez en l’air et me perdre dans les ruelles de l’Alfama au son du fado même si tout ça avait un charme indéniable. J’avais un programme sportif de haut niveau. Alors par une belle fin d’après-midi, j’ai grimpé dans un bus direction Porto Covo. Je suis arrivée à la nuit tombée. Le vent s’était levé. J’ai mis mon sac sur mon dos et j’ai avancé dans une jolie rue pavée façon station balnéaire avec ses boutiques pas très hautes et ses restos aux murs blanchis à la chaux. Y avait pas grand monde dehors, c’était la fin de soirée, les stores étaient déjà baissés. J’ai rapidement trouvé le Ahoy Porto Covo Hostel et Nicolas, son propriétaire. Nicolas est ultra gentil et une vraie mine d’info sur la Rota Vincentina. Il m’a briefé pendant près d’une heure devant la carte du parcours de mes 10 prochains jours : les plages où il faut absolument aller piquer une tête, les restos où il faut aller manger les meilleurs fruits de mer de la planète, les spots à pique-nique parfaits… bref, il était déjà 23h, je tombais de sommeil et je me suis donc écroulée sur mon matelas après avoir soigneusement préparé mes affaires afin de quitter mon dortoir au petit jour sans réveiller toute la maison.

Le lendemain matin, le vent était tombé et j’ai refermé doucement la porte de la maison au moment où les premiers rayons du soleil réchauffaient le chat de la voisine perché sur le muret. Un petit gratouillis sous le menton mais pas le temps de s’attarder. C’est qu’il y a 20kms à faire jusqu’à Vila Nova de Milfontes  et que je ne sais pas si ça va me prendre 5 heures ou 6 jours. J’ai des provisions dans mon sac pour les 4 jours qui viennent, ça devrait jouer. J’ai ajusté mes guêtres sur mes baskets, j’ai posé mes lunettes de soleil sur mon nez et en avant Guingamp ! Le sentier suivait la côte en grimpant sur la falaise sur en redescendant sur la plage. Rapidement, je me suis mise à marcher dans le sable. Parfait pour tester les guêtres. Le ciel était bleu, l’océan était bleu, le sable était presque blanc, il y avait des petites vaguelettes et le vent soufflait doucement juste comme il fallait et je déroulais les kilomètres. Je n’ai croisé quasiment personne jusqu’à arriver à l’entrée de Vila Nova. J’avais mis 5 heures. J’étais tellement fière de moi que j’avais envie de dire à tout le monde : « Hey ! Vous savez quoi ? Je viens de faire 20kms en 5 heures avec mon gros sac sur le dos et j’ai même pas mal aux pieds !! ». Y avait que des mouettes. Pour fêter ça je me suis assise sur un banc face à l’océan. Je me suis coupée de belles tranches de pain entre lesquelles j’ai plié de belles tranches de jambon fumé et de fromage au poivre. J’étais heureuse. Sale, mal peignée, avec des coulées de crème solaire dans le cou mais heureuse. J’ai un peu erré en ville avant de trouver le Hike & Surf Lodge où je devais passer la nuit puis j’ai passé l’après-midi à la plage. A Vila Nova de Milfontes, la plage se situe juste à l’embouchure de la rivière. L’eau est donc calme et paisible sur la plage et les surfeurs jouent avec les vagues un peu plus loin. Là encore, le vent rendait la chaleur parfaitement supportable et j’ai conclu cette belle première journée par un petit verre de porto en terrasse.

Le deuxième jour a commencé par la traversée de la rivière dans un petit bateau. Certes, j’aurais pu faire le tour et marcher quelques kilomètres de plus, mais franchement, c’était pas les kilomètres qui allaient manquer au cours de la semaine, j’ai donc estimé que traverser en bateau n’était pas tricher. La destination du jour c’était Almograve à quelques 15 kilomètres de là. 15 kilomètres ? Du gâteau après la journée de la veille !! Même genre de paysages, du sable, des dunes, du sable, des dunes… oh ! une petite échelle en bois pourri pour descendre une falaise de 12 mètres de haut… des vues de dingue depuis le haut de la falaise d’en face, du sable, des dunes, du sable, des dunes et puis Almograve. Il était à peine 11h quand je suis arrivée. Tellement tôt que la petite dame de la Pousada de Juventude voulait même pas me laisser accéder à mon dortoir… J’ai donc patienté, sagement assise dans le hall jusqu’à ce qu’il soit midi pétantes et j’ai enfin pu aller poser mon sac et prendre une douche. Je me suis ensuite fait à manger et je suis allée faire un petit tour dans le village. Pas grand-chose à voir à part quelques chats qui se chauffaient la couenne au soleil. A la Pousada de Juventude, y avait personne.  J’ai passé le reste de l’après-midi à l’ombre de la terrasse à lire et à sentir le vent sur mon visage. Le soir, je me suis cuisiné des pâtes sauce tomate dignes d’une cantine scolaire des années 80. J’avais hâte d’être au lendemain.

Au troisième matin, j’ai quitté Almograve dans la purée de pois. Ça donnait un petit côté mystique à la balade. Le soleil essayait bien de percer l’épaisse couche de nuages mais j’ai rarement pu apercevoir mon ombre. J’ai enfoncé un écouteur dans mon oreille gauche et j’ai écouté d’une oreille mon audiobook. Je marchais sur les falaises portugaises tout en pourchassant les criminels dans le Massachussetts. J’ai profité d’une mini éclaircie, pour pique-niquer assise au bord de la falaise, observant les nids de cormorans en contrebas. Mais j’ai pas vu passer les 22 kilomètres de la journée absorbée que j’étais dans mon livre. Je suis arrivée de bonne heure à Zambujeira do Mar. Je me suis assise sur un banc sur la petite place pavée qui surplombait la falaise et j’ai regardé les gens vaquer à leurs occupations. Un peu plus tard, je me suis installée à l’hostel Hakuna Matata. Y avait eu un orage la veille et l’eau était coupée. C’était bien dommage vu le besoin urgent que mes cheveux avaient de voir une douche. En fin d’après-midi, l’eau est revenue. Et j’ai repris forme humaine. Je suis ensuite allée faire quelques courses dans le village et j’ai passé la soirée à regarder des vidéos sur mon téléphone. L’hostel était quasi vide, pas un ronfleur à l’horizon, j’ai pu laver mes fringues et les étaler sur tous les lits du dortoir pour les faire sécher. Le lendemain, je me suis offert un jour off. Bah c’est vrai quoi. J’étais là pour marcher mais j’étais aussi un peu là pour profiter. Alors je suis allée à la plage où je me suis presqu’endormie en écoutant mon audiobook. J’ai préparé mon sac de bouffe pour les prochains jours, mangé une gigantesque salade et vidé mes chaussures de tout le sable accumulé dans les doublures. J’étais prête à repartir.

C’est tout juste si j’ai eu besoin de mettre le réveil le lendemain. J’ai remis mon sac sur mon dos, bouclé ma ceinture, ajusté mes guêtres et je suis repartie. A la fraiche. L’étape du jour me menait à Odeceixe à « seulement » 18kms de là. Alors j’ai pas forcé. J’ai pris mon temps. J’ai fait des pauses, j’ai admiré le paysage assise au bord de la falaise à ne penser à rien. Malgré tout, je suis arrivée de bonne heure à Odeceixe. Y avait personne à l’hostel. En fouinant un peu, j’ai trouvé une clé. Je suis donc entrée, j’ai posé mes affaires, pris une douche, fait un peu de lessive. Un peu plus tard, d’autres gens sont arrivés. Eux aussi, ils se baladaient le long de la Rota Vicentina. Ils se sont installés dans l’autre chambre, me laissant étaler toutes mes affaires tranquillement et brancher mes chargeurs sur toutes les prises. Un peu plus tard, je suis allée faire un petit tour dans le village. Très joli avec ses ruelles pavées en pente et ses maisons blanchies à la chaux. Y avait tout un tas de chats qui se doraient au soleil et qui ouvraient à peine à œil quand je tendais la main pour les caresser. Tout en haut du village, il y avait un ancien moulin à vent. Impossible de rentrer dedans mais la vue de là-haut était imprenable.

L’étape du sixième jour m’a amené à Aljezur, 18kms plus loin. Pour changer du sable et des dunes, le chemin suivait cette fois le canal d’irrigation de la Mira, la rivière du coin. La balade était facile, à plat, à peine besoin de repérer les petites marques rouges et blanches qui jalonnaient le sentier. Au bout d’un moment, j’ai même rejoint une forêt d’eucalyptus dont le parfum m’a ramenée plusieurs années en arrière sur la côte corse. Et puis j’ai fini par retrouver les dunes, le sable et la falaise. Et perché sur la falaise, Aljezur. Aljezur-le-vieux sur la falaise et Aljezur-la-nouvelle avec sa nationale et son supermarché en contrebas. L’Amazigh Design Hostel où j’ai posé mon sac était vraiment sympa. Creusé dans la paroi rocheuse avec une vue imprenable sur la vallée depuis le toit-terrasse. Encore une fois, j’étais seule dans ma chambre. Septembre dans ce petit coin de Portugal semblait être déjà hors saison.

Le lendemain c’était presqu’une journée de vacances : 12kms jusqu’à Arrifana. Le long de la falaise avec quelques passages par les plages. Du coup, j’en ai profité. J’ai traîîîîîîné. Je me suis baigné, j’ai fait une sieste. Et je suis arrivée à Arrifana en milieu d’après-midi. Probablement ma plus longue journée malgré le peu de kilomètres parcourus. Arrifana est très connu pour sa plage complètement encastrée entre 2 falaises ce qui en fait apparemment un spot de surf réputé. Je suis donc allée y faire un tour, regarder les enfants jouer au cerf-volant et compter tous les petits points noirs dans les vagues qui essayaient de se mettre debout sur leurs planches. Le Arrifana Destination Hostel est une usine à surfers. J’ai essayé de me fondre dans la masse mais avec mon bronzage de randonneuse et mes baskets de trail, j’ai eu le droit à quelques questions. L’occasion de rencontrer (enfin !) quelques Portugais en vacances. Bizarrement, peu de gens connaissaient la Rota Vicentina. Et l’idée de faire ça toute seule… totalement délirant apparemment…

Le lendemain, j’ai quitté Arrifana de bonne heure. C’était LA grosse étape de la semaine : direction Carrapateira à 24kms de là. J’avais eu des journées plutôt faciles les jours précédents, j’ai donc pris mon temps et je suis arrivée tranquillement à Carrapateira dans l’après-midi. Je me suis installée à la Pensao das Dunas. J’y suis restée 3 jours. Et comme l’avait si bien raconté Adeline, c’est vraiment un petit coin de paradis. Les propriétaires de la Pensao das Dunas sont uuuuultra gentils (et ils font un petit déj de dingue ce qui ne gâche rien), la plage est maaaaagnifique, y a des petits oiseaux qui chantent et j’ai même croisé un tout petit serpent qui m’a filé entre les doigts de pieds (que j’ai fort joli par ailleurs…). Bref, j’ai bien failli m’installer pour de bon à Carrapateira. Mais je n’étais pas encore arrivée au bout du bout du chemin. Il restait 2 étapes.

D’abord, il y a eu Vila do Bispo. Encore 22kms sous le soleil et le ciel bleu, à gambader joyeusement entre les champs en essayant d’approcher la faune locale. Pas d’océan pour une fois. Au GoodFeeling Hostel de Vila do Bispo, j’ai rencontré G., une Allemande. Elle voulait aller se balader. On s’est mis d’accord pour décoller à 7h le lendemain.

En ce dernier jour, on est donc parties de bon matin et très vite, on s’est retrouvé au bord des falaises à contempler l’océan 100 mètres plus bas. Cette dernière étape, malgré ses « petits » 14kms, c’était un peu l’apothéose de la balade. De la falaise encore plus découpée que d’habitude, des petits oiseaux partout, de la bruyère qui sent bon… A un moment, pendant qu’on papotait, on a voulu prendre un petit raccourci. Je me suis retrouvée suspendue par le bout des doigts à un morceau de caillou bien friable qui menaçait de dégringoler 50 mètres plus bas. Je suis remontée en rampant sur la falaise. Adieu raccourci. Mourir si près du but, ça aurait bien ballot. J’en ai été quitte pour une belle frayeur et une belle balafre sur le tibia gauche. On a donc sagement suivi le chemin et puis on a fini par arriver au Cabo de San Vicente. Tout au bout du bout du sud du Portugal. Et après presque 2 semaines à me croire seule au monde au paradis, j’ai retrouvé les cars de touristes et les stands de saucisses-frites qui vont avec. Drôle de sensation. J’ai quitté là G. qui est rentrée à Vila do Bispo et moi j’ai continué ma route en bus jusqu’à Sagres où j’ai ensuite sauté dans un train pour Faro.

Je n’ai passé qu’une petite journée à Faro où je prenais l’avion le soir même pour rentrer à Paris. C’est pas très grand, Faro, on peut l’explorer à pieds sans problème. J’ai eu le temps d’y manger une glace en regardant les petits poissons dans les eaux vertes du port et de traîner dans les vieilles ruelles pavées à la recherche d’un peu de fraîcheur. Et en fin d’après-midi, j’ai remis mon sac sur mon dos et j’ai pris la direction de l’aéroport. Les vacances étaient finies.

S’il n’y a qu’une chose à retenir de ce joli voyage au Portugal, c’est que cette partie de la côte portugaise est splendide. Tellement que je compte bien y revenir. Et aussi que Carrapateira est une excellente destination pour des vacances au calme, dans un paysage de carte postale. Et qu’en plus, c’est vraiment pas très cher. Surtout au mois de septembre. Bref, il n’y a pas qu’une seule chose à retenir de ce joli voyage au Portugal. Mais la plus importante c’est que j’arrive parfaitement à marcher plus de 20kms avec un sac sur le dos plusieurs jours d’affilée. Et je suis un peu rassurée.

P1020125

Mais c’est où ça, Paoua ?

Le téléphone sonne. Je reconnais le numéro, ça vient de chez MSF. Déjà ??

– Allô oui ?

– Bonjour Anne Lise, c’est J. de MSF. Tu vas bien ?

– Oui, oui. Ça va merci.

– Bon alors voilà. On a un super projet pour toi. C’est un peu challengeant… comme tu aimes, mais c’est vraiment un super projet !!

– Oui ? C’est où ?

– C’est un gros hôpital, 200 staffs, ça fait 10 ans qu’on est là-bas, c’est…

– Oui, OK, mais c’est où ?

– C’est à Paoua.

Paoua ?? Mais c’est où ça, Paoua ? Avec un nom pareil, ça pourrait bien être en Asie du Sud-Est, non ? Oh… trop bien… retrouver l’Asie, manger des pad thaï tous les jours, la lumière du soleil couchant sur le Mékong…

– C’est en RCA.

– Ah. Euh… oui ? Bah, euh… faut que je donne une réponse quand ?

– C’est pas pressé ! Prend le temps de réfléchir ! Tu peux me dire ça la semaine prochaine !

– Euh… ouais. Attends ! C’est pour combien de temps ?

– 6 mois. Non mais prend ton temps, je vais t’envoyer des documents, tu lis ça tranquillement et tu me rappelles la semaine prochaine. Mais vraiment, c’est un super projet. Et puis toi qui aimes le management, tu vas voir, c’est un peu musclé mais ça vaut vraiment le coup !

– OK, ok… (n’en fais pas trop ma grande, je commence à trouver ça louche…) Bon, ben, je regarde ça et puis je te rappelle.

– OK, super Anne Lise. A la semaine prochaine !

Et voilà comment je ne vais pas aller passer les 6 prochains mois en Asie du Sud-Est à manger des pad thaï mais comment je vais me retrouver paumée au milieu de la brousse centrafricaine, coincée entre le Tchad et le Cameroun à continuer mon étude sur les 1001 façons de consommer le manioc… Et en plus, ce sera bien challengeant, comme j’aime…

Donc, Paoua, en fait, c’est là.

A vos marques… prêts… partez !!

On est mercredi, il est 12h04. Je suis dans la rue, je marche. Mon téléphone sonne.

– Allô ?
– Anne Lise ? C’est MSF. On vient de récupérer ton visa et ton passeport donc… tu prends l’avion demain soir pour Lubumbashi.
– … ???!!! Euh… OK…
– Bien. Tu pars avec d’autres personnes qui seront en mission avec toi donc rendez-vous à 18h pour un petit briefing avant que le taxi ne vous emmène à l’aéroport.
– Euh… Très bien… Mais… Faudrait pas que je signe mon contrat à un moment quand même ?
– Ah ? C’est pas encore fait ? Bon bah alors viens à 17h30, on s’occupera de ça juste avant !
– OK… bon bah… à demain alors ?
– C’est ça ! A demain ! Et… félicitations !!
– Euh… merci…

On est mercredi. Il est 12h07. Et je ne sais plus où j’habite. Evidemment que j’attendais ce coup de fil depuis des semaines mais là, tout plier en 24 heures… pfff ! Je ne sais pas par où commencer !!

Alors j’essaye d’être pragmatique. Petit 1, rentrer à la maison. Petit 2, faire mon sac. Petit 3, … aaaaaah ! Je ne sais pluuuuuus !! C’est un mélange d’excitation et de consternation. J’ai l’impression que mon cerveau tourne au ralenti et que j’ai deux mains gauches…

Et puis finalement, j’arrive à boucler mon sac (et en plus, il fait à peine 20kg), transférer mes films, ma musique et mes sauvegardes sur les disques durs qui vont bien, faire un tour à la déchetterie sous la pluie pour jeter des tonnes de papiers et faire de la place pour les affaires que j’ai déménagées, aller dire au bonjour au monsieur des impôts pour enregistrer une réclamation (oui j’aurais peut-être pu y aller bien avant… et alors ?) et même acheter quelques tablettes de chocolat pour mes futurs collègues perdus dans la brousse.

Car c’est bien là que je vais. Dans la brousse. A Malemba Nkulu plus précisément. Tout ce que je sais pour l’instant sur Malemba Nkulu, c’est que c’est à 2 jours de voiture de Lubumbashi. Et que là-bas, il y a des enfants qui ont la rougeole. Beaucoup d’enfants. Et qu’il faut les vacciner. Comment on fait, comment ça s’organise, qui est déjà sur place… tout ça, j’en sais rien ! On verra bien en arrivant !

Enfin… si j’arrive ! Parce que circuler dans Paris un jeudi soir veille de 1er mai, ça relève de l’exploit olympique… Et j’arrive chez MSF à 18h30 bien tassées, après être passée signer mon contrat  en sprintant (on repassera plus tard pour les questions, hein, là, y a pas l’temps !). Là, je récupère le graal : un t-shirt et ma carte d’identification MSF. « Je te donne un taille S ? » Mmm… non ! Dans 3 mois peut-être mais là, ça va être un peu juste hein… Enfin c’est bon, je suis parée au décollage. Enfin… je crois ?

Avant ça, je rencontre E., pédiatre, qui part aussi à Malemba. On devait partir à 4 mais les 2 autres n’ont apparemment pas eu leurs visas dans les temps ou quelque chose comme ça. On grimpe donc dans le taxi qui nous attend déjà. La circulation est toujours plus que dense, notre chauffeur reçoit 30 sms à la minute et il y répond, on frôle donc l’accident plusieurs fois. Ça nous permet de faire un peu mieux connaissance : E. est déjà partie en mission au Tchad et ça fait toute la différence ! Pour moi, ça fait d’elle une experte !

En partant, on m’a confié un petit colis tout enrubanné de scotch MSF à remettre à la coordination à Lubumbashi. Je ne sais pas ce qu’il y a dedans et je l’ai mis dans mon bagage à mains en bourrant un peu. Comme par hasard, à Roissy, mon sac est fouillé. La dame qui s’en charge déballe absolument toutes mes affaires. Elle tombe sur ma GameBoy. Bah oui, c’est la brousse, hein, va bien falloir s’occuper de temps en temps ! Elle me dit que j’ai là un trésor ! Que ça peut se revendre pas loin de 2000€ ! Moi je me disais que vu son état, il pouvait pas lui arriver grand-chose alors qu’elle ne craignait pas un petit voyage en RDC… Et puis elle me demande d’ouvrir le fameux colis. Je ne suis pas très sûre mais je ne me vois pas trop lui dire que je ne sais pas ce qu’il y a dans mes bagages alors je déchire le scotch… et une dizaine de tablettes de chocolat Milka tombent sur le comptoir… Me voilà contrebandière de chocolat ! Il y a aussi un paquet de café en grains et quelques lettres. La dame rigole, nous aussi.

On finit par s’écrouler dans les fauteuils de la salle d’embarquement. Je suis un peu vidée. Je mâchonne distraitement quelques TUC achetés un peu avant. La précipitation du départ, l’inconnu total devant moi, je suis un peu absente au moment du décollage. Et pourtant c’est une grande première. Dans 7 heures, je serai à Addis Abeba. Je poserai les pieds pour la première fois sur le continent africain.

MSF roller coaster

La Guinée. Mais oucéssadonc ? Vous non plus, vous n’en savez rien, hein ?

Quand on m’a dit à la fin de ma petite semaine de formation que j’allais partir en mission en Guinée, j’ai chopé la première mappemonde qui passait par là et j’ai scruté attentivement le continent africain.

Je n’ai jamais mis le pied dans cette partie du monde. Jamais traversé la Méditerranée. Ja-mais. Même pas pour aller me faire bronzer les espaces inter-orteils (et Dieu sait que ça serait facile) au bord d’une piscine à Agadir. Mais la Guinée… ça, c’est une autre paire de manches !

Alors je vous la fais courte mais globalement…

La dame m’a demandé : « Ebola ? Ça te pose un problème ? »

J’ai répondu : « Euh… non. Pas vraiment. De toute façon, je suis pas obligée d’aller lécher la face des patients, si ? »

Elle a levé un sourcil, elle a rigolé et puis elle m’a dit : « OK ! Alors tu pars dans 15 jours, faut aller fermer un centre de traitement à Kankan (merci la mappemonde…), tu seras de retour 3 mois plus tard, t’oublieras pas de rester en France et à moins de 4 heures d’un hôpital pendant les 3 semaines qui suivent, tu prendras ta température 2 fois par jour et faut que tu passes déposer ton passeport au bureau dès lundi prochain. »

J’ai dit : « Euh… d’accord ! »

Je venais de monter sans le savoir dans le Grand Huit MSF… Je suis sortie de son bureau, j’ai fait une petite danse de la victoire dans le couloir, j’ai dit à tous mes nouveaux copains MSF que je partais en Guinée (youpi !), on est allé boire des verres pour fêter ça et quand j’ai repris le métro pour rentrer chez moi, je répétais à voix basse : « Guinée Conakry… Guinée Conakry… Guinée Conakry… »

15 jours pour préparer un départ, on pourrait croire que c’est largement suffisant. Mais quand on est une championne de la procrastination… ben, c’est pas si simple. D’abord, faut faire la liste de toutes les choses à faire. Et quand ses 2 neurones sont grillés par l’excitation, c’est déjà un sacré challenge…

Le premier truc que j’ai écrit sur cette liste c’est « chaussettes ». Parce que j’ai plus que 3 paires de chaussettes mettables en public. C’est bien la preuve que j’avais du mal à mettre de l’ordre dans mes idées parce que la météo à Kankan, elle indiquait 42°C en moyenne et que des chaussettes, c’est bien le dernier truc que j’aurais eu envie d’emporter…

Bon, sur la liste, j’ai aussi écrit « déménagement », « impôts », « résiliation Freebox », « albums photos », …

Ah oui… faut que je vous explique. Je me suis décidée à faire des albums photos de mon tour du monde. C’est que 17 000 photos coincées sur un disque dur, on les regarde pas tous les matins. Alors je me suis dit que j’allais faire des albums. De nos jours, avec internet et la technologie, on peut faire de très jolis livres dont on tournera les pages avec nostalgie et qui justifieront l’achat d’une bibliothèque.

Depuis le mois de mars 2014 (oui… je sais… ça fait donc plus d’un an), j’ai donc commencé un travail de tri, de classement, de mise en page… le tout pays par pays. Et jusqu’à la semaine dernière, j’avais réussi à aller jusqu’en Nouvelle Zélande (comprendre, j’avais réussi à faire les albums de l’Inde, la Chine, le Vietnam, le Cambodge, le Laos, la Thaïlande, la Malaisie, l’Australie et la Nouvelle Zélande). J’avais trouvé fin novembre dernier un bon plan pour acheter ces albums à prix réduit (faut dire qu’avec près de 60 pages par album, j’étais à 2 doigts de devoir vendre un rein…). J’en avais donc pré-acheté 6 en me disant que puisque le bon d’achat était valable jusque fin juin, j’étais laaaarge… Je vous laisse deviner ce qui s’est passé… Procrastination, again

Je me suis donc retrouvée avec 6 albums photos à faire en urgence.

Je suis aussi allée faire des photos d’identité, déposer mon passeport chez MSF pour qu’ils s’occupent de mon visa, faire un tour à l’Institut Pasteur pour faire checker mon carnet de vaccination, me prendre un shot de méningocoques (ce qui m’a valu 2 jours d’agonie fiévreuse… merci !) et me faire vider de la moitié de mon sang pour analyses, faire la queue à la Sécu parce que ces petits malins ont décidé arbitrairement de suspendre mes droits juste comme ça pour voir et que franchement, j’avais que ça à faire, faire la tournée des agences immobilières de mon quartier pour mettre mon appartement en location… bref, je me suis pas ennuyée !

Le lundi suivant, alors que je venais de passer une semaine à expliquer à tout le monde que je partais soigner les Eboliens à Kankan, que je connaissais la géographie du pays sur le bout des doigts et que j’étais arrivée à la page 32 du code du travail guinéen (oui môsieur… j’ai des lectures du plus grand intérêt en ce moment mouâ…), mon téléphone sonne. Normal, on doit caler les horaires des briefings avant mon départ.

« Allô ? Oui, alors… en fait, j’ai une mauvaise nouvelle : ta mission est annulée, le centre va fermer plus tôt que prévu, pas la peine de t’envoyer là-bas pour 15 jours, blablabla… »

Le coup de massue.

Bon. Retour à la case Départ, vous ne touchez pas 20 000 francs et vous rebranchez votre Freebox.

Les 24 heures suivantes, je ne sais plus quoi faire. Je déménage quand même ? J’annule ma carte bleue quand même ? Je remplis mon frigo quand même ? Je suis perdue…

On doit me rappeler mais les heures passent et bien que je vérifie que mon téléphone est bien allumé toutes les 16 minutes en moyenne, il reste désespérément muet…

J’ai beau être la reine du last minute, ne pas avoir besoin de me projeter plus loin que sur les 3 prochaines semaines, etc… là, c’est un peu difficile.

Et heureusement, ça ne dure pas plus de 24 heures (oui, je sais, 24 heures, c’est rien mais quand tu es assise sur ton canapé à attendre… c’est l’éternité). Mardi midi, le téléphone sonne.

« Allô ? Oui… c’est pour savoir… une épidémie de rougeole en RDC (République Démocratique du Congo pour les gens qui, comme moi il y a une semaine, ne sont pas particulièrement familier avec les surnoms de ces destinations exotiques…), ça te tente ? »

Yeeeehaaaa !! C’est reparti pour un tour !!

Sauf que cette fois, je décide de ne pas m’emballer. C’est vrai quoi ? Ils changent d’avis toutes les 48 heures, je peux pas avoir le cœur qui se décroche à chaque fois ou je serai plus en état de monter dans l’avion le moment venu !

Et puis là, si l’épidémie de rougeole ne va pas décider de disparaître toute seule, c’est l’obtention du visa qui est plus compliquée. Normalement, il y a un délai d’une semaine entre le moment où tu déposes ton dossier et le moment où tu récupères le Saint Graal. Mais en ce moment, c’est un peu tendu, because le président qui essaye de modifier la constitution pour pouvoir se représenter une 3ème fois, les gens qui manifestent, le président qui n’est pas content, le contrôle légèrement accru des demandes de visa, toussa-toussa… Du coup, bah… je pars mais quand, ça… mystère…

Et c’est le retour à la case Attente…

Le bon côté des choses, c’est que ça me laisse du temps pour procrastiner encore un peu mes albums photos…

AL apprentie humanitaire

Je suis… cla-quée !!! Faut dire que ça a été une sacrée semaine !

Depuis vendredi dernier je suis officiellement en congé. Mais qui a dit que les congés c’était fait pour se reposer ? Sûrement pas moi !! J’ai attaqué dès lundi matin ma semaine de formation ci-dessous joliment dénommée PPDA.

PPDA ? Keskecéssa ? C’est la Préparation au Premier Départ Administrateur… Pour ceux qui attrapent le train en marche, j’ai été recrutée comme administrateur terrain par Médecins Sans Frontières. Et avant de se retrouver sous une tente au milieu d’un camp de réfugiés, ils ont jugé utile de nous former un peu.

Enfin un peu… c’est loin d’être une partie de rigolade ! Ça a commencé il y a un mois quand j’ai reçu des exercices à préparer pour cette fameuse semaine. La gestion de budget et les ressources humaines, c’est un peu mon domaine, j’ai d’abord rigolé doucement genre easy breezy, fingers in the nose, etc…

Evidemment, tout ne s’est pas déroulé comme prévu. D’abord, c’était hyper technique : il s’agissait de s’approprier les 2 principaux logiciels de gestion (comptabilité et paye) et de réaliser une simulation à partir d’un cas pratique. Et pour les petits malins (comme moi) qui n’ont écouté leurs cours de comptabilité que d’une oreille en se disant « Pfff… t’façon, la compta, j’en ferai jamais !! », bah… il a vite fallu se retirer les fingers du nose… J’aurais peut-être pu tenir compte de la mise en garde qui disait :  « Attention, vous devez prévoir 5 journées complètes de travail pour compléter ces exercices »…

Je vous passe les détails mais j’ai bien galéré. J’ai même tellement galéré qu’à un moment je me suis dit que finalement, ils allaient changer d’avis et me renvoyer chez moi… Faut dire que j’avais pas encore commencé à travailler pour de vrai, j’avais déjà perdu 10 pounds sud-soudanaises ! Bon, l’Histoire montrera par la suite que le but du jeu n’était pas de réussir les 72 questions de l’exercice mais bien de s’approprier les quelques règles basiques qui régissent le fonctionnement des missions MSF.

Du coup, quand j’ai débarqué au siège de MSF à Paris lundi dernier, je faisais pas trop ma maligne. J’étais super contente de rencontrer mes nouveaux amis les futurs administrateurs terrain (qui avaient eu autant de difficultés que moi à préparer ces foutus exos !) venus d’un peu partout : Etats-Unis, Espagne, Arménie, Australie, Nouvelle-Zélande, Sud Soudan… tous là avec la même envie d’apprendre, d’enregistrer le maximum d’infos possible avant de s’éparpiller aux 4 coins du monde. Car c’est le côté un peu triste de la situation : comme il n’y a qu’un administrateur par terrain, on ne sera jamais amené à travailler ensemble…

Toute la semaine, nous avons donc plongé en apnée dans le monde MSF. Organisation de l’association, gestion des ressources humaines, comptabilité, réalisation de budgets, le tout saupoudré de quelques notions de droit du travail, de management du stress, de bons conseils d’organisation du travail quotidien et surtout… des tonnes  de questions sur chaque sujet et beaucoup, beaucoup, beaucoup de grosses marrades.

Plutôt intense donc. Intense mais tellement passionnant !

A la fin de la semaine, nous nous sommes vus remettre un diplôme du parfait apprenti admin. Oui, c’est comme ça qu’on dit, il a fallu aussi apprendre un bon millier d’acronymes tous plus rigolos les uns que les autres (si quelqu’un sait ce qu’est un MoU…)

C’est donc officiel, je suis prête à partir !!!

Quand le blog reprend du service

Et oui ! Lecteurs assidus et visiteurs de passage, vous croyiez que je vous avais laissé tomber et il faut avouer que c’était un peu complètement le cas…

Mais ça y est, c’est officiel, je repars pour un tour !!

Pas un tour du monde ! Naaan, so 2013, totally overrated… (je plaisante, y aurait moyen de remonter dans un avion demain, je serais déjà en train de remplir mon sac à dos en faisant des bonds partout…) Cette fois, c’est carrément différent. Mais comme on ne change pas une équipe qui gagne (enfin qui gagne… qui fonctionne quoi !), le blog reprend donc du service.

Et THE BIG QUESTION est donc… mais où donc repars-je ? (je vous mets au défi de prononcer ça… moi, j’ai lâché l’affaire)

Et bien, à l’heure qu’il est… je n’en sais absolument rien ma bonne dame !

Parce que cette fois, c’est pas complètement moi qui décide…

Cette fois, comme je disais, c’est carrément différent…

Cette fois, c’est pas pour se la couler douce avec du sable entre les orteils…

Cette fois, va y avoir du sang sur les murs comme dirait quelqu’un que je connais… (euh… on est bien d’accord, c’est du second degré, hein…)

Cette fois, je n’ai plus un visa de tourisme…

Cette fois… je suis administrateur terrain pour Médecins Sans Frontières !

C’est donc le moment de préciser ceci : « Les propos tenus dans ce blog n’engagent que moi (l’auteur), mais ne reflètent en aucun cas les positions publiques de MSF ».

Simple précaution.

Ça ne veut pas dire que mes propres positions ne sont pas en adéquation avec celles de MSF mais simplement que je ne parle pas ici en leur nom.

Alors vous vous dites : « WHAT ??? Mais j’y comprends plus rien, je croyais qu’elle bossait dans la restauration… je savais pas qu’elle avait un diplôme d’infirmière toussa-toussa… »

Et bien non, je vous rassure, le monde est sauf, je ne toucherai pas un pansement, j’ai été recrutée comme administrateur terrain c’est-à-dire que je vais m’occuper de la comptabilité et de la gestion des ressources humaines d’un projet MSF sur le terrain. Ouais… bien glamour dit comme ça…

Glamour ou pas, this is not the question, je suis dans un état de nerfs pas possible. Trop hâte de savoir où et quand je vais partir…

Evidemment, avant de me lancer dans cette nouvelle aventure, il a fallu que je me mette d’accord avec mon employeur pour pouvoir prendre un nouveau congé. Et je dois bien avouer que de ce côté-là, j’ai de la chance (et que ce soit bien claire, c’est bien la seule chose qui relève de la chance…), mon projet a été accepté.

Dès le 31 mars prochain, je serai donc en congé sans solde et ce jusqu’au 31 août 2016. Oui, 17 mois. On ne fait pas les choses à moitié ici…

Je pourrais vous expliquer le pourquoi du comment j’ai décidé de sauter de cette nouvelle falaise sans trop savoir ce qui m’attendait en bas (mais n’est-ce pas ce qui fait tout le charme des falaises… ?) mais honnêtement, je doute que vous ayez 18 heures devant vous à consacrer à la lecture de ce brillant article…

Bref, voilà, je voulais juste vous dire que je suis back in the game, que je compte bien garder un semblant de contact avec la civilisation via ce blog et j’espère que je vous ferai toujours autant rire à la machine à café (à bons entendeurs…)