Ola Ecuador !

Chers lecteurs, il est grand temps pour nous de découvrir l’Equateur. Certes, vous avez tous déjà entendu parler de ce petit pays parce qu’il a la bonne idée de se trouver sur l’équateur mais à part ça, que savez-vous réellement de l’Equateur ?

… Rien ! C’est bien ce que je pensais. Et bah moi non plus figurez-vous ! Alors culturons nous un peu ensemble, voulez-vous ?

L’histoire moderne du pays commence avec l’empire inca. Jusqu’au début du XVème siècle, les Incas se cantonnaient au Pérou et plus précisément à la région de Cuzco. Et on ne parlait pas vraiment d’empire inca à cette époque. Et puis, un beau matin, l’Inca Pachacuti décida qu’il était grand temps de soumettre ses petits voisins et vlan ! il entra en guerre contre les tribus alentours. C’était le début de l’Empire… Au moment d’arriver en Equateur, Pachacuti était déjà mort et c’était son successeur, Tupac Yupanqui, qui menait les troupes. Mais les tribus équatoriennes ne se laissèrent pas faire et opposèrent une résistance farouche. Il fallut donc plusieurs années à Tupac pour imposer sa loi, ce qu’il finit par faire lors d’une bataille où les Incas massacrèrent des milliers de Caras (la tribu du coin) qu’ils jetèrent dans un lac près d’Otovalo (un peu au nord de l’actuelle Quito), dont les eaux, dit-on, devinrent rouges. Le lac prit le nom de Yaguarcocha, le lac de sang… Sympa !

Pendant les années où il était occupé à guerroyer dans le nord, Tupac eut un fils avec une princesse équatorienne qu’il prénomma Huayna Capac (pas facile à porter tous les jours mais bon, on choisit pas son prénom). Huayna grandit en Equateur et succéda à son père sur le trône de l’empire inca. Comme on choisit pas non plus sa famille, Huayna dût passer sa vie à aller réprimer des révoltes d’un bout à l’autre de l’empire. Quand il avait le temps, il se mariait, ce qui lui valût d’avoir 2 fils : Atahualpa qui grandit à Quito et Huascar élevé à Cuzco. Apparemment, il a eu 2 fois le temps…

A sa mort en 1526, les derniers mots de Huyana furent : « Argh… je divise mon empire entre mes 2 fils qui régneront chacun de leur côté… argh… » Il n’eût pas le temps d’ajouter : « Hey ! C’était une blague ! » et hop ! l’empire inca fût divisé. Evidemment, les 2 frères ne l’entendaient pas de cette oreille et commencèrent à se crêper les tresses (oui, les incas portaient des tresses, pas des chignons, du coup, on peut pas dire qu’ils se crêpaient le chignon). Et ceci coïncida avec l’arrivée d’étranges hommes barbus et montés sur des chevaux dans le nord du pays… Hum, hum… mais qui cela peut-il donc bien être ? Malheureusement, les 2 excités capillaires ne s’inquiétèrent pas vraiment de l’arrivée de ces nouveaux venus et se lancèrent dans une guerre civile qui déchira l’empire et se solda par la victoire d’Atahualpa en 1532.

Les Incas étaient donc un peu à bout de souffle quand Pizarro et ses troupes décidèrent de s’emparer de leur empire. Ces cavaliers en armure munis d’armes à feu furent assimilés à des dieux et malgré leur faible nombre, terrifièrent les populations locales. Fin 1532, une rencontre au sommet devait réunir Pizarro et Atahualpa qui était prêt à négocier pour avoir la paix. Mais quand il arriva, précédé de sa suite, les conquistadors massacrèrent tout le monde et le prirent en otage, exigeant une rançon pour sa libération.

D’incalculables quantités d’or, d’argent et de tout un tas d’autres trucs furent alors acheminées vers Cajamarca, au Pérou, où était retenu l’empereur. Mais après paiement de la rançon, ces petits traîtres de conquistadors lui firent un simulacre de procès et le condamnèrent à mort après l’avoir accusé d’inceste, de polygamie, d’idolâtrie et de crime comme le roi pour faire bonne mesure. Ils le décapitèrent le 29 août 1533 et poursuivirent leur chemin jusqu’à Cuzco. Un des généraux d’Atahualpa, le loyal Rumiñahui, poursuivit la lutte contre les envahisseurs pendant 2 ans. Il était si chagriné qu’on lui ait décapité son empereur qu’il aurait mis à mort un émissaire espagnol en brisant tous les os de son squelette puis en les extrayant de la dépouille par un petit trou avant de tendre sa peau, tête et organes génitaux intacts, pour en faire un tambour… Qui a dit que les Incas n’étaient pas des gens raffinés ?

Quand Sebastian de Benalcazar entra finalement dans Quito fin 1534, il trouva la cité rasée car Runiñahui avait préféré la détruire plutôt que de la voir tomber aux mains des conquistadors. C’était le dernier coup d’éclat du brave (et raffiné) Rumiñahui qui fût capturé et tué en janvier 1535. Quito rejaillit de ses cendres et en 1540, Pizarro nomma à sa tête son frère Gonzalo. L’Equateur n’était alors qu’une simple province du vice-royaume du Pérou. Mais en 1563, elle accéda à un statut plus important en devenant l’Audiencia de Quito et fût finalement transférée au vice-royaume de Colombie. Et ce fût de la temps de la paix pendant plusieurs siècles…

La première tentative sérieuse pour libérer l’Equateur fût menée par un groupe de partisans conduit par Juan Pio Montufar le 10 août 1809. Il parvint à prendre Quito où il installa un gouvernement qui dura seulement 24 jours, les troupes royalistes fidèles à l’Espagne sonnant immédiatement la fin de la récré.

Le véritable héros de l’indépendance fut Simon Bolivar, le libérateur vénézuélien (et pas bolivien, hein, bien sûr !) qui, partant de Caracas (oui, c’est au Venezuela), libéra la Colombie en 1819 et continua sa marche vers l’Equateur. Il fallut près de 2 ans pour que l’Equateur se libère totalement du pouvoir espagnol. La bataille décisive eût lieu le 24 mai 1822 quand le maréchal Antonio José de Sucre vainquit les royalistes et prit Quito. Bolivar vit alors son rêve d’union de tout le sud du continent américain prendre forme. Le Venezuela, la Colombie et l’Equateur ne formèrent plus qu’une nation indépendante : la Grande-Colombie. Cette utopie dura 8 ans puis hop ! chacun reprit ses clics et ses clacs et l’Equateur devint complètement indépendant en 1830.

Après l’indépendance, le cœur de l’Equateur balança entre libéraux et conservateurs pendant des années, comme la plupart des pays d’Amérique latine. La lutte entre ces partis atteignit souvent des sommets de violence et président devint un métier à risques. En 1875, le président Garcia Moreno, dictateur conservateur soutenu par l’Eglise, fut assassiné à la machette devant le palais présidentiel (on n’est pas les petits-enfants des Incas pour rien !). En 1912, le président libéral Eloy Alfaro fut tué et brûlé par la foule conservatrice de Quito. Et puis, lentement mais sûrement, l’équilibre finit par se faire entre en les conservateurs de Quito au nord et les libéraux de Guayaquil au sud. Durant l’essentiel du XXème siècle, la sphère politique se caractérisa par son instabilité mais l’Equateur ne connut pas les effusions de sang ni la violence des coups d’état dont souffrirent d’autres pays du continent. Il y eut pourtant presqu’autant de gouvernements militaires que civils : le président José Maria Velasco Ibarra fut élu 5 fois entre 1934 et 1972 mais ne termina pas un seul de ses mandats, étant démis par l’armée. Il ne fut pas le seul : entre 1930 et 1940, 17 présidents différents arrivèrent au pouvoir mais pas un seul ne parvint au terme de son mandat.

Jusqu’en 1970, l’Equateur était ce qu’on appelle une république bananière : ce fruit était quasiment la seule exportation du pays et sa seule richesse. En 1950, une maladie ayant décimé les plantations d’Amérique centrale, l’Equateur devint même le premier producteur mondial de bananes avec des exportations passant de 2 à 20 millions de dollars entre 1948 et 1952. Et en 1967, on découvrit du pétrole dans la jungle d’Oriente, à l’est du pays. Alors là, c’est l’emballement. Dès 1973, l’exportation des barils avait largement dépassé celle des bananes et en 1980, elle représentait plus de la moitié des revenus d’exportation. Mais curieusement, ces revenus ne tombaient pas dans la poche du petit peuple qui continuait à vivre dans la misère…

La fin des années 80 et le début des années 90 furent marquées par les luttes perpétuelles entre libéraux et conservateurs émaillées de quelques scandales de corruption bien placés. Les Equatoriens firent également quelques choix électoraux intéressants avec notamment l’élection à la présidence de Abdala Bucaram dit El Loco (le Fou) qui, après avoir fait campagne en chantant sur scène et en récitant des discours enflammés ponctués de jurons, se mit à parader dans les discothèques la nuit pendant qu’il dévaluait la monnaie le jour (tiens, tiens… cela nous rappelerait-il quelqu’un ? Noooon… faut pas pousser quand même !). Il fut déclaré « mentalement inapte » par le Congrès qui le destitua. Quelques temps plus tard, ce sont les nerfs du président Jamil Mahuad qui furent mis à rude épreuve. Les conséquences d’El Niño et le recul du marché du pétrole en 1997 projetèrent l’économie du pays dans une spirale infernale. En 1999, les exportations de crevettes chutèrent de 80% à la suite d’une épizootie (c’est une épidémie mais chez les animaux) qui décima les élevages. Et pof ! plus de crevettes ! L’inflation dépassa alors les 60%, battant tous les records d’Amérique latine (et pourtant, y avait de la concurrence !) et le président prit des mesures drastiques : le sucre, la monnaie équatorienne, bien trop instable, fut remplacé par le dollar américain après toute une série de grèves, de manifestations et, au passage, la démission de Mahuad. Alors qu’un an plus tôt, le dollar s’échangeait à 6 000 sucres, la population fut obligée d’acheter ses nouveaux dollars à 25 000 sucres, s’appauvrissant considérablement.

Le début du XXIème siècle vit défiler pas moins de 3 présidents en moins 8 ans (faut ce qui faut), tous remerciés les uns après les autres à la suite de larges mouvements de grève provoqués par les mesures d’austérité dictées par le FMI (tiens, tiens, tiens… ça aussi, ça me rappelle quelque chose…). En 2005, Alfredo Palacio, nommé par le Congrès, nouveau venu en politique et se définissant comme « simple médecin », se concentra sur les problèmes sociaux que son prédécesseur avait négligés. Afin de financer des programmes de santé et d’éducation et de relancer l’économie, Palacio annonça qu’il allait réaffecter les profits du pétrole au paiement de la dette extérieure. La part des revenus gouvernementaux sur le pétrole brut est alors passée de 13 à 87%. Son ministre des Finances et acteur principal de cette réforme, Rafael Correa fut ensuite élu lui-même à la présidence en 2006 et d’ailleurs, il y est toujours.

Rafael Correa lança un train de réformes après son élection. Une nouvelle Constitution, votée en 2008, a jeté les bases d’un modèle social qui a augmenté les dépenses en faveur de la santé et des démunis, accordé plus de droits aux Indiens, renforcé la protection de l’environnement et même autorisé le mariage civil homosexuel (décidément…). Ainsi, plus de 5 500kms de route ont été construits ou réparés, 300 000 personnes ont pu bénéficier d’un nouveau programme d’aide aux handicapés et le taux de pauvreté a baissé de 9% entre 2006 et 2011. Tout ça grâce à l’argent du pétrole. Le pétrole qui, justement, est devenu un sujet brûlant en Equateur. Notamment depuis qu’un tribunal a condamné en 2011 la compagnie américaine Chevron à une amende de 18 milliards de dollars pour avoir déversé des millions de litres de déchets toxiques dans la jungle équatorienne entre 1972 et 1992. Par ailleurs, le Parque Nacional Yasuni, un secteur vierge de l’Amazonie, renferme d’immenses réserves pétrolières que le gouvernement souhaite laisser inexploitées. Le président Correa a proposé à des investisseurs étrangers soucieux de leur image la bonne santé de la planète de rassembler une somme équivalent à la moitié de la valeur estimée de ces réserves sur une période de 13 ans  et de consacrer ces fonds aux énergies alternatives, aux programmes sociaux et aux infrastructures essentielles telles que les écoles et les hôpitaux.

Malgré toutes ces bonnes actions (j’en connais un qui s’est acheté des points de karma bonus !), Correa est la cible de critiques et a même été brièvement pris en otage lors d’une mutinerie de policiers. Autre sujet d’inquiétude, le manque de diversification de l’économie : tant que le prix du baril est à la hausse, tout va bien. Mais s’il devait chuter de manière significative, quid des ambitieux programmes sociaux équatoriens ?

Alors voilà. Tout ça a l’air tout à fait intéressant et puisqu’à moi, l’Equateur a autorisé l’entrée sur son territoire sans promesse d’extradition, je vais donc de ce pas voir à quoi ça ressemble. En voiture Simone, direction Quito !

Ola Isla de Pascua !

Au moment de tracer l’itinéraire de ce voyage, je ne sais pas pourquoi, je n’ai pas choisi d’aller à Tahiti, aux Fidji, ou sur un de ses petits archipels paradisiaques qui parsèment l’Océanie. En fait si, je sais pourquoi. Les plages de sable blanc qui coule entre vos orteils bordées d’une rangée de cocotiers et le long desquelles déroulent des vaguelettes turquoise dans lesquelles frétillent des raies manta, c’est joli mais faut dire ce qui est, au bout de 48 heures, on s’y emm… Si. C’est vrai. OK, peut-être au bout d’une semaine seulement. Alors je me suis dit, puisque tu vas au bout du monde, va donc faire un tour à l’île de Pâques ! Ah… l’île de Pâques, l’endroit le plus isolé de la terre, dont l’île la plus proche est à 2 000kms et la ville la plus proche à près de 4 000kms… et où il y a plus de Moai que d’habitants ! Et puis soyons honnêtes, si j’y allais pas maintenant, il est clair que je n’y serais jamais allée. Alors j’ai dit « Banco ! » (non, je crois que je l’ai pas dit) et j’ai rajouté un saut à l’île de Pâques dans les billets d’avion.

Je sais pas pour vous mais pour moi, l’île de Pâques, c’était juste un micro confetti posé quelque part dans le Pacifique qu’on voit à la télé dans les documentaires du commandant Cousteau avec des statuettes aux longs nez posées dessus et personne capable d’expliquer ce qu’elles font là. La vérité… c’est tout à fait ça. Mais laissez-moi quand même vous raconter ce qu’on sait, for sure, à propos de l’île de Pâques.

D’abord ça s’appelle l’île de Pâques parce que le petit futé de néerlandais, un amiral du nom de Roggeveen, qui a découvert l’île en 1722 s’est pointé le matin du dimanche de Pâques. 1/ Il avait pas beaucoup d’imagination, et 2/si vous voulez mon avis, il n’a absolument pas tenu compte de la ligne de changement de date et y a fort à parier qu’en fait, on était déjà lundi ou encore samedi…  Il a eu un sacré coup de chance notre ami l’amiral parce que l’île, elle ne fait pas plus de 117km², c’est vraiment un confetti, tellement que quand tu es à un bout et que tu te retournes, tu vois l’autre. Bref, quand il est arrivé sur l’île, il a découvert que quelques tribus vivaient là, que ces gens avaient eu l’idée exotique d’élever des plateformes face à la mer sur lesquelles ils avaient élevé des statues qu’ils appelaient Moai, de tailles variées mais avec toutes le même sourire figé (on peut carrément dire qu’ils tirent la tronche). La population de l’île était alors estimée à 15 000 personnes et tout le monde vivait plutôt en bon voisin. Le rapport de Roggeveen indiquait qu’il n’y avait aucune installation moderne (pour l’époque, hein, on se comprend) sur l’île et qu’a priori, c’était la première fois que les insulaires avait un contact avec le reste du monde.

Ce n’est qu’en 1774, soit 52 ans plus tard, autant dire que pas grand-monde se souvenait du Néerlandais, que notre ami James Cook, qui décidément n’en rate pas une, est allé lui aussi faire un petit tour à Pâques. Il avait dû se passer des trucs entre temps parce que beaucoup de Moai gisaient face contre terre ou avaient été endommagés. Ce coup-ci, on a soupçonné des guerres tribales.

Enfin, en 1788, c’est La Pérouse (qui ne possédait pas encore d’usine à sucre en poudre) qui est venu faire son inspection et lui, il a trouvé que la population était plutôt prospère et sereine ce qui laisse supposer qu’à leur manière, ils avaient fumé le calumet de la paix.

Pas de bol pour les Rapa Nui (oui, parce qu’en fait, l’île, elle avait déjà un nom, Rapa Nui mais le Néerlandais n’avait pas pris la peine de demander), c’était la fin de la récré. Finies les petites guerres tribales tranquilles dans son coin, l’heure de la mondialisation avait sonné.

D’abord, en 1862, des négriers vinrent embarquer un bon millier d’habitants pour les réduire au travail forcé dans les mines de guano de Chincha, au Pérou. Je m’imagine bien, moi, je suis une Rapa Nui en train de danser tranquillou devant mes Moai et hop ! 3 types m’embarquent pour me forcer à mettre les mains dans du caca d’oiseau dans un trou à des milliers de kilomètres de chez moi. Je crois que j’aurais pas aimé… Bon, l’Eglise catholique trouve ça moyen-moyen. Alors elle met la pression et elle demande qu’on ramène les gens chez eux. Les négriers (qui doivent avoir 2 ou 3 trucs pas nets sur la conscience et qui ont peur de finir en enfer) capitulent et ramènent les survivants sur un petit bateau, normal, ils sont 15. En plus, ceux qui sont revenus ont propagé une épidémie de variole manquant exterminer ceux qui étaient restés. Tout contents de leur succès, des missionnaires viennent évangéliser ce qui reste de la population dans la foulée. Et puis en 1870, l’aventurier Jean-Baptiste Dutroux-Bornier (c’est quand même moins cool que Bob Morane comme nom pour un aventurier) décide de coller tout ce petit monde au commerce de la laine parce que les moutons se plaisent bien sur l’île. Mais comme un mouton, ça n’a pas tellement besoin qu’on le surveille, il envoie plein de Rapa Nui filer un coup de main dans les plantations de Tahiti (en même temps, c’est quasiment l’archipel le plus proche). Du coup, les missionnaires ne sont pas contents. Parce que eux, ils préfèrent envoyer les gens aux îles Gambier. Bref, ça se chamaille et Bob Morane finit assassiné.

En 1888, le Chili décide que Pâques, c’est chez lui (rappelez-vous, on en a parlé ici). Mais bon, c’est quand même pas la porte à côté (Santiago est à 3 700kms) et puis des Rapa Nui, il n’en reste que 111 (oui, beau boulot messieurs les mondialisateurs !) alors l’île est cédée à une compagnie anglaise spécialisée dans la laine qui fait office de gouvernement et qui parque les habitants dans le seul village, Hanga Roa, avec interdiction de mettre les pieds dans le reste de l’île. Sympa. Evidemment, les Rapa Nui n’ont pas la citoyenneté chilienne, pas le droit de vote, pas le droit de quitter l’île, bref, très sympa. Et cette situation dure jusqu’en 1964. Là, quand même, on finit par leur attribuer au moins la citoyenneté chilienne. Et puis 3 ans plus tard, quand le premier vol commercial atterrit en provenance de Santiago, c’est le début de l’ère touristique. Détail amusant, dans les années 1970, la NASA a subventionné l’agrandissement de la piste de l’aéroport Mataveri pour créer un terrain d’atterrissage d’urgence pour les navettes spatiales. La piste est aujourd’hui une des plus longues du monde. Aujourd’hui, il y a un vol par semaine qui relie Santiago à Tahiti en faisant escale sur l’île et un vol quotidien entre Santiago et l’île, transbahutant environ 65 000 touristes par an. C’est pas le Pérou mais ça permet aux habitants de rester vivre sur l’île et aujourd’hui, Hanga Roa abrite environ 5 000 Rapa Nui. L’île a également acquis le statut de territorio especial depuis 2008. Ça veut dire qu’elle bénéficie d’une plus grande autonomie que les autres départements chiliens mais l’indépendance n’est pas encore à l’ordre du jour.

Voilà. Maintenant qu’on est incollable sur l’île de Pâques, allons donc chatouiller les moustaches des Moai !

Bienvenido a Chile !

Si comme moi, vous ne savez rien de chez rien sur cet immense continent qu’est l’Amérique du sud, il est temps de se cultiver un petit peu. Alors commençons par le Chili (hein, puisqu’on y est) et procédons avec méthode. Accrochez-vous, c’est parti !

1/ Géographie

Le Chili est une petite bande de terre de 4 300kms de long sur 175kms de large (en moyenne) coincée entre le Pacifique à gauche et l’immense et impressionnante Cordillère des Andes à droite (qui dépasse très souvent les 6 000m d’altitude et culmine à 6 893m avec l’Ojos del Salado, second sommet le plus élevé d’Amérique du sud et volcan actif le plus haut du monde). T’as vite fait de passer chez le voisin argentin si tu fais pas gaffe. Justement, à propos de voisins, on a le choix entre l’Argentine sur les trois quarts de la frontière orientale, la Bolivie au nord-est et le Pérou au nord. Globalement, les montagnes servent de frontières naturelles. Sachez que les voisins ne sont pas très sympas avec les Chiliens. Mais ça, c’est pour un autre paragraphe. En attendant, quand tu tiens un Chilien, faut pas le lâcher parce qu’il n’y en a que 22 au km² et qu’un tiers des 17 millions de Chiliens vit à Santiago, la capitale, globalement au centre du pays. En dehors de la zone urbaine de Santiago, tu as le choix entre le désert le plus sec au monde (le désert d’Atacama, au nord), une forêt pluviale tempérée (juste au sud de Santiago), un archipel où il pleut pas moins de 150 jours par an (encore un peu plus au sud à Chiloé), des glaciers (en Patagonie) et pas moins de 50 volcans en activité (soit 10% des volcans en activité du monde entier). Le bout du monde, la Terre de Feu et le Cap Horn, est chilien. Autant dire que si t’as envie de te la jouer lonesome cow-boy, le terrain de jeu est suffisamment varié et de bonne taille.

2/ Petites bêtes et petites fleurs

Bon alors globalement, comme animal exotique, on peut trouver des camélidés de toutes sortes : lamas, alpagas, guanacos et vigognes principalement (ça sera l’occasion de s’acheter une paire de moufles). En étant suffisamment attentif, on peut aussi voir des viscaches (un genre de chinchilla), des nandous (une sorte d’autruche) et quelques pumas (mais mieux vaut avoir une paire de baskets qui courent vite ce jour là). Côté mer (ou océan plutôt), que du classique. Des lions de mer, des loutres, des phoques, des dauphins et des baleines. On a même découvert dans les fjords au sud-est de Chiloé une sorte de nurserie de baleines bleues alors que l’animal est en voie d’extinction. Du coup, le Chili a interdit la pêche à la baleine le long de ses côtes et compte bien devenir une grande destination du whale watching mondial. Enfin côté ciel, on peut tomber nez à nez avec quelques flamands (dans les lacs d’altitude de l’extrême nord), des colonies de manchots (plutôt sur la côte sud et en Terre de Feu), des goélands, des foulques géantes et bien sûr, les légendaires condors des Andes.

Et puis, si on est amateur de petites fleurs, on va être un peu déçu. En fait, entre les montagnes, les glaciers et les vents violents, on trouve plutôt des herbes folles (endémiques, certes), des arbres multi-millénaires (dont l’arbre le plus vieux du monde qui a à peu près 4 000 ans), des arbres qui font ce qu’ils peuvent pour survivre (certains ont des racines qui s’enfoncent sur 15 mètres pour trouver quelques gouttelettes d’eau) et des cactus géants. De temps en temps, il arrive qu’une grosse pluie tombe dans le Norte Chico (la région juste au nord de Santiago) et fasse alors apparaître de délicates petites fleurs très colorées pendant quelques jours. On appelle ça le desierto florido et il paraît que c’est très joli.

3/ Histoire

Le pays, tel qu’il existe aujourd’hui, n’a pas encore 200 ans. Pour autant, on sait que ça fait près de 33 000 ans que des gens traînent dans le coin ce qui perturbe une très ancienne  théorie selon laquelle le continent américain aurait été peuplée par des gens venus du nord il y a environ 11 500 ans.

Bref, pendant la période précolombienne (c’est-à-dire depuis la nuit des temps jusqu’au milieu du XVème siècle), une petite dizaine de tribus différentes peuplaient le territoire. Ils avaient chacun leur spécialité : ceux qui faisaient des momies, ceux qui élevaient des lamas, ceux qui sniffaient des substances hallucinogènes, ceux qui gravaient des rochers, ceux qui pêchaient et ceux qui cultivaient. Parmi ces derniers, on va juste retenir les Mapuches, des cultivateurs nomades qui ont joué (et qui continuent à jouer) un rôle important au cours des siècles.

Les problèmes de tous ces braves gens ont commencé en 1494, quand, à des milliers de kilomètres de là et sans qu’ils aient la moindre idée de ce qui les attendait, le Pape signait le traité de Tordesillas qui octroyait à l’Espagne tout le territoire situé à l’ouest du Brésil. Le voyage étant assez long depuis Madrid, Fernand de Magellan fut le premier Européen à poser les yeux sur le territoire chilien, le 1er novembre 1520, alors qu’il explore le détroit qui porte aujourd’hui son nom. Les Espagnols, qui contrôlaient alors presque toutes les terres allant de la Floride et du Mexique jusqu’au Chili, étaient à la recherche d’or et d’argent. En 1535, un conquistador, Diego de Almagro entre au Chili avec 500 hommes, 100 esclaves africains et 10 000 porteurs indigènes. Sauf que dans les montagnes, on crève de froid et dans le désert, on crève de chaud. Comme il ne trouve aucune richesse et que ses compagnons tombent comme des mouches, Almagro rebrousse chemin. Pendant ce temps, les Mapuches, qui croyaient que ces hommes à cheval étaient des dieux qui ne formaient qu’un avec leurs montures, s’étaient rendu compte qu’ils s’étaient fourré le doigt dans l’œil jusqu’à l’omoplate et que ces étrangers n’étaient là que pour leur piquer leur territoire. Pas contents, pas contents ! C’est le début de la résistance des Mapuches.

En 1540, Pedro de Valvidia est un conquistador qui habite à Cuzco, au Pérou. Comme être un conquistador n’empêche pas d’être romantique, il est amoureux de Inès de Suarez . Sauf que, pas de bol, elle est mariée, lui aussi mais ils ne sont pas mariés ensemble. A l’époque, la pression de l’Eglise et les convenances les empêchent de vivre leur amour au grand jour. Du coup, ils décident de s’enfuir au Chili où ils ont l’intention de fonder une nouvelle colonie (parce que pour l’instant, y a rien) en pensant que la couronne d’Espagne leur en sera tellement reconnaissante qu’elle fermera les yeux sur leur amourette. Ils partent donc avec 150 hommes et Inès se fait passer pour la servante de Pedro. Ils mettent près de 11 mois à franchir les montagnes et le désert d’Atacama et comme ils sont crevés (et qu’ils en ont perdu la moitié en route), ils décident de s’arrêter dans une belle vallée fertile protégée par les montagnes. Et Santiago est née. Valvidia déclare alors : « L’Etat, c’est moi ! », il s’installe dans un petit palais cossu avec Inès et se met à récompenser ses fidèles en leur offrant des propriétés immenses, les fameux latifundios, dont certains sont restés intacts jusqu’aux années 1960. Evidemment, les Mapuches et leurs potes leur mènent la vie dure. Mais Pedro et sa bande ne sont pas des moitiés de conquistadors : ils égorgent, ils décapitent, ils scalpent à tout va. La délicate Inès va même jusqu’à menacer les Mapuches en brandissant la tête de l’un des leurs au bout d’une pique. Ça, les Mapuches, ça leur coupe le sifflet. Tout du moins pendant un temps. Mais ils finissent par attraper l’ami Pedro un beau matin de 1553, le ligotent à un arbre et le décapitent. Fin de la romance.

Et puis, la province chilienne, qui fait alors partie du vice-royaume du Pérou qui englobe alors également une bonne partie de l’actuelle Argentine, se met à prospérer, les Mapuches se mirent à épouser des Espagnols (pour ceux qui n’avaient pas été décimés par les gentilles maladies que leur avaient envoyées les conquistadors) ce qui donna naissance à toute une génération de mestizos (métisses) et de criollos (les Espagnols nés sur le sol américain et qui n’avaient aucune envie de rendre des comptes à Madrid) à qui il vint soudain des envies d’indépendance…

Vers 1820, des mouvements indépendantistes se développèrent partout en Amérique du sud pour chasser les Espagnols. Le libérateur argentin José de San Martin traversa les Andes, pénétra au Chili et occupa Santiago avant de prendre la mer pour rejoindre Lima. San Martin nomme alors Bernardo O’Higgins, fils illégitime d’un Irlandais et d’une Espagnole et nommé vice-roi du Pérou par les Espagnols, aux commandes de son armée et O’Higgins devient le chef suprême de la nouvelle république du Chili. Le pays est alors exsangue mais galvanisé par sa nouvelle indépendance et dans une situation politique stable, l’agriculture, l’exploitation minière, l’industrie et le commerce commencèrent à se développer. Cependant, les frontières avec le Pérou, la Bolivie, l’Argentine et la région mapuche restaient assez mal définies pour ne pas dire extrêmement vagues.

C’est alors qu’en 1879, on découvrit que le sous-sol du désert d’Atacama était plein de nitrates. Tout le monde se mit alors à creuser sauf que la Bolivie, alors propriétaire du terrain, se mit d’accord avec le Pérou et interdit au Chiliens de se joindre à la fête. En représailles, le Chili s’empara du port bolivien d’Antofagasta et des provinces péruviennes de Tacna et d’Arica. La Bolivie perdit tout accès à l’océan et 250 ans plus tard, continue de blâmer le Chili de l’empêcher de se développer. En attendant, les Chiliens venaient d’accroître le territoire d’un tiers et avaient du mal à garder le contrôle partout. Du coup, en 1881, ils cèdent par traité tout l’est de la Patagonie à l’Argentine tout en gardant le détroit de Magellan (pas folle la guêpe). Puis comme, ils sont un peu vexés quand même d’avoir dû lâcher la Patagonie, en 1888, ils annexent la minuscule île de Pâques, à 4 000kms des côtes au beau milieu du Pacifique. Entre temps, la zone était redevenue calme, les capitaux étrangers affluèrent et transformèrent le désert d’Atacama en corne d’abondance. On construisit alors un chemin de fer et on créa quelques ports. L’expansion minière provoqua l’émergence d’une classe ouvrière et de nouveaux riches qui remirent en question la toute-puissance des propriétaires terriens. Et puis les Chiliens n’avaient pas l’habitude d’avoir les poches pleines de tout ce bon argent et dépensèrent tout jusqu’au dernier peso. Du coup, le président Balmaceda, élu en 1886, s’attaque à quelques réformes histoire de répartir un peu plus équitablement les richesses. Mais le Congrès vote sa déposition en 1990. S’ensuit une gentille guerre civile qui fit pas moins de 10 000 morts et Balmaceda se suicide.

Au début du XXème siècle, le cuivre vient peu à peu supplanter les nitrates rendus de toute façon obsolètes par les engrais chimiques fabriqués à partir de dérivés pétroliers. Le désert d’Atacama redevient la poule aux œufs d’or. De 1920 à 1964, tout un tas de gouvernements plus ou moins socialistes ou plus ou moins militaires se succèdent, interdisant temporairement le parti communiste, les uns précipitant la fin des autres, essayant de combattre la corruption galopante mais l’électorat étant globalement maîtrisé par le système des haciendas (les propriétaires terriens contrôlaient les voix de leurs métayers puisqu’ils leur fournissaient le gîte et le couvert), rien n’évolue vraiment.

En 1964, le démocrate chrétien Eduardo Frei Montalva est élu à la présidence de la république. Il démarre avec les meilleures intentions du monde et s’efforce de contrôler l’inflation, d’équilibrer la balance commerciale et d’améliorer les services sociaux, la médecine et l’instruction. Malheureusement, de nombreux mouvements activistes passèrent à l’action avant que toutes les réformes puissent être mises en place et en 1970, Salvador Allende, à la tête d’une coalition de gauche, remporta les élections sur la promesse de la nationalisation des mines de cuivre, des banques et des assurances ainsi que sur l’expropriation des haciendas et la redistribution des terres. Allende devint ainsi le premier président marxiste au monde élu démocratiquement. Pas de bol pour lui non plus, sa coalition n’était pas si coalitionnée que ça. Il réussit à mettre en place quelques réformes sociales mais ça se chamaillait sévère au sein du gouvernement et il finit par se mettre franchement à dos les Etats-Unis en expropriant les entreprises américaines qui exploitaient les mines de cuivre et en manifestant ouvertement sa sympathie envers Cuba. Et puis les mouvements activistes ne se calmaient pas, l’industrie plongea et la production agricole s’effondra après que les paysans se sont emparés des terres, lassés d’attendre la réforme agraire. Le gouvernement dut alors importer de la nourriture mais avait besoin de crédit. On sait aujourd’hui que le Congrès américain a alors dissuadé les organismes de financement internationaux de lui accorder ces crédits et a même soutenu les opposants d’Allende. Dans le même temps, le KGB aurait également cessé de soutenir Allende parce qu’il refusait d’utiliser la force contre son opposition.

Coincé, Allende nomma alors en juin 1973 au poste de ministre de l’Intérieur, un général peu connu de l’armée, un certain Augusto Pinochet, qu’il pensait loyal au gouvernement constitutionnel. Il semblerait qu’on lui aurait menti… Le 11 septembre 1973, ledit Pinochet déclencha un violent coup d’Etat au cours duquel Allende trouva la mort (la légende dit qu’il se serait suicidé dans son bureau du palais de la Moneda à Santiago avec un fusil offert par Castro pendant que l’armée bombardait le palais…). Des milliers de sympathisants sont également tués et la police et l’armée arrêtent ce jour là des gens de gauche, présumés ou avérés ou soupçonnés d’être militants. Beaucoup furent conduits au stade national de Santiago où ils furent battus, torturés et puis de temps en temps, exécutés.

Nombre de dirigeants de l’opposition qui avaient soutenu le coup d’état s’attendaient à un retour rapide au gouvernement civil mais Augusto Pinocchio Pinochet ne l’entendait pas de cette oreille. De 1973 à 1989, il fut à la tête d’une junte militaire qui supprima le Congrès, interdit les partis de gauche et supprima les autres, proscrivit toute activité politique et gouverna par décrets. Il fit même votre une nouvelle constitution qui lui garantissait de rester au pouvoir jusqu’en 1989. Beaucoup d’électeurs choisirent l’abstention en signe de protestation mais le texte fut tout de même approuvé. Pinochet entreprit de remettre de l’ordre dans la culture politique en utilisant la répression, la torture et l’assassinat. L’escadron « Caravane de la Mort », un commando militaire qui allait de ville en ville en hélicoptère, élimina de nombreux opposants au régime dont beaucoup s’étaient rendus de leur plein gré. Au total, durant les 17 années de la dictature, environ 35 000 personnes furent torturées et 3 000 « disparurent ».

En 1989, devant des mouvements de contestation de plus en plus fréquents, Pinochet organise des élections libres qu’il pense remporter haut la main. Pas de bol pour lui, c’est la Concertacion para la Democracia qui l’emporte, l’écartant du pouvoir. Il s’installe alors dans un fauteuil de sénateur, en partie parce que son statut de parlementaire lui assure l’immunité au Chili.

Aux élections suivantes, en 1994, c’est toujours la Concertaction qui l’emporte mais les militaires détiennent encore un pouvoir considérable parce qu’ils sont invirables. Ce legs de la dictature finira par disparaître en juillet 2005 quand le président obtient le pouvoir de renvoyer les commandants des forces armées et de destituer les sénateurs non élus.

Cependant, Pinocchio Pinochet commet une erreur. Il part en voyage à Londres en 1998 et est alors arrêté par un juge espagnol qui enquêtait sur les morts et les disparitions de citoyens espagnols après le coup d’état de 1973. Après 4 ans de rebondissements rigolos au cours desquels ses avocats faisaient état de sa santé et de son état mental et qui aboutirent à une série de décisions contradictoires faisant tomber son immunité, puis la lui rendant pour finalement la lui retirer une bonne fois pour toutes, il fut finalement décidé que Pinochet serait jugé à Santiago. Il eut la bonne idée de mourir quelques temps avant l’ouverture du procès à l’âge de 91 ans le 10 décembre 2006. C’est fou comme les dictateurs ont l’art de faire de vieux os.

Depuis le début du XXIème siècle, le Chili, en plein essor économique toujours grâce aux mines de cuivre, s’en sort bien. En 2003, il est le premier pays d’Amérique du sud à signer un accord de libre-échange avec les Etats-Unis. Puis, rompant avec la tradition catholique ultraconservatrice, il légalise le divorce en 2004. Les tribunaux sont alors pris d’assaut. En 2006, il est le premier pays à élire à sa tête non seulement une femme mais agnostique et mère célibataire, Michelle Bachelet. Au cours de son mandat et malgré une popularité formidable, elle a dû faire face à de nombreux défis concernant la modernisation du pays. En 2006 et 2007, le gouvernement est confronté à des manifestations étudiantes qui réclament que le niveau des universités publiques soit relevé. Mais le sujet est relégué au second plan lorsque le 27 février 2010, l’un des plus puissants séismes jamais enregistrés de magnitude 8.8 a frappé les côtes du Chili. Le séisme et le tsunami qui s’ensuit font 585 victimes et provoquent des dégâts considérables. Cependant, l’attitude des pouvoirs publics qui ont entamé rapidement les premières réparations a été saluée et l’élan de solidarité du peuple chilien a contribué à renforcer le sentiment de fierté nationale.

Le séisme a eu lieu dans les derniers jours du mandat de Bachelet et lors de l’élection suivante et après 20 années au pouvoir de la Concertacion, c’est un conservateur de droite qui est élu, l’homme d’affaires millionnaire Sebastian Piñera. Au moment même de la cérémonie d’investiture du chef de l’Etat, Santiago était touché par une réplique du tremblement de terre de magnitude 6.9, ce que certains prirent pour un signe de mauvais augure. Le monde entier retient son souffle en observant les premiers pas du premier président de droite depuis Pinochet. Six mois plus tard, le Chili revient sur le devant de la scène avec la saga du sauvetage des 33 mineurs chiliens bloqués sous terre pendant 69 jours. A ce moment-là, Piñera bénéficie du plus haut taux de popularité jamais atteint par un président en exercice. Malgré des promesses faites alors sur la mise en place de mesure de sécurité dans le secteur minier, peu de choses ont évolué depuis. Et en 2011, les mouvements étudiants reprennent de plus belle réclamant que le coût des études supérieures soit revu afin qu’elles soient accessibles au plus grand nombre. La chef de file du mouvement s’appelle Camila Vallejo et est alors âgée de 23 ans.

Aujourd’hui, les jeunes Chiliens n’ont pas connu la période de la dictature militaire mais tous ont un oncle, un grand-père, un père qui a été torturé ou qui a disparu. Ils ne veulent pas oublier mais il est maintenant temps d’avancer. Le mouvement étudiant a désormais gagné d’autres couches de la population qui se plaint que l’ensemble des richesses du pays est concentré dans les mains des 5 familles les plus puissantes (dont celle du président Piñera). Le pays, le plus riche d’Amérique du sud après le Brésil, est sur le point de vivre d’importants changements et c’est drôlement intéressant d’écouter le point de vue des Chiliens sur toutes ces questions. Parce qu’ils sont bavards les Chiliens, surtout après quelques Pisco sour…

Sabaidi Lav !

Ou si vous préférez : ສະບາຍດີລາວ !
… mouais !
Quelque chose me dit que vous ne préférez pas.
Bon, alors,
nouveau pays, nouveaux tampons sur mon passeport, nouvelle monnaie, nouvelle langue, nouvel alphabet, nouvelles spécialités culinaires… bref, la plus grande difficulté à changer de pays tout le temps c’est de se rappeler chaque matin où on se réveille.
Mais avant d’entamer le périple laotien, j’aimerais savoir qui connaît quelque chose (n’importe quoi, même un tout petit bout de quoi que ce soit) sur ce pays ? …
C’est bien ce qu’il me semblait. Personne. Même pas moi. Alors on va commencer par le commencement. D’abord, le Laos, c’est où ? Et bah c’est là.
Le Mékong, qui y serpente sur 1865kms, sert de frontière naturelle sur une grande partie ouest du pays. Autour du Laos il y a la Chine, le Vietnam, le Cambodge, la Thaïlande et le Myanmar. Vu le passé chargé des voisins, on peut se dire que le Laos n’a pas dû être épargné au cours des derniers siècles… Et on a raison !
Bon, là, j’espère que vous êtes concentrés parce que j’ai essayé de faire court mais c’est pas
simple…
Comme un peu partout en Asie du sud-est, le Laos était autrefois composé de plusieurs petits royaumes indépendants (au nord, au centre et au sud pour faire simple) qui essayaient de prendre l’avantage à tour de rôle. Parfois, ces petits rois étaient tellement occupés à jouer à qui pisse le plus loin s’entretuer que les voisins en profitaient pour débouler avec une grosse armée et calmer tout le monde. Le premier grand roi du Laos fut Fa Ngun (et non, pas Atchoum), armé par les Khmers pour reconquérir le pays alors aux mains des Thaïs. Il nomma son empire Lan Xang Hom Khao, ce qui signifie « un million d’éléphants et le parasol blanc ». Le million d’éléphants, on voit bien (il y avait vraiment beaucoup d’éléphants au Laos à cette époque) mais le parasol blanc… j’ai du mal à croire qu’il n’y en ait eu qu’un. Quoi qu’il en soit, le Laos est encore appelé aujourd’hui « le pays du million d’éléphants » même si, en vérité, il en reste à peine 2 000. Ce qui est bien mais pas top.
Mais reprenons le fil de l’Histoire… En 1867 (oui, l’Histoire va vite), les premiers membres
de l’expédition française du Mékong arrivent à Luang Prabang, à l’époque la capitale du royaume et la plus grande ville en amont de Phnom Penh (ah non, hein ! Faites pas semblant de pas savoir où se trouve Phnom Penh, on en vient !). Pendant les 20 années qui suivent, la cité est au cœur d’une lutte qui oppose les Siamois, les Français et des bandes de brigands chinois. En 1887, le roi prend la fuite en compagnie d’un explorateur français qui lui offre alors la protection de la France. Le roi accepte, les Français partent braquer leurs canons sur Bangkok et hop ! en 1893, les Siamois rendent aux Français tous
les territoires à l’est du Mékong (qu’ils avaient gaillardement annexés) et c’est ainsi que le Laos devint une colonie française et intégra l’Indochine. Dans l’esprit des autorités françaises, les territoires laotiens devaient servir de tremplins pour la poursuite de l’expansion coloniale et l’absorption du nord-ouest de l’actuelle Thaïlande (bah voyons… et pourquoi pas maîtres de l’Univers tant qu’on y est ?). Du coup, les Français déplacent la capitale à Vientiane et en 1907, un traité international fixe les frontières actuelles du Laos.
Le pays demeurait toutefois un coin perdu et une charge dans le budget de l’Indochine malgré les projets coloniaux d’exploitation. Dans l’entre-deux guerres, la
France mena notamment un projet qui visait à construire une voie ferrée à travers les montagnes qui séparent le Laos et le Vietnam afin de relier les villes laotiennes à la côte vietnamienne. L’idée était d’encourager la migration de paysans vietnamiens pour remplacer les laotiens jugés indolents par les colons. « Les Vietnamiens plantent le riz, les Cambodgiens le regardent pousser et les Laotiens l’écoutent », joli slogan de l’époque. La crise de 1929 mit un terme au projet. Pourtant, dans toutes les villes à l’exception de Luang Prabang, les Vietnamiens étaient plus nombreux que les Laotiens car ils tenaient les postes administratifs que les Français ne voulaient pas.
C’était donc le moment pour que le mouvement nationaliste commence à se développer au Laos. Les élites locales étaient rassurées par la présence française même si elles désapprouvaient la trop forte présence vietnamienne. Le déclenchement de la Seconde Guerre Mondiale fragilisa la position de la France en Indochine. Un nouveau gouvernement farouchement nationaliste à Bangkok nomma le Siam Thaïlande et profita de l’affaiblissement de la France pour reprendre les territoires « perdus » 50 ans auparavant et les terres à l’ouest du Mékong repassèrent aux mains des Thaïs.
Pour contrer la propagande expansionniste de Bangkok, les Français encouragèrent le nationalisme laotien. On est alors en 1942 et comme le gouvernement de Vichy collabore avec les Allemands, l’administration de l’Indochine est encore contrôlée par la France malgré l’occupation japonaise. Mais dès le début de 1945, les Japonais sentent que la France est en train de retourner sa veste alors ils décident de frapper un grand coup et arrêtent tous les militaires et fonctionnaires français de l’Indochine. Quelques-uns arrivent à s’échapper dans la jungle et organisent alors la résistance laotienne. Les Japonais contraignent alors le roi du Laos à proclamer l’indépendance. Lors de la capitulation du Japon, un mouvement nationaliste, le Lao Issara, forme un gouvernement provisoire. Mais rien ne dure… le roi revient sur la déclaration d’indépendance et les Français reviennent en force, exilant fissa le gouvernement du Lao Issara. Les Vietnamiens présents en grand nombre repartent également et les Laotiens reviennent progressivement dans les villes. Quelque temps après, la Thaïlande rendit les territoires de la rive ouest du Mékong.
En 1949, laFrance octroie une indépendance partielle au Laos dans le cadre de la Fédération Indochinoise. Certains dirigeants du Lao Issara reviennent alors pour œuvrer à l’indépendance totale dans un cadre légal. Les autres choisirent de se joindre aux Viêt-Minhs (Hô Chi Minh et les vietnamiens communistes qui essayaient d’obtenir l’indépendance) et de poursuivre la lutte anticoloniale. Ceux-là formèrent un mouvement appelé Pathet Lao qui forma alors un gouvernement de résistance. Le prince Souphanouvong (bah oui, tout ça, c’était quand même aux mains de la famille royale… pfff, on n’y comprend plus rien) créa une alliance entre le Lao Issara et le Viêt-Minh et devint président du Front du Laos Libre, qui succédait au Lao Issara dissous. En 1953, un traité d’amitié franco-laotien accorde l’indépendance totale au Laos. Pendant ce temps, approvisionné en armes chinoises, le Viêt-Minh élargissait la guerre et les Français étaient sur la défensive. En 1953, le Viêt-Minh marcha sur Luang Prabang mais se replia devant l’arrivée de renforts français. Craignant une nouvelle incursion au Laos, les Français établirent une base importante dans la vallée de Dien Bien Phu (tiens, tiens… mais il me semble qu’on en a déjà parlé quelque part, non ?), tout ça se termina très mal et le 8 mai 1954 s’ouvrait la conférence de Genève mettant un terme à la guerre. Deux zones furent cependant octroyées aux forces du Pathet Lao (qui soutenait le Viêt-Minh, rappelez-vous). Le mouvement put alors y conforter son organisation et commença à négocier avec le gouvernement royal lao la réintégration de ces 2 provinces dans un état unifié.
La réunification du pays était une priorité majeure pour le gouvernement royal lao. Le Pathet Lao, isolé dans des bases reculées, dépendait entièrement des Nord-vietnamiens qui eux, était plutôt préoccupés par la réunification du Vietnam (oui, parce qu’à ce moment-là, le Vietnam était coupé en deux). Et le gouvernement royal lao dépendait de plus en plus des Etats-Unis qui avaient rapidement supplanté la France comme principal bailleur de fonds. Pour les Laotiens, la seule voie réaliste était celle de la neutralité et la seule manière de restaurer l’unité nationale passait par l’intégration du Pathet Lao dans un gouvernement de coalition, ce qui fut fait en 1957. Les Etats-Unis suspendirent leurs aides à la suite de la nomination de ministres du Pathet Lao (bah oui, ils étaient communistes quand même et le Laos connut alors une grave crise politique et financière. Fin du premier gouvernement de coalition, remplacé aussi sec et avec l’aide des Etats-Unis par un gouvernement de droite qui abandonna la politique de neutralité. L’intégration dans l’armée des unités du Pathet Lao échoua et la guerre civile reprit.
En 1960, un modeste officier qui en avait marre de tuer ses compatriotes s’empara du pouvoir à Vientiane alors que la quasi-totalité du gouvernement était à Luang Prabang pour les obsèques du roi. Il annonça au monde que le Laos revenait à une politique de neutralité et exigea le retour du premier ministre du gouvernement de coalition. Un général de l’armée refusa de participer à ce nouveau gouvernement et partit dans le centre du pays organiser l’opposition, soutenu par la CIA et le gouvernement thaïlandais qui lui fournissait argent et armes. Pendant ce temps, le gouvernement neutraliste recevait des armes de l’Union Soviétique via le Vietnam. De vastes secteurs du pays tombèrent alors aux mains des communistes et les Etats-Unis envoyèrent des soldats en Thaïlande pour empêcher toute tentative de traversée du Mékong par les forces communistes. Il semblait alors que l’intervention américaine aurait plutôt lieu au Laos. Mais finalement, les Etats-Unis firent volte-face et soutinrent la neutralité du Laos. Une nouvelle conférence fut organisée à Genève en 1962 et un nouveau gouvernement de coalition fut établi avec une majorité pour les neutralistes.
Pour autant, dans le centre du pays, chaque camp continuait à approvisionner son allié en armes. Les Nord-vietnamiens prirent bientôt position dans la plaine des Jarres et en 1964, les Etats-Unis entamèrent leurs offensives aériennes en bombardant les positions communistes. Puis, à mesure qu’augmentaient les infiltrations communistes par la piste Hô Chi Minh, ils étendirent leurs pilonnages d’un bout à l’autre du pays. Sur place, le Pathet Lao se battait pour les Viêt-congs et l’armée royale pour les Etats-Unis. Les combattants des 2 camps étaient totalement financés par leurs soutiens extérieurs et cette guerre par procuration dura jusqu’en 1973. En 1974, le cessez-le-feu au Vietnam mit un terme aux combats au Laos et permit la formation d’un troisième gouvernement de coalition mais cette fois ci, avec un seul neutraliste. En 1975, après la chute de Phnom Penh puis de Saigon, le Pathet Lao (les communistes, hein, vous suivez toujours ?) mit la pression et finit par prendre le pouvoir lorsque le premier ministre accepta de coopérer pour éviter un nouveau bain de sang. Le nouveau régime mit fin à la monarchie et instaura la République démocratique populaire lao. Le Parti s’employa alors à restreindre la liberté d’expression et de réunion et organisa des séminaires pour que la population assimile sa
nouvelle vision du monde. Toutes les élites fuirent le pays, direction la Thaïlande. L’économie du pays s’effondra alors puisqu’elle dépendait uniquement de l’aide américaine qui s’arrêta immédiatement. Malgré un soutien certain de l’URSS et de tout le bloc communiste, le Laos ne s’en sortait pas. Dès 1979, il fallut opérer de nouvelles réformes et la propriété ainsi que les entreprises privées furent rétablies. Cependant, ça n’était pas suffisant et en 1986, le Laos se mit à suivre l’exemple chinois : ouvrir l’économie aux mécanismes du marché et le pays à l’aide étrangère et aux investissements occidentaux mais tout en conservant le strict monopole du pouvoir politique. Le début des années 90 s’annonça alors comme une période de faste économique avec l’afflux de capitaux étrangers notamment de Bangkok. Mais la crise asiatique de la fin de ces mêmes années et l’effondrement de la monnaie provoqua de fortes tensions dans la population qui furent réprimées violemment. Le régime, redoutant l’effet de ces incidents sur l’économie touristique naissante, mit un tour de vis sécuritaire.
Depuis 2000, le montant des investissements chinois au Laos ne cessent d’augmenter, devenant une importante source de recettes pour l’état. Cependant, la majorité de ces richesses atterrissent dans les poches des cadres du Parti et la corruption est présente à tous les niveaux, au grand mécontentement des Laotiens. Cependant, l’opposition reste quasi inexistante et le Parti ne voit guère son autorité remise en question (et pourtant, ils ne censurent pas Facebook).
Et maintenant ? Et bah, le Laos continue d’exploiter ses ressources et réalise de nouveaux investissements hydroélectriques et miniers. Le tourisme se développe et Luang Prabang a été classée au 1995 au patrimoine mondial de l’Unesco (quoi ? pas de « merveille du monde » au Laos ? je repars…). Et le fossé ne cesse de s’élargir entre Laotiens des villes et Laotiens des champs qui ne voient jamais la couleur des promesses faites par le gouvernement et qui ont des structures de soin et d’éducation désastreuses… Bref, c’est pas la fête politico-économiquement parlant mais il paraît que ça vaut le coup d’œil et que
les gens sont d’une gentillesse inégalée. Alors… entrons !

Johm riab sua Kampuchea !

(… et à tes souhaits !)

Je suis donc passée au Cambodge après une longue balade en bateau sur le Mékong et j’ai débarqué en plein centre de Phnom Penh.

Avant d’arriver là, mes connaissances sur le Cambodge se limitaient aux temples d’Angkor et Pol Pot. Et encore, je ne savais pas exactement ce qui se cachait derrière ces noms à part que l’un est une des merveilles du monde (toujours selon la liste établie par moi-même) et l’autre, responsable d’un des pires génocides que l’humanité ait jamais connu.

Pour que vous puissiez avoir l’air cultivé dans vos prochains dîners, je vais donc vous faire une petite synthèse de ce tout qu’il faut savoir sur le Cambodge sans jamais avoir osé le demander.

Le Cambodge est un petit royaume (oui, il y a un roi du Cambodge, d’ailleurs, aujourd’hui, il s’appelle Norodom Sihamoni et avant d’être roi, il a été danseur de ballet et ambassadeur culturel auprès de l’Unesco…) qui fonctionne comme une monarchie constitutionnelle élective (c’est-à-dire qu’il y a un Premier Ministre comme en Angleterre) peuplé de 15 millions de khmers (c’est le nom qu’on donne aux Cambodgiens parce que c’est l’ethnie majoritaire (à 96%) mais c’est aussi le nom de leur langue). Autant dire que la population du Cambodge est inférieure à celle de Delhi, de Beijing ou de Shanghai mais sur un territoire environ 200 fois plus grand. Pas de métropole grouillante ici donc.

Pas de trains, non plus. Enfin juste pour les marchandises mais pas de trains de passagers. Du coup, pas de grève de la SNCF, c’est peut-être pas plus mal…

Revenons sur ce qu’il s’est passé au Cambodge au cours des 150 dernières années (c’est déjà bien assez compliqué et pour ce qu’il s’est passé avant, je vous ferai un topo quand on sera à Angkor).

Depuis toujours, le Cambodge est pris en tenaille entre son voisin vietnamien et son voisin thaïlandais qui l’envahissent régulièrement et à tour de rôle. En 1834, ce sont les Vietnamiens qui sont dans la place. Eux-mêmes ne sont pas encore sous protectorat français mais ça ne saurait tarder. En effet, après les premiers traités de protectorat signés au Vietnam, les Français obligent le roi Norodom Ier à signer un traité de protectorat qui évite en fait au Cambodge d’être rayé de la carte. C’est le début de 90 ans de domination française. Au début, les Français n’interférèrent guère dans les affaires internes du pays qu’ils considéraient comme négligeable à côté de leurs intérêts coloniaux au Vietnam. Puis en 1885, le Cambodge fut intégré à l’Indochine Française. Pendant les décennies suivantes, de hauts responsables cambodgiens qui trouvaient certains avantages à la présence française, abandonnèrent l’administration quotidienne du pays aux Français. Ces derniers entretenaient la cour de Norodom dans un faste inégalé depuis l’apogée d’Angkor (on en reparlera j’ai dit…) et en 1907, ils obtinrent même la restitution des provinces du nord-ouest (dont Angkor) sous contrôle thaï depuis 1794.

En 1942 (rappelez-vous, c’est la Seconde Guerre Mondiale et la débandade en Indochine), les Japonais occupent le Cambodge, laissant l’administration au gouvernement de Vichy (oui, parce que les Japonais étaient les alliés des Allemands mais comme le gouvernement de Vichy collaborait, il continuait à gérer les affaires courantes). En contrepartie, la Thaïlande reprend à nouveau les provinces du nord-ouest. A la fin de la guerre, les Thaïs rendent à nouveau les provinces susmentionnées, mais c’est la guerre d’indépendance au Vietnam. Les Français sont débordés, les Vietnamiens viennent filer un coup de main aux Khmers et le roi de l’époque, Norodom Sihanouk, part en croisade royale pour obtenir le soutien de la communauté internationale à l’indépendance du Cambodge et celle-ci est proclamée le 9 novembre 1953. Norodom Sihanouk abdique alors (c’est la première d’une longue série) en faveur de son père et devient le chef du parti socialiste populaire qui remporte tous les sièges du Parlement en novembre 1955. C’est alors une période de paix et de prospérité : Phnom Penh s’agrandit, les temples d’Angkor deviennent la destination touristique n°1 en Asie du sud-est et de nombreux dirigeants influents du monde entier viennent au Cambodge.

Pendant ce temps-là, au Vietnam, rien ne va plus avec les Américains. Sihanouk qui ne veut pas participer à cette guerre (armée toute riquiqui et pas assez d’armes) déclare la neutralité du Cambodge dans ce conflit et refuse alors toute aide des Etats-Unis qui avaient pourtant largement financé l’armée cambodgienne. Il laisse cependant transiter les armes et les munitions des Viêt-Congs en provenance du Laos à travers le territoire et en 1965, persuadé que les Etats-Unis complotaient contre lui et sa famille, il rompt les relations diplomatiques avec Washington et se tourne vers la Chine et le Nord-Vietnam. Cette décision ne va pas plaire à tout le monde, les Américains se mettent à bombarder sérieusement le pays. Plus de bombes furent alors larguées sur le pays que pendant toute la Seconde Guerre Mondiale, tous pays confondus.  En 1970, alors que Sihanouk est en voyage en France, le général Lol Nol et un prince cousin de Sihanouk le destituent, le condamne à mort par contumace (non, pas de demi-mesure) et proclame la République khmère. Devenu allié des Etats-Unis, le Cambodge est alors intégré à la stratégie d’endiguement du communisme en Asie du sud-est.

Oui mais. Sihanouk s’est réfugié à Pékin et a rejoint les Khmers rouges, un mouvement de rebelles communistes d’inspiration maoïste. Beaucoup de Cambodgiens rejoignent alors le mouvement officiellement pour « défendre leur roi » qui jouit encore visiblement d’une bonne cote de popularité. Et puis Lol Nol et sa clique ne sont pas vraiment en bonne posture. Les Viêt-Congs sont réfugiés un peu partout au Cambodge, ce qui ne plaît pas trop aux nouveaux amis américains. Du coup, le régime est pris en tenaille entre d’un côté les Khmers rouges qui lancent une guérilla avec l’aide de la Chine, et de l’autre, les Américains qui traquent les communistes. S’en résulte une belle guerre civile. Quand, en 1973, les Américains se désengagent au Vietnam, les Khmers rouges, emmenés par Pol Pot, ont désormais le champ libre et prennent Phnom Penh le 17 avril 1975, rebaptisant le pays Kampuchea démocratique.

Les Khmers rouges entament alors la restructuration la plus brutale et la plus radicale qu’une société ait jamais tentée. Leur objectif est de transformer le pays en une coopérative agricole dominée par les paysans et de purifier le pays de toute civilisation urbaine et bourgeoise. L’avènement du régime khmer rouge fut proclamé « année zéro ». Dès les premiers jours de leur accession au pouvoir, ils vident la capitale et les grandes villes de province de tous leurs habitants (malades, vieillards et infirmes compris) et les obligent à rejoindre à pied la campagne pour travailler comme des esclaves dans les champs. Toute désobéissance entraînait une exécution immédiate. Les anciennes élites, « identifiées » parce que parlant des langues étrangères ou portant des lunettes (par exemple), sont traquées et exécutées systématiquement. La monnaie est alors supprimée, les services postaux interrompus et le pays se coupa du monde extérieur.

Aux yeux de Pol Pot, les Khmers rouges ne sont pas un mouvement unifié mais un ensemble de factions qu’il fallait épurer. Il commence donc par éliminer les Khmers rouges formés par les Vietnamiens et ceux soutenant Sihanouk. Puis il se concentre sur les hauts dignitaires de l’ancien gouvernement et les militaires associés à Lol Nol et enfin sur les campagnes, divisées en zone géographique. Dirigées par le général unijambiste Ta Mok, les forces loyalistes sont envoyées de région en région pour « purifier » le peuple, faisant des milliers de victimes. L’épuration finit par atteindre des proportions inouïes en 1977 dans l’est où la zone était réputée plus modérée et plus proche des Vietnamiens. Les responsables Khmers rouges de l’est s’enfuirent alors au Vietnam laissant le Mékong en pleine guerre civile. Le 25 décembre 1978, redoutant le chaos s’installant chez son voisin, le Vietnam envahit le Cambodge et provoque la destruction des rizières, entraînant l’effondrement du régime des Khmers rouges en 2 semaines. Pendant les 3 ans 8 mois et 20 jours du régime de Pol Pot, on estime le nombre de Cambodgiens massacrés à près de 2 millions de personnes soit 20% de la population…

Les Vietnamiens mettent alors en place un gouvernement formé par les anciens Khmers rouges de l’est, qui réorganise le pays selon le modèle vietnamien. Le pays, qui prend alors le nom de République populaire du Kampuchea,  est en proie à une guerre civile opposant des tas de factions différentes allant des Khmers Rouges aux mouvements royalistes appuyés par la Thaïlande. Par-dessus le marché, la pénurie de riz engendre une terrible famine, ce qui n’arrange rien. En 1984, les Vietnamiens, lassés de repousser sans cesse les factions Khmers rouges résistantes, posent le plus long cordon de mines du monde, le K-5, qui s’étend alors du golfe de Thaïlande à la frontière laotienne. Puis, en 1989, le Vietnam, fragilisé par la perestroïka russe, retire ses troupes du Cambodge et en 1991, toutes les parties (sauf les Khmers rouges) acceptent de signer les accords de paix de Paris et d’organiser des élections libres et démocratiques supervisées par l’ONU. Ces élections eurent lieu en 1993 et le parti royaliste remporta 58 sièges à l’Assemblée Nationale contre 51 pour le parti du peuple cambodgien (PPC). Le PPC menaça alors de faire sécession et le pays, qui reprit le nom de royaume du Cambodge, se retrouva avec 2 Premiers Ministres… Pendant ce temps, les Khmers rouges changèrent de tactique et s’en prenaient désormais aux touristes et aux étrangers travaillant au Cambodge.

En 1997, Pol Pot (qui était définitivement cinglé) fit exécuter Son Sen, son ancien ministre de la Défense. Les derniers Khmers rouges se divisèrent alors et Ta Mok (lé général unijambiste) prit la tête de la ligne dure du mouvement et traduisit Pol Pot en « justice ». S’ensuivit une période où le gouvernement essaya de séduire les derniers Khmers rouges pour mettre fin à la guérilla mais dans l’euphorie du moment, le second Premier Ministre (du PPC) renversa le premier Premier Ministre (du parti royaliste) et des affrontements particulièrement violents eurent lieu à Phnom Penh. Début 1998, le PPC annonça une offensive générale contre ses ennemis et Pol Pot eu la bonne idée de mourir lors des combats (enfin ça, c’est la version officielle, en vrai, on sait pas comment il est mort). Les survivants (dont l’unijambiste qui devait quand même courir vite) s’enfuirent dans la jungle près de la frontière thailandaise. Fin 1998, de nouvelles élections confirmèrent la domination du PPC et les derniers Khmers rouges se rendirent. La communauté internationale fit alors immédiatement pression pour la constitution d’un tribunal chargé de juger les dirigeants Khmers rouges encore en vie ce qui prendra beaucoup de temps et d’argent (d’ailleurs, c’est toujours pas fini).

Depuis les années 2000, le Cambodge se reconstruit lentement. D’abord en ayant intégré l’Asean (l’Association des Nations de l’Asie du sud-est) puis l’OMC. Les derniers responsables Khmers rouges ont plus de 80 ans et les jeunes générations, qui représentent un très grande partie de la population (40% de la population a moins de 16 ans) et qui ont grandi sans la guerre, veulent désormais rattraper leurs voisins comme le Vietnam et la Thaïlande.

Bref, voilà, c’était le Cambodge… Pas très rigolo comme passé et probablement encore beaucoup de temps avant que le pays ne devienne une véritable démocratie (il est classé 157ème pays sur 176 en indice de perception de la corruption). Mais ma première impression ? Ça bouge à Phnom Penh, les gens sont souriants, accueillants, ont envie d’avancer. Bref, c’est plein d’espoir.

La terre de nos ancêtres

Des miens hein, pas des vôtres bien sûr !

Oui, pour ceux qui ne le savent pas (parce que ça ne se voit pas spécialement sur ma figure…), mon grand-père maternel était à moitié vietnamien. Alors, venir ici, c’est un peu comme un retour aux sources. Bon, il n’a jamais vécu au Vietnam mais plutôt au Liban (avant d’arriver en France, de rencontrer ma grand-mère et que l’Histoire se charge de faire en sorte que je vous raconte ma vie aujourd’hui) ce qui fait que la recette de famille c’est plus le kebbé que les rouleaux de printemps mais ça n’empêche, c’est un peu émouvant d’être là.

J’avais dit « cours d’histoire sur le Vietnam ». Alors avant d’aller plus loin, je vais vous faire un petit résumé des 2 derniers siècles pour pas vous endormir.

En 1802, après près de 1000 ans de monarchie sous une bonne douzaine de dynasties différentes, le Vietnam est réunifié pour la première fois depuis 200 ans et gouverné par l’empereur Gia Long. Les Européens sont déjà présents depuis près de 300 ans mais plutôt concentrés dans la région de Danang dans le centre du pays. En 1825, l’empereur Minh Mang, le cousin de Ping Pong (pfff… qu’est-ce qu’on rigole…) promulgue un décret pour interdire l’activité missionnaire au Vietnam. Les prêtres européens sont alors emprisonnés et persécutés, ce qui donnera aux Français un prétexte pour une première intervention armée. En 1862, après les attaques françaises sur Danang et Saigon, l’empereur Tu Duc signe un traité cédant à la France le contrôle des provinces du delta du Mékong, rebaptisées alors Cochinchine. Mais comme ça ne leur suffit pas à nos petits Français, en 1883, ils imposent un deuxième traité marquant le début officiel de 70 ans de domination coloniale, et pour finir en 1887, ils proclament l’Union Indochinoise qui place le Laos, le Cambodge et le Vietnam en entier sous leur domination. Voilà, ça, c’est fait.

En 1897, Paul Doumer est Gouverneur Général de l’Indochine. Il lance un vaste programme de construction de routes et de voies ferrées à travers le Vietnam. Le petit Nguyen Tat Thanh (plus connu sous le nom de Ho Chi Minh) fait alors ses études à Hué. En 1911, il a 21 ans, il s’engage sur un navire français pour faire le tour du monde (comme quoi, c’est un truc de famille). Il finit par atterrir à Paris en 1920 où il participe à la fondation du Parti Communiste français. Puis, comme il a l’air d’avoir du potentiel, les Russes le font venir à Moscou pour être formé à l’Internationale Ouvrière et l’envoient en Chine où il fonde la Ligue de la jeunesse révolutionnaire vietnamienne.

On est maintenant en 1940, c’est la guerre. Les Français ne savent plus où ils habitent et les Japonais en profitent pour entrer au Vietnam et négocier l’utilisation des installations militaires. En contrepartie, ils laissent le pouvoir administratif aux Français. Ho décide de passer à l’action : il crée le Viet-minh (la Ligue pour l’indépendance du Vietnam) qui a pour objectif de mettre fin à la colonisation française et à l’occupation japonaise. Le terreau populaire est fertile : quelques inondations et les Japonais qui imposent alors des réquisitions de riz provoquent une terrible famine qui cause la mort de 20% de la population dans le nord. Du coup, à la fin de la guerre, le 2 septembre 1945, Ho Chi Minh proclame l’indépendance du Vietnam. Les Japonais sont repartis discrètement mais les Français, qui sont dans le camp des gentils maintenant, décident que finalement, ils vont pas laisser tomber l’affaire comme ça. Ils imposent à nouveau le régime colonial. Evidemment, les Viet-minhs sont pas contents et tout ça aboutit à des combats à Haiphong et Hanoi en 1946 qui vont marquer le début de la guerre d’Indochine. Huit ans plus tard, en 1954, dans la cuvette de Dien Bien Phu, au nord-ouest du Vietnam, les Français perdent la bataille et la guerre. Fin de la colonisation. Mais les problèmes sont loin d’être terminés. Le pays est alors divisé en deux, à hauteur du 17ème parallèle. Au nord, le Vietnam communiste dirigé par Tonton Ho et au sud, le Vietnam « libre » dirigé par Ngo Ding Diem, un catholique farouchement anti-communiste. Les Américains sont alors déjà présents dans le pays depuis plusieurs années parce qu’ils filaient un coup de main aux Français dans le sud pendant la guerre d’Indochine espérant lutter contre l’expansion communiste. En 1960, le Front national de libération (ou Viet-cong) entame une guérilla contre le gouvernement Diem dans le sud. Les Américains offrent alors leur aide à Diem mais 3 ans plus tard, ils orchestrent un coup d’état qui renverse (et tue par la même occasion) leur ex-copain parce qu’il commençait à faiblir dans la lutte contre le nord. Puis comme ça ne doit pas avancer suffisamment vite pour eux, ils prétextent une double attaque injustifiée contre des navires américains (en vérité il n’y a eu qu’une seule attaque et totalement justifiée) et balancent les premières bombes sur le nord du pays en 1964. C’est le début de l’horreur (napalm et compagnie), ça va durer 9 ans et Tonton Ho mourra avant de voir le pays libéré. En 1973, on arrête les dégâts, tout le monde signe les accords de Paris et les Américains rentrent à la maison. C’est le début de l’exode massif des Vietnamiens du sud qui ont collaboré avec les Américains, qui ne sont plus trop en odeur de sainteté et qu’on appellera les boat people. For the record, les Américains n’ont jamais déclaré officiellement la guerre au Vietnam…

On pourrait se dire, c’est bon, les Vietnamiens, ils en ont marre de jouer à la guerre, ils vont commencer à reconstruire leur pays. Mais non ! En 1978, ils envahissent le Cambodge, ravagé par les Khmers rouges et les chassent du pouvoir (donc quelque part, c’est pas si mal). Du coup, les Chinois sont pas contents (ils étaient copains avec les Khmers) et ils attaquent le nord du pays. Mais les Vietnamiens, ils sont supra entraînés, ils les renvoient à la maison aussi sec. Pendant ce temps, les Khmers rouges se sont réfugiés en Thaïlande. Pour être bien sûrs qu’ils reviennent pas traîner dans le coin, les Vietnamiens posent en 1984 le plus long cordon minier au monde, le K-5, qui s’étendra le long de la frontière thaïlando-cambodgienne. Et puis finalement, en 1989, ils laissent le Cambodge tranquille et pour la première fois depuis trèèèèèèèèèès longtemps, le Vietnam connaît la paix.

Et c’est donc enfin le début de l’épanouissement du pays, d’abord doucement puis de plus en plus vite à partir de 1994 avec la levée de l’embargo américain. Et nous voilà aujourd’hui, la réhabilitation du pays est quasi-totale, les habitants des petits villages au milieu de nulle part ont des iTrucs et les Porsche Cayenne commencent à fleurir dans certains quartiers de Hanoi.

Voilà ! Vous êtes maintenant parfaitement éclairés pour suivre la suite de l’histoire.

Alors, je suis donc revenue à Hanoi jeudi dernier. Mais pourquoi faire ? Et bah pour aller chercher ma mère à l’aéroport, pardi ! Et oui ! Sortez les violons : ma maman est venue passer 10 jours avec moi pour rendre visite à Tonton Ho et me tenir la main pour entrer en 2013… c’est kromeugnon, n’est-il pas ?

Et un riz cantonais, un !

On aurait tendance à se dire à Guangzhou-Canton, tu trouves du riz cantonais à tous les coins de rue… Et bien non ! C’est même plutôt difficile à trouver. Au point que j’ai fini par me dire que le riz cantonais, c’est encore une invention de nos restos franco-chinois (comme les nems, hein, les Chinois ne mangent pas de nems). En fait, ici, la spécialité c’est plutôt le poisson. D’eau douce. Et moi, la feignasse, éplucher son poisson avec des baguettes… pfff ! ça me fatigue rien que d’y penser !

Mais passons ces considérations gastronomiques. Comment donc ça se passe à Guangzhou ? Bah, bien. Plutôt bien, même. En t-shirt plus précisément. Ha ha ! Je vous l’avais dit ! Fini l’hiver ! On est le 15 décembre, il fait 25°C, c’est la fête.

Guangzhou est située dans le delta de la Rivière des Perles, la 3ème plus grande rivière de Chine longue de près de 2200kms. La ville est donc à cheval sur plusieurs îles reliées entre elles par tout un tas de ponts aériens et souterrains et tout un tas de ferrys. Autant dire que pour la balade au bord de l’eau, c’est la ville idéale. Je continue donc mon entraînement intensif à la marche nordique (ça va pas non ? j’aurais pas l’air débile à agiter mes bras comme une forcenée !) parce que la meilleure façon de découvrir une ville, c’est de s’y promener et de s’y perdre. Le truc c’est que je dois être en train d’acquérir un nouveau super pouvoir (je vous ferai la liste des autres une autre fois…) parce que je ne me perds plus. Ou plus vraiment. Je sais toujours où est la rivière, le plan du métro rentre dans ma tête en 3 minutes et je suis quoisiment capable de faire les correspondances les yeux fermés au bout d’une demi-journée. C’est étrange… mais ça va sûrement pas durer !

Bon alors, inventaire. J’ai donc vu :

  • une charmante petite île (Shamian) où les Anglais et les Français avaient installé des entrepôts au XIXème siècle et qui était alors interdite aux Chinois. Depuis, ils se sont bien vengés et c’est devenu LE spot de la photo de mariage kitschissime du coin, notamment devant l’église Notre Dame de Lourdes (bah c’était bien la peine de venir jusqu’ici pour voir Notre Dame de Lourdes…).
  • un très joli jardin des orchidées ou je me suis fait la réflexion que c’était bizarre quand même, y avait pas d’orchidée… Normal, on est en décembre, elles ne sont pas en fleurs à cette saison… Mais y avait de très jolies tortues qui jouaient à cache-cache sous les nénuphars et avec qui j’ai eu une longue conversation…
  • la nouvelle ville de Zhujiang avec des tours toutes plus hautes et plus extraordinaires les unes que les autres (ils ont même un Guangzhou Empire State dites donc !).
  •  le nouveau musée de Guangzhou (dans la nouvelle ville bien sûr) avec une expo hyper rigolote sur l’histoire, les ressources et la culture du Guangdong (avec des squelettes de dinosaures et des personnages en cire).
  •  l’Institut du Mouvement Paysan… Alors là, perplexité. C’est censé être une école dans les locaux d’un temple confucéen qui n’a fonctionné que 2 ans (entre 1924 et 1926). Et… who cares ??? me direz-vous. Bah, c’est un endroit important parce que Mao y a enseigné et qu’on peut y voir son bureau et son lit (enfin, en temps normal parce que, évidemment, quand je suis passée, il était fermé…). Je maintiens : perplexité.
  •  le marché au thé de Fangcun où se regroupent des grossistes en thé sous toutes les formes possibles (en feuilles, en poudre, en fleurs, …) et où on peut trouver tout le nécessaire et le superflu pour conserver, préparer, servir et boire du thé.
  • le parc Liwan, un peu Disneyland mais rigolo avec plein de Chinois qui jouent à s’envoyer un volant de badminton au pied… du « footminton » ?
  •  un Chinois qui menaçait de sauter d’un pont. Il brandissait une feuille de papier qu’il montrait aux badauds qui le prenaient en photo (non, ils n’essayaient pas de le faire repasser de l’autre côté de la barrière, ils faisaient plutôt des paris sur est-ce que le gars va vraiment sauter ou pas…). Et je ne sais pas comment s’est fini l’histoire (il a mis trop de temps à se décider) mais même s’il a sauté, y avait que 5 mètres, il a pas dû se faire très mal.

Et puis je me suis encore fait des copines chinoises dont une (Fanny, oui, elle a un prénom chinois, un prénom anglais et un prénom français, ça permet de s’adapter à son environnement) qui parlait un français plus qu’honorable et qui me dit « Oui, j’apprends le français à l’université depuis 2 ans, c’est ma spécialité ! » WHAT ??? 2 ans ??? Et elle est bilingue ??? Hum hum. Môsieur le Ministre de l’Education Nationale (je ne sais pas comment tu t’appelles, tu changes tout le temps), viens donc faire un tour en Chine, ils ont l’air efficaces dans l’enseignement des langues étrangères… Et devinez quoi ? Elle adooooooore Paris. Bon, elle y a jamais mis les pieds. Mais elle était rigolote et bien meilleure au billard que moi (mon dernier entraînement devait remonter à un certain bar corse… c’est pas tout récent).

Oh ! Et je vous ai pas parlé de ma youth hostel, située en plein milieu de la « rue des bars » (c’est pas moi qui le dis, c’est un énorme néon à l’entrée de la rue) et face à la Rivière des Perles, où j’ai trouvé une famille entière de chats, c’est donc devenu officiellement ma youth hostel préférée (et en plus, y a pas de cheveux dans la douche !).

Non, mais pour en revenir à Guangzhou-Canton… c’est moche. Je vais pas vous raconter ô combien les berges sont magnifiques : les immeubles sont tout gris, tout pourris, tout moches. La rivière est marron foncé et un tas de trucs flotte dedans (j’ai même vu un Chinois y barboter). Il a beau faire beau, la ville n’a vraiment aucun charme si ce n’est peut-être du côté « moderne » mais encore faut-il aimer les tours de verre.

Pour finir, la pollution maintient la ville sous un ciel bien blanc toute la journée. Alors du coup, sans regret, je quitte Guangzhou-Canton et je file (enfin je file… aussi vite qu’un train de nuit) à Guilin, dans le Guangxi.

PS : Je dois vraiment avoir une tête à acheter une montre. Non parce que, que ce soit en Inde ou ici, y a des types à l’air de conspirateur qui s’approchent de moi dans la rue et qui me susurrent à l’oreille « Watch ? watch ? ». Du coup, je me pose des questions…

Photos ici.

« BREAKING NEWS » : En fait, Guangzhou, c’est Chicago. Avant de prendre le train, je suis allée faire un dernier tour dans un quartier particulièrement animé (comprendre, une enfilade de magasins sur 500 mètres et 40 personnes au m²) en ce samedi après-midi. La foule est relativement compacte mais tout le monde déambule dans la bonne humeur et les odeurs de pattes de poulet grillées. Tout à coup, je remarque 2 filles larmoyantes pendues aux bras d’un type qui fend la foule rageusement, le visage couvert de sang. Et là, sorti de nulle part, un deuxième type se retrouve devant eux, hurlant et brandissant une barre de fer. Panique générale. Les poussettes volent, les gens se mettent à courir et se réfugient dans les magasins et les 2 types commencent à se taper dessus (enfin, recommencent parce qu’apparemment, ils s’étaient déjà rencontrés plus tôt). La police est là mais n’intervient pas. Très rapidement, c’est 1 puis 2 puis 20 autres types qui se mèlent à la bagarre pendant que des filles essayent de les retenir. Les coups pleuvent, les barres de fer se multiplient (j’arrive même pas à comprendre d’où elles sortent), des types tombent par terre, se font lyncher par d’autres, des enfants se mettent à pleurer, ça saigne. Tout ce petit monde se déplaçant dans la rue, c’est un beau bordel. La police finit par intervenir mais ils ne sont visiblement pas assez nombreux pour contenir durablement tous ces gentlemen très énervés. Moi, j’ai profité de l’accalmie pour m’éclipser… Ils sont fous ces Chinois !!

Nanjing

Me voici à Nanjing, dans la province du Jiangsu. Mais pourquoi donc Nanjing ? Bordant la côte orientale de la mer de Chine et surnommé depuis l’Antiquité « le pays du poisson et du riz », le Jiangsu s’est d’abord développé grâce aux voies navigables du Yangzi et du Grand Canal. La soie et le sel, extrait du littoral marécageux, participèrent également à sa prospérité. Nanjing, la capitale de la province qui borde le cours inférieur du Yangzi, est presqu’entièrement entourée d’un rempart datant de la dynastie Ming. Riche d’une longue histoire, Nanjing fut à 3 reprises la capitale du pays, au début de la dynastie Ming, de 1368 à 1420, avant que la capitale ne soit une première fois transférée à Beijing, puis dans les premières années du XXème siècle, de  1928 à 1937, sous la République de Chine, où elle fut le théâtre des pires atrocités commises pendant la guerre sino-japonaise, et enfin de 1945 à 1949 avant que les communistes ne s’emparent du pouvoir.

Moi, je croyais que Beijing était la capitale depuis super longtemps mais non, les Chinois, ils arrêtent pas de changer d’avis, ils transfèrent leur capitale n’importe où n’importe quand.

Bref, je suis donc allée voir à quoi ça ressemble une ancienne capitale. Et bien, y a de jolis temples, on peut faire des balades en bateau-mouche sur les canaux, y a des ruines de vieux palais Ming, un très joli parc avec un lac au milieu et bien sûr, le « poignant » mémorial du massacre de Nanjing.

Moi qui portais très haut dans mon cœur les Japonais pour leurs excellentes manières et leur art de vivre délicat… j’ai déchanté ! En 1937, c’était la guerre entre la Chine et le Japon. L’armée chinoise n’était pas au meilleur de sa forme et l’invasion de Nanjing semblait imminente alors l’armée a dit au peuple : « Tous ceux qui ont du sang dans les veines et assez de souffle pour respirer doivent savoir que mieux vaut être brisé comme du jade que rester entier comme une tuile. » (Je me suis toujours demandée pourquoi les chinois et les japonais, fallait toujours qu’ils parlent comme Yoda… Comme pour donner un sens profond à la moindre petite phrase ridicule.) Et pour être sûre que personne n’allait fuir, l’armée a fermé les portes de la ville, piégeant plus d’un demi-million d’habitants. Bien sûr, ça n’a pas tardé, les Japonais ont déboulé et pendant 6 semaines, ils ont massacré 200 à 300 000 personnes avec tous les cruels raffinements qu’ils connaissaient. On estime que pendant les 4 premières semaines, 20 000 femmes entre 11 et 76 ans ont été violées… Pas chouette, les Japonais, pas chouette… Oh ! les Chinois sont pas faciles à abattre, ceux qui ne sont pas morts se sont battus et ont réussi à résister aux Japonais.

Du coup, l’Histoire a baptisé cet épisode le « Massacre de Nanjing » ou plus prosaïquement, le « Viol de Nanjing ». Y a même une Chinoise qui a assisté à ces horreurs qui a écrit un bouquin (Le Viol de Nankin d’Iris Chang) et qui s’est suicidée après… Bref, ce douloureux passé a marqué les Chinois pour un moment.

Alors, j’avais trouvé le musée d’Hiroshima lourd (j’avais versé une larme… mais c’était à cause de la poussière…), mais là… on peut vite se mettre à détester les Japonais ! Des squelettes tout entassés, des photos (mais… quand est-ce que les soldats comprendront que prendre des photos souvenirs des types qu’ils ont flingués, c’est d’un goût franchement douteux ?), des témoignages vidéos larmoyants, bref… la panoplie complète du tire-larmes. Mais, du coup, je comprends un peu mieux pourquoi faut surtout pas confondre un Chinois et un Japonais… (enfin au premier coup d’œil, c’est quand même pas évident…) Cela étant dit, le musée est plein de panneaux du genre « N’oublions pas que notre pays a été envahi et qu’on n’a pas aimé ça, dont acte » et ils ont construit une immeeeeeeense statue représentant la Paix… Mouais, les Chinois, grands défenseurs de la Paix dans le monde… faudrait voir à pas oublier ce qui se passe au Tibet et qu’ils sont en train d’envahir une île qui appartient au Vietnam, mais à part ça, tout va bien !

Et puis sinon, à Nanjing, y a de très jolis arbres qui bordent les avenues, des quartiers piétons bien kitschouilles, de la street food partout, de délicieux restaurants… Bref, c’est vraiment une petite ville sympa.

Et j’adore ma youth hostel parce que les toilettes sont bouchés, y a des cheveux plein la douche, y a pas de fenêtre dans le dortoir, je me suis engueulée avec un type qui fumait dans la chambre y a 2 chats qui ronronnent dans les canapés et qui se laissent gratouiller le menton. Bah oui, c’est comme ça.

Photos ici.

PS : Vous devez vous dire que je passe mon temps à m’empiffrer ici mais faut vraiment que je vous fasse un post complet sur la bouffe… c’est crazy dingo !

Correction : on me dit qu’Iris Chang n’a pas assisté au Massacre de Nanjing (elle est née bien après) et qu’en plus, elle était américaine… J’ai donc rien compris au blabla qui était sous son portrait dans le musée… va falloir réviser mes bases de mandarin…

Nihao Baby !!

Après 70 jours chez les Indiens, changement de décor et d’ambiance et je pose donc les pieds en République Populaire de Chine. Tadaaaaa !!

En 4 mois, j’aurais donc vu presque la moitié de l’humanité (ce qui fait un paquet de noms à retenir mais une bonne moitié d’Indiens avaient la bonne idée de s’appeler Kumar ou Sri et chez les Chinois c’est Li ou Tang, ça facilite les choses…).

Dès la descente de l’avion, pas moyen de confondre : plus personne ne parle anglais, y a pas de vache devant l’aéroport et… ah si… ils crachent ! Pfiou ! J’ai eu peur ! Perdre tous mes repères en même temps, ça aurait été traumatisant…  En fait, ça a plutôt commencé dans l’avion avec les plateaux repas…

2 ou 3 trucs à savoir sur la Chine :

  • C’est le pays le plus peuplé au monde : 1,34 milliard d’habitants avec des densités au km² fort variables entre les grandes villes à l’Est et le middle of nowhere à l’Ouest. En même temps, y a des gens qui habitent en Chine depuis -4 000 avant JC…
  • C’est en Chine que se trouve le Mont Everest, le toit du monde, qui culmine à 8 848m.
  • Tous les Chinois ne se ressemblent pas (même si on pourrait avoir tendance à le croire). La population est constituée d’une multitude d’ethnies : 90% de Han (d’où une certaine homogénéité tout de même) et viennent ensuite dans l’ordre, les Zhuang, les Mandchous, les Miao, les Ouïgours, les Tujia, les Tibétains, les Hui, les Mongols, les Buyi, les Dong, les Yao, les Coréens, les Bai, les Hani, les Li, les Kazakhs et les Dai. Et tout ce petit monde entretient des relations plus ou moins hiérarchiques relativement complexes qui aboutissent régulièrement à des heurts violents réprimés violemment par l’armée.
  • Non, les Chinois ne mangent pas de nems (ce sont les Vietnamiens) et ne mangent pas de chiens non plus (ils préfèrent les chats… je rigole, rhôlala…).

Petit récap de l’histoire moderne pour mieux comprendre la Chine d’aujourd’hui : au XXème siècle, la Chine n’a pas eu une vie facile. Le communisme a fait son apparition dans les années 20 mais à l’époque, c’était pas très bien vu (comme quoi, y a que les imbéciles qui changent  pas d’avis…). Y avait même des campagnes anti-communistes. Un peu avant la 2ème guerre mondiale,  suite à l’attaque du Japon qui n’a vraiment pas été très très gentil (mais on aura le temps d’en reparler plus tard), le gouvernement des « bourgeois » n’a pas vraiment eu le choix et a dû s’allier avec les communistes et un certain Mao. Comme c’est un malin, en 1949, le Mao, il accède au pouvoir après la fin de la guerre civile qui opposait les communistes et les autres (pour simplifier). Et là, c’est le début du grand n’importe quoi. Mao était un poète alors il baptisait ses campagnes avec des noms comme « la Campagne des 100 Fleurs » (qui était censée laisser les intellectuels et les artistes exprimer leurs critiques du pouvoir… mouais, mais en fait, Mao, il aime pas la critique), « le Grand Bond en avant » (qui était censé permettre à l’économie chinoise de rattraper le niveau de celle des pays industrialisés… mouais, ça a causé 30 millions de morts à cause d’une gigantesque famine) ou la plus célèbre « Révolution Culturelle » (qui était censé purger les milieux artistiques et intellectuels des dissidents « capitalistes ».. mouais, mais en fait ça a surtout permis à Mao de passer en revue des milliers de gardes rouges, des étudiants extirpés de leurs études, à qui on lavait le cerveau à grande eau et à coup de Petit Livre Rouge et qui cassaient la gueule de quiconque était vaguement soupçonné de critiquer le Grand Timonier) . En vérité, le père Mao, il changeait d’avis comme de chemise (ce qui voudrait dire que ce n’est vraiment pas un imbécile…) et comme il aimait pas vraiment qu’on le contredise, il a fait emprisonner un paquet de gens sous prétexte de les « rééduquer » (c’est comme ça qu’on dit quand on fait du lavage de cerveau à grande échelle) et en a terrorisé un autre paquet. Il finit par mourir en  1976 à l’âge de 83 ans (ce qui est pourtant un chiffre porte-bonheur… comprends pas). Son successeur suit alors l’opinion publique qui a enfin réussi à se faire entendre (enfin c’est juste qu’on leur a pas cassé la gueule quand ils ont ouvert la bouche) et fait emprisonner les potes de Mao en les déclarant responsables des « erreurs » de la Révolution Culturelle. Mais bon, c’est pas encore complètement la fête non plus et en 1989, un mouvement protestataire pacifique se finit en bain de sang sur la place Tien An Men (oui, celle de la photo de l’étudiant face au char). Mais là, l’opinion publique, elle est vraiment pas contente. Alors les communistes, ils sont bien obligés de lâcher du lest et de s’ouvrir un peu au monde. Ils misent tout sur le développement scientifique et les nouvelles technologies et envoient des milliers de jeunes étudier à l’étranger pour qu’ils rapportent leurs connaissances à l’intérieur du pays. Et aujourd’hui, la Chine est en passe de devenir la 1ère puissance mondiale avec des disparités énormes au sein de la population, un prisonnier politique qui est Prix Nobel de la Paix, un président qui est élu selon un processus que personne ne connait, un seul parti politique et pas d’opposition (remarque, ça évite de se couvrir de ridicule et de montrer au monde entier qu’on ne sait pas compter des bulletins de vote…) et un réseau Internet qui prétend que Google n’existe pas. Mais… la Chine change, et les jeunes générations (qui n’ont pas été traumatisées par l’idéologie communiste) font progressivement basculer le pays vers un peu plus de libéralisme même si exprimer franchement son opinion sur la liberté d’expression ou le Tibet reste un peu compliqué et même si les femmes n’osent toujours pas fumer en public.

Voilà ! On est prêt, on peut sortir de l’aéroport et tenter de conquérir le monde, Minus !! rencontrer ces extraterrestres que sont les Chinois.

前进!

PS : Hihihihi !! A l’heure de la globalisation de l’internet mondial, la censure chinoise, elle fait pas le poids face moi et mon ordinateur qui s’est fait reformaté par un indian computer doctor ! Mais ça, c’est une autre histoire…