Jaisalmer, la belle du désert

Après avoir passé presque 48 heures à glandouiller au bord de la piscine, à lire et à regarder des films (des vacances en fait !), j’ai donc quitté Sawai Madhopur et ses tigres invisibles pour retourner à Jaipur et prendre le train de nuit pour Jaisalmer, 350kms plus à l’ouest.

Jaisalmer, c’est comme Agraba, cité de la magie noire… et de l’enchantement… et des plus belles marchandises de ce côté du Jourdan en vente aujourd’hui, profitez-en… Jaisalmer, c’est les portes du désert, les méharées, un fort de 99 bastions bâtis sur le sable et de vieilles ruelles pleines d’échoppes multicolores et de havelis somptueux… Jaisalmer, c’est les 1001 nuits, c’est la belle du désert…

Commençons par le commencement : il me faudra pas loin de 11 heures de train pour arriver jusque là ! Après les trains de jour répugnants, j’expérimente donc les trains de nuit. Et bah c’est plutôt une bonne surprise : les draps sont propres, les couchettes sont de taille raisonnable (bon, évidemment, une fois que j’ai posé mes 2 sacs dessus, y avait plus de place pour que j’y dorme mais ça, c’est un détail…), personne n’a essayé de squatter ma place et en plus on peut rencontrer des gens sympas (D., québécois, en vacances, et ravi de trouver une française qui comprend son accent et ne lui fasse pas tout répéter 3 fois) .

Par contre, à la gare de Jaisalmer, c’est la guerre des rabatteurs de tuk-tuks ! Une nuée de types s’abat sur moi et manifestement, quelqu’un leur a dit que c’est celui qui crie le plus fort qui gagne… Mais c’est bien mal me connaître : je crie plus fort qu’eux. J’arrive donc à me faire déposer devant l’hôtel que j’ai choisi et gratuitement en plus ! Non mais oh ! On va pas se laisser bouffer par un petit milliard d’Indiens non ?

Bon alors en fait, Jaisalmer, c’est tout petit et la vieille ville à l’abri des remparts du fort encore plus. Mais qu’est-ce que c’est joli… Alors là, franchement, c’est plein de bouses de vaches sacrées mais c’est vraiment kromeugnon. Les petites ruelles étroites avec les façades et les balcons finement sculptés des havelis, le tout dans un joli grès doré… non, vraiment, bel effort… et même si marcher le nez en l’air relève de l’inconscience (à cause des vaches sacrées et de leurs sacrées bouses, mon pied droit peut vous en parler plus en détail si vous le souhaitez…), pour la première fois depuis que je suis en Inde, je suis émerveillée par la ville. Un des vendeurs de cartes postales me dit qu’en France, on a la même chose… à Carcassonne… Bon, il y est jamais allé à Carcassonne…

Pour ceux que ça intéresse, à Jaisalmer, il y a aussi le Bangh Shop. Oui, oui, oui. Autorisé par le Gouvernement, et tout, et tout… Et ils te vendent un bangh lassi qui fracasse (paraît-il…), des bangh cookies, des bangh pizzas… Avec un slogan du genre Get high in Jaisalmer ! Incredible India

Mais bon, on n’est pas là pour ça ! Non madame, moi je viens pour rider les camels ! La spécialité du coin c’est le camel safari et comme je me suis déjà faite sérieusement arnaquer sur les tigres 2 jours plus tôt, je compte bien en avoir pour mes roupies !!

Me voilà donc partie de bon matin à une trentaine de kilomètres à l’ouest de Jaisalmer (non, je n’essaye pas de franchir en douce la frontière pakistanaise… de toute façon, c’est plein de indian soldiers partout !) en compagnie de J. et L., 2 étudiants en médecine allemands. La Jeep nous dépose au bord de la route au milieu de nulle part où nous attendent Gandhi (c’est pas une blague…) et Kunda, nos chameliers pour les 2 prochains jours ainsi que Johanna, Laloo et Pundi, nos 3 chameaux.

Et c’est partiiiiiiiiii ! Je me prends pour Lawrence d’Arabie, conduisant ma caravane de chameaux, mon turban sur la tête, au beau milieu du désert, le soleil implacable nous brûlant les yeux et le reste, les chiens errants venant parfois à notre rencontre… (oui, je sais, Lawrence n’était pas dans le même désert et si ma mémoire est bonne, il était à cheval, pas à dos de chameaux. Ça va, pas la peine d’être désagréable !)

Tout ça, c’est bien joli mais un chameau, ça n’a pas d’étriers. Au bout d’une heure, tu commences à bien sentir que tu vas perdre tes 2 jambes et au bout de 2 heures, tu pries pour qu’on s’arrête… Mais comme tu t’es un peu enflammé et que t’as signé pour 2 jours de safari, t’es pas prête de t’arrêter ! Heureusement, la pause déjeuner qui dure 4 heures à l’ombre du seul arbre du coin vient à ta rescousse. Bon évidemment, tu reprends ton régime lunch dhal / dinner dhal mais au milieu du désert, difficile de se faire livrer un Big Mac (et puis de toute façon, ils mangent pas les vaches ici…)

On en profite pour papoter avec Gandhi et on apprendra plein de trucs intéressants sur les chameaux (que les femelles, c’est pas bon pour le travail, ça a juste envie de courir dans le désert, qu’une chamelle ne peut pas avoir plus de 4 bébés chameaux, qu’au Pakistan, ils mangent les chameaux mais qu’ici, c’est interdit…), bref, tout ça pour finir quelques heures plus tard au milieu des dunes où on passera la nuit, à la belle étoile sur des lits de camp.

Comme on est des petits malins, on arrivera quand même à se dégoter quelques bières fraîches qu’on dégustera en admirant les étoiles filantes et la voie lactée particulièrement en beauté ce soir-là.

Le lendemain matin, on est réveillés par le lever du soleil et les milliers de scarabées qui font crisser le sable sous leurs pa-pattes… beurk ! Mais pas le temps de traîner, on remonte en selle ! Tes fessiers et tes jambes n’ont malheureusement pas oublié qu’ils ont fait la même chose la veille et te le font payer… cher ! Et c’est parti pour 3 bonnes heures au trot de chameau sous un cagnard encore pire que la veille. Là, tout est une question de volonté : tu oublies qu’un jour, tu as eu des fesses et des jambes et tout se passe bien.

On finit par s’arrêter sous un arbre, tu n’arrives même plus à descendre du chameau parce que tu as laissé tes cuisses quelque part sur le chemin et on se fait un petit lunch dhal d’adieu avant que la Jeep ne vienne nous récupérer pour nous ramener à l’hôtel.

Bref, Jaisalmer, le premier vrai coup de cœur indien (même si mes fesses jurent le contraire…)

Photos ici.

La poisse : épisode n°2

Et oui mesdames et messieurs !! Voici venu le grand retour de La Poisse !! (ça faisait bien 15 jours remarquez, c’est déjà pas si mal…)

Bon alors, aujourd’hui le plan c’était d’aller au Ranthambore National Park, à 2 heures de train de Jaipur, pour faire un safari photo à la recherche des tigres du parc. J’avais réussi à réserver mon billet aller hier et j’étais number 1 sur la waiting list pour le billet retour.

Bon d’abord, on commence par le train. Je DETESTE les trains indiens, ils sont pleins de cafards… Mais genre PLEIN. Genre ils sortent de partout : sous la banquette, sur le mur derrière ta tête, les fenêtres, la banquette du dessus (qui est en fait la couchette du dessus)… bref c’est un cauchemar.  Dieu sait que je suis habituée à en voir, je veux dire, c’est pas comme si c’était la première fois de ma vie que je voyais plusieurs cafards en même temps mais là… Sur la banquette en face de moi, un monsieur dormait comme un bébé. Et ben, un cafard bien dodu a grimpé sur la banquette et s’est arrêté à 2 cm de sa joue ! Et pendant que j’étais scotchée par le spectacle, un de ses copains, bien dodu aussi, a grimpé sur mon sac. Sur MON sac !!! J’ai cru que j’allais m’évanouir… et j’aurais dû comprendre que La Poisse était en train de pointer le bout de son nez…

Bref, à peine remise de mes émotions, je débarque à la gare de Sawai Madhopur, petit village qui ne vit que par et pour le tourisme des tigres et du parc. Etant donné qu’il n’y aurait que 32 tigres dans le parc et qu’il n’est donc pas garanti d’en voir à tous les coups, je me dis que je vais décaler mon train du retour pour rester une matinée de plus sur place et donc avoir la possibilité de faire 2 safaris (au cas où La Poisse aurait été avec moi). Le gars du guichet annule donc mon premier billet et m’en sort un pour le train suivant et je passe gaiement de number 1 à number 42 sur la waiting list… Merci La Poisse ! Je me dis que c’est pas grave, que je vais quand même monter dans le train et que je viens de doubler mes chances de voir des tigres.

Mais bien sûr, ça ne s’arrête pas là ! J’arrive à l’hôtel (le Tiger Safari Hotel, j’ai mis toutes les chances de mon côté) et là… tadaaaaaaaaaaaa !!! le gérant me dit qu’il n’y a pas de safari parce que les gardes du parc n’ont pas donné l’autorisation de commencer la saison et qu’il n’y aura donc AUCUN safari avant le 10 octobre… Ouh là là… ça ressemble franchement à La Poisse, ça !!

Je me retrouve donc coincée pour 48 heures dans un trou paumé où il n’y a strictement rien à faire… Rien de chez rien. Et cerise sur le cupcake, l’hôtel n’a pas le wifi « It’s broken, Mam, but we call for repair and we will say to you if it’s ok ! ». Et pas question de revenir ici après le 10 octobre, je serai déjà loin et y a bien trop de cafards dans le train !!

Bon, pour me consoler, il y avait plein de gens qui trimbalaient des tas de trucs dans des carrioles attelées à des dromadaires et une piscine… un peu d’exotisme quoi !

Jaipur-la-ville-rose

Ce qui est sympa au Rajasthan, c’est qu’ils se sont organisés pour avoir une seule couleur par ville : Jaipur-la-ville-rose, Jodpur-la-ville-bleue, Udaipur-la-ville-blanche…

J’ai donc attaqué le Rajasthan par Jaipur. Grâce à Amar, mon tuk-tuk driver sikh préféré que j’ai embauché pour la journée, on a silloné tous les coins et recoins de la ville et on s’est bien marré.

On a commencé par un petit passage par la gare parce que je devais réserver mes billets de train pour la semaine à venir. Bon… ben jusque là j’avais été épargnée mais l’administration indienne est bien à la hauteur de sa réputation ! Presqu’une heure pour récupérer 3 billets de train dont un où je suis en pole position sur la waiting list (autant dire que je vais jouer la blonde sur ce coup là et que je serai dans le train quoi qu’il arrive !)

Après ça on est allé à la poste pour acheter des timbres. Heureusement, Amar est grand et fort (mais par contre, il est pas très beau…) et il a réussi à éborgner quelques Indiens jouer des coudes pour qu’on n’y passe pas la matinée.

On a ensuite attaqué les choses sérieuses : City Palace, Jantar Mantar, Amber Fort, Hawa Mahal… bref, j’ai visité tout ce qui est visitable en avalant litre d’eau après litre d’eau (oui parce qu’ici il fait une température délicieuse… 37°C) et Amar me racontait des anecdotes sur les différents monuments. Nous avons donc eu un moment surréaliste où Amar m’explique qu’un des maharajas de Jaipur est mort sans successeur alors qu’il avait 50 femmes mais un pénis de la taille de son avant-bras (il joint le geste à la parole pour que je comprenne mieux) et que donc, ça posait problème…

J’hésite entre la consternation et un grand éclat de rire mais Amar me dit aussitôt : « No joking !! » et je comprends bien qu’on ne rigole pas avec ces choses-là et que la descendance des maharajas n’est pas un sujet qui prête à rire…

M’enfin, franchement, je me suis mordue les joues ! Ce type me la joue « Dieu qui le regarde » et d’un coup il me parle de kama sutra paintings (« Nice gifts fo your friends ! ») et de maharajahs qui ont des problèmes de gigantisme… Incredible India !!

Pour finir la journée sur le même thème, je suis allée admirer le coucher du soleil au Sun Temple, un temple où les singes se retrouvent par centaines à la tombée du jour. Alors les singes… quand y en a un ça va, c’est quand y en a plusieurs et qu’ils se mettent à crier que ça fait fliper… Je faisais pas trop ma maligne… Mais là n’est pas la question. Un de ces charmants petits macaques a confondu un petit cochon à poils longs qui passait par là avec une de ses congénères. Le voilà qui lui saute sur l’arrière-train. Le petit cochon ne comprend pas ce qui se passe, il panique, il se met à courir partout en grognant, le petit singe, les yeux écarquillés, toujours accroché à ses fesses dans le soleil couchant. Ah… l’observation du monde animal… quel émerveillement !

Photos ici.

Aujourd’hui… j’ai conduit un tuk-tuk !!

Je suis donc revenue du Grand Nord pour me replonger dans la moiteur de Delhi… Mais faut quand même pas pousser le bouchon Maurice !, à peine arrivée à Delhi, j’ai foncé à la gare routière pour trouver un bus pour Jaipur.

J’avais juste oublié qu’aujourd’hui, c’est l’anniversaire de Gandhi et donc, c’est un jour férié (… mouais, vous aussi, vous aviez oublié).

Après 6 bonnes heures dans un bus non AC (sans clim’ quoi !), je descends du bus poisseuse et fatiguée fraîche comme la rosée du matin et je tombe quasiment littéralement dans les bras d’Amar, tuk-tuk driver de son état. Amar est sikh, a un très joli turban et me jure qu’il ne me fera pas d’embrouilles parce que Dieu le regarde et sait quand il essaye de faire le malin… (mouais, vous aussi, vous vous dites que décidément, les Indiens, ce sont des p’tits marrants…)

Bref, Amar est sensé me conduire jusqu’à la Karni Niwas Guest House où j’ai décidé de poser mon paquetage pour 2 jours. En chemin, on bavarde, on papote, et d’un coup, Amar s’arrête sur le bord de la route : « Come on, drive ! »

WHAAAAAT ? But are you definitely crazy ? Je ne tiens pas à rappeler ici le nombre de points qu’il reste sur mon permis ni mes exploits de conduite en France mais alors au beau milieu du capharnaüm indien… on voit bien qu’il ne sait pas à qui il parle, Amar… Et Dieu a beau le regarder, il a du faire une grosse bêtise !!

Mais bon, on n’est pas tuk-tuk driver tous les jours alors je me lance. Je m’assois à côté d’Amar et on est partiiiiiiiiiiii ! Accélérateur, embrayage, rond-point par la gauche (ouais, parce qu’en plus du reste, faudrait pas que je me goure de sens, hein ?), Amar est mort de rire, moi, morte de trouille et on s’arrête quand même un peu plus loin avant de passer devant le poste de police parce que, OK on rigole bien, mais Amar tient à son job quand même…

J+22 et je suis déjà tuk-tuk driveuse… Qu’est-ce que ça va être dans 3 mois ???

Julleyyyyyyyyy !

Quand j’ai officiellement annoncé que je partais faire ce voyage, un de mes frères m’a dit « Tu peux arrêter de te laver, c’est bon. » Il ne croyait pas si bien dire… ma dernière douche remonte à 4 jours. Ben oui mais bon, dans la montagne, les douches (chaudes de surcroît) ne sont pas légions ! Vous constaterez que je suis beaucoup plus conciliante dans l’Himalaya que dans les Pyrénées…

Je suis donc partie dans la vallée de Sham pour enchaîner les cols à plus de 3800 mètres en compagnie de Guonzan, ma guide, pendant 4 jours d’affilée et pour le plaisir s’il vous plaît !

Tiens, d’ailleurs, pour ceux qui se demandent si la crème « anti-ampoules » est efficace, je confirme : j’en avais pas et paf ! une belle ampoule au bout de 2 jours au talon gauche !

Pendant ces 4 jours, nous avons dormi dans des homestays. En guise de chambre, des matelas posés au sol et pour la salle de bain ce sera des toilettes sèches au fond du jardin, merci !

Bon, je vais pas vous raconter par le détail les noms des microscopiques patelins qu’on a traversés, mais retenons plutôt que au Ladakh, il y fait peut-être froid la nuit mais les gens sont tellement gentils et chaleureux qu’on aurait presqu’envie de passer l’hiver au coin du poêle avec eux. Et puis, j’ai appris à faire du shitaki (rien à voir avec le shitaké), des mo-mos, des chappattis, à compter jusqu’à 5 en ladakhi, à danser ladakhi, à faire sécher des bouses de vache pour alimenter le feu… bref, je suis une Ladakhie accomplie ! D’ailleurs, tout le monde me disait que je ressemblais à une Ladakhie, j’envisage donc une reconversion dès la fin de ce voyage ! (… enfin pas complètement quand même parce que la température descend jusqu’à -35°C et qu’à part le poêle, y a pas de chauffage). Et puis avec les 5 mots de vocabulaire que j’ai appris, c’est du tout cuit ! Julleyyyyyy !! (en insistant bien sur le « eyyyyyyyyy »… ça veut dire à la fois « Bonjour », « Au revoir », « Merci » et « S’il vous plaît », c’est très pratique…)

Je plaisante : la vie dans la montagne, c’est franchement pas une sinécure… Y a pas l’eau courante (faut aller la chercher à la rivière et des fois, c’est pas tout près), y a pas l’électricité courante (ça va, ça vient, on sait jamais quand ça marche) mais… le gouvernement fournit des panneaux solaires si on en fait la demande (je dis ça pour « le monde du solaire »…), on mange la même chose matin, midi et soir, été comme hiver, on se gèle les fesses dès que le soleil passe derrière la montagne d’à côté et les routes sont purement et simplement bloquées du 1er décembre au 15 mars si on est chanceux…

Alors, bien sûr, la communication n’a pas toujours été facile puisque nos hôtes ne parlent jamais un mot d’anglais et que Guonzan étant trainee guide, elle était pas encore tout à fait opérationnelle en traduction mais on s’est payé de bonnes tranches de rire. Et puis ça a aussi été l’occasion rencontrer L., anglaise d’origine bengladeshi et prof d’histoire en Australie, accompagnée de sa guide et avec qui nous avons passé une très chouette soirée à jouer au pouilleux massacreur…

Et puis le trek en lui-même n’était pas hyper palpitant. Mais rien que pour pouvoir en faire baver certains en disant « J’ai passé 8 cols à plus de 3800 mètres en 3 jours »… ça valait le coup !

La prochaine fois, c’est sûr, je prévois 4 semaines, et je me le paye, le K2 (et pas du fond d’un canapé…) !!

En attendant, retour à Leh, je refais mon sac pour la 50ème fois en 3 semaines et direction le Rajasthan !!

Photos ici.

Ce soir, j’ai dîné avec Brad Pitt…

OK, il était brun, il était allemand mais il s’appelait B. (c’est presque pareil !) et avec l’Himalaya en arrière-plan, on pouvait se croire dans Seven Years in Tibet… ou presque.

Reprenons depuis le début. Mercredi matin, rendez-vous de bonne heure et de bonne humeur devant l’agence avec laquelle j’ai booké l’excursion au Pangong Lake. Soit dit en passant, c’est sensé être le pluuuuuuuuus beau lac du Ladakh, avec différentes teintes de bleu faisant penser aux Caraïbes, la température en moins puisqu’il est à 4300 mètres d’altitude…

On est 4 à partir à l’aventure : B. (donc…) allemand, S. israelienne, C. hollandais et moi-même, votre serviteuse… On grimpe dans notre jeep, à peine de temps de faire connaissance avec notre chauffeur qui de toute façon ne parle pas anglais et c’est parti mon kiki !!

Bon, on va se dire les choses une bonne fois pour toutes : la route de montagne à moitié défoncée, à peine assez large pour croiser les camions qui montent et qui descendent toute la journée, le tout avec un chauffeur indien (ouais parce qu’on est peut-être très très près du Tibet, faut pas oublier qu’ils sont indiens les gens ici et qu’ils conduisent donc comme… des indiens !!)… ça ne pardonne pas ! Cerise sur le cupcake : on passe le 2ème col carrossable (enfin carrossable… tout est relatif) le plus haut du monde à 5360 mètres… (le 1er est aussi dans le coin). Comme des débutants, on saute de la voiture pour aller faire LA photo près du panneau de l’armée qui atteste de l’altitude… erreur fatale !! on se met à trembler comme des feuilles, on a la tête qui tourne et l’estomac qui se met à faire des bonds… que du bonheur !

Bon évidemment, on ne reste pas au col, on redescend de l’autre côté et après 6 heures de route et une bonne cinquantaine de pauses photos, on aperçoit enfin le Pangong Lake.

C’est vrai, c’est très joli, le paysage est impressionnant et de l’autre côté du rivage, c’est la Chine. Cette f***ing altitioude nous empêche quand même un peu d’en profiter en nous collant un bon mal de tête mais on ne se laisse pas faire et on avale de grandes rasades de ginger tea.

Le village de Spangmik où nous passons la nuit est minuscule : une dizaine de maisons qui font toutes du homestay, c’est-à-dire qu’elles accueillent les touristes en demi-pension (puisque de toute façon, y a rien autour…). Nous choisissons le Gongma Homestay, une des maisons les plus hautes du village. La vue sur le lac est superbe et les propriétaires hyper sympas et on passe la soirée à discuter pendant que Madame fabrique du beurre et du fromage à partir du lait de la traite du jour.

Alors évidemment, y a pas de douche (sauf si t’as envie de te jeter dans le lac), les toilettes sont dehors et on dort tous dans la même chambre sur des matelas à même le sol mais c’est pas plus mal parce que vu la température extérieure et l’inexistence de système de chauffage, on est bien content d’être plusieurs dans la pièce. Pour qu’on ne se sente pas trop seuls, il y a même des souris blanches (bien nourries les souris…) qui passeront la nuit à courir sur le drap tendu au plafond. La bonne nouvelle, c’est qu’à cette altitude, pas de trace d’araignées, de moustiques ou de cafards… Finalement, je vais peut-être rester là…

Le lendemain matin, on reprend la route dans l’autre sens et on s’arrête en chemin pour visiter 2 monastères assez connus dans le coin : le Tangtse Gompa, dont une partie a plus de 600 ans, et le Thiksey Gompa, qui abrite une statue de Bouddha haute de 14 mètres. On croisera aussi tout un tas d’animaux qui trouvent que le coin est sympa : marmottes bien grasses (l’hiver arrive dans 3 semaines), wild donkeys, yaks, …

De retour à Leh, je récupère chez un couturier un écusson brodé AL autour du monde. Pas moyen de faire faire ça en France, mais ici, au beau milieu de nulle part et sans électricité, ça ne leur a posé aucun problème ! Bon, il est un peu indian style, mais ça ne fait que rajouter à son charme ! Du coup, voici le nouveau look du sac à dos ! 

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La classe, hein ??

Juste le temps de prendre une bonne douche chaude et je refais mon sac pour les 4 jours de trek à venir et l’ascension du K2 !! (… je rigole ! pfff… j’imagine déjà vos têtes !!)

Photos ici.

Monter un escalier et manquer s’évanouir

Voilà ce qui arrive quand on veut faire sa maligne et qu’on passe sans transition du niveau de la mer à 3500 mètres d’altitude.

J’ai donc changé de décor. Après une nuit hachée (3 avions différents entre 20h30 et 6h30 et une incrédulité certaine devant les règles de l’aviation civile indienne, genre t’as le droit d’avoir 10 litres de liquide sur toi du moment que c’est dans une bouteille d’eau ou tu ne passes pas le contrôle de sécurité avant minuit si ton vol est à 2h du matin…), le commandant de bord qui te dit de regarder par le hublot parce qu’on voit l’Everest, le survol de la chaîne du Zanskar et l’atterrissage au milieu de nulle part entre les sommets enneigés après plusieurs loopings au-dessus de Leh… ça avait presque quelque chose d’irréel ! Même depuis l’avion on se sent tout petit !

Bon, quand tu descends de l’avion et que le froid te mord les mollets, là, tu remets direct les pieds sur terre : t’es dans l’Himalaya fillette ! Youhou ! Fallait mettre la polaire sur le dessus du sac !

Mission n°1 : se trouver une guest house pas trop chère mais avec de l’eau chaude ! Bah ouais, autant c’est pas gênant quand il fait 40°C et que tu sues à ne rien faire, autant là… elle coule directement des glaciers d’à côté l’eau du robinet ! Mission accomplie chez Indus Guest House où je tire de son lit un petit papi qui pensait que la saison était finie.

Bref, je négocie comme une chef le prix de la chambre pour les 3 nuits à venir et je m’écroule comme une moule jusqu’à midi. Quand je rouvre les yeux, je me suis faite un nouvel ami : le mal des montagnes… Et keskessafé le mal des montagnes ? Ça te pilonne le crâne, t’as l’impression que ta langue est une pierre ponce, tu pourrais faire le ramadan sans même t’en apercevoir et quand tu montes un escalier… tu vois des petites étoiles !

Je me dis que je suis forte, que je vais patiemment attendre de m’être acclimatée à l’altitude et que ça n’a jamais tué personne (à vrai dire si, c’est très sérieux le mal des montagnes, ça peut tuer…). Mais vers 16 heures, les aiguilles qui sont enfoncées dans mes yeux, mon cerveau et ma nuque devenant franchement pénibles, je craque et je vais à la pharmacie.

Ah la pharmacie indienne… on n’en parle pas assez je trouve. D’abord, les boites de médicaments sont rangées sur des étagères et les gens se servent eux-mêmes. Du coup, les 3/4 des boîtes sont ouvertes avec les tablettes de pilules qui dépassent et il y a un petit gars qui est chargé de tout ranger au fur et à mesure. A la caisse, le pharmacien (enfin… on sait pas trop si il est pharmacien celui-là…) a une cadence 20 fois supérieur à la caissière de Monop’ et hurle des prescriptions à tue-tête.

Je lui demande ce qu’il peut me donner contre le mal des montagnes et une plaquette de paracétamol tombe littéralement du ciel, jetée par le petit gars qui est sensé ranger mais finalement, on n’est plus trop sûr de ce qu’il doit faire… Mouais, bah pour prendre un Doliprane, j’ai pas besoin de tout ce cirque. Bref, j’arrive à négocier qu’il me donne autre chose et me voilà avec mes nouvelles pilules en poche, heureusement furieusement efficaces.

NDLR : il n’est pas particulièrement conseillé d’acheter des médicaments en Inde car le marché noir du médicament est florissant et les contrefaçons sont légions. Mais bon… en cas de force majeure…

Entre temps, j’ai quand même fait le tour de la ville (qui n’est pas bien grande) et repérer une bonne dizaine d’agences organisatrices de trek et autres excursions dans les environs.

On arrive en low season, il faut très souvent des permis pour circuler dans la montagne et les permis ne sont délivrés qu’à partir de 2 personnes. Il va donc me falloir me joindre à un groupe et donc m’adapter aux excursions déjà programmées. C’est un vrai casse-tête de faire coïncider les itinéraires et les dates de départ et tout ça au meilleur prix bien sûr !

Etant donné ma condition physique exceptionnelle (qui a rigolé ?) et ce sacré problème de l’altitude, l’idée de franchir allégrement les cols à 6000 mètres est abandonnée rapidement. Le lendemain matin, après un petit déj avec des nutella toasts (des fois, la mondialisation, ça a du bon), je trouve l’itinéraire, le guide et les dates qui vont bien chez Ladakhi Women’s Travel Company, la seule agence de Leh qui emploie des femmes guides (non, je ne milite pas chez les Chiennes de Garde mais je trouve ça cool et en plus ce sont les seules à pouvoir faire le trek que je veux quand je veux). Et en plus, à part le fait que monter 10 marches me donne encore l’impression d’avoir couru un marathon, le mal des montagnes est en train de s’estomper. Le programme pour les jours à venir est donc le suivant : excursion en jeep de 2 jours au Pangong Lake puis retour à Leh et départ le lendemain pour un trek de 4 jours dans la vallée de l’Indus, le Sham Trek (autrement appelé Baby Trek parce que normalement c’est un trek pour bébé d’acclimatation avant de passer aux choses sérieuses… mais ça, c’est pour les gens qui ont prévu de passer 3 semaines au Ladakh et pas 8 jours).

Photos ici.

Un dimanche à Bangalore

Enfin seule !! 😉

Après 2 semaines avec F. & P., je les ai recollés dans l’avion direction Paris et me voilà, seule, un dimanche matin à Bangalore…

(Je rigole… c’était génial de commencer le voyage avec vous les chéris, la parfaite période d’adaptation, revenez quand vous voulez, vous me manquez déjà !)

Contrairement à la veille où la ville ne semblait être qu’un immense embouteillage, ce matin les rues sont plutôt désertes (enfin, j’me comprends, à l’indienne quoi !). Ma première mission est de trouver une boîte rouge (oui, ici, elles sont rouges) pour y mettre nos cartes postales. Mais apparemment, le dimanche, les tuk-tuk drivers sont au repos et les rares qui bossent ne connaissent pas la ville…

Pleine d’optimisme, je me dis que le Bengaluru Palace doit être ouvert même le dimanche et que ça vaut probablement le détour d’aller voir la résidence d’été des mahajaras de Mysore. Et comme ce matin il fait plutôt bon (30°C au bas mot), je décide d’y aller à pied. J’ai beau demander à des cow-boys qui font la circulation dans quelle direction se trouve le fameux Palace, personne n’est d’accord et je mets presqu’une heure à trouver l’entrée ! That’s India : quand tu poses une question à un Indien et qu’il ne sait pas répondre, plutôt que de te dire qu’il ne sait pas, il brode !

Ce qui est assez surprenant avec ces palais, c’est qu’ils sont assez récents et que même si ils ont conservé quelques tabourets en pieds d’éléphants et autres trônes couverts de feuilles d’or, un certain nombre de salles sont proposées en location pour des évènements privés. Ce matin, une trentaine de personnes s’affairait dans le hall du Bengaluru Palace pour réaliser la décoration d’un mariage pendant qu’un orchestre de musique indienne répétait dans le jardin.

Mais bon, un dimanche reste un dimanche et la majorité des boutiques sont fermées. L’occasion de m’offrir ma première après-midi de feignasserie avant le départ ce soir pour le Ladakh. A moi les nuits glaciales et les cols à 5000 mètres !

Photos ici.

AL cracheuse de cafards…

Après avoir bien profité du buffet du petit déj du Royal Orchid, on retrouve Raju, notre tuk-tuk driver préféré, qui nous emmène visiter la fabrique de soie de Mysore. Comme il a travaillé là quelques années auparavant, il nous présente à tous ses potes et nous fait une visite particulièrement détaillée. Et c’est franchement impressionnant : des dizaines de machines filent, tournent, tissent, colorent, rincent, essorent, repassent, … Ça fait un boucan d’enfer, certains ouvriers n’ont pas de protection auditive (ça doit faire longtemps que le coordinateur QHSE n’est pas passé…) mais ils sont tous très fiers de nous montrer leur travail et la qualité de la soie qui sort de leurs mains. Mysore est d’ailleurs très réputé pour sa production de soie et les prix de ses saris tissés au fil d’or.

Hormis le bruit, l’usine nous fait l’effet d’être hyper organisée et propre, ce qui contraste franchement avec l’extérieur. Parce que oui, je n’en ai pas encore parlé mais l’Inde est à la hauteur des espérances en ce qui concerne la saleté et les odeurs qui nous surprennent et nous prennent à la gorge de temps en temps au coin de la rue…

On enchaine ensuite avec la visite du Mysore Palace, un palais de maharajas digne des 1001 nuits. Bon, le premier palais en bois a brûlé et celui qu’on visite (pieds nus s’il vous plaît, c’est bien meilleur pour piétiner les crottes de pigeons…) date de 1912 mais le faste et la magnificence de la vie à l’époque du Raj se fait encore bien sentir. On est très impressionnés par les 2 têtes d’éléphants empaillés qui encadrent la porte principale et surtout par le nombre d’Indiens qui visitent l’endroit au pas de charge.

On termine notre circuit par un petit tour au bazar. A peine plus grand que celui d’Ooty, on sent pourtant qu’on est dans une ville bien plus touristique : les vendeurs nous interpellent constamment pour nous vendre des kum-kum, poudres colorées utilisées pour les bindi, des bracelets, des flûtes en bois, des têtes d’ail, … On résiste tant bien que mal à la tentation !

Mais c’est déjà l’heure de quitter Mysore et on saute littéralement du tuk-tuk dans un bus pour Bangalore. L’arrivée sur Bangalore est chaotique : les routes sont défoncées et les travaux créent des bouchons immenses. La pollution (et les tas d’ordures qui brûlent) nous pique les yeux et la gorge. Comme il est déjà tard, on décide de dîner au restaurant de l’hôtel. Et c’est le jour où… un cafard sort de ma bouche. Y en a, c’est des perles. Moi, c’est des cafards. Celui-là était caché dans la paille de mon Pepsi… Mais ne vous inquiétez pas ! Je ne lui ai fait aucun mal. Après être resté assommé quelques minutes sur la table où je l’avais craché, il s’est remis sur ses pattes et serait reparti vivre sa vie si le serveur ne l’avait pas délicatement emmené, écrabouillé dans une serviette en papier…

Moralité : ne plus JAMAIS boire à la paille…

Photos ici.

Raju, tuk-tuk driver

Nous voici donc à Mysore (c’est ici), dans le sud du Karnataka, cité royale au passé riche et fastueux, peuplée aujourd’hui de 800 000 habitants et 40 000 tuk-tuks.

(NDLR : nous vous rappelons que toutes les informations publiées sur ce blog sont véridiques et vérifiées…)

Dès notre arrivée à la gare routière, un rabatteur de tuk-tuks nous saute dessus et nous propose de nous emmener à notre hôtel. Bon, il veut nous entasser, nous 3 et nos 6 sacs, dans un tuk-tuk sans coffre donc, on s’énerve un peu et on finit par obtenir un 2ème tuk-tuk pour le même prix (je réfléchis à écrire un guide de la négociation en Inde…).

C’est l’avant dernière nuit de la lune de miel de F. et P. donc, on se fait plaisir et on descend au Royal Orchid Metropole, un très très chouette hôtel historique où le personnel est charmant et la piscine fantastique, nonobstant les paires d’yeux un peu trop curieux qui ne nous lâchent pas une seconde.

Il y a plein de choses à voir à Mysore et comme on n’a pas beaucoup de temps puisqu’on repart le lendemain, on cravache !

Notre chemin croise celui de Raju, tuk-tuk driver, qu’on embauche pour l’après-midi et qui nous promet de nous emmener partout où on voudra. On monte donc en fin d’après-midi à Chamundi Hill visiter un temple où le rouleau compresseur de l’Inde nous rattrape : comme c’est la fermeture, c’est un peu la cohue et on se fait harponner par un Indien bossu et édenté qui se charge de nous faire faire une visite guidée au pas de charge, nous extorquant quelques roupies au passage. Incredible India !, et puis il y a plein de singes partout et la vue sur Mysore est assez impressionnante malgré la brume de chaleur (ah oui, on est redescendu des montagnes, il fait à nouveau 40°C…).

La première mission de Raju était de nous ramener en centre-ville après la visite, mais il nous propose de faire un détour par le showroom gouvernemental de soie de Mysore (car la soie est fabriquée ici et est fort réputée dans le sud de l’Inde). C’est l’occasion de faire un peu de shopping et surtout de rapporter des souvenirs pas trop kitschouilles…

Comme Raju est encore là, on lui demande ensuite de nous emmener dans un bar qui sert de la Kingfisher bien fraîche. Et finalement, comme on le trouve sympa, on lui donne rendez-vous le lendemain matin pour finir la visite de Mysore et nous déposer en fin de journée à la gare routière.

40 000 tuk-tuks, c’est bien, mais la concurrence est rude et le prix de la course est ridiculement bas de ce côté-ci des montagnes. Va falloir trouver un autre marché pour mes investissements futurs…

Photos ici.