Facilo l’espagnolo !

C’est ce que tout le monde m’a dit quand j’exprimais de vagues craintes sur ma capacité à communiquer avec les gens de ce côté-ci du monde alors que lors de ma longue scolarité, je n’avais jamais mis les pieds dans un cours d’espagnol.

Facilo, facilo, peut-être, mais en attendant, je me disais qu’avec mon anglais à son meilleur niveau, j’arriverai bien à me débrouiller. C’était sans compter qu’ici, c’est comme en Chine, les gens qui parlent anglais, ça se compte sur les doigts de la main. Il a donc bien fallu s’y mettre.

Et de façon surprenante, en 5 semaines, je me suis pas si mal débrouillée. A force de tendre l’oreille, j’ai fini par comprendre presque tout ce qu’on me disait (en même temps, je fais mes courses au marché, j’envoie pas des missiles nucléaires en orbite), j’ai appris à compter (très utile quand tu veux pas te faire arnaquer par le premier chauffeur de taxi qui klaxonne) et je sais demander mon chemin. Certes, c’est un bon début mais ça reste un peu frustrant quand j’essaye de creuser un peu la discussion. Du coup, j’ai donc décidé de m’y mettre sérieusement. J’ai donc signé pour une semaine intensive sur les bancs de la Amauta Spanish School : 4 heures de cours collectif le matin et 1 heure de cours individuel en fin de journée. Entre les deux… bah ! je fais la sieste , qu’est-ce que vous croyez ?

Et là, j’ai enfin compris ce que tout le monde disait. Effectivement, quand on parle français, l’espagnolo, c’est pas bien difficile. A 2 ou 3 exceptions près, un « o » ou un « a » bien placé et le tour est joué ! Bien sûr, c’est pas non plus aussi simple que ça. Ça se saurait. Mais mes nouveaux co-détenus camarades de classe sont, pour la majorité, anglophones et ils galèrent bien plus que moi.

Le côté poil à gratter, c’est que je me retrouve avec des devoirs. Des devoirs ! Moi ! La fille dont la religion lui interdit depuis 6 ans de travailler le week-end ! Dire que je m’inflige ça de ma propre volonté… un comble ! Mais après une semaine, j’ai tout de même multiplié mon vocabulaire par 100 et je suis capable d’avoir une vraie conversation avec la fille de l’hôtel qui me donne mon petit déj tous les matins. Et ça, ça fait plaisir.

Alors, vamos, reste plus qu’à mettre tout ça en pratique. Ce qui ne devrait pas être très compliqué vu qu’il me reste encore un peu plus de 6 semaines en Espagnolie (quoi ? on dit bien la Francophonie !).

Hasta luego muchachos !


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A ma Mamie…

Quand on envisage de partir comme ça, longtemps, loin des siens, pour vivre une aventure un peu hors du commun, on pèse le pour et le contre. On n’abandonne pas sa famille, ses amis, mais on a envie de réaliser quelque chose pour soi et rien que pour soi. Le quotidien est devenu trop petit, pas assez excitant. On a besoin de challenge, de se tester, de se faire peur peut-être, de se prouver quelque chose sûrement. On sait que si jamais il se passe quelque chose, là-bas, à la maison, pendant qu’on traîne son jean tout usé sur les routes du monde, on ne pourra pas être là. Pas là pour soutenir les siens et pas là pour être soutenu. On mesure la probabilité que ce quelque chose arrive. On se demande si on rentrera, si on arrêtera le voyage et finalement, on fait le pari que rien de grave n’arrivera. Et puis, le jour où on décide de partir pour de bon, on sait que c’est une des décisions les plus égoïstes qui soit mais on ne peut plus faire autrement, c’est le bon choix.

Ce 24 juin, ce quelque chose est arrivé. Ma Mamie est partie. Ma Mamie qui m’avait dit quand moi, je suis partie : « Je sais pas si je te reverrai ». Et moi, j’avais souri (un peu forcée) et j’avais dit : « Mais bien sûr que si ! Un an et demi c’est rien ! Et 84 ans, c’est pas si difficile à atteindre ! »

Il faut croire que si. Et ce matin, c’est tout un tas d’images pêle-mêle qui viennent se superposer à mon décor quotidien. Ma Mamie qui épluche les haricots verts sur la table de sa cuisine. Ma Mamie qui m’emmène acheter mon cartable pour ma rentrée en 6ème. Ma Mamie qui récupère la crème du lait pour m’en faire une tartine. Ma Mamie qui s’énerve devant la télé quand Jospin est éliminé au 1er tour. Ma Mamie qui me cuisine un rôti de veau orloff parce qu’elle sait que j’adore ça. Ma Mamie qui trempe ses fraises avec moi dans un pot de crème fraîche de la ferme. Ma Mamie qui me demande pour la 25 000ème fois comment on fait pour effacer un message sur son téléphone. Ma Mamie qui joue aux petits chevaux. Ma Mamie qui se fâche et qui met mon petit frère tout nu à la porte parce que, probablement, il refuse d’aller s’habiller. Et puis qui va le récupérer en marmonnant. Ma Mamie qui se gare devant chez nous et qui sort des tas de trucs de son coffre quand elle vient le dimanche. Ma Mamie qui s’endort pendant qu’on regarde un film le soir du réveillon de Noël. Ma Mamie sur sa petite chaise en plastique à la plage entourée de toute la famille et qui distribue le goûter. Ma Mamie qui fait des mots croisés. Ma Mamie qui tricote. Ma Mamie et ses éclats de rire pendant les essayages de mes costumes de patinage artistique. Ma Mamie et sa salade d’oranges. Ma Mamie qui comprend rien aux chaînes de la TNT. Ma Mamie…

Alors ce matin, quand j’ai su qu’elle était partie, j’ai pas voulu y croire. Les gens autour de moi n’ont pas l’air de se rendre compte qu’il s’est passé quelque chose et moi, je dis, je répète : « C’est pas possible… » et mes tartines se retrouvent noyées.

J’ai parié, j’ai perdu.

Ça fait partie des risques que j’ai pris.

Et je suis désolée de ne pas être là.

Vacances à Cuzco

Il me reste maintenant 2 semaines à tuer avant de m’envoler pour l’Equateur. Et pourquoi donc 2 semaines ? Pourquoi ne pas enchaîner ? Qu’est-ce qu’elle va faire la p’tite dame pendant ces 2 semaines ?

Wow, wow, wow. On se calme. D’abord, c’est pas si simple, les billets d’avion ont déjà été modifiés et si je voulais encore changer, faudrait que je me tranche un bras (oui, le billet tour du monde a aussi ses inconvénients mais j’en reparlerai plus tard). Donc, oui, mon prochain vol n’est que dans 15 jours. Ensuite après 9 mois de voyage à changer de maison tous les 3 jours et tout particulièrement après les 3 dernières semaines avec Gauliard Tour, je suis claquée. Oui, mesdames et messieurs, cla-quée. C’est pas parce que je ne passe pas 8 heures par jour derrière un bureau à répondre aux 120 mails quotidiens de mes clients préférés que j’ai pas le droit d’être fatiguée. La preuve. Alors je fais un break. Pendant 2 semaines, je ne fais… rien. Mais pas question de rien faire à Lima. On y mange bien, certes, tout le monde l’aura compris, mais la ville ne vaut vraiment pas le coup de s’y attarder aussi longtemps. Alors j’ai décidé d’aller passer mes vacances dans une petite ville fort sympathique… Cuzco.

Cette fois, comme j’ai du temps devant moi (et une politique budgétaire à respecter), je prends le bus. Alors, je vous confirme, faut avoir un peu de temps devant soi : le trajet dure 22 heures… Courageuse mais pas téméraire, je me suis quand même payé un billet chez Cruz del Sur, une des compagnies de bus les plus luxueuses du pays. J’ai donc droit à un siège immense, qui s’incline presque complètement, avec un écran perso comme dans l’avion (enfin… pas chez Air Europa, d’accord), des repas servis dans des boites en carton et un steward particulièrement attentionné qui m’offre un labourage massage gratuit des lombaires par coups de genoux. Bref, je ne vois presque pas passer le trajet.

Arrivée à Cuzco, j’ai des projets. Non parce que, c’est pas parce que j’ai dit que j’allais rien faire que je vais rester à végéter pendant 15 jours. J’ai contacté une association qui s’occupe d’enfants en difficulté et je dois donner quelques cours d’anglais et recevoir en échange quelques cours d’espagnol. Ah oui, parce que j’ai aussi décidé qu’il était temps de prendre le taureau par les cornes et de faire en sorte que ce voyage me permette de rajouter une ligne sur mon CV : « Espagnol – niveau baragouinage ». L’association gère aussi une auberge dans laquelle je décide d’établir mon campement. Evidemment, quand j’arrive, on m’explique qu’en fait, en ce moment, c’est vraiment extraordinaire, y a tellement de volontaires qu’ils ne savent plus quoi en faire et du coup, comme moi je ne reste que 10 jours, bah… je vais pas donner de cours. Du coup, pas de cours d’espagnol non plus. 22 heures de bus, ça vous ramollit les nerfs. Ça tombe bien parce que je crois que j’aurais pu m’agacer. Un tout petit peu, mais m’agacer quand même.

Bon, tant pis, je trouverai un autre moyen d’occuper mes journées. Occupons-nous d’abord des contingences matérielles. Je dois commencer par faire un petit tour au marché et au supermarché pour pouvoir me nourrir pendant les prochains jours. Ah oui, finie la grande vie, je vais rentabiliser la cuisine de ma nouvelle maison. A grands coups de pâtes et de riz, certes. J’ai pas postulé à Top Chef non plus. Et puis, je me dis que quand même, tout ça, c’est trop bête, l’idée des cours d’espagnol, ça me plaisait bien alors trouvons une école de langue qui puisse me rendre bilingue en 8 jours ! 48 heures plus tard, c’est chose faite, j’ai signé, la semaine prochaine, estoy una estudiante.

En attendant, je dors, je lis (la médiathèque de l’Alliance Française a tout un tas de bouquins que j’ai pas encore lus), je bois du Yop, je fais copain-copain avec le chien de la maison, je fais chaque jour un petit tour dans la ville et je vais admirer le défilé du jour. Parce que j’ai eu la bonne idée de revenir ici alors que c’est la fête de la ville. Et la fête dure 9 jours pour finir en apothéose le 24 juin par l’IntiRaymi, une fête inca qui célèbre le soleil et le début de la nouvelle année inca. C’est donc un festival de couleurs, de fanfares, de costumes, de chars, de confettis, de ballons, de danses et de gens qui marchent au pas toute la journée. Du délire.

Et la semaine s’écoule ainsi, lentement et sereinement. Demain, je retourne à l’école.

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Malaisie / Singapour – le bilan

 

Enfin seule !

La nuit en bus vers Lima s’est étonnamment bien passée. A 5h du matin, elle nous semble quand même un peu courte. On récupère nos sacs et on tombe littéralement dans les bras des taxis qui nous guettent à la sortie du terminal de bus. On a qu’une envie, se recoucher. C’est d’ailleurs ce qu’on fait à peine arrivés à l’hôtel. Jusqu’à 10h. Bah quoi ? Les 3/4 de Gauliard Tour sont hors d’état de nuire et le dernier quart est en train de se faire rattraper par la mystérieuse tourista…

Mais bon. C’est le dernier jour de Gauliard Tour au Pérou, pas question de le passer à faire la queue aux baños… On finit par réussir à s’extirper de nos lits et à se traîner jusqu’à une chicharroneria, un resto où ils ne servent quasiment que du porc grillé avec des tranches de patates douces et des oignons qu’on est supposé déguster entre 2 tranches de pain. La version locale du burger en quelque sorte. On ne veut pas présumer de nos forces alors on n’en commande qu’une livre… mais comme tout ce qu’on mange à Lima (ou presque, mettons de côté un certain fiasco chez un certain chinois un certain soir avant de prendre le bus…), c’est délicieux et on finira par lécher le plat.

Requinqués, on part pour notre dernière mission : le shopping souvenir. Bah oui, il n’était pas question de porter des kilos et de kilos de bonnets péruviens tout le long de la route alors, on s’était restreint (enfin eux surtout, parce que moi, ça fait longtemps que j’achète plus rien… ou presque). Notre ami le Lonely est assez décevant en la matière : aucune bonne adresse de marché à touristes, il nous conseille plutôt d’aller dans des boutiques de créateurs ou chez des artisans où, de toute façon, on n’est pas autorisé à rentrer sans notre banquier. On part quand même tenter notre chance au nord de Miraflores. Au moins, ça nous fait toujours une petite balade dans le quartier. En ce samedi après-midi, les Limeños sont de sortie ! Les rues grouillent de monde, ça shoppe dans les boutiques, sur le trottoir, partout où on pose les yeux. On découvre d’ailleurs la plus grande boutique de sous-vêtements que j’ai jamais vue. Et clairement, le marché de la petite culotte est en plein boom. Et puis, au hasard de nos déambulations, on tombe dessus. Le temple du souvenir pour touriste mal de babioles. En fait, toute cette partie du quartier est truffée de grands magasins où s’alignent les stands qui vendent tous la même chose et où on exerce notre art du marchandage… En fin d’après-midi, les bras chargés et le bide en vrac, le Gauliard Tour rentre à l’hôtel. Pourtant, il nous reste une chose à faire… aller manger une tarte au citron meringuée au bord de la falaise en admirant le coucher du soleil. Alors puisqu’on l’a dit, on le fait ! Bon, pour le coucher du soleil, on repassera mais la tarte au citron, elle, était bien là. Décevante mais bien là.

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Et en mémoire des dîners de Brendas et parce que, nom d’un chien, j’ai quand même sauté à pieds dans une nouvelle dizaine et que, l’air de rien, ça se fête, le Gauliard Tour me fait la surprise de m’emmener dîner chez Astrid & Gaston, un des restaurants du célèbre (si, si) chef péruvien Gaston Acurio. Bon, certes, on n’a pas réservé et on est habillé avec nos plus belles polaires Quechua mais votre serviteuse sort son sourire le plus ultra bright et hop ! la fille de l’entrée efface sans façon une réservation pour nous libérer une table. Des fois, je m’impressionne moi-même…

On ne fera pas complètement honneur au grand chef, sauf moi. Tourista ou pas, je vais pas me laisser abattre, c’est mon anniversaire quand même ! Et puis tout est absolument excellent, de la corbeille de 1000 pains à la sphère en chocolat qui fond sous le coulis de chocolat chaud… et le service vraiment sympa. Du coup, j’ai même droit à un deuxième dessert quand le serveur apprend qu’on est là pour une occasion toute spéciale… Faudra presque le retenir de se mettre à chanter. Bref, une bien belle dernière soirée… merci Gauliard Tour !

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Le lendemain, à l’aube (ou presque), le Gauliard Tour boucle ses sacs. Les vacances, c’est fini (pour eux…) et c’est déjà l’heure de reprendre la direction de l’aéroport… Adios amigos ! Et n’oubliez pas de mettre le Sauterne au frais pour Noël !

Et voilà… enfin seule ! Après 5 semaines non stop pendant lesquelles ce tour du monde en solo ressemblait plus à AL en colonie de vacances, je me retrouve toute seule au milieu de ma chambre avec une tonne de linge sale. Alors j’ai repris ma routine… direction la laverie. Et puis, je me suis mise au boulot : 5 semaines de retard sur le blog, ça va pas se faire tout seul… Ah oui parce que blogger et voyager toute seule, ça va. Mais blogger et voyager avec d’autres gens… j’y arrive pas. Alors, au boulot !

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Ishinca 1 – Gauliard Tour… 0

Bah oui. On peut pas gagner à tous les coups. Mesdames et messieurs, voici le récit que vous attendez tous, je vais vous raconter aujourd’hui comment une team aussi affutée et aussi bien préparée que Gauliard Tour a été littéralement décimée dans son élan vers le sommet.

En ce 12 juin de l’an 2013, c’est l’estomac plein d’omelette et les yeux pleins d’espoir qu’on arrive à 8h30 au bureau de l’agence Monttrek où on fait connaissance avec notre guide, Willy, et son assistant, Pablo. Willy parle un peu anglais, Pablo pas du tout mais ils ont l’air plutôt sympa et ont préparé tout le matériel pour nos 3 jours into the wild. On les aide à charger tout ça sur le toit de la jeep et en avant ! Aujourd’hui est une journée facile, on a 1h30 de route et 4 heures de marche pour arriver au camp de base de l’Ishinca. La piste qui nous conduit jusqu’au départ du sentier grimpe déjà bien et serpente joliment entre les terrasses et les petits villages paumés. C’est toujours ça de moins qu’on fera à pieds ! Arrivés au sommet de cette première colline, la piste s’arrête et la jeep avec. Il est temps de charger les mules. Bon, en fait, nous, on fait rien. C’est le muletier qui s’occupe de tout et nous, on part sur le sentier en le laissant derrière nous. Pas de panique, de toute façon, il marche 3 fois plus vite que nous et les mules aussi, ils nous rattraperont plus loin. Et avant, on entame la montée jusqu’au camp de base de l’Ishinca à 4300m où on doit passer la nuit… sous tente. Et ouiiiii, mesdames et messieurs ! Toujours plus loin, plus fort, plus vite, jusqu’au bout de l’extrême limite, Gauliard Tour vous l’a promis, Gauliard Tour le fait ! Ce soir, c’est camping à 4300m ! Je vous raconte même pas comment ça m’enchante…

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Bref, en attendant, il fait beau, il fait chaud et Willy impose un rythme d’enfer que votre serviteuse s’oblige à suivre pour ne pas avoir l’air d’être sous-entraînée. Sauf sur le dernier kilomètre où, là, je décroche… Mais peu importe, on arrive au camp en 3 heures. On est super fiers de nous. Et personne n’a mal à la tête, on est trop bien acclimatés, l’altitude ne nous fait plus rien, demain, on va le bouffer tout cru l’Ishinca ! Et justement, en parlant de bouffer, il est temps de monter les tentes pendant que Willy et Pablo nous préparent un petit goûter… Et il fait bon se réchauffer avec un grand bol de thé autour du réchaud où Willy enchaîne aussitôt avec la préparation du dîner.

Pendant que la soupe mijote, Willy vérifie notre équipement pour le lendemain. Chaussures, crampons, harnais, piolet… tout y passe. Faut dire qu’il vaudrait mieux pas s’apercevoir arrivé au pied du glacier qu’il manque un crampon…

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C’est là que Willy nous annonce la bonne nouvelle. Demain, c’est lever à 1h (oui, 1h, vous avez bien lu), petit déj à 1h30 et départ à 2h… C’est qu’il y a pas loin de 3 heures de marche d’approche (comprenez, avant d’arriver au glacier proprement dit) puis au moins 3 heures sur le glacier pour arriver au sommet. Youpi… Du coup, après avoir vérifié une dernière fois qu’on a bien tout mis dans nos sacs, on dîne et on se couche avec les poules.

Ce qui devait arriver arriva. Malgré tous les vêtements techniques et le soi-disant super duvet en plume d’oie du Canada, je me suis gelée toute la nuit (enfin… toute la nuit. Ça s’est arrêté à 1h mais quand même, je me suis gelée…). Et les ennuis ne faisaient que commencer.

En se retrouvant autour de nos bols d’avoine bouillie (y paraît qu’il y a rien de mieux avant d’aller se flinguer sur un glacier…), Benoit nous annonce que son dîner a refusé de rester au fond de son estomac cette nuit. Et que malgré tout, ça va pas mieux mais qu’il tente l’ascension quand même. A l’heure dite, lampe frontale vissée sur la tête, notre petite troupe se met en branle. Au bout de 30 minutes, on peut clairement dire que 2 groupes se forment. En tête, sautillant dans le chemin et motivés à bloc, Willy, Bob et moi. Et plus loin derrière, à bout de souffle et le bide en vrac, Anne et Benoit. Et Pablo qui ne peut décemment pas les laisser tomber. Rapidement, il s’avère que Anne aussi se bat avec quelques belles crampes intestinales… On finit par décider de se séparer officiellement : nous, on avance (jusqu’où, on ne sait pas encore) et eux, ils vont jusque là où ils peuvent. La marche d’approche durera finalement près de 4 heures (on atteint le glacier au moment où le soleil se lève) et la traversée de la moraine dans un pierrier tout ce qu’il y a de plus glissant entamera sérieusement mon capital essoufflement… Mais ça y est, on y est, on est à 5000m et Willy fixe nos crampons, nous encorde, et nous voilà à escalader un premier mur de neige. Au bout d’une heure à grimper dans des couloirs tous plus raides les uns que les autres, mes poumons m’abandonnent : plus moyen de retrouver son souffle, je surventile comme pas permis, je m’arrête tous les 10 pas obligeant toute la cordée à suivre mon rythme de sénateur… Là, ça ne se joue plus au physique, ça n’est plus que de la volonté. Et la volonté me fera encore grimper jusqu’au col suivant mais pas plus loin. On est quand même à 5300m, il ne reste plus grand-chose mais je m’écroule dans la neige et je n’ose même pas penser qu’il va falloir redescendre…

Mais on n’en avait pas fini avec les emmerdes (et je crois que c’est vraiment le cas de le dire…). Bob décide alors de tenter le tout pour le tout et part avec Willy à l’assaut des derniers mètres pendant que je m’endors comme une masse pendant plus d’une heure. C’était la tentative de trop. Sachez simplement qu’aucun des membres de Gauliard Tour n’a pu atteindre le sommet de ce foutu glacier ! Qu’on a cramé tout ce qu’on avait. Et que la redescente ne fût qu’un long cauchemar le long duquel nous nous arrêtions toutes les 20 minutes pour diverses raisons. La bienséance m’empêche de vous donner les détails scatologiques de cette histoire… Bilan : une étape de plus de 12 heures sans quasiment rien manger (de toute façon, on peut pas dire que ça nous réussissait vraiment), en s’écroulant le long du chemin pour des siestes inopinées et une consommation de papier toilette dépassant toutes les estimations de Willy… qui lui, est resté stoïque du début à la fin, ne faisant même pas semblant d’être essoufflé ni même vaguement fatigué. Il nous serait resté un tout petit plus de force, on l’aurait étranglé…

En revenant au camp vers 15h, Pablo nous confirme ce qu’on pensait depuis un moment : Anne et Benoit sont malades et ont abandonné bien avant d’arriver au glacier. Ils dorment. Et on tarde pas à faire pareil. Etonnamment, je semble beaucoup moins atteinte que les autres par cette intoxication mystérieuse. Mais l’état de Bob s’aggrave et les autres ne sont pas bien vaillants. On se met à soupçonner l’eau de la rivière probablement pas assez bouillie ou peut-être les escalopes de poulet qu’on a mangées la veille. Quoi qu’il en soit, on est bientôt à court de médicaments. Et une autre nuit sous la tente devient inenvisageable. On trouve alors une chambre au refuge du camp (oui parce que quand on a fini de jouer les warriors, on peut aussi dormir dans un vrai lit sous un vrai toit… sans chauffage certes, mais c’est mieux que rien). La nuit sera agitée.

Le lendemain matin, la mission est simple. On doit redescendre et rentrer sur Huaraz. La jeep nous attend là où elle nous a laissés, le sentier est facile, notre seul objectif est d’arriver là-bas sains et saufs. Willy nous laisse partir devant et démonte le camp avec Pablo. A la vitesse à laquelle on avance, aucune chance qu’on le sème de toute façon… On a mis 3 heures pour monter, on mettra plus de 5 heures pour redescendre… Et le trajet jusqu’à Huaraz sera une épreuve de plus. Mais on finit par échouer, littéralement, à l’hôtel où on prend une chambre juste pour l’après-midi. Après une bonne douche, on commence à ressusciter. On arrive même à se faire à dîner. Bon, on est au régime riz-coca-banane mais la situation commence à s’améliorer. Et puis de toute façon, y a pas le choix : ce soir, on a un bus pour Lima.

Moralité : on en a chié (et sans mauvais jeu de mots…) et pas sûr que même sans cette saleté de turista (oui, le mot est lâché, après 9 mois de bons et loyaux services, mon estomac en kevlar a capitulé…) on aurait réussi à planter notre drapeau au sommet de cette foutue montagne. Mais on n’a pas dit notre dernier mot ! Un jour, Gauliard Tour reviendra, sur-entraîné, sur-motivé et bien décidé à prendre sa revanche. On a perdu une bataille, on n’a pas perdu la guerre. L’Ishinca n’a qu’à bien se tenir…

Photos ici.

Huaraz

Après une nuit en bus plutôt honorable (ne serait-ce un certain piment qui s’est rappelé à notre bon souvenir…), on arrive donc à Huaraz à 6h du matin. Il fait jour mais la ville n’est pas encore réveillée. Notre première mission est de se trouver un hôtel. On avait repéré une bonne adresse dans le Lonely alors confiants et avec l’envie de prendre une bonne douche, il a beau être à peine 6h30, on sonne. Pas de bol, c’est plein. On ne nous ouvre même pas la porte. On tente 2 autres adresses juste à côté mais les tarifs nous semblent vraiment exorbitants et c’est nous qui nous excusons d’avoir réveillé les réceptionnistes de si bon matin. Et puis, à tout hasard, on sonne à l’Olaza Bed & Breakfast. Sûrement pas moins cher que les autres mais le petit déj est inclus et la terrasse sur le toit achève de nous convaincre. Du coup, on pose enfin nos paquetages et on profite du soleil en dévorant nos banana pancakes. Pour un peu, on passerait bien les 4 prochains jours là, à lézarder en regardant les sommets enneigés qui nous entourent.

Parce que oui, mesdames et messieurs, nous y voilà, nous sommes en plein cœur de la Cordillera Blanca. Blanca parce que ses sommets sont pour la plupart à plus de 5000m et restent enneigés toute l’année. Et c’est bien pour ça qu’on est là. On a décidé de se mesurer à l’un de ces sommets. Lequel ? On sait pas encore. Tout ce qu’on sait, c’est qu’on veut grimper très haut, chausser les crampons et essayer de pas trop se faire mal. Essayer…

Après avoir bien traîner au petit déj, on se met en quête de trouver une agence pour organiser notre expédition. On doit pas traîner, on pourrait partir dès lendemain, faut être efficace. Le patron de l’Olaza nous fait rencontrer une première agence qui nous propose plusieurs options mais à plus de 100$ par jour et par personne, c’est un peu trop cher à notre goût. Comme Gauliard Tour ne fait jamais les choses à moitié, Anne avait contacté d’autres agences avant de partir. Les tarifs étaient aussi prohibitifs mais on se dit qu’en étant sur place, on devrait pouvoir avoir quelque chose de plus raisonnable. Bref, je vous passe les détails parce qu’il faut penser à tout (l’équipement pour le glacier, les tentes, les tapis de sol, les duvets, le guide, l’assistant du guide, les mules pour trimballer le tout… pfiou ! rien que de faire la liste, moi, je suis déjà épuisée) mais notre choix finit par se porter sur l’agence Monttrek qui nous propose de grimper l’Ishinca en 3 jours pour 270$ par personne tout inclus. Pas donné mais l’agence a l’air sérieuse et l’Ishinca, officiellement, fait partie des sommets « faciles » à 5530m, que même les débutants peuvent y arriver puisqu’il n’y a pas besoin de faire de l’escalade sur le glacier mais seulement de marcher. En plus, comme c’est en 3 jours, ça nous laisse le temps de faire une marche d’acclimatation avant, bref, sur le papier, c’est parfait. La suite des évènements nous prouvera une fois de plus qu’il ne faut jamais vendre la peau de l’ours…

En attendant, on est ravis, on a bouclé notre affaire avant midi et on va faire quelques courses pour les prochains jours. La ville n’est pas folichonne et on a un peu de mal à trouver de quoi se faire un vrai pique-nique mais on finit par dévaliser une pasteleria dans la vitrine de laquelle se battaient quelques empañadas. Après le déjeuner, on se dit qu’on irait bien se balader un peu dans les environs histoire de se mettre en jambes. On passe donc à l’office de tourisme pour savoir de quel côté c’est le plus sympa. Sauf que là, c’est la douche froide. Non, c’est pas vraiment conseillé de se balader dans le coin surtout l’après-midi, c’est même pas recommandé du tout, on pourrait se faire agresser… La gentille madame de l’office de tourisme qui ne veut surtout pas qu’on la rende responsable si elle nous dit d’aller quelque part et que ça tourne mal, finit quand même par nous indiquer un point de vue et une pisciculture qu’on peut aller voir sans risquer notre vie. Wow… sympa… c’est bien la première fois qu’on nous met en garde comme ça et c’est d’autant plus surprenant que Huaraz n’est pas franchement réputée pour être une ville dangereuse. Alors bon, on prend la direction de la pisciculture (qu’on ne visitera pas, c’est tout pourri, on peut très bien s’en rendre compte en jetant un œil par-dessus les clôtures) puis on grimpe dans la direction qui nous a été indiquée pour aller contempler la ville d’en-haut. Sauf qu’on ne trouvera jamais le point de vue et qu’une ville en béton coincée au fond d’une cuvette… ça n’a rien de bien excitant. Bref, on redescend en ville où, après nous être mis d’accord sur le menu du soir, on retourne faire un tour au marché. Ce soir, c’est caldo de gallina. Soupe de poule, pour ceux qui ne sont pas bilingues espagnol. Un peu à notre façon mais la vendeuse de légumes nous aide bien et on finit par dégotter un poulet qui n’a pas l’air d’avoir passé la journée à se faire suçoter par les mouches.

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Le lendemain matin, le réveil sonne à 5h. Aujourd’hui, on va à la Laguna 69. C’est une des marches d’acclimatation qu’on nous a conseillées et il paraît que la laguna est magnifique alors comme on n’est pas là pour enfiler des perles… Normalement on a 3 heures de route pour aller au point de départ de la balade situé à 3900m d’altitude. De là, on doit grimper jusqu’à la laguna, elle-même à 4650m, et revenir à notre point de départ où le minibus nous ramène à Huaraz. Officiellement, on nous laisse 5 heures pour faire l’aller-retour. Sauf que là, ça démarre très fort. Notre chauffeur est passé nous voir la veille pour nous dire qu’il avançait l’heure du départ d’une demi-heure. Pas de problème ! Si ça nous laisse plus de temps pour profiter du paysage, on est d’accord. Du coup, à 5h30 pétantes, on est sur le bord du trottoir à attendre… Attendre… Le minibus arrive enfin et nous voilà partis à faire la tournée des hôtels pour récupérer les randonneurs du jour. Sauf que Pedro, notre chauffeur, est tout nouveau en ville. En tout cas, il doit l’être vu qu’il tourne, tourne et retourne en cherchant chaque hôtel. Moralité… on ne quitte la ville qu’à 7h… Et entre l’arrête petit déj, l’arrêt « Achète ton ticket d’entrée au parc national » et le fait que Pedro est aussi à l’aise à conduire sur la piste qu’à trouver des hôtels au petit matin, on arrive à destination à 11h et je suis à 2 doigts de l’étrangler…

Le point de départ de la balade est en fait le camp de base du Pisco, le sommet le plus populaire du coin qui culmine à 5752m. On traverse donc le camp en slalomant entre les tentes des cinglés qui ont débuté l’ascension au milieu de la nuit et les mules qui broutent tranquillement. Le soleil a beau pointer haut dans le ciel, il fait bien frais et l’altitude nous met rapidement à bout de souffle. Pour autant, on ne se laisse pas démonter et on atteint la fameuse laguna en un peu plus de 2 heures. Et ça vaut le coup…

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En plus, au moment où on arrive, les nuages qui cachaient les sommets s’écartent, le soleil fait éclater le bleu de la lagune et on s’offre une pause pique-nique dans un décor plus qu’impressionnant. Un guide qui se trouvait là avec une équipe de foot nous confirme qu’on a vraiment fait une bonne marche, que c’est parfait avant d’aller à l’Ishinca et que ça va vraiment être du gâteau. Mouais… ça fait plaisir mais ne nous emballons pas. On reste là, allongés devant la lagune un bon moment puis on entame la redescente en se disant que Pedro va râler parce qu’on va être en retard… Mais heureusement, on est loin d’être les derniers. Et comme de toute façon, Pedro ne conduit pas mieux que le matin, on est de retour à Huaraz à 19h passés.

Tout juste le temps de prendre une bonne douche chaude, de jeter une poignée de pâtes dans notre reste de caldo de gallina et hop ! tout le monde au lit ! Demain, on attaque les choses sérieuses…

Photos ici.

Et de 9 !

Bon, là, c’est officiel. Le temps passe beaucoup trop vite.

Je me rappelle quand, en septembre dernier, je me disais : « L’Amérique du sud ? Wouah… c’est dans suuuuper longtemps… » J’avais l’impression que ça n’arriverait jamais. Et ça y est, ça fait déjà plus d’un mois que j’y suis… gloups !

Alors, non, j’ai toujours pas envie de rentrer, oui, j’ai semé toujours plus d’affaires sur mon chemin (même si on m’a un peu aidé) et oui, je commence à me dire qu’il ne me reste plus que 4 pays à traverser et que ça sent la fin. Mais en fait, non. Ça sent pas du tout la fin. Il ne me reste peut-être que 4 pays mais encore des tas de semaines et des tas d’aventures à vivre et à vous raconter. Et croyez-moi, pour ça, vous êtes sur la bonne chaîne.

Stay tuned !

Cuzco

Après toutes ces marches, on a décidé… qu’on allait pas s’arrêter en si bon chemin ! On décide donc de visiter Cuzco. For the record, Cuzco est à 3400m d’altitude. Mais après tout ce temps à crapahuter à plus de 3000m, c’est tout juste si on s’en rend compte… (enfin… si, on s’en rend compte un peu quand même…)

Il y a fort fort longtemps, Cuzco était la capitale de l’empire inca. L’endroit était hautement symbolique en terme d’astrologie (et les Incas, l’astrologie, ça les connaît) et de mythologie (là aussi, ils sont assez balèzes). Quand les Espagnols sont arrivés sur leurs chevaux, ils ont mis la ville à sac et puis ils ont décidé que c’était bien joli mais c’était pas bien pratique d’avoir une capitale en plein milieu de la montagne. Eux, ils voulaient un port pour pouvoir expédier tout l’or qu’ils piquaient à la mère patrie. Du coup, ils ont déplacé la capitale à Lima. Et Cuzco a doucement mais sûrement sombré dans l’oubli (enfin pas non plus complètement, mais clairement, la ville n’avait plus grande importance). A l’époque, les Espagnols sont passés à côté du Machu Picchu. Difficile à croire mais personne ne leur a dit qu’il y avait peut-être un truc à aller voir de ce côté. Le Machu Picchu, c’est un Allemand, en 1911, guidé par un gamin du coin qui a fini par mettre les pieds dedans. Depuis, les Péruviens ont construit un train et Cuzco est devenue la ville la plus touristique au monde du pays. La différence, c’est que les Cuzqueños (les habitants de Cuzco, hein, pas ceux qui boivent de la Cuzqueña…) sont assez fiers de leurs racines incas et perpétuent un certain nombre de traditions. De même, le patrimoine architectural de la ville est bien protégé et du coup, Cuzco ne ressemble à aucune autre ville péruvienne. C’est plein de petites ruelles pavées en pente à 45° (si, à 45°, quand il pleut, j’ose même pas imaginer comme ça doit glisser), d’escaliers, de places, de placettes et d’églises. Alors là, des églises, y en a par milliers (… ou tout du moins par dizaines) ! Et puis, tout autour, c’est truffé de ruines incas qu’on sait plus ou moins bien ce qu’elles font là. Oui parce que les Incas, ils étaient peut-être très forts en astrologie mais en écriture… c’est une autre histoire. Et ils ont pas laissé de mode d’emploi.

Mais nous, des ruines incas, on vient déjà de s’en farcir un petit bout alors pour commencer, on descend sur la Plaza de Armas avec la ferme intention de visiter les 4 églises (oui, 4, faut ce qui faut) qui bordent la place. En fait, ces églises ont été construites sur les anciens palais des Incas (ah oui parce qu’en fait l’Inca, celui avec un grand « I », c’était le roi des Incas. Les autres… je sais pas comment on les appelait) quand les Espagnols ont décrété que c’en était fini du dieu du soleil et de la lune et que maintenant, fallait faire des courbettes devant un type cloué sur une croix. Notre ami le Lonely nous recommande chaudement de faire le tour de ces églises si particulières qui mêlent la tradition chrétienne espagnole, un peu d’art maure et bon nombre de références aux croyances andines. Bah oui, comme les prêtres n’étaient pas complètement débiles, ils ont bien compris que pour attirer leurs nouveaux fidèles dans leurs églises, il allait falloir s’adapter. Mais pour pouvoir admirer tout ça avec nos petits yeux de touristes, il faut avoir le porte-monnaie bien rempli ! Et oui, ici, faut payer pour rentrer dans les églises. Toutes les églises. Et nous, on est des rapiats pas Crésus. On se dit : « Quitte à en visiter une, autant visiter la cathédrale. A 25 soles l’entrée, ça fait ch*** mais bon, c’est quand même dommage de rien voir du tout. » Et puis, je tente le coup dit « de la carte vitale ». C’est-à-dire que je demande un tarif étudiant pour tout le monde et que je tends ma carte vitale comme justificatif… Et emballé, c’est pesé ! On ne paye plus que 12,5 soles par personne ! Alors oui, je sais, c’est mal, faut pas tricher. Mais franchement, même à Saint Pierre de Rome, ils font pas payer l’entrée et je ne me suis jamais sentie l’âme d’un grand sponsor de l’église… En plus, on a même droit à un audioguide en français qui nous raconte tout plein de choses sur la Señorita Linda, pourquoi y a plein de miroirs partout et comment les Incas ont intégré leurs références à cette nouvelle religion. Ça valait le coup de s’offrir la visite (surtout à moitié prix).

Toutes ces bondieuseries, ça creuse. Alors on file s’assoir dans un petit resto caché dans une ruelle derrière la place après avoir slalomé entre les rabatteurs qui veulent nous faire manger des sushis, de la pizzas et autres burgers. Et là, chez Victor et Victoria, pour la modique somme de 18 soles, on engloutit le menu especial : salade de crudités, chaudron de soupe, truite ou porc à l’ananas et petite part de tarte, le tout arrosé de maté de coca. Faudra nous rouler dehors…

La suite de la journée consiste à digérer déambuler calmement dans la ville, à contempler les murs incas (ah oui, ils étaient aussi très fort en maçonnerie, ils arrivaient à tailler jusqu’à 12 angles presque droits dans une seule pierre), à faire un peu de shopping souvenir et à grimper jusqu’à un Christ Rédempteur illuminé avec le meilleur goût alors que le soleil tombe derrière les montagnes et que le ciel vire au violet…

Le lendemain matin, c’est dimanche. Et le dimanche…on va à la messe. Encore ? Oui… encore… En ce dimanche matin, on aperçoit depuis la terrasse de l’hôtel que la Plaza de Armas est bien animée. Y a des défilés qui passent avec force lever de gambettes, chars, statues de saints portées à bout de bras, fanfares et danseurs. Quand on arrive sur la place, on assiste même au lever des couleurs incas et péruviennes. Le tout avec force armée et police locale. Comme on y comprend rien (bah oui, c’est pour quoi tout ce cirque ?), on commence par demander à un des policiers qui fait la sécurité. Mais entre les coups de feu et les trompettes, on n’entend pas un mot de ce qu’il raconte et on est toujours aussi perplexes.

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Et puis, on demande à une petite dame qui s’est assise sur un banc un peu à l’écart et qui nous offre des quartiers de mandarine et elle, elle nous explique que tous les dimanches, c’est pareil. Y a une école ou une institution qui défile et puis, y a toujours une bonne occasion pour faire prendre l’air aux saints qui décorent les églises. En tout cas, ils font pas les choses à moitié ces Cuzqueños ! Mais comme le spectacle dehors est finalement plus rigolo que le spectacle dedans, et que la messe, faut pas en abuser, on préfère suivre les processions dans les rues plutôt que d’aller se tanner les fesses sur un banc à écouter chanter les enfants de chœur…

A midi, on veut retourner chez Victor et Victoria. Mais c’est le jour du Seigneur… et Victor a décidé que les fourneaux resteraient éteints. Du coup, on se rabat sur une polleria, un resto qui sert surtout du poulet grillé, une grande spécialité péruvienne. Hormis une rencontre imprévue avec un piment qui n’avait pas annoncé son nom, c’est plutôt bon. Et on savoure… parce que notre prochain repas sera servi dans une boîte en carton.

Et oui, parce que cet après-midi, on prend l’avion pour Lima et on enchaîne avec un bus de nuit pour Huaraz. C’est la dernière étape du Gauliard Tour et pas des moindres : on va se mesurer à la Cordillera Blanca…

Photos ici.

Taquile

Ce dimanche matin, on quitte Arequipa de bonne heure. Le bus pour Puno part à 8h. Evidemment, à cette heure-là, c’est le seul moment où on n’est pas harcelé par les taxis dans la rue… On arrive quand même à en dégoter un qui râle un peu quand il comprend qu’il doit charger tous nos sacs mais après lui avoir fait une brillante démonstration de Tetris, il se met à zigzaguer dans les rues et nous dépose à bon port.

Au moment de monter dans le bus, le contrôleur nous fait comprendre qu’il nous manque quelque chose. On n’a pas payé la taxe d’utilisation de la gare… 2 soles par tête ! Il faut donc aller à un autre guichet pour acheter des petits tickets roses. Grrrr… et pourquoi donc n’est-ce pas inclus directement dans le prix du ticket ? J’vous l’demande…

Ce matin, on traverse donc tout le pays d’ouest en est pour rejoindre Puno. On va passer 3 jours au bord du lac Titicaca. A 14h, on arrive à destination. La ville n’a pas beaucoup changé depuis la semaine dernière. On part d’abord se trouver un petit hôtel pas cher bien camouflé entre une boulangerie et un magasin de fringues. Tellement bien camouflé qu’on est les seuls clients. Après avoir vérifié que l’eau de la douche est chaude (… mouais, vite fait), on prend la direction du port. On veut acheter des billets de bateau pour aller passer 2 jours sur Taquile, une jolie île un peu plus loin sur le lac. Rien de plus facile ! Arrivés au port, on rencontre un petit monsieur en costume traditionnel qui tricote. A l’occasion, il paraît qu’il est aussi capitaine de bateau et justement, ça tombe bien, demain, il va sur Taquile. Il nous donne donc rendez-vous le lendemain à 7h45 sur la jetée.

En attendant, la nuit tombe déjà alors on fait quelques courses pour le dîner et pour les prochains jours parce que sur Taquile, tout sera beaucoup plus cher bien sûr. Mais comme la cuisine de notre hôtel n’est pas tout à fait digne de Top Chef, ce soir, on décide de s’offrir un festin de poulet grillé et de frites. Comme on n’a pas tout compris, on a choisi l’option avec soupe au quinoa et Pepsi gratuit… Le tout arrosé de maté de coca bien sûr !

Le lendemain matin, après une nuit plus que fraîche (non, le chauffage n’est toujours pas arrivé à Puno), on est au port à l’heure dite. On embarque pour près de 4 heures de traversée. Mais d’abord, on a le droit à un petit stop sur les îles Uros, des îles flottantes fabriquées par les habitants à l’aide des fameux bambous qui poussent sur le lac. Il y aurait à peu près 75 îles amarrées sur le lac ce qui permet aux touristes de s’étaler… On nous explique alors comment les îles sont fabriquées, comment vivent les gens dessus et qu’il faut regarder où on met les pieds parce que sur les bords, c’est un peu moisi et on pourrait se retrouver dans l’eau plus vite que prévu. C’est très joli et les gens sont très accueillants mais comment faire la part de la réalité et du show monté pour les touristes… ? Au moment de repartir, les femmes s’alignent sur la berge et nous font de grands signes en chantant Bamos a la playa o-ohohoho

Et vers 12h, on arrive enfin sur Taquile. Depuis le ponton jusqu’à la place centrale du village, on entame une petite grimpette qui nous laisse à bout de souffle. C’est qu’on est à 3900m ! Là, on attend que la famille qui doit nous héberger vienne nous chercher. En effet, sur l’île, ce sont les habitants qui décident qui héberge qui, selon une sorte de roulement pour que tout le monde profite de la manne touristique. Nous, on finit chez Pedro. Plus qu’un homestay, sa maison ressemble à une maison d’hôte avec plusieurs chambres réservées aux invités. Le dîner et le petit déjeuner sont inclus mais nous seront servis dans une pièce à part. Pas vraiment d’échange et de partage avec la famille.

En attendant, on décide d’aller explorer l’île. La majorité des touristes ne restant que 2 ou 3 heures sur place, on se retrouve très vite tout seuls. On se baladera toute l’après-midi le long de petits sentiers, effrayant parfois quelques moutons qui se demandent bien ce qu’on fait là. En revenant au village, on aura même droit à un très très beau coucher de soleil sur le lac.

Taquile - Lac Titicaca

Taquile – Lac Titicaca

Mais dès que le soleil est caché, la température se rafraîchit drôlement et on se dépêche de se réfugier devant le feu dans la cuisine de Pedro (où seules les femmes ont le droit d’officier semble-t’il). Ici, même si tout le monde a accès à l’électricité, on n’en abuse pas. Et Mamie est bien contente qu’on l’aide à y voir un peu plus clair pour éplucher ses patates avec nos lampes torches !

Le lendemain matin, après un solide petit déj (t’as déjà gobé un œuf dur au petit déj ?), on se met en tête de grimper au sommet de l’île. Seulement voilà, sans carte ou presque, on a beau essayé de suivre notre instinct, on se retrouve bientôt au niveau de la mer… On arrivera quand même à remonter jusqu’à ce qu’on imagine être des ruines incas mais pour le sommet, faudra repasser. En chemin, on croisera des enfants qui nous offriront de drôles de trucs à manger.

Et puis, on reprend nos affaires chez Pedro et on redescend de l’autre côté de l’île où nous attend le bateau qui nous ramène à Puno. Là encore, la traversée prend près de 4 heures mais peut-être est-ce parce que le capitaine aura du mal à garder son cap et nous fera zigzaguer longuement le long de la côte…

En revenant sur la terre ferme, on craque et on change d’hôtel. Il nous faut une bonne douche chaude et un lit dans lequel on ne va pas grelotter toute la nuit. Je ramène donc tout le monde dans l’hôtel dans lequel j’avais passé la nuit lors de mon premier passage à Puno. Coïncidence, on me redonne la même chambre et le même lit. Mais ô joie, en 10 jours, ils ont eu le temps de changer la robinetterie. Après nous être longuement décrassé sous l’eau brûlante, on sort dîner avec la ferme intention de manger de la trucha (enfin, moi, la trucha…). On se trouve un petit resto très sympa où le serveur, qui doit plutôt être un copain du cuisto qui passait par là, veut absolument qu’on aille visiter le temple de la Fertilité à quelques kilomètres de là. Comme on ne comprend pas bien de quoi il s’agit, il finira par nous montrer des photos fort explicites, nous expliquant que les femmes qui souhaitent tomber enceintes doivent s’assoir sur les symboles phalliques qui parsèment le temple et faire des offrandes d’eau sacrée… La fatigue, l’altitude ou juste nos nerfs qui lâchent, en tout cas, on se paiera une bonne crise de fou rire.

Malheureusement, on n’a pas le temps d’aller voir ce fabuleux temple. Demain, on reprend le bus et on file vers Cusco. La prochaine fois peut-être ?

Photos ici.