AL sur le Dos du Dragon

On dirait la version trash des aventures de Martine, non ? AL crache un cafard, AL chez les Chinois bastonneurs, AL et le dragon…

Bon, plus sérieusement, c’est quoi cette histoire de dragon ?

Vous vous souvenez que maintenant, je suis à Guilin (vous vous souvenez, hein ?). Guilin, dans le Guang de l’ouest, célèbre pour sa campagne et ses paysages de pics karstiques émergeant du brouillard. Ah oui, ici, pas la peine de se demander de quel côté le soleil se lève, y a pas moyen de savoir. Pour ceux qui ne sont pas géologues, c’est quoi un pic karstique ? Et bien, très simplement, c’est la roche qui a été façonnée par l’érosion due à l’acide carbonique dégagé par la réaction des eaux de pluie au dioxyde de carbone ambiant. En gros, il pleut, ça bouffe la roche qui est calcaire et paf ! ça fait des chocapics ! de grandes fissures qui s’élargissent avec le temps, finissent par former des trous de gruyère et puis au bout d’un moment, le plafond s’effondre (bah oui, y a plus rien en dessous) et il ne reste que les croûtes du gruyère pics karstiques. Et les eaux pluviales étant ici moins riches en acide carbonique que le sol, la base des pics continue à s’éroder lentement mais sûrement. Voilà. Et y en a pas mal dans le coin. Y en a pas mal dans toute cette partie de l’Asie du Sud-Est puisque c’est le même genre de phénomène qui a créé la baie d’Halong au Vietnam, mais là n’est pas le sujet, nous en reparlerons pas plus tard que dans 15 jours (hiiiiiiiii !!).

DONC… tous ces pics karstiques nappés de brouillard forment un paysage enchanteur et poétique chanté par… les poètes (pardi !) depuis quelques milliers d’années. Mais comme la poésie n’a jamais fait vivre son homme (non, jamais), les types du coin (qui sont pour la plupart issus des minorités Zhuang et Yao) ont fait pousser du riz à flanc de pic karstique (véritable prouesse agricole et je m’y connais !). Ils ont donc étagé les rizières, parfois jusqu’à près de 1000 mètres d’altitude, en parsemant le tout de villages on ne peut plus bucoliques. Quand il pleut en été (… bah oui, c’est comme ça, j’y peux rien, ici, il pleut en été), les rizières sont inondées et le soleil se reflète sur les terrasses, donnant l’impression des écailles sur le dos d’un dragon D’OÙ… les rizières en terrasse du Dos du Dragon !! Tadaaaaa !!

Pfiou ! Toute cette mise en scène pour vous raconter que je suis montée dans un minibus pour aller voir des rizières dans un trou paumé chinois…  Enfin, que je suis allée « voir »… j’ai fait 5 heures de minibus (oui, j’ai fait ma touriste sur ce coup, j’ai pris un tour organisé), ai rencontré des femmes Yao (qui ne se coupent les cheveux qu’une fois dans toute leur vie, pour leur 18 ans, et qui ont de très jolies coiffures), ai grimpé en haut d’une colline dans la bouillasse pour… ne rien voir. Enfin, rien. Quoisi rien. Brouillard à couper au couteau et bon petit crachin breton. Pour vous donner une idée, voilà ce que j’étais censée admirer :

rizières

et  voilà ce que j’ai vu…

IMG_3311

No comment.

C’était plutôt rigolo de voir les Chinois grimper jusqu’au sommet de la colline et se prendre en photo devant un poster géant de ce qu’ils auraient dû voir. Y a quand même le photographe officiel qui te demande 2 yuans pour te laisser te prendre en photo devant une grande toile décolorée et fripée avec ton propre appareil photo. Business is business. Et là, c’est la low season alors faut pas se laisser aller !

Bon. Au moins j’ai rencontré des gens sympas : L. la guide chinoise, F. et S. un couple sino-américain en lune de miel (j’ai un truc avec les lunes de miel je vous dis), S. australienne et Y. espagnole (avec un anglais plein de « o » et de « a » à la fin des mots) et on s’est bien marré. En fait, la meilleure partie du tour finalement, c’est quand sur la route du retour, on s’est arrêté acheter des mini-clémentines et qu’on s’en est empiffrés jusqu’à Guilin. Oui je sais, d’habitude, j’aime pas ça les clémentines. Mais là, elles sont vraiment toutes petites, elles s’épluchent toutes seules et y a pas de « blanc » dessus. Enfin avec tout ça, le dragon, hein… Martine repassera !

Mais comme je ne m’avoue pas vaincue, aujourd’hui j’ai décidé d’aller à Yangshuo faire du vélo le long de la rivière Li. J’ai donc pris le bus, loué mon petit vélo, demandé conseil au gars pour trouver une boucle sur terrain plat (oui, je suis une feignasse, j’assume, mais je fais du vélo quand même), attaché mon casque et en avant ! La balade était impeccable, très jolie malgré le ciel tout gris et je suis quand même restée 4 heures sur mon vélo donc… je ne peux plus m’asseoir… mais c’était super. Enfin, j’ai touché de la pédale du doigt la campagne chinoise. Du bout du doigt mais quand même.

Et enfin, j’ai trouvé une ville chinoise vraiment chouette. Yangshuo, c’est franchement touristique mais ça se comprend : c’est vraiment hyper joli. Le centre-ville est entièrement piéton avec de jolies maisons en bois et la rivière s’enroule autour des pics à perte de vue. J’ai failli pousser jusqu’à la balade en radeau en bambou sur la rivière Li mais il était déjà tard et grelotter pendant 1 heure même en regardant défiler les pics karstiques, ça ne me tentait pas tant que ça. Alors à la place, j’ai testé pour vous le Mc 培根和奶酪.

IMG_3352

Pas de quoi s’évanouir et franchement, ça vaut pas une bonne assiette de fried dumplings, mais bon, étude sociologique oblige…

Et puis je suis donc rentrée à Guilin, préparer mon sac pour ma dernière étape chinoise (déjà ???), Nanning, la ville où je dois me débrouiller pour obtenir un visa pour le Vietnam.

Photos ici.

Avis de recherche : Si quelqu’un trouve un clavier et un bouton « envoi » bien distinct, qu’il n’hésite pas à me faire signe, je connais quelqu’un qui a perdu le sien…

Et un riz cantonais, un !

On aurait tendance à se dire à Guangzhou-Canton, tu trouves du riz cantonais à tous les coins de rue… Et bien non ! C’est même plutôt difficile à trouver. Au point que j’ai fini par me dire que le riz cantonais, c’est encore une invention de nos restos franco-chinois (comme les nems, hein, les Chinois ne mangent pas de nems). En fait, ici, la spécialité c’est plutôt le poisson. D’eau douce. Et moi, la feignasse, éplucher son poisson avec des baguettes… pfff ! ça me fatigue rien que d’y penser !

Mais passons ces considérations gastronomiques. Comment donc ça se passe à Guangzhou ? Bah, bien. Plutôt bien, même. En t-shirt plus précisément. Ha ha ! Je vous l’avais dit ! Fini l’hiver ! On est le 15 décembre, il fait 25°C, c’est la fête.

Guangzhou est située dans le delta de la Rivière des Perles, la 3ème plus grande rivière de Chine longue de près de 2200kms. La ville est donc à cheval sur plusieurs îles reliées entre elles par tout un tas de ponts aériens et souterrains et tout un tas de ferrys. Autant dire que pour la balade au bord de l’eau, c’est la ville idéale. Je continue donc mon entraînement intensif à la marche nordique (ça va pas non ? j’aurais pas l’air débile à agiter mes bras comme une forcenée !) parce que la meilleure façon de découvrir une ville, c’est de s’y promener et de s’y perdre. Le truc c’est que je dois être en train d’acquérir un nouveau super pouvoir (je vous ferai la liste des autres une autre fois…) parce que je ne me perds plus. Ou plus vraiment. Je sais toujours où est la rivière, le plan du métro rentre dans ma tête en 3 minutes et je suis quoisiment capable de faire les correspondances les yeux fermés au bout d’une demi-journée. C’est étrange… mais ça va sûrement pas durer !

Bon alors, inventaire. J’ai donc vu :

  • une charmante petite île (Shamian) où les Anglais et les Français avaient installé des entrepôts au XIXème siècle et qui était alors interdite aux Chinois. Depuis, ils se sont bien vengés et c’est devenu LE spot de la photo de mariage kitschissime du coin, notamment devant l’église Notre Dame de Lourdes (bah c’était bien la peine de venir jusqu’ici pour voir Notre Dame de Lourdes…).
  • un très joli jardin des orchidées ou je me suis fait la réflexion que c’était bizarre quand même, y avait pas d’orchidée… Normal, on est en décembre, elles ne sont pas en fleurs à cette saison… Mais y avait de très jolies tortues qui jouaient à cache-cache sous les nénuphars et avec qui j’ai eu une longue conversation…
  • la nouvelle ville de Zhujiang avec des tours toutes plus hautes et plus extraordinaires les unes que les autres (ils ont même un Guangzhou Empire State dites donc !).
  •  le nouveau musée de Guangzhou (dans la nouvelle ville bien sûr) avec une expo hyper rigolote sur l’histoire, les ressources et la culture du Guangdong (avec des squelettes de dinosaures et des personnages en cire).
  •  l’Institut du Mouvement Paysan… Alors là, perplexité. C’est censé être une école dans les locaux d’un temple confucéen qui n’a fonctionné que 2 ans (entre 1924 et 1926). Et… who cares ??? me direz-vous. Bah, c’est un endroit important parce que Mao y a enseigné et qu’on peut y voir son bureau et son lit (enfin, en temps normal parce que, évidemment, quand je suis passée, il était fermé…). Je maintiens : perplexité.
  •  le marché au thé de Fangcun où se regroupent des grossistes en thé sous toutes les formes possibles (en feuilles, en poudre, en fleurs, …) et où on peut trouver tout le nécessaire et le superflu pour conserver, préparer, servir et boire du thé.
  • le parc Liwan, un peu Disneyland mais rigolo avec plein de Chinois qui jouent à s’envoyer un volant de badminton au pied… du « footminton » ?
  •  un Chinois qui menaçait de sauter d’un pont. Il brandissait une feuille de papier qu’il montrait aux badauds qui le prenaient en photo (non, ils n’essayaient pas de le faire repasser de l’autre côté de la barrière, ils faisaient plutôt des paris sur est-ce que le gars va vraiment sauter ou pas…). Et je ne sais pas comment s’est fini l’histoire (il a mis trop de temps à se décider) mais même s’il a sauté, y avait que 5 mètres, il a pas dû se faire très mal.

Et puis je me suis encore fait des copines chinoises dont une (Fanny, oui, elle a un prénom chinois, un prénom anglais et un prénom français, ça permet de s’adapter à son environnement) qui parlait un français plus qu’honorable et qui me dit « Oui, j’apprends le français à l’université depuis 2 ans, c’est ma spécialité ! » WHAT ??? 2 ans ??? Et elle est bilingue ??? Hum hum. Môsieur le Ministre de l’Education Nationale (je ne sais pas comment tu t’appelles, tu changes tout le temps), viens donc faire un tour en Chine, ils ont l’air efficaces dans l’enseignement des langues étrangères… Et devinez quoi ? Elle adooooooore Paris. Bon, elle y a jamais mis les pieds. Mais elle était rigolote et bien meilleure au billard que moi (mon dernier entraînement devait remonter à un certain bar corse… c’est pas tout récent).

Oh ! Et je vous ai pas parlé de ma youth hostel, située en plein milieu de la « rue des bars » (c’est pas moi qui le dis, c’est un énorme néon à l’entrée de la rue) et face à la Rivière des Perles, où j’ai trouvé une famille entière de chats, c’est donc devenu officiellement ma youth hostel préférée (et en plus, y a pas de cheveux dans la douche !).

Non, mais pour en revenir à Guangzhou-Canton… c’est moche. Je vais pas vous raconter ô combien les berges sont magnifiques : les immeubles sont tout gris, tout pourris, tout moches. La rivière est marron foncé et un tas de trucs flotte dedans (j’ai même vu un Chinois y barboter). Il a beau faire beau, la ville n’a vraiment aucun charme si ce n’est peut-être du côté « moderne » mais encore faut-il aimer les tours de verre.

Pour finir, la pollution maintient la ville sous un ciel bien blanc toute la journée. Alors du coup, sans regret, je quitte Guangzhou-Canton et je file (enfin je file… aussi vite qu’un train de nuit) à Guilin, dans le Guangxi.

PS : Je dois vraiment avoir une tête à acheter une montre. Non parce que, que ce soit en Inde ou ici, y a des types à l’air de conspirateur qui s’approchent de moi dans la rue et qui me susurrent à l’oreille « Watch ? watch ? ». Du coup, je me pose des questions…

Photos ici.

« BREAKING NEWS » : En fait, Guangzhou, c’est Chicago. Avant de prendre le train, je suis allée faire un dernier tour dans un quartier particulièrement animé (comprendre, une enfilade de magasins sur 500 mètres et 40 personnes au m²) en ce samedi après-midi. La foule est relativement compacte mais tout le monde déambule dans la bonne humeur et les odeurs de pattes de poulet grillées. Tout à coup, je remarque 2 filles larmoyantes pendues aux bras d’un type qui fend la foule rageusement, le visage couvert de sang. Et là, sorti de nulle part, un deuxième type se retrouve devant eux, hurlant et brandissant une barre de fer. Panique générale. Les poussettes volent, les gens se mettent à courir et se réfugient dans les magasins et les 2 types commencent à se taper dessus (enfin, recommencent parce qu’apparemment, ils s’étaient déjà rencontrés plus tôt). La police est là mais n’intervient pas. Très rapidement, c’est 1 puis 2 puis 20 autres types qui se mèlent à la bagarre pendant que des filles essayent de les retenir. Les coups pleuvent, les barres de fer se multiplient (j’arrive même pas à comprendre d’où elles sortent), des types tombent par terre, se font lyncher par d’autres, des enfants se mettent à pleurer, ça saigne. Tout ce petit monde se déplaçant dans la rue, c’est un beau bordel. La police finit par intervenir mais ils ne sont visiblement pas assez nombreux pour contenir durablement tous ces gentlemen très énervés. Moi, j’ai profité de l’accalmie pour m’éclipser… Ils sont fous ces Chinois !!

… sous la pluie…

Après avoir trainassé 3 jours à Gulang Yu et vu que la météo n’est plus de mon côté (la poisse !), je vais reprendre le train direction Guangzhou, dans le Guangdong (le Guang de l’est puisqu’il existe également le Guangxi, le Guang de l’ouest, mais ça, on verra ça plus tard).

Honnêtement, j’ai pas fait grand-chose à Gulang Yu MAIS… j’ai enfin pu me faire des potes chinois !! Hier soir, alors que je venais de me brosser les dents et que je m’apprêtais à me ranger pour la nuit, mes colocs de dortoir (qui ne sont plus les mêmes que ceux du premier jour) me proposent d’aller « boire un café ». Des Chinois capables d’aligner plus de 3 mots en anglais ? Je ne peux pas laisser passer l’occasion !!

Et nous voici à la recherche d’un petit bar sympa pour prendre un verre. Enfin, moi, c’est ce que j’avais compris. On s’assoit autour d’une table, on commence à discuter (enfin, je pose une question, ils se concertent en chinois, ils rigolent, ils désignent un volontaire pour me faire la traduction et le malheureux essaye de me répondre) et la serveuse vient prendre la commande. Je me dis que dans un bar avec des Chinois, je me dois de boire une bière chinoise et je commande donc une Tsingtao. Quand la serveuse revient avec son plateau, je constate que quand ils disaient « boire un café », c’était vraiment « un café »… J’ai un petit moment de solitude avec ma bière mais je me dis que c’est pas grave, ça va juste confirmer la réputation de dépravés qu’ont les Occidentaux dans le coin…

A part ça, c’était très sympa. En fait, tous ces petits Chinois sont des étudiants en vadrouille (y en a même qui sèchent les cours… bouh, c’est pas bien…) qui font des études de trucs plutôt sérieux (genre économie internationale, relations diplomatiques, trucs qui en jettent) et qui sont venus à Gulang Yu juste pour la journée parce que ici… c’est joli. Bien sûr, j’ai droit au « Paris ??? Oooooooh… soooo romantic city… (soupir rêveur) ». Y en a même un qui me dit que le français, c’est la plus belle langue du monde parce que même quand les gens s’engueulent, c’est sexy. Celle-là, on me l’avait pas encore faite ! Bref, on compare évidemment la Chine et la France sur le plan de l’architecture, de la bouffe (ça, c’est un sujet qui intéresse particulièrement mes nouveaux amis), du shopping, des politiques de la famille et de l’éducation. Oui, oui, oui… Saviez-vous que si vous avez un deuxième enfant, vous devez payer une amende de 40 000 yuans ? Saviez-vous que quand vous êtes nés dans une province, vous ne pouvez passer vos examens que dans cette province, même si vous avez fait vos études à l’autre bout du pays ? Et que, vous n’avez pas accès à toutes les universités du pays mais seulement une liste restreinte en fonction de votre province de naissance ? Sauf ceux qui sont nés à Hong Kong ou à Taiwan. Eux, ils ont droit d’aller partout et en plus, ils ont des frais de scolarité réduits. Du coup, des tas de femmes enceintes essayent d’aller accoucher à Hong Kong. Sauf que. Le gouvernement de Hong Kong et probablement le gouvernement central ont décidé de limiter ce phénomène. Et que du coup, maintenant, si une femme accouche à Hong Kong mais qu’elle n’est pas elle-même de Hong Kong, son bébé ne sera pas déclaré comme originaire de Hong Kong mais de la province d’origine de sa mère. Hong Kong aux Hongkongais, quoi. Mais ce que mes potes chinois pensent, c’est que c’est quand même pas très juste ce système et que t’as beaucoup plus de chance de réussir dans la vie si t’es né à Hong Kong ou à Taiwan voire à Beijing ou Shanghai (qui, eux aussi, ont des statuts spéciaux). Du coup, comme ils se mettaient à critiquer le système, j’ai un peu poussé pour savoir ce qu’ils pensaient d’autres sujets sensibles ici comme… le Tibet par exemple.

Bah en fait, ils savent pas grand-chose. Ils sont archi convaincus que le Tibet, c’est chinois. Quant au sort des moines et du Dalai Lama, ils ne comprennent pas pourquoi le Dalai Lama ne revient pas en Chine et ne trouve pas un accord avec le gouvernement. Je leur ai dit que quand je cherchais des infos sur le Tibet sur Google.hk (qui passe mais qui est filtré par le gouvernement), je n’ai aucune réponse « non gouvernementale ». Alors là, ils ouvraient des grands yeux. Je leur ai dit « Bah, c’est comme Facebook ! ». Et là, ils m’ont tout bien expliqué comment contourner le système et avoir accès à Facebook. Donc en fait, ils savent comment contourner le système mais ils ne s’en servent que pour télécharger des films étrangers et mettre à jour leurs statuts Facebook…  C’en est suivi une conversation fort animée sur les chansons françaises connues en Chine et ils se sont mis à chanter tous en cœur… « Hélène… je m’appelle Hélène… ». J’ai pas voulu les décevoir, je leur ai dit que c’était super… Un des gars m’a dit que c’était grâce à Thierry Henry, lui-même une star en Chine, qui aurait dit dans un talk-show hyper suivi que c’était sa chanson préférée. Quelqu’un aurait perdu un pari ?

Non mais dans l’ensemble, on a bien rigolé. Et ils m’ont assuré que les jeunes Chinois se mettaient à l’anglais mais qu’il y avait encore du boulot ! Ils hallucinaient un peu de penser que je voyageais en Chine sans parler ni lire le chinois. Ils se demandaient comment je faisais au resto. Ben, au p’tit bonheur la chance, m’sieurs-dames ! Du coup, ils ont bien essayé de m’apprendre 2 ou 3 noms de plats classiques mais à l’heure qu’il est, j’ai déjà tout oublié ! Et puis de toute façon, c’est pas grave, à Guangzhou, que vous connaissez sous le nom de Canton, ils parlent le cantonais (comme le riz) donc pas la peine de se remplir le cerveau d’informations inutiles…

Photos ici.

Au soleil…

Na na na na na na au soleil… (air connu)

Je continue mon petit bonhomme de chemin à travers la Chine. Toujours sur la côte pacifique. Non pas qu’il n’y ait rien à voir au centre mais les trucs intéressants sont tellement compliqués à atteindre (genre 1 nuit de train puis une demi-journée de bus pour voir un petit village historique bucolique dont tu fais le tour en 2 heures) que j’ai opté pour la facilité et je longe la mer et puis j’ai pas que ça à faire de passer ma vie dans des trucs qui roulent.

J’ai donc décidé de laisser les températures inférieures à 15°C et les voyages sauts de puce derrière moi et je file à presque 200km/h (OK, c’est nul, mais c’est pas si mal pour un train chinois) plein sud vers Xiamen. Je vous passe les détails logistiques sordides (du genre, c’est dimanche, les bus qui vont à la gare ne passent pas au même endroit que d’habitude mais ce n’est écrit nulle part ou tiens, tiens, as-tu pensé à demander au chauffeur si tu as bien pris le bus dans le bon sens ? ah non ? bah, paye ton taxi pour te retaper tout le chemin dans l’autre sens alors ! …) et il me faudra presque 12 heures pour faire les 650kms qui séparent Hangzhou de Xiamen, autant dire que les 200kms/h, c’est pas tout le temps. Mais en fait, Xiamen n’est pas ma destination finale. Je vais à Gulang Yu, une petite île en face de Xiamen (qui est déjà une île mais plus grosse) où les gens sont fort sympathiques puisqu’à 21h, un petit papi m’a pris par la main pour m’amener jusqu’à la youth hostel puisque la biiiiiiiip !! de carte du Lonely était complètement fausse…

Et qu’allait-elle faire dans cette galère à Gulang Yu ? Et bah, figurez-vous que sur cette île, il y a plus de 1000 villas coloniales, des vestiges délabrés, de vieux banians dont les franges tombent jusqu’au sol et les voitures n’y sont pas autorisées d’où un charme certain. La communauté étrangère était bien établie sur l’île dans les années 1880. Elle y possédait un journal, des églises, des hôpitaux, des bureaux de poste, des bibliothèques, des hôtels et des consulats. En 1903, Gulang Yu devint officiellement une concession internationale, dotée d’un conseil municipal et d’une police composée de sikhs (comme on se retrouve !). Et l’île a été le berceau de plusieurs grands pianistes chinois, à tel point que les Chinois la surnomment « l’île du piano ».

Bref, je suis donc arrivée un peu fatiguée et légèrement très énervée mais je suis arrivée. Et les 4 petits Chinois avec qui je partage le dortoir en sont restés sans voix ! Comme je suis polie (si, si, même quand je suis énervée…), j’ai dit « Hi ! » et j’ai commencé à faire mon lit en poussant un long soupir de désespoir en constatant que le « matelas » était en réalité une planche en bois… Du coup, ils ont dû se dire qu’il fallait faire bonne impression et ils ont arrêtés de cracher leurs coques de graines de tournesol sur le sol et ils ont fait pareil. Ça m’a fait rigoler. Mais à l’intérieur parce que je ne suis pas folle, je ne vais pas me foutre de la tronche des Chinois à 4 contre 1. Bref, malgré l’heure tardive, j’avais repéré tandis que Papi me trainait à travers les ruelles, que pas mal de stands de street food étaient encore ouverts. J’ai donc filé me mettre quelque chose sous la dent et là, ô surprise, la street food d’ici n’a rien à voir avec ce que j’ai déjà expérimenté. Ici, on est au bord de la mer et ça se voit dans ton assiette. Les rues sont pleines (au sens propre puisque tout ça est posé dans des seaux au milieu de la rue) de crustacés, poissons, calamars, sea cucumber et tutti quanti. J’ai donc testé la conque farcie, avec sa dose de piment et d’ail, cuite sur le grill et servie dans un petite barquette en polystyrène… dé-li-cieux !

Réveillée de bon matin par mes esquarres sur les hanches (bah oui, à force !), j’ai constaté avec plaisir qu’à Gulang Yu, il fait non seulement grand beau mais aussi grand chaud. J’ai donc claqué allègrement 10 yuans dans une machine à laver et j’ai étendu avec soin mon linge au soleil sur la terrasse… (des fois, dans la vie, y a la première gorgée de bière et des plaisirs minuscules) Et puis je suis sortie faire le tour de mon îlot. Oui parce qu’en fait Gulang Yu, c’est plutôt un îlot. En 3 heures, t’as fait le tour. Et en 2 heures de plus, t’as arpenté les ruelles du centre, alignement bien net de boutiques de souvenirs, de restaurants et de cafés, bondés de Chinois en goguette. Du coup, je me suis trouvé un banc sur la promenade en bord de mer, et j’ai fait la sieste. Au soleil. Un lundi. Sous les palmiers.

Oh ! Désolée pour vous. C’est lundi. J’avais oublié… (Mouahahahaha ! – rire démoniaque de l’intérieur parce que je suis pas folle, je vais pas ouvertement vous provoquer de la sorte, ça serait pas fair play…)

PS : Je vous ai déjà dit que j’adorais ma nouvelle vie ? Ah oui ! Tiens… Mais je vous ai montré les photos au moins ?

Tu sais que ça fait 3 mois que tu es en voyage quand…

Le premier truc que tu checkes dans les chambres d’hôtel est « y a-t-il du papier toilette ? » (et si oui, tu le piques en partant).

Tu ne te demandes pas « que vais-je mettre ce matin ? » mais « que me reste t’il qui ne pue pas trop ? ».

Tu ne fais plus l’erreur de rincer ta brosse à dents sous le robinet (même par réflexe).

Tu prends ta douche avec ta lampe frontale (bah quoi ? faut anticiper les pannes d’électricité !).

Tu manges des masala dosa  ou des xiaolong bao au petit déj et ça ne te fait plus rien.

Tu es hyper content de rencontrer des Français et d’échanger quelques mots (même s’ils ont des chaussettes dans leurs sandales, un sac à dos Quechua et le guide du Routard sous le bras… oui, oui, oui, tu es open-minded, tu aimes tes semblables… le voyage, ça vous change quand même, hein !).

Tu as compris que plus l’hôtel est cheap, plus les matelas sont durs et là, tu as des bleus sur les hanches parce que tu dors en position fœtale.

Tu sais défaire et refaire ton sac les yeux fermés.

Tu connais ton numéro de passeport par cœur (facile !) mais aussi sa date d’émission, d’expiration et les numéros de tes visas.

Tu comprends du premier coup ce que le rickshaw driver te dit (peu importe la langue, il essaye de t’arnaquer…).

Tu n’oublies plus de prendre ton Doxypalu au dîner.

En dessous de 5 cafards dans la salle de bain tu dis « OK, I take it ! ».

Tes rêves sont peuplés de camemberts, saucissons, tomates mozza, chocolat…

Tu connais par cœur les numéros de pages du Lonely Planet des villes où tu vas.

Ton dentifrice est indien, ton shampoing chinois et ta crème de beauté française (ouais, courageuse mais pas téméraire…)

Tu t’en fous de suspendre tes petites culottes qui sèchent le long de ton lit même quand tu partages ta chambre avec 7 Chinois.

Quand on te parle boulot, tu te souviens vaguement de ce que c’est mais tu ne te sens vraiment pas du tout concernée…

Allez, encore 1 an !

« Ces grandes terres, ces odeurs remuantes, le sentiment d’avoir encore devant soi ses meilleures années multiplient le plaisir de vivre comme le fait l’amour. » L’Usage du Monde, Nicolas Bouvier & Thierry Vernet.

A l’ouest, il y a le lac d’Hangzhou

Que ça se dit Rhangjo (bien raclé au fond du nez le « r »). Tu conviendras qu’ils auraient pu l’écrire comme ça au lieu de nous embrouiller… Et qu’y a-t-il donc à voir à Hangzhou ? Le lac de l’ouest. Non pas qu’on soit vraiment à l’ouest (Hangzhou a un port sur le Pacifique) mais le lac se situe à l’ouest de la ville. CQFD. Et il paraît qu’il est vraiment très joli, à tel point que les poètes pouet-pouet en parlent depuis des siècles. Ça tombe bien, j’ai un truc moi avec les poètes…

Enfin voilà quoi. Je suis remontée dans le train, ai fait 100kms vers le sud et suis donc arrivée à Hangzhou. Pas compliqué, c’était le terminus. Là où c’est devenu compliqué, c’est quand j’ai voulu aller de la gare (point A) à la youth hostel (point B). Pourtant, j’avais toute les cartes en main : les indications pour y aller (prendre le bus Y2 et descendre à l’arrêt Changqiao… non, je vous dirai pas comment ça se prononce, je suis fachée), la carte du Lonely Planet (sur laquelle il y avait la gare ET la youth hostel) et je savais même à l’avance combien fallait payer dans le bus (3RMB). Ça aurait dû être une affaire classée en 2 coups de cuillères à pot.

Oui mais voilà. Déjà en sortant de la gare, il y avait 2 grands panneaux avec des numéros de bus. Et si les chiffres étaient bien lisibles (enfin, arabes quoi !), les lettres… c’était une autre histoire. J’ai donc suivi les petites flèches qui m’ont sortie de la gare et m’ont amenée devant un carrefour où… y avait rien, c’était un carrefour. Demi-tour, je repars dans l’autre sens, j’écris sur mon téléphone « Y2 », je montre ça à 2 ou 3 personnes (oui, va dire « Y2 » en chinois…) et je finis par atterrir à l’arrêt du bus. Là, je me dis c’est bon, easy !

Oui mais non. Un premier bus s’arrête, je demande au gars qui est devant moi si il va à Changqiao, le gars me fait non de la tête et me montre un autre bus juste derrière. Je m’apprête donc à monter dans le deuxième bus quand quelqu’un me tape sur l’épaule. Je me retourne, c’est mon petit gars qui maintenant me fait signe que non, faut pas monter dans celui-là non plus (d’ailleurs, j’aurais dû m’en douter, dessus c’est marqué K270 et pas du tout Y2). Là, il me fait comprendre que lui aussi, il va à Changqiao et qu’il va m’indiquer le chemin. 10 minutes passent (ça fait déjà 40 minutes que je suis descendue du train), les bus stagnent devant le trottoir, rien ne bouge. Là, j’en ai marre, la station de métro est juste derrière, je descends donc dans le métro voir si, entre temps, ils auraient pas construit une nouvelle ligne qui irait à Changqiao. Ca travaille vite les Chinois, c’est capable de te percer des lignes de métro en 6 mois, faut pas les sous-estimer ! Evidemment, c’est l’heure de pointe, je fais la queue pour arriver au guichet (automatique le guichet hein, je vais pas expliquer mon problème à la fille en uniforme qui ne parle pas un mot d’anglais…) et bien sûr, je découvre que la ligne de métro va partout sauf dans le quartier qui m’intéresse. Je ressors du métro et je découvre que tous les bus sont partis. Là, je retombe sur un type qui doit bosser pour la RATP (il a un uniforme et une casquette et il traîne à l’arrêt de bus depuis encore plus longtemps que moi) qui se met à me crier dessus en me disant que j’aurais dû monter dans le bus parce que là, il est 17h45 et que le bus Y2 s’arrête à 18h. Je vous rassure, il me criait dessus en chinois et j’ai pas compris un traître mot de ce qu’il me disait mais il gesticulait de façon assez expressive et surtout, j’ai fini par remarquer le petit écriteau qui indiquait « Y2 : 8:00 – 18:00 »…

Bon, heureusement, un dernier bus Y2 est arrivé. Je grimpe dedans et je demande au chauffeur de me prévenir quand on arrive à Chongqiao : « Daolé Changqiao qing jiao wo ma ? » (je progresse vite en chinois… merci Lonely !) Il me regarde et me fait un signe de la main et je comprends « 6 ». 6 ? OK, j’avais compté 7 arrêts mais y en avait un entre parenthèses donc 6, ça semble logique. Ah oui, j’ai oublié de vous dire, les Chinois ne comptent pas sur leurs doigts comme tout le monde… Jusqu’à 5, on arrive à se comprendre et après, c’est du chinois si je puis me permettre… Mais sur ce coup-là, j’étais plutôt sûre de mon interprétation de 6 avec le pouce et le petit doigt en l’air. Bref, le bus démarre, je me mets à compter, après le 5ème arrêt j’appuie sur le bouton, je remets mon sac de pierres sur mes épaules et sans hésiter, et surtout sans un regard du chauffeur, je descends du bus.

Pas la peine de vous dire qu’évidemment, ça n’est pas le bon arrêt, je suis descendue un arrêt trop tôt. Tu crois que ce biiiiiip de chauffeur me voyant descendre (on était 4 dans le bus) m’aurait dit « Euh non mademoiselle, c’est pas là, c’est la prochaine ! » (dans n’importe quelle langue j’aurais compris…) Ben non ! Il a refermé les portes et il a redémarré aussi sec. Et puis entre 2 arrêts de bus, c’est pas comme entre 2 stations de Vélib, c’est plutôt comme entre 2 stations de RER… Mais vu qu’il n’y a plus de bus, j’ai pas bien le choix, me voilà à pieds.

Bon, je vous épargne la fin de cette rocambolesque aventure, je suis bien arrivée (puisque j’ai une connexion internet pour me plaindre) et j’ai même repris le bus (une autre ligne) un peu plus tard pour aller manger. Je ne suis donc pas si fâchée que ça. Et en plus, pour ce que j’en ai vu de nuit, Hangzhou, ça a l’air vraiment très très sympa. D’abord y a des concessions BMW, Porsche, Aston Martin, Ferrari, Maserati et Lamborghini (oui, oui, alignées et dans cet ordre… ouais, tu comprends, la Chine, ils sortent juste de 100 ans de communisme, ils commencent à s’ouvrir au commerce extérieur, la classe moyenne émerge… bah la classe supérieure, je sais pas où elle était cachée mais elle se porte plutôt bien !). Ensuite, c’est Vegas. Y a un son et lumière sur le lac 3 fois plus grand que les fontaines du Bellagio. Et pour finir, j’ai slurpé (du verbe manger en faisant « slurp ») de délicieuses nouilles. Et voilà, je suis plus fâchée du tout.

Le lendemain, sous un beau soleil d’hiver, je pars faire le tour du lac de l’ouest. Et de jour aussi, c’est très joli. C’est même tellement joli que c’est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO et qu’on le retrouve sur le dos des billets de 1 yuan. Bon, il fait 15kms le tour du lac (et pour une fois, je ne suis pas marseillaise) mais pour tenir le coup, ils sont futés ces Chinois, ils ont disséminé des stands de brochettes de kumquats et de barbes à papa à intervalles réguliers. Et comme on est samedi, c’est archi blindé de monde qui fait du vélo, qui fait du roller, qui promène le bébé, qui chante à tue-tête dans des micros hyper saturés, qui donne à manger aux carpes, qui joue du flutiau, qui se prend en photos devant la moindre feuille morte, qui grignote des pattes de poulet au soleil. Après avoir assisté au coucher du soleil (c’est pas mal en hiver non plus), j’étais claquée j’ai fait un petit tour dans la Rue de la Culture Historique (c’est son vrai nom), histoire de compléter mon étude sociologique de la street food chinoise. Mais je crois que je commence à avoir un bon dossier.

Et sinon, le groupe Le Duff n’a qu’à bien se tenir… On m’en avait parlé mais je ne l’avais pas encore vu de mes propres yeux. En avant-première et rien que pour vous, voici la BrIIoche Dorée !!

IMG_3049

(désolée pour la qualité de la photo mais cette séquence a été tournée en caméra cachée…)

Allez, zou ! Fini le Zhejiang ! On n’est pas là pour cueillir des marguerites ! En route pour Xiamen, 600kms plus au sud en ligne droite, dans le Fujian. Non parce que là, fini de rigoler, il est grand temps de ranger l’écharpe et de terminer l’hiver.

Photos ici.

La tranquille Suzhou

J’ai donc repris mon train-train quotidien. Enfin juste le train. 30 minutes. Et me voici à Suzhou (prononcer Soudjo avec le « d » très léger), dans le Jiangsu.

Fondée il y a quelques 2500 ans, Suzhou, peuplée de marchands et d’artisans, prospéra comme centre de transport fluvial et de stockage des céréales après l’achèvement de la construction du Grand Canal dans les années 600 (qui était vraiment le plus long du monde puisqu’il serpentait sur près de 1800kms entre Beijing et Hangzhou et reliait le Fleuve Jaune et le Yangzi. Maintenant, il est pour partie ensablé et n’est quasiment plus navigable). Au XIVème siècle, Suzhou était devenue la première ville productrice de soie du pays. Riches marchands, aristocrates, hédonistes, érudits, acteurs et peintres célèbres vinrent s’y installer, faisant construire villas et jardins. D’ailleurs, ces jardins constituent aujourd’hui le principal attrait de Suzhou. Sur la centaine qu’elle comptait autrefois, il n’en reste qu’une poignée, dont certains remontent à plus d’un millénaire. Ils sont disséminés dans la vieille ville, entre les canaux qui ont donné à Suzhou sa réputation de « Venise de l’Orient ».

Et puis après les 19 millions de Shanghaiotes, ici, on frôle à peine les 10 millions d’habitants, c’est donc une certaine douceur de vivre que je suis venue respirer. Et puis c’est l’étape luxe de la Chine. Ici, j’ai droit à un vrai hôtel, avec ma chambre et ma salle de bain rien qu’à moi et avec une baignoire en prime. Bon, faut bien que je râle un peu, mon histoire d’amour avec mon 5 étoiles a mal démarré : ils m’ont arnaqué sur le prix de la chambre (c’est nouveau, les taxes de séjour c’est 33% du prix de la chambre maintenant… à rajouter en supplément bien sûr…), la chasse d’eau fuyait, la connexion internet ne fonctionnait pas, y avait pas de chauffage la première nuit et c’est le palais des courants d’air (puis il fait que 0°C dehors, de quoi je me plains ?) mais sinon, au bout de 24 heures, on a réussi à s’entendre (sauf sur le prix de la chambre) et maintenant, le personnel est aux petits soins… (je te raconte pas ce qu’ils doivent se raconter en chinois derrière mon dos…)

Et puis tout le chemin est balisé puisque ma mère et mon frère sont venus ici il y a 2 ans et que la liste des choses que je dois ab-so-lu-ment faire est 3 fois longue comme mon bras. Mais en Chine, 2 ans c’est 2 décennies à Paris. Pendant ce temps, ils ont construit le métro, détruit puis reconstruit le quart de la ville et c’est même pas la peine espérer retrouver un petit resto sympa au fond d’une ruelle, il a déjà été remplacé 3 fois par une boutique de fringues, une boutique de mobilier et à nouveau un resto. En Chine, on n’est pas là pour enfiler des perles…

Le truc à visiter donc à Suzhou, ce sont donc les jardins. Et flâner le long des canaux. Et ça, je commence à savoir faire. Et puis comme il fait beau à nouveau, c’est plutôt agréable de se chauffer au soleil d’hiver en regardant passer les bateaux et en comptant les carpes. Il y a donc : le jardin de l’Humble Administrateur (vu la taille du jardin, on me dira ce qu’il avait de « humble » cet administrateur… ça avait plutôt l’air d’être le « corrompu » administrateur…), le jardin du Bocage du Lion (je n’invente rien, la Vendée n’a qu’à bien se tenir !), le jardin où s’attarder (une ancienne maison de repos pour personnes convalescentes), le jardin du Couple (où t’es pas obligé de venir en couple), le jardin du Maître des Filets (parce que le fonctionnaire qui avait créé le jardin est devenu pêcheur après avoir pris sa retraite… sacré fonctionnaire !), bref, tout ça, c’est très joli mais on finit un peu par tous les confondre !

Alors pour changer un peu, j’ai pris le bus (un jeu d’enfant pour moi maintenant !) et je suis allée à Tongli. Tongli, une petite ville de canaux avec des jardins… MAIS… à Tongli, il y a aussi le Musée de la Culture Sexuelle Chinoise… (je sais, ça fait rêver…) Bah quoi ! Un peu de culture, diantre ! Bon. On s’emballe pas, c’est rigolo mais c’est pas non plus si osé que ça. Et puis, depuis quand une pagode est-elle devenue un symbole phallique ?

Puis sinon, à Suzhou j’ai vu un rocher en forme d’hippopotame qui fait une arabesque (bah oui, pourquoi ?), Chang Di Caprio qui vend des pattes de poulet (le vendeur chantait la chanson de Titanic à plein poumons par-dessus Céline Dion… je m’étonne qu’une catastrophe naturelle ne nous soit pas tombée dessus), et j’ai eu envie de hurler au moins 50 fois « C’est pas la tête qui plonge dans l’assiette, c’est la fourchette qui monte !! ». Mais ça… c’est peine perdue…

Le seul bémol dans le coin, justement, c’est la bouffe (bah quoi ? j’en avais pas parlé jusque là !). Beaucoup moins sympa, obligée parfois de faire plusieurs restaurants pour manger un truc comestible. Pas beaucoup de street food et si tu veux dîner après 19h, c’est la mission. Mais j’ai quand même réussi à manger dans un resto où y avait pas de carte en anglais et pas de photos pour m’aider… (je ne savais pas ce que j’allais manger jusqu’à ce que le serveur pose mon bol sur la table… tiens ! du poisson dans mes nouilles !) et je me suis fait une copine dans un resto où tu dois choisir tous les ingrédients que tu mets dans ton wok (évidemment, la liste est en chinois, c’est bien plus marrant).

Et puis, je vais vous écourter mes tergiversations mais finalement, je ne vais pas aller à Hong-Kong et j’ai donc passé un peu de temps à réorganiser les 2 prochaines semaines. Bah quoi ? Faut bien que j’en laisse un peu pour la prochaine fois !

Enfin voilà, le Jiangsu, c’est fini ! Demain, direction Hangzhou, un poil plus au sud dans le Zhejiang. Et le retour à la vraie vie, avec les chaussettes de ton voisin de dortoir qui traînent au pied de ton lit…

PS : Pour ceux qui ont l’œil qui frise depuis que j’ai évoqué le Musée de Tongli… je vous ai mis 1 ou 2 photos ici… Petits galopins, va !

Va falloir « deluxer » un peu tout ça…

Oui parce que la vie de backpacker c’est bien joli, mais ne pas être obligée de ranger sa brosse à dents tous les matins et de garder ses tongs sous la douche de peur d’attraper une mycose, c’est mieux.

Et pour ça, rien de mieux que squatter chez HC, l’homme qui vous deluxe le voyage en moins de 2.

« Bah… c’est qui HC ? » me direz-vous. HC et moi, on bossait ensemble jusqu’à ce qu’il se débrouille bien mieux que moi et qu’il se fasse muter à Shanghai. C’est l’homme qui porte des chaussettes cardinales (allez donc consulter Google Image), qui n’aurait jamais mis les pieds à Center Park de sa vie si on n’y avait pas été en séminaire et qui sait exiger de son patron qu’on deluxe les fins de réunions à grands coups de Laurent Perrier (l’expression est de lui bien sûr…). Bref, il fait bon squatter chez HC.

D’abord, je le reconnais, ça fait bien plaisir de voir une tête connue dépasser de 40cm émerger de la foule chinoise après presque 3 mois à voyager en terres inconnues, elles.

Et puis comme ça fait presqu’un an qu’il habite à Shanghai, ça va être un guide de premier ordre pour découvrir la nuit shanghaienne (bah oui parce que le jour, apparemment, y en a qui bossent…)

Un peu d’histoire sur Shanghai quand même. Située à l’embouchure du Yangzi, à cheval sur le Hangpu, Shanghai (dont le nom signifie « au bord de la mer ») est de longue date un port de commerce idéal et fourmillait déjà de 50 000 habitants à la fin du XVIIème siècle. En 1842, les Anglais s’installent à Shanghai créant la concession britannique, bientôt suivis par les Français et les Américains et 10 ans plus tard, la ville devient le premier port chinois. Prospérant grâce au commerce de l’opium, de la soie et du thé, la ville attire alors les grandes firmes internationales qui y firent construire d’immenses bâtiments, tous plus somptueux les uns que les autres, le long du Bund, un ancien chemin de halage servant à remorquer les barges qui transportaient du riz et devenu la promenade de Puxi, la rive ouest de la ville. Mais elle devint aussi synonyme d’exploitation et de vice : ses innombrables fumeries d’opium, salles de jeux clandestines et maisons closes, contrôlées par des gangs formaient le centre de la vie locale. Après 1927, le gouvernement chinois coopéra avec tous les puissants du coin pour éradiquer toute agitation ouvrière et les « pauvres » de Shanghai se retrouvèrent exclus de leur propre ville (les parcs étaient interdits aux chiens et aux Chinois). Ils devinrent donc particulièrement sensibles aux idéaux communistes et révolutionnaires et c’est d’ailleurs ici que le Parti Communiste Chinois vit le jour en 1921. En 1949, les communistes « libérèrent » la ville et entreprirent de détruire les taudis, désintoxiquer des centaines de milliers d’opiomanes et supprimer le travail des enfants et l’esclavage. Bien que ce fut une éclatante réussite, Shanghai perdit sa splendeur d’antan et devint une ville industrielle, siège du pouvoir de la Bande des Quatre pendant la Révolution Culturelle. En 1990, l’annonce des projets de développement de Pudong, la rive est, permit à la ville de rebondir. Aujourd’hui, les gratte-ciels modernes de Pudong  font face aux édifices austères du Bund, témoins d’un autre temps.

Une économie en plein essor et des dirigeants influents ont permis à Shanghai de prendre une large avance sur les autres villes chinoises. Cependant, cette suprématie économique inquiète Beijing qui tente de contenir l’influence de Shanghai. Reflet de l’ambivalence de la Chine à l’égard du monde, l’ouverture de Shanghai sur le monde est couramment perçue comme encombrante et surfaite.

Bon.

Cela étant dit, Shanghai, c’est la première ville où je me prends la pluie depuis la mousson à Kochi, soit depuis 2 mois et demi… Et puis du coup, de jour et sous le ciel gris, ça perd un peu de son charme. Mais comme tout bon glandeur touriste professionnel, je suis allée faire un petit tour sur le Bund pour admirer la skyline de Pudong après avoir fait du lèche-vitrine dans Nanjing Road, à ma connaissance (pour l’instant), la rue au monde qui aligne le plus grand nombre de malls… D’ailleurs, c’est assez déconcertant. A Shanghai, y a plein de monde mais on dirait qu’ils passent leur temps soit à faire du shopping, soit à manger (ah ! on se disait bien aussi…). Du coup, j’ai fait pareil…

La ville est immense et il reste assez peu de quartiers historiques (ou même ayant plus de 30 ans) à part le Bund parce que les Chinois détruisent tout à grands coups de bulldozer pour construire d’immenses tours de verre. Mais y a des coins sympas : la Concession Française, avec ses platanes (qui eux, ont une bonne centaine d’années au compteur), ses vieilles maisons en brique, ses petites allées, le Yu Garden, un immense jardin entouré de reconstitution de vieilles maisons de thé façon Disneyland, Zhongshan Yu, un joli parc coincé entre d’immenses tours de béton très jolies la nuit avec tous leurs néons qui clignotent, la terrasse panoramique du Bottle Opener et la vue plongeante (c’est le cas de le dire !) sur Puxi.

Parce que finalement, c’est bien quand le soleil est couché que Shanghai devient belle. Ca clignote dans tous les sens, c’est de toutes les couleurs, bref, c’est beau une ville la nuit.

Et puis, je ne vous cache pas que j’en ai bien profité de la nuit, à Shanghai. Un concert des Lions of Puxi dans un bar après un dîner dans un resto salsa (c’est fou, ils dansent tout le temps ces Chinois), une très longue soirée très arrosée (et pas qu’à l’eau de pluie) pour l’anniversaire d’un ami d’HC, bref, le temps d’un week-end, j’ai retrouvé une vraie vie d’alcoolique sociale, et ça, c’était vraiment sympa.

Mais toutes les bonnes choses ont une fin, et je vais aller soigner ma gueule de bois retrouver le calme des petites villes de province, direction Suzhou, la Venise de l’Orient, avec ses innombrables jardins et canaux qui ont inspiré le proverbe suivant : « Au ciel, il y a le paradis. Sur terre, il y a Suzhou. » Ça promet…


Le tube des Lions of Puxi. Je sais pas pourquoi, j’ai l’impression qu’elle va avoir du succès cette chanson…

Photos ici.

Nanjing

Me voici à Nanjing, dans la province du Jiangsu. Mais pourquoi donc Nanjing ? Bordant la côte orientale de la mer de Chine et surnommé depuis l’Antiquité « le pays du poisson et du riz », le Jiangsu s’est d’abord développé grâce aux voies navigables du Yangzi et du Grand Canal. La soie et le sel, extrait du littoral marécageux, participèrent également à sa prospérité. Nanjing, la capitale de la province qui borde le cours inférieur du Yangzi, est presqu’entièrement entourée d’un rempart datant de la dynastie Ming. Riche d’une longue histoire, Nanjing fut à 3 reprises la capitale du pays, au début de la dynastie Ming, de 1368 à 1420, avant que la capitale ne soit une première fois transférée à Beijing, puis dans les premières années du XXème siècle, de  1928 à 1937, sous la République de Chine, où elle fut le théâtre des pires atrocités commises pendant la guerre sino-japonaise, et enfin de 1945 à 1949 avant que les communistes ne s’emparent du pouvoir.

Moi, je croyais que Beijing était la capitale depuis super longtemps mais non, les Chinois, ils arrêtent pas de changer d’avis, ils transfèrent leur capitale n’importe où n’importe quand.

Bref, je suis donc allée voir à quoi ça ressemble une ancienne capitale. Et bien, y a de jolis temples, on peut faire des balades en bateau-mouche sur les canaux, y a des ruines de vieux palais Ming, un très joli parc avec un lac au milieu et bien sûr, le « poignant » mémorial du massacre de Nanjing.

Moi qui portais très haut dans mon cœur les Japonais pour leurs excellentes manières et leur art de vivre délicat… j’ai déchanté ! En 1937, c’était la guerre entre la Chine et le Japon. L’armée chinoise n’était pas au meilleur de sa forme et l’invasion de Nanjing semblait imminente alors l’armée a dit au peuple : « Tous ceux qui ont du sang dans les veines et assez de souffle pour respirer doivent savoir que mieux vaut être brisé comme du jade que rester entier comme une tuile. » (Je me suis toujours demandée pourquoi les chinois et les japonais, fallait toujours qu’ils parlent comme Yoda… Comme pour donner un sens profond à la moindre petite phrase ridicule.) Et pour être sûre que personne n’allait fuir, l’armée a fermé les portes de la ville, piégeant plus d’un demi-million d’habitants. Bien sûr, ça n’a pas tardé, les Japonais ont déboulé et pendant 6 semaines, ils ont massacré 200 à 300 000 personnes avec tous les cruels raffinements qu’ils connaissaient. On estime que pendant les 4 premières semaines, 20 000 femmes entre 11 et 76 ans ont été violées… Pas chouette, les Japonais, pas chouette… Oh ! les Chinois sont pas faciles à abattre, ceux qui ne sont pas morts se sont battus et ont réussi à résister aux Japonais.

Du coup, l’Histoire a baptisé cet épisode le « Massacre de Nanjing » ou plus prosaïquement, le « Viol de Nanjing ». Y a même une Chinoise qui a assisté à ces horreurs qui a écrit un bouquin (Le Viol de Nankin d’Iris Chang) et qui s’est suicidée après… Bref, ce douloureux passé a marqué les Chinois pour un moment.

Alors, j’avais trouvé le musée d’Hiroshima lourd (j’avais versé une larme… mais c’était à cause de la poussière…), mais là… on peut vite se mettre à détester les Japonais ! Des squelettes tout entassés, des photos (mais… quand est-ce que les soldats comprendront que prendre des photos souvenirs des types qu’ils ont flingués, c’est d’un goût franchement douteux ?), des témoignages vidéos larmoyants, bref… la panoplie complète du tire-larmes. Mais, du coup, je comprends un peu mieux pourquoi faut surtout pas confondre un Chinois et un Japonais… (enfin au premier coup d’œil, c’est quand même pas évident…) Cela étant dit, le musée est plein de panneaux du genre « N’oublions pas que notre pays a été envahi et qu’on n’a pas aimé ça, dont acte » et ils ont construit une immeeeeeeense statue représentant la Paix… Mouais, les Chinois, grands défenseurs de la Paix dans le monde… faudrait voir à pas oublier ce qui se passe au Tibet et qu’ils sont en train d’envahir une île qui appartient au Vietnam, mais à part ça, tout va bien !

Et puis sinon, à Nanjing, y a de très jolis arbres qui bordent les avenues, des quartiers piétons bien kitschouilles, de la street food partout, de délicieux restaurants… Bref, c’est vraiment une petite ville sympa.

Et j’adore ma youth hostel parce que les toilettes sont bouchés, y a des cheveux plein la douche, y a pas de fenêtre dans le dortoir, je me suis engueulée avec un type qui fumait dans la chambre y a 2 chats qui ronronnent dans les canapés et qui se laissent gratouiller le menton. Bah oui, c’est comme ça.

Photos ici.

PS : Vous devez vous dire que je passe mon temps à m’empiffrer ici mais faut vraiment que je vous fasse un post complet sur la bouffe… c’est crazy dingo !

Correction : on me dit qu’Iris Chang n’a pas assisté au Massacre de Nanjing (elle est née bien après) et qu’en plus, elle était américaine… J’ai donc rien compris au blabla qui était sous son portrait dans le musée… va falloir réviser mes bases de mandarin…

L’homme qui n’avait pas la conscience tranquille…

Non parce que pour penser avoir besoin de poster devant sa tombe pas loin de 8000 guerriers en terre cuite, autant de chars, de chevaux et de systèmes de défense machiavéliques contre d’éventuels visiteurs, faut quand même avoir quelque chose à se reprocher… Et être particulièrement mégalo.

Mais reprenons. Je suis donc allée à Xi’an (prononcer Chiiiane), dans la province du Shaanxi. Mais pourquoi donc aller là-bas ? Patrie de la dynastie Qin, dont l’empereur guerrier Qin Shi Huang entreprit d’unifier le pays pour la première fois (oui, avant c’était le grand n’importe quoi, tout le monde faisait ce qu’il voulait dans sa province, ce qui n’est pas du tout chinese style), le Shaanxi fut le berceau de la civilisation chinoise. Plus tard, Xi’an devint le point de départ de la route de la Soie et une capitale cosmopolite et affairée bien avant que quiconque n’ait entendu parler de Beijing. La ville et ses environs possèdent donc un fabuleux héritage historique qui a survécu à la Révolution Culturelle. Et l’un des sites, si ce n’est LE site le plus célèbre se situe à quelques kilomètres à l’est de la ville : l’Armée des Soldats de Terre Cuite. Ce qui m’a amenée jusqu’ici.

J’ai donc pu tester le train de nuit chinois. Pas mal. Mieux vaut être sur la couchette du bas où tu peux te tenir assis quand c’est pas l’heure de dormir parce que sur les 2 autres couchettes, ça ne passe pas (sauf si tu es vraiment un très petit Chinois).  Mais c’est plutôt bien organisé et c’est même rigolo. Ils diffusent des tubes de pop songs chinois à donf et de façon interrompue jusqu’à ce qu’ils jugent que c’est l’heure de dormir (soit jusqu’à 22h) et ils te réveillent en fanfare le lendemain matin (à 7h). Comme en Inde, y a une tripotée de vendeurs ambulants qui passent les uns à la suite des autres. Mais là, ça ressemble un peu plus à la Compagnie des Wagons Lits (amis de la SNCF, venez donc faire un stage en Chine, on va vous apprendre à être efficace…), petits uniformes, tabliers blancs et casquettes compris. Comme en Inde, je suis la seule Occidentale du train, et je suis une attraction. Mais c’est plus discret, les gens passent la tête au-dessus de ma couchette pour vérifier si la rumeur est vraie mais ils ne me prennent pas en photo. Et puis, comme ils ne parlent pas anglais, la conversation tourne court. Et ô consternation ! Pas comme en Inde, les trains chinois partent à l’heure mais n’arrivent pas à l’heure… Evidemment, ils font des annonces mais… comment dire… c’est en chinois. Je ne comprends donc rien et je passe de longues minutes à scruter anxieusement les rares panneaux en espérant que je vais pouvoir déchiffrer le nom de la gare. Heureusement, chaque wagon a son hôtesse qui te fait signe quand c’est ton tour de descendre (elle a récupéré ton ticket quand t’es monté dans le train et elle te le rend quand tu descends).

Bref, après 15 heures en sandwich entre un type qui ronfle et une mamie qui tousse, j’ai débarqué à Xi’an. J’ai pris le bus, bondé, avec mes 2 gros sacs sur les épaules ce qui faisait franchement rigoler une petite mamie qui m’a aidée à descendre au bon arrêt parce que là, dans le genre tu peux rien lire et encore moins comprendre les annonces que braille le conducteur, c’était le pompon !! Et je me suis retrouvée dans ma youth hostel, en plein cœur de la ville.

Du coup, j’ai passé la fin de l’après-midi à explorer le quartier musulman, un dédale de petites ruelles archi blindées d’échoppes en tout genre mais surtout plein de street food. Le pa-ra-dis… On croise plein d’hommes portant une calotte blanche et de femmes avec des voiles colorés et quelques mosquées habilement maquillées en temple chinois si ce n’est le croissant de lune sur le toit. Bon, j’ai pas pu tout tester mais autant vous dire qu’à 20h, c’était pas la peine d’aller dîner…

Le lendemain matin, j’ai déposé mon sac à la consigne de la gare et je suis partie me mesurer à la fameuse armée. Alors déjà, faut prendre un bus. Vert. Ça devrait pas être compliqué à repérer. En plus, la fille devant le bus te demande 3 fois si tu vas bien voir la Terracotta Army. Donc t’es plutôt confiant. Jusqu’à ce que le bus s’arrête au milieu de l’autoroute, que la fille se mette à crier des trucs en chinois, que tout le monde descende et que qu’au bout de la vingtième fois où tu lui poses la question, la fille te fasse signe d’attendre au bord de la route… Mouais, mouais, mouais… De toute façon, t’as pas le choix, t’attends. La confiance est descendue à 30%. Là, un autre bus vert arrive, la fille crie un truc au chauffeur et te pousse dans le bus. Le bus repart. Il s’arrête un quart d’heure plus tard, toujours au bord de l’autoroute. Quelques personnes descendent. Là, une fille qui était avec toi dans l’autre bus se retourne subitement et te dit un truc que tu ne comprends pas mais te fait signe de descendre. Au point où t’en es… tu descends. Et tu suis les quelques personnes qui traversent l’autoroute et rentrent dans un truc qui ressemblent à Disneyland mais désert. La confiance est quasi à zéro quand soudain… OUI !! un panneau en anglais qui dit « Terracotta Army –Ticket Office » !! Bon, faut encore marcher presque 10 minutes, acheter ton ticket, remarcher 10 minutes à travers des dizaines de stands de souvenirs pour atteindre l’entrée du site, faire valider ton ticket 2 fois ( ???) et remarcher 5 minutes mais CA Y EST !

Tu commences donc par visionner un petit film qui explique comment le site a été découvert (en 1974, des fermiers du coin creusaient un puits quand ils ont trouvé une tête en terre cuite, puis une autre, puis un bras, …), dans quel état (tout cassé), et comment les soldats ont été fabriqués et mis là (en terre cuite à taille réelle puis peints et disposés devant le tombeau du fameux Qin Shi Huang prêts à attaquer). Et enfin, dans un immense hangar pas du tout chauffé, tu te retrouves face aux 2000 premiers soldats. Ca fait déjà pas mal. Ils sont rangés dans des couloirs, par rangée de 4 à peu près, avec quelques chevaux à droite à gauche (y avaient des chariots mais ils étaient en bois et ils n’ont pas résisté au temps). Le truc le plus surprenant, c’est qu’ils sont tous différents. Chaque visage, chaque moustache, chaque tenue, chaque lacet de chaussures est différent. Ce qui veut dire qu’ils n’étaient pas fabriqués à la chaine mais un par un. Ca a dû leur prendre un temps de dingue…

Et puis derrière les 2000 premiers soldats, tu vois un gigantesque tas de soldats en morceaux. Un puzzle géant. Et des endroits où les fouilles n’ont même pas encore commencé. Et au milieu de tout ça, y a des gens qui essayent de retrouver et de recoller les morceaux. Ces gens supposent donc qu’il y a à peu près 6000 soldats dans ce hangar. Et pas un seul qui soit entier. Bref, si vous cherchez du boulot, ici, y a de quoi faire…

Il y a 2 autres hangars qui abritent 2 autres fosses d’excavation mais plus petites. L’une d’entre elles ne contient que 68 soldats qui seraient des généraux et autres colonels et qui constitueraient l’état-major de l’armée car ils ne sont pas en position de combat et ils sont face à face comme si ils étaient en train de discuter de la meilleure tactique à mettre en place. Dans ces 2 fosses aussi, il y a plein de morceaux cassés.

Quand tu t’es rassasié de terre cuite, tu refais le chemin dans l’autre sens (shopping souvenirs inclus), et tu te postes sur le bord de l’autoroute en espérant qu’un bus vert passe dans le coin. Et effectivement, un bus s’arrête. Bon, il est pas vert. Mais la fille t’assure qu’il va à la train station (niveau de confiance 60%). Il met 2 fois plus de temps que le bus vert et il s’arrête n’importe où (en fait, dès que quelqu’un lève le bras le long de la route) mais finalement, il arrive bien à destination.

Ce qui m’a laissé juste assez de temps pour filer dans le quartier musulman manger une Biang Biang Mian (une grosse nouille fraîche de 3 mètres de long dans un bouillon épicé… dé-li-cieux), faire des courses pour mon dîner et me réinstaller dans le train pour une autre nuit, direction Nanjing et la province du Jiangsu.

Moralité… Eh oh les Chinois ! Ça vous tuerait de baragouiner 3 mots d’anglais ? Non mais sans blague… Vous comptez survivre comment au XXIIème siècle ? Parce que, certes, vous allez être 2 milliards à parler le chinois, mais vous ne pourrez pas communiquer avec le reste du monde ! Mais bon, au moins, vous savez vraiment faire la cuisine, c’est déjà ça et ça met tout le monde d’accord…

Photos ici.