Laos – le bilan

(Mieux vaut tard que jamais !)

 

 
 

 

 

Prix d’un lit dans un dortoir : 10 000 à 40 000 KIP (entre 1 et 4€)
Prix d’une chambre : 60 000 KIP (soit 6€)
Prix d’un repas : 60 000 KIP (ouais, c’est pas si bon marché le Laos)
Prix d’un McDo : bah non… toujours pas de McDo (je commence à manquer de carbohydrates…)
Prix d’une bouteille d’eau : 5 000 KIP (0,50€)
Ce qui va me manquer : le jus de citron glacé avec une cuillère de miel, le Mékong (encore et toujours), les boulangeries françaises qui envoient de la bûchette, les librairies où tu peux acheter le Nouvel Obs, le vent dans mes cheveux sur ma moto (la blague ! même pas vrai, j’avais un casque…), les éléphants qui se baignent dans les rivières à peine dérangés par les enfants qui font des concours de plongeon, les couchers de soleil sur le Mékong, le ballet des robes orangées des bonzes dans les rues de Luang Prabang.
Ce que je ne vais pas regretter : les imbéciles de chiens qui traversent la route sans regarder, les moustiques à retardement (particulièrement vicieux), le manque de respect de la part des touristes et le voyeurisme extrême pendant le Tak Bat, les bus (comme finalement un peu partout jusqu’à maintenant), la bouffe (rien de bien extraordinaire à se mettre sous la dent finalement).
La phrase qu’il fallait retenir : « Un croissant et un pain au chocolat s’il vous plaît ! » (et en français, of course !)
Bon, alors, le Laos. Encore un pays dont on ne parle pas assez.
Ben, c’était bien sympa. Peut-être pas autant que le Cambodge malgré tout ce qu’on m’avait promis. Moins de rencontres spontanées. Ce qui ne veut pas dire que les Laotiens ne sont pas sympas, loin de là, c’est juste que j’en ai rencontrés moins. Bon, faut avouer pour leur défense que la densité de population ne fait pas s’étouffer non plus. 
C’est vrai que c’est pauvre. Sûrement encore plus que le Cambodge. Les bicoques faites de planches mal assemblées, les routes criblées de nids-de-poules et parfois même à peine goudronnées, la poussière partout…
Mais ça n’empêche pas de trouver quelques restos et cafés un peu bobos à Luang Prabang et à Vientiane (de toute façon, en dehors de ces 2 villes, le reste, c’est vraiment la cambrousse). Cela étant dit, je n’ai pas multiplié les étapes au Laos. Difficile donc de se faire une opinion globale, les 3/4 du pays restent à explorer.
Les gens sont tout de même très souriants, agréables, ils n’essayent pas de t’arnaquer chaque fois que tu demandes quelque chose, ils sont plutôt contents que les touristes viennent découvrir leur pays et ils essayent de mettre en valeur le côté « nature & authenticité », ce qui est plutôt réussi.
Bon, pas de révélation fracassante côté culinaire, plutôt un bon mix entre ce que j’avais déjà testé au Vietnam et au Cambodge avec un zeste d’influence thaïe (on trouve pas mal de lait de coco) mais j’avoue avoir usé et abusé des boulangeries françaises et m’être empiffrée de croissants et autres baguettes (quoi ? je rattrape mon quota de croissants depuis septembre !).
Le vrai défi de l’étape laotienne c’était d’apprendre à conduire un scooter… défi amplement relevé (si on omet la mésaventure canine…), je sais même piloter des semi-automatiques ! Le seul regret c’est de ne pas l’avoir fait avant !
 

Maintenant, il ne reste plus qu’à revenir parce que 15 jours, clairement, c’était trop court et puis aller explorer tout le centre du pays, prendre le temps de faire un peu de trek et de rencontrer les Laotiens, enfin.
Ah si, j’oubliais, au Laos aussi, on fait du bon son… Ça fait un peu saigner des oreilles si on écoute ça pendant plus de 10 minutes mais c’est bien rigolo. Et ça colle parfaitement à l’ambiance…

Ce n’est qu’un au-revoir…

Après les longues heures bercée par l’océan, j’ai continué avec les longues heures bercée par le bus. Très longues les heures. C’est pas compliqué, j’ai passé mon samedi dans le bus. 600kms, 10 heures. Je vous laisse faire le calcul, en Australie, on roule pas vite.

Alors certes, le paysage change un peu mais pas de quoi rester le nez collé à la fenêtre tout le trajet. Alors on s’occupe comme on peut, 1 film, 2 films, 3… ah non, plus de batteries. On n’est pas très nombreux alors chacun s’installe le plus confortablement possible et essaye de tromper l’ennui.

Du coup, c’est à la nuit tombée que je suis arrivée à Cairns dont je ne verrai que la zone commerciale où se situe le terminal des bus. Un minibus m’emmène directement à l’hostel où j’ai juste le temps de faire un saut dans la piscine (oui, moi, je ne vais que dans les hostels avec piscine…) puis dans la douche avant de constater qu’il est 22h et que c’est l’heure de faire son sac parce que le shuttle pour l’aéroport passe le lendemain à 8h.

Parce que ça y est, l’Australie, c’est fini ! Alors déjà que 3 semaines c’était bien trop court mais quand en plus, j’en gâche une entière à trainasser dans des bus, ça a un goût assez prononcé de frustration. Clairement, l’Australie, j’ai pas très bien géré. Alors je me dis que c’est pas grave, ça m’a donné un aperçu du pays, des autochtones, de la culture et ça m’a bien donné envie de revenir. Mais la prochaine fois, je ferai les choses bien. Je prendrai le temps et j’aurai un chauffeur…

En attendant, en route, direction Auckland !

Dernières photos de l’Australie, ici.

Bordez la grand-voile et la barre à tribord, moussaillon !

Après avoir passé 2 jours entiers vautrée dans un canapé (ô que oui, ça c’est un truc que je maîtrise sur le bout des coussins) à attendre la réponse fatidique de l’assurance (« non mademoiselle, on ne va pas vous donner un autre van, on ne peut pas se permettre de bousiller toute la flotte… »), j’ai donc quitté Agnes Water. En bus. Remarquez, après tout, j’ai traversé la moitié de l’Asie en bus, je vois pourquoi je me serais épargnée ce petit plaisir sous prétexte qu’on est sur un autre continent !

En fait, si. Je vois. Quand tu prends le bus en Asie et que t’es compactée entre 3 cages à poules, 2 sacs de riz et une mamie qui vomit, tu trouves que ça fait couleur locale. C’est un peu pour ça que tu prends le bus d’ailleurs (sauf pour la mamie, t’aurais préféré éviter mais bon). Et puis surtout, tu parcours tous ces kilomètres pour un prix dérisoire alors même si ça te prend des heures, tu te débrouilles pour avoir une place côté fenêtre et tu regardes défiler le paysage en chantonnant.

Mais ici. Les distances sont fantasmagoriques. Dans mon cas, 1300kms à faire en 5 jours. Et les tarifs vont avec. Rien en dessous de 75$ et encore, c’est plutôt une bonne affaire. Alors, pour ne pas mourir d’ennui, j’ai d’abord pris un bus de nuit. Le départ est à minuit sur un terrain vague à 30kms de la ville. Y a qu’ici que ça existe, ça. Heureusement, la guest house emmène les quelques galériens désargentés qui vont se faire les 9 heures de bus jusqu’à Airlie Beach. Parce que j’ai décidé de faire un stop à Airlie Beach, le camp de base des croisières dans les îles Whitsunday. Il me reste peu de jours avant de quitter l’Australie alors autant se faire plaisir ! En montant dans le bus, je suis à 2 doigts de regretter les bus vietnamiens avec leurs couchettes XXS… Bus de nuit, la bonne blague !  C’est juste un bus normal avec des amortisseurs bien fatigués et dont les sièges ne s’inclinent pas plus que ceux de la classe « économie » d’Air France. Alors je soupire… et je me débrouille pour dormir 4 heures avant d’apercevoir le soleil qui se lève et qui me fait oublier pour un moment que la nuit a achevé de ruiner mes cervicales déjà bien secouées par mes mésaventures avec feu Ben.

Par contre, rien à dire, les bus australiens sont réglés comme des coucous suisses. A 9h30, j’arrive à Airlie Beach. Encore une petite ville étendue le long de la plage. Sauf que celle-là à une marina qui n’a rien à envier à Saint Tropez. Et que comme ici, on ne peut pas se baigner dans l’océan (bien trop dangereux malheureux ! y a des méduses tueuses, des requins et des crocodiles qui attendent impatiemment que tu viennes tremper ton orteil pour s’offrir un bon déjeuner), tu trouves en plein milieu du centre-ville, un lagon d’eau de mer. Comme une immense piscine publique en plein air et gratuite avec maître-nageur et toboggans où tu peux barboter tranquillement et peaufiner ton bronzage. Très sympa. Tout autour, tout un tas de boutiques de souvenirs, de bars à jus et d’organic food. Very trendy. Et touristique. Parce que juste en face d’Airlie Beach, il y a les îles Whitsunday. Un archipel de plages de sable lavé avec Mir Laine le tout flottant dans une eau turquoise au-dessus de rien de moins que la Grande Barrière de Corail…

Au choix, on peut naviguer, plonger, faire du kayak, sauter en parachute, bref, si tu ne trouves rien à faire à Airlie Beach, c’est que t’as un baobab dans chaque main. Moi, j’ai décidé de m’offrir un tour sur le Derwent Hunter (sur les bons conseils des Nowmadz) et d’aller barboter au milieu des copains de Nemo (Nemo, lui, il était parti en vacances).

Derwent Hunter

Et c’était chouette. Quand on t’accueille à bord en te disant « Hello sunshine ! », tu trouves forcément que l’équipage est au top… Après réflexion, je me suis demandée si ça avait un rapport avec les hématomes multicolores qui parsèment mes bras et mes jambes… Mais passons, le bateau très chouette, y avait plein de vent, alors hisse-et-haut moussaillon et en avant ! Après un petit briefing sécurité et quelques mots sur l’histoire du bateau (parce qu’il est pas tout neuf le Derwent Hunter, depuis sa construction en 1945 il a été chalutier, il a fait des campagnes océanographiques, bref, le bois craque et on aime ça), on te dit de faire attention à tes affaires parce que y a beaucoup de vent aujourd’hui, les chapeaux risquent de s’envoler et le cri de « Un chapeau à la mer ! » n’a jamais été suffisant pour faire demi-tour. Je vous laisse donc deviner qui est la première idiote dont la casquette a pris le large à la première bourrasque…

Mais peu importe. Je profite. Le soleil brille, la mer clapote, les voiles claquent, les embruns te fouettent le visage et devant toi, un chapelet d’îles où tu pourrais jouer à Robinson Crusoé avec de longs bancs de sable… pas mal du tout.

Le clou du pestacle, évidemment, ce sont les 2 arrêts snorkelling. Après avoir enfilé une combinaison intégrale ultra sexy (je sais, c’est le genre de trucs qui ne va pas à tout le monde, mais moi, ça me va comme un gant, je le sais parce que c’est le capitaine qui me l’a dit…), tout le monde saute à l’eau avec masque, palmes et tuba. Et là, c’est comme si tu te retrouvais dans un aquarium géant. Sauf qu’en plus des centaines de poissons multicolores et de toutes les tailles qui semblent à peine remarquer les baleines qui flottent au-dessus d’eux, y a les coraux. Des forêts de coraux. Alors c’est ultra cliché mais c’est complètement dingue les couleurs qui s’épanouissent au fond de l’eau. Des trucs bleus, roses, jaunes, fluos, violets, avec des petits filaments, des grosses éponges, des tentacules… pfiou ! y en a tellement que tu sais pas où donner de la tête. C’est magnifique.

Ce qui l’est un peu moins, c’est que tu vois bien que par endroits, les coraux sont cassés parce que les gens ont marché dessus. Et comme tu sais à quel point cet écosystème est fragile, tu te demandes si c’est vraiment bien que tous ces gens viennent barboter ici. Et si les petits poissons ont vraiment besoin de toute cette crème solaire qu’on leur déverse sur la tête. Mais c’est tellement beau…

Après tous ces efforts (quoi ? t’as déjà barboté 2 heures en respirant dans un tuba tordu qui prend l’eau ? ça crève…), on a droit à un super déjeuner et… une bonne grosse averse ! Le ciel est devenu tout noir et tout le monde essaye de se trouver un endroit à l’abri mais sur un voilier… Heureusement, l’équipage a tout prévu et c’est distribution de cirés pour tout le monde. Et puis on remet le cap sur Airlie Beach et en route, le soleil revient pour sécher les voiles et réchauffer les apprentis moussaillons qui commençaient à trouver que la voile sous la pluie, ça avait un petit côté moins fun.

Alors voilà, il reste encore 600kms et je vais donc passer la journée de demain dans le bus pour rejoindre Cairns. J’ai pas trouvé de solution pour avoir le temps de visiter la ville. Ce sera pour la prochaine fois. Parce qu’il y aura une prochaine fois ! Ce petit séjour était déjà bien court mais cette dernière semaine a un petit goût trop prononcé de frustration. Alors je sais pas quand ni comment, mais l’Australie et moi, on en a pas fini !

Photos ici (déconseillé aux gens qui dépriment parce qu’il a neigé à Paris le 4 avril…)

Je vais bien, ne vous en faites pas

Avec un titre pareil, je suis obligée de vous raconter la fin avant le début de l’histoire. Je vais bien. Je suis en un seul morceau. Un peu bleu le morceau, un peu secoué, mais entier.

Alors reprenons.

Vendredi dernier, j’ai quitté ma famille d’adoption au volant de Ben. Sous un soleil de plomb radieux, je me suis offert une petite balade le long de la côte dans le Noosa National Park, puis un bain dans le Pacifique sud (comment expliquer que cet océan soit toujours aussi beau, propre et cristallin et que nous, on soit pas foutu d’avoir une Méditerranée où on peut voir ses pieds ? Mystère…), puis un délicieux sandwich au jambon vert (parce que c’est un jambon au pesto, bande d’ignares, il était pas périmé !) et pour finir, une délicieuse ice-cream au fruit de la passion…

Puis je me suis mise en quête d’un caravan park où passer la nuit parce que Ben avait vraiment besoin d’électricité et que les 60kms qu’on avait roulés ne lui suffisaient pas. Sauf que. C’est le week-end de Pâques. Over busy week-end comme ils disent. Cerise sur le cupcake, c’est aussi le premier jour des vacances scolaires… Autrement dit, les places en caravan park sont une denrée rare. Mais je ne m’en fais pas, je sais que même si je dois rouler un peu, je finirai bien par trouver quelque chose, je ne vais pas faire ma difficile. Mais la chance est avec moi (à ce moment-là), le deuxième essai est le bon, le caravan park est over full mais la dame me trouve quand même une petite place. Chère la petite place. Très chère. 44$. Bah oui, mais c’est peak season là ma bonne dame ! Bon, de toute façon, faut vraiment recharger la batterie et puis faut que je fasse une lessive so

Alors je m’installe, je lave, je sèche, je mets à jour le blog (pour mes fidèles et insatiables lecteurs…), je mets les photos en ligne, je fais cuire des pâtes (oui, je vous passe le moment où on m’a montré qu’en fait, y avait pas besoin d’allumettes pour faire fonctionner mon réchaud et l’air extrêmement malin que j’ai eu…), je range un peu Ben, je fais la poussière, bref, je me prépare pour la seconde moitié du road trip. C’est qu’il nous reste pas loin de 1800kms à parcourir en 10 jours !

En fin de soirée, la pluie s’invite à la fête. Pas le petit crachin breton où tu rentres la tête dans les épaules et où tu fais semblant de ne pas voir les gouttelettes qui s’accrochent à tes lunettes. Non.  La bonne grosse pluie qui tambourine sur le toit de Ben et qui m’oblige à m’enfermer dedans en me disant que c’était bien la peine de faire la vaisselle, j’aurais pu juste laisser la casserole dehors… Mais la vérité, j’aime bien le bruit de la pluie quand je suis à l’abri. Alors, même si le concert dure une bonne partie de la nuit, pas de quoi entamer mon moral.

Au petit matin, le ciel est gris. Tant mieux, il va pas faire trop chaud. Ben et moi, on reprend la route. On s’arrête faire des courses à Gympie, dans un des ces centres commerciaux qui bordent l’autoroute. Je passe chez le boucher pour refaire le plein de saucisses, chez le boulanger pour faire le plein de toasts, je suis parée pour les 3 prochains jours en totale autonomie. Alors, en avant ! La journée est longue, la pluie m’accompagne quasiment tout le long de route et on fait 420kms pour rejoindre la toute petite ville de Seventeen Seventy. Town of 1770 est en fait l’endroit où est arrivé le capitaine Cook en 1770 quand il a entrepris d’exploré la côte au nord de Sydney. Pas grand-chose à voir, juste une autre immense plage, la mer qui part à 3kms à marée basse et un chouette point de vue sur l’océan qui, comme d’habitude, s’étale à perte de vue. On est à 60kms de la première ville, perdus au bout du monde…

Ce soir, c’est donc camping sauvage sur un parking le long de la plage. On ne peut pas toujours tout avoir alors la douche est froide mais la pluie s’est arrêtée et j’ai à nouveau droit à un superbe coucher de soleil pour l’apéro.

Je ne suis pas la seule à squatter ce parking. L’heure avance et les vans arrivent un par un se garer pour la nuit. Il faut dire que bon nombre de parkings indiquent clairement « No overnight stay » alors quand on trouve au même endroit, un barbecue, des toilettes et rien qui dit « on va venir vous déloger pendant la nuit », on réfléchit pas trop longtemps. On est donc 6 ou 7 à se partager le parking cette nuit.

Ce matin, ce sont les cris des enfants qui vont jouer sur la plage qui me tirent du sommeil. Sous l’œil curieux d’une tripotée d’oiseaux multicolores, je retente l’expérience des œufs au plat au barbecue. C’est un triomphe, plus rien ne me résiste, pas même la fourmilière qui avait élu domicile dans le barbecue et qui trouve mon intervention plutôt désagréable. 5000 petites bestioles se mettent à courir dans tous les sens, sortant de sous la plaque brûlante et s’éparpillant partout. Quelle idée aussi d’aller s’installer sur des résistances électriques !

Et puis, avec Ben, on se remet en route. Juste à côté de Seventeen Seventy, il y a Agnes Water, une bourgade à peine plus grande qui concentre tout ce qui existe d’hébergements et d’écoles de surf dans le coin. Alors on remet un peu d’essence et on reprend la direction de l’autoroute. Sauf que. Je roule souvent très à gauche. La faute à mon habitude de rouler à droite. Et le bord de la route est bien défoncé par les dernières inondations. Alors, 10kms plus loin, ma roue tombe dans un trou. L’arrière de la voiture se met à chasser. J’essaye de redresser mais Ben n’aime pas ça, il part en tête à queue. A peine le temps de réaliser ce qu’il se passe, on traverse la route et on finit dans un arbre. Crash.

La voiture s’arrête, je coupe le contact et je réalise que… je n’ai rien. L’arbre a tapé côté passager, la vitre a explosé, le pare-brise est plié, la boîte à gants est éventrée mais moi… je suis entière. Mon cerveau se met à faire la liste des choses à faire : descendre de la voiture, aller chercher mon téléphone dans mon sac à l’arrière, trouver le numéro de l’assistance dans les papiers, ranger toutes mes affaires parce que clairement, je ne vais aller nulle part avec ce van… Evidemment, mon téléphone ne capte rien. Je commence à récupérer mes affaires en prenant soin d’éviter les morceaux de verre. Une voiture s’arrête au bord de la route. « Are you OK ? » Euh… yes, yes, I’m OK… Un autre van s’arrête aussi. Le gars a un téléphone qui capte, lui. Alors, on appelle l’assurance, il leur explique où je suis, ce qui s’est passé. Le gars de l’assurance veut me parler. Il veut s’assurer que je vais bien, que je n’ai pas besoin d’aller à l’hôpital. Et puis, il m’explique que week-end de Pâques oblige, il ne va rien se passer avant mardi matin (on est dimanche matin). Qu’une dépanneuse va venir sortir le van du fossé, me remorquer jusqu’au camping le plus proche et qu’on me contactera mardi matin pour me dire comment va se passer la suite. OK, je dis. Je ne peux plus conduire mais je peux rester dans le van, l’arrière n’est pas abimé.

Alors je me mets à attendre. Une bonne trentaine de voitures vont s’arrêter pendant les 4 heures suivantes, tout le monde est très gentil, me demande si je n’ai besoin de rien, si j’ai appelé l’assurance, si je vais bien. Je vais bien. Je réalise que j’ai eu beaucoup de chance. J’ai un peu les jambes en coton maintenant. Je repense à cet accident de cheval que j’ai eu il y a quelques années et où là aussi, par miracle, je n’avais rien eu (un poignet en vrac mais étant donné que je ne portais pas de bombe, on peut considérer que ce n’était rien). Dieu n’existe pas mais j’ai quand même une bonne étoile. Et puis je commence à réaliser que si rien ne bouge d’ici mardi, il ne va me rester que 4 ou 5 jours pour rejoindre Cairns. Et là, ça va pas être rigolo. Va falloir rouler, rouler, rouler.

Au moment où la dépanneuse arrive (4 bonnes heures plus tard…), une énième voiture s’arrête. C’est Kevin. Il a le cheveu long, il est pieds nus et il a la soixantaine. Il me propose de m’emmener chez lui pour que je puisse rappeler l’assurance et il me dit qu’il me ramènera en ville ensuite. Il connaît bien le dépanneur. Ils conviennent que je repasse un peu plus tard au garage pour récupérer toutes mes affaires. OK, je dis. Alors je monte en voiture avec Kevin. Kevin habite au milieu du bush. Une grande bicoque dont la véranda est remplie de matériaux de construction. Y a des poules et quelques paons qui arpentent la pelouse tondue au cordeau. Il me montre où est le téléphone et puis il me dit qu’il doit aller faire des courses mais qu’il sera de retour dans 2 heures, qu’en attendant, je peux piquer une tête dans la piscine, prendre une douche, me faire un café, piquer des trucs dans le frigo, regarder la télé, bref « sit down and relax ». Et il s’en va. Alors je rappelle l’assurance. C’est le département Accident qui s’occupe de la suite alors le gars que j’ai au téléphone ne peut pas me dire ce qu’il va se passer. Mais il me donne une adresse e-mail à contacter et il me dit qu’il transmet le dossier. Du coup, je prends une douche et je me plante devant la télé. En me regardant dans la glace, je constate que j’ai quelques jolis bleus laissés par la ceinture de sécurité. Par la fenêtre, je vois des kangourous qui traversent le jardin en bondissant. Je suis crevée.

Et puis Kevin revient. On repart chercher le reste de mes affaires et il m’emmène en ville dans un hostel sympa et pas trop cher. Il s’assure que tout va bien et il me laisse son numéro en me disant de l’appeler si j’ai besoin de quoi que ce soit. Et puis il me dit de faire bien attention à moi. Moi, j’en reviens toujours pas que les gens soient aussi sympas. J’ai jamais eu d’accident en France mais je suis pas sûre que quelqu’un m’emmènerait chez lui, me laisserait seule pendant 2 heures et prendrait le temps de s’occuper de moi alors qu’on se connaît depuis 10 minutes.

Alors, je m’installe dans cet hostel. Je me retrouve avec des sacs de nourriture dont je ne sais pas trop quoi faire. Ca fait tout drôle de retrouver l’ambiance guest house après avoir eu mon « chez moi » quelques temps. L’assurance doit me rappeler le lendemain. Alors, j’attends…

Je vais bien, ne vous en faites pas.

Photos ici.

Family time !

Cette nuit le long du trottoir à Redcliffe a été aussi bonne si ce n’est meilleure que les précédentes. Un petit parfum supplémentaire d’aventure je suppose… Personne n’est venu me réveiller au beau milieu de la nuit pour me dire de dégager, j’entendais les vagues se fracasser régulièrement sur la plage en contrebas et j’ai été réveillée par les piaillements énergiques de drôles d’oiseaux aux becs longs, fins et recourbés (qui sont obligés de se démancher le cou quand ils veulent boire parce que la nature est mal faite, ce ridicule appendice ne fait pas paille).

Comme je n’ai pas l’intention de rester sur mon échec cuisant de la veille avec le réchaud, je décide de me faire un petit déj digne de ce nom et de me faire des œufs au plat avec des toasts. Facile, j’ai un barbecue. Moins facile, comment faire cuire un œuf au plat  sur une plaque incurvée avec un trou au milieu ? Mais mon deuxième prénom, c’est Mac Gyver, je suis trop futée, je décide de faire cuire les toasts sur le barbecue puis de casser les œufs dessus (les toasts) pour qu’ils cuisent à travers. Brilliant, isn’t it ? Sauf que. Au bout de 10 minutes, je me retrouve avec des toasts quasi carbonisés et des œufs crus… Comprends pas, c’était pourtant l’idée du siècle. Les lois de la thermodynamique doivent être différentes de ce côté du globe (d’ailleurs, c’est vrai, l’eau tourbillonne dans l’autre sens dans l’évier), ça a tout fait foirer. Du coup, aux grands maux les grands remèdes, je retourne mes oeufs toastés directement sur la plaque du barbecue et je prie pour ne pas me retrouver avec une omelette géante… Et ça marche ! Tadaaaaa !

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Je suis trop fière de moi. Mac Gyver est trop fier de moi. Les Castors Juniors sont trop fiers de moi.

Bon. Et en quel honneur ce petit déj de championne ? Et bah parce que aujourd’hui, je gravis le Mont Beerwah. Et ouais ! Rien que ça. En fait non. Pas rien que ça. J’escalade le Mont Ngungun aussi. Exactement. Deux pour le prix d’un. Aujourd’hui, je quitte la côte (enfin… je suis à 50kms, hein, on s’affole pas) et j’explore le Glass House Mountains National Park. Marre des plages, un peu de dénivelé, nom d’un koala ! Elles sont jolies ces montagnes en plus, elles sont là, comme ça, plantées au beau milieu de rien, toutes vertes et elles racontent une légende aborigène d’une cruauté absolue (c’est l’histoire d’un papa montagne qui disloque le cou de son fils parce qu’il n’a pas aidé sa maman montagne enceinte à se sauver lors d’une inondation alors qu’en fait, elle ne va même pas se noyer…), il était donc temps de faire autre chose que lézarder sur la plage.

Alors, on se détend tout de suite, ça a beau s’appeler les Glass House Mountains, le Mont Beerwah culmine à 556m et le Ngungun à 253. Pas de quoi fouetter un chat. Juste de quoi se prendre une bonne suée. Mais la vue à l’arrivée, ça envoie de la bûchette. Ce qui est surtout impressionnant, c’est de constater qu’à 50kms de la côte, y a déjà plus une ville à l’horizon. Les Australiens, qui vivent dans un pays dans lequel on pourrait caser toute l’Europe et y aurait encore de la place, peuplent 1% du territoire. Ils ont d’ailleurs une expression pour ça : ils disent qu’ils habitent « dans la véranda » de l’Australie.

Après cette journée sportive, j’ai fini ma course dans la Diamond Valley (ça ne s’invente pas), un petit village caché au pied des fameuses montagnes. Et pourquoi là je vous prie ? Et bien parce que c’est là qu’habitent Dawn et Grace. Et c’est qui ça, Dawn et Grace ? Souvenez-vous, je les avais rencontrées au Vietnam, à Dalat et elles m’avaient proposé de venir passer quelques jours chez elles, sur la Sunshine Coast. Family time !

Alors, dans la famille il y a Dawn, la maman, Russell, le papa, Grace, la fille, et Stuart, le fils. Ces quatre-là sont les gens les plus accueillants et chaleureux qui existent au monde. Ils se sont pliés en quatre pour me faire découvrir leur région et leur culture. J’ai donc eu droit à un petit survol de la côte en avion (Stuart passe son permis de pilote, ça aide), une balade dans une forêt pluviale primitive (sans la pluie mais avec les sangsues…) et une longue journée riche en émotions dans le Great Sandy National Park. Pour se rendre dans le Great Sandy National Park, il faut un 4×4. Parce qu’il n’y a pas de route. Il y a du sable (comme son nom l’indique). Quand nous sommes arrivés sur la plage, nous avons aperçu au loin un petit monsieur en costume perché sur des rochers. Et quand on s’est approchés, on s’est aperçus qu’avec le petit monsieur en costume, il y en avait un autre avec une caméra. Et ces deux-là se sont littéralement jetés sur nous et ont demandé à Russell ce qu’il pensait de l’état de la plage. Cette pauvre plage, bien connue dans le coin, a été partiellement vidée de son sable lors de récents orages et du coup, y a plein de cailloux. Des coffee rocks pour être précis. C’est beaucoup moins marrant à traverser. Et apparemment, ça intéresse la télé. Russell a donc donné son avis et a précisé qu’il venait aujourd’hui parce qu’il avait une visiteuse française à qui il voulait montrer les dunes. Et voilà comment je suis devenue une star de la télé australienne. Bon, le type doit croire que la France est un pays sous-développé parce qu’il m’a demandé si j’avais déjà vu un hélicoptère… Mais passons, il était rigolo. Après ça, on roule, on roule, on roule sur la plage. Des kilomètres. Vous avez déjà vu ça vous ? Une plage où on peut rouler sur près de 40kms sans rien voir d’autre que des dunes à gauche et l’océan à droite ? Evidemment non. Chez nous, déjà, on n’a pas le droit de rouler sur les plages. Et puis 40kms de littoral sans un bloc de béton, ça serait un sacré manque à gagner. Surtout avec une vue pareille. Ici, c’est juste normal. Quelques familles ont installé des campements le long des dunes, elles vont passer le week-end ici, à pêcher, faire des châteaux de sable et regarder l’océan. Nous, on trace. On va tout au bout, à Rainbow Beach. Rainbow Beach s’appelle Rainbow Beach parce que les dunes qui encerclent la plage sont multicolores. Bon, ça reste dans les jaunes, orangés et ocres mais c’est sacrément joli. Alors on pique-nique là. Et là, c’est l’apothéose. Des dauphins ont décidé de venir jouer dans les vagues, juste sous notre nez. Y en a même un qui surfe sur sa queue et fait des bonds gigantesques. Pour un peu, on l’entendrait rigoler tout seul. Ma-gique…

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Sur le chemin du retour, Russell a décidé qu’il était temps de me faire rencontrer les flics australiens. Est-ce que vous pouvez croire qu’ici, il est possible de se faire flasher sur une plage et arrêter par des types qui portent un flingue à la ceinture et un short ? Un short !

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Non mais sans rire, comment tu veux prendre au sérieux un type en short qui t’arrête sur une plage et qui te dit « Euh… Bonjour Monsieur. Vous savez à combien vous rouliez là ? ». Bon, cela étant dit, faut pas trop rigoler quand même parce que les excès de vitesse sur plage, ça coûte cher… Mais le plus drôle, c’est que 5kms plus loin, y a une autre brigade de types en short qui eux, te font souffler dans le ballon. Alors, forcément, tu te dis : « Mais pourquoi donc tant de shorts sur cette plage ? ». Et bah parce que demain, c’est Vendredi Saint. Et qu’en Australie, Vendredi Saint, c’est férié et c’est un peu comme un de nos viaducs du mois de mai, tout le monde part en week-end, camper au bord de la plage. Autant dire que les petits gars en short, ils vont avoir du boulot ce week-end !

Enfin bref, ces quelques jours à partager la vie de Dawn, Russell, Grace et Stuart furent un vrai bonheur. Le tout arrosé de bon vin, de bonnes poilades (T’as déjà essayé d’expliquer à des Australiens ce que veut dire « ça casse pas 3 pattes à un canard » ? Ils sont à 2 doigts de t’accuser de torture sur animaux !) et de délicieux repas, ça n’a pas été facile de repartir…

Mais Ben commençait à faire la tronche, ça faisait 3 jours qu’on ne se parlait plus, la batterie du frigo était sur le point de rendre l’âme, fallait faire quelque chose. Alors ce matin, j’ai repris la route. Avec, pour me consoler, un gros œuf en chocolat que m’ont offert mes amis du bout du monde. Joyeuses Pâques !

Photos ici.

Aujourd’hui, Ben est entré dans ma vie…

Ha ha ! Je vous vois déjà ! Mais… c’est qui ce Ben ? D’où il vient ? Il fait quoi dans la vie ? Il est roux ?

Alors, je vais pas vous faire languir… Ben est effectivement roux, c’est un hippie et il est beau comme un camion. C’est normal, c’est un camion. Voilà, c’est Ben.

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Depuis ce matin, j’habite chez Ben. Dans Ben pour être exacte. Mais ça ne sonne pas très bien, on pourrait comprendre que j’habite dans une benne, ce qui n’est évidemment pas le cas, ça pourrait prêter à confusion. Bref, depuis ce matin, mes frères peuvent enfin dire légitimement que je suis une hippie (c’est comme le Port Salut, c’est marqué dessus).

Ça n’a évidemment pas été une mince affaire de récupérer Ben. Il a fallu que je me rende au fin fond de la zone industrielle de Sydney, que j’aperçoive Ben dans un coin du parking, que je me dise « Omaillegode ! Faites que je me trimballe pas dans un truc aussi voyant… », que Dieu ne m’entende pas (encore une preuve de plus s’il en fallait de la non-existence de Dieu…), que je me fasse encore délester d’une bonne centaine de dollars pour une assurance « bris de glace » (dont l’histoire dira que c’était une bonne idée de la prendre cette assurance…), que la petite dame me montre tous les trucs et astuces du parfait hippie (non parce que ça a l’air simple comme ça mais pour réussir à caser un séjour-salon-salle-à-manger-cuisine-chambre dans 6m², faut être un peu un as de l’optimisation), que je me répète pas loin de 200 fois « Ici, on roule à gauche, A GAUCHE, A GAU-CHE ! » et c’est parti mon kiki !!

Comme j’ai décidé de me la jouer warrior ultra, j’ai pas de GPS, juste un atlas de l’Australie au 1/1 000 000 et le Lonely Planet (et on sait ce que valent les cartes du Lonely…). Autant dire que sortir de Sydney fut un jeu d’enfant… (« A gauche, à gauche, à gauche… aaaAAAAAH ! Mais qu’est-ce qu’il fout là celui-là ??!! … Ah oui, ils roulent à gauche… ») Mais comme rien ne m’arrête et qu’ici, ils s’en foutent complètement de savoir combien j’ai de points sur mon permis (rappelons juste que je n’ai pas conduit depuis plus de 6 mois et que j’ai récemment écrasé un chien à moto), je me retrouve bientôt fièrement sur la Pacific Highway, direction plein nord parce que c’est pas tout mais j’ai quand même pas loin de 2800kms à avaler en 15 jours…

Bon. L’étape numéro 1, c’est de faire les courses pour remplir le frigo. Vous savez depuis combien de temps je ne suis pas allée « faire les courses » ? Du coup, je suis toute contente de gambader dans les allées du supermarché au volant de mon caddie et je vis même un moment de bonheur particulièrement intense au moment de comparer les prix au litre des liquides vaisselle… Rendez vous compte : je vais devoir faire la vaisselle, faire cuire des pâtes, faire mon lit (… ah non, ça, apparemment, j’ai pas pris l’option). Bref, je retrouve des habitudes de la vraie vie… j’en suis tellement contente que j’en oublie de vérifier qu’il y a bien un pont au bout de la route et que je suis bonne pour faire un détour de 50kms…

Alors 50kms, dit comme ça, ça a l’air de rien. Mais avec Ben, 50kms, ça prend pas loin d’une demi-heure. Ça prend même une bonne demi-heure. Parce que Ben, il est gros et il roule pas vite ou alors il consomme à mort. Et puis, la Pacific Highway, c’est pas l’A6. Ça ressemble plutôt à l’A86 au niveau de Versailles, là où c’est tout le temps en travaux. Et quand il y a des travaux, on divise la vitesse par 2. Autant dire que les 450kms prévus initialement pour cette première journée se réduisent à 250. Et que je me dis qu’il va pas falloir trop se planter sur l’itinéraire si je veux pas passer tout mon temps le coude à la portière.

Mais c’est pas grave. Pour cette première nuit, Ben et moi, on choisit de s’arrêter au Myall Lake National Park où on opte pour un camping privé tout confort où Ben peut même étancher sa soif d’électricité (bah oui, le frigo ne marche pas à l’énergie solaire, c’est mal fait mais c’est comme ça). C’est super joli, il y a plein d’oiseaux qui chantent dans le soleil couchant, le lac vient lécher nos pieds et y a même des kangourous qui me raccompagnent après que je sois allée prendre une douche. Décidément, c’est pas farouche ces bêtes-là ! Pendant que je me prépare un festin (soupe Maggie et tartines de cream cheese… hummm ! j’ai toujours été un vrai cordon bleu…), je vois passer un dingo et 2 autres petites bestioles qui courent bien trop vite pour être identifées. Mouais… vais pas rester trop longtemps dehors moi, c’est bien trop habité cette nature !

Le lendemain matin, réveillée par le soleil qui est entré dans l’angle de mon hublot, je me mets en quête de faire du thé. Et là… c’est le drame. Je m’aperçois que certes, j’ai bien raccordé Ben à la borne électrique mais oups ! j’ai oublié d’appuyer sur « ON » et donc Ben n’a absolument pas rechargé ses batteries pendant la nuit… C’était bien la peine de demander exprès un « powered site », pfff !

Après un lavage de bol acrobatique (T’as déjà essayé de faire la vaisselle dans un évier à hauteur de tes épaules avec un robinet qui marche comme une pompe, c’est-à-dire que d’une main, tu laves le bol et de l’autre, tu pompes, le tout avec les coudes au niveau des oreilles ? Non ? Et bah, n’essaye pas…), Ben et moi, on reprend la route. Aujourd’hui, on va à Port Macquarie. En route, on s’arrête au Booti-booti National Park, sur une de ces petites plages comme il y en a des tas le long de cette côte australienne, un immense banc de sable blanc tout fin qui crisse sous les pieds, des rouleaux turquoises qui déferlent sans arrêt et une grappe de surfeurs qui tentent de dompter l’océan. Nan, vraiment, c’est pas facile…

Il est impressionnant cet océan d’ailleurs… On sait qu’il est dangereux, qu’il y a des courants qui peuvent t’emporter à tout jamais, qu’il y a des requins, des méduses, des crocodiles… bon, moi, quand je vois une grappe de surfeurs tranquillement en train de barboter, je me dis que je peux m’y risquer aussi, faudrait vraiment que j’ai la poisse pour que ce soit mes orteils que le requin ait décidé de venir chatouiller (hum, hum… certes, la poisse n’est jamais bien loin, ne l’oublions pas). Et puis l’eau est suuuuper froide ! Au moins 25°C ! Ou peut-être 20, aucune idée. De toute façon, t’as pas le temps de te dire « Ouh mon dieu, qu’elle est froide ! », t’as déjà été submergé par 3 vagues. Vivifiant.

Mais qu’est-ce que c’est beau… Ouais, on peut se dire, ces Australiens, vraiment, ils en font des caisses, tous les noms dans le coin c’est genre Gold Coast, Sunshine Coast, Surfer’s Paradise, Palm Beach… Sauf qu’en fait, c’est vraiment super beau. Des kilomètres de sable blanc, des dunes parsemées de petits brins d’herbes (comme c’est bucolique…), des milliers de mouettes qui tournoient (ce qui peut vite devenir un problème quand t’as décidé de manger un sandwich) et l’océan à perte de vue… L’océan bleu, bleu roi, bleu turquoise, bleu lagon, bleu océan… une vraie carte postale. Ma-gni-fique !

Et ça tombe bien parce que grosso modo, c’est à peu près l’essentiel du programme pour les 2 semaines à venir. Alors en attendant, Ben et moi, on profite. On compare les vagues d’une plage à l’autre, on s’octroie de longues pauses déjeuner, on se fait griller des saucisses sur les barbecues électriques présents un peu partout, on roule un peu (pas mal à vrai dire) la fenêtre grande ouverte et la radio à fond, on va 2 fois jusqu’au phare de Byron Bay (une fois sous la pluie et une fois au soleil, juste pour être sûrs de n’avoir rien loupé) et ainsi défile la route jusqu’à Brisbane.

Au moment d’atteindre Brisbane, on hésite. La première idée c’était d’y passer la nuit et de visiter un peu la ville. Sauf que. Entrer dans une grosse ville comme ça qu’on ne connait pas au volant de Ben, c’est un peu angoissant. Et puis, dans la ville même, y a pas de camping. Et se retrouver parquer dans une lointaine banlieue ne présente pas grand intérêt. Alors finalement, on n’entre pas, on contourne. Brisbane, ce sera pour la prochaine fois.

En attendant, on tente le camping sauvage. Oui, parce que tout ça c’est bien joli mais à 32$ en moyenne l’emplacement en caravan park, faut trouver des solutions. Pour cette première expérience, je choisis Redcliffe, une petite ville qui s’étire le long de la plage à quelques kilomètres au nord de Brisbane. Comme partout, il y a bien 2 ou 3 caravan parks qui ne demandent qu’à nous accueillir mais ce soir, on a décidé de se la jouer solo. Alors, après avoir arpenté le front de mer, on choisit un endroit sympa (j’ai bien vérifié avant qu’il n’y avait pas marqué « No camping »), face à l’océan, avec barbecues et sanitaires (eau chaude dans les douches, si ça c’est pas la grande classe) et après un petit bain de mer, c’est toute fière de moi que je m’apprête à faire cuire mes pâtes sur le réchaud au gaz de Ben. Sauf que. Y a des jours où je serai bien contente de fumer. Bah oui. Parce que là, j’ai tout ce qu’il faut (l’eau, les pâtes, la sauce tomate, les restes de saucisses à mettre dedans) sauf que je n’ai rien pour allumer mon réchaud. Pas la moindre allumette à l’horizon. Et les Australiens ne fument pas non plus (le paquet de cigarettes à 20$ a l’air d’être dissuasif…) ou alors le pays est en rupture de briquet mais rien à faire, pas moyen d’allumer ce foutu réchaud, je remballe donc mes pâtes. Grumpf !

Mais heureusement, pour me consoler, le soleil qui se couche enflamme le ciel et j’ai droit à un sacré spectacle pour moi toute seule. Et Ben. Et les quelques joggeurs qui trouvent eux aussi que l’endroit est sympa. Et qui me lancent des « Hello ! » quand ils m’aperçoivent à l’arrière du van. Puis qui engagent carrément la conversation quand ils me voient peler mes carottes. Décidément, qu’est-ce qu’ils sont sympas ces Australiens…

Photos ici.

Sydney, « comme à la maison »

(Oui, je sais, c’est n’importe quoi ce blog, depuis 1 mois j’ai pris un retard pas croyable, promis, ça va s’arranger… je sais pas quand, mais ça va s’arranger…)

Naaaan, je rigole, c’est pas vraiment « comme à la maison ».

D’abord, y a des vieux qui dorment dans ma chambre et puis les gens sont sympas. Tout le contraire des Parisiens, c’est bien connu.

Mais pour autant, Sydney, ça a quand même un petit côté « comme à la maison ».

Bon alors pas en ce qui concerne l’hôtel, hein, bien sûr… J’ai passé 6 mois à déjouer les arnaques des plus vicieux chauffeurs de tuk-tuk et là, je me fais avoir au premier nom d’hôtel pas assez copyrighté… Du coup, je me retrouve dans une espèce de pension pour retraités désargentés et déprimés. Bonjour l’ambiance…

Mais de toute façon, je suis pas là pour étudier la décoration du papier-peint, je suis là pour me remplir les yeux. On pourrait dire aussi pour me vider le portefeuille mais ça, c’est une autre histoire…Non, d’ailleurs à ce sujet, crevons l’abcès tout de suite.

Après un vol de nuit pendant lequel j’ai eu la bonne idée de ne pas dormir (quoi ? y avait James Bond à la télé !), j’ai donc poireauté à la douane, fait mettre un millième tampon sur mon passeport et récupéré mon barda. Comme d’habitude, je suis hyper bien organisée, je sais exactement quelle ligne de métro je dois prendre pour arriver jusqu’à ma douche salvatrice, c’est donc d’un pas franc et assuré que je me dirige vers le ticket office pour prendre mon billet. « Hi ! How are you today ? » (aaaah ! qu’est-ce qu’ils sont sympas ces Australiens…) « 17 dollars s’il vous plaît ! » (euh… je retire ce que je viens de dire) IIIIIIIIIRK ! WHAT ? Nan-mé-ô, ça va pas la tête ou quoi ? 17 dollars ? Tu sais combien de familles on peut nourrir avec 17 dollars au Laos ? Tu sais depuis combien de temps j’ai pas sorti 17 dollars en une seule fois de ma poche ? Alors je m’exécute… péniblement… Je me dis qu’à ce prix-là, le métro australien, il doit y avoir des masseuses thaïes dedans. Mais non ! Bon, c’est sûr, c’est pas le RER B (tu sais ? le premier truc que tous nos touristes voient quand ils arrivent à Paris… Paris ! So romantic city…). Mais ça casse pas 3 pattes à un canard non plus… Et comble du comble, j’ai que 5 stations à faire, j’ai même pas l’impression d’en avoir pour mon argent ! Pfff…

Bref, j’arrive dans le centre de Sydney. Je vous passe le moment d’incompréhension totale quand je me suis pointée à la réception de l’hôtel et que la fille ne trouvait pas ma réservation ce qui était bien normal vu que j’avais en fait réservé dans un hôtel qui avait le même nom mais qui se trouvait à 300m de là. Le moment d’agacement total quand la réceptionniste de l’autre hôtel m’annonce du bout des lèvres (oui, elle, c’est l’exception qui confirme la règle, c’est la seule Australienne pas sympa du pays) que le check-in, c’est à partir de midi, que là, il est 9h et que donc, je peux laisser mon sac là mais je dois revenir plus tard… Et le moment de consternation parfait quand je finis par atterrir dans un café les yeux au milieu des joues, que je commande un café (justement) et que la serveuse m’annonce « 4 dollars ! ». Scrogneugneu ! 4 dollars ! C’est de l’Or de Maison du Café, celui-là ou quoi ? Qu’est-ce qu’ils ont tous ce matin ?

Et puis, lentement, je réalise qu’en fait, tout n’est pas extrêmement cher, tout est simplement « comme à la maison »… Sauf que moi, je suis un peu déconnectée, j’ai des repères tout chamboulés et j’ai du mal à me dire que dans ce nouveau monde, le prix du jus de fruits frais est indexé sur le cours de l’or…

Voilà, vous l’aurez compris, on va pas passer la journée là-dessus mais ça fait tout drôle au début.

Reprenons. Après un vrai petit déj comme il ne m’avait pas été permis d’en déguster (oui, c’est le mot) depuis des lustres (œufs délicatement brouillés et toasts parfaitement grillés) et en attendant de pouvoir me noyer sous une douche, je me mets à errer comme une âme en peine déambuler dans les rues de Sydney. Et c’est plutôt joli. De grandes avenues, des bâtiments en pierre, une cathédrale monumentale, des parcs, des promenades et partout, la mer… ou plutôt, l’océan. Et du coup, l’air est… léger. Facile à respirer. Pas noir. D’ailleurs, l’océan est d’un beau bleu profond et le ciel d’un joli bleu ciel. Et le soleil fait briller les bateaux qui se balancent dans les marinas. On s’enflamme pas sur le soleil non plus. Il fait beau mais mon dieu ! qu’est-ce qu’il fait froid ! Et qu’est-ce qu’ils font en t-shirt et en tongs les Australiens ? Ah non, hein. Là, faut mettre un pull. Et une écharpe. C’est qu’il fait 25°C ma bonne dame ! Et ça aussi, j’ai perdu l’habitude… D’ailleurs, ça ne fait pas un pli, je finis la journée avec un rhume… Aaaatcha !

Bon, j’ai quand même fini par prendre une douche puis la fatigue m’a rattrapée sur la pelouse des Royal Botanical Gardens, face à l’opéra. J’ai donc dormi 2 bonnes heures au soleil, à peine dérangée par les milliers de joggeurs qui passaient en petites foulées.

Parce que, dites donc, qu’est-ce qu’il y a comme nouvelles choses à observer ici… Des gens qui courent (beaucoup de gens qui courent, j’en n’ai jamais vu autant ailleurs dans le monde), des gens qui promènent des chiens (non, ici, les chiens n’ont pas la gale, ils ont le poil brillant, bien peigné et des fois, ils ont un petit nœud dedans), des gens tout court. Bah oui. Parce que des gens comme ça, j’en n’ai pas vu depuis longtemps (enfin, pas autant en même temps). D’abord, y a des grands. Je ne mange plus la soupe sur la tête de mes voisins dans le métro. Y a des gros. Des très gros même parfois. Ça, ça n’existait purement et simplement pas en Asie, dans les magasins de fringues, j’avais l’impression d’être un hippopotame. Y a des blonds. Des roux. Des châtains. Des avec des cheveux bouclés. Bref, une diversité capillaire captivante. Des mecs qui vont un peu trop à la gym. Avec des biceps plus gros que les cuisses. Pas toujours très fins et élégants. Et y a des vieux. Je veux dire, des vieux avec des cheveux blancs, les joues qui tombent et des dentiers branlants. Bah je vais vous avouer un truc. L’ethnie à laquelle j’appartiens, les « Blancs », on a les plus moches vieux de la terre… Les vieux Noirs ou les vieux Asiatiques, ils ont beau être tout rabougris, tout fripés, ils gardent une certaine classe. Les nôtres, parfois, ils font peur aux petits enfants.

Mais heureusement, en Australie, il y a une espèce qu’on ne trouve nulle part ailleurs. En Australie, il y a les surfeurs… Tâchons de vous expliquer de quoi il s’agit. Le surfeur a la classe. D’abord parce qu’il sait se tenir debout sur une planche en polystyrène au milieu des vagues et ensuite parce qu’il peut marcher pieds nus dans la rue en combinaison de plongée et ne pas avoir l’air ridicule. Le surfeur a le cheveu plus long que la moyenne (étude menée hier sur un panel testeur de 50 personnes, statistique imparable). Légèrement plus clair aux pointes parce que le surfeur passe beaucoup de temps dans l’eau de mer et sous le soleil, assis sur sa planche à scruter anxieusement l’horizon au cas où se pointerait LA vague de sa vie. Le surfeur est plutôt fin. Parce que hisser son propre poids sur une planche en polystyrène et en mouvement au milieu de l’océan, c’est plus facile quand tu pèses pas 110kgs (et croyez-moi, je sais de quoi je parle…). Et bien sûr, le surfeur est beau. De toute façon, toi t’es sur la plage, de là où t’es, tu ne vois pas son visage, tu peux donc tout à fait te dire qu’il est beau, ça ne gêne personne. Evidemment, tout ceci pour se décliner au féminin si besoin.

Mais le truc rigolo, c’est que des surfeurs, t’en croises pas qu’à la plage. T’en croises dans le métro, leur planche sous le bras, sur le ferry, au supermarché… partout ! Faut dire que c’est un peu le sport national ici. Alors je suis obligée de réviser mes conseils boursiers, adieu Cartier et bienvenue Billabong !

Enfin voilà, je viens donc de passer 4 jours à me balader le nez au vent à travers la jolie Sydney et ses environs. L’opéra bien sûr, le Harbour Bridge évidemment, Bondi et ses surfeurs (Bondaaaaaïï !! En fait, je crois que le type qui a décidé du nom de cette plage était un surfeur japonais qui a hurlé « Bonzaaaaïï ! ». Sauf qu’il était enrhumé. Parfois, l’Histoire se joue à pas grand-chose.), Manly et ses résidences plus que cossues cachées au fond de criques paradisiaques, les Blue Mountains et leur atmosphère imprégnée d’huile d’eucalyptus (c’est ce qui les rend « blue »). J’ai joué avec les mouettes qui essayaient de me voler mon fish & chips à Circular Quay, failli poser le pied sur un dragon à Manly (vous auriez vu le regard qu’il m’a lancé…), caressé des kangourous, des koalas et une espèce de chouette très chouette, pleuré comme une madeleine en écoutant Carmina Burana par le Sydney Symphonic Orchestra (une vraie claque, un moment de toute beauté, des fois, ça fait du bien) et conclu un accord avec un serpent qui pensait qu’on pouvait se trouver lui et moi au même endroit au même moment. Bref, Sydney vient d’entrer en fanfare dans mon top 3 des villes dans lesquelles je pourrais vivre (naaaan, pas de panique, New York est encore devant mais pour une fois, la question s’est vraiment posée). A bon entendeur…

Photos ici (mais je vous préviens, mettez vos lunettes de soleil).

All about Singap is…

… eating & shopping !!

Autant dire que je me suis sentie comme un poisson dans l’eau.

Mais reprenons. Grâce à un petit malin qui a encastré son camion dans un fossé, j’ai mis près de 7 heures à parcourir les 250kms qui séparent Malacca de Singapour. Du coup, le temps de me poser et de prendre une douche (si, c’était nécessaire, même la fille de la réception elle l’a dit…), la nuit était déjà tombée. Mais comme dit l’autre, c’est beau une ville la nuit. Alors, j’ai entamé le marathon sans plus tarder. Le marathon. Oui, oui. Parce que comme je ne reste que 48 heures à Singap (oui, on dit Singap, c’est comme ça, ça fait genre j’me la pète mais on le vit bien), pas question de se la jouer feignasse.

Alors comme les deux principales activités de cette ville qui ressemble à tout sauf à une mégapole asiatique sont manger  et faire du shopping (je ne suis pas encore sûre de l’ordre dans lequel il faut ranger ça d’ailleurs), j’ai commencé par aller admirer la skyline de la baie en grignotant… (allez, devinez…) des nouilles (ouiiiiii, encore !).

Singapour a sa tour Eiffel.  Ses Petronas ou son Empire State si vous préférez. Ici, ça s’appelle le MBS pour Marina Bay Sands et c’est vraiment impressionnant. Ca ressemble à ça.

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C’est beau hein ? Au milieu du champ de Mars ça ferait un peu bizarre mais là, perché au-dessus de la baie, ça claque. Le paquebot, posé comme un ovni tout en haut, est juste plus grand que la tour Eiffel… Du coup, ils y ont mis une piscine à débordement sur le vide de 150m de long. C’est vrai, après tout, je vois pas pourquoi ils auraient mis une piscine standard, ça aurait fait un peu mesquin… Et puis comme le promoteur immobilier n’est autre que le type qui possède le Bellagio (le casino qu’on voit dans Ocean Eleven), y a son et lumières tous les soirs sur les façades et la baie. Un peu vegasien mais pas mal.

Et comme il y a un festival de musique en ce moment à Singap, j’ai pu assister à un concert d’un groupe californien qui chantait des trucs en espagnol, ce qui a confirmé mes doutes : je ne vaux pas une cacahuète en espagnol…

Bref, cette première soirée fut riche en néons et paillettes et ce n’était qu’un début.

Le lendemain matin, j’avais l’intention d’escalader le Mont Faber (la collinette Faber, ok…) pour voir la ville d’en haut. Me voilà donc dans le métro, à attendre sagement à l’endroit clairement indiqué (oui, à Singap, tu traverses pas en dehors des clous ou tu prends une amende de 500$ alors j’essaye de faire attention…). Un touriste s’approche de moi et me demande dans quelle direction va le métro que je suis en train d’attendre. Je ne lui fais pas remarquer que c’est écrit en énoooorme au-dessus de nos têtes, je souris poliment et je lui réponds. Trop poliment visiblement. Le type croit que j’ai envie d’engager la conversation alors il me demande où je vais et s’il peut venir avec moi. Et là, l’erreur bête. Prise de court, je réponds oui… Le métro arrive, on monte dedans et là, il passe le trajet à m’expliquer qu’il faut absoooolument que j’aille visiter les Universal Studios (un genre de Disneyland local, réplique des studios de Los Angeles), que c’est troooop bien et que d’ailleurs, on va y aller maintenant. Bafouillages, consternation, je me dis que décidément, c’est pas croyable, je suis un aimant à cas sociaux… J’arrive à le convaincre qu’on va quand même d’abord aller sur le Mont Faber et je me dis que d’ici là, je vais bien finir par trouver un moyen de le semer. Mais loin s’en faut… Non seulement il a décidé de m’emmener visiter son truc pourri mais en plus, il commence à organiser mon emploi du temps de toute la journée (« Alors on va aller manger là et après on ira là et… »). Hop hop hop ! Mais ça va pas du tout être possible ça, hein ?

Arrivés à destination, on s’aperçoit que pour aller sur le Mont Faber, faut encore prendre un téléphérique (qui coûte un bras au passage) et pas de bol, le téléphérique en question dessert également les Universal Studios… C’en est trop, je jette l’éponge, je prétexte avoir oublié de faire un truc hyyyyyper important à l’hôtel et pas le temps de dire ouf, je fausse compagnie à ma sangsue et je me jette dans les couloirs du métro en vérifiant par-dessus mon épaule qu’il ne m’a pas suivie. Moralité : je suis privée de Mont Faber… C’est donc la dernière fois que je réponds poliment à quelqu’un qui me demande son chemin, c’est pas possible, c’est beaucoup trop risqué.

Bon, du coup je change mon fusil d’épaule et je pars explorer Chinatown. C’est tout mignonnet, tout propret, tellement propret que c’en est suspect (un Chinatown sans odeurs qui te prennent à la gorge n’est pas vraiment un Chinatown…) mais heureusement, au détour d’une ruelle, je tombe nez à nez (c’est le cas de le dire) avec un étalage gigantesque de durians qui parfument l’atmosphère de façon délicate. Et puis, Singap, c’est rigolo. Les vieilles maisons restaurées s’étalent aux pieds d’immenses gratte-ciels, ça offre des perspectives saisissantes. Bref, jolie balade. Mais voilà, il est midi, il commence à faire beaucoup trop chaud pour se mouvoir alors je me réfugie à l’ombre du Maxwell Food Center pour déguster un chicken rice de chez Tian Tian, la star locale du chicken rice évidemment. Ambiance survoltée et poulet moelleux à souhait, le tout arrosé d’un passion fruit juice glacé. Et puis, je me traîne à nouveau jusqu’aux couloirs réfrigérés du métro pour aller voir de plus près (et de jour) à quoi ressemble le MBS. C’est tellement énorme qu’ils ont construit une station de métro qui arrive directement dans les sous-sols de l’hôtel qui ne sont en fait qu’un gigantesque shopping mall de luxe (achetez des actions Cartier, je peux vous assurer que l’entreprise se porte bien…). A l’intérieur, fontaines acrobatiques, canal digne du Venetian (un autre casino vegasien) avec gondoliers qui te font faire un petit tour à la rame et restos chics (Guy Savoy et Wolfang Puck, rien de moins). Je lèche un peu les vitrines mais je ne suis pas là pour ça. Je suis là pour monter au Ku Dé Ta (admirez le jeu de mots), le bar panoramique du 57ème étage. Heureusement pour moi, le dress code n’est imposé qu’à partir de 18h, je peux donc monter en tongs boire un thé et profiter de la vue.

Tant de calme, luxe et volupté de boutiques, la tentation est trop forte, je finis par craquer. Rassurez-vous, je ne me suis pas offert un imper Burberry ni une paire de Louboutin mais juste une crème cosmétique beaucoup trop chère et une boîte de macarons. Avec un peu de chance, j’ai calmé mon envie de shopping pour quelques mois.

Mais avec tout ça, il est déjà tard, c’est l’heure de rentrer parce que ce soir, j’ai rendez-vous. Ce soir, je fais la tournée des bars grands ducs avec un ami qui habite à Singapour et que je n’ai pas vu depuis 10 ans (ouh là là, ça nous rajeunit pas ma bonne dame !). L’occasion de visiter quelques quartiers bien sympas, de boire autant d’alcool en une soirée qu’au cours des 6 mois (pas de panique, rien d’extraordinaire, j’ai dû boire 4 bières depuis le mois de septembre…), de refaire le monde et de fêter comme il se doit ma dernière soirée en terre asiatique car oui, mesdames et messieurs, demain, c’est le grand jour, demain, je me mets la tête à l’envers, demain, je passe dans l’hémisphère sud !

Mais mon vol pour Sydney (Syyyyydneyyyyy, woaw !) n’étant qu’à 20h, j’ai encore le temps de prendre 2 aspirines (nan, je rigole), d’aller manger (quand je vous dis que c’est super important ici, c’est pas des blagues) avec Cat (avec qui j’avais traversé le plateau des Bolovens au Laos, souvenez-vous) dans un food center où elle me fait découvrir son dessert singapourien préféré, un espèce de flan au lait de soja pas très sucré. Mouais… intéressant mais pas de quoi vendre sa mère.

Et puis, on papote, on papote et voilà, c’est l’heure d’aller récupérer mon sac à la guest house, de prendre le chemin de l’aéroport, de bien vérifier que je n’ai aucun liquide dans mon sac, de faire tamponner mon passeport, de flâner au milieu du monstrueux duty free (le shopping, y a que ça de vrai !) et d’avaler une dernière soupe de nouilles en regardant le soleil se coucher sur le tarmac. En passant, si un jour vous avez une longue escale à faire quelque part en Asie, je vous suggère Singapour, l’aéroport est fantastique : free wifi partout, transats pour ceux qui ont envie de faire dodo, jardins… quand je repense à Roissy, j’ai presque honte.

En montant dans l’avion, je réalise soudain que l’Asie, c’est bel et bien fini. J’avais trouvé de nouveaux repères, pris de nouvelles habitudes, je m’étais acclimatée à cette chaleur moite qui m’était littéralement tombée dessus en sortant de l’aéroport de Delhi. Quand reposerai-je les pieds dans le coin ? Aucune idée… Mais là tout de suite, difficile de croire que demain, je n’entendrai plus ces accents, je ne sentirai plus ces odeurs, je ne verrai plus 4 personnes sur la même moto, je ne négocierai plus ma course en tuk-tuk. Demain… BACK TO CIVILISATION !!

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Flânerie à Malacca

La pluie s’est arrêtée. Temporairement. J’en profite donc pour filer à Malacca. Enfin… filer, ça a beau être un très beau et très confortable bus, ça reste un bus en Asie, ça n’envoie pas non plus de la buchette. Toujours est-il que je débarque à Malacca en début d’après-midi, sous un soleil de plomb.

Qu’allait-elle donc faire à Malacca la p’tite dame ? Et bien, doucement mais sûrement, je me rapproche de la fin de la partie asiatique, justement, de mon périple et dans 4 jours, il faudra être à Singapour, parée au décollage pour un tout nouveau continent. En attendant, je flâne dans les jolies rues de Malacca.

Malacca a été classée au patrimoine mondial de l’Unesco elle aussi mais c’est encore plus joli que Penang. La ville est un ancien port au carrefour des routes maritimes reliant l’océan Indien à la mer de Chine. Depuis le XIVème siècle, elle a vu débarquer successivement des Indiens, des Arabes, des Portugais, des Hollandais et des Anglais, ce qui en fait une des villes les plus multiculturelles du pays. Du coup, il reste quelques édifices du temps des colonies qui lui donnent un charme certain.

Mais soyons honnêtes, à Malacca, j’ai pas fait grand-chose. Certes, je me suis baladée dans le Chinatown local, au milieu des édifices rouges du quartier hollandais et entre les temples hindous de Little India mais à Malacca, j’ai surtout passé du temps à essayer de ne pas trop me déshydrater sous les pales bienfaitrices de mon ventilateur… J’avais posé mon paquetage à la Jalan Jalan Guest House (à chaudement recommander) et  j’y ai rencontré des gens fort sympathiques avec lesquels j’ai joué aux cartes, papoté, bu des thés glacés, regardé tomber la pluie (oui, un peu quand même) et fait la vaisselle dans un temple sikh (ce qui arrive quand tu vas manger dans un temple sikh où, certes, le repas est gracieusement offert par la maison, mais ta vaisselle, tu crois quand même pas qu’on va te la faire). Bref, un peu de chilling out avant de reprendre l’aventure de plus belle.

Alors, après 2 jours à jouer les mollusques et un dernier laksa (clairement une des meilleures soupes de nouilles que j’ai mangées depuis 6 mois et croyez-moi, je commence à m’y connaître…), j’ai repris le bus une dernière fois pour faire mes adieux à l’Asie, direction la scintillante Singapour.

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Ké èèèèèl… pfff ! Touriste, va !

Oui. Parce qu’autant que vous le sachiez tout de suite, si vous ne voulez pas passez pour au mieux un gros provincial et au pire un touriste (ah ! mon dieu ! mais qu’est-ce que c’est que ça ? un touriste ? iiiirk ! beurk ! c’est dégoûtant !), on ne dit pas « Kuala Lumpur » mais « Ké èèèèèl ». KL, quoi !

J’ai donc pris le bus pour KL. Bon, là, clairement, fini l’Asie du sud-est avec les vieux bus sans amortisseurs où on s’entasse à 60 quand il y a 35 fauteuils avec les poules, les vélos, les cochons et les vomitos. Ici, c’est l’Asie du sud-est version « nous, on sait faire du business et on est suffisamment malins pour pas avoir fait la guerre ces 50 dernières années donc on est pleins aux as ». Du coup, j’ai droit à un bus uuuultra deluxe, climatisé, avec un fauteuil où on aurait pu s’asseoir à 2 sans forcer, dossier inclinable à 50°, appuie-tête orientable, immeeeense espace pour les pieds et le chauffeur m’a répété 2 fois que mes pelures de bananes, c’était dans la poubelle, ok ? (bah oui, banane toi-même, je vais pas m’en faire un collier !) Bref, j’ai à peine vu passer les 4 heures de trajet mais j’ai quand même pu constater que le centre de la Malaisie… c’est vide. Rien qu’une immense et dense forêt interrompue de palmiers (des plantations de palmiers à huile en fait… bouh, c’est mal !). Qui laisse la place à une forêt de tours en béton quand on arrive à KL. Mais pas trop touffue, ça va. Et puis surtout, qui dominent ladite forêt, y a les Petronas… Et ça, c’est joli quand même. Et puis les Petronas, c’est un peu à KL ce que la tour Eiffel est à Paris. Alors ok, faut aimer les grands buildings mais dans le style, y a rien à dire, elles sont classes.

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KL, c’est pas rien. Capitale de la Malaisie (enfin territoire capital de la monarchie fédérale malaisienne… bref, c’est pareil), 2 millions d’habitants, 5 lignes de métro, des temples en pagaille (confucéens, bouddhiques, hindous, si tu ne sais pas qui prier c’est que tu fais exprès), des mosquées monumentales (dont la 12ème plus grande mosquée du monde), des quartiers entiers qui poussent comme des champignons, les tours jumelles les plus hautes du monde (depuis un certain 11 septembre…) et des échangeurs routiers qui ressemblent à des manèges. Au milieu de tout ça, Chinatown et Little India. Et mon hostel dans la rue qui sépare les 2, autant dire on ne peut mieux situé (Backhome KL, on recommande même si j’ai écrasé Tata Cafard l’autre soir en allant me doucher…). Si Chinatown est le royaume du fake (« Combien de Rolex tu veux mon ami ? Allez, je te les mets dans un sac Vuitton, c’est cadeau ! ») , dans Little India, ça sent l’Indien comme dirait l’autre… Des vendeurs de fleurs qui embaument la rue de jasmin, des marmites de dal qui mijotent sur le trottoir, la musique bollywood qui claironne dès 7h le matin et des vendeurs de saree qui déchargent des camions de tissus… on s’y croirait !

Par contre, faut pas abuser, je ne peux pas me remettre à la cuisine indienne à haute dose et les stalls de street food, c’est dans les rues piétonnes de Chinatown (les Chinois sont les rois de la street food , c’est officiel). D’ailleurs, après 21h, c’est la seule partie de la ville qui reste animée (ailleurs, des rats gros comme des chats se battent dans les poubelles…).

Alors me voilà partie pour 2 jours d’exploration de cette ville… ah non, en fait. Ca fait pas 30 minutes que je suis dehors qu’un énoooorme orage éclate, les éclairs zèbrent le ciel dans tous les sens au-dessus de ma tête, le tonnerre gronde, roule et éclate entre les façades des buildings et il se met à tomber des hallebardes. En 20 minutes, la rue s’est transformée en ruisseau (y a bien 10cms d’eau) et les bus font des aquaplanings géants. Impressionnant !

Alors ? Vous voyez que je suis pas marseillaise !

Le truc rigolo c’est qu’au bout d’une heure, ça s’arrête, aussi vite que ça a commencé et tout sèche en un quart d’heure (oui, parce qu’ici, il ne neige pas si vous voyez ce que je veux dire…).

Alors ça ne m’a pas empêchée d’aller admirer les façades des vieux bâtiments coloniaux, de saluer le drapeau malaisien le plus haut du monde, d’arpenter les ruelles de Chinatown et de Little India à la recherche d’odeurs connues, de manger le meilleur melon de tous les temps, de vérifier que les 2 pointes aux sommets des Petronas sont bien des paratonnerres, de lécher ma cuillère (et mon ramequin) de mousse au chocolat, de renifler un durian (faisons les choses dans l’autre, d’abord, on renifle, ensuite on en mange… mangera… peut-être…), de laisser une tarentule approcher à moins de 10cms de ma main (on était séparées par une vitre, j’ai hyper bien géré) et de faire du lèche-vitrine chez Tiffany’s (d’ailleurs, ne cherchez pas d’idée pour mon anniversaire, j’ai trouvé).

Tout ça en m’émerveillant toujours de la diversité malaisienne, de la façon naturelle dont cohabitent ces communautés si différentes sans que ça ne pose le moindre problème. Comme quoi, c’est possible. Et ça marche plutôt bien. Oh bien sûr, je ne vis pas dans le monde des Bisounours, j’imagine  bien qu’il doit y avoir des accrochages de temps en temps mais quand même, c’est impressionnant. Et très enthousiasmant.

Alors voilà, j’ai rajouté KL sur la liste des villes-dans-lesquelles-je-pourrais-habiter et demain, je reprends le bus, direction Malacca, encore et toujours plus au sud, dernière étape malaisienne. En espérant que les foudres de Zeus ne me suivent pas (non, parce que c’est joli un orage, surtout quand on est au sec, mais tous les jours, c’est lassant).

Photos ici.