Sabaidi Lav !

Ou si vous préférez : ສະບາຍດີລາວ !
… mouais !
Quelque chose me dit que vous ne préférez pas.
Bon, alors,
nouveau pays, nouveaux tampons sur mon passeport, nouvelle monnaie, nouvelle langue, nouvel alphabet, nouvelles spécialités culinaires… bref, la plus grande difficulté à changer de pays tout le temps c’est de se rappeler chaque matin où on se réveille.
Mais avant d’entamer le périple laotien, j’aimerais savoir qui connaît quelque chose (n’importe quoi, même un tout petit bout de quoi que ce soit) sur ce pays ? …
C’est bien ce qu’il me semblait. Personne. Même pas moi. Alors on va commencer par le commencement. D’abord, le Laos, c’est où ? Et bah c’est là.
Le Mékong, qui y serpente sur 1865kms, sert de frontière naturelle sur une grande partie ouest du pays. Autour du Laos il y a la Chine, le Vietnam, le Cambodge, la Thaïlande et le Myanmar. Vu le passé chargé des voisins, on peut se dire que le Laos n’a pas dû être épargné au cours des derniers siècles… Et on a raison !
Bon, là, j’espère que vous êtes concentrés parce que j’ai essayé de faire court mais c’est pas
simple…
Comme un peu partout en Asie du sud-est, le Laos était autrefois composé de plusieurs petits royaumes indépendants (au nord, au centre et au sud pour faire simple) qui essayaient de prendre l’avantage à tour de rôle. Parfois, ces petits rois étaient tellement occupés à jouer à qui pisse le plus loin s’entretuer que les voisins en profitaient pour débouler avec une grosse armée et calmer tout le monde. Le premier grand roi du Laos fut Fa Ngun (et non, pas Atchoum), armé par les Khmers pour reconquérir le pays alors aux mains des Thaïs. Il nomma son empire Lan Xang Hom Khao, ce qui signifie « un million d’éléphants et le parasol blanc ». Le million d’éléphants, on voit bien (il y avait vraiment beaucoup d’éléphants au Laos à cette époque) mais le parasol blanc… j’ai du mal à croire qu’il n’y en ait eu qu’un. Quoi qu’il en soit, le Laos est encore appelé aujourd’hui « le pays du million d’éléphants » même si, en vérité, il en reste à peine 2 000. Ce qui est bien mais pas top.
Mais reprenons le fil de l’Histoire… En 1867 (oui, l’Histoire va vite), les premiers membres
de l’expédition française du Mékong arrivent à Luang Prabang, à l’époque la capitale du royaume et la plus grande ville en amont de Phnom Penh (ah non, hein ! Faites pas semblant de pas savoir où se trouve Phnom Penh, on en vient !). Pendant les 20 années qui suivent, la cité est au cœur d’une lutte qui oppose les Siamois, les Français et des bandes de brigands chinois. En 1887, le roi prend la fuite en compagnie d’un explorateur français qui lui offre alors la protection de la France. Le roi accepte, les Français partent braquer leurs canons sur Bangkok et hop ! en 1893, les Siamois rendent aux Français tous
les territoires à l’est du Mékong (qu’ils avaient gaillardement annexés) et c’est ainsi que le Laos devint une colonie française et intégra l’Indochine. Dans l’esprit des autorités françaises, les territoires laotiens devaient servir de tremplins pour la poursuite de l’expansion coloniale et l’absorption du nord-ouest de l’actuelle Thaïlande (bah voyons… et pourquoi pas maîtres de l’Univers tant qu’on y est ?). Du coup, les Français déplacent la capitale à Vientiane et en 1907, un traité international fixe les frontières actuelles du Laos.
Le pays demeurait toutefois un coin perdu et une charge dans le budget de l’Indochine malgré les projets coloniaux d’exploitation. Dans l’entre-deux guerres, la
France mena notamment un projet qui visait à construire une voie ferrée à travers les montagnes qui séparent le Laos et le Vietnam afin de relier les villes laotiennes à la côte vietnamienne. L’idée était d’encourager la migration de paysans vietnamiens pour remplacer les laotiens jugés indolents par les colons. « Les Vietnamiens plantent le riz, les Cambodgiens le regardent pousser et les Laotiens l’écoutent », joli slogan de l’époque. La crise de 1929 mit un terme au projet. Pourtant, dans toutes les villes à l’exception de Luang Prabang, les Vietnamiens étaient plus nombreux que les Laotiens car ils tenaient les postes administratifs que les Français ne voulaient pas.
C’était donc le moment pour que le mouvement nationaliste commence à se développer au Laos. Les élites locales étaient rassurées par la présence française même si elles désapprouvaient la trop forte présence vietnamienne. Le déclenchement de la Seconde Guerre Mondiale fragilisa la position de la France en Indochine. Un nouveau gouvernement farouchement nationaliste à Bangkok nomma le Siam Thaïlande et profita de l’affaiblissement de la France pour reprendre les territoires « perdus » 50 ans auparavant et les terres à l’ouest du Mékong repassèrent aux mains des Thaïs.
Pour contrer la propagande expansionniste de Bangkok, les Français encouragèrent le nationalisme laotien. On est alors en 1942 et comme le gouvernement de Vichy collabore avec les Allemands, l’administration de l’Indochine est encore contrôlée par la France malgré l’occupation japonaise. Mais dès le début de 1945, les Japonais sentent que la France est en train de retourner sa veste alors ils décident de frapper un grand coup et arrêtent tous les militaires et fonctionnaires français de l’Indochine. Quelques-uns arrivent à s’échapper dans la jungle et organisent alors la résistance laotienne. Les Japonais contraignent alors le roi du Laos à proclamer l’indépendance. Lors de la capitulation du Japon, un mouvement nationaliste, le Lao Issara, forme un gouvernement provisoire. Mais rien ne dure… le roi revient sur la déclaration d’indépendance et les Français reviennent en force, exilant fissa le gouvernement du Lao Issara. Les Vietnamiens présents en grand nombre repartent également et les Laotiens reviennent progressivement dans les villes. Quelque temps après, la Thaïlande rendit les territoires de la rive ouest du Mékong.
En 1949, laFrance octroie une indépendance partielle au Laos dans le cadre de la Fédération Indochinoise. Certains dirigeants du Lao Issara reviennent alors pour œuvrer à l’indépendance totale dans un cadre légal. Les autres choisirent de se joindre aux Viêt-Minhs (Hô Chi Minh et les vietnamiens communistes qui essayaient d’obtenir l’indépendance) et de poursuivre la lutte anticoloniale. Ceux-là formèrent un mouvement appelé Pathet Lao qui forma alors un gouvernement de résistance. Le prince Souphanouvong (bah oui, tout ça, c’était quand même aux mains de la famille royale… pfff, on n’y comprend plus rien) créa une alliance entre le Lao Issara et le Viêt-Minh et devint président du Front du Laos Libre, qui succédait au Lao Issara dissous. En 1953, un traité d’amitié franco-laotien accorde l’indépendance totale au Laos. Pendant ce temps, approvisionné en armes chinoises, le Viêt-Minh élargissait la guerre et les Français étaient sur la défensive. En 1953, le Viêt-Minh marcha sur Luang Prabang mais se replia devant l’arrivée de renforts français. Craignant une nouvelle incursion au Laos, les Français établirent une base importante dans la vallée de Dien Bien Phu (tiens, tiens… mais il me semble qu’on en a déjà parlé quelque part, non ?), tout ça se termina très mal et le 8 mai 1954 s’ouvrait la conférence de Genève mettant un terme à la guerre. Deux zones furent cependant octroyées aux forces du Pathet Lao (qui soutenait le Viêt-Minh, rappelez-vous). Le mouvement put alors y conforter son organisation et commença à négocier avec le gouvernement royal lao la réintégration de ces 2 provinces dans un état unifié.
La réunification du pays était une priorité majeure pour le gouvernement royal lao. Le Pathet Lao, isolé dans des bases reculées, dépendait entièrement des Nord-vietnamiens qui eux, était plutôt préoccupés par la réunification du Vietnam (oui, parce qu’à ce moment-là, le Vietnam était coupé en deux). Et le gouvernement royal lao dépendait de plus en plus des Etats-Unis qui avaient rapidement supplanté la France comme principal bailleur de fonds. Pour les Laotiens, la seule voie réaliste était celle de la neutralité et la seule manière de restaurer l’unité nationale passait par l’intégration du Pathet Lao dans un gouvernement de coalition, ce qui fut fait en 1957. Les Etats-Unis suspendirent leurs aides à la suite de la nomination de ministres du Pathet Lao (bah oui, ils étaient communistes quand même et le Laos connut alors une grave crise politique et financière. Fin du premier gouvernement de coalition, remplacé aussi sec et avec l’aide des Etats-Unis par un gouvernement de droite qui abandonna la politique de neutralité. L’intégration dans l’armée des unités du Pathet Lao échoua et la guerre civile reprit.
En 1960, un modeste officier qui en avait marre de tuer ses compatriotes s’empara du pouvoir à Vientiane alors que la quasi-totalité du gouvernement était à Luang Prabang pour les obsèques du roi. Il annonça au monde que le Laos revenait à une politique de neutralité et exigea le retour du premier ministre du gouvernement de coalition. Un général de l’armée refusa de participer à ce nouveau gouvernement et partit dans le centre du pays organiser l’opposition, soutenu par la CIA et le gouvernement thaïlandais qui lui fournissait argent et armes. Pendant ce temps, le gouvernement neutraliste recevait des armes de l’Union Soviétique via le Vietnam. De vastes secteurs du pays tombèrent alors aux mains des communistes et les Etats-Unis envoyèrent des soldats en Thaïlande pour empêcher toute tentative de traversée du Mékong par les forces communistes. Il semblait alors que l’intervention américaine aurait plutôt lieu au Laos. Mais finalement, les Etats-Unis firent volte-face et soutinrent la neutralité du Laos. Une nouvelle conférence fut organisée à Genève en 1962 et un nouveau gouvernement de coalition fut établi avec une majorité pour les neutralistes.
Pour autant, dans le centre du pays, chaque camp continuait à approvisionner son allié en armes. Les Nord-vietnamiens prirent bientôt position dans la plaine des Jarres et en 1964, les Etats-Unis entamèrent leurs offensives aériennes en bombardant les positions communistes. Puis, à mesure qu’augmentaient les infiltrations communistes par la piste Hô Chi Minh, ils étendirent leurs pilonnages d’un bout à l’autre du pays. Sur place, le Pathet Lao se battait pour les Viêt-congs et l’armée royale pour les Etats-Unis. Les combattants des 2 camps étaient totalement financés par leurs soutiens extérieurs et cette guerre par procuration dura jusqu’en 1973. En 1974, le cessez-le-feu au Vietnam mit un terme aux combats au Laos et permit la formation d’un troisième gouvernement de coalition mais cette fois ci, avec un seul neutraliste. En 1975, après la chute de Phnom Penh puis de Saigon, le Pathet Lao (les communistes, hein, vous suivez toujours ?) mit la pression et finit par prendre le pouvoir lorsque le premier ministre accepta de coopérer pour éviter un nouveau bain de sang. Le nouveau régime mit fin à la monarchie et instaura la République démocratique populaire lao. Le Parti s’employa alors à restreindre la liberté d’expression et de réunion et organisa des séminaires pour que la population assimile sa
nouvelle vision du monde. Toutes les élites fuirent le pays, direction la Thaïlande. L’économie du pays s’effondra alors puisqu’elle dépendait uniquement de l’aide américaine qui s’arrêta immédiatement. Malgré un soutien certain de l’URSS et de tout le bloc communiste, le Laos ne s’en sortait pas. Dès 1979, il fallut opérer de nouvelles réformes et la propriété ainsi que les entreprises privées furent rétablies. Cependant, ça n’était pas suffisant et en 1986, le Laos se mit à suivre l’exemple chinois : ouvrir l’économie aux mécanismes du marché et le pays à l’aide étrangère et aux investissements occidentaux mais tout en conservant le strict monopole du pouvoir politique. Le début des années 90 s’annonça alors comme une période de faste économique avec l’afflux de capitaux étrangers notamment de Bangkok. Mais la crise asiatique de la fin de ces mêmes années et l’effondrement de la monnaie provoqua de fortes tensions dans la population qui furent réprimées violemment. Le régime, redoutant l’effet de ces incidents sur l’économie touristique naissante, mit un tour de vis sécuritaire.
Depuis 2000, le montant des investissements chinois au Laos ne cessent d’augmenter, devenant une importante source de recettes pour l’état. Cependant, la majorité de ces richesses atterrissent dans les poches des cadres du Parti et la corruption est présente à tous les niveaux, au grand mécontentement des Laotiens. Cependant, l’opposition reste quasi inexistante et le Parti ne voit guère son autorité remise en question (et pourtant, ils ne censurent pas Facebook).
Et maintenant ? Et bah, le Laos continue d’exploiter ses ressources et réalise de nouveaux investissements hydroélectriques et miniers. Le tourisme se développe et Luang Prabang a été classée au 1995 au patrimoine mondial de l’Unesco (quoi ? pas de « merveille du monde » au Laos ? je repars…). Et le fossé ne cesse de s’élargir entre Laotiens des villes et Laotiens des champs qui ne voient jamais la couleur des promesses faites par le gouvernement et qui ont des structures de soin et d’éducation désastreuses… Bref, c’est pas la fête politico-économiquement parlant mais il paraît que ça vaut le coup d’œil et que
les gens sont d’une gentillesse inégalée. Alors… entrons !

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