Lost in translation

Ce matin, quand le réveil sonne, je sais que j’ai une longue journée devant moi. Loooooongue. Ma journée à moi, aujourd’hui, elle va durer 41 heures. Notez bien ça : le 30 avril 2013 aura duré 41 heures…

En fait, depuis le début de ce voyage, je saute d’un fuseau horaire à l’autre sans trop m’affoler. J’en étais quand même arrivée à avoir 10 heures d’avance sur vous, là-bas, à la maison. Quand vous alliez vous coucher, j’étais en train de prendre mon petit-déj du lendemain. Et au Chili, c’est l’extrême inverse qui m’attend : 6 heures de retard sur vous, j’irai me coucher quand vos réveils vous tireront de vos couettes (à peu de choses près).

Bref, tout ça pour dire qu’aujourd’hui, pendant que vous vieillirez selon le cours normal du temps, je rajeunirai de 17 heures…

Voilà le programme : aujourd’hui, après un premier vol ChristchurchAuckland prévu à 10h30, je vais monter dans l’avion pour Santiago à 16h. Après 12 heures de vol, j’atterrirai à Santiago du Chili et il sera… 11h du matin mais toujours le 30 avril. Je vais monter dans la DeLorean, Philéas Fogg n’a qu’à bien se tenir !

Bien. Sauf que. Comme d’habitude, tout ne se passe pas exactement comme prévu. Quand j’arrive à l’aéroport de Christchurch, mon vol est retardé. De 3 heures !!! Ce qui ne va me laisser plus qu’une heure pour récupérer mon sac, changer de terminal, ré-enregistrer mon sac et grimper dans l’avion suivant. Jouable mais risqué. D’autant plus risqué que le vol AucklandSantiago fait partie du Round The World ticket et que si je le loupe, ça annule tous les suivants (et évidemment, il n’est pas question de remboursement). Alors, je prends mon air le plus aimable et détendu et je m’approche du guichet. Là, il y a une petite dame, très gentille, à qui je demande si elle sûre, SÛRE, SÛRE DE CHEZ SÛRE que le vol ne va pas être encore plus retardé. Evidemment, elle ne sait pas, elle ne peut pas me garantir que tout va se passer comme prévu vu que ça déconne déjà. Je lui explique que j’ai une connexion à faire, moi et qu’il faut absolument que je sois dans ce deuxième avion, no matter what. Alors comme elle est très gentille, elle me dit qu’il faut que je patiente un peu mais qu’elle peut peut-être me transférer sur un autre vol qui va partir dans 1 heure… T’inquiète que j’ai été sage comme une image ! Je me suis assise sur mon sac juste devant son guichet et j’ai même pas cligné des paupières pendant la demi-heure suivante. Et quand elle m’a fait signe de venir la voir, j’ai bondi et je lui aurais presque claqué 2 bises bien sonores si on n’avait pas été séparées par le comptoir.

Bon, mon nouveau vol prévu à 9h05 n’est parti qu’une heure plus tard mais peu importe. J’étais à Auckland, dans le bon terminal, les yeux fixés sur l’écran qui affichait le vol pour Santiago. Un seul vol pour l’Amérique du sud sur toute la journée, y avait donc vraiment pas moyen de ne pas monter dedans. Sauf que du coup, j’étais tellement en avance que l’enregistrement des bagages n’était même pas ouvert. J’ai donc encore poireauté par terre, assise sur mon sac pendant 2 bonnes heures avant de pouvoir me débarrasser de mon paquetage de 21kgs. 21kgs ! Parce que oui, on en est là maintenant ! Le plus étrange, c’est que je n’ai pas prévu de me séparer de grand-chose dans les semaines qui viennent…

Bref, il était temps d’accomplir mon rituel d’adieu et de dévorer un bon gros burger bien gras chez mon ami McDo avant d’aller faire la sieste patienter dans la salle d’embarquement. C’est là que ça a commencé. D’abord tout doucement. Juste une dame qui est venue me demander si… hablas español ? Ouh, mon dieu, non ! Pas un mot, ma bonne dame ! Et après, c’est devenu un festival. Les hôtesses qui font les annonces en espagnol, tous les passagers qui papotent en espagnol, les consignes de sécurité en espagnol, les films même pas sous-titrés en espagnol… j’ai pas encore quitté la Nouvelle-Zélande que je m’y crois déjà. Et je ne comprends rien. Je ne comprends même pas que l’hôtesse me propose des raviolis au fromage ou un poulet aux champignons… L’enfer… Allez, un vaso de vino blanco por favor ! Va bien me falloir ça !

12 heures plus tard, après avoir survolé rien de moins que la Cordillère des Andes (les Andes !!! non, mais sans blague, c’est pas le Massif Central, hein ! Les Andes !!!) et traversé le nuage de pollution qui recouvre la vallée, me voilà à Santiago. Une heure plus tard, je mets enfin le nez hors de l’aéroport et je me remplis les poumons de l’air de ce nouveau continent… et j’éternue ! Wow, fini l’air pur et le ciel bleu fluo, bonjour les gaz d’échappement et le ciel blanc (on voit même pas les montagnes autour et pourtant, elles sont vraiment pas loin). Biologiquement, pour moi, il est 4h du matin. En vrai, il est midi, pas question de dormir avant un bon moment. Alors, attaquons Santiago !

Photos ici.

La folie Bangkok

Rien qu’à l’aéroport on comprend qu’on a changé de monde. Immense, l’aéroport est immense. Y a au moins 50 guichets à l’immigration, 12kms de couloir après la descente de l’avion et les 22 tapis à bagages. Bangkok… Moi, quand j’entends Bangkok, je pense sang de serpent, Australiens en Ray Ban Wayfarer, chaleur suffocante et moite, bref, La Plage. Le film, La Plage. Sans jamais y avoir mis les pieds, j’en parle déjà comme si j’en connaissais les moindres recoins. « Ko San Road ? Pfff… Jamais de la vie, trop surfait, trop touristique. Le marché de Chatuchak ? Of course ! Et puis le Wat Phra Kaew ? Evidemment ! ».  Y a ceux qui détestent, y a ceux qui adorent et y a moi, et j’ai hâte de pouvoir donner mon avis.

Mais commençons par le commencement. Je retrouve Stéphanie miraculeusement (miraculeusement parce que je n’avais ni l’horaire ni la provenance de son vol) entre 2 portes à la sortie de l’aéroport et on découvre avec joie les transports bangkokois. Bon, on est peut-être arrivées au pays du sourire mais pas au pays de l’efficacité. On va mettre près de 2 heures à rejoindre le centre-ville alors qu’on aurait pu mettre moitié moins de temps, juste parce que la gentille dame du guichet a omis de nous dire qu’on pouvait prendre un train direct plutôt qu’un omnibus… Mais c’est pas grave, on est trop contentes d’être là, tout est fantastique, c’est juste qu’on va arriver à l’hôtel (le Lub’d Siam Square, qu’on vous recommande chaudement) à 23h, qu’on a faim et qu’à cette heure-là, même à Bangkok, c’est compliqué de trouver un resto ouvert. Heureusement, y a un resto chinois pas loin qui lui, est ouvert 24/24 où on file avaler une soupe de nouilles avant de filer au pays des rêves.

Le lendemain matin, comme on est dimanche, on décide de s’armer de bienveillance envers nos prochains et on va arpenter les allées du marché de Chatuchak. Officiellement, c’est le plus grand marché du monde. Des milliers de stands qui vendent tout ce qui s’achète, des baskets second hand (ah ça, c’est sûr, c’est vraiment second hand) aux bébés écureuils. Le tout sous un immense toit de tôle ondulée surchauffée et littéralement envahi par la foule dès 8h du matin. Bon, nous, on est arrivées tranquillement à 10h30, alors forcément, on a été plongées dans l’ambiance dès la sortie du BTS (le métro bangkokois) où on nous avait dit « c’est facile, suffit de suivre la foule ». Mais Chatuchak n’a pas tenu toutes ses promesses : quelques chiots, 3 écureuils et une dizaine de chinchillas mais rien de vraiment exotique. Idem côté boustifaille où les stands de jus de fruits pressés se suivent et se ressemblent mais pas de véritables spécialités locales (OK, Stéphanie a failli défaillir devant une assiette de pattes de poulet mais c’était vraiment pour le folklore…). Alors, après 2 heures à se faufiler dans les allées minuscules et bondées, on a repris le BTS dans l’autre sens pour aller faire du lèche-vitrine se rafraîchir dans un des 700 malls de la ville. On a porté notre choix sur le Siam Paragon. Celui-là, sa spécialité, c’est qu’il concentre toutes les marques de luxe qui existent au monde. L’incontournable boutique Vuitton est à côté de Cartier lui-même à côté d’une concession Maserati, elle-même à côté de Chopard… Ce qui est bien, c’est qu’ici, on n’est même pas tentées de dépenser nos baths… Par contre, on a profité du sous-sol, entièrement consacré au Food Center, pour déjeuner dans un vrai resto (avec une nappe en tissu et des serveurs en uniforme). Et puis, quand on s’est mises à avoir presque froid, on est ressorties dans la fournaise pour aller visiter la maison de Jim Thompson. Jimmy est un type très mystérieux (était, plutôt). Ancien agent de l’OSS, il s’est installé en Thaïlande après la seconde guerre mondiale où, tombé amoureux de vers à soie, il s’est mis à jouer le commercial international et à développer un sacré business. Il a mystérieusement disparu lors d’un week-end chez des amis en Malaisie, l’année où sa sœur a été assassinée aux Etats-Unis… Etait-il toujours « de la maison » ? Trempait-il dans des affaires louches ? Nul ne le sait… Sa maison (constituée de 6 maisons thaïes traditionnelles mises bout à bout) a depuis été transformée en musée et c’est très sympa à visiter. Comme après tout ça ( ???), on était crevées, on a passé un temps infini à regarder la machine à laver tourner en philosophant sur la nature humaine et on a (encore !) loupé l’heure du dîner ce qui fait qu’on a dû retourner manger quelques chinoiseries tout en évitant quelques cafards volants. Oui, ici, ils volent, c’est bien plus marrant, enfin c’est surtout la tête de Stéphanie qui est marrante

Pour notre dernière journée à Bangkok, on a décidé de se la jouer « Culture & Confiture ». Enfin, surtout Culture. Alors on a démarré par la visite en règle du Palais Royal et du fameux Wat Phra Kaew (c’est d’ailleurs amusant comme chaque pays arrange l’Histoire à sa sauce à propos de cette petite statuette qui a beaucoup voyagé puisqu’elle est passée par le Laos, le Sri Lanka et la Thaïlande et appartient à tout le monde…). Puis, on s’est traînées (il fait 45°C et 80% d’humidité, l’Enfer doit probablement ressembler à ça…) jusqu’au Wat Pho et on s’est jetées dans la rivière Chao Praya… ou presque. On s’est plutôt laissées glisser lentement le long des canaux qui valent à Bangkok sa réputation de « Venise de l’Asie ». Vous avez remarqué comme chaque fois qu’une ville est traversée par plus de 5 canaux, elle devient la « Venise » de quelque part ? Pauvre Venise… Parce que Bangkok n’a vraiment rien de Venise… Certes, je n’y ai jamais mis les pieds (à Venise, la vraie) mais pas sûr qu’il y ait des auto-ponts bétonnés à 4 étages qui serpentent entre les buildings au point de cacher le ciel en plein cœur de la Cité des Doges… M’enfin bref ! Pour finir en beauté, on est allées se désaltérer dans un chouette bar en terrasse tout en regardant le soleil se coucher sur le Wat Arun.

Alors oui, Bangkok est folle. Folle de bruit, de pollution, de béton, d’immeubles en construction, de taxis aux couleurs qui mettent de bonne humeur, de McDo dans chaque station de métro, de murs de climatiseurs qui ronronnent 24/24, de jungle qui reprend ses droits dès que le béton se laisse aller, de cafards volants (ou rampants, on ne fait pas de discrimination), de 7-Eleven (mais ça, j’y reviendrai), de caissières du 7-Eleven qui ne sont pas vraiment des caissières mais plutôt des caissiers, de drôles de trucs à manger dans la rue (mes préférés), de chanteurs échappés de la StarAc, de rats gros comme des lapins et de durians qui puent (ça aussi, on y reviendra), bref, 2 jours, c’était bien trop court et Bangkok mérite qu’on s’occupe d’elle bien mieux que ça.

Ca tombe bien, il est prévu que j’y revienne.

En attendant, les photos, c’est ici.

PS : Oui, je sais, je suis très en retard. Vous attendez les bilans du Cambodge et du Laos et ne parlons même pas de votre cours d’histoire préféré sur la Thaïlande… Pas la peine de me le faire remarquer, je le sais. C’est tout le problème quand vous avez des invités, vous passez votre temps à en prendre du bon (temps) et vous procrastinez le boulot. Je suis sûre que vous voyez très bien ce que je veux dire…

Y a des fois…

… faut savoir se taire.

En me relisant, je me suis aperçue que je vous parle fréquemment de mes fessiers endoloris. Tâchons de remédier à ça. Je pourrais donc vous parler de mes pieds (dieu sait que nombres d’entre vous sont fascinés…) mais aujourd’hui, j’ai choisi de vous parler des fesses d’une Autre. Qui ont eu drôlement chaud.

Ce matin, je suis donc partie en mission « allons au Laos ». Le minibus devait passer me prendre à 7h. Bon, il est arrivé à 7h30 (jusque là, tout va bien, so far, so good…). Blindé. Archi blindé. Le coffre était déjà plein (ça fermait pas  et les bagages étaient ficelés, sur-ficelés les uns aux autres, de vrais saucissons) et sans parler des sièges déjà occupés par plus de gens que ne l’a jamais imaginé l’ingénieur Renault. Mais rien n’arrête le chauffeur cambodgien. Un autre paquet de nœuds plus tard et après avoir forcé les gens à jouer à Tetris un peu mieux, je grimpe dans le minibus. Direction Stung Treng, 1ère étape du marathon « allons au Laos ».

Je me retrouve compactée entre un Allemand et un Américain, le cul entre 2 sièges (c’est vraiment le cas de le dire mais zut ! on avait dit qu’on n’en parlait plus !), évidemment pas à la même hauteur (les 2 sièges), un de mes sacs sur les genoux et agrippée au siège de devant pour pas m’étaler lamentablement au premier virage. Après moi, on arrive encore à encastrer 2 passagères supplémentaires et c’est parti pour 3 heures (2 sur le papier mais ça, vous vous en doutiez) !

Arrivé à Stung Treng, tout le monde descend, on démonte la pyramide de sacs (on s’est arrêtés 2 fois pour vérifier que tout était bien accroché, quand même !), ceux qui vont au Laos restent au bord de la route à attendre le bus suivant et ceux qui vont à Stung Treng remontent dans le minibus pour finir leur course 2kms plus loin. Là, on poireaute une bonne heure. On est censés attendre un vrai bus qui n’arrivera bizarrement jamais. En attendant, le GO du premier bus nous demande de remplir les papiers pour la demande de visa laotien et de lui filer 39$ et nos passeports. 39$ =35$ pour le visa + 2$ pour le tampon de sortie cambodgien + 2$ pour le tampon d’entrée laotien. Il t’explique que t’es pas obligé de payer pour le tampon mais que sans tampon, tu passeras pas la frontière… d’après moi, ça veut dire que t’es obligé et ça s’appelle de la corruption mais lui, il voit pas les choses de la même façon…

Bref, c’est là qu’entre en scène l’Autre. L’Autre est suisse (mais ça, on ne l’apprendra que plus tard). Elle clame à la ronde que c’est pas normal et qu’on devrait pas filer nos passeports à un inconnu (dans l’absolu, elle est pas complètement dans le faux). Elle rajoute que elle, elle s’en fout, elle a déjà un visa pour le Laos donc elle va pas filer son passeport à Paulo (l’histoire ne dit pas quel est le véritable prénom de Paulo). Bref, elle dit qu’elle a pas un bon feeling, que ça se voit que Paulo est un Cambodgien et qu’il essaye de faire son business avec nos visas mais qu’au Laos, les gens sont bien plus gentils et qu’elle compte pas se laisser avoir.

En attendant, nous (les autres couillons qui veulent aller au Laos et votre serviteuse ici présente), on file nos passeports et nos dollars à Paulo. Un autre minibus arrive, on charge la bête et tout le monde monte dedans, direction la frontière. En route, Paulo nous file des contremarques pour le minibus qui va nous amener de la frontière à Ban Nakasong, joli port de pêche point de départ des barques pour les 4000 îles (rappelez-vous, c’est là qu’on va). En échange des contremarques, Paulo, il veut qu’on lui file nos billets émis par nos guest houses respectives parce que ça lui permettra de se faire payer (oui, parce que nous, on a payé les guest houses). Là, l’Autre, elle refuse tout net. Elle prend la contremarque mais elle refuse de filer son billet à Paulo. Elle lui dit qu’elle lui fait pas confiance et qu’elle attend d’être côté laotien pour lui donner son billet. Là, Paulo, il voit rouge. Il commence par lui dire que si elle veut pas lui faire confiance, faut pas passer par ses services. L’Autre, elle répond qu’elle a pas eu le choix, qu’elle a été obligée de passer par une compagnie de bus mais qu’elle aurait préféré se débrouiller toute seule et qu’elle pense que Paulo essaye de nous arnaquer. Paulo passe alors au rouge foncé. Il lui dit que puisque c’est comme ça, elle n’aura pas de transfert de l’autre côté de la frontière et qu’il est sérieux. Et je vous jure, il était sérieux.

D’abord, à la frontière, pendant qu’on patiente à l’état semi-comateux (il fait au moins 50°C) que Paulo nous rapporte nos passeports, l’Autre, elle est obligée d’aller faire la queue en plein soleil pour faire tamponner son passeport. Ça prend un temps infini en plus parce qu’apparemment, des passeports suisses, il en passe pas tous les jours, et ça amuse fortement les douaniers.

Une fois nos passeports en poche (youpi ! encore 2 nouveaux tampons et 1 page entière de visa !), Paulo nous abandonne et on monte dans un autre minibus. Et là, c’est le début du psychodrame. Le chauffeur (qu’on va appeler Octave) nous explique qu’il est payé pour emmener 8 personnes et qu’on est 9 donc il ne veut pas partir. Nous, on répond en cœur que tout le monde a payé (même l’Autre) et que Paulo a dû se tromper mais qu’on va tous à Ban Nakasong. Là, Octave, il coupe le contact (et donc la clim), il sort du minibus et il va s’asseoir 10 mètres plus loin, le temps que l’Autre se décide à sortir du bus (il a clairement identifié la personne qu’il n’est pas censé emmener). Sans clim, on tient pas 3 minutes (Octave le sait) alors on dit à l’Autre qu’elle ferait bien d’aller filer 5$ à Octave histoire de calmer le jeu. Après quelques minutes d’hésitation, elle accepte. Elle sort du bus et elle se dirige vers Octave. On n’entend pas ce qu’ils se disent mais on comprend vite qu’au lieu d’arranger les choses, elle est en train de nous énerver Octave encore un peu plus. Du coup, Travis (lui, c’est son vrai prénom) intervient. Il revient 2 minutes après (on est cuits à point) suivi d’Octave (toujours très énervé) et de l’Autre (toujours avec son air hautain). Octave nous explique que même pour 1000$, il l’emmènera pas à Ban Nakasong parce qu’il a été payé pour 8 personnes, pas pour 9. C’est le moment où on est à 2 doigts d’admirer l’intégrité d’Octave. Sauf que là, ça devient ridicule et la pression monte dans la cocotte-minute. D’autant plus que 3 Allemands en rade à la frontière demandent alors à Octave s’il peut les déposer à Ban Nakasong et qu’Octave, sans même prendre le temps de réfléchir, accepte, charge leurs sacs sur le toit et les tasse sur les banquettes. Sauf qu’il veut toujours pas partir avec l’Autre à bord. Sa nouvelle excuse c’est de nous expliquer que dans son minibus, y a 11 places et qu’il n’est pas assuré pour 12. Là, c’est la goutte d’eau, on éclate de rire. Depuis le matin, on est entassés mieux que des sardines dans une boîte entre des sacs, des casseroles et des poulets, le coffre ouvert et les sacs menaçant de se vider sur la route et lui, il vient nous parler de nombre maximum de personnes autorisées ? C’est un rigolo en fait, Octave.

Sauf que lui, il voit pas ce qu’il y a de drôle. D’autant plus que l’Autre, elle commence à lui chanter le couplet de « Mais je suis la cliente et j’ai payé pour le trajet complet donc je vois pas où est le problème ». Bref, le ton monte, Travis intervient à nouveau et Octave finit par remonter dans la voiture, en claquant bien fort la portière pour nous faire comprendre qu’il est bien énervé mais on finit par quitter la frontière. Comme il est vraiment très énervé Octave, il roule à 110kms/h sur la piste à peine goudronnée, la main enfoncée sur le klaxon en continu. Mais on arrive à bon port.

Là, on est censés prendre un bateau. Pas tous le même. Certains vont à Don Det, d’autres à Don Khon (votre serviteuse, entre autre) et l’Autre va à Don Khong (oui, la différence est subtile, surtout prononcé à la laotienne). Evidemment, Paulo a transmis le message à son pote Marcel, celui qui gère les bateaux. Au moment de filer son ticket à l’Autre, Marcel lui explique que tous les bateaux pour Don Khong sont partis et qu’elle est coincée là jusqu’au lendemain. Mais l’Autre, au lieu de demander humblement combien il faut qu’elle racke pour pouvoir aller là où elle veut, elle en remet une couche ! « Ouiiiiii, j’ai payé, je comprends pas c’est quoi votre problème, vous essayez de m’arnaquer, blablabla… »

Y a rien de pire qu’un Asiatique qui croit qu’on essaye de lui faire perdre la face (question de culture). Au lieu d’être conciliant, il se braque et refuse toute négociation. Pire, il tourne les talons et il s’en va. Et c’est bien ce qui arrive. Du coup, l’Autre, elle se retrouve sans ticket de bateau. Mais comme elle ne veut pas perdre la face devant nous (ça, c’est plutôt une question d’ego mal placé), elle continue à chouiner et elle essaye de nous apitoyer sur son sort. Pas de bol, on n’en peut plus de ses scandales à répétition donc on la laisse bouder et elle finit par aller jusqu’à l’embarcadère pour essayer de se trouver un bateau toute seule. Quelques minutes plus tard, on se dirige tous vers l’embarcadère et au moment de partir, on réalise qu’on ne la voit plus. On en déduit qu’elle a dû arriver à ses fins et trouver un bateau pour Don Khong. On laisse donc aller nos langues de vipères (ce qui est sûrement une des choses qui permet aux gens de lier connaissance un peu partout dans le monde… autant dire que j’ai plein d’amis) et on se marre comme des baleines en se disant que quand même, Paulo, il est pas sympa d’avoir appelé tous ses potes pour lui pourrir son après-midi même si elle l’a bien mérité.

Là-dessus, votre serviteuse arrive à Don Khon, se vautre sur la plage en descendant descend élégamment de sa barque, récupère ses sacs, se met en quête d’une douche (oui, le toit, à ce moment-là, c’est vraiment accessoire) et s’installe dans un petit bungalow en bambou à 50 000 KIP la nuit (à peu près 5€ pour ceux qui ne sauraient pas ce que c’est qu’un KIP). Après m’être un peu rafraîchie, je ressors acheter de quoi paresser dans mon hamac le reste de l’après-midi et devinez un peu sur qui je tombe ? … Et bah oui ! l’Autre ! Son capitaine de barquasse n’a jamais compris qu’elle voulait aller à Don Khong et l’a donc amenée à Don Khon (je vous avais dit que c’était subtil !). Et comble de la mauvaise foi, elle me dit que finalement, elle est ravie parce qu’ici, « c’est très joli » !

Bon, sur ce dernier point, elle a raison, la preuve ici.

Mais quand même, heureusement que j’en connais d’autres (des Suisses) parce que sinon je me demanderais encore comment ils ont fait pour rester neutres avec des gens aussi hargneux et moches par-dessus le marché (mais ça, c’est pas fair-play).

Le Mékong, long fleuve tranquille…

S’il est bien un fleuve mythique dont le nom fait rêver, c’est le Mékong. En tout cas moi, ça me fait rêver. Juste le nom déjà… Mé-kong… C’est chouette , non ?

Troisième plus grand fleuve d’Asie, il prend sa source dans les hauts plateaux himalayens tibétains et traverse le Laos, le Cambodge et la Thaïlande avant de finir par s’étaler au Vietnam en un immense delta.

Les terres du delta sont si fertiles que les rizières produisent jusqu’à 4 récoltes par an ce qui permet au Vietnam d’être le deuxième exportateur mondial de riz (derrière la Thaïlande). C’est également là qu’on trouve les plus grandes fermes piscicoles spécialisées dans l’élevage du bien connu panga (… beurk !). Et puis c’est aussi là qu’on trouve les derniers descendants des Chams, les seuls Vietnamiens musulmans. Et bien sûr, une tripotée de villages et de marchés flottants. Bref, il y a de quoi s’occuper dans le delta.

J’avais 2 options : soit je me débrouillais toute seule pour aller visiter 1 ou 2 villages et pagayer au milieu d’un marché puis je revenais sur Saigon pour repartir aussi sec vers la frontière cambodgienne (oui, mon visa arrive à expiration, faut s’en aller maintenant ma p’tite dame !), soit je passais par un tour organisé par une agence. Là encore, 2 sous-options : payer une fortune pour faire un truc un peu exclusif ou payer pas trop cher pour faire un circuit bien classique et bien touristique. Avec un peu plus de temps devant moi, j’aurais choisi l’option free-lance (et si c’était à refaire, je me débrouillerai pour avoir plus de temps), mais là, je n’ai plus de temps et le Ministre des Finances m’a lancé un regard noir donc… j’ai opté pour le circuit organisé de masse.

Tout n’est pas à jeter dans ces 3 jours. D’abord, j’ai rencontré un Anglais très rigolo avec qui j’ai eu une conversation surréaliste sur la téquenique et la taquetique footballistique. Un autre qui n’a jamais voulu croire que j’étais française (« But your english is so good ! »… pfiou ! gros enflage de chevilles !). J’ai vu les plus grosses araignées qui existent au monde (je peux pas croire qu’il en existe de plus grosses et si, par hasard, il en existe, je ne veux pas le savoir). J’ai eu l’occasion de déployer ma moustiquaire validée par l’OMS. J’ai mangé un sandwich au steak et au pâté (oui, dans le même sandwich). J’ai visité une fabrique de bonbons à base de noix de coco. Une fabrique à nouilles de riz. Changé 7 fois de bus. Pris 5 bateaux. Me suis réveillée 2 fois à 6h (quoi ? bah non, ça ne m’arrive plus tous les jours !). Ai négocié des ananas en gros (même si ce n’était pas LE plus gros marché flottant du Mékong et qu’il y avait probablement autant de touristes que de Vietnamiens, c’était très sympa). Mangé du crocodile. Nourri des pangas. Et j’ai fini par traverser la frontière.

D’ailleurs, c’était plutôt rigolo cette frontière. J’ai choisi la version maritime (j’ai remonté le Mékong jusqu’à Phnom Penh en bateau). En quittant le Vietnam, le poste frontière est une baraque en béton posée sur une dizaine de pilotis au bord de la rivière. Tu rentres, tu donnes ton passeport, on te le tamponne, ça y est, t’es sorti du Vietnam. En arrivant au Cambodge, tu descends du bateau sur un petit ponton en bois brinquebalant, tu traverses les roseaux sur une planchette vermoulue puis tu vas dans un petit bureau avec un seul guichet grillagé où des poules ont fait leurs nids sous les pieds du douanier et 3 coups de tampon plus tard… Welcome in Cambodia !

Alors, le Vietnam c’était déjà pas un pays riche mais le Cambodge… c’est mon Ministre des Finances qui va être content !

Bon, ils ont pas un rond pour construire un petit pont digne de ce nom mais par contre, le chef des douaniers, il a une voiture de sport… pour pourchasser les clandestins, sûrement…

Et donc, me voici à Phnom Penh, capitale du Cambodge. Mais ça, c’est l’histoire de demain… En attendant, je vous ai fait des centaines de photos sous un soleil de plomb et c’est par .

Xin chao Vietnam !

 (qu’on prononce Sin Tchao parce que sinon, ça serait trop simple… Mais… pourquoi –euh ???)

Ca y est ! J’attaque la longue traversée de l’Asie du sud-est jusqu’à Singapour !

Oui alors, effectivement Nanning, y avait rien à y voir et de toute façon, c’était couvert de brouillard et j’en ai donc profité pour organiser un peu la suite. Vous ne verrez donc pas de photo de Nanning.

J’ai donc pris le bus, écrabouillé 10 personnes, récupéré mon visa au consulat, couru (enfin clopiné avec tous mes sacs) pour reprendre le bus, ré-écraser 10 personnes, sauté (enfin…) dans le train pour Hanoi et attendu impatiemment que le train démarre. Adieu les canards laqués !

A minuit, le train s’arrête à la frontière côté chinois. Tout le monde descend avec l’intégralité de son paquetage et fait la queue à la douane. Enfin la douane… Un petit fonctionnaire chinois tout seul qui ouvre consciencieusement toutes les valises, les vide sur une table et te voilà à devoir refaire ton sac au milieu de la gare. Oh non, faites que je n’ai pas à vider TOUT mon sac et à TOUT réemballer… Enfin bon, au bout du 30ème sac, il se détend un peu et jette juste un œil inquisiteur sur le contenu et son propriétaire. Je recommence à respirer et j’affiche mon air le plus aimable quand arrive mon tour. Sauf que. Finalement, je dois avoir l’air suspecte ou peut-être était-ce parce que j’étais la seule Occidentale du train, mais j’ai droit à un traitement spécial et il va jusqu’à ouvrir mon portefeuille et étaler mes petites culottes sur le comptoir… on sait jamais !

Bref, on fait tamponner nos passeports et hop ! nous voilà hors de Chine.

Une heure plus tard, on recommence le même cirque côté vietnamien sauf que là, il doit être trop tard et les gars doivent être fatigués, personne ne checke les sacs. Un nouveau tampon plus tard, on remonte dans le train et CA Y EST !! JE SUIS AU VIETNAM !!

A 5h, le train arrive à Hanoi, dans une petite gare de banlieue au milieu de nulle part… Grumpfff… Le plan, c’était d’aller à l’autre gare (celle dont part le soir même mon train pour les montagnes du Nord-Ouest), de mettre mes sacs à la consigne et de passer la journée à traînasser dans la ville. Sauf que là, il fait encore nuit, rien est ouvert et il pleut… Re-grumpfff… Bon bah finalement, ça sera taxi (le chauffeur, très rigolo, me fera la conversation en vietnamien pendant tout le trajet et me délestera de 10$…), hostel et après avoir dormi, on verra !

Mais en attendant… Chào mừng bạn đến với Việt Nam !!