Boston, les baleines, le président et moi

En descendant le long de la côte du Maine tout en m’empiffrant de lobster rolls, je décide de m’arrêter à Portland. Et pourquoi ça me direz-vous ? Et bah d’abord parce que c’est joli et qu’en plus, je ne suis pas vraiment pressée. Après avoir revu l’itinéraire pour la 173ème fois, j’ai finalement décidé de ne pas pousser jusqu’à Philadelphie et Washington. Ça sera pour une autre fois ! Du coup, je prends mon temps.

Bon, en cette première après-midi à Portland, j’observe surtout la pluie qui ruisselle le long des murs de brique… Alors je fais ce que je sais faire de mieux : je file m’enfoncer dans les banquettes d’un Starbucks pour siroter à petites gorgées mon Grande Chai Latte… (et je commence à me demander comment je vais faire pour m’en passer dans quelques temps)

Le lendemain matin, c’est grand soleil. Bon c’est aussi dimanche matin alors on peut pas dire que la ville déborde d’animation mais ça reste sympa ce petit port de pêche. Des jolies petites rues pavées bordées de maisons en brique, non, vraiment, ça ne ressemble à rien que j’ai pu voir jusque-là.

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Et c’est sympa de constater que toutes les villes américaines ne sont pas copiées/collées. Et pour la 1000ème fois, y a rien à faire, c’est quand même mieux avec le soleil. Y a beau avoir un vent à faire valdinguer les mouettes, ça met le sourire.

Histoire d’en profiter encore un peu plus avant de rejoindre Boston, je vais faire un tour au Fort Williams Park pour admirer les vestiges dudit fort et le phare.

En poursuivant la route, je fais aussi un petit détour par Salem. Le Salem des sorcières. Dans cette petite ville sans histoires, à la fin du XVIIème siècle, des gens se mettent à agir de façon plutôt étrange. On est en pleine période coloniale, la religion tient une place plus qu’importante et long story short, ces personnes frappées d’hystérie sont accusées et reconnues coupables de sorcellerie. 19 personnes sont donc purement et simplement pendues le 22 septembre 1692. Aujourd’hui, on pense qu’une explication plausible de ce phénomène resté inexpliqué serait en fait que tous ces malheureux ont pu ingérer de l’ergot du seigle, un champignon qui attaque les céréales et contient une substance proche du LSD. Ils n’étaient pas possédés par le démon mais juste sooooo high

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Evidemment, j’ai la bonne idée de me pointer alors qu’on est le dimanche d’avant Halloween… Oui, pour nous, ça serait pas tellement un problème vu qu’Halloween, on s’en fout globalement comme de notre dernière chaussette mais ici, on rigole pas avec ça. Et comme on est dans la ville des sorcières, on rigole encore moins. Du coup, c’est blindé de monde partout, déguisé avec plus ou moins (et plutôt moins) de bon goût, le cimetière est envahi de visites guidées et y a même un parc d’attractions qui s’est installé pour l’occasion. J’arrive à naviguer entre les stands de tirs et les baraques à épis de maïs mais rapidement, je suis saoulée de monde et plutôt que de passer la nuit ici à attendre que les esprits se manifestent, je préfère continuer mon chemin jusqu’à Boston où j’arrive à la nuit tombée.

Boston, LA ville historique du pays. Enfin la ville qui a joué un rôle tout à fait particulier lors de la révolution et de la guerre d’indépendance. Et les Bostoniens ne sont pas peu fiers de leur passé. Le long des trottoirs court un ruban rouge traçant le Freedom Trail, un circuit de découverte des principaux monuments de la ville. Ça évite d’avoir le nez tout le temps dans le guide, c’est sympa. Et puis la ville en elle-même est sympa. On dit de Boston que c’est un mini-New York. C’est clair qu’on sent bien qu’on est sur la côte Est mais de là à comparer la ville à Manhattan… faut pas pousser non plus ! Mais c’est vraiment agréable, on voit le ciel, y a plein de boutiques organic (bio quoi !) et en plus, du port, on peut prendre un bateau pour aller voir les baleines. Me faites pas dire ce que j’ai pas dit mais ça pourrait en fait être presque mieux que Manhattan ! (j’rigole, y a rien de mieux sur terre que Manhattan. Et croyez moi, j’ai fait le tour…)

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En tout cas, voici donc venue l’heure de mon rendez-vous avec les baleines. Comme je l’ai déjà raconté  et , j’ai une fâcheuse tendance à faire fuir les cétacés. Mais cette fois, je suis bien décidé à ce qu’on se regarde dans le blanc des yeux ! Me voilà donc à bord du bateau de l’Aquarium de Boston à fixer l’horizon à m’en brûler les yeux. J’ai réussi à me caser à l’avant du bateau et ni le froid ni la marmaille qui braille ne me feront bouger d’un pouce. Pendant 4 heures. Enfin si. En rentrant, j’ai craqué, je sentais plus mes pieds alors je suis rentrée dans la cabine. Mais en attendant… quel spectacle !!

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Avec un total de 7 baleines à bosses différentes, la naturaliste nous explique qu’on est sacrément chanceux parce que c’est la fin de la saison et que c’est plutôt rare d’en voir autant. Bon, elles s’approchent pas trop trop près et j’ai du mal à me rendre vraiment compte de la taille totale des bestiaux mais rien qu’à la queue qui fouette l’air… pfff ! impressionnant !

Je rentre au port congelée mais ravie : enfin ! j’ai vu des baleines ! La prochaine fois, ce sera dans un plus petit bateau pour pouvoir s’approcher vraiment près…

Le lendemain, c’est journée « rhaaa… comment c’était bien d’être étudiant… ». Ouais, je sais, quand t’es étudiant et que t’entends des gens te dire que ce sont les meilleures années de ta vie, en général, tu te dis que c’est des vieux cons. M’enfin rappelle-toi, quand t’avais 15 ans, tu croyais que les gens qui en avaient 30, c’étaient des vieux cons. L’un dans l’autre… on s’y retrouve. En attendant, clairement, maintenant t’es dans la catégorie de ceux qui sont nostalgiques. Et pourquoi donc ces considérations philosophiques ? Et bah tout simplement parce qu’à Boston se trouvent 2 des plus prestigieux établissements universitaires du pays. Le MIT (Massachusetts Institute of Technology) dont sont issus rien de moins que Benyamin Netanyahou et Howard Wolowitz (oui, j’ai des références moi, môsieur…) et l’immensément prestigieuse Harvard avec son festival d’anciens présidents, de prix Nobel et accessoirement Marc Zuckerberg. Et les 2 campus se visitent. Gratuitement. Accompagné d’étudiants. Ce qui rend en fait la visite particulièrement intéressante puisque du coup, on a un peu l’impression d’y être soi-même étudiant pendant 1 heure ou 2. Oui, 1 heure ou 2 parce que si tu veux rester plus longtemps et connaître l’immense privilège de profiter des infrastructures de malade (non mais vraiment de malade) ou simplement te faire un bon bizutage d’une fraternité quelconque, va falloir casquer près de 100 000 dollars l’année… Ouais. Ça refroidit. Et ça pose la question de l’accès à l’enseignement. Comme quoi, en France, on râle mais quand même, le système n’est pas si mauvais…

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Après cette petite journée revival où je me suis dit que malgré tout, l’expérience universitaire aux Etats-Unis, ça n’a rien à voir (mais alors rien de chez rien) avec ce qu’il y a chez nous, j’avais prévu de reprendre la route. Mais le destin en a décidé autrement. En lisant les gros titres de Métro dans le métro (oui, ils ont aussi Métro aux US), j’apprends que le lendemain, l’ami Barack vient justement à Boston faire un petit discours pour défendre l’Obamacare. Comme j’ai pas encore eu le temps de goûter la clam chowder du coin, je décide donc de rester une journée supplémentaire. Evidemment, ce jour-là, il pleut.

Le discours n’étant qu’en fin de journée, je vais d’abord traîner sur les quais où sont amarrés des bateaux de la Marine. Un très très vieux, l’USS Constitution, très joli avec tous ses haubans, ses canons et ses petits hamacs qu’on se dit qu’on n’aurait pas aimé d’être un marin ayant le mal de mer dans ces conditions, et un beaucoup plus récent, tout gris et assez moche (comme ceux qu’on voit à Toulon quoi !) et où j’arrive à me faire choper parce que je me retrouve dans un coin où y a pas le droit d’aller. En même temps, c’est pas de ma faute, y a quelqu’un qui n’a pas remis la chaîne…

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Pendant ce temps, autour du Quincy Market, on sent qu’il va se passer un truc important.

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J’arrive un peu à la dernière minute et y a plein de monde partout mais ça ne m’empêche pas de jouer des pieds et des coudes pour me frayer un chemin jusqu’aux barrières de sécurité pour apercevoir l’Homme-qui-dirige-le-monde. Bon, évidemment, grosse déception. D’abord la police a bouclé tout le quartier et il est impossible d’approcher l’entrée du bâtiment dans lequel le président s’exprime. N’est admis qu’une liste d’invités triés sur le volet. Le reste des curieux (dont votre serviteuse bien évidemment) est parqué à l’arrière du bâtiment dans l’espoir de l’apercevoir à la sortie. Mais comme il ressort par là où il est entré, bah… on ne voit rien du tout. Bon, j’ai quand même réussi à l’apercevoir à travers les vitres teintées de sa grosse voiture mais en fait… il est comme à la télé. Sauf qu’à la télé, tu le vois en plus grand.

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En général, tu vois pas non plus les pancartes des anti-Obama qui réclament que son prix Nobel soit donné plutôt à Poutine… Ah, ces Américains…

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Après toutes ces émotions, j’ai fini ma journée en tutu. Je suis allée voir La Bayadère, un ballet par le Boston Ballet. Alors autant chez nous (en France je veux dire), aller voir un ballet, c’est un peu un truc classe, autant ici, tu peux arriver dans la salle avec un gobelet de bière dans chaque main (acheté 1 millier de dollars au bar quand même), ça gène personne. En tout cas, heureusement qu’il y avait l’histoire imprimée dans les programmes parce que sinon, je suis pas sûre que j’aurais tout compris… Mais les danseurs étaient vraiment bons. Les solistes en tout cas. Parce que je suis toujours un peu déçue du corps de ballet aux Etats-Unis (oui, je sais, j’me la raconte grave, c’est pas la première fois que je vais voir un ballet et pas la première fois non plus aux Etats-Unis mais là n’est pas la question). Ils manquent de synchronisation. Ça fait un peu brouillon. Mais à part ça, c’était plutôt chouette.

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Et c’est donc sur cette note élégante et raffinée (hormis les effluves de bière…) que j’ai achevé mon séjour bostonien. Demain, Flipper et moi, on se prend pour les Kennedy, on file à Cape Cod.

Photos ici.

Savoir s’incliner avec grâce…

Voilà.

Je voulais juste dire un immense merci aux irréductibles qui ont frénétiquement voté pour le blog ces dernières semaines mais malheureusement, il semblerait qu’il existe d’autres acharnés du clic et que nous ayons été battus… AL autour du monde n’est pas sélectionné pour la finale des Golden Blog Awards

Clairement, gagner un concours n’est pas la raison d’être de tout ce babillage virtuel. Ça aurait été rigolo mais ça ne m’empêchera pas de continuer à vous raconter comment ça se passe, ici, là-bas, ailleurs.

Bonne chance aux finalistes et reprenons la route.

Vous reprendrez bien un peu de ceviche ?

Parce que je me doute que certains se disent qu’en ce moment, j’en fous pas une (et on pourrait presque dire qu’ils n’ont pas complètement tort…), je vous propose qu’on se reprenne une petite lichette péruvienne.
Et oui, je sais, normalement, je vous fais un bilan tout bien tout joli mais je suis une grosse feignasse finalement, c’est aussi bien comme ça.
Vamonos a Peru chicos !!

Tous les Acadiens, toutes les Acadienn-euh !

Honnêtement, je ne connais même pas cette chanson ! Mais depuis ma rencontre avec le petit papi de Lafayette (souvenez-vous, c’était ), je me dis que si tous les gens y sont aussi gentils, ça ne peut qu’être fantastique. La promesse des couleurs éblouissantes des feuilles d’automne n’est pas non plus complètement étrangère à mon enthousiasme.

Mais avant de mettre le pied en Acadie, faut déjà y aller. Et de Montréal, c’est pas complètement la porte à côté. D’abord, faut repasser la frontière…

– Bonjour Monsieur !
– Bonjour Mademoiselle ! Oh dites donc ! Il est sympa votre van ! C’est vous qui l’avez peint ?
– Ah non, c’est une location, j’ai pas choisi le design mais je l’aime bien !
– Ah ouais, il est cool. C’est un camper ? Vous pouvez dormir dedans ?
– Ouais, ouais, y a même un évier et un frigo, c’est super bien.
– Ah ouais super ! J’en ai jamais vu un comme ça avant !

(NDLR : le poste frontière se situe dans le Vermont au milieu de… rien, doit y avoir une voiture toutes les 6 heures…)

– Bon, allez, donnez-moi vos papiers. Vous venez faire quoi aux Etats-Unis ?
– Bah, je finis mon voyage, je dois rendre mon van dans 2 semaines à New York.

Il feuillette les pages de mon passeport.

– Bah dites donc ! Vous en avez des tampons là-dedans ! Vous voyagez beaucoup ?
– Bah cette année oui. Je suis en voyage depuis plus d’un an, vous êtes ma dernière frontière. Après ça, je rentre à la maison.
– Ah bon ? Et vous rentrez quand ?

– Bah le 18 décembre. Et justement…
– Ah oui, je vois. Votre visa ne sera plus valide, il vous en faut un nouveau.
– Oui ! Exactement !
– Pas de problème. Garez-vous là, je vous rapporte vos papiers.

Je souris de toutes mes dents, je fais ce qu’on me dit (si, ça m’arrive) et j’attends. Quelques minutes plus tard, mon nouveau copain revient.

– Bon, y a un petit problème.
– Ah bon ? Qu’est-ce qu’il y a ?
– Bah en fait, je peux pas vous donner un nouveau visa parce que ça reviendrait à prolonger l’ancien et ça, c’est interdit.
– Oh… mais comment je vais faire alors ?
– Bah, ce que vous pouvez faire c’est attendre la fin de votre visa, revenir au Canada puis repasser dans l’autre sens. De cette façon, vous aurez un nouveau visa.
– Vous êtes sûr ?
– Oui oui. Y aura pas de problème. Mais là, je peux pas vous en donner un nouveau.
– Mais… c’est que ça m’arrange pas parce que je dois rendre le van le 6 et mon visa expire le 8 et…
– Je comprends bien mais je n’y peux rien, c’est comme ça.
– Bon… bah, merci quand même.
– Bon voyage ! Et… drive safely !

Bon, me revoilà donc aux Etats-Unis mais avec l’obligation d’en ressortir le 8 novembre. Le coup du tour de poteau au Canada pour récupérer un nouveau visa me semble louche tout de même. Mais d’un autre côté, j’ai pas vraiment le choix. J’ai passé toutes les autres frontières sans encombre et il est hors de question de rentrer en France plus tôt que prévu ! Me v’là donc bonne pour acheter un aller-retour New York / Montréal pour dans quelques jours. Quand je disais que je reviendrais à Montréal, je pensais pas si tôt ! Et en plus, va falloir chouiner à la frontière pour qu’on me laisse rerentrer, chouette programme en perspective…

Après une étude de marché approfondie sur le moyen de faire mon petit aller-retour au meilleur rapport qualité-prix, je décide donc d’acheter un ticket de bus, départ le 8 novembre de New York, retour le 9 novembre. C’est qu’entre-temps, j’ai versé un acompte pour la location de mon refuge in the city et qu’il commence à être temps d’arrêter de jeter l’argent par les fenêtres…

Une fois ces petits problèmes logistiques réglés, je reprends donc la route et après le Vermont, Fipper et moi découvrons le Maine… C’est… boisé, dirons-nous ! Les feuilles mortes se ramassent à la pelle (sur les trottoirs du boulevard La Chapelle, oui, chacun ses références…) et le soleil danse dans ce qu’il reste des branches dénudées. Ne serait l’ombre planante de ma potentielle expulsion vers la France, avec Flipper, on sautillerait presque d’émerveillement…

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En fin de journée, on arrive enfin à Ellsworth, la dernière ville avant d’entrer dans le Acadia National Park. Il est tard, il faut que je me connecte à internet pour cette histoire de visa, je décide donc qu’on passera la nuit sur le parking d’un McDo.

Au beau milieu de la nuit (si, 3h du matin, c’est carrément le milieu de la nuit), on frappe violemment à ma portière. Ah bah tiens ! ça faisait longtemps ! La puissance de la lampe torche qui essaye de deviner ce qui se cache derrière mes rideaux me laisse deviner qu’il s’agit bien d’un shérif de passage… Je ne bouge pas, je respire à peine, j’attends… Le shérif fait le tour de Flipper, frappe encore au carreau mais ne dit rien. Bon. S’il ne parle pas, je ne vais pas lui parler non plus, je me dis. Mais c’est là qu’il se met à essayer d’ouvrir mes portières. Et évidemment… j’ai oublié d’en fermer une. Au moment où la portière s’ouvre, je hurle. Quoi ? Et si jamais c’était pas un shérif ? Bon, en l’occurrence, c’en est bien un. Un peu surpris par mes vociférations. « What’s wrong ? » que je lui aboie dessus. « You’re trespassing Miss. You’re on a private property, you don’t have the right to park here. » Je change alors subitement de tactique (déstabilisation de l’adversaire) et je fais celle qui parle pas trop anglais et qu’a rien compris. « What ? Sorry, I’m french, I didn’t understand what you just said. Anyway, I asked them if I could stay here and they said yes ! » Ah oui, par-dessus le marché, je rajoute un beau mensonge. Mais balancé avec les paupières encore un peu collées, ça passe. Bon, le shérif se radoucit, il m’explique que si quelqu’un est garé sur la parking, normalement, quand le premier employé arrivera, il devra appeler les flics par souci de sécurité mais bon, là, vu que j’ai demandé la permission (hum, hum…), il vérifie mes papiers et on convient que je peux rester là. En fait, qu’ON peut rester là. Parce que comme je vois bien qu’il ne s’en va pas, je finis par réaliser que le shérif va passer le reste de la nuit dans sa voiture, à côté de Flipper en attendant le premier employé du McDo. Apparemment, dans le coin, il se passe pas grand-chose la nuit… Moi, je retourne sous mes couvertures et j’essaye de retrouver le fil de mes rêves.

Les 3 jours suivants, je me balade donc dans le Acadia National Park. Encore une fois, on est un peu hors saison, y a pas grand-monde et je peux profiter de l’océan Atlantique presque pour moi toute seule. Y a plein de sentiers, des points de vue, des écureuils, des petits oiseaux et de délicieux lobster rolls au village. Quand on peut se retrouver la bouche pleine de homards pour moins de 10 dollars, on dit rien, on mastique.

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3 jours, c’est vrai, c’est un peu long. Mais il faisait beau, j’ai fait ma feignasse et j’ai failli saigner Flipper à blanc. Un matin, après avoir passé la nuit à enchaîner les épisodes de la saison 5 de Breaking Bad (j’ai peut-être pas la télé mais ça ne m’oblige pas à être coupé du monde pour autant…), la batterie de Flipper a fait… pschitt ! A peine pschitt d’ailleurs… J’ai donc pris mon air le plus aimable et suis allée demander de l’aide au magasin d’à côté où un très gentil monsieur est venu avec tous ses câbles ressusciter mon Flipper. Et après avoir remercié le bon samaritain, on a repris la route. Cap au Sud moussaillon !

Photos ici.

Montréal

Nom d’un bébé caribou, me v’là arrivée dans le seul endroit pendant ce long voyage où les autochtones parlent français. Enfin français… Québécoué plutôt ! Mon Dieu cet accent… ! Moi je n’arrive pas à ne pas rigoler. Comment est-il possible de s’engueuler quand on parle comme ça !!??

Cela étant dit, heureusement qu’ils ont cet accent qui réchauffent le cœur parce que côté météo, j’arrive sous un beau petit crachin bien froid qui mouille…

La capuche rabattue jusqu’aux yeux, j’entame mon exploration de Montréal par un petit tour au marché Jean Talon. S’il y en a un qu’il ne faut pas louper, c’est celui-là m’a-t-on dit. Mouais. Bah alors soit il était encore trop tôt, soit c’était à cause des travaux mais y avait à peine une vingtaine de marchands de citrouilles et franchement, pas une ambiance de malade…

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Mais heureusement, les Québécois, ils ont non seulement ce parler incroyable mais encore un solide sens de l’humour. Dans la rue, je tombe fréquemment en arrêt devant ce genre de panneaux.

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A part ça, Montréal, comme dirait quelqu’un que je connais, c’est plus une ville qui se vit qu’une ville qui se visite. Comprenez qu’il n’y a pas de quoi occuper follement le touriste mais que la bonne chère et les bars sympas y pullulent. Et comme vous le savez, dans ce domaine, y a pas besoin de me forcer la main… J’enchaîne donc le sandwich à la viande fumée, la crêpe au gruyère et le brownie au chocolat et je décrète dans la foulée que cette ville a du potentiel.

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Heureusement, dans la journée, les nuages finissent par laisser place au soleil et me laissent déambuler dans le quartier Latin et le Vieux Montréal le nez en l’air et les cheveux au vent. Parce que les nuages ne se sont pas évaporés, non. Y a plutôt un mistral force 17 qui les a virés fissa. Même les mouettes le long du Saint-Laurent ont du mal à garder le cap.

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Je me retrouve donc avec une impression contrastée. Montréal ? Mouais. C’est sûrement très sympa et sûrement en grande partie grâce aux Montréalais mais finalement, je n’ai pas plus envie que ça de m’y attarder. Ça doit valoir le coût en hiver, quand la neige recouvre la ville, qu’on peut faire du patin sur le fleuve et boire du cidre chaud.

C’est décidé, je reviendrai à Montréal… (air connu)

Photos ici.

Ottawa

Pour ma première soirée dans la capitale canadienne, je me rends en centre-ville. Erreur. Je me suis visiblement mal renseignée, par ici, tout est mort. Il est 20h et même les restos sont fermés. Pourtant, on est samedi soir ! C’est bizarre… Bon, on verra demain, en attendant, je vais au cinéma m’imaginer aux prises avec des pirates le long des côtes somaliennes.

Le lendemain matin, je comprends mieux pourquoi dans ce coin, y a personne. En fait, je suis dans le quartier des bureaux. Et le samedi soir, dans les bureaux, y a pas grand-monde en règle générale… Pour une fois, le soleil brille et je pars donc me balader. Très vite, je sors mon bonnet et mes gants : c’est que c’est bientôt l’hiver, nom d’un caribou !

Alors, il faut le dire, Ottawa, c’est bien gentil, mais y a pas grand-chose à y voir. Enfin si. Y a plein de musées. Mais je suis rassasiée des musées, merci, je préfère le grand air. Je visite quand même la colline du Parlement, une collinette sur laquelle sont perchés tous les bâtiments du gouvernement canadien. Et au milieu de tout ça, la plus belle bibliothèque du monde. Qu’on en aurait presqu’envie de devenir un sénateur canadien dites donc !

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Puis je sautille sur les écluses du canal Rideau et je file au marché. Bah oui, nourrissons le corps à défaut de l’esprit. Les cookies Obama, du fromage, des saucisses, des soupes de nouilles, de la choucroute… je ne sais plus où donner de la langue tête. Et en plus, c’est l’Oktoberfest, y a des types en culottes de cuir qui dansent en se tapant les cuisses… quel spectacle !

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Je passe le reste de l’après-midi à faire du lèche-vitrine et à profiter du soleil. Et puis je retourne retrouver Flipper et on va se cacher pour la nuit. Demain, on va à Montréal.

Photos ici.

Les Thousand Islands

Avant de rejoindre la capitale canadienne, je traînasse le long du lac Ontario et du fleuve Saint-Laurent. Oui, le même Saint-Laurent dans lequel frétillent des baleines. Sauf que là, on n’est quand même vraiment trop loin de la mer pour que les baleines passent dans le coin.

Y a donc pas de baleines mais des îles. Tout plein d’îles même. Tellement, qu’on appelle cette région les Thousand Islands. C’est la campagne, y a des champs, le fleuve, des herbes folles et les fameuses îles. Et tu n’as pas le droit de rouler à plus de 60km/h ce qui est parfait pour admirer le paysage et puis de toute façon, je ne suis pas pressée.

Moi non, mais ceux qui roulent derrière moi, visiblement, oui. Je me serre à droite pour qu’ils puissent me doubler mais personne ne double. Je finis par m’arrêter sur le bas-côté pour prendre des photos, les petits pressés poursuivent leur chemin et v’là-t’y pas qu’au loin, apparaît un stroboscope bleu et rouge.

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Je suis sur le point de remonter dans Flipper et de reprendre ma route quand le susmentionné stroboscope vient se garer juste derrière moi. A moins que lui aussi veuille faire des photos du paysage, je pense plutôt qu’il est là pour me parler. Je baisse donc obligeamment ma fenêtre et me colle un grand sourire sur le visage.

– Bonjour Mademoiselle. Comment allez-vous aujourd’hui ?
– Euh… bah bien. Y a un problème M’sieur l’agent ?
– En effet. Nous avons reçu une plainte parce que vous rouliez très lentement et sur le côté de la route. Avez-vous consommé de l’alcool ?
– Euh… non. Il est 10h du matin vous savez… Mais je croyais que la vitesse était limitée à 60, non ?
– Ah non, pas ici. Depuis le virage là-bas, vous pouvez rouler à 80.
– Ah désolée, je n’ai pas vu le panneau, je regardais le paysage.
– Ah oui ? Vous êtes touriste ?

S’ensuit une charmante discussion sur la région, le fait que ce soit complètement dingue que j’ai fait toute la route depuis la Californie et blablabla…

– Mais… pourquoi rouliez-vous sur le côté de la route ?
– Bah je voulais les laisser me doubler en fait…
– Ah… je comprends. Bon c’est pas bien grave. Je vais quand même vérifier vos papiers mais vous inquiétez pas, tout va bien.

Et pendant que Monsieur le Shérif va checker mon passeport, je réalise qu’en fait, sur les 800 derniers mètres (parce que le dernier virage n’est pas plus loin que ça), un des imbéciles qui me suivaient n’a rien trouvé de mieux à faire que d’appeler les flics pour dire que je ne roulais pas assez vite… Moi ! Pas assez vite ! Quand on sait le nombre de fois où je me suis fait arrêter dans ce pays parce que je roulais trop vite, c’en est risible… Enfin bref, Monsieur le Shérif me rend mes papiers, me conseille d’aller manger des chocolats, me souhaite un bon voyage et je reprends ma route. A 80km/h.

Un peu plus loin, j’atterris dans un parc où les trois-quarts des sentiers sont fermés (on est hors saison, hein, maintenant, c’est clair…) mais où on peut encore aller se perdre dans les dunes. C’est joli et y a des drôles de chenilles toutes poilues qui traversent la route.

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Et puis je continue ma route et je finis par arriver à Kingston, une charmante petite ville qui héberge le dernier collège militaire du pays mais également pas moins de 7 pénitenciers dont plusieurs de haute sécurité. En plein milieu de la ville. Rassurant. Du coup, ils ont un musée, le musée pénitentiaire du Canada, où on trouve de tout : des instruments de torture, des uniformes de gardiens, des énooooormes clés, des trucs rigolos qui ont été confisqués dans les cellules des détenus comme un arc et des flèches (pas vraiment pour jouer) ou un poignard fait avec un double-décimètre (j’ai toujours su que ce truc-là était dangereux…) et même des tentatives improbables d’évasions comme ce type qui s’est caché dans une pile de plateaux de cantine sales qui étaient envoyés ailleurs pour être lavés.

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Et puis, finalement, j’ai décidé de passer la nuit là. C’est pas tous les jours qu’on peut dormir à côté du plus grand nombre de détenus du pays ! Et en plus, y a un resto qui fait de monstrueux et délicieux burgers, difficile de ne pas se laisser tenter.

Le lendemain matin, après un petit tour au marché où l’on trouve désormais des citrouilles de toutes les tailles en quantité hallucinante, j’ai quitté mes prisons préférées (je crois qu’il ne faut pas y passer plus de temps que nécessaire…) et j’ai continué à suivre le Saint-Laurent. Parfois, sur les îles, y a des maisons. Juste comme ça, posées au milieu du fleuve. Et parfois, l’île est à peine plus grande que la maison. Alors y a un petit ponton, une petite barque et en général, une voiture sur la berge. T’as pas intérêt à avoir oublié le beurre…

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En fin d’après-midi, je suis arrivée à Ottawa. Et ça a beau être la mousson à l’extérieur, je suis allée prendre une douche à la piscine en intérieur.

Photos ici.

Mon voisin Totoronto

Pour ne rien changer à notre méthode qui gagne, Flipper et moi, on a décidé d’établir notre camp de base autour d’une station de métro. Un peu éloignée du centre-ville, certes, mais avec une connexion internet gratuite un Starbucks, un nail spa et des trottoirs pour se garer partout. Seulement, ici, faut être drôlement vigilant. Parce que tu peux te garer partout mais pas tout le temps. Pour t’expliquer ça, y a des petits panneaux comme ça.

Ah ouais… quand même ! Petite explication de texte : ici, à gauche du poteau, si tu fais une livraison, tu ne peux pas te garer entre 7h et 14h et de 14h à 7h, tu peux mais seulement 5 minutes. Si tu es un conducteur lambda, tu n’as pas le droit de te garer de 2h à 7h (typiquement, si tu penses passer la nuit là, c’est mort). Et à droite du poteau, t’as pas le droit de te garer du tout. Jamais. Et croyez-moi, y en a qui sont encore plus compliqués. Soyons honnêtes, ça nécessite un certain temps de réflexion avant que t’enclenches ta marche arrière pour faire ton créneau.

Malgré tout, je finis par nous dégoter une petite place d’où l’on ne risque pas de me faire dégager en plein milieu de la nuit et je m’endors.

Le lendemain matin, je me réveille en sursaut. Les freins d’un bus viennent de hurler à 30cms de mes oreilles. Tout va bien, tout est normal, le bus s’arrête juste au feu rouge à côté. Après avoir avalé un grande chai latte (ma nouvelle drogue), je laisse Flipper le long d’un autre trottoir où il ne risque rien et je pars à l’assaut de la ville.

Pourtant, il fait pas un temps à se balader le nez en l’air : il fait gris, il fait froid, y a du vent et la pluie ne tarde pas être de la partie. Et pas un petit crachin breton… non, non, une bonne grosse pluie de mousson, de celles qui t’obligent à rester sous un hall d’immeuble pendant que la gardienne te jette des regards en coin. Du coup, je fais ce que je sais faire de mieux : je me réfugie au marché et je teste les spécialités locales.

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Une fois la mousson passée (bah oui, comme toute mousson, ça ne dure pas toute la journée), j’ai repris ma balade et j’ai déambulé dans les ruelles du Distillerie District, une immeeeeense brasserie reconvertie en boutiques bobos et restos branchés et comme les nuages ont même laissé passer un petit rayon de soleil, j’ai grimpé en haut de la CN Tower pour aller voir à quoi tout ça ressemblait vu d’en haut.

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Et après la vue d’en haut, j’ai pris le ferry pour les Toronto Islands. Oui, y a des petites îles sur le lac Ontario, ça s’appelle les Toronto Islands. En été, c’est sympa, tu peux louer un vélo et en plus, c’est tout plat. En hiver, ou en automne plutôt, bah… y a franchement pas grand-chose à y faire. Mais peu importe puisque moi, je ne suis pas même descendue du ferry (je ne suis même pas sûre d’avoir tourné la tête côté Islands), je n’étais là que pour la vue. Celle-là.

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Après un beau coucher de soleil comme seuls les ciels nuageux savent en donner, j’ai fini cette journée en beauté et en musique en allant à l’opéra. Avec ma veste bleu fluo et mes gros godillots, j’avais un style certain au milieu des robes de soirée et souliers vernis…

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Le lendemain matin, j’ai commencé par me rendre au centre administratif. Parce qu’avec tous ces panneaux, j’ai bien fini par me faire avoir et j’avais une amende à payer…

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Et puis les contrariétés, ça donne faim alors je suis allée avaler une assiette entière de raviolis chinois puis un plateau de fromages… Parce que c’est ça qui est bien quand on est dans un pays à moitié francophone, on peut manger de la fourme d’Ambert sans passer pour la dernière des barbares. Et juste avant que mon estomac n’explose, j’ai encore réussi à y caser un petit cannelé…

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A petits pas (c’était ça ou rouler d’un trottoir à l’autre), je suis ensuite allée visiter le Parlement de l’Ontario (puisque Toronto est la capitale de l’Ontario) où tout fonctionne à peu près comme aux Etats-Unis et où quand tu veux aller au bureau 187, on te dit d’aller demander au bureau 186…

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Et puis, ça ne pouvait pas durer éternellement alors la mousson est revenue. J’en ai profité pour me réfugier au Bata Shoe Museum (oui, du nom de la marque de chaussures, c’est on ne peut plus approprié). J’y ai admiré des paires de pompes de tous âges et de tous styles et même des que je pensais même pas que ça pouvait exister.

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Oui madame ! Des chaussons pour vaches ! Parce que les vaches, c’est bien connu, ça n’aime pas avoir les pieds mouillés…

Et comme décidément la mousson ne voulait pas s’arrêter, j’ai fini par aller retrouver Flipper.

Et le lendemain matin, je me suis encore réveillée en sursaut. A cause d’un chasse-neige. Enfin plutôt à cause du bip-bip que fait le chasse-neige. Et puis, j’ai réalisé que vu qu’il n’y avait pas de neige, ça ne pouvait pas être un chasse-neige. Non, non, c’était… la remorqueuse qui était en train d’enlever Flipper !! Pas le temps de réfléchir, je saute dans mes chaussures et je descends sur le trottoir.

– Euh… bonjour Monsieur. Qu’est-ce que vous faites là exactement ?
– Ah bah là ma p’tite dame, j’enlève ce van qui est garé là où il ne devrait pas.
– Non mais c’est mon van, je vais le déplacer, pas la peine de vous donner tout ce mal.
– Bah allez voir avec la dame là-bas, c’est elle qui décide.

La dame là-bas, c’est la police…

– Euh… bonjour Madame. C’est mon van là. Je vais le déplacer, pas de problème vous savez.
– Ah bon ? Ah, bah… OK alors. Mais vous gardez quand même l’amende parce que vous ne deviez pas être garée là.
– Oui, oui. Pas de problème. Désolée…

Et là, je lève le nez et dans la foultitude de panneaux où on ne comprend rien, y en a un qui dit que le vendredi matin, faut pas se garer entre 7h et 9h. On est vendredi et il est 7h23…

Le remorqueur enlève les fers de Flipper et on s’enfuit. Pfiou ! On n’est pas passés loin ! Pour un peu, je me réveillais en train de rouler à l’arrière de la remorqueuse. T’imagines la tête du gars à la fourrière quand il m’aurait vu sortir du van…

En attendant, je suis fort contrariée, je dois retourner payer mon amende et ce coup-ci, je suis bonne pour 60 dollars… Mais bon, c’est toujours moins pire que de se retrouver à la fourrière ! Alors à l’ouverture du centre administratif, je suis déjà devant la porte. Et là, le miracle se produit. Madame la policière n’a pas encore transmis l’amende que je dois payer alors elle est purement et simplement annulée… Hourrah !

Du coup, c’est de fort bonne humeur que je reprends la route. Et oui, Toronto, c’est fini, direction Ottawa maintenant.

Photos ici.

Les chutes du Niagara

Je serais bien restée une journée de plus à Chicago. Et pas seulement parce que j’en ai perdu toutes mes photos. Non, plutôt parce que la ville est vraiment chouette, grande mais pas trop, animée, avec de beaux buildings, un front de mer (enfin, de lac en l’occurrence mais le lac est si grand qu’on peut tout à fait croire que c’est la mer), des tas de bons restos, de jolis parcs, des statues rigolotes, un métro aérien qui passe sur des ponts comme la ligne 6, bref… elle mériterait une exploration digne de ce nom. Sauf que le temps défile, les miles passent et le programme est encore chargé.

Ah oui. Je vous ai pas dit mais depuis près de 2 semaines, je passe des heures carrées à essayer de me trouver un appart à New York. Meublé, pas cher, bien situé et dont la déco me plaise évidemment. Enfin ça, c’étaient les critères au début. Parce que plus le temps passe et moins je deviens sélective… Pour vous dire, j’en suis à ne même plus me soucier qu’il soit à Manhattan ! Comment ça New York ne se réduit pas à Manhattan ? Non mais vous croyez quand même pas que je vais accepter de me retrouver à Staten Island ou pire, dans le New Jersey, non plus ?!! On pourrait croire que vu l’offre pléthorique, rien ne devrait être plus simple. Ben détrompez-vous mes p’tits potes ! Entre les arnaques repérables à 100 miles, les enf*** qui ne répondent jamais aux mails, ceux qui répondent pour dire que ah, non, désolé, l’appart n’est pas dispo à ces dates (alors qu’il est indiqué qu’il l’est sur le site internet, évidemment, sinon j’aurais pas demandé, pfff…) et ceux dont les commentaires des précédents locataires font froid dans le dos… ça a probablement été un des hébergements les plus difficiles à trouver de tout le voyage !

Mais heureusement, ça y est, le miracle s’est produit, j’ai dégoté la perle rare : un petit studio tout pimpant en plein cœur de l’East Village et dont le loyer rentre parfaitement dans mon budget. A propos, pour ceux qui se poseraient la question, j’ai pas fait mon budget cette année… je l’ai grandement explosé on pourrait même dire. Mais je ne m’étendrai pas sur la question, j’y reviendrai quand tout sera terminé et que sonnera l’heure des bilans. En attendant, dans quelques semaines, je pourrai dire « J’habite ici. » en regardant la Liberty Statue droit dans les yeux. Et ça, ça n’a pas de prix.

Tout ça, c’est bien joli mais je n’aurai les clés de mon palace newyorkais que le 6 novembre prochain. Et Flipper expire le 29 octobre. Entre les 2, y a une petite semaine de battement dont je ne sais pas trop quoi faire. Alors je réfléchis un peu (3 secondes, à peu près) et je décide de prolonger mon partenariat avec Flipper quelques jours de plus. C’est qu’on s’entend bien lui et moi. On s’attache facilement à ces p’tites bêtes-là…

Sauf que tout ça finit par se régler alors que j’ai déjà quitté Chicago. Tant pis, profitons du soleil qui m’oblige à ne conduire que d’un œil et laissons le bitume s’engouffrer sous les roues de Flipper. La destination du jour se trouve de l’autre côté de la frontière. Ce soir, on dormira à Niagara Falls. Mais pour y arriver, faut encore traverser tout un tas d’états (l’Illinois, le Michigan), faire un petit détour par Détroit pour voir à quoi ressemble la ville la plus endettée du pays et se prendre pour Eminem l’espace de 4 secondes (le temps qu’il faut pour faire le tour du panneau 8 Mile), faire la queue pour passer la frontière et avaler encore un bon paquet de kilomètres jusqu’à atteindre le Graal. Evidemment, quand on arrive, il est 22h passées et il fait nuit noire. Pourtant, la ville est étrangement morte. Personne dans les rues, pas un néon, rien… Pour une ville réputée ultra touristique, c’est plutôt bizarre. Bon, de toute façon, On s’enfonce dans des petites ruelles, on se camoufle entre 2 voitures et hop ! on tire le rideau pour la nuit.

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Le lendemain matin, je prends mon petit déj à la laverie histoire de ne pas perdre de temps et une fois que j’ai fini de me battre avec ma couette, je pars enfin à la recherche du point de vue. Celui où j’aurai le souffle coupé. En fait, la veille, je suis arrivée par le nord de la ville et comme les chutes sont au sud, c’était un peu normal qu’il n’y ait personne. Parce que dès que je m’approche de la rivière, mon village fantôme se transforme en mini Vegas. Atroce. Des hôtels immenses avec des néons qui clignotent de partout, des centres commerciaux, des restos de chaînes qui s’alignent les uns à côté des autres… beuark ! Et évidemment, pas moyen de se garer au milieu de tout ça. Enfin si. Si t’as l’intention de dépenser 15 à 20 dollars pour une place dans un parking « public », y a aucun problème. Sinon, t’es bon pour aller te garer à 4 kilomètres et revenir en marchant. Alors que je tournicote dans l’espoir vain de trouver une faille dans le système, soudain… je les vois ! Là, comme ça, même Flipper les voit ! Y a la route, le trottoir, un vague parapet et… là, elles sont juste là !

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Et franchement, on a beau eu me dire que c’étaient pas les plus belles chutes du monde, en ce qui me concerne, je trouve quand même ça vachement impressionnant. C’est vrai qu’elles sont pas très hautes mais la rivière est vachement large ! Et ça fait un bruit d’enfer en tombant ! On se rend bien compte que le débit est sacrément élevé. D’ailleurs, en tombant, l’eau fait plein de gouttelettes et ça remonte jusqu’en haut et ça bruine même sur Flipper encore plus haut. Alors OK, il fait gris, il pleut et le cadre est vraiment moche mais… wouah… y a des fois, la nature fait du bon boulot quand même…

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Et puis je comprends pourquoi tout le monde te dit de venir côté canadien plutôt que côté américain. En fait, les chutes sont en forme de fer à cheval et côté américain, bah… tu vois pas le fer à cheval. Le truc bien, c’est qu’un peu plus loin sur la rivière, y a un pont et tu peux passer d’un côté à l’autre hyper facilement. A condition d’avoir ton passeport en règle. Alors je sais pas si c’est la trouille qu’on m’explique que je peux pas avoir de nouveau visa US (oui, je reviendrai aussi plus tard sur mes petits tracas administratifs…) ou juste parce que je me suis repue les yeux de ce que je voyais côté canadien mais je ne suis pas passée de l’autre côté. A force de patience, le soleil a même fini par faire une apparition. Et c’était beau.

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Mais quand même, on peut pas regarder de l’eau tomber toute la journée. Déjà, à force, ça donne envie de faire pipi et puis, on finit par être trempés (non, pas parce qu’on a fait pipi, juste parce que les embruns des chutes, c’est pas du pipi de chat !). Bref, y a la possibilité de faire quelques attractions attrape-couillons (un petit tour en bateau au plus près des chutes, passer derrière les chutes, aller voir un film en 3D qui explique comment les chutes ont évolué depuis un millier d’années) le tout pour une somme relativement indécente.  Y a aussi un petit musée rigolo qui recense toutes les tentatives de franchissement des chutes. Je veux dire, tous les gens qui se sont lancés dans la rivière depuis le haut de la falaise et qui ont espéré arriver en bas vivants.

Là encore, j’ai été poursuivie par un souvenir d’enfance. Je devais avoir 10 ans. Mes parents m’avaient emmenée à la Géode et sur cet écran géant, j’avais vu un film qui racontait l’histoire de Annie Taylor, cette institutrice de 63 ans qui fut la première à franchir les chutes enfermée dans un tonneau. Elle avait pris avec elle un petit chaton noir. Quand elle est ressortie (vivante), le petit chaton était blanc. Et bah, dans ce musée, y a le tonneau d’Annie. Et toutes les autres embarcations totalement farfelues qu’une poignée de cinglés ont construites pour défrayer la chronique. Tout le monde n’a pas eu la chance d’Annie, tout le monde n’en est pas sorti indemne. Au bout d’un moment (et d’un certain nombre de morts), les autorités ont fini par déclarer qu’il était illégal de tenter de franchir les chutes.

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Bref, après avoir regardé un sacré paquet de baignoires se remplir (au rythme d’un million par minute, ça fait vraiment un sacré paquet), j’ai fini par quitter la ville. Je suis allée un peu plus loin, à Niagara-on-the-Lake. Là, changement d’ambiance radical. Des propriétés immenses, des vignobles à perte de vue, de jolies boutiques en briquettes, des galeries d’arts et des antiquaires… un autre monde ! J’ai donc fait un peu de lèche-vitrine et j’ai presque même bien failli lécher la vitrine pour de vrai.

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Et puis, comme c’est pas le genre d’endroit où Flipper passe tout à fait inaperçu, j’ai continué ma route jusqu’à Toronto. Et pour clôturer cette journée en beauté, je suis allée me laver les cheveux faire quelques longueurs à la piscine.

Photos ici.

And all that jazz !!

Me voici donc à Chicago. La ville d’Al Capone, des Bulls et de la meilleure comédie musicale qui existe au monde (… d’un point de vue tout à fait personnel, certes).

Le temps de repérer un endroit où passer la nuit tout au bout d’une ligne de métro (les trottoirs autour de Jefferson Park sont tout à fait accueillants et en plus, y a le wifi au McDo juste à côté) et il fait déjà nuit. C’est qu’il fait nuit de plus en plus tôt. Et mes journées ont la fâcheuse tendance à ne faire que 23 heures. C’est que Flipper traverse les fuseaux horaires sans même prendre le temps de ralentir ces derniers temps…

Alors, un petit coup d’œil à la carte pour ne pas se perdre et quelques stations plus loin, je débarque en plein loop. C’est comme ça qu’ils appellent le centre de la ville ici. Et y a des trucs rigolos dans le centre de cette ville. Des trucs que tu peux aller voir même quand il fait nuit, c’est pas grave. Je ne sais pas pourquoi ni comment, mais un certain nombre d’artistes ont décidé d’y ériger des statues. Enfin, des statues. Des sculptures, on dira plutôt. Parce que j’irai pas jusqu’à dire que j’ai compris ce que ça représente. L’art moderne et moi…

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Comme on est samedi soir, je me faufile dans un bar. (Non, je ne passe pas mes samedis soirs dans les bars, c’est juste une façon de parler.) Et il se trouve que ce bar n’est pas juste un bar mais un club de blues. Et plutôt réputé si j’en crois le type à l’entrée qui me promet que je ne vais pas regretter d’être passée dans le coin. Moi, le blues, j’y connais rien. Mais les gars sur scène ont l’air de bien s’amuser. Et la vérité, c’est plutôt chouette.

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C’est plutôt chouette jusqu’à ce qu’un type accoudé au comptoir se mette en tête de m’offrir à boire et de faire la causette. Papoter au milieu d’un bar où un type fait hurler sa guitare et où le barman te parle la langue des signes, c’est pas pratique. Ça t’oblige à hurler dans l’oreille de ton voisin. Et moi, j’aime pas trop quand des inconnus me postillonnent dans l’oreille. Non, vraiment, sans façon. J’ai beau jouer la carte de la fille qui n’entend rien voire qui parle pas 3 mot d’anglais, ça ne décourage pas mon nouvel ami qui se met en tête de me raconter sa vie et de me dresser la liste de tous les endroits où il faut absooooolument que je m’arrête en repartant d’ici. Alors au bout d’un moment, le blues c’est sympa mais je craque et je retourne retrouver Flipper qui lui, ne me postillonne jamais dessus…

Le lendemain matin, il fait grand soleil et en reprenant le métro, j’apprends qu’aujourd’hui n’est pas un dimanche ordinaire. Non, non, non. Aujourd’hui, y a le marathon de Chicago. Apparemment, ça ne perturbe pas tant que ça le train-train quotidien. Les rues sont juste pleines de gens avec des panneaux et des t-shirts couverts d’inscriptions venus soutenir les coureurs. Coureurs qui courent visiblement trop vite, je n’en croise pas un. Par contre, je croise bien la boulangerie française aux vitrines pleines de viennoiseries dorées et la boutique de cupcakes à la façade alice-au-pays-des-merveillesque…

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Histoire de prendre un peu de hauteur, je grimpe en haut du John Hancock Center, un des plus hauts buildings de Chicago. De là, la vue sur la ville et le lac est impressionnante…

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Et puis je redescends dans le rue admirer tous ces buildings d’en bas. C’est que c’est une des particularités de Chicago : ses buildings. C’est ici qu’ont été construits les premiers gratte-ciels au monde et il y en a de toutes les tailles, de toutes les formes, pour tous les goûts.

Et c’est à ce moment que se produit LA catastrophe.

Alors que je marche le nez en l’air et l’œil collé au viseur de mon appareil photo, j’entends un petit « bip-bip » insistant. Et je réalise rapidement que ça vient justement de mon appareil photo. « Erreur objectif. Arrêt automatique de l’appareil » ça dit. Sauf que si l’écran s’éteint, l’objectif ne se rétracte pas. Alors je retourne la machine dans tous les sens, j’allume, j’éteins, je rallume, je ré-éteins… Rien. Ça a l’air coincé. Je finis par forcer (doucement, hein, pas comme une brutasse) et par rentrer l’objectif. Me voici donc, dépitée, sur le bord du trottoir, à me demander ce que je vais bien pouvoir faire avec cette saleté d’appareil qui vient de me lâcher…

C’est là que je repense à mon deuxième appareil photo. Celui que j’avais emporté « au cas où »… Celui que j’avais décidé de renvoyer en France parce que, décidément, ça servait vraiment à rien de se traîner un truc pareil vu que je ne m’en servais pas du tout mais que quelqu’un m’a volé au Chili. Je maudis donc pour la cent millième fois l’inconnu mal intentionné. Ce qui ne change rien. J’ai plus d’appareil photo.

De nos jours, tout le monde a un smart phone et passe son temps à prendre des photos débiles qu’il poste ensuite sur Facebook. Easy donc. Easy sauf que je dois être une des dernières personnes sur Terre à ne pas avoir de smart phone. Je réfléchis donc 4 secondes et je décide de trouver un vendeur d’appareil photo et de lui montrer mon malade. On ne sait jamais.

Avant ça, je file avaler une part de pizza. Enfin, plutôt une pizza toute entière. Une petite, évidemment. C’est une spécialité de Chicago. Ça ressemble plus à une quiche qu’à une pizza : la pâte est super épaisse et y a presque 3 centimètres de sauce tomate recouverte d’une bonne couche de fromage qui fait des fils pas possibles quand t’essayes de mordre dedans. Ça s’appelle une pizza deep-dish. J’ai beau tester ça dans LE restaurant qui a inventé le concept, honnêtement, ça casse pas 3 pattes à un canard. Et ça vaut surtout pas les 45 minutes d’attente… Bon, peut-être que l’histoire de l’appareil photo me fout un peu de mauvaise humeur aussi… Peut-être…

Je finis par trouver mon magasin d’appareil photo. Le vendeur fort aimable tente de réanimer le mourant mais c’est trop tard… heure du décès, 12h18. Il tente de me remonter le moral en me disant que peut-être, avec la garantie, je pourrai le faire réparer… Super, sauf que la garantie est à Paris et que d’ici-là, bah… faut trouver une solution. Quelques minutes plus tard, me voilà l’heureuse propriétaire d’un nouvel appareil, tout petit et pas au top mais c’est toujours mieux que rien.

Je repars donc au hasard des rues (après un petit stop chez Starbucks pour charger la batterie de mon nouveau compagnon) à tenter d’apprivoiser la bête… Il fait beau, la ville est vraiment belle, y a des sculptures étonnantes à chaque coin de rue ou presque, je mitraille à qui mieux mieux, mon moral remonte en flèche. Je finis même par atterrir au Art Institute of Chicago. A propos, si t’arrives une heure avant la fermeture, tu ne payes l’entrée que 10 dollars au lieu de 22. Le musée est immense, recèle des centaines d’œuvres du monde entier mais moi, je ne viens que pour une seule toile. Une toile que j’ai contemplée un nombre incalculable d’heures sur mon radiateur. Celle-là.

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Un dimanche après-midi à la Grande Jatte de Georges Seurat

Pour ceux qui n’auraient pas révisé leur histoire de l’art ces dernières 24 heures, Georges Seurat est un peintre de la fin du XIXème siècle qui fait partie du courant impressionniste. Et plus précisément des pointillistes. La toile est couverte d’une infinité de petits points colorés qui, quand on s’en éloigne un peu, devient un tableau. La première fois que j’ai vu ce tableau, je devais avoir 10 ans. J’ai trouvé ça extraordinaire et j’ai fait acheter à ma mère une photo format A4 qui a donc trônée sur le radiateur de ma chambre les 20 dernières années (à vrai dire, je crois bien qu’elle y est à l’heure où on parle). Alors le revoir en vrai, c’était quelque chose…

Quand les vigiles du musée m’ont foutu dehors, je suis allée m’amuser avec les autres touristes du dimanche sous la Cloud Gate. Encore une sculpture rigolote au beau milieu des gratte-ciels. Ça ressemble à ça et c’est comme un grand miroir déformant.

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Et puis, comme j’avais mal aux pieds et qu’il commençait à faire froid, je suis rentrée et je me suis attelée à transférer mes photos sur internet pour vous montrer comment je passe mes journées. Et là, ça a été la deuxième catastrophe de la journée. Une suite de manipulations malencontreuses et pof ! toutes les photos de mon nouveau joujou envolées… Arrachage de cheveux, force jurons, rien n’y fait. Tout a disparu…

Bon, certes, je ne vais pas effacer de ma mémoire de sitôt l’impression que ça fait d’être, en vrai, devant le chef-d’œuvre de Seurat ou les rayons de soleil qui se reflètent sur les façades vitrées des buildings de Chicago mais quand même… ça agace.

Alors c’est en traînant les pieds que je suis allée me coucher et en jurant de ne plus jamais appuyer sur la touche « Delete » de ce maudit ordinateur…

Photos ici (pas beaucoup, hein, évidemment…)