This is the End…

Hold your breath and count to ten

Feel the earth move and then

Hear my heart burst again…

So.

This is it comme on dit.

Aujourd’hui c’est le dernier jour. Le dernier jour de ce truc un peu dingue que j’ai commencé il y a 15 mois. Ce soir, je monterai dans l’avion une dernière fois, je sortirai mon passeport une dernière fois et je regarderai s’éteindre dans les nuages les lumières de cette aventure qui m’a transportée depuis le premier jour.

Comme tous les derniers jours, celui-là apporte son lot de dernières fois.

La dernière fois que je me réveille in the city.

La dernière fois que je fais mon sac.

La dernière fois que je plante mes dents dans mon everything bagel.

La dernière fois que je me rince les oreilles à coup de sirènes, de klaxons, d’annonces incompréhensibles dans le métro, d’aboiements furieux de chihuahuas et d’éclats de rire le long de la 5th Avenue.

La dernière fois que je fixe à m’en brûler les yeux la skyline comme si je pouvais me la graver sur la rétine, pour de bon.

La dernière fois que je traverse le Brooklyn Bridge. Sous la neige aujourd’hui.

La dernière fois que je me colle des pépites de chocolat jusqu’au milieu des joues en dévorant un cookie de chez Bouchon Bakery.

La dernière fois que je joue à cache-cache avec les écureuils dans Central Park.

Alors ce soir, quand je claque la porte derrière moi et descend les quelques marches du perron, j’ai mal au ventre. Il neige. Les voitures roulent au ralenti et les trottoirs sont déjà tout blancs. Mes sacs me scient les épaules. C’est à contre-cœur que je valide une dernière fois ma Metrocard et quelques minutes plus tard, j’ai déjà quitté Manhattan. Le charme de l’aéroport opère tout de même un peu. J’adooore les aéroports. Ces avions qui emmènent des gens vers des destinations inconnues, qui en ramènent « à la maison », toutes ces émotions mélangées, je pourrais me droguer à ça. J’observe tous ces gens qui se croisent, se frôlent, ne se connaissent pas mais sont plein d’espoirs. C’est ça un aéroport : une grosse bulle d’espoirs. Ca y est, j’ai passé la sécurité, je suis techniquement « hors du territoire américain ». Je me dirige lentement vers la salle d’embarquement que je repère de loin : un troupeau de gens qui parlent fort et qui râlent… des Français ! Ca faisait un bon moment que j’en avais pas vu autant en même temps ! Et ça fait moyen plaisir tout de même… En traînant des pieds dans le couloir, j’entends deux personnes discuter derrière moi. Deux mecs, entre 20 et 30 ans. Avec cette si jolie façon de parler du 9-3 que, pour le coup, je n’ai vraiment pas entendu depuis une éternité. Je souris.

Je m’installe dans l’avion. Il est loin d’être plein et si on me laissait faire, y aurait encore une place libre supplémentaire. Je colle mon nez au hublot. Il est froid. La neige s’est transformée en pluie et le petit bonhomme sur le tarmac est tout engoncé dans sa capuche. L’avion se met à rouler doucement sur la piste et prend sa place dans la file d’attente pour le décollage. « PNC aux portes… ». L’avion tremble, la terre s’éloigne, les lumières de New York se font de plus en plus petites puis disparaissent derrière les nuages…

C’était la dernière fois.

Oh, évidemment, on peut raisonnablement se dire que ça n’est pas vraiment la dernière fois. New York ne va pas disparaître et moi non plus. Mais quand même. Je peux pas dire que ça ne me fait rien. On peut même dire que j’ai les boules. Grave.

Parce que non. J’ai pas envie de rentrer. Vraiment pas. Tellement pas. Je voudrais continuer à découvrir, avancer, me perdre, revenir, apprendre, essayer, défier, apprécier, profiter, prendre le temps. Enfin, soyons honnête, qui ne voudrait pas de ça ? Sauf que dans la vie, bah… on fait pas toujours ce qu’on a envie !

Bien sûr, j’aurais pu me débrouiller pour ne pas avoir à rentrer. Je n’ai pas fait ce choix là pour l’instant. Et puis quand même, revoir tout le monde, les potes, la famille… c’est plutôt sympa comme perspective en fait. Non, le vrai problème ou tout du moins la véritable appréhension, c’est pour après. Après l’inévitable phase d’euphorie des premières semaines viendra le temps où le soufflé retombera. Lentement mais sûrement. Et là… inch’allah !

J’suis reviendue à Montréal !

… dans un grand boeing bleu de mer…

(j’ai jamais bien compris cette histoire du boieng bleu de mer…)

Il a donc fallu que je fasse mes adieux à Flipper. Et avant même de m’en rendre compte, je me suis retrouvée sur le bord d’un trottoir de Brooklyn, tous mes sacs à mes pieds alignés en rang d’oignon, à regarder mon fidèle compagnon s’éloigner dans le hustle bustle des taxis jaunes…

Et j’y suis. New York. La dernière étape. Le temps de héler un taxi justement et de slalomer à mon tour entre les voitures, les joggeurs et le Brooklyn Bridge et me voilà « à la maison ». La maison, pour les 6 prochaines semaines, c’est un très joli studio dans le Lower East Side. Avec une vraie salle de bain rien que pour moi où tu peux te laver tous les jours et même 2 fois si ça te fait plaisir, une vraie cuisine où tu peux faire cuire des pâtes ET des saucisses en même temps (c’est dingue…) et 40m² pour laisser traîner l’intégralité du contenu de mon sac. Avec en prime un petit shop qui vend de délicieux bagels au bout de la rue et un café où tu trouves des eggs benedict qui tuent un peu plus loin… je suis à 2 doigts de me croire au paradis !

Mais avant de pouvoir s’installer vraiment et retrouver les joies simples de la vie sédentaire, il reste à régler le problème de mon visa. C’est que je n’ai plus que 2 jours avant de devenir officiellement une sans-papiers. Et bien que mon sens de l’amusement me dit que ça doit bien être le fun de se frotter aux agents de l’immigration américaine pour se faire jeter dans le premier avion direction Paris, je ne suis pas encore prête à retrouver l’odeur du camembert… Me revoilà donc à me traîner dans les rues de Manhattan avec mes sacs sur le dos. Cette fois, c’est direction la gare routière et un aller-retour express au Canada pour obtenir mon précieux sésame. Bien obligée d’emporter tout mon barda au cas où le retour ne se passerait pas exactement comme prévu. Quand je disais que je reviendrais à Montréal, je pensais pas que ça serait si rapidement…

C’est donc parti pour 7 heures de bus aller, 8 heures sur place et 7 heures de bus retour… Et clairement, une bonne petite dose d’angoisse parce que franchement, y a aucune raison que cette fois, j’obtienne le visa que je me suis déjà vue refuser 2 fois. Et d’ailleurs, ça loupe pas. Quand j’arrive devant le douanier avec mon grand sourire et mon petit passeport, il commence à froncer le sourcil. Et quand il me demande quand est-ce que j’étais aux Etats-Unis pour la dernière fois et que je réponds hier… là, j’ai carrément droit à une belle grimace. Et vas-y que j’appelle le chef et que je commence à tournicoter le passeport dans tous les sens et que ça fait des messes basses en me pointant du doigt… Bon, finalement, le chef vient me voir, m’explique que oui, bah, je suis bien gentille mais le visa de tourisme c’est 90 jours, je suis arrivée au bout et maintenant, faut que je retourne en France. Alors là, je commence à faire monter les larmes, je dis que je comprends pas, qu’un autre douanier m’a dit qu’il y aurait pas de problème, je jure de monter dans l’avion pour Paris mi-décembre et je leur agite frénétiquement le billet sous le nez pour me donner un peu de contenance. Et vas-y que ça re-chuchote en me regardant en coin, ça prend un air d’abord circonspect puis indulgent et finalement… alléluia ! d’un bon coup de tampon bien sonore, je suis à nouveau autorisée à entrer sur le territoire américain. Avec un long et gros sermon sur le fait que puisque je savais que j’allais rester plus de 3 mois, j’aurais dû demander un autre visa et même un avertissement pour pas que j’oublie de monter dans l’avion comme juré précédemment mais c’est bon ! Je vais pouvoir aller faire mon jogging dans Central Park et le long de l’East River, m’empiffrer de cookies chez Bouchon Bakery, faire des pirouettes sur la patinoire du Rockefeller Center, enchaîner les aller-retours sur le ferry de Staten Island, savourer mon Chai Latte dans mon gobelet Starbucks, essayer de surprendre les écureuils à Union Square, lécher les vitrines le long de la 5ème avenue et saluer l’Empire State comme si on était de vieux potes. Et tout ça pendant 6 semaines. En-fin !

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Photos ici.

Tous les Acadiens, toutes les Acadienn-euh !

Honnêtement, je ne connais même pas cette chanson ! Mais depuis ma rencontre avec le petit papi de Lafayette (souvenez-vous, c’était ), je me dis que si tous les gens y sont aussi gentils, ça ne peut qu’être fantastique. La promesse des couleurs éblouissantes des feuilles d’automne n’est pas non plus complètement étrangère à mon enthousiasme.

Mais avant de mettre le pied en Acadie, faut déjà y aller. Et de Montréal, c’est pas complètement la porte à côté. D’abord, faut repasser la frontière…

– Bonjour Monsieur !
– Bonjour Mademoiselle ! Oh dites donc ! Il est sympa votre van ! C’est vous qui l’avez peint ?
– Ah non, c’est une location, j’ai pas choisi le design mais je l’aime bien !
– Ah ouais, il est cool. C’est un camper ? Vous pouvez dormir dedans ?
– Ouais, ouais, y a même un évier et un frigo, c’est super bien.
– Ah ouais super ! J’en ai jamais vu un comme ça avant !

(NDLR : le poste frontière se situe dans le Vermont au milieu de… rien, doit y avoir une voiture toutes les 6 heures…)

– Bon, allez, donnez-moi vos papiers. Vous venez faire quoi aux Etats-Unis ?
– Bah, je finis mon voyage, je dois rendre mon van dans 2 semaines à New York.

Il feuillette les pages de mon passeport.

– Bah dites donc ! Vous en avez des tampons là-dedans ! Vous voyagez beaucoup ?
– Bah cette année oui. Je suis en voyage depuis plus d’un an, vous êtes ma dernière frontière. Après ça, je rentre à la maison.
– Ah bon ? Et vous rentrez quand ?

– Bah le 18 décembre. Et justement…
– Ah oui, je vois. Votre visa ne sera plus valide, il vous en faut un nouveau.
– Oui ! Exactement !
– Pas de problème. Garez-vous là, je vous rapporte vos papiers.

Je souris de toutes mes dents, je fais ce qu’on me dit (si, ça m’arrive) et j’attends. Quelques minutes plus tard, mon nouveau copain revient.

– Bon, y a un petit problème.
– Ah bon ? Qu’est-ce qu’il y a ?
– Bah en fait, je peux pas vous donner un nouveau visa parce que ça reviendrait à prolonger l’ancien et ça, c’est interdit.
– Oh… mais comment je vais faire alors ?
– Bah, ce que vous pouvez faire c’est attendre la fin de votre visa, revenir au Canada puis repasser dans l’autre sens. De cette façon, vous aurez un nouveau visa.
– Vous êtes sûr ?
– Oui oui. Y aura pas de problème. Mais là, je peux pas vous en donner un nouveau.
– Mais… c’est que ça m’arrange pas parce que je dois rendre le van le 6 et mon visa expire le 8 et…
– Je comprends bien mais je n’y peux rien, c’est comme ça.
– Bon… bah, merci quand même.
– Bon voyage ! Et… drive safely !

Bon, me revoilà donc aux Etats-Unis mais avec l’obligation d’en ressortir le 8 novembre. Le coup du tour de poteau au Canada pour récupérer un nouveau visa me semble louche tout de même. Mais d’un autre côté, j’ai pas vraiment le choix. J’ai passé toutes les autres frontières sans encombre et il est hors de question de rentrer en France plus tôt que prévu ! Me v’là donc bonne pour acheter un aller-retour New York / Montréal pour dans quelques jours. Quand je disais que je reviendrais à Montréal, je pensais pas si tôt ! Et en plus, va falloir chouiner à la frontière pour qu’on me laisse rerentrer, chouette programme en perspective…

Après une étude de marché approfondie sur le moyen de faire mon petit aller-retour au meilleur rapport qualité-prix, je décide donc d’acheter un ticket de bus, départ le 8 novembre de New York, retour le 9 novembre. C’est qu’entre-temps, j’ai versé un acompte pour la location de mon refuge in the city et qu’il commence à être temps d’arrêter de jeter l’argent par les fenêtres…

Une fois ces petits problèmes logistiques réglés, je reprends donc la route et après le Vermont, Fipper et moi découvrons le Maine… C’est… boisé, dirons-nous ! Les feuilles mortes se ramassent à la pelle (sur les trottoirs du boulevard La Chapelle, oui, chacun ses références…) et le soleil danse dans ce qu’il reste des branches dénudées. Ne serait l’ombre planante de ma potentielle expulsion vers la France, avec Flipper, on sautillerait presque d’émerveillement…

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En fin de journée, on arrive enfin à Ellsworth, la dernière ville avant d’entrer dans le Acadia National Park. Il est tard, il faut que je me connecte à internet pour cette histoire de visa, je décide donc qu’on passera la nuit sur le parking d’un McDo.

Au beau milieu de la nuit (si, 3h du matin, c’est carrément le milieu de la nuit), on frappe violemment à ma portière. Ah bah tiens ! ça faisait longtemps ! La puissance de la lampe torche qui essaye de deviner ce qui se cache derrière mes rideaux me laisse deviner qu’il s’agit bien d’un shérif de passage… Je ne bouge pas, je respire à peine, j’attends… Le shérif fait le tour de Flipper, frappe encore au carreau mais ne dit rien. Bon. S’il ne parle pas, je ne vais pas lui parler non plus, je me dis. Mais c’est là qu’il se met à essayer d’ouvrir mes portières. Et évidemment… j’ai oublié d’en fermer une. Au moment où la portière s’ouvre, je hurle. Quoi ? Et si jamais c’était pas un shérif ? Bon, en l’occurrence, c’en est bien un. Un peu surpris par mes vociférations. « What’s wrong ? » que je lui aboie dessus. « You’re trespassing Miss. You’re on a private property, you don’t have the right to park here. » Je change alors subitement de tactique (déstabilisation de l’adversaire) et je fais celle qui parle pas trop anglais et qu’a rien compris. « What ? Sorry, I’m french, I didn’t understand what you just said. Anyway, I asked them if I could stay here and they said yes ! » Ah oui, par-dessus le marché, je rajoute un beau mensonge. Mais balancé avec les paupières encore un peu collées, ça passe. Bon, le shérif se radoucit, il m’explique que si quelqu’un est garé sur la parking, normalement, quand le premier employé arrivera, il devra appeler les flics par souci de sécurité mais bon, là, vu que j’ai demandé la permission (hum, hum…), il vérifie mes papiers et on convient que je peux rester là. En fait, qu’ON peut rester là. Parce que comme je vois bien qu’il ne s’en va pas, je finis par réaliser que le shérif va passer le reste de la nuit dans sa voiture, à côté de Flipper en attendant le premier employé du McDo. Apparemment, dans le coin, il se passe pas grand-chose la nuit… Moi, je retourne sous mes couvertures et j’essaye de retrouver le fil de mes rêves.

Les 3 jours suivants, je me balade donc dans le Acadia National Park. Encore une fois, on est un peu hors saison, y a pas grand-monde et je peux profiter de l’océan Atlantique presque pour moi toute seule. Y a plein de sentiers, des points de vue, des écureuils, des petits oiseaux et de délicieux lobster rolls au village. Quand on peut se retrouver la bouche pleine de homards pour moins de 10 dollars, on dit rien, on mastique.

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3 jours, c’est vrai, c’est un peu long. Mais il faisait beau, j’ai fait ma feignasse et j’ai failli saigner Flipper à blanc. Un matin, après avoir passé la nuit à enchaîner les épisodes de la saison 5 de Breaking Bad (j’ai peut-être pas la télé mais ça ne m’oblige pas à être coupé du monde pour autant…), la batterie de Flipper a fait… pschitt ! A peine pschitt d’ailleurs… J’ai donc pris mon air le plus aimable et suis allée demander de l’aide au magasin d’à côté où un très gentil monsieur est venu avec tous ses câbles ressusciter mon Flipper. Et après avoir remercié le bon samaritain, on a repris la route. Cap au Sud moussaillon !

Photos ici.

Le pays où le ciel est plus grand qu’ailleurs

Puisqu’il est désormais certain que le gouvernement américain m’en veut personnellement et ne réouvrira pas ses foutus parcs avant la Saint Glinglin, je reprends donc la route. Et cette fois, elle va être longue. Très longue. Globalement, je vais aller jusqu’à Chicago d’une traite. Enfin, d’une traite. En 6 jours. C’est qu’il y en a un certain paquet de miles à mettre au compteur de Flipper ! Mais quitte à avaler tout cet asphalte, autant le faire côté américain. Même s’il n’y a pas grand-chose à voir, ce sera toujours moins pire que côté canadien. Je quitte donc Banff, direction la frontière… que je passe comme une fleur. Un peu trop vite d’ailleurs. Le douanier ne met même pas de tampon sur mon passeport parce que soi-disant le visa que j’ai déjà est encore valide et y a pas besoin d’en mettre un nouveau. Bon. OK. Sauf que quelques kilomètres plus loin je réalise que mon visa est certes encore valide mais seulement jusqu’au 8 novembre… et moi, je ne repars que le 18 décembre. Petit souci administratif en vue… Heureusement, il est prévu que je repasse au Canada puis aux Etats-Unis avant le 8 novembre. Va falloir la jouer fine…

En attendant, je roule…

Et pendant 6 jours, j’ai parcouru près de 2300 miles et traversé 6 états.

D’abord le Montana. Moi, quand j’entends Montana, je pense à ça.

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Ou encore à ça.

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Bref, des paysages de malade, des chevaux, des cow-boys qui ressemblent à Brad Pitt (tous, oui, sans exception) et de la bonne musique country (oui, comme vous avez pu vous en rendre compte, c’est devenu ma spécialité). Et la vérité, c’est que le Montana, c’est presque ça. Des montagnes enneigées dans le fond, des plaines dorées devant, des chevaux la crinière au vent, des centaines et des centaines de vaches qui paissent paisiblement, un ciel 1000 fois plus bleu et plus grand que n’importe où ailleurs et un ruban d’asphalte qui s’étend à l’infini… C’est beau. De temps en temps, on tombe sur un hameau. Voire un village. Voire même une ville. Enfin pas trop grande la ville quand même. Et toujours ce ciel démentiel.

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Après le Montana, je suis passée au Wyoming. Là, les montagnes font progressivement place à des montagnettes puis à des collines et des collinettes. Les champs sont toujours aussi dorés et le ciel toujours aussi immense. Y a toujours des veaux, vaches, cochons, couvées et même quelques troupeaux d’antilopes. Si, dans le Wyoming, y a des antilopes.

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Y en a même un bon paquet. Et régulièrement couchées au bord de la route… Bon, y a aussi des ratons-laveurs sur le bord de la route. Et tout ça n’est pas en très bon état en général. Y a aussi des gens bizarres sur les aires de repos qui passent la nuit à veiller à côté de votre van et vous laissent au petit matin une lettre de 3 pages sur le pare-brise pour vous dire qu’il faut se méfier des inconnus… Mais le Wyoming, c’est aussi des couchers de soleil à tomber par terre et ce ciel qui s’enflamme et prend des teintes violacées comme on n’en voit que dans les photos de National Geographic.

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Et puis après le Wyoming, y a le South Dakota. Bon, celui-là, on savait à peine qu’il existait avant d’y mettre les pieds. Et pourtant ! Y en a des trucs dans le South Dakota ! D’abord y a ça.

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Ah ! C’est pas un peu connu ça ? Et non, ça n’est pas la vague réplique de l’étiquette d’une encore plus vague bouteille de whiskey… Et oui, ça aussi c’était censé être fermé (shutdown toussa-toussa…), mais comme tu peux le voir depuis la route, ça serait vraiment bête de vouloir payer les 11 dollars du parking (oui parce que c’est gratuit mais comme t’as pas le droit de te garer le long de la route, faut payer le parking…). En ce moment, les rangers sont plutôt sympas, ils te laissent t’arrêter quelques minutes devant l’entrée du mémorial et prendre tes photos. D’ailleurs, y a pas que des rangers qui traînent là-devant. Y a ça aussi.

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Et puis dans le South Dakota, tu trouves ça.

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Oui, c’est une espèce de château recouvert d’épis de maïs. Et à l’intérieur du château, y a… rien. Enfin si, une salle de sport. Et non, des fois, tu comprends pas tout chez les Américains.

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Mais dans le South Dakota, tu trouves aussi ça.

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Quoi ? Non, c’est pas juste une maison. C’est une maison située à l’angle de Ingalls Drive et Prairie Avenue !

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Parce que le South Dakota, c’est aussi la patrie de Laura Ingalls Wilder. Oui, LA Laura Ingalls. Celle qui habite dans une petite maison au beau milieu d’une prairie. Laaalalalaaaa laaalalaalalaaaa ! Et hop ! Vas-y que je me gamelle dans la prairie ! Oui, parce que moi, j’ai jamais lu les livres écrits par Mme Ingalls. Je connais que la série télé. Sauf qu’il y a un truc qui ne colle pas. Dans la série, les Ingalls habitent à Walnut Grove. Et ici, on est à De Smet. Jamais entendu parler de De Smet… c’est louche. C’est qu’en fait, avant de déménager à De Smet, les Ingalls vivaient bien à Walnut Grove mais ça, c’est dans le Minnesota. Alors le scénario de la série a un peu tout mélangé mais la petite maison dans la prairie, elle est bien ici. A De Smet.

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J’ai même pu aller me recueillir sur les tombes de Charles et Caroline.

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Et comme je ne voulais pas en rester là, j’ai poursuivi ma course folle dans le Minnesota. Où je suis évidemment passée par Walnut Grove. Mais là, curieusement, ils en font pas tout un foin des Ingalls. C’est tout juste s’ils mettent un petit drapeau sur les lampadaires.

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Et puis après le Minnesota, j’ai encore traversé le Wisconsin pour finir par arriver à Chicago, Illinois. Et après 6 jours à avoir contemplé l’horizon à perte de vue, d’un coup, retrouver des gratte-ciels et des autoroutes à 3 voies, ça a fait tout bizarre… Et d’un coup, le ciel a retrouvé une taille normale : juste un petit coin de bleu entre 2 buildings.

Photos ici.

AL contrebandière

Ce matin, le réveil a sonné. Et à 6h, s’il vous plaît ! Non mais c’est pas une heure pour s’extirper de sa couette, définitivement ! Sauf que ce matin, pas le choix. Il n’est pas question de louper le ferry qui va m’emmener de l’autre côté du détroit de Géorgie (oui, je sais pas pourquoi il s’appelle comme ça celui-là…) et me faire traverser la frontière canadienne. J’ai décidé de démarrer le périple canadien à l’extrême ouest, sur l’île de Vancouver. On m’y a promis des paysages fabuleux, des villages tout choupinous et des spécialités locales à faire frétiller les papilles. J’ai dit banco.

J’ai donc passé la nuit calmement accoudée à un petit bout de trottoir à Anacortes. Parce que c’est de là que partent les ferrys, hein, pas parce que y a quelque chose à y voir. Et il fait à peine jour quand je rejoins le terminal. Je serre sur mon cœur mon passeport et celui de Flipper (oui, il faut un peu de paperasse pour que Flipper aille tranquillement barboter à l’étranger) et je me présente tout sourire au guichet.

– Oui ? Vous allez où ?
– Euh… bonjour ! Je vais à Sidney ! (oui parce que de l’autre côté du détroit de Géorgie, ça s’appelle Sidney. Rien à voir avec les kangourous. Evidemment.)
– Oui, très bien. Ça fera 59,85 dollars.
– OK. Mais euh… vous voulez pas voir mon passeport ?
– Ah non, ça, c’est pas de ce côté que ça se passe ! C’est à l’arrivée.

Là, je me dis que si y a un problème, va falloir se retaper la traversée dans l’autre sens, que ça n’est pas bien logique tout ça mais surtout je garde mes réflexions pour moi.

Je passe ensuite à un deuxième guichet qui vérifie que j’ai bien payé au premier (bah je vois pas bien comment j’aurais pu feinter le paiement…) et m’envoie patienter dans la file n°11. Les files se remplissent doucement en même temps que le jour et le brouillard se lèvent et des messages diffusés par les haut-parleurs tournent en boucle. D’ailleurs, au bout d’un moment, je dresse l’oreille : ils parlent de « bear sprays ». Et bah figurez-vous qu’il est interdit d’entrer au Canada avec ces petits machins-là. M*** ! Je vais quand même pas jeter le mien ?! Je l’ai acheté exprès !! Bon, je le planque au fond de mon sac et je me dis que si j’ai droit à une fouille en règle, je prétexterais que je l’avais oublié… (NDLR : faut pas faire ça, c’est mal). Dans la foulée, j’apprends qu’on ne peut pas entrer au Canada non plus avec des fruits et des légumes frais. J’en ai plein le frigo, c’est parfait… Pareil, je vais pas jeter toutes mes provisions, je fais donc la sourde oreille.

On monte enfin sur le bateau, je serre bien le frein à main de Flipper (on ne sait jamais, une grosse vague et hop ! le voilà par-dessus bord !) et je vais m’installer sur le pont en espérant admirer le paysage et, sait-on jamais, une orque qui passerait par là. Evidemment, y a un brouillard à couper au couteau, on n’y voit goutte et le capitaine passe son temps à sonner de la corne de brume… Je finis donc par réintégrer le ventre de Flipper et ma couette en râlant.

Quelques heures plus tard, apparaît enfin la côte canadienne.

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On attend patiemment que le ferry s’immobilise, que les portes s’ouvrent et on s’avance prudemment sur le sol canadien. Là, faut refaire la queue pour passer la douane et faire tamponner son passeport. Mon tour arrive… je baisse ma vitre, m’applique à faire mon plus beau sourire, tend mon passeport et…

– Bonjour !
– Bonjour Madame. Vous êtes française ?
– Euh… oui.
– Il est à qui ce van ?
– Euh… c’est une location.
– Vous avez le contrat ?
– Bien sûr !
– Très bien. Vous allez où comme ça ?
– Ben… d’abord je vais faire un tour sur l’île de Vancouver et après je vais continuer ma route vers les parcs nationaux d’Alberta…
– Très bien. Combien de temps vous comptez rester chez nous ?
– Oh ! Pas plus de 2 semaines ! Après, je dois retourner aux USA pour rendre le van !

Là, il tamponne mon passeport et il s’apprête à me le rendre quand…

– Vous transportez de la viande, du fromage, des légumes ou des fruits ?
– Euh… c’est-à-dire… un petit peu de tout ça…
– QUOI ???
– Non mais j’ai juste un petit peu de jambon, des tranches de fromage, des carottes…
– Il reste du vert sur vos carottes ?
– Ah non non non ! Elles sont pelées et dans un sachet ! Et puis, j’ai peut-être aussi une pomme. Vous voulez voir ?

Je fais mine de détacher ma ceinture pour aller lui ouvrir le coffre.

– Faut que vous sortiez de la voiture pour regarder ?
– Euh… bah oui. C’est dans le coffre.
– Bon. Bah on n’a qu’à dire que c’est pas grave et que vous n’avez pas de pomme et puis ça ira. Allez, bon voyage et profitez bien !

Et voilà comment je me retrouve officiellement en territoire canadien, contrebandière de pommes et de tout un tas d’autres trucs…

Maillami baby !!

Ce matin, le réveil sonne à 5h30. Non pas parce que j’ai un avion à prendre (quoique si, mais mon avion est à 12h30, pas la peine de s’énerver…). Non pas parce que c’est le réveil du voisin qui me jette hors de mon lit. Non. Simplement parce qu’à 6h, y a une coupure d’eau dans toute la ville et que si tu veux prendre une douche et te laver les cheveux, bah… c’est maintenant. Du coup, à 6h, je me retrouve prête pour le petit-déj sauf que, pas de bol, le petit déj, c’est pas avant 7h… Bon, de toute façon, aujourd’hui va être une journée consacrée à l’attente et à l’ennui donc autant s’y mettre tout de suite !

Parce que oui, au programme aujourd’hui, un vol pour Miami et de très longues heures à poireauter. Avant, après, pendant… on ne compte plus. Mais tout ça dans un but précis et ô combien exaltant ! Parce que ce soir, à Miami, je récupère mon frère et ma mère, je les embarque dans la voiture (oui, on a loué une voiture) et c’est parti pour presque 3 semaines à travers le sud-est des Etats-Unis ! Yeehaa !!

Alors pourquoi aller en Floride me direz-vous ? C’est vrai, c’est plein de retraités, de moustiques, d’alligators, j’en passe et des meilleurs, il y fait une chaleur à crever (particulièrement au mois d’août) et Maillami est la capitale du bling-bling… sur le papier, ça ne remplit pas tout à fait tous les critères auxquels je vous ai habitués. Mais justement, il était temps de voir quelque chose de différent. Et puis, ce côté des Etats-Unis, j’y ai jamais mis les pieds, c’était l’occasion. Alors adios Costa Rica, hello USA !

Mais avant de nous embarquer pour un road trip sur les chapeaux de roues (c’est bien le problème avec les gens « en vacances »… ils n’ont jamais que 3 semaines devant eux, pas de le temps de traînasser), on va profiter quelques jours de l’hospitalité d’amis de ma mère qui ont un appartement à Pompano Beach. Rarement entendu un nom de ville qui sonne plus soleil, plage et minettes en bikini et pourtant… c’est plutôt le Wisteria Lane de Maillami. A part un soupçon d’alligator qui rôde autour de la piscine, rien ne vient troubler la tranquillité de ce petit patelin. On y passe donc quelques jours histoire de se remettre du décalage horaire pour les uns, de faire un peu de lessive pour les autres et d’organiser un peu notre périple. On commencera doucement avec une petite balade le long de l’océan à Fort Lauderdale et un bon resto dans la marina à Lighthouse Point, puis on accélèrera franchement le rythme avec une grosse journée dans la fameuse Maillami, à arpenter la ville le nez en l’air pour admirer les buildings art déco (tout n’est pas moche à Maillami, loin de là et c’est plutôt une bonne surprise) tout en essayant de ne pas fondre sur place (quoi ? il fait 90 degrés ! c’est pas moi qui invente, c’est marqué partout !).  Et puis bien sûr, une fois qu’on aura bien mal aux pieds, on ira s’étaler sur le sable de South Beach (oui la South Beach de Maillami Beach), là où les mecs bodybuildés au point qu’ils ne peuvent plus marcher avec les bras le long du corps partagent le sable avec des minettes tatouées de la tête aux pieds et quelques familles suréquipées (parasol, chaises avec porte-gobelet, glacière… rien ne manque) et où l’océan est si chaud qu’on a du mal à croire que c’est bien l’Atlantique. L’Atlantique mes amis ! Une première dans le AL’s World Tour ! Cela étant dit, après une journée à crapahuter dans la fournaise, la baignade est loin d’être désagréable. Et pour finir notre journée en beauté, on ira s’offrir quelques bonnes tranches de bœuf chez Fogo de Chao, une steakhouse brésilienne qui ferait bien d’ouvrir une succursale à Paris

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Et déjà, il est temps de reprendre la route. Le sud de la Floride nous attend. Parce que de la faune extraordinaire du coin, nous, pour l’instant on n’a vu que la jeunesse dorée qui roule en Hummer limousine rose, les basses faisant vibrer le trottoir et une coupe pleine de bulles à la main. Alors certes, c’est déconcertant mais ça manque d’un petit « je ne sais quoi » comme ils disent par ici…

Photos ici.

AL et les aéroports

Il y a fort fort longtemps, quand j’avais le cœur pur et plein de bonnes résolutions, j’avais décidé que pendant ce voyage, je ne prendrai l’avion que lorsque ce serait absolument nécessaire. Et puis, j’ai voyagé et j’ai constaté que parfois, prendre le train, c’est sympa mais prendre l’avion, ça fait gagner du temps et même parfois de l’argent.

Seulement parfois, prendre l’avion, c’est n’importe quoi. Ce vendredi soir, quand j’arrive à l’aéroport de Quito, je me dirige tout droit vers le comptoir d’enregistrement du vol pour… Lima. Oui mesdames et messieurs. Sachez que pour faire QuitoSan José, le chemin le plus court est apparemment de faire QuitoLimaMiamiSan José. Y a visiblement un détail qui m’échappe…

Sachez également que la vie étant généralement bien faite, ce trajet va me prendre au bas mot 27 heures. Pour rallier 2 villes séparées d’un millier de kilomètres à vol d’oiseau, c’est un record. Finalement, on peut se dire que j’aurais aussi bien fait de prendre le bus. Mais non ! Figurez-vous que la Panaméricaine, cette fameuse route censée traversée tout le continent est en fait coupée au nord de la Colombie. Non pas qu’elle soit en travaux, elle n’a jamais existée. Elle devrait en fait traverser une forêt remplie de narcotrafiquants et de plantations de trucs qui font un effet bizarre et bouzillent le cerveau et bizarrement, bah… y a pas de route. Il ne m’était donc pas possible de faire le trajet en bus. D’où mon marathon aérien.

Quand on sait qu’on va passer les prochaines 24 heures dans des aéroports, on met son pantalon-pyjama-passe-partout et prend son mal en patience. Et on prie pour que les zones de duty free ne soient pas trop pourries. Bon, à Quito, c’est plutôt raté. Mais bon, à peine le temps de me parfumer et de refuser poliment les avances mercantiles de la vendeuse qu’il est déjà l’heure de grimper dans l’avion. Et hop ! 2 heures et un sachet de chips de bananes plantin plus tard, me revoilà Lima. Si la vie était bien faite (et on sait qu’elle l’est, généralement), je n’aurais eu qu’à sautiller à travers le terminal pour regrimper aussi sac dans l’avion suivant. Mais non. Il se trouve que ce n’est pas la même compagnie aérienne qui effectue la suite de mon parcours. Et que mon escale à Lima dure plus de 7 heures. Je suis donc bonne pour remplir un petit formulaire, faire tamponner mon passeport, récupérer mon sac, passer la douane, passer la nuit sur un banc de l’aéroport en me ligotant mes sacs aux chevilles, réenregistrer mon sac, refaire tamponner mon passeport et retourner en zone duty free. Heureusement, l’aéroport de Lima est une catastrophe sur le plan logistique (mes sincères excuses à Roissy que j’ai maudit si souvent…) et il me faudra près de 2 heures pour enfin m’échouer sur un banc devant le panneau qui annonce les départs. Il est alors presque minuit et mes chips de bananes sont loin. Quelques épisodes de la saison 5 de The Big Bang Theory plus tard, la batterie de mon ordinateur rend l’âme et j’en suis quitte pour un Big Mac et des vraies frites. Il est 2 heures du matin et c’est pas aujourd’hui que je vais dormir…

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A 4h30, les feignasses d’hôtesses d’American Airlines ouvrent enfin le check-in. Au moment de me donner ma carte d’embarquement, l’hôtesse me demande si j’ai bien fait mon vaccin contre la fièvre jaune. Ca par exemple ! Je savais bien qu’à un moment ou un autre ce petit carnet jaune finirait bien par me servir ! Normalement, c’est pas du tout nécessaire pour le Costa Rica. Mais en fait, il paraît que quand on vient du Pérou, ça l’est. Moi, je me dis que puisqu’entre temps je passe par les Etats-Unis, y a une chance sur un milliard pour que le type de la douane à San José me pose la question mais bon. C’est sûrement ma seule chance de sortir mon petit carnet jaune.

Un muffin et un chai latte du célébrissime Starbucks de l’aéroport de Lima plus tard (oui, il est 6h30, mon dîner n’est pas si loin mais mieux vaut tenir que courir…), je monte enfin dans l’avion. Direction Miami à 6 heures de là. J’eus pu en profiter pour dormir me direz-vous. Mais non ! Dormir c’est triché. Du coup, je flotte un peu quand j’arrive à destination. Tellement que quand le douanier me demande dans quel quartier il peut trouver un hôtel pas trop cher à Paris, je lui réponds : « Heu… dans le 15ème ? ». Cela étant dit, ça fait longtemps que j’y ai pas mis les pieds, peut-être que c’est plus très cher ? Bref, je complète ma collection de tampons dans mon passeport (ah oui, parce que, aux Etats-Unis, même quand vous n’y êtes que pour une connexion, vous vous tapez le tampon dans le passeport, le bagage à récupérer, la douane à passer, le bagage à refourguer et les rayons X qui vont bien) et je me mets à faire le pied de grue devant le tapis à bagages. Et j’attends… j’attends… Bon, le côté rassurant c’est que je suis pas toute seule à attendre. En fait, y a un petit problème avec nos bagages qui se sont visiblement égarés sur le tarmac (un jour, faudra que quelqu’un m’explique comment fonctionne un aéroport parce que des bagages qui s’égarent, c’est un truc qui m’échappe). Certains commencent à s’impatienter, faut dire que tout le monde n’a pas la chance d’avoir à nouveau 5 heures d’escale devant soi… Mais tout vient à point à qui sait attendre, mon sac à patates préféré se met à tourner sur le tapis et quelques rayons X plus tard, j’atteins enfin une zone duty free digne de ce nom. J’en profite pour avaler une salade et je me mets en quête d’une prise électrique pour ressusciter mon ordinateur. Me voilà donc à tourner autour de tous les poteaux du terminal, mon adaptateur à la main. Finalement, je trouve que l’aéroport de Miami n’est pas très computer friendly : 4 prises dont 2 qui ne marchent pas et le wifi est payant. Bof. J’arrive quand même à confirmer le transfert de l’aéroport à l’hôtel à San José (oui c’était pour ça que j’avais besoin de l’ordi, pas pour The Big Bang Theory !) et enfin, je remonte dans l’avion. Pour arriver enfin, 3 heures et un sachet de cookies plus tard à San José, Costa Rica, où, tout est bien qui finit bien, mon sac m’a suivie.

Une si belle journée ne pouvait finir qu’en apothéose, le type supposé venir me chercher n’est pas là et devant les supplications des taxis, je finis par abdiquer et laisse un de ces malheureux porter mon sac jusqu’à sa voiture. Il est 21h, j’arrive enfin à l’hôtel après une conversation plus qu’approximative en espagnol avec mon chauffeur (contrairement à l’anglais, il semblerait que quand t’es très fatigué, tu parles un espagnol tout pourri). Mais mes nouveaux colocs de chambrée sont français et eux aussi, en tour du monde alors au lieu de me rouler en boule sous mon drap, c’est reparti pour quelques heures de bavardage jusque l’un d’entre nous s’écroule donnant (enfin !) le signal que j’attends depuis près de 24 heures… c’est l’heure du dodo !

Demain, j’attaque le Costa Rica.

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Arrivée à Quito

J’étais donc à Cuzco, je devenais parfaitement bilingue en espagnol et malheureusement, pour des motifs aéroportuaires, j’ai dû interrompre tout ça. Je me suis donc refarcie 22 heures de bus jusqu’à Lima (là, je vous passerai les détails olfactifs mais pas de bol, mon voisin n’avait pas un anti-transpirant 48 heures…) où, j’ai tout juste eu le temps d’aller à la laverie et me chercher à dîner dans mon resto préféré avant de refaire mon sac (non, je ne compte plus les fois) sans oublier de mettre dedans tout ce qui ne va pas dans le bagage à mains. D’ailleurs, saviez-vous qu’en fonction des pays, les briquets vont ou ne vont pas en soute ? C’est assez compliqué, ça m’oblige régulièrement à tout démonter et tout remonter juste sur le tapis de l’aéroport et ça agace passablement les gens qui attendent derrière moi mais je ne comprends pas pourquoi y a pas une seule règle pour tout le monde ? Et évidemment, idem pour les liquides ou des fois, ils s’en foutent et des fois, ils en profitent pour te piquer ta crème solaire que tu avais oublié dans une poche… Mais passons !

J’ai donc dit au-revoir à Lima et à ma copine Irina de l’hôtel et comme j’étais un peu en avance ce dimanche matin, j’ai décidé d’aller à l’aéroport en bus. Sur le papier, c’est simple. Tu prends le Metropolitana, tu descends à l’arrêt Thomas Valle et là, tu prends un bus qui va à l’aéroport. Si tu vas prendre l’avion avec un sac en plastique, pas de problème. Si t’y vas avec un sac à dos qui ressemble à une carapace de tortue et qui pèse 20kgs… tu rigoles moins. Et encore, dans le Metropolitana, ça va. Tu poses ton sac par terre, tu t’assoies dessus, tu rabats un peu des sangles pour que les gens ne marchent pas dessus, bref, tu t’en sors. Mais après, le fameux « bus » pour l’aéroport… bah, c’est pas vraiment un bus. C’est un collectivo. Du genre de celui dans lequel on entasse le plus de monde possible. Alors quand toi tu débarques avec ta carapace, la petite madame qui gère les montées et les descentes, elle te regarde avec un œil mauvais. Mais bon, elle te laisse monter quand même. Mais tout de suite après, elle se met à te hurler dessus parce que ton sac, il prend la place de quelqu’un ! Bon alors pour la calmer un peu, tu lui réponds que c’est pas grave, tu paieras pour 2 ! A une sole le trajet, t’es même prêt à payer le double pourvu qu’elle te demande pas de prendre le sac sur tes genoux ! De toute façon, tu peux pas : sur tes genoux, y a déjà l’autre sac (oui, le petit, celui qui pèse 10kgs parce qu’il contient tous les gadgets électroniques sans lesquels vous et moi ne pourrions pas communiquer… snif !). Mais ça n’empêche. Au bout d’un moment, à force de regards noirs, elle finit par te demander de prendre ton sac sur les genoux. Même les autres passagers du bus râlent, ils voient bien que je peux pas. Mais rien n’y fait, elle est intraitable. Au fur et à mesure des arrêts, je me retrouve coincée contre la fenêtre avec pas loin de 3 rangées de passagers à franchir pour atteindre la porte. Le tout avec un sac de 20kgs sur les genoux. Alors évidemment, quand on arrive à l’aéroport, c’est tout un cirque pour m’extraire de là. Heureusement, les autres passagers sont sympas et balancent mes affaires sur le trottoir m’aident. Et là, je m’aperçois que de toute façon, j’ai soit une pièce d’une sole, soit un billet de 100. Et autant vous dire qu’ils rendent pas la monnaie sur 100 dans les collectivos. Du coup, sans remord, je paye mon trajet et uniquement le mien toujours sous les mitraillettes des yeux de ma nouvelle copine… Mais peu me chaut ! Je suis devant l’aéroport, à l’heure et avec toutes mes affaires.

Quelques heures plus tard, me voici à Quito. Là, c’est la douche froide. On est censé être en Equateur, le pays où il fait toujours beau et chaud puisqu’il est à l’équateur… Et bah non ! Il fait gris, il fait froid (tout du moins, autant qu’à Lima) et à peine dans le taxi, il se met à pleuvoir… « Bienvenido in Ecuador ! » qu’il arrête pas de répéter mon chauffeur… Ah, et oui, ici, j’ai un chauffeur. D’abord parce que c’est loin et qu’il y a un trafic monstre (on mettra plus d’une heure à rejoindre le centre-ville alors en bus, j’imagine même pas) et ensuite parce qu’il est compliqué de se faire amener dans le bon hôtel par les chauffeurs de taxi normaux. Une petite histoire de commission…

Bref ! le temps de poser mes affaires dans ma nouvelle chambre et de faire le tour du propriétaire, il commence déjà à faire nuit. Et là, je prends ma deuxième douche froide : il est plus que fortement déconseillé de sortir dans la ville après le coucher du soleil, y a une invasion de vampires… Non, je rigole. Mais honnêtement, on n’en est pas loin. Tout le monde te met tellement en garde contre l’insécurité dans les rues de la ville que t’oses pas mettre un pied dehors. D’ailleurs, c’est bien simple, depuis la terrasse sur le toit de l’hôtel, j’entends les parents qui rappellent les enfants qui jouaient dehors et les rues se vident. Bientôt, il n’y a même plus de voitures. Bien. Nous n’irons donc nulle part. Ou alors, si tu veux sortir, faut impérativement que tu appelles un taxi. Et le type qui fait la sécurité à la porte de l’hôtel (et qui porte un gilet pare-balles) note le numéro de la plaque du taxi qui t’emmène. Tout de suite, ça met dans l’ambiance… Je pense sincèrement que oui, y a un problème d’insécurité dans Quito mais est-ce que ça vaut la peine de psychoter comme ça, j’en sais rien. Toujours est-il que pour ce soir, je me contente d’admirer la ville qui s’illumine doucement depuis la terrasse…

Le lendemain matin, je pars donc explorer les petites ruelles sombres qui ne le sont plus puisqu’il fait jour. Je dévore un petit déjeuner fait de jus de fruits frais, de tortillas, de yaourt et de céréales, je me balade dans la vieille ville (c’est très joli, c’est plein de petites rues pavées et d’églises à chaque coin), j’en profite pour m’offrir une épilation digne de ce nom (hourra ! les esthéticiennes latinos ne sont pas myopes !) et je finis par arriver sur la Plaza Grande, la place centrale de Quito, où la foule commence à s’amasser. Mais pourquoi donc ? Et bien parce qu’on est lundi ! Et que le lundi, c’est raviolis ! la relève de la garde devant le Palacio del Gobierno, l’équivalent de notre Elysée. Très bien, me dis-je, assistons au spectacle ! Mais c’est pas tout ! Quand le président des Equatoriens est en ville, il préside la cérémonie. Il se peut donc qu’il fasse une apparition sur le balcon. Alors à 11h pétantes, quand les trompettes se mettent à résonner, tous les yeux sont rivés sur le balcon et… ouiiii ! le voilà ! Hyper détendu, hyper à l’aise, genre « Hey ! Salut ! Qu’est-ce que vous faites là ? », il sourit et il salue la foule qui l’acclame. Parce que oui, mesdames et messieurs, ici, on acclame son président. On a la larme à l’œil quand il fait un geste dans sa direction. On porte des k-ways affreux aux couleurs de son président. On scande son nom. Ici, on fait pas semblant. Et moi, j’ai jamais vu ça. Et je peux dire que je suis grave impressionnée. La cérémonie démarre enfin, les soldats marchent au pas, font des petits tours et puis s’en vont et moi, j’en reviens pas que le président passe 45 minutes tous les lundis matins à agiter la main depuis son balcon. Hallucinant. Par contre, en terme d’image et de popularité, c’est un carton !

Et puis les émotions, ça creuse, alors je vais grignoter un sandwich au jambon (si, c’est une spécialité du coin, j’y peux rien) et je pars en expédition à l’autre bout de la ville m’acheter un ticket de bus pour dans 2 jours. La première compagnie que je tente ne dessert pas ma destination (pas de bol, c’est supposé être la plus confortable), je trouve mon bonheur quelques kilomètres plus loin. Parce que oui, Quito fait pas loin de 65 kms de long sur 10 de large (2 dans les parties les plus étroites). Alors quand on te dit : « C’est à l’autre bout de la ville. », t’as intérêt à savoir précisément où tu vas… Je repars donc avec mon précieux billet et je me mets en tête de rentrer à l’hôtel avec les transports locaux (mes pieds sont fatigués). A Quito, il y a 3 lignes de trolley-bus. Vous savez, ces machins qui sont comme des trams mais qui roulent sur des pneus. Sur le plan de la ville qu’on m’a donné, leurs trajectoires sont claires et bien distinctes. Et bah dans la vraie vie, c’est pas tout à fait pareil. Du coup, je me retrouve quasiment à l’opposé de là où je voulais aller et je finis par rentrer à pieds. Eux, au moins, ils vont là où je leur demande d’aller… Une petite soupe, une bonne douche et au lit ! Demain, le réveil sonne à 6h. Demain, je vais encore tutoyer les sommets. Demain, je vais chatouiller la glace du volcan Cotopaxi.

Photos ici.

Où l’on fait de vieilles blagues sur le lac Titicaca…

Allez, on se la fait une fois, on rigole un bon coup et après on redevient sérieux, OK ?

« Qui c’est qui va faire un titi caca sur les rives du lac Titicaca ? » … Mouahahahaha ! Pfff… qu’est-ce qu’on s’marre, non mais j’vous jure…

Bon, allons, reprenons. On a donc pris le bus depuis La Paz direction Copacabana. Non, pas le Copacabana où les filles se baladent en string sur le sable et où les gars ne peuvent pas marcher avec les bras le long du corps à cause de leurs triceps hypertrophiés. Le Copacabana où tu ne sors pas sans ton bonnet et où seuls les canards barbotent dans l’eau. Le Copacabana bolivien, au bord du lac Titicaca, un village de 6 000 habitants à 5kms de la frontière péruvienne. C’est notre dernière étape bolivienne.

Pour se rendre à Copacabana, il faut donc prendre le bus pendant 3h30. A un moment, la route passe sur le lac. Et non, y a pas de pont. Il faut prendre un bac. Tout le monde descend donc du bus et grimpe sur un bateau. Et le bus fait pareil. Mais sur un autre bateau. Tout le monde a donc les yeux rivés sur le bus, un peu anxieux de voir le bus (et surtout son sac à dos) arriver à bon port. Puis tout le monde remonte dans le bus et colle son nez à la fenêtre pour admirer le lac. Rien que la route, c’est déjà très très joli.

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Mais c’est pas le tout de faire sa maligne, en fin de journée, je me fais rattraper par un bon petit mal des montagnes. Bah oui, crapahuter dans la capitale la plus haute du monde et venir poser son paquetage sur les rives du lac le plus haut du monde, fallait bien que je finisse par payer toute cette hauteur. Du coup, ma tête pèse plus d’une tonne et la soirée se déroule un peu au ralenti à ingurgiter du maté de coca jusqu’à plus soif.

Le lendemain matin, ma tête a retrouvé son poids normal et on a décidé d’aller visiter l’Isla del Sol. On prend donc un bateau à 8h du matin au bout d’un petit ponton branlant et dans les vapeurs d’essence, on prend le large. Le soleil brille, l’eau s’étend à perte de vue et ondule à peine, la traversée dure près de 2 heures, seuls le vent et la température nous rappellent qu’on n’est pas sur la mer mais bien sur le fameux lac.

En arrivant à l’Isla del Sol, on se fait conduire jusqu’au petit musée qui expose quelques découvertes faites par l’équipe du commandant Cousteau au fond du lac. Là, on doit payer un droit d’entrée pour pouvoir aller se promener sur le sentier qui traverse l’île : 10 bolivianos par tête. Bien, c’était pas prévu mais on peut considérer que ces 10 bolivianos sont un droit d’entrée sur l’île, soit. On part donc à l’assaut des 13kms de crêtes qui traversent l’île d’un bout à l’autre. Les criques sont fabuleuses, les paysages incroyables, c’est magnifique. Chaque côte est une petite épreuve à 3850m d’altitude mais ça vaut la peine. Arrivés au milieu de l’île, on tombe sur 2 gars qui nous barrent la route et nous demandent de payer 15 bolivianos par tête (une fortune, clairement) pour pouvoir continuer notre chemin. Soit disant, le ticket du début ne concerne que la partie nord de l’île, ici, il faut payer pour la moitié sud. Je m’énerve, les traite à moitié de voleurs ce qui ne les fait pas sourciller et puisque tout le monde s’exécute, je finis par faire pareil en râlant. De toute façon, y a pas le choix, on doit atteindre le port au sud de l’île pour reprendre le bateau.

Ce qui devait arriver arriva. A la pointe sud de l’île, un troisième péage nous attend. Là, c’est 5 bolivianos par personne. Trop c’est trop, marre d’être prise pour une pigeonne ! Là, question de principe, je ne paye pas. No mas bolivianos ! Finalement, la petite dame nous laisse passer, en râlant elle aussi. Non pas que j’ai des épines au fond des poches, la question n’est pas là. Mais payer juste pour marcher sur un sentier et se faire racketter 3 fois sous prétexte que l’argent ne va pas dans la poche de la même communauté, faut pas pousser le bouchon Maurice !! D’autant plus qu’aucune agence ni compagnie de bateau qui vous amènent sur l’île ne vous préviennent qu’il faut payer un droit d’accès pour le sentier des crêtes. Pour un peu, ça gâcherait la balade qui pourtant vaut vraiment le coup.

Le lendemain, on traîne dans le village qui est plutôt calme, et on fait un petit tour à la basilique, démesurée, avant de prendre le bus après le déjeuner pour Puno, côté péruvien. En arrivant au poste frontière bolivien, on s’aperçoit qu’il nous manque un petit papier vert qu’on aurait dû avoir en entrant dans le pays. Qu’à cela ne tienne, le douanier nous en fait un antidaté, change de tampon, signe des 2 côtés de la carte et voilà ! on est sortis de Bolivie ! Quelques minutes plus tard, rebelote côté péruvien et hop ! nous voilà entrés au Pérou !

En fin d’après-midi, on arrive donc à Puno, 100 000 habitants, 2 gares routières et des tas de rabatteurs qui vous tombent dessus à peine descendus du bus. Là, on se laisse convaincre par une petite dame qui nous propose un hôtel en plein centre à 40 soles la chambre avec eau chaude (oui, on a encore changé de monnaie, à peine eu le temps de s’habituer aux pièces boliviennes). Eau chaude mais pas chauffage, bien sûr. De toute façon, le chauffage, depuis bientôt un mois que je traîne de ce côté du monde, ça semble être un truc complètement délirant. Y en a nulle part. Pourtant, il fait froid voire très froid. Il neige même parfois. Mais à part moi, visiblement, tout le monde s’en fout. Bref, on s’installe et on passe de longues minutes à s’ébouillanter sous la douche. On va ensuite faire un petit tour dans le centre-ville très animé en ce vendredi soir. Les gens se promènent, mangent des glaces, font des courses, y a plein de vendeurs de rues, ça fourmille. On finit par aller dévorer un steak d’alpaga (pas mauvais du tout) avant de rentrer se glisser sous nos piles de couvertures.

Le lendemain matin on doit se rendre à l’aéroport de Juliaca, à 45kms de là, on a un vol pour Lima. Sur le papier, c’est simple, on doit prendre un colectivo (un taxi minibus) jusqu’à Juliaca et là-bas, prendre un autre colectivo jusqu’à l’aéroport. Pour prendre le colectivo pour Juliaca, faut aller au terminal terrestre (la gare routière). Oui, mais pas celui où on est arrivés hier. Non, le terminal zonal. Heureusement qu’on avait prévu un peu de marge… On finit par trouver le colectivo, on hisse nos sacs sur le toit et là, il faut encore attendre que le minibus soit plein avant de partir. Pas question de rouler à moitié vide !!

Au moment de décoller, on aperçoit une dernière fois le lac Titicaca par le hublot avant de disparaître dans les nuages…

Et 2 heures plus tard, nous voilà à Lima. En bus, le même trajet nous aurait pris plus de 24 heures… On grimpe dans un taxi qui nous amène jusqu’à Miraflores, le quartier riche de Lima, dans lequel on a réservé une auberge de jeunesse. En chemin, on observe la ville à travers les fenêtres. Une autre grande ville d’Amérique latine, grise, bétonnée, bordélique, aux installations électriques brouillonnes et à la circulation dantesque. Et soudain, la mer. L’océan plutôt. Qui déroule des vagues longues de plusieurs dizaines de mètres le long des plages de Miraflores. Et quelques grappes de surfeurs qui regardent l’horizon mais en combinaisons intégrales quand même…

On fait un petit tour dans le quartier et on tombe sur un petit resto de fruits de mer, le Punto Azul, qui nous semble bien sympathique. Il est 16h, pas vraiment l’heure de déjeuner mais le snack de l’avion est déjà loin alors… on se laisse tenter. Et bah, on regrette pas. De loin, le meilleur resto qu’on ait fait. Les portions sont gargantuesques mais surtout, c’est délicieux. On se partage un risotto à l’encre de seiche, aux crevettes et aux coquilles Saint-Jacques… mmmh ! L’assiette est tellement énorme qu’on arrive pas à finir et on aura même le droit d’emporter un petit doggy bag avec nos restes. On finit l’après-midi à se balader et à faire du lèche-vitrine dans le centre commercial qui domine la falaise de Miraflores et d’où on regarde le soleil tomber dans l’océan.

Dimanche matin, il fait gris. On a décidé d’aller visiter le centre du vieux Lima. On a pris le Metropolitana, un bus qui circule sur les grandes artères de la ville dans un couloir réservé et dont on n’a rien compris au plan mais qui nous a amenés à bon port. Pas grand-monde dans les rues, les magasins sont encore fermés, les cafés n’ont pas encore ouverts, on se demande un peu où sont les gens… Et après un grand tour à la Plaza de Armas, on a fini par les retrouver… à la messe ! Nous, on voulait simplement visiter l’église. On pouvait pas rentrer, c’était blindé. Du jamais vu. A la sortie, y avait même des camions de pompiers qui barraient la rue, des danseurs et une troupe de mariachis. Du coup, on s’est dit qu’il allait se passer quelque chose alors on a attendu. On était pas les seuls. La rue a commencé à se remplir jusqu’à ce qu’on se retrouve complètement coincés entre un immeuble et une voiture. Et quand enfin, la messe a été dite, la fanfare a éclaté et on a vu sortir Saint Dominique sur un char. Là, c’est devenu du délire. Les gens applaudissaient, lançaient des confettis, chantaient… et comme par magie, le soleil a fait son apparition. Divine, sûrement.

Comme toutes ces bondieuseries avaient fini par nous creuser, on est retournés manger dans le resto de la veille où cette fois, on a du faire la queue près d’une heure pour avoir une table. Mais encore une fois, on n’a pas regretté.

Et puis, il a fallu que je dise au-revoir à mon papa qui est reparti à Paris et comme tout bon backpacker qui se respecte, je suis allée à la laverie où j’ai passé le reste de l’après-midi à regarder mon linge tourner en observant les Limeños vaquer à leurs occupations.

Le Pérou s’annonce sous les meilleurs auspices, il fait même pas froid.

Photos ici et .

Passe moi l’sel !!

A 5h pétantes, Josselin, Justine, Papa et moi, on est debout sur le trottoir à trépigner d’impatience en attendant que passe nous chercher le minibus qui nous emmène à la frontière bolivienne. Aujourd’hui, on part pour le Salar d’Uyuni, facilement dans le top 5 de ma liste d’endroits à aller voir pendant ce voyage.

Les rues sont plongées dans le noir, les étoiles constellent encore le ciel, on aperçoit même un bout de voie lactée. Quelques chiens errants et fêtards bien imbibés errent dans les rues et passent devant nous en se demandant bien ce qu’on fait là avec tout notre barda. A 5h30, le minibus arrive enfin. Il termine la tournée de la ville pour récupérer les petits chanceux qui traverseront leSud Lipez ces 2 prochains jours et à 6h, on quitte enfin San Pedro de Atacama.

A cause des chutes de neige des derniers jours, on ne peut plus passer la frontière comme prévu à côté de San Pedro mais il nous faut remonter jusqu’à Ollague, 300kms plus au nord. 300kms, 3 heures. Dont 2 à une vitesse folle sur une piste crevée de nids de poule où tu te dis que finalement, c’est bien que tu aies zappé le petit-déjeuner… Le paysage est déjà incroyable : des volcans, des montagnes gigantesques au sommets saupoudrés, des grandes plaines dorées et ici et là, une voie de chemin de fer qui serpente.

Vers 11h, on atteint le poste frontière chilien. Parce qu’avant d’entrer en Bolivie, faut déjà qu’on sorte du Chili. Mais apparemment, on n’est pas les seuls à avoir envie de sortir ce jour-là. On se fait donc une bonne heure de queue pour obtenir le précieux tampon de sortie avant de remonter dans le minibus et de parcourir 2 kilomètres supplémentaires. Là, au beau milieu du no man’s land, une bonne vingtaine de jeeps de différentes agences attendent sagement leurs clients. Avant d’entamer l’aventure bolivienne, on a donc le droit à un petit-déj (il est midi mais dans la vie, faut pas se laisser abattre) avec notre premier maté de coca, une infusion de feuilles de coca, bien connues pour être l’ingrédient de base de la cocaïne mais utilisée partout dans les Andes pour ses propriétés médicinales aidant à combattre le mal des montagnes. La coca, tu la bois ou tu la chiques. Nous, on commence par la boire. C’est bizarre, pas très bon, moi je trouve que ça a un vieux goût d’herbe coupée mais bon, on est là pour découvrir la culture locale, pas pour faire une critique culinaire… Et puis l’air de rien, on est déjà à 4000m et on ne plaisante pas avec ces choses-là.

On fait alors connaissance avec notre chauffeur pour les 3 prochains jours, Jaime. Jaime, il parle espagnol, quelques mots d’anglais et basta. Mais il a l’air super sympa et une fois que nos sacs sont chargés et emballés sur le toit de la jeep, on part pour le poste frontière bolivien. Bizarrement, côté bolivien, y a personne. Alors, juste le temps d’une petite photo…

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… et en voiture Simone ! Dans la jeep, on est 6 : notre équipe de choc et 2 Américains, Kim et Matt. 7 avec Jaime. Rapidement, on se rend compte qu’on a bien de la chance d’être tombés sur Jaime. Il conduit bien, nous raconte plein de trucs sur ce qu’on voit et quand vient l’heure du déjeuner (non, on ne passe pas notre temps à s’empiffrer, c’est juste qu’on avait pris un peu de retard sur le breakfast time) au bord d’une lagune à flamants et qu’on retrouve les autres jeeps, on a de loin le meilleur menu. Chaque chauffeur s’occupe de ravitailler son équipage. A chaque pause, il font le tour des voitures, vérifient que tous les pneus sont encore bien gonflés et que les plaquettes de frein ne sont pas collées quelque part où elles ne devraient pas être (ce qui arrive à une autre jeep au bout de 20 minutes). On passe ainsi l’après-midi à traverser le Sud Lipez vers le sud jusqu’au coucher du soleil sur la Laguna Colorada, une lagune rouge sang à cause des microalgues qui vivent dedans. Une fois que la nuit est tombée, il nous reste encore à rallier notre refuge pour la nuit, quelque part au milieu de ce désert. Et déjà que normalement la nuit dans le désert c’est froid, mais à 3800m, la nuit dans le désert ça caille sévère. Jaime, lui, il s’en fout, il a enfilé un pyjama intégral en fourrure mais nous, à l’arrière de la jeep, on rigole moins. On arrive quand même à négocier qu’il nous mette un peu de chauffage. Pour ça, faut s’arrêter, ouvrir le capot et tripoter des trucs dessous… c’est normal. Peu importe, au bout de 10 minutes, ça va déjà mieux. Par contre, Jaime, tout engoncé dans sa combinaison en pilou-pilou, il crève de chaud. Bah la prochaine fois, il nous fournira le pilou-pilou, hein !

On arrive donc vers 20h dans le village (12 bicoques à tout casser) où on doit passer la nuit. Là, on a droit à une bonne soupe brûlante et une plâtrée de spaghettis sauce à l’ail… Comme Jaime n’a pas prévu d’animation pour la veillée, on va donc se coucher vite fait après. De toute façon, sous les tonnes de couvertures, c’est le seul endroit où il fait une température acceptable. Parce que non, y a pas de chauffage. Y a pas d’eau chaude non plus et les toilettes sont à l’extérieur, autant dire que t’as pas intérêt à avoir envie de faire pipi au milieu de la nuit, le risque de surgélation instantanée est bien trop élevé.

Le lendemain matin, après un petit-déjeuner de rois (pancakes et manjar, la version occidentale du dulce de leche argentin), on retrouve Jaime et on repart pour une journée de balade entre gros cailloux aux formes bizarres, lagunes envahies de lamas et de gros lapins à queues d’écureuils et montagnes toujours aussi somptueuses. Toutes les jeeps s’arrêtent plus ou moins aux mêmes endroits. Mais Jaime, il sait bien que nous, on n’aime pas ça. Alors à chaque fois, il prend des routes un peu différentes et nous arrête dans des coins où y a personne. La veille au soir, au refuge, on a entendu des gens qui se plaignaient de leur chauffeur qui ne leur parlait pas et qui roulait comme un dingue. Nous, on est bien contents que le hasard fasse bien les choses. En plus, Jaime, il a un iPod plein de super musique bolivienne, c’est la fête. Bref, on roule dans le désert pendant des heures  et en fin de journée, on arrive au bord du fameux salar, devant un hôtel de sel. Jaime a eu beau faire tout ce qu’il pouvait, on n’est arrivé qu’en second. Un hôtel de sel, c’est un hôtel où les murs, le mobilier et le sol sont en pierre de sel. J’y croyais moyen, j’ai voulu vérifier, j’ai léché un mur. C’était bien salé. On a juste eu le temps d’aller admirer le coucher du soleil avant de se retrouver plongés dans la nuit noire et glaciale… Alors on a vite avalé le dîner que Jaime nous avait préparé avant d’aller se glisser entre nos draps en polaire sous une bonne tonne de couvertures.

Ce matin, à 4h30, quand le réveil sonne, on ramasse vite fait nos affaires et on rejoint Jaime pour charger la jeep. Dehors, tout le monde s’agite pour partir au plus vite, lampe frontale vissée sur le front parce qu’à cette heure-ci, le générateur n’est pas en route. Ce matin, il faut partir de bonne heure pour aller voir le soleil se lever au milieu du salar. Alors après une petite heure à rouler à tombeau ouvert en se demandant bien comment Jaime fait pour trouver la route vu qu’il n’y a pas l’ombre d’un panneau ou d’une piste à l’horizon, on finit par s’arrêter, comme ça, d’un coup, au beau milieu d’un grand terrain plat dont on sait qu’il va être immense et blanc mais dont on ne devine que les quelques mètres qui nous entourent pour l’instant. Il fait froid, très froid. Mais doucement, les premières lueurs éclairent l’horizon et peu à peu, le salar apparaît… Et là, c’est… blanc, ok, immense, ok, mais c’est surtout… fantastiquement indescriptible. Voilà, le salar d’Uyuni, c’est ça.

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C’est complètement dingue. Quand on gratte un peu le sel, qu’on casse la croûte, un peu comme celle d’une crème brûlée, on trouve de l’eau. Et plein de gros cristaux de sel. Et puis en dessous, on trouve encore du sel et puis un peu de terre et encore du sel et de la terre et ainsi de suite sur parfois jusqu’à 40 mètres d’épaisseur. Alors on reste là, à photographier tout ça sous toutes les coutures, en râlant parce que les photos ne rendent pas compte de la réalité et parce que c’est encore bien plus beau en vrai. Alors on finit par juste regarder et regarder encore à s’en brûler les yeux…

Au bout d’un moment, Jaime, qui lui, vient regarder le spectacle 3 fois par semaine et qui commence à être un peu blasé, nous force à remonter en voiture et nous emmène jusqu’à l’autre bord du salar où des paysans boliviens exploitent le sel. Le boulot est crevant, les conditions hyper difficiles et ça ne rapporte pas grand-chose alors ils ne bossent que le strict minimum et le reste du temps, l’usine de conditionnement ne fonctionne pas. Nous, on trouve ça joli tous ces petits tas de sel mais c’est vrai que ça doit pas être rigolo.

Notre dernier arrêt avant Uyuni est le fameux cimetière de trains à côté de la ville. Il y a des années, un train reliait Uyuni à Antofagasta (sur la côte chilienne). Depuis près de 40 ans, on a abandonné le train (probablement bien trop cher à entretenir entre le sel, le sable, les Andes  et les températures glaciales). Depuis, des tas de vieux trains rouillent et s’enfoncent gentiment dans le sable au milieu de ce qui ressemble plutôt à un grand terrain vague. On comprend pas bien pourquoi c’est si fameux et apparemment, Jaime non plus. Et puis il nous dépose finalement à Uyuni. Là, notre premier objectif, c’est de trouver des billets dans un bus pas trop pourri qui part le soir même pour La Paz. Kim et Matt, les 2 Américains qui partagent notre jeep depuis 3 jours sont dans le même cas que nous. On arrive à trouver notre bonheur et on se retrouve tous les 4 sur le trottoir à devoir s’occuper pendant les quelques heures qui nous restent avant le départ du bus. Alors on traîne, du Mac internet café à l’Extreme Fun Pub, on finit par dire au-revoir à Josselin et Justine qui repartent côté chilien le lendemain et à l’heure dite, on grimpe dans le bus où on s’empresse de récupérer des couvertures (y en a pas pour tout le monde). Et au moment où le bus démarre, on se dit qu’on a bien fait de pas prévoir de rester plus longtemps à Uyuni, c’est vraiment trop déprimant comme ville.

Photos ici.