Et Moai ! Et Moai ! Et Moai !

Après ces 2 premiers jours au Chili, j’ai déjà repris le chemin de l’aéroport, direction l’île de Pâques. Comme le vol est à 8h et qu’à cette heure-là, le métro de Santiago n’est pas ouvert, j’ai donc commandé un taxi. Alors déjà, tu ne descends pas dans la rue attendre ton taxi. Non, non. Tu attends sagement dans l’hôtel que la compagnie appelle pour donner le numéro de la plaque d’immatriculation de la voiture au malheureux veilleur de nuit que tu as tiré de son sommeil et quand il a bien tout noté, il te dit de descendre. Evidemment, tu as commandé ton taxi à 6h et il n’arrive qu’à 6h20 mais il te dit : « Tinquiète, à cette heure-ci, y a personne, je vais rouler comme un malade et tu seras à l’heure ! » et toi, tu réponds : « Euh… si ! No problemo ! » parce que de toute façon, ton espagnol ne te permet pas de dire autre chose…

Bref, 5 heures de vol plus tard, en collant mon nez au hublot, j’ai enfin aperçu mon confetti au beau milieu de l’océan. Et je me suis dit : « Bah dis donc, c’est pas le moment de se faire une appendicite… ». Quelques minutes plus tard, je posais les pieds sur l’île la plus isolée du monde et j’étais accueillie avec un collier de fleurs par Mauricio. Après avoir récupéré tous ses nouveaux clients, chargé tous les sacs à l’arrière de son pick-up brinquebalant et réparti tout le monde dans les 2 autres voitures, Mauricio nous a emmené jusqu’au camping Mihinoa, où j’ai décidé de prendre mes quartiers pour la semaine. Car oui, je suis là pour la semaine. Non pas qu’il y ait vraiment de quoi s’occuper toute une semaine mais j’ai décidé de faire une pause. Des vacances dans les vacances en quelque sorte.

(NDLR : le camping Mihinoa est l’hébergement le moins cher de l’île et de loin. Pas obligé d’y « camper », ils ont aussi des lots en dortoir et des chambres. Marta, Roger et Mauricio sont très sympas et peuvent louer des voitures pour 30 000 pesos la journée, un prix imbattable sur l’île. Les salles de bain et la cuisine sont propres, les lits faits tous les jours et ils proposent même un service de laverie. Mis à part la présence de bons gros cafards bien dodus, rien à dire, c’est parfait. Mais pour les cafards, ils n’y peuvent rien, l’île en est infestée, faut prendre sur soi.)

1er jour : Mon estomac criant famine, ma première mission a été de partir faire les courses. On est sur une île donc à la base, tout est cher. Mais quand on est sur l’île la plus isolée du monde, tout y est encore plus cher. Pas question donc de passer son temps dans les petits restos du bord de mer. 1/ J’ai pas les moyens, et 2/ de toute façon, y a pas non plus pléthore desdits restos. D’après mon ami le Lonely, il devait y avoir 2 supermarchés dans la rue principale d’Hanga Roa. Soyons francs, je n’ai jamais réussi à définir ce que le Lonely considérait comme un supermarché sur cette île. Par contre, j’ai bien trouvé 5 ou 6 épiceries dont les rayons évoquaient clairement l’Allemagne de l’est dans les années 50 et à force de persévérance, j’ai fini par mettre la main sur un paquet de pâtes et une boîte de sauce tomate. A peine le temps de rentrer à la maison que la pluie se mettait à tomber me coinçant là pour le reste de l’après-midi. Heureusement, le camping est face à la mer, le spectacle des vagues venant se fracasser sur les rochers était donc encore bien plus beau bien au chaud avec une tasse de thé.

2ème jour : Après une grasse matinée bien méritée (quoi ? je suis crevée moi, je me déplace tous les jours depuis bientôt 8 mois, je me lève avec les poules, je crapahute, je crapahute… j’ai bien le droit à une grasse mat’, non ? et puis, de toute façon, je vous demande pas votre avis, je fais que ce que je veux, d’abord…) et comme le soleil est revenu, je décide d’aller visiter le Museo Antropologico, histoire de ne pas aller voir les Moai complètement inculte. Le musée est tout petit mais très bien fait et expose les différentes théories qui expliquent le pourquoi du comment de toutes ces statuettes. Une fois que tu as bien tout lu, selon ton degré de fantaisie, tu peux décider de croire celle que tu veux. Je profite aussi de mon petit tour en ville pour passer au Information Center où la fille m’explique où il faut aller pour le coucher du soleil, où il faut aller pour le lever du soleil, où sont les sentiers de randonnée et quel spectacle de danses traditionnelles il faut aller voir. Bref, la tête pleine d’infos et les mains pleines de brochures, je suis rentrée faire la sieste (quoi ? non, je n’ai pas à me justifier). Entre temps, la cargaison du jour des explorateurs de l’île de Pâques est arrivée et je retrouve donc Carmen et Miki qui ont décidé eux aussi de venir s’installer au camping. En fin de journée, j’arrive quand même à me traîner jusqu’à l’Ahu Tahai où je regarde patiemment le soleil se noyer dans l’océan juste derrière les Moai (comme les 50 autres touristes dont 70% de Français qui sont là). C’est bôôôôô… C’est un de ces moments qui me rappellent pourquoi je suis partie. Pour en prendre plein la tête. Et là, assise sur un caillou devant mes nouveaux copains Moai, le bruit des vagues, les ombres qui s’allongent, le ciel qui prend des teintes de cartes postales… c’est que du bonheur.

3ème jour : L’île de Pâques et sa piste d’atterrissage pour navettes spatiales se prêtent à une activité rigolote : le plane spotting. Keskecéssa le plane spotting ? Et bah, c’est quand t’es un peu geek et que tu répertories le nombre, le genre et les spécificités des avions qui atterrissent et qui décollent d’un aéroport. Bon, là, c’est pas bien difficile, y a qu’un vol par jour, c’est toujours la même compagnie et elle envoie toujours le même avion. Non, le véritable intérêt, c’est que la piste d’atterrissage démarre juste au bout de l’île et que si tu te trouves au bon endroit au bon moment, l’avion te passe tellement au ras des cheveux que tu peux faire coucou au pilote. J’ai donc décidé d’aller jouer à ça. Et j’ai convaincu Carmen, Miki et Marie (une autre Française arrivée la veille) de venir avec moi. Sauf que. Aujourd’hui, ce stupide avion a décidé d’atterrir une heure trop tôt et c’est au moment où on part pour l’aéroport qu’on le voit arriver… Tant pis, qu’on se dit, on le verra demain ! Du coup, on part visiter le village cérémoniel d’Orongo, perché sur le bord du cratère du Rano Kau, un des 3 volcans qui forment l’île. La grimpette au sommet du volcan est un peu laborieuse (rappelez-moi pourquoi on a décidé d’y aller à midi déjà ?) mais de là, la vue sur l’île est imprenable et quand on arrive enfin au sommet et qu’on passe la tête par-dessus le bord du cratère… wow ! on reste bouche bée. Le cratère est immense et le fond est rempli d’eau et partiellement couvert de roseaux. Im-pre-ssio-nnant ! Perché sur le rebord du cratère et au-dessus d’un falaise qui fait pas moins de 300 mètres de haut, se trouve donc le village cérémoniel d’Orongo. Après que les Rapa Nui ont décidé d’arrêter de sculpter des Moai (cette religion leur coûtait beaucoup trop cher en arbres et en cailloux et les Rapa Nui sont des gens pragmatiques), ils ont changé de religion pour adopter le culte de l’homme-oiseau. Chaque année, chaque tribu envoyait son champion à Orongo. De là, les types plongeaient dans l’océan et nageaient jusqu’au Motu Nui (un petit îlot juste devant) où il fallait chercher le premier œuf d’un pauvre petit piaf qui passait par là. Celui qui rapportait l’œuf devenait sacré (et comme à tous les gens sacrés, il lui arrivait des trucs bizarres, genre il ne pouvait pas se laver les cheveux jusqu’à l’année suivante) et le chef de sa tribu devenait le chef de toutes les tribus. Jusqu’à l’année suivante où on remettait le couvert. Bref, la visite du village est surtout impressionnante parce qu’on se demande comment les types plongeaient dans l’océan sans se tuer et la vue est simplement fantastique.

Du coup, après tant d’efforts, j’ai redégringolé la colline et j’ai profité de la fin d’après-midi et du bruit des vagues depuis la terrasse.

4ème jour : Aujourd’hui, on a décidé de louer une voiture pour faire le tour de l’île. Carmen, Miki, Marie, Christophe (un autre de nos colocataires) et moi montons donc à 6h30 dans notre bolide pour aller assister au lever de soleil à l’Ahu Tongariki. Alors, certains ont fait la fine bouche mais moi, je le dis, c’est juste ma-gni-fi-que ! Le soleil n’est pas exactement dans l’axe des Moai à cette période de l’année mais n’empêche, ça vaut vraiment le coup. On avait ensuite décidé d’aller prendre le petit déj à la plage. LA plage. Anakena, ça s’appelle. De toute façon, c’est pas compliqué, y a qu’une plage sur cette île. Et il y a bien quelques cabanes qui vendent de quoi se restaurer un peu mais apparemment, on est hors-saison et quand on arrive, l’endroit semble abandonné. Du coup, on décide d’aller juste chatouiller les moustaches des Moai qui se trouvent là puis de vérifier par nous-mêmes que le sable de la crique d’à côté, Ovahe, est bien rose comme le dit la légende. Et puis, on retourne à Hanga Roa pour se mettre quelque chose sous la dent. Sauf que c’est dimanche. Et comme partout en dehors des grandes mégalopoles de ce monde, le dimanche… tout est fermé. On arrive quand même à se dégoter quelques sandwiches bien tristounets et on se dit que puisqu’on est là, on va aller les manger au bout de la piste de l’aéroport pour assister à l’atterrissage du vol du jour. Sauf que. Aujourd’hui, y a du vent. Et au bout d’une heure d’attente, on en vient à la conclusion que l’avion a bien atterri, mais de l’autre côté de la piste et nous, bah…, on l’a loupé.

Du coup, on reprend la voiture et on part explorer la côte sud-est de l’île. Tout le long de la côte s’égrènent les Moai, les pétroglyphes et les sites sacrés. On finit en beauté avec le Rano Raraku, le volcan dans lequel les Rapa Nui taillaient les Moai. Un genre de carrière en quelque sorte. On ne sait pas bien pourquoi mais il semblerait que du jour au lendemain, les Rapa Nui aient arrêté de tailler leurs statuettes et ils ont tout laissé en plan. Du coup, le site est plein de Moai à moitié finis qui émergent du flan du volcan. C’est assez surréaliste et… wow ! f***ing awesome ! comme dirait quelqu’un que je connais.

Après tout ce paquet de Moai assis, debout, couchés, on est rentrés à la maison juste à temps pour le coucher du soleil et on a fini la soirée à papoter autour d’une petite bouteille de vin.

5ème jour : Comme la journée d’hier a été particulièrement intense (quoi ? j’ai vu le lever ET le coucher du soleil et j’ai pas fait la sieste, si ça, c’est pas du programme chargé, je vous demande bien ce que c’est !), je décide qu’aujourd’hui, je vais faire… rien ! Je pars quand même me poster au bout de l’aéroport 1h30 avant l’heure prévue et j’attends sagement, les yeux rivés vers le ciel. Deux heures plus tard, Carmen me rejoint et m’annonce que l’avion a bien atterri mais de l’autre côté… Encore raté ! Du coup, on part déjeuner dans un petit resto qui surplombe le port (enfin le port… j’me comprends…) où après tous ces repas de pâtes, je m’offre un festin de ceviche avec même un peu de coriandre fraîche sur le dessus. Mmmmh ! Et puis histoire de ne pas gagner le titre de feignasse internationale, je pars faire un tour en ville où j’en profite pour réserver une balade à cheval pour le lendemain, faire poser sur mon passeport le fameux tampon Isla de Pascua et manger une glace (quoi ? non, je n’ai toujours pas besoin de me justifier) avant de revenir, exténuée, faire la sieste. Hé ! quoi ? on a dit que c’étaient les vacances, non ?

6ème jour : Pantu doit passer me chercher ce matin à 9h30 pour aller faire une balade à cheval. Pantu, c’est le propriétaire des chevaux. Sauf qu’à 9h, le ciel déjà bien gris devient noir et des trombes d’eau se mettent à tomber. Du coup, je demande à Mauricio d’appeler Pantu et de voir s’il est possible de reporter notre rendez-vous au lendemain. Pantu doit se dire lui aussi que passer 3 heures sous la pluie battante, c’est pas bien fun parce qu’en 2 minutes, l’affaire est réglée, on remet au lendemain.

La pluie ne s’arrête quasiment pas de la journée. Juste quelques minutes pour nous laisser le temps d’aller acheter des œufs et de la farine. On décide donc de s’occuper comme tout le monde lors d’un samedi pluvieux de novembre (parce que ça ressemble vraiment à ça), Carmen fait des gâteaux et on installe un ordinateur dans le salon pour regarder un film. On décide quand même de braver la pluie après le dîner pour aller voir un spectacle de danses traditionnelles. Moi, ça me fait penser un peu aux danses maories. En tout cas, les costumes des danseurs sont très chouettes. On manque juste se faire dévorer par le chien des Baskerville sur le chemin du retour. Mais à part ça, c’était vraiment sympa.

7ème jour : Ce matin, de gros nuages bouchent encore l’horizon mais comme c’est mon dernier jour sur l’île (bah oui, les vacances sont bientôt terminées !), je prends mon courage à 2 mains et je grimpe dans la Jeep de Pantu qui est passé me chercher. Pantu parle espagnol, rapa nui, 3 mots d’anglais et 2 mots de français mais avec de grands gestes et une bonne dose de sourires, on arrive à peu près à se comprendre. Il me présente mon fidèle destrier du jour, Pinaro, un petit cheval qui a l’air de préférer brouter des fleurs que filer au triple galop. Moi, ça me va parfaitement. Alors on part tous les 2, direction le sommet de l’île. Pinaro se révèle être une vraie feignasse et je passe mon temps à lui botter les fesses pour le faire avancer. Mais visiblement, moi, j’ai pas la technique. Parce que dès que Pantu prononce son nom, le cheval dresse les oreilles et part au petit trot. La vue depuis le sommet du Maunga Terevaka (attention, 511m, ça rigole pas) est fantastique. A 360 degrés, c’est l’océan, l’océan, rien que l’océan. Par contre, le vent souffle hyper fort et même les chevaux ont du mal à avancer. Alors après une petite pause photo syndicale, on repart dans l’autre sens, traversant de grandes étendues d’herbes où broutent des vaches et des chevaux sauvages. En passant, je me demande même s’il n’y a pas plus de chevaux que d’hommes sur mon confetti… Après 3 heures passées à se tanner le cuir sur le dos de Pinaro, Pantu me redépose à la maison et dès l’instant où j’essaye de m’asseoir sur une chaise, je réalise que la vie de cow-boy n’est clairement pas faite pour moi… J’ai maaaaaaaal… Alors comme c’est encore couchée que ça passe le mieux, j’opte pour une dernière sieste avant d’assister à mon dernier coucher de soleil pascuan.

8ème jour : Ce matin, après une semaine à éparpiller mes affaires un peu partout, il faut à nouveau reboucler mon sac. On apprend alors que mon vol, initialement prévu à 13h, est retardé à 15h30. Mais comme ici, rien ne se passe comme ailleurs, l’aéroport fonctionne tout de même selon les horaires prévus et on doit aller enregistrer nos bagages à 11h… va comprendre ! Du coup, à midi, je me retrouve devant l’aéroport sans savoir trop comment occuper mon temps quand tout à coup, je me dis que si j’ai encore une chance de voir atterrir ce stupide avion, c’est maintenant. Alors après m’être empiffrée de pulpo al olivo, je vais me poster au bout de la piste, je sors mon appareil photo et fébrilement, j’attends. Et à 14h pétantes, je le vois enfin, passer au-dessus de l’île, décrire un grand demi-tour, revenir vers moi en piquant du nez et dans un vacarme assourdissant, me frôler le dessus du crâne… wow ! décoiffant !

Comme c’est dans cet avion que je dois repartir, je reprends donc le chemin de l’aéroport et à l’heure dite, je quitte mon confetti, et dans un dernier salut aux Moai, je reprends la direction de Santiago.

Photos ici.

Ola Isla de Pascua !

Au moment de tracer l’itinéraire de ce voyage, je ne sais pas pourquoi, je n’ai pas choisi d’aller à Tahiti, aux Fidji, ou sur un de ses petits archipels paradisiaques qui parsèment l’Océanie. En fait si, je sais pourquoi. Les plages de sable blanc qui coule entre vos orteils bordées d’une rangée de cocotiers et le long desquelles déroulent des vaguelettes turquoise dans lesquelles frétillent des raies manta, c’est joli mais faut dire ce qui est, au bout de 48 heures, on s’y emm… Si. C’est vrai. OK, peut-être au bout d’une semaine seulement. Alors je me suis dit, puisque tu vas au bout du monde, va donc faire un tour à l’île de Pâques ! Ah… l’île de Pâques, l’endroit le plus isolé de la terre, dont l’île la plus proche est à 2 000kms et la ville la plus proche à près de 4 000kms… et où il y a plus de Moai que d’habitants ! Et puis soyons honnêtes, si j’y allais pas maintenant, il est clair que je n’y serais jamais allée. Alors j’ai dit « Banco ! » (non, je crois que je l’ai pas dit) et j’ai rajouté un saut à l’île de Pâques dans les billets d’avion.

Je sais pas pour vous mais pour moi, l’île de Pâques, c’était juste un micro confetti posé quelque part dans le Pacifique qu’on voit à la télé dans les documentaires du commandant Cousteau avec des statuettes aux longs nez posées dessus et personne capable d’expliquer ce qu’elles font là. La vérité… c’est tout à fait ça. Mais laissez-moi quand même vous raconter ce qu’on sait, for sure, à propos de l’île de Pâques.

D’abord ça s’appelle l’île de Pâques parce que le petit futé de néerlandais, un amiral du nom de Roggeveen, qui a découvert l’île en 1722 s’est pointé le matin du dimanche de Pâques. 1/ Il avait pas beaucoup d’imagination, et 2/si vous voulez mon avis, il n’a absolument pas tenu compte de la ligne de changement de date et y a fort à parier qu’en fait, on était déjà lundi ou encore samedi…  Il a eu un sacré coup de chance notre ami l’amiral parce que l’île, elle ne fait pas plus de 117km², c’est vraiment un confetti, tellement que quand tu es à un bout et que tu te retournes, tu vois l’autre. Bref, quand il est arrivé sur l’île, il a découvert que quelques tribus vivaient là, que ces gens avaient eu l’idée exotique d’élever des plateformes face à la mer sur lesquelles ils avaient élevé des statues qu’ils appelaient Moai, de tailles variées mais avec toutes le même sourire figé (on peut carrément dire qu’ils tirent la tronche). La population de l’île était alors estimée à 15 000 personnes et tout le monde vivait plutôt en bon voisin. Le rapport de Roggeveen indiquait qu’il n’y avait aucune installation moderne (pour l’époque, hein, on se comprend) sur l’île et qu’a priori, c’était la première fois que les insulaires avait un contact avec le reste du monde.

Ce n’est qu’en 1774, soit 52 ans plus tard, autant dire que pas grand-monde se souvenait du Néerlandais, que notre ami James Cook, qui décidément n’en rate pas une, est allé lui aussi faire un petit tour à Pâques. Il avait dû se passer des trucs entre temps parce que beaucoup de Moai gisaient face contre terre ou avaient été endommagés. Ce coup-ci, on a soupçonné des guerres tribales.

Enfin, en 1788, c’est La Pérouse (qui ne possédait pas encore d’usine à sucre en poudre) qui est venu faire son inspection et lui, il a trouvé que la population était plutôt prospère et sereine ce qui laisse supposer qu’à leur manière, ils avaient fumé le calumet de la paix.

Pas de bol pour les Rapa Nui (oui, parce qu’en fait, l’île, elle avait déjà un nom, Rapa Nui mais le Néerlandais n’avait pas pris la peine de demander), c’était la fin de la récré. Finies les petites guerres tribales tranquilles dans son coin, l’heure de la mondialisation avait sonné.

D’abord, en 1862, des négriers vinrent embarquer un bon millier d’habitants pour les réduire au travail forcé dans les mines de guano de Chincha, au Pérou. Je m’imagine bien, moi, je suis une Rapa Nui en train de danser tranquillou devant mes Moai et hop ! 3 types m’embarquent pour me forcer à mettre les mains dans du caca d’oiseau dans un trou à des milliers de kilomètres de chez moi. Je crois que j’aurais pas aimé… Bon, l’Eglise catholique trouve ça moyen-moyen. Alors elle met la pression et elle demande qu’on ramène les gens chez eux. Les négriers (qui doivent avoir 2 ou 3 trucs pas nets sur la conscience et qui ont peur de finir en enfer) capitulent et ramènent les survivants sur un petit bateau, normal, ils sont 15. En plus, ceux qui sont revenus ont propagé une épidémie de variole manquant exterminer ceux qui étaient restés. Tout contents de leur succès, des missionnaires viennent évangéliser ce qui reste de la population dans la foulée. Et puis en 1870, l’aventurier Jean-Baptiste Dutroux-Bornier (c’est quand même moins cool que Bob Morane comme nom pour un aventurier) décide de coller tout ce petit monde au commerce de la laine parce que les moutons se plaisent bien sur l’île. Mais comme un mouton, ça n’a pas tellement besoin qu’on le surveille, il envoie plein de Rapa Nui filer un coup de main dans les plantations de Tahiti (en même temps, c’est quasiment l’archipel le plus proche). Du coup, les missionnaires ne sont pas contents. Parce que eux, ils préfèrent envoyer les gens aux îles Gambier. Bref, ça se chamaille et Bob Morane finit assassiné.

En 1888, le Chili décide que Pâques, c’est chez lui (rappelez-vous, on en a parlé ici). Mais bon, c’est quand même pas la porte à côté (Santiago est à 3 700kms) et puis des Rapa Nui, il n’en reste que 111 (oui, beau boulot messieurs les mondialisateurs !) alors l’île est cédée à une compagnie anglaise spécialisée dans la laine qui fait office de gouvernement et qui parque les habitants dans le seul village, Hanga Roa, avec interdiction de mettre les pieds dans le reste de l’île. Sympa. Evidemment, les Rapa Nui n’ont pas la citoyenneté chilienne, pas le droit de vote, pas le droit de quitter l’île, bref, très sympa. Et cette situation dure jusqu’en 1964. Là, quand même, on finit par leur attribuer au moins la citoyenneté chilienne. Et puis 3 ans plus tard, quand le premier vol commercial atterrit en provenance de Santiago, c’est le début de l’ère touristique. Détail amusant, dans les années 1970, la NASA a subventionné l’agrandissement de la piste de l’aéroport Mataveri pour créer un terrain d’atterrissage d’urgence pour les navettes spatiales. La piste est aujourd’hui une des plus longues du monde. Aujourd’hui, il y a un vol par semaine qui relie Santiago à Tahiti en faisant escale sur l’île et un vol quotidien entre Santiago et l’île, transbahutant environ 65 000 touristes par an. C’est pas le Pérou mais ça permet aux habitants de rester vivre sur l’île et aujourd’hui, Hanga Roa abrite environ 5 000 Rapa Nui. L’île a également acquis le statut de territorio especial depuis 2008. Ça veut dire qu’elle bénéficie d’une plus grande autonomie que les autres départements chiliens mais l’indépendance n’est pas encore à l’ordre du jour.

Voilà. Maintenant qu’on est incollable sur l’île de Pâques, allons donc chatouiller les moustaches des Moai !

C’est un fameux trois-mâts…

Quoi ? Me faites pas croire que vous n’avez jamais fait l’erreur ! Moi, je viens juste de découvrir que le bateau en question ne s’appelle pas du tout SantiaGo mais SantiaNo… Avouez que ça prête à confusion. En même temps, j’aurais dû m’en douter, y a pas la mer à Santiago.

Bref, reprenons. Une fois passée la douane (je pourrais avoir la photo de Mickey sur mon passeport, ça leur ferait même pas lever un sourcil), et un bus et 2 changements de métro plus tard, je sors de terre au beau milieu de la Plaza de Armas, au cœur de la ville. Mon hostal est juste là, au dernier étage d’un immeuble qui borde la place et depuis la terrasse, je découvre les environs.

Bon, bah, à première vue, c’est grand, c’est plein d’immeubles, ça grouille de gens et y a une bonne couche de pollution qui cache les montagnes autour mais ça n’empêche pas le soleil de passer à travers. La place est un immense carré bordé d’immeubles blancs et jaunes de 5 à 6 étages et de la grande cathédrale de la ville, la cathédrale de l’Assomption de la Très Sainte Vierge (parce qu’apparemment, des fois, elle est juste sainte et des fois, elle est très sainte, va comprendre pourquoi). Au milieu de tout ça, des enfants courent, des hommes orchestres dansent, des cercles se forment autour de passionarias qui haranguent la foule, les terrasses des cafés sont pleines, on entend les gens rire, crier, les pigeons volent… ça vit quoi !

Tout ce que j’ai entendu sur Santiago, c’est que c’est moche et que ça ne vaut pas le coup de s’y attarder. Moi j’ai 48 heures à y passer et je suis bien décidée à me faire ma propre opinion. Alors même si la vue est plaisante, je ne passe pas toute l’après-midi à lézarder sur ma terrasse. Non, non. Je saute dans la douche (après une journée de 41 heures, c’est pas du luxe) et je rejoins le Free Tour Santiago qui démarre juste au pied de la cathédrale. En voilà une idée qu’elle est bonne ! Deux fois par jour, des guides emmènent les touristes faire le tour de la ville en anglais. Gra-tui-te-ment. Bien sûr, on vous suggère de donner un pourboire mais curieusement, il semblerait qu’on soit bien plus enclin à rémunérer un guide quand on sait que ça n’a rien d’obligatoire… Moi, mon guide s’appelle Felipe, il a un accent formidable et surtout, plein d’adresses hyper intéressantes à recommander (comme ce glacier à l’angle de la Plaza Italia ou ce resto fréquenté par les locaux et où le patron n’essaye pas de vous arnaquer au Mercardo Central). Il nous raconte des tas de trucs rigolos comme ces cafés spécialisés dans le coffee with legs, où les serveuses ont des jupes extra courtes et où, il y a encore quelques années, existaient des happy minutes.  Pendant une minute, on baissait le rideau de fer, les serveuses offraient un strip-tease express aux cols blancs qui étaient en train de boire leur café puis on relevait le rideau et tout le monde faisait comme si de rien n’était. Intéressante tradition. A mi-parcours, il nous emmène boire un café à la terrasse d’un petit bar sympa. Un café ou un Pisco sour,  LA spécialité d’Amérique du sud. Keskecé le Pisco sour ? Et bien, c’est une bonne dose de pisco (de la liqueur de raisin), du sucre, un peu de blanc d’œuf pour rendre le tout un peu plus smooth et un trait de citron vert. Bref, ça se boit comme du p’tit lait et ça fait causer. Du coup, je discute avec Carmen et Miki, un couple suisse-allemand très sympa, qui commence un tour du monde d’un an. Pour l’instant, ils n’ont visité que l’Argentine et ils prennent l’avion dans 2 jours pour aller… à l’île de Pâques ! Après avoir dit au-revoir à Felipe, on va donc dîner tous les 3 dans un des restos de la rue Constitucion dans le barrio Bellavista, le quartier de Santiago réputé pour sa vie nocturne animée. L’occasion de goûter un Pastel de Choclo, une des spécialités nationales, une espèce de ragoût avec du poulet, du bœuf, plein de sauce, quelques olives, le tout recouvert de purée de maïs… Mouais, je sens déjà que je vais regretter mes soupes de nouilles dans pas longtemps. Puis, comme je compte bien profiter pleinement de cette journée fantastiquement longue, on va goûter quelques-unes des centaines de variations de mojitos et de caïpirinhas qui font la réputation du coin. Le petit détail qui nous ramène à la réalité c’est quand à peine assis en terrasse, le serveur du bar vient fixer nos sacs à nos chaises avec des lanières de façon à ce qu’ils ne s’envolent pas tout seuls… Ça met tout de suite dans l’ambiance.

Et puis, comme les Chiliens ne sont pas des gens qui se couchent tard, le métro s’arrête à 22h, ce qui nous oblige à prendre un taxi pour rentrer. Le chauffeur essaye de nous convaincre d’aller à la soirée organisée pour fêter on sait pas trop quoi dans une discothèque un peu plus loin mais toutes les bonnes choses ont une fin, même cette journée exceptionnelle.

Le lendemain matin, j’ai rendez-vous pour le petit-déj avec un copain que je n’ai pas vu depuis près de 6 ans et qui est de passage à Santiago pour le boulot. Bah oui, tout le monde ne vient pas à Santiago en touriste, il semblerait qu’il y ait encore des gens qui bossent. Sauf que ce matin, c’est le 1er mai. La journée internationale des feignasses. Encore plus vrai ici où le premier café n’ouvre laborieusement qu’à 10h (on est les premiers clients, affamés) et où les rues sont désertes de chez désertes. Au hasard des rues, on arrive jusqu’au palais de la Moneda où on assiste à la relève de la garde. Moi, ça me rappelle les evzones d’Athènes sauf qu’ici, ils ont remplacé les jupettes et les bas en laine par des belles bottes cirées et des costumes vert olive. Et puis, comme tout (vraiment tout) est fermé, on décide d’aller voir la ville d’en haut. D’abord au Cerro Santa Lucia puis au Cerro San Cristobal où se trouve le sanctuaire de la Vierge de l’Immaculée Conception. Pour grimper tout là-haut, on peut se la jouer warrior et y aller en courant, ou, faire comme tout le monde et prendre le funiculaire. Bon, il se trouve qu’il y a une queue pas possible au funiculaire parce qu’il mène aussi au zoo de la ville qui est visiblement la seule chose d’ouverte aujourd’hui. Mais arrivé au sommet, la vue sur la ville est… époustouflante. On voit bien la petite couche de brouillard qui recouvre l’ensemble mais au-dessus, on voit les montagnes. La Cordillère des Andes ! Et pas à 200kms ! Non, non. Juste là, aux portes de la ville. On en reste sans voix. Beaucoup de Chiliens viennent ici déposer des fleurs ou se recueillir et plein de gens ont à la main un verre avec un contenu étrange… Comme il faut vivre dangereusement, on tente le coup. Et on se retrouve avec une portion de blé recouverte de pêches au sirop… Curieux. Pas dégueu mais curieux. On finit par redescendre de notre colline (à pied cette fois parce qu’on est à moitié courageux) pour atterrir dans un resto de fruits de mer, toujours dans le barrio Bellavista, mais cette fois, j’opte pour un ceviche, du poisson cru mariné au citron. Bonne pioche, c’est délicieux. Et puis on papote, on papote, on laisse filer l’après-midi et on décide d’aller admirer le coucher de soleil depuis la terrasse du bar de l’hôtel W, un des grands hôtels de Santiago. Bonne idée mais quand on arrive… le bar est fermé pour travaux. Du coup, on se rabat sur le lounge de l’hôtel où après quelques Pisco sour (chilean style et peruan style), on finit par commander à dîner parce que ça faisait au moins 3 heures qu’on avait rien avalé… Pas mal. Pas mal du tout.

Et puis, cette fois, je ne laisse pas filer le dernier métro et je rentre boucler une fois de plus mon sac parce que demain, c’est lever à 5h30 pour filer au beau milieu de l’océan : direction Isla de Pascua !

Finalement, Santiago, c’était pas si mal. J’y aurais presque passé une journée de plus histoire de traînasser dans quelques musées et de boire quelques cafés hyper sucrés en terrasse. La prochaine fois !

Photo ici.

Lost in translation

Ce matin, quand le réveil sonne, je sais que j’ai une longue journée devant moi. Loooooongue. Ma journée à moi, aujourd’hui, elle va durer 41 heures. Notez bien ça : le 30 avril 2013 aura duré 41 heures…

En fait, depuis le début de ce voyage, je saute d’un fuseau horaire à l’autre sans trop m’affoler. J’en étais quand même arrivée à avoir 10 heures d’avance sur vous, là-bas, à la maison. Quand vous alliez vous coucher, j’étais en train de prendre mon petit-déj du lendemain. Et au Chili, c’est l’extrême inverse qui m’attend : 6 heures de retard sur vous, j’irai me coucher quand vos réveils vous tireront de vos couettes (à peu de choses près).

Bref, tout ça pour dire qu’aujourd’hui, pendant que vous vieillirez selon le cours normal du temps, je rajeunirai de 17 heures…

Voilà le programme : aujourd’hui, après un premier vol ChristchurchAuckland prévu à 10h30, je vais monter dans l’avion pour Santiago à 16h. Après 12 heures de vol, j’atterrirai à Santiago du Chili et il sera… 11h du matin mais toujours le 30 avril. Je vais monter dans la DeLorean, Philéas Fogg n’a qu’à bien se tenir !

Bien. Sauf que. Comme d’habitude, tout ne se passe pas exactement comme prévu. Quand j’arrive à l’aéroport de Christchurch, mon vol est retardé. De 3 heures !!! Ce qui ne va me laisser plus qu’une heure pour récupérer mon sac, changer de terminal, ré-enregistrer mon sac et grimper dans l’avion suivant. Jouable mais risqué. D’autant plus risqué que le vol AucklandSantiago fait partie du Round The World ticket et que si je le loupe, ça annule tous les suivants (et évidemment, il n’est pas question de remboursement). Alors, je prends mon air le plus aimable et détendu et je m’approche du guichet. Là, il y a une petite dame, très gentille, à qui je demande si elle sûre, SÛRE, SÛRE DE CHEZ SÛRE que le vol ne va pas être encore plus retardé. Evidemment, elle ne sait pas, elle ne peut pas me garantir que tout va se passer comme prévu vu que ça déconne déjà. Je lui explique que j’ai une connexion à faire, moi et qu’il faut absolument que je sois dans ce deuxième avion, no matter what. Alors comme elle est très gentille, elle me dit qu’il faut que je patiente un peu mais qu’elle peut peut-être me transférer sur un autre vol qui va partir dans 1 heure… T’inquiète que j’ai été sage comme une image ! Je me suis assise sur mon sac juste devant son guichet et j’ai même pas cligné des paupières pendant la demi-heure suivante. Et quand elle m’a fait signe de venir la voir, j’ai bondi et je lui aurais presque claqué 2 bises bien sonores si on n’avait pas été séparées par le comptoir.

Bon, mon nouveau vol prévu à 9h05 n’est parti qu’une heure plus tard mais peu importe. J’étais à Auckland, dans le bon terminal, les yeux fixés sur l’écran qui affichait le vol pour Santiago. Un seul vol pour l’Amérique du sud sur toute la journée, y avait donc vraiment pas moyen de ne pas monter dedans. Sauf que du coup, j’étais tellement en avance que l’enregistrement des bagages n’était même pas ouvert. J’ai donc encore poireauté par terre, assise sur mon sac pendant 2 bonnes heures avant de pouvoir me débarrasser de mon paquetage de 21kgs. 21kgs ! Parce que oui, on en est là maintenant ! Le plus étrange, c’est que je n’ai pas prévu de me séparer de grand-chose dans les semaines qui viennent…

Bref, il était temps d’accomplir mon rituel d’adieu et de dévorer un bon gros burger bien gras chez mon ami McDo avant d’aller faire la sieste patienter dans la salle d’embarquement. C’est là que ça a commencé. D’abord tout doucement. Juste une dame qui est venue me demander si… hablas español ? Ouh, mon dieu, non ! Pas un mot, ma bonne dame ! Et après, c’est devenu un festival. Les hôtesses qui font les annonces en espagnol, tous les passagers qui papotent en espagnol, les consignes de sécurité en espagnol, les films même pas sous-titrés en espagnol… j’ai pas encore quitté la Nouvelle-Zélande que je m’y crois déjà. Et je ne comprends rien. Je ne comprends même pas que l’hôtesse me propose des raviolis au fromage ou un poulet aux champignons… L’enfer… Allez, un vaso de vino blanco por favor ! Va bien me falloir ça !

12 heures plus tard, après avoir survolé rien de moins que la Cordillère des Andes (les Andes !!! non, mais sans blague, c’est pas le Massif Central, hein ! Les Andes !!!) et traversé le nuage de pollution qui recouvre la vallée, me voilà à Santiago. Une heure plus tard, je mets enfin le nez hors de l’aéroport et je me remplis les poumons de l’air de ce nouveau continent… et j’éternue ! Wow, fini l’air pur et le ciel bleu fluo, bonjour les gaz d’échappement et le ciel blanc (on voit même pas les montagnes autour et pourtant, elles sont vraiment pas loin). Biologiquement, pour moi, il est 4h du matin. En vrai, il est midi, pas question de dormir avant un bon moment. Alors, attaquons Santiago !

Photos ici.

Bienvenido a Chile !

Si comme moi, vous ne savez rien de chez rien sur cet immense continent qu’est l’Amérique du sud, il est temps de se cultiver un petit peu. Alors commençons par le Chili (hein, puisqu’on y est) et procédons avec méthode. Accrochez-vous, c’est parti !

1/ Géographie

Le Chili est une petite bande de terre de 4 300kms de long sur 175kms de large (en moyenne) coincée entre le Pacifique à gauche et l’immense et impressionnante Cordillère des Andes à droite (qui dépasse très souvent les 6 000m d’altitude et culmine à 6 893m avec l’Ojos del Salado, second sommet le plus élevé d’Amérique du sud et volcan actif le plus haut du monde). T’as vite fait de passer chez le voisin argentin si tu fais pas gaffe. Justement, à propos de voisins, on a le choix entre l’Argentine sur les trois quarts de la frontière orientale, la Bolivie au nord-est et le Pérou au nord. Globalement, les montagnes servent de frontières naturelles. Sachez que les voisins ne sont pas très sympas avec les Chiliens. Mais ça, c’est pour un autre paragraphe. En attendant, quand tu tiens un Chilien, faut pas le lâcher parce qu’il n’y en a que 22 au km² et qu’un tiers des 17 millions de Chiliens vit à Santiago, la capitale, globalement au centre du pays. En dehors de la zone urbaine de Santiago, tu as le choix entre le désert le plus sec au monde (le désert d’Atacama, au nord), une forêt pluviale tempérée (juste au sud de Santiago), un archipel où il pleut pas moins de 150 jours par an (encore un peu plus au sud à Chiloé), des glaciers (en Patagonie) et pas moins de 50 volcans en activité (soit 10% des volcans en activité du monde entier). Le bout du monde, la Terre de Feu et le Cap Horn, est chilien. Autant dire que si t’as envie de te la jouer lonesome cow-boy, le terrain de jeu est suffisamment varié et de bonne taille.

2/ Petites bêtes et petites fleurs

Bon alors globalement, comme animal exotique, on peut trouver des camélidés de toutes sortes : lamas, alpagas, guanacos et vigognes principalement (ça sera l’occasion de s’acheter une paire de moufles). En étant suffisamment attentif, on peut aussi voir des viscaches (un genre de chinchilla), des nandous (une sorte d’autruche) et quelques pumas (mais mieux vaut avoir une paire de baskets qui courent vite ce jour là). Côté mer (ou océan plutôt), que du classique. Des lions de mer, des loutres, des phoques, des dauphins et des baleines. On a même découvert dans les fjords au sud-est de Chiloé une sorte de nurserie de baleines bleues alors que l’animal est en voie d’extinction. Du coup, le Chili a interdit la pêche à la baleine le long de ses côtes et compte bien devenir une grande destination du whale watching mondial. Enfin côté ciel, on peut tomber nez à nez avec quelques flamands (dans les lacs d’altitude de l’extrême nord), des colonies de manchots (plutôt sur la côte sud et en Terre de Feu), des goélands, des foulques géantes et bien sûr, les légendaires condors des Andes.

Et puis, si on est amateur de petites fleurs, on va être un peu déçu. En fait, entre les montagnes, les glaciers et les vents violents, on trouve plutôt des herbes folles (endémiques, certes), des arbres multi-millénaires (dont l’arbre le plus vieux du monde qui a à peu près 4 000 ans), des arbres qui font ce qu’ils peuvent pour survivre (certains ont des racines qui s’enfoncent sur 15 mètres pour trouver quelques gouttelettes d’eau) et des cactus géants. De temps en temps, il arrive qu’une grosse pluie tombe dans le Norte Chico (la région juste au nord de Santiago) et fasse alors apparaître de délicates petites fleurs très colorées pendant quelques jours. On appelle ça le desierto florido et il paraît que c’est très joli.

3/ Histoire

Le pays, tel qu’il existe aujourd’hui, n’a pas encore 200 ans. Pour autant, on sait que ça fait près de 33 000 ans que des gens traînent dans le coin ce qui perturbe une très ancienne  théorie selon laquelle le continent américain aurait été peuplée par des gens venus du nord il y a environ 11 500 ans.

Bref, pendant la période précolombienne (c’est-à-dire depuis la nuit des temps jusqu’au milieu du XVème siècle), une petite dizaine de tribus différentes peuplaient le territoire. Ils avaient chacun leur spécialité : ceux qui faisaient des momies, ceux qui élevaient des lamas, ceux qui sniffaient des substances hallucinogènes, ceux qui gravaient des rochers, ceux qui pêchaient et ceux qui cultivaient. Parmi ces derniers, on va juste retenir les Mapuches, des cultivateurs nomades qui ont joué (et qui continuent à jouer) un rôle important au cours des siècles.

Les problèmes de tous ces braves gens ont commencé en 1494, quand, à des milliers de kilomètres de là et sans qu’ils aient la moindre idée de ce qui les attendait, le Pape signait le traité de Tordesillas qui octroyait à l’Espagne tout le territoire situé à l’ouest du Brésil. Le voyage étant assez long depuis Madrid, Fernand de Magellan fut le premier Européen à poser les yeux sur le territoire chilien, le 1er novembre 1520, alors qu’il explore le détroit qui porte aujourd’hui son nom. Les Espagnols, qui contrôlaient alors presque toutes les terres allant de la Floride et du Mexique jusqu’au Chili, étaient à la recherche d’or et d’argent. En 1535, un conquistador, Diego de Almagro entre au Chili avec 500 hommes, 100 esclaves africains et 10 000 porteurs indigènes. Sauf que dans les montagnes, on crève de froid et dans le désert, on crève de chaud. Comme il ne trouve aucune richesse et que ses compagnons tombent comme des mouches, Almagro rebrousse chemin. Pendant ce temps, les Mapuches, qui croyaient que ces hommes à cheval étaient des dieux qui ne formaient qu’un avec leurs montures, s’étaient rendu compte qu’ils s’étaient fourré le doigt dans l’œil jusqu’à l’omoplate et que ces étrangers n’étaient là que pour leur piquer leur territoire. Pas contents, pas contents ! C’est le début de la résistance des Mapuches.

En 1540, Pedro de Valvidia est un conquistador qui habite à Cuzco, au Pérou. Comme être un conquistador n’empêche pas d’être romantique, il est amoureux de Inès de Suarez . Sauf que, pas de bol, elle est mariée, lui aussi mais ils ne sont pas mariés ensemble. A l’époque, la pression de l’Eglise et les convenances les empêchent de vivre leur amour au grand jour. Du coup, ils décident de s’enfuir au Chili où ils ont l’intention de fonder une nouvelle colonie (parce que pour l’instant, y a rien) en pensant que la couronne d’Espagne leur en sera tellement reconnaissante qu’elle fermera les yeux sur leur amourette. Ils partent donc avec 150 hommes et Inès se fait passer pour la servante de Pedro. Ils mettent près de 11 mois à franchir les montagnes et le désert d’Atacama et comme ils sont crevés (et qu’ils en ont perdu la moitié en route), ils décident de s’arrêter dans une belle vallée fertile protégée par les montagnes. Et Santiago est née. Valvidia déclare alors : « L’Etat, c’est moi ! », il s’installe dans un petit palais cossu avec Inès et se met à récompenser ses fidèles en leur offrant des propriétés immenses, les fameux latifundios, dont certains sont restés intacts jusqu’aux années 1960. Evidemment, les Mapuches et leurs potes leur mènent la vie dure. Mais Pedro et sa bande ne sont pas des moitiés de conquistadors : ils égorgent, ils décapitent, ils scalpent à tout va. La délicate Inès va même jusqu’à menacer les Mapuches en brandissant la tête de l’un des leurs au bout d’une pique. Ça, les Mapuches, ça leur coupe le sifflet. Tout du moins pendant un temps. Mais ils finissent par attraper l’ami Pedro un beau matin de 1553, le ligotent à un arbre et le décapitent. Fin de la romance.

Et puis, la province chilienne, qui fait alors partie du vice-royaume du Pérou qui englobe alors également une bonne partie de l’actuelle Argentine, se met à prospérer, les Mapuches se mirent à épouser des Espagnols (pour ceux qui n’avaient pas été décimés par les gentilles maladies que leur avaient envoyées les conquistadors) ce qui donna naissance à toute une génération de mestizos (métisses) et de criollos (les Espagnols nés sur le sol américain et qui n’avaient aucune envie de rendre des comptes à Madrid) à qui il vint soudain des envies d’indépendance…

Vers 1820, des mouvements indépendantistes se développèrent partout en Amérique du sud pour chasser les Espagnols. Le libérateur argentin José de San Martin traversa les Andes, pénétra au Chili et occupa Santiago avant de prendre la mer pour rejoindre Lima. San Martin nomme alors Bernardo O’Higgins, fils illégitime d’un Irlandais et d’une Espagnole et nommé vice-roi du Pérou par les Espagnols, aux commandes de son armée et O’Higgins devient le chef suprême de la nouvelle république du Chili. Le pays est alors exsangue mais galvanisé par sa nouvelle indépendance et dans une situation politique stable, l’agriculture, l’exploitation minière, l’industrie et le commerce commencèrent à se développer. Cependant, les frontières avec le Pérou, la Bolivie, l’Argentine et la région mapuche restaient assez mal définies pour ne pas dire extrêmement vagues.

C’est alors qu’en 1879, on découvrit que le sous-sol du désert d’Atacama était plein de nitrates. Tout le monde se mit alors à creuser sauf que la Bolivie, alors propriétaire du terrain, se mit d’accord avec le Pérou et interdit au Chiliens de se joindre à la fête. En représailles, le Chili s’empara du port bolivien d’Antofagasta et des provinces péruviennes de Tacna et d’Arica. La Bolivie perdit tout accès à l’océan et 250 ans plus tard, continue de blâmer le Chili de l’empêcher de se développer. En attendant, les Chiliens venaient d’accroître le territoire d’un tiers et avaient du mal à garder le contrôle partout. Du coup, en 1881, ils cèdent par traité tout l’est de la Patagonie à l’Argentine tout en gardant le détroit de Magellan (pas folle la guêpe). Puis comme, ils sont un peu vexés quand même d’avoir dû lâcher la Patagonie, en 1888, ils annexent la minuscule île de Pâques, à 4 000kms des côtes au beau milieu du Pacifique. Entre temps, la zone était redevenue calme, les capitaux étrangers affluèrent et transformèrent le désert d’Atacama en corne d’abondance. On construisit alors un chemin de fer et on créa quelques ports. L’expansion minière provoqua l’émergence d’une classe ouvrière et de nouveaux riches qui remirent en question la toute-puissance des propriétaires terriens. Et puis les Chiliens n’avaient pas l’habitude d’avoir les poches pleines de tout ce bon argent et dépensèrent tout jusqu’au dernier peso. Du coup, le président Balmaceda, élu en 1886, s’attaque à quelques réformes histoire de répartir un peu plus équitablement les richesses. Mais le Congrès vote sa déposition en 1990. S’ensuit une gentille guerre civile qui fit pas moins de 10 000 morts et Balmaceda se suicide.

Au début du XXème siècle, le cuivre vient peu à peu supplanter les nitrates rendus de toute façon obsolètes par les engrais chimiques fabriqués à partir de dérivés pétroliers. Le désert d’Atacama redevient la poule aux œufs d’or. De 1920 à 1964, tout un tas de gouvernements plus ou moins socialistes ou plus ou moins militaires se succèdent, interdisant temporairement le parti communiste, les uns précipitant la fin des autres, essayant de combattre la corruption galopante mais l’électorat étant globalement maîtrisé par le système des haciendas (les propriétaires terriens contrôlaient les voix de leurs métayers puisqu’ils leur fournissaient le gîte et le couvert), rien n’évolue vraiment.

En 1964, le démocrate chrétien Eduardo Frei Montalva est élu à la présidence de la république. Il démarre avec les meilleures intentions du monde et s’efforce de contrôler l’inflation, d’équilibrer la balance commerciale et d’améliorer les services sociaux, la médecine et l’instruction. Malheureusement, de nombreux mouvements activistes passèrent à l’action avant que toutes les réformes puissent être mises en place et en 1970, Salvador Allende, à la tête d’une coalition de gauche, remporta les élections sur la promesse de la nationalisation des mines de cuivre, des banques et des assurances ainsi que sur l’expropriation des haciendas et la redistribution des terres. Allende devint ainsi le premier président marxiste au monde élu démocratiquement. Pas de bol pour lui non plus, sa coalition n’était pas si coalitionnée que ça. Il réussit à mettre en place quelques réformes sociales mais ça se chamaillait sévère au sein du gouvernement et il finit par se mettre franchement à dos les Etats-Unis en expropriant les entreprises américaines qui exploitaient les mines de cuivre et en manifestant ouvertement sa sympathie envers Cuba. Et puis les mouvements activistes ne se calmaient pas, l’industrie plongea et la production agricole s’effondra après que les paysans se sont emparés des terres, lassés d’attendre la réforme agraire. Le gouvernement dut alors importer de la nourriture mais avait besoin de crédit. On sait aujourd’hui que le Congrès américain a alors dissuadé les organismes de financement internationaux de lui accorder ces crédits et a même soutenu les opposants d’Allende. Dans le même temps, le KGB aurait également cessé de soutenir Allende parce qu’il refusait d’utiliser la force contre son opposition.

Coincé, Allende nomma alors en juin 1973 au poste de ministre de l’Intérieur, un général peu connu de l’armée, un certain Augusto Pinochet, qu’il pensait loyal au gouvernement constitutionnel. Il semblerait qu’on lui aurait menti… Le 11 septembre 1973, ledit Pinochet déclencha un violent coup d’Etat au cours duquel Allende trouva la mort (la légende dit qu’il se serait suicidé dans son bureau du palais de la Moneda à Santiago avec un fusil offert par Castro pendant que l’armée bombardait le palais…). Des milliers de sympathisants sont également tués et la police et l’armée arrêtent ce jour là des gens de gauche, présumés ou avérés ou soupçonnés d’être militants. Beaucoup furent conduits au stade national de Santiago où ils furent battus, torturés et puis de temps en temps, exécutés.

Nombre de dirigeants de l’opposition qui avaient soutenu le coup d’état s’attendaient à un retour rapide au gouvernement civil mais Augusto Pinocchio Pinochet ne l’entendait pas de cette oreille. De 1973 à 1989, il fut à la tête d’une junte militaire qui supprima le Congrès, interdit les partis de gauche et supprima les autres, proscrivit toute activité politique et gouverna par décrets. Il fit même votre une nouvelle constitution qui lui garantissait de rester au pouvoir jusqu’en 1989. Beaucoup d’électeurs choisirent l’abstention en signe de protestation mais le texte fut tout de même approuvé. Pinochet entreprit de remettre de l’ordre dans la culture politique en utilisant la répression, la torture et l’assassinat. L’escadron « Caravane de la Mort », un commando militaire qui allait de ville en ville en hélicoptère, élimina de nombreux opposants au régime dont beaucoup s’étaient rendus de leur plein gré. Au total, durant les 17 années de la dictature, environ 35 000 personnes furent torturées et 3 000 « disparurent ».

En 1989, devant des mouvements de contestation de plus en plus fréquents, Pinochet organise des élections libres qu’il pense remporter haut la main. Pas de bol pour lui, c’est la Concertacion para la Democracia qui l’emporte, l’écartant du pouvoir. Il s’installe alors dans un fauteuil de sénateur, en partie parce que son statut de parlementaire lui assure l’immunité au Chili.

Aux élections suivantes, en 1994, c’est toujours la Concertaction qui l’emporte mais les militaires détiennent encore un pouvoir considérable parce qu’ils sont invirables. Ce legs de la dictature finira par disparaître en juillet 2005 quand le président obtient le pouvoir de renvoyer les commandants des forces armées et de destituer les sénateurs non élus.

Cependant, Pinocchio Pinochet commet une erreur. Il part en voyage à Londres en 1998 et est alors arrêté par un juge espagnol qui enquêtait sur les morts et les disparitions de citoyens espagnols après le coup d’état de 1973. Après 4 ans de rebondissements rigolos au cours desquels ses avocats faisaient état de sa santé et de son état mental et qui aboutirent à une série de décisions contradictoires faisant tomber son immunité, puis la lui rendant pour finalement la lui retirer une bonne fois pour toutes, il fut finalement décidé que Pinochet serait jugé à Santiago. Il eut la bonne idée de mourir quelques temps avant l’ouverture du procès à l’âge de 91 ans le 10 décembre 2006. C’est fou comme les dictateurs ont l’art de faire de vieux os.

Depuis le début du XXIème siècle, le Chili, en plein essor économique toujours grâce aux mines de cuivre, s’en sort bien. En 2003, il est le premier pays d’Amérique du sud à signer un accord de libre-échange avec les Etats-Unis. Puis, rompant avec la tradition catholique ultraconservatrice, il légalise le divorce en 2004. Les tribunaux sont alors pris d’assaut. En 2006, il est le premier pays à élire à sa tête non seulement une femme mais agnostique et mère célibataire, Michelle Bachelet. Au cours de son mandat et malgré une popularité formidable, elle a dû faire face à de nombreux défis concernant la modernisation du pays. En 2006 et 2007, le gouvernement est confronté à des manifestations étudiantes qui réclament que le niveau des universités publiques soit relevé. Mais le sujet est relégué au second plan lorsque le 27 février 2010, l’un des plus puissants séismes jamais enregistrés de magnitude 8.8 a frappé les côtes du Chili. Le séisme et le tsunami qui s’ensuit font 585 victimes et provoquent des dégâts considérables. Cependant, l’attitude des pouvoirs publics qui ont entamé rapidement les premières réparations a été saluée et l’élan de solidarité du peuple chilien a contribué à renforcer le sentiment de fierté nationale.

Le séisme a eu lieu dans les derniers jours du mandat de Bachelet et lors de l’élection suivante et après 20 années au pouvoir de la Concertacion, c’est un conservateur de droite qui est élu, l’homme d’affaires millionnaire Sebastian Piñera. Au moment même de la cérémonie d’investiture du chef de l’Etat, Santiago était touché par une réplique du tremblement de terre de magnitude 6.9, ce que certains prirent pour un signe de mauvais augure. Le monde entier retient son souffle en observant les premiers pas du premier président de droite depuis Pinochet. Six mois plus tard, le Chili revient sur le devant de la scène avec la saga du sauvetage des 33 mineurs chiliens bloqués sous terre pendant 69 jours. A ce moment-là, Piñera bénéficie du plus haut taux de popularité jamais atteint par un président en exercice. Malgré des promesses faites alors sur la mise en place de mesure de sécurité dans le secteur minier, peu de choses ont évolué depuis. Et en 2011, les mouvements étudiants reprennent de plus belle réclamant que le coût des études supérieures soit revu afin qu’elles soient accessibles au plus grand nombre. La chef de file du mouvement s’appelle Camila Vallejo et est alors âgée de 23 ans.

Aujourd’hui, les jeunes Chiliens n’ont pas connu la période de la dictature militaire mais tous ont un oncle, un grand-père, un père qui a été torturé ou qui a disparu. Ils ne veulent pas oublier mais il est maintenant temps d’avancer. Le mouvement étudiant a désormais gagné d’autres couches de la population qui se plaint que l’ensemble des richesses du pays est concentré dans les mains des 5 familles les plus puissantes (dont celle du président Piñera). Le pays, le plus riche d’Amérique du sud après le Brésil, est sur le point de vivre d’importants changements et c’est drôlement intéressant d’écouter le point de vue des Chiliens sur toutes ces questions. Parce qu’ils sont bavards les Chiliens, surtout après quelques Pisco sour…

Christchurch, la ville fantôme

Après avoir jeté un dernier coup d’œil par-dessus mon épaule et poussé un dernier soupir (pfff… qu’est-ce que c’est… oui, bah, c’est bon, on a compris !), Ben et moi, on a repris la route, direction Akaroa.

Akaroa, c’est un petit village tout au bout de la péninsule de Banks, à une heure de Christchurch. C’est là que j’ai décidé de passer ma dernière soirée en tête à tête avec Ben. Parce que oui, ça y est, après 18 nuits (un record de longévité dans le même lit en ce qui me concerne), il va être temps de nous séparer. Après avoir roulé le long de la côte toute la journée, on débarque donc à Akaroa. Et là, surprise, tous les noms des hôtels sont en français (Chez La Mer), tout comme les magasins de souvenirs (Pot-Pourri), et même les rues (Rue Jolie). C’est qu’en fait, Akaroa a été la première colonie française en Nouvelle-Zélande après que le capitaine Jean  Langlois l’eut achetée aux Maoris en 1838. 63 colons furent alors envoyés en 1840 mais seulement quelques jours avant leur arrivée, les Anglais paniqués, plantèrent leur drapeau sur la péninsule et y déclaraient la souveraineté de la couronne britannique. Si les Français étaient arrivés 2 semaines plus tôt, la face de la Nouvelle-Zélande en eût été changée… Ils s’installèrent quand même à Akaroa mais en 1849, leurs terres furent revendues à la New Zealand Company (qui gérait déjà tout le reste) et de nombreux colons britanniques arrivèrent. Reste que la ville garde un petit parfum nostalgique de son ancienne nationalité.

En soit, la ville n’est pas extraordinaire mais la route pour y arriver vaut vraiment le détour. Une petite route de montagne qui serpente sur les pans du volcan qui forme la péninsule, des à-pics sur des criques désertes de sable blanc, des oiseaux à la pelle, des moutons partout et en toile de fond, le Pacifique sud… Pfff… oui, bon, ça va, on a dit !

Le lendemain matin, après avoir refait mon sac (j’avais presque failli oublier comment il fallait empiler tout mon foutoir dedans pour que ça ferme du premier coup, dis donc !), passé un petit coup de balayette à l’intérieur de Ben et vidé le frigo, on a donc pris, la mort dans l’âme, la direction de Christchurch. Mais pour faire durer le plaisir, plutôt que de prendre la même route que la veille, j’ai décidé de passer par le nord de la péninsule pour jeter un œil à 2 ou 3 petites criques merveilleuses qui bordent la route. Enfin… la route. Le chemin plutôt. Parce qu’en fait, les bétonneuses ne sont jamais arrivées jusqu’ici et c’est donc sur un petit chemin d’abord en gravier puis en terre et qui se rétrécit à vue d’œil que je me retrouve. J’y croise quelques possums (morts, comme d’habitude, de toute façon, ces bestioles ne naissent que pour se retrouver en format galette sur un bord de route), une flopée de moutons mais heureusement, aucun autre véhicule. Je me dis juste que c’est vraiment pas le moment de crever parce que personne ne pourra venir me chercher là et à tous les coups, mon téléphone ne capte pas. Mais après une bonne heure à grimper péniblement le long du volcan, on finit par retrouver une route, une vraie, et on avale les derniers kilomètres jusqu’à Christchurch.

Là, je claque une dernière fois la portière de Ben, je rends les clés et je remets mon sac sur mon dos (ça aussi, j’avais failli oublier…). Et à un jet de bus de là, je me retrouve dans le centre-ville de Christchurch.

Christchurch, comme son nom l’indique, a été fondée en 1850 comme une colonie de l’Eglise britannique. Jusqu’au début du XXIème siècle, c’était la deuxième plus grande ville du pays. En septembre 2010, un séisme de magnitude 7,1 sur l’échelle de Richter secoua la ville. Les dommages furent gigantesques et miraculeusement, personne ne fût tué. Mais 6 mois plus tard, en février 2011, un deuxième séisme ébranla la ville et cette fois, 185 personnes y perdirent la vie. Depuis, la région a été régulièrement victime d’assez forts tremblements de terre : en juin 2011, décembre 2011 et janvier 2012. Depuis, l’activité sismique semble s’éloigner dans le Pacifique et diminuer en intensité. Christchurch est donc en pleine reconstruction. Toute la ville. Partout. Tout un quartier est même complètement inaccessible. La cathédrale, symbole de la ville, a été démolie après plusieurs tentatives de rénovation. Le tramway ne circule plus. La plupart des boutiques sont fermées et ont été relogées dans des containers le long de la rue piétonne.

D’ailleurs, il n’y a personne. C’est comme si tout le monde avait fui la ville et laissé ces grandes rues à l’abandon. Je croise juste quelques familles au Botanic Garden, quelques étudiants à la terrasse des cafés-containers mais il règne ici une ambiance très particulière…

Du coup, c’est sans regret que je rentre faire mon sac (encore…) et me plonger dans le Lonely Planet du Chili. Mañana es una nueva aventura !

Photos ici.

T’es cap ou Tekapo ?

(Oui, je sais, c’est nul, mais j’ai les neurones englués dans le sucre, c’est pas ma faute…)

Une fois que j’ai englouti mon quintal de chocolat, j’ai roulé (c’est le cas de le dire) avec Ben jusqu’à Moeraki, un petit village de pêcheurs sur la côte quelques kilomètres plus loin. Sur la plage de Moeraki se trouvent des formations rocheuses étonnantes. Enfin, ça, c’est à marée basse. Parce qu’à marée haute, la plage, elle n’est plus là, restent les dunes. Comme le timing ne peut pas toujours être parfait, j’ai bien failli sauter à pieds joints dans la vase. Et puis, comme quelqu’un quelque part avait dû décider que j’avais eu mon quota de bonnes choses pour la journée, il s’est remis à pleuvoir…

Le lendemain matin, après avoir vérifié les horaires des marées et accompagnée par un soleil radieux et un ciel (presque) sans nuage, je suis donc retournée sur la plage. Et là, j’ai compris pourquoi tout le monde se précipite ici. Il s’agit de contempler les restes d’une partie de pétanque dinosauresque. « Alors ? Tu tires ou tu pointes ? » Visiblement, y en a un ou deux qui ont pointé, sauf que la pierre, ça ne rebondit pas, ça se brise. Mais c’est rigolo. On se demande bien pourquoi ces pierres sont toutes rondes, toutes lisses, toutes bizarres à l’intérieur et surtout comment elles sont arrivées ici.

J’ai décidé ensuite d’aller dire au revoir au Mount Cook. Les nuages semblaient loin, j’avais été obligée d’enlever ma polaire sur la plage tellement il faisait chaud, je me suis dit que pour une fois, je verrai les sommets de ces foutues montagnes. Alors j’ai quitté la péninsule d’Otago et après un petit arrêt à Oamaru, capitale du Steampunk (un art étrange qui consiste à fabriquer des machines à remonter le temps ou à autre chose à vapeur) dont le centre-ville abrite les plus beaux bâtiments victoriens de Nouvelle-Zélande (et les plus mauvais croissants), j’ai pris la route des lacs.

La Nouvelle-Zélande, c’est pas si large. Alors dès qu’on tourne le dos à la mer, les montagnes apparaissent. Mais avant de se retrouver le nez dans les virages en épingle, on traverse de grandes plaines, grandes et vides. Apparemment, y a quand même quelques Maoris qui sont passés par là quelques centaines d’années avant et qui ont laissé quelques peintures rupestres mais honnêtement, faut avoir des rayons X à la place des yeux pour apercevoir la moindre trace de quoi que ce soit.

Et puis, soudain, on y est. Après une large courbe, il apparaît. Bleu fluo, immense, encerclé par les montagnes, beau à couper le souffle (comme d’hab), le lac Pukaki. D’ailleurs, ils ont bien prévu le truc. Juste après le virage, y a le Information Center et un parking grand comme 2 terrains de football parce que tout le monde s’arrête pour prendre LA photo. Faut dire qu’après 2 heures de route dans la cambrousse déserte uniquement parsemée de moutons, ça fait un sacré contraste. Et en plus, comme si ça ne suffisait pas, juste en toile de fond, comme si tout ça avait été prévu pour leur servir d’écrin, les neiges du Mount CookPfff… qu’est-ce que c’est bôôôôôô…

Mais moi, tout ça, ça ne me suffit pas. Alors je roule encore quelques kilomètres pour me retrouver devant la seconde merveille du jour, le lac Tekapo. Bon, bah, c’est tout pareil sauf qu’en plus, des arbres jaunes, orange et rouges bordent le lac et que le camping s’étend jusqu’à la rive. Je peux donc contempler le spectacle couchée à l’arrière de Ben. Et quand la nuit tombe, c’est encore plus fantastique. Comme le lac est un des endroits du monde les plus éloignés de toute ville aux alentours, l’endroit est assez réputé pour l’observation des étoiles. Faut dire qu’il en est plein, le ciel, d’étoiles. Plein, plein, plein, archi-plein. Et rien n’est à la bonne place, foutu hémisphère sud ! Bon et puis de toute façon, au bout d’un moment, il fait bien trop froid dehors et bien trop meilleur sous ma couette, alors rideau !

Le lendemain matin, je grimpe sur le Mount John qui surplombe le lac histoire de m’offrir un petit panorama des alentours : le lac Tekapo, toujours de ce bleu qui pique les yeux, la plaine, jaune d’or, et les montagnes dans le fond avec les sommets saupoudrés… pfff… qu’est-ce que c’est bôôôôô…Et je vous parle même pas de la toute petite église du Bon Berger (qui n’a rien à voir avec le Bâton), toute en pierre, posée sur la rive avec une immense baie vitrée pour que tu regardes le paysage pendant que tu fais semblant d’écouter le sermont du dimanche matin (quoi ? tout le monde sait que tu fais semblant d’écouter !)…

Malheureusement, c’est bientôt la fin de toute cette beauté. Il est grand temps de se retrouver la civilisation et de se diriger vers Christchurch parce que dans 48 heures, je fais le grand saut… Est-ce que l’avion tombe dans le vide quand il arrive au bout du planisphère ?

Photos ici.

AL et la chocolaterie

Les pingouins, les falaises, les bourrasques de vent et les rafales de pluie, tout ça, c’est bien joli mais si je voulais aller passer des vacances en Bretagne, c’était pas la peine de se donner tout ce mal…

Alors, je reprends la route (ou plutôt la piste caillouteuse, parce qu’ici, dans les Catlins, c’est visiblement trop loin pour faire venir du goudron) et je remonte la côte est jusqu’à Dunedin.

Stop. Faisons une pause quant à la prononciation improbable de ce patelin. Non, c’est plutôt une ville. Une assez grosse même. Enfin… pour la région. Bref, quand vous lisez ce nom sur la carte, vous faites comme moi, vous dites Du-neu-dine. Je vous suggère alors de demander à un type du coin si vous êtes bien sur la bonne route, celle qui va à Dunedin. Au regard perplexe qu’il vous lance, vous comprenez qu’il y a un problème avec le nom de la ville. Alors vous tentez Du-neu-daïne ? Du-ni-dine ? Deu-ni-dine ? Et là, vous apercevez une lueur dans le regard de votre interlocuteur : il vient de comprendre de quoi vous parlez. « Aaaaah ! Deuill-naaaaï-din ! » Mouais… c’est ça, c’est ce que je viens de dire, quoi ! Bref, mieux vaut lire les panneaux attentivement parce que vous serez incapable de reconnaître ce mot dans votre prochaine conversation.

En début d’après-midi, j’atteins donc Dunedin. Et sous le soleil, s’il vous plaît ! (C’est suffisamment rare pour être noté.) Dunedin, c’est donc une ville plutôt jolie avec des petits immeubles et une grande place centrale autour de laquelle s’enroulent des cafés et des types qui jouent de la guitare. Y a de jolis bâtiments de l’époque victorienne, une belle église, une petit gare Playmobil (si, si, on dirait vraiment la gare Playmobil) et… l’usine Cadbury. Le premier qui demande « c’est quoi Cadbury ? », je lui fais avaler une boîte de Fingers… avec le papier ! Of course, l’usine Cadbury se visite. Alors pour la science et pour mon amour de l’agro-alimentaire (qui a ri ?), je m’inscris à une visite le lendemain. Ah oui ! Parce que ne crois pas que tu vas te pointer comme ça, la bouche en cœur, et que tu vas pénétrer au paradis comme ça ! Non, ma bonne dame ! Faut ré-ser-ver ! Et ils sont very busy ! Mais heureusement, il leur reste une petite place le lendemain matin à 10h…

En attendant, je pars faire un tour à Tunnel Beach. D’abord, je comprends pas bien. La route pour aller à Tunnel Beach, elle grimpe, elle grimpe, elle grimpe le long de la falaise comme si la plage allait se trouver là-haut. Même le parking est en haut. Et puis, je réalise : la plage, elle est tout en bas évidemment. Va falloir tout dégringoler pour aller voir ce qui s’y passe… Descendre, c’est pas un problème, mais comme ils n’ont pas installé d’ascenseur pour remonter… Mais je ne suis pas une chochotte (et en plus, je croise 2 mamies qui remontent en papotant tranquillement comme si de rien n’était), je me lance. Et bah c’est drôlement joli. C’est un peu le Etretat de la Nouvelle-Zélande. Et caché tout en bas, il y a le fameux tunnel. Percé dans la roche, à peine assez haut pour que je m’y faufile, bien noir et glissant… que du bonheur ! Et au bout du tunnel… la plage ! Une toute petite plage qui n’existe qu’à marée basse (je te conseille pas de te retrouver dans le tunnel quand la marée remonte) et tellement encaissée dans la falaise que même les plus petites vaguelettes font un fracas du tonnerre quand elles roulent jusqu’à mes pieds. Impressionnant.

Je remonte au-dessus de la plage, j’essaye de faire tomber des mouettes dans les vagues mais c’est moi qui manque aller m’écraser un peu plus bas et puis quand le soleil se cache derrière les falaises, je remonte… péniblement, en râlant, pestant, crachant mes poumons, mais je remonte.

Et je me dis que heureusement qu’il n’a pas fait beau les 10 derniers jours parce que la Nouvelle-Zélande, c’est simplement trop beau. Trop de paysages grandioses. Tout simplement trop. Je me dis que c’est pas étonnant que les Kiwis ne quittent pas tellement leurs îles. Moi aussi, si j’habitais là, je me dirais que vu que je suis dans le plus bel endroit du monde, y a peu de chance de trouver mieux ailleurs. Mais comme dit le poète (pouet !), tant de beauté, ça lasse…

Le lendemain matin, à 10h pétantes, je suis devant la porte de Cadbury. Evidemment, comme chez Willy Wonka, on n’a pas le droit de faire de photos à l’intérieur de l’usine, c’est bien trop top secret. Et puis de toute façon, ça ne retranscrirait pas le meilleur… l’odeur ! Tellement sucrée que c’en est presqu’écœurant ! Parce que c’est bien ça le problème du chocolat Cadbury, y a bien trop de sucre dedans. Non pas que j’aime pas le sucre, mais là, c’est à la limite du raisonnable. Pour ne rien gâcher, ils mettent dans leurs barres chocolatées des petits morceaux de Smarties ou de bonbons gélifiés, on frôle le coma diabétique ! Mais en attendant, quand ils font tomber 1 tonne (1 tonne !) de chocolat liquide du haut du grand silo, tu plongerais bien la tête la première dedans… Pour être sûre que le visiteur soit impartial, toutes les 2 minutes, on lui fourre dans la bouche des petits morceaux de la production du jour, comme ça, il ne pose pas de question (il a la bouche pleine) et il trouve que Cadbury, c’est vraiment géniaaaaaaal… Moi, je dis que ça vaut pas Patrick Roger mais bon, on va encore dire que je fais ma snobinarde !

Photos ici.

Ouh ! Pinaise…

… ça y est, on y est !

Aujourd’hui est un jour important.

Depuis aujourd’hui, je rentre à la maison dans moins de jours que ceux passés depuis que je suis partie.

Autrement dit… ON EST A LA MOITIE DU VOYAGE !!!

Ca passe tellement vite, c’est à peine croyable… Je trouvais que les années filaient quand je travaillais mais là, y a une sévère accélération du chronomètre. Du coup, je sais plus quoi faire : travailler ou ne pas travailler, telle est la question…

Cela étant dit, fallait s’en douter, je suis sur le point de passer de l’autre côté du planisphère et je m’apprête à vivre 2 fois la même journée (je vous expliquerai ça plus en détail très bientôt), de quoi perturber mon horloge interne !

Allez, hasta luego amigos !

Oui, je vais devoir me mettre à l’espagnol aussi. L’aventure, toujours l’aventure !

Au bout du bout du monde

Queenstown, c’est mignon, certes, mais c’est un peu la capitale des sports de plein air alors quand l’air est plein d’eau, ça a tout de suite beaucoup moins d’intérêt. Alors, je me dis, on tente le tout pour le tout, filons vers le sud, encore plus au sud, toujours plus au sud. Mais avant d’arriver au bout (du monde), je suis passée par la Karawau Gorge, une superbe gorge (comme son nom l’indique) creusée par la Karawau River (comme on aurait pu s’en douter) et qui elle aussi, a droit à son quart d’heure de gloire dans le Seigneur des Anneaux. Bon, j’ai pas exactement reconnu l’endroit (faut dire que sans GPS, la géolocalisation précise du lieu de tournage était assez difficile à repérer sur la carte du Lonely Planet…) mais j’ai pu voir des cinglés se jeter dans le vide depuis un pont avec un petit élastique enroulé autour des chevilles. Ça aurait presque pu me donner envie mais, heureusement, comme tout en Nouvelle-Zélande, les tarifs prohibitifs m’ont retenue… Mais y avait vraiment que ça, hein, croyez-moi !

La route qui descend jusqu’à la pointe sud de l’île n’est pas bien palpitante. Enfin, si. Elle est magnifique, elle longe des petits cours d’eau bleu fluo, y a des sommets enneigés en toile de fond et les arbres éclatent de couleurs d’automne qui brûlent la rétine. C’est splendide. Oui mais voilà. Deux semaines à ce régime et moi, je trouve ça… mouais, bof, c’est sympa, mais on va pas en faire tout un fromage non plus. Je me filerai des claques.

En parlant de fromage, je traverse la Gibbston Valley, réputée pour les vignes et les caves qui la constellent. Comment ça vous voyez pas le rapport ? Bah si ! Quand on boit du bon vin, qu’est-ce qu’on mange avec ? Et bah oui ! Du fromage ! Et là, comme par hasard, un panneau « Winery & Cheesery » croise ma route. Comme j’en suis pas encore au point au je m’achète des bouteilles de vin à picoler toute seule, je me rabats sur le fromage (et puis le cheddar plastifié, ça va 2 minutes, mais là, j’ai eu ma dose…). Ils se défendent plutôt bien les Kiwis niveau fromage… Ils font du simple crème, double crème, triple crème, triple pontage à la sortie de la ferme ! Alors, j’en profite pour goûter quelques spécialités. Rien qui vaille un bon munster mais de la chèvre qui fleure bon l’herbe. Bah quoi ? Puisqu’on peut pas admirer les paysages, autant se consoler avec un peu de gastronomie !

Alors pour ne rien laisser passer des spécialités locales, je m’arrête à Gore, capitale de la country music (comme son nom ne l’indique pas), où je déguste une mince pie, une tarte remplie de bœuf miroton et recouverte de pâte feuilletée (pour pas que le bœuf miroton déborde). Un peu… gore… mais nourrissant !

Et puis, d’arrêts gastronomiques en pauses photo-sandwich-essence, je finis par y arriver… Au bout du bout du monde… C’est pas compliqué, si je continue tout droit, je tombe dans l’océan (il est froid par ici il paraît) et puis si je me débrouille pour nager jusqu’à la rive d’en face, je risque d’être accueillie fraîchement par des troupeaux de manchots : en face, c’est l’Antarctique. Quelque part entre les deux, un petit confetti français qui se balade : la Terre Adélie. Et je réalise qu’en fait, on n’est pas si au sud que ça.

IMG_8614

Je me demande bien comment la Terre fait pour ne pas basculer la tête à l’envers comme un vulgaire Culbuto puisque les trois quarts des terres sont agglutinées au nord… ?

N’empêche que ça a quand même un petit goût de banquise tout ça parce que sur la plage, je croise quelques yellow-eyed penguins. Les plus rares du monde, oui Madame ! Je les regarde jouer à la marche de l’empereur, se curer les dents mutuellement (oui, quand t’es un pingouin, t’as besoin que quelqu’un vienne te picorer le fond de la gorge parce que t’as clairement les bras trop courts pour tenir un cure-dents…) et chantonner des berceuses pour leurs bébés. Ils sont kromeugnons… En plus, sur leur plage, c’est pas facile, y a des troncs d’arbres pétrifiés depuis des millions d’années, ça leur facilite pas la tâche.

Alors voilà. Maintenant que je suis là, au bout du bout du monde, je ne peux plus aller plus loin. Et force est de faire le constat suivant : si je ne peux plus aller plus loin… il me reste plus qu’à revenir ! A partir de maintenant, chaque étape me rapprochera du point de départ. Houhou… Drôle d’impression.

Alors je reste un peu là, en équilibre, au bord de la falaise, à écouter les vagues qui s’écrasent 20 mètres plus bas, je regarde à gauche, c’est le Chili, à droite, c’est l’Argentine, je respire un bon coup et je tourne les talons… Heureusement, il me reste encore une bonne moitié du monde à arpenter avant de rentrer !

Photos ici.