Inde – le bilan

12 071kms parcourus et 13 heures d’avion, 58 heures de train, 71 heures de bus, 14 heures à dos de chameau et 6 heures à cheval… Non, je n’ai pas fait le compte des tuk-tuks, faut pas charrier !
Prix d’une chambre correcte (avec salle de bain) : 450 roupies (soit un peu moins de 7 euros)

Prix d’un repas : 150 roupies pour du veg, 250 roupies pour du non veg (soit en moyenne 3 euros)

Prix d’un McDo : 149 roupies (soit 2,25 euros)

Prix d’une bouteille d’eau : 15 à 20 roupies (soit à peu près 0,25 euros)

Ce qui va me manquer : le petit dodelinement de la tête qui ne veut rien ou tout dire (bien plus pratiqué dans le Sud que dans le Nord de l’Inde), le chicken tikka, les sourires des Indiennes dans les bus, la plage à Goa, les vaches dans les gares, le type qui passe 50 fois dans le train en disant « Coffee, coffee, chai, chai, chai, coffee, coffee, chai ! », les soirées à fabriquer des mo-mos à la bougie, le rickshaw driver qui rigole quand je lui dis que c’est crazy qu’il utilise son compteur, les banana lassis, le chai, les petites échoppes où tu trouves tout à toute heure du jour ou de la nuit, les couleurs des sarees, les marchands de fleurs, le Taj Mahal, les singes qui dégringolent des lampadaires.

Ce que je ne vais pas regretter : les cafards (je les retrouverai plus tard, va !), certains regards un peu trop… carnivores, les odeurs d’urine impromptues, les matelas tellement durs que tu te réveilles avec les hanches bleues, les délicats raclements de gorge et les jets de salive rouges de bétel qui passent à 2cms de tes orteils (enfin ça, c’est pas fini), les types qui essayent de me gruger dans les files d’attente, le dhal (ah non, trop c’est trop), les klaxons trompettes, les bouses sacrées qui se débrouillent toujours pour finir sous ma tong.

La phrase qu’il fallait retenir : तुम नहीं जानती कि मेरी गाय को क्या हुआ? मैं मेरे tuk-tuk आज सुबह बगल में खड़ी थी. (Tu sais pas où est passée ma vache ? Je l’avais garée à côté de mon tuk-tuk ce matin.)

Alors oui, c’est vrai, l’Inde c’est sale, ça pue, c’est bruyant, les routes sont défoncées et les vaches se baladent tranquillement sur les autoroutes mais c’est aussi tellement plein d’autres choses qu’on ne peut pas la résumer aux bidonvilles de Mumbai ou aux plages de Goa.

Oui, on peut ne pas supporter le harcèlement dont sont victimes les touristes, les regards très trop appuyés, la totale incapacité à faire la queue « en file indienne » (mais d’où vient cette expression bon sang ?), être choqué par leur façon de jeter leurs déchets partout dans la rue, par les fenêtres des trains et de tout cramer n’importe comment, être choqué par les conditions de vie des millions de gens qu’on voit le long des routes et qui n’ont pour maison qu’une bâche en plastique bleue, par ces enfants de 2 ou 3 ans les cheveux en bataille qui viennent vous tirer la manche pour 2 roupies, par ces femmes de tous âges toutes maigrichonnes qui portent des sacs énormes sur leurs têtes pendant que leurs maris ont les mains dans les poches et par encore tant d’autres choses.

Mais on peut aussi admirer la capacité des Indiens à faire fonctionner une démocratie (un peu corrompue, certes, mais quand même) de plus d’1 milliard de personnes, à faire cohabiter de façon globalement pacifique plus de 12 religions et quelques milliers de dieux. On peut être impressionné par leur fierté d’ « être Indien » du Nord au Sud et avec des cultures et des traditions tellement différentes, par le fait qu’ils arrivent à faire de leur pays une puissance émergente alors qu’ils ne vont travailler que lorsqu’ils ont faim et que le mot capharnaüm a été inventé pour décrire leur quotidien.

Des fois, il ne faut pas essayer de comprendre l’Inde, faut juste être là et regarder. L’Inde change. Vite. Les jeunes générations veulent ressembler aux Occidentaux, porter les mêmes vêtements, écouter la même musique, se balader en amoureux et s’embrasser sur les bancs publics. La différence entre les mégalopoles comme Delhi et Mumbai et les régions plus rurales est encore énorme. Des millions d’Indiens vivent encore de l’agriculture qu’ils pratiquent comme il y a 100 ans et dans certains quartiers de Delhi, on ne sait plus où garer les Porsches. On construit des gratte-ciels à Mumbai et on transporte des chargements à dos de chameaux à Jaisalmer. Les rickshaws vont progressivement tous passer au GPL et dans certaines régions on a fermé les usines de sacs plastique mais il n’y a quasiment aucune poubelle dans les lieux publics. Il est extrêmement mal vu d’être homosexuel mais les hijras (travestis) animent traditionnellement les mariages.

Finalement, l’Inde c’est pas « on adore ou on déteste ». Mais on t’en parle tellement avant de partir que tu ne sais pas à quoi t’attendre en arrivant. Tout le monde a un avis (surtout ceux qui n’y sont jamais allés).

L’Inde, c’est fascinant. C’est comme une grosse vague contre laquelle faut pas lutter sous peine d’en être dégouté. C’est parfois de surprenantes et chouettes rencontres comme Guonzan, ma guide au Ladakh, Amar, mon tuk-tuk driver de Jaipur, ou Keshan, à qui j’ai appris à nager à Goa. C’est pas toujours agréable, c’est pas reposant mais pour savoir quoi penser de l’Inde, faut venir et faut plonger dedans. Moi, en tout cas, ça se pourrait que je revienne.

Alors, juste pour 4 petites minutes de plaisir, la mini-synthèse de ce foutu bazar qu’est l’Inde (et encore, c’est dommage qu’on puisse pas enregistrer les odeurs…) :

 
 

Incredible India !!

Pékin Express

Non, je ne fais pas de pub… mais mon inscription devient de plus en plus légitime et que je rappelle à certains d’entre vous que vous m’aviez promis qu’on s’inscrirait ensemble… J’attends… Mais bref ! En attendant, puisque je ne peux compter que sur moi-même, j’ai exploré Pékin en 4 jours.

J’ai donc couru aux 4 coins de la ville pour voir, dans l’ordre, la place Tien An Men, la Cité Interdite, le Lama Temple, la Tour des Tambours, le Palais d’Eté et le Temple du Ciel. Et traîner dans tout un tas de quartiers sympathiques.

Bon, le truc avec les sites touristiques à Pékin, c’est qu’ils n’ont visiblement pas besoin des touristes étrangers pour rentabiliser leurs affaires. Alors pour les explications en anglais, tu repasseras… Et même pour les audioguides, les Indiens étaient nettement meilleurs. Ici, ils font fonctionner ça au wifi. L’idée est bonne. Genre,  tu passes devant un bâtiment, le commentaire se déclenche. Le problème c’est que si tu te déplaces et que tu rentres dans la zone wifi du commentaire suivant, le premier s’arrête, le deuxième démarre et des fois, au bout de quelques secondes, le premier redémarre mais tu ne peux rien contrôler donc tu te tapes 3 ou 4 fois le même commentaire qui te donne monstre d’infos sur les dimensions de tout ce qui existe aux alentours mais pour les anecdotes historiques, niet ! Bref, ça m’a vite agacé…

Et puis, ici, je ne peux pas traîner discrètement derrière une visite guidée en glanant des infos à droite à gauche : ils sont tous chinois les guides… Parce que vous n’imaginez pas le nombre de Chinois qui sont en vacances au beau milieu de la semaine ! Impressionnant !

Mais bon, j’ai quand même compris que plus y a d’animaux sur le toit de la bicoque, plus le type qui habite dedans est important et qu’ils donnaient des noms à leurs palais tous plus alambiqués les uns que les autres (la Salle de la Paix Céleste, la Salle de l’Harmonie Terrestre, la Salle de la Nourriture de l’Esprit, la Salle de la Longévité et de la Bienveillance, etc…) mais que quand l’empereur changeait, il avait le droit de changer tous les noms (mais… pourquoi ???). Et que chaque empereur faisait construire 1 ou 2  ou 10 bâtiments supplémentaires dans l’enceinte du palais et que ça a fini par faire tout plein de bâtiments collés les uns ou autres avec un labyrinthe de couloirs de plus en plus étroits dans lesquels les intrigues de cour et les trucs pas très jolis devaient aller bon train.

Cela étant dit, c’étaient pas des enfants de cœur les empereurs chinois. Ils s’entretuaient avec leurs frères et sœurs pour arriver au pouvoir et se faisaient généralement assassiner par leurs ministres qui prenaient alors le pouvoir et créaient une nouvelle dynastie. Bref, c’est assez compliqué à suivre…

Oh, j’allais oublier. Je ne suis pas allée voir le petit Mao, congelé-momifié dans son cercueil de verre dans son mausolée. C’est pas que je ne voulais pas. C’est qu’il y avait près de 2 heures de queue tout ça pour l’apercevoir 30 secondes et en plus, t’as même pas le droit de faire de photos. Alors hein, bon. Faut pas pousser.

Comme avec tout ça, j’étais affamée, j’ai testé tous les stands de rue que j’ai trouvés : des brochettes de viande, des brochettes de fruits, des brochettes de scorpions (noooon… je rigole, j’en ai pas mangé ! Mais y en avait plein ! Empalés encore vivants sur les brochettes… Et des araignées ! Et des cigales ! Et des gros mille pattes juteux ! Mmmh…), des nouilles, des soupes, des beignets, des trucs aux couleurs improbables… Des gens qui passent autant de temps à manger et ont inventé des trucs aussi variés sont forcément fondamentalement mes amis. J’ai aussi été à un cours de cuisine de Imperial Dishes (je vous promets un buffet gargantuesque au prochain AL’s barbeuk, vous serez pas déçus !). L’indian food, c’était cool. Mais la chinese food, c’est carrément dément. C’est trooooop bon. Bon, il est possible que dans 15 jours, je me mette à rêver de tandoor chicken mais en attendant, je m’en mets plein les yeux et le ventre. Et oui, bien sûr, j’ai mangé du vrai canard laqué pékinois. Celui qui cuit pendant 8 jours et dont on sépare la peau de la chair et qu’on arrose régulièrement avec le jus de cuisson jusqu’à ce qu’elle devienne très croustillante. Et pour ceux qui ne sauraient pas, le canard est découpé en très fines lamelles qu’on roule dans une petite crêpe accompagné de condiments genre ananas, concombre, melon, salade verte, radis, … (t’inquiète, la serveuse te montre comment faut faire quand elle voit que tu ne sais pas à quoi sert tout ce qu’il y a sur la table et que tu restes à contempler tes assiettes avec tes baguettes en l’air…) Et sinon, t’as déjà essayé de rouler une crêpe avec des baguettes ? Mouais… c’est bien ce que je pensais…

Mais bien sûr, la question que tout le monde se pose (n’est-ce pas ?) c’est « Bah… et la Grande Muraille ? »

Bah évidemment que je suis allée sur la Grande Muraille !! Je me suis levée de bon matin, j’ai enfilé toute ma valise et en avant ! Je me suis tapée 3 heures de route pour aller jusqu’à Jinshanling (ne me demandez pas où c’est…) puis j’ai gambadé sur la muraille pendant 3 bonnes heures et je me suis refait 3 heures de route pour rentrer à Pékin

Alors oui, c’est merveilleux, c’est très impressionnant ce long serpent de pierre qui serpente (sans dec) dans les collines et même si certaines parties ont été restaurées façon Disneyland pour que ce soit plus facile pour les touristes de se prendre pour des guerriers Ming (aucun effort pour intégrer les parties restaurées au reste, tu vois bien que tout est neuf et ça brille à peine moins que le château de Cendrillon), ça vaut vraiment le coup. Et puis c’était vraiment trop joli avec la neige qui brillait au soleil (quand je vous dis qu’il fait froid…) et les petits piafs qui couraient dessus…

Et donc je suis fière de vous annoncer que je suis désormais un vrai homme… Parce que c’est Mao qui l’a dit : « Qui n’a pas gravi la Grande Muraille n’est pas un vrai homme… » Et sans blague, c’est pas pour les feignasses la grimpette de la Grande Muraille. Parce qu’une fois passée la partie restaurée, ce qu’on ne dit pas sur la Grande Muraille, c’est qu’elle est parfois en sale état. Et que des fois, il manque 1, 2 ou 3 marches, que les pentes sont parfois à près de 30° et que je vois pas comment ils imaginaient défendre la Chine dans des escaliers larges de 50 cm… Mais bon, peut-être qu’il y a 600 ans, les Chinois, ils étaient vraiment tout petits et ils passaient dans des couloirs de 50 cm… Cela étant dit, ça n’a pas été efficace, tout le monde a franchi cette satanée muraille : les Mongols, les Mandchous et bien d’autres. Même moi !

Alors ça y est, Pékin, c’est déjà fini. Maintenant, en route pour Xi’an (oui, bon, bah vous regardez sur Google Map si vous savez pas où c’est). Je vais découvrir les trains de nuit chinois et j’espère juste qu’ils tiennent la route parce que pour aller à Xi’an, il faut 15 heures… Finalement, l’Inde, c’était vraiment de la tarte !

Photos ici.

Premières impressions à Pékin…

D’abord, c’est complètement dingue, à Pékin, tu peux marcher sans regarder où tu mets les pieds, tu ne risques pas de tomber dans une bouse ou un tas de cendres encore fumantes.

A Pékin, quand tu traverses la rue, faut vraiment regarder des 2 côtés. Parce que personne ne va klaxonner et en plus, beaucoup de 2 roues sont électriques et ne font pas de bruit. Du coup, c’est fou, on entend les gens se parler dans la rue.

A Pékin, tu es obligé de mettre une écharpe, un bonnet et des gants : il fait 7°C au meilleur de la journée (mais je pense à une conspiration parce qu’honnêtement, j’ai l’impression qu’il fait -20°C).

A Pékin, les filles ont des vraies chaussures. Je veux dire, des trucs avec des talons, des bouts pointus et souvent parfois des trucs qui brillent dessus. Pas des tongs en plastique sans âge. Des trucs comme j’ai dû abandonner dans mon placard… (soupir…)

A Pékin, les mecs ont des sacs à main. Pas tous, mais beaucoup. Et souvent, une coupe de cheveux improbable (cela étant dit, les filles aussi). Et pas de petit pull en mohair sans manche qui pique les yeux à l’horizon. Nope.

A Pékin, les gens chantent de l’opéra dans les parcs. Comme ça. Pour se faire plaisir. Et c’est très beau.

A Pékin, les amoureux s’embrassent dans la rue. Comme ça. Même sur la place Tien An Men. Et personne ne les regarde comme si c’était bizarre. A part moi peut-être. Je suis déshabituée.

A Pékin, les dames mettent des petits chaussons à leurs caniches pour qu’ils aient pas froid aux pattes en sortant du métro. Elles leur filent pas des coups de pieds pour qu’ils aillent quémander à manger plus loin.

A Pékin, les squares sont plein de gens qui font du tai-chi. Ça leur donne un petit air gracieux, on dirait qu’ils vont s’envoler.

A Pékin, les gens ne te dévisagent pas, ne te demandent pas de photo, ne te demandent pas si tu veux un tuk-tuk, un guide, un mini Taj Mahal en plastique. A Pékin, les gens, ils s’en foutent que tu sois un touriste dans leur ville.

A Pékin, le soir dans les squares, les gens dansent la valse au son d’un vieux poste qui grésille. J’en suis restée comme 2 ronds de flan. Ca a failli me tirer une larme (mais je suis une princesse, je ne pleure jamais).

A Pékin, les Chinois mangent des barbes à papa. Et rien que ça, ça me les a déjà rendu extraordinairement sympathiques.

A Pékin, les Chinois mangent de la pizza en cornet, des boulettes multicolores fourrées à n’importe quoi et des brochettes de nèfles et de fraises enrobées dans du sucre. Et c’est trop bon.

Bref, à Pékin, y a comme une certaine douceur de vivre et moi, j’aime bien.

Photos ici.

Nihao Baby !!

Après 70 jours chez les Indiens, changement de décor et d’ambiance et je pose donc les pieds en République Populaire de Chine. Tadaaaaa !!

En 4 mois, j’aurais donc vu presque la moitié de l’humanité (ce qui fait un paquet de noms à retenir mais une bonne moitié d’Indiens avaient la bonne idée de s’appeler Kumar ou Sri et chez les Chinois c’est Li ou Tang, ça facilite les choses…).

Dès la descente de l’avion, pas moyen de confondre : plus personne ne parle anglais, y a pas de vache devant l’aéroport et… ah si… ils crachent ! Pfiou ! J’ai eu peur ! Perdre tous mes repères en même temps, ça aurait été traumatisant…  En fait, ça a plutôt commencé dans l’avion avec les plateaux repas…

2 ou 3 trucs à savoir sur la Chine :

  • C’est le pays le plus peuplé au monde : 1,34 milliard d’habitants avec des densités au km² fort variables entre les grandes villes à l’Est et le middle of nowhere à l’Ouest. En même temps, y a des gens qui habitent en Chine depuis -4 000 avant JC…
  • C’est en Chine que se trouve le Mont Everest, le toit du monde, qui culmine à 8 848m.
  • Tous les Chinois ne se ressemblent pas (même si on pourrait avoir tendance à le croire). La population est constituée d’une multitude d’ethnies : 90% de Han (d’où une certaine homogénéité tout de même) et viennent ensuite dans l’ordre, les Zhuang, les Mandchous, les Miao, les Ouïgours, les Tujia, les Tibétains, les Hui, les Mongols, les Buyi, les Dong, les Yao, les Coréens, les Bai, les Hani, les Li, les Kazakhs et les Dai. Et tout ce petit monde entretient des relations plus ou moins hiérarchiques relativement complexes qui aboutissent régulièrement à des heurts violents réprimés violemment par l’armée.
  • Non, les Chinois ne mangent pas de nems (ce sont les Vietnamiens) et ne mangent pas de chiens non plus (ils préfèrent les chats… je rigole, rhôlala…).

Petit récap de l’histoire moderne pour mieux comprendre la Chine d’aujourd’hui : au XXème siècle, la Chine n’a pas eu une vie facile. Le communisme a fait son apparition dans les années 20 mais à l’époque, c’était pas très bien vu (comme quoi, y a que les imbéciles qui changent  pas d’avis…). Y avait même des campagnes anti-communistes. Un peu avant la 2ème guerre mondiale,  suite à l’attaque du Japon qui n’a vraiment pas été très très gentil (mais on aura le temps d’en reparler plus tard), le gouvernement des « bourgeois » n’a pas vraiment eu le choix et a dû s’allier avec les communistes et un certain Mao. Comme c’est un malin, en 1949, le Mao, il accède au pouvoir après la fin de la guerre civile qui opposait les communistes et les autres (pour simplifier). Et là, c’est le début du grand n’importe quoi. Mao était un poète alors il baptisait ses campagnes avec des noms comme « la Campagne des 100 Fleurs » (qui était censée laisser les intellectuels et les artistes exprimer leurs critiques du pouvoir… mouais, mais en fait, Mao, il aime pas la critique), « le Grand Bond en avant » (qui était censé permettre à l’économie chinoise de rattraper le niveau de celle des pays industrialisés… mouais, ça a causé 30 millions de morts à cause d’une gigantesque famine) ou la plus célèbre « Révolution Culturelle » (qui était censé purger les milieux artistiques et intellectuels des dissidents « capitalistes ».. mouais, mais en fait ça a surtout permis à Mao de passer en revue des milliers de gardes rouges, des étudiants extirpés de leurs études, à qui on lavait le cerveau à grande eau et à coup de Petit Livre Rouge et qui cassaient la gueule de quiconque était vaguement soupçonné de critiquer le Grand Timonier) . En vérité, le père Mao, il changeait d’avis comme de chemise (ce qui voudrait dire que ce n’est vraiment pas un imbécile…) et comme il aimait pas vraiment qu’on le contredise, il a fait emprisonner un paquet de gens sous prétexte de les « rééduquer » (c’est comme ça qu’on dit quand on fait du lavage de cerveau à grande échelle) et en a terrorisé un autre paquet. Il finit par mourir en  1976 à l’âge de 83 ans (ce qui est pourtant un chiffre porte-bonheur… comprends pas). Son successeur suit alors l’opinion publique qui a enfin réussi à se faire entendre (enfin c’est juste qu’on leur a pas cassé la gueule quand ils ont ouvert la bouche) et fait emprisonner les potes de Mao en les déclarant responsables des « erreurs » de la Révolution Culturelle. Mais bon, c’est pas encore complètement la fête non plus et en 1989, un mouvement protestataire pacifique se finit en bain de sang sur la place Tien An Men (oui, celle de la photo de l’étudiant face au char). Mais là, l’opinion publique, elle est vraiment pas contente. Alors les communistes, ils sont bien obligés de lâcher du lest et de s’ouvrir un peu au monde. Ils misent tout sur le développement scientifique et les nouvelles technologies et envoient des milliers de jeunes étudier à l’étranger pour qu’ils rapportent leurs connaissances à l’intérieur du pays. Et aujourd’hui, la Chine est en passe de devenir la 1ère puissance mondiale avec des disparités énormes au sein de la population, un prisonnier politique qui est Prix Nobel de la Paix, un président qui est élu selon un processus que personne ne connait, un seul parti politique et pas d’opposition (remarque, ça évite de se couvrir de ridicule et de montrer au monde entier qu’on ne sait pas compter des bulletins de vote…) et un réseau Internet qui prétend que Google n’existe pas. Mais… la Chine change, et les jeunes générations (qui n’ont pas été traumatisées par l’idéologie communiste) font progressivement basculer le pays vers un peu plus de libéralisme même si exprimer franchement son opinion sur la liberté d’expression ou le Tibet reste un peu compliqué et même si les femmes n’osent toujours pas fumer en public.

Voilà ! On est prêt, on peut sortir de l’aéroport et tenter de conquérir le monde, Minus !! rencontrer ces extraterrestres que sont les Chinois.

前进!

PS : Hihihihi !! A l’heure de la globalisation de l’internet mondial, la censure chinoise, elle fait pas le poids face moi et mon ordinateur qui s’est fait reformaté par un indian computer doctor ! Mais ça, c’est une autre histoire…

Interruption momentanée de votre programme

Chères lectrices, chers lecteurs,

Nous allons être dans l’obligation d’interrompre momentanément votre programme préféré car votre serviteuse va entrer en Chine… et qui dit Chine, dit… ah, ah, CENSURE !!!

Ce blog étant éminemment polémique, je ne pourrai y avoir accès au cours des 5 prochaines semaines (sauf si j’arrive me transformer en super geek qui nargue le grand ministère de la censure, niark, niark, niark !).

Je suis donc au regret de vous donner congé pendant ce temps. Mais rassurez-vous, je continuerai à écrire et je publierai tout d’un coup dès que j’aurai repassé la frontière !! Ça vous fera probablement pas loin de 15 heures de lecture… ne me remerciez pas…

See U les margoulins et souhaitez moi bonne chance au pays du canard laqué ! Nihao !

PS : Je suis une super geek… je suis en train de vaincre les chinois… niark, niark, niark ! Mais ne crions pas victoire trop vite…

Ouh, ça sent la fin…

Ca y est. Retour à Delhi.

J’ai pris mes dernières photos du Taj Mahal, mon dernier bus indien, mon dernier train indien. Après 69 jours dans ce pays complètement crazy, je refais mon sac mais cette fois, les tongs sont au fond et la polaire au-dessus.

Plus que 2 petits jours à Delhi histoire de renvoyer à la maison le superflu (adieu les guides de l’Inde, adieu les pantalons à fleurs, adieu les coquillages, bracelets et autres breloques), de faire réparer mon sac à dos violet dont la fermeture éclair menace de m’abandonner, de me remplir les bronches une dernière fois de ces odeurs délicates qui font de l’Inde… l’Inde !

Un dernier dîner qui fait transpirer, une dernière balade entre les crachats rouges de betel, et voilà, l’Inde, c’est fini ! Dommage… je crois que je commençais à m’y faire…

Les dernières photos indiennes, c’est par .

Famous Taj Mahal…

J’ai donc quitté Varanasi dans l’après-midi pour prendre le bus pour Allahabad, bus dans lequel un singe, après lequel courraient des gamins, est monté avant de se rendre compte que les banquettes en cuir, ça collait les poils… C’est marrant, ça ne me surprend même plus ce genre de trucs ! Ouais, hier un singe est monté dans mon bus… normal !

Au début, j’avais prévu de passer 1 ou 2 jours à Allahabad mais le visa chinois en a décidé autrement. Et qu’est-ce qu’il y avait à voir à Allahabad ? Ben, c’est une autre ville sacrée au confluent de 2 rivières sacrées et dans la mythologie hindoue, ce serait l’endroit où Brahma, le dieu de la création, serait arrivé sur Terre. Tous les 6 ans a lieu un bain rituel (et une fois sur 2 c’est encore plus énorme que la fois précédente) qui est le plus grand rassemblement humain jamais enregistré (70 millions de dévots en 2007). Bon, là, c’était pas l’époque du bain mais la vraie raison c’est que Allahabad est la capitale régionale des pâtisseries. Et ça, ça valait le coup.

Mais bon, à Allahabad, je n’ai fait que dormir comme une loque sur un banc de la gare en attendant mon train de nuit pour Agra (je m’indianise totalement).

Diwali oblige (je vais vous expliquer ce que c’est que Diwali), le train était vide ! Sauf… une petite famille (15 personnes au bas mot) qui se croyait probablement seule au monde dans le wagon et à qui on n’avait pas expliqué que le train de nuit, faut dormir dedans…

Alors, Diwali. Pendant le mois lunaire de Kartika, les hindous célèbrent Diwali cinq jours durant. A cette occasion, ils échangent des cadeaux et font brûler des feux de Bengale et des lampes à huile pour illuminer le chemin de Rama revenant d’exil (Rama, c’est un roi mythologique dont la femme avait été enlevée par le roi-démon du Sri Lanka et qui est allé la récupérer mais ça, c’est l’occasion d’une autre fiesta). Et cette année, ça commence le 13 novembre. Alors c’est super joli, toutes les maisons sont décorées avec des guirlandes électriques du meilleur goût, les rues sont éclairées par des bougies, les magasins mettent plein de bougies partout, même à la gare, y avait plein de bougies. Pendant Diwali, les enfants allument des pétards et des feux d’artifice ceux-là même qui seraient complètement interdits en France vu comment ils sont énormes. Et le grand débat du moment c’est : « Ne faudrait-il pas fêter Diwali silencieusement pour ne pas augmenter la pollution sonore et la pollution tout court vu que les feux d’artifice, ça fait plein de fumée et c’est un peu toxique quand même ? ». Alors évidemment, comme l’idée c’est d’aider Rama à trouver son chemin, si y a plus de feux d’artifice, c’est un peu compliqué… Et puis les jeunes qui aiment s’éclater les tympans, ils disent « Ouais, ceux qui veulent nous empêcher de tirer des feux d’artifice, ce sont ceux qui s’en sont donné à cœur joie alors y a pas de raison qu’on ne puisse pas faire la même chose. » Bon, je vous la fais courte mais y a de la polémique de haut niveau. Mais revenons à ce qui me concerne. Comme y a quelques jours fériés, les gens en profitent pour rentrer dans leurs familles, du coup, les trains sont archi-pleins pendant la semaine précédant Diwali mais le soir même de la fête, y a plus que les touristes qui voyagent et qui loupent les feux d’artifice mais bon, faut-savoir-ce-que-tu-veux-dans-la-vie.

Bref, j’arrive donc de bon matin à Agra. C’est plutôt déroutant parce que c’est hyper calme (Diwali…), y a personne dans les rues et y a même plus de chiens que de tuk-tuks.

J’ai choisi un hôtel dans le quartier de Taj Ganj, c’est-à-dire à moins de 200 mètres du famous Taj Mahal. Oui, parce que, au cas où vous vous demanderiez ce que je suis venue faire à Agra, je lève le suspens immédiatement : LE TAJ MAHAL, LES ENFANTS ! MA PREMIERE DES HUIT MERVEILLES DU MONDE !! Bon, je verrai peut-être pas les huit, mais celle-là, je pouvais pas la louper. Et je l’ai gardée pour la fin de mon étape indienne, un genre de feu d’artifice perso en quelque sorte.

Un peu de culture pour commencer : le Taj Mahal est un des monuments les plus connus et les plus visités au monde (oui, la Tour Eiffel garde la première place et j’adore la Tour Eiffel mais franchement, le Taj Mahal, ça vaut le déplacement). Chaque année, 3 millions de personnes viennent admirer son marbre blanc incrusté de pierres semi-précieuses et soupirer avec un soupçon d’envie devant une telle déclaration d’amour. En effet, le Taj a été édifié par Shah Jahan pour recevoir le corps de sa troisième épouse, Mumtaz Mahal, morte en mettant au monde leur 14ème enfant en 1631 (oui, 14, c’est trop, je l’ai toujours dit). Son trépas brisa le cœur de l’empereur, dont les cheveux seraient devenus gris en une nuit. La construction du Taj, débutée l’année suivante, ne s’acheva qu’en 1653. En 1658, Shah Jahan fut renversé par son fils Aurangzeb et emprisonné au fort d’Agra (sympa le fiston, non ?), d’où il ne put qu’apercevoir sa création à travers une fenêtre le restant de sa vie. A sa mort, en 1666, il fut inhumé aux côtés de sa femme dans le Taj (bon, pas si méchant le fils quand même), foutant en l’air toute la symétrie de l’édifice mais quand même, c’est vraiment trop romantique cette histoire…

Bref, j’arrive donc à Agra. Mais le meilleur moment pour aller voir le Taj, c’est au lever du soleil. Et là, c’est foutu, ça fait déjà une bonne heure qu’il est levé. Et vu le prix du billet, t’as pas vraiment envie d’y aller 2 jours de suite. Oui, parce que c’est joli toussa-toussa, mais c’est 750 roupies l’entrée quand même ! Pour les étrangers. Parce que pour les Indiens, c’est 20 roupies. Dis-cri-mination ! Dis-cri-mination ! Bon d’un autre côté, ce serait vraiment scandaleux si les Indiens devaient payer 750 roupies quand on sait ce que ça représente par rapport au salaire moyen (qui est aux alentours de 8000 roupies par mois). Mais ça fait grincer les dents des touristes pleins aux as que nous sommes… Et j’ai déjà rencontré des gens qui disaient qu’ils n’allaient pas aller voir le Taj parce que c’était trop cher. Franchement, tu te vois aller jusqu’en Inde, te cramer le palais 3 fois par jour, t’habituer aux cafards, devenir une pro de la négociation de rickshaw et pas aller faire ta petite photo souvenir devant le Taj Mahal ? Faut pas charrier quand même. OK, tu mangeras pas de poulet pendant 1 semaine mais ça serait comme aller au Pérou et pas aller voir le Macchu Picchu : inconcevable ! (à bon entendeur…)

Donc, je procrastine la visite du Taj. En attendant, ce sera le fort d’Agra, un des plus beaux forts moghols du pays (je me suis toujours demandée quelle était la différence entre « moghol » et « mongol »…). Plutôt dorée la prison du Shah, en réalité ! En fait, le Shah avait fait agrandir le fort construit par son grand-père en utilisant du marbre blanc, son matériau de prédilection, et l’avait progressivement transformé en palais. Et c’est vrai qu’il est chouette son fort.

En fin de journée, après avoir rongé mon frein toute la journée, je finis par découvrir le Taj depuis le roof-top d’une des nombreuses guest houses de Taj Ganj. Et ce sera probablement le coucher de soleil indien le plus pourri de ces 2 derniers mois… Mais bon, on peut pas tout avoir visiblement !

Le lendemain matin, je me lève au taquet pour la visite tant attendue. Et bah franchement, rien à dire, le Taj, ça déchire. Bon, comme d’hab, le brouillard vient un peu gâcher la fête mais à l’aube, on n’est pas trop nombreux, les jardins sont immenses donc chacun peut trouver son point de vue préféré et enfin… il apparaît.

Et je ne dis pas ça par pur conformisme mais… il est trop beau… J’ai fait 1 milliard et demi de photos : moi devant, moi à côté, moi de l’autre côté, bref, je vous en prie, partagez mon enthousiasme, c’est par là !

Mais quelle mouche l’a piquée ?

C’est ce que vous avez dû vous demander en lisant mon dernier post.

Je l’avoue, j’étais un peu remontée. Comme une pendulette.

Et puis, on le sait tous, réagir à chaud, ça n’aide pas à faire dans la nuance… (et c’est étrange parce que d’habitude… ah non ? bon…)

Alors, c’est officiel, j’ai légèrement forcé le trait. Je veux dire, j’ai rien inventé. Mais peut-être qu’en se donnant un peu de temps et en essayant de rester open-minded, on peut voir le côté gris clair du tableau.

Bon, je suis pas tombée amoureuse de Varanasi non plus, hein ! Mais je reconnais que l’ambiance de cette ville est particulière et que c’est un des rares endroits en Inde où on peut s’assoir et juste observer les gens sans créer un embouteillage au milieu du trottoir. Et qu’en plus, ils sont intéressants ces gens.

Je pense surtout que je me suis laissée emporter par une espèce de nervosité liée à tous les trucs angoissants qu’on m’avait raconté sur cette ville. Cette ville où la mort est une entreprise qui fait vivre des centaines de familles mais qui sont considérées par le reste de la communauté comme pire que des Intouchables (les morts sont transportés par les doms, des Indiens hors caste, qui gèrent toutes les crémations). Cette ville où ça ne choque personne de voir passer un cadavre sous ton nez pendant que tu mords dans ta pizza. Cette ville où les gens se lavent dans une rivière où tu vois passer une vache noyée. Cette ville où les plus pauvres des mourants s’entassent dans des bâtiments en ruines sans eau ni électricité juste au-dessus du ghat des crémations et attendent la fin. En fait, mon problème, c’est toute cette mort qu’il y a partout et que je suis si habituée à voir cachée. Et de constater que les touristes (moi y compris) viennent finalement observer tout ça avec une pointe de curiosité malsaine. C’est vrai quoi ? Est-ce que vous allez vous balader le dimanche après-midi au crématorium municipal histoire de « voir » comment ça se passe ? Non ! Et bah là, vous faites des milliers de kilomètres pour voir des gens se réduire en cendres. C’est un peu étrange, non ?

Mais en fait. Y a pas que ça à Varanasi. C’est pas non plus le mouroir de l’Inde.

La spécialité du coin, c’est plutôt les soieries. Rien à voir.

Et les gens qui viennent se baigner dans le Gange, ils sont pas tous sur le point de faire leur dernier voyage. Y a des bébés, des mamans, des papas, des ribambelles d’ados qui font des concours de sauts périlleux, bref, c’est plutôt joyeux tout ça.

Et dans la vieille ville, OK, c’est crado. Mais y a des tas de gens qui vendent les mêmes trucs que partout ailleurs, c’est-à-dire un immense bric-à-brac de trucs que tu te demandes bien à quoi ça sert. Et eux non plus, rien à voir avec la Grande Faucheuse.

Non, finalement, le problème, c’était plutôt moi qui me faisais une montagne de tout ça parce qu’en fait, j’avais jamais vu un mort en vrai, avant. Ce qui est plutôt normal vu que chez nous, on cache les morts. Je ne dis pas que l’un est mieux que l’autre, je dis simplement que du coup, j’avais les chocottes. Et en fait, un mort, bah c’est comme un vivant qui dort mais en plus raide. Et on voit bien que bah, à l’intérieur, y a plus personne. Alors du coup, la réincarnation, le paradis-tout-ça, t’y crois, t’y crois pas, tu fais comme tu veux, si ça peut t’aider à te dire que ton mort est mieux là où il est, pourquoi pas.

En attendant, Varanasi, c’est une ville magnifique (la rive du Gange est splendide) où tu sens bien qu’il se passe quelque chose de pas-comme-ailleurs pour les hindous. Et surtout, ça reste indien : un joyeux bordel organisé où le réparateur de lunettes travaille à côté du vendeur de samossas qui lui-même a posé son tréteau contre la porte du temple devant lequel des dizaines de gens font la queue pour poser une offrande en contournant soigneusement une vache qui cherche quelque chose à se mettre sous la dent dans un tas d’ordures… Indian style, quoi !

Bon y a vraiment beaucoup de touristes et pas que ceux que j’aime mais bref, Varanasi et moi, on est réconciliées.

Photos ici.

Pas content ! Pas content !

Va falloir remettre les choses à leur place.

Maintenant que je n’ai plus peur de rien, je suis allée me frotter à la « fameuse » ferveur spirituelle de Varanasi.

Tous les soirs à 18h a lieu une cérémonie (le Ganga aarti) sur le ghat principal de la ville avec des chants et des brahmanes qui exécutent des sortes de danses avec de l’encens, des bougies, des plumes de paon et des pétales de fleurs. C’est une sorte de rituel de glorification du Gange. Les gens qui assistent à la cérémonie tapent dans leurs mains et à la fin, ils vont déposer dans le Gange des petites bougies dans des coupelles de fleurs qui se mettent alors à dériver par centaines sur la rivière comme-c’est-romantique.

SAUF QUE.

Effectivement, la majorité des gens qui sont présents de bout en bout sont bien des hindous et sont visiblement très absorbés par le déroulement de la cérémonie. Mais il y a autant voir plus de touristes qui se prennent pour des grands reporters et qui se baladent au milieu des gens en leur collant leurs téléobjectifs à 15cms du visage, histoire de faire de la « photo de voyage », la vraie, celle où tu t’es vraiment immergé dans la population locale et où tu as capté des instants rares… La cérémonie ? Ouais, vite fait, on n’est pas là pour observer, on est là pour rapporter du cliché qu’on pourra fièrement exhiber devant ses collègues de bureau en disant : « Varanasi, c’est in-cro-ya-ble… J’peux te dire, tant que t’y es pas allé, tu peux pas vraiment comprendre… »

Blurp ! (Pardon, j’ai failli vomir…)

Et ça, c’était avant que je ne fasse le must have : la balade en barque sur le Gange au lever du soleil. Déjà, les types te harcèlent toute la journée pour t’emmener sur leur bateau. Quand tu finis par convenir d’un prix et d’une heure de rendez-vous avec l’un, tu commences à rêver d’être tout seul sur la rivière, pas un bruit à part les rames qui tombent dans l’eau, le soleil qui se met à rougeoyer au-dessus de l’horizon et les façades de la ville qui prennent subitement des couleurs pendant que les pèlerins et les sadhus descendent les ghats et s’immergent dans l’eau sacrée… Tu t’emballes quoi ! Alors quand le réveil sonne à 5h15, tu sautes de ton lit comme une fleur et hop hop hop ! tu descends jusqu’à la berge, les batteries de ton appareil photo chargées à bloc.

Et là, tu redescends sur terre.

1/ A 5h30, les ghats sont déjà pleins des mêmes types que la veille qui pensent que t’es tombée de ton lit et que peut-être t’as pas encore de bateau donc qui te sautent dessus en te criant : « Boat man ! Boat man ! » Raté pour le « seul au monde » et le silence…

2/ T’aurais peut-être pu t’en douter en voyant la veille le nombre de barques amarrées le long des ghats mais t’es pas tout seul… Mais alors vraiment pas. Genre y a une bonne centaine de barques contenant entre 1 et 20 personnes qui sont en train de quitter le quai.

3/ Y a effectivement des hindous venus faire leurs ablutions matinales, prier et boire une gorgée d’eau sacrée mais ils sont une centaine sur les ghats et on est 600 en face à les mitrailler sous toutes les coutures.

4/ Et non seulement on est comme une armée de paparazzis agglutinés les uns aux autres si près que nos barques ne forment qu’un seul et immense cortège mais y en a encore qui sont carrément sur les ghats, les pieds dans l’eau, pour être sûrs de capter sous le meilleur angle, l’aisselle ou le pied des gens venus se laver de leurs péchés. Pas du tout intrusif. Non, non.

Alors oui, le soleil se lève et c’est magnifique. Oui, les pèlerins se baignent à côté des bûchers de la nuit précédente dont les braises finissent de rouler dans la rivière et ça nous laisse médusés. Oui la lumière sur la ville est extraordinaire et le brouillard rajoute encore à l’ambiance un peu mystique qui se dégage du lieu. Et oui, ça pourrait être un spectacle fantastique. Et ça a dû l’être. Y a 20 ans. Quand les gens qui venaient ici ne se prenaient pas pour des chasseurs d’image et respectaient la signification et l’importance de cet endroit pour les hindous.

Honnêtement, je me suis sentie mal pendant cette balade. Dans le genre voyeur, c’était plutôt haut niveau. Certains boat mans vont jusqu’à refiler une petite bougie à tous leurs passagers et à la fin de la balade, tout le monde allume sa bougie en même temps, on ferme les yeux, on se tient par les mains, on fait une minute de silence puis tout le monde pose sa bougie dans l’eau… Alors oui, l’image de ces petites bougies vacillantes sur l’eau est très jolie mais les 3/4 d’entre elles sont déposées par les touristes !!

Est-ce que c’est ça que les gens viennent voir ?

Je suis convaincue de l’authenticité de la démarche des hindous qui viennent à Varanasi en pèlerinage ou pour mourir. Je suis convaincue que tous les touristes qui viennent ici ne sont pas là que pour rapporter des photos qu’ils exhiberont comme des trophées de chasse. Je suis convaincue que cette ville a effectivement un charme particulier et qu’elle est particulièrement belle le matin au lever du soleil.

Mais ce matin, j’étais pas contente d’avoir été menée en bateau.

Bon, j’ai quand même fait des photos… Elles sont ici.

Et de 2 !!

Ayé ! Plus que 14 mois… Pfff ! Pour un peu, ça passerait trop vite…

Cette semaine, j’ai eu l’occasion de lire mon horoscope : ils disaient d’y aller mollo côté boulot… Ben, ça tombe bien, ça va encore durer un moment !