Bienvenue au paradis

Ce dimanche matin quand je me réveille, c’est presqu’en sifflotant. Aujourd’hui, je prends l’avion pour les Galapagos ! Youhou !

Tranquillement, je boucle mon sac, je prends mon petit déj et je confirme à la réception qu’il faudra appeler un taxi à 9h… l’avion est à 11h30, facile, easy, j’ai le temps. J’ai même tellement le temps qu’à 8h45, je checke mes mails et que comme ça, par hasard et juste parce qu’en fait, je l’ai pas fait la veille, je vérifie l’horaire de mon vol… 9h30. Bien. Ne pas paniquer. Prendre une grande inspiration et… sprinter !!

De toute façon, il n’est juste pas envisageable de rater cet avion alors, peu importe la méthode, va falloir se débrouiller. D’un ton parfaitement calme, je demande donc à la réception d’appeler le taxi illico presto. Oui, j’en ai marre d’attendre, finalement, je vais y aller tout de suite. 7 minutes plus tard, le taxi est devant la porte, et à peine le chauffeur a-t’il ouvert sa portière que j’ai déjà claqué la mienne après avoir balancé mon sac dans le coffre. En voiture Simone ! La première bonne nouvelle c’est qu’on est dimanche matin. Le trafic est quasi nul, les chauffeurs de taxi sud-américain roulent comme des cinglés, en 12 minutes, on est à l’aéroport et il est tout juste 9h.

Je sais pas vous mais moi, on m’a toujours dit qu’il faut y être 2 heures avant à l’aéroport. Alors comme ça, là, tout de suite, on pourrait se dire, ouais bah… c’est mort. Et bah non. Je plonge dans la file d’attente réservée à la business class et je me mets à supplier la fille du guichet de me prendre en priorité puisque mon vol décolle dans 30 minutes. Et là, c’est le drame, elle me répond qu’elle est désolée mais qu’ils ont fermé le check-in pour ce vol… C’était sans compter sur mon pouvoir suraigu de chouinage persuasion : avec quelques larmes au coin de l’œil je lui dis : « Mais… c’est pas possible ! Il faut ab-so-lu-ment que je monte dans cet avion… ». Alors, elle hésite un peu et puis elle finit par dire : « Bon… ok, donnez-moi votre passeport et allez faire sceller votre sac là-bas. Et dépêchez-vous ! ». T’inquiète paupiette, je suis à 2 doigts de lui claquer une bise mais j’ai à peine le temps de jeter mon passeport sur son comptoir et je suis déjà devant le scanner. Ah oui. Parce que pour aller aux Galapagos, y a tout un tas de formalités que normalement tu ne fais pas quand tu prends un vol national. Faut faire scanner ta valise, faut qu’un petit monsieur y attache un petit bout de plastique pour que tu ne puisses rien mettre dedans après qu’il ait tout vérifié et faut que tu fasses la queue à un autre guichet pour payer une taxe de 10 dollars. Clairement, j’ai pas le temps d’aller payer cette foutue taxe. Alors la fille du guichet me dit : « Tant pis, c’est pas grave, vous n’aurez qu’à dire que vous avez perdu le papier en arrivant aux Galapagos et avec un peu de chance, ils vous feront payer là-bas sans vous mettre d’amende. » Pas besoin de me le dire 2 fois, je suis déjà en train de courir vers les portiques de sécurité. Là, je jette mon autre sac dans le tube à rayons X, j’arrache ma ceinture (quelle idée d’avoir mis une ceinture ce matin !), je récupère le tout de l’autre côté du tube et je vole littéralement jusqu’à la porte d’embarquement où les derniers passagers sont en train de faire la queue pour monter dans l’avion. Le cœur qui bat à 130 à l’heure, je tends ma carte d’embarquement au steward qui a du mal à comprendre pourquoi je suis hors d’haleine et qui me laisse passer en me souhaitant un bon vol. Ca y est, je l’ai fait, je vais bien prendre cet avion, je suis l’invinciiiiiiible ! Yeeeehaaaa !

C’est au moment de boucler ma ceinture que je réalise que dans la précipitation, j’ai laissé mon chapeau dans le tube à rayons X… Et m*** ! Il n’est évidemment pas question de ressortir pour aller le récupérer, de toute façon, on roule déjà sur le tarmac… Crotte de biquette ! Certes, je suis dans l’avion mais je viens de faire cadeau d’un splendide panama à 40 dollars à l’agent de la sécurité ! Ça m’apprendra à ne pas vérifier l’heure de mon vol la veille…

Deux heures plus tard, sous les nuages, on devine les côtes des Galapagos. Une pluie de confettis éparpillés au beau milieu de l’océan. Mais plutôt sauvages les confettis. Du genre, un tas de petits volcans pelés et désertiques. Brrr… pas accueillant pour un sou.

J’atterris à San Cristobal, le plus à l’est des 2 aéroports de l’archipel. Le plan est d’aller au port et d’embarquer sur le premier ferry à destination de Santa Cruz (oui, j’aurais pu atterrir directement à Santa Cruz mais pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?). Mais avant de faire quoi que ce soit, il faut d’abord payer la taxe d’entrée aux Galapagos. 100 dollars. Et en cash, je vous prie. Oui, oui. En plus des 10 dollars qu’il fallait payer à Guayaquil. Mettons qu’il y ait en moyenne 150 passagers par avion et que chacun paye 100 dollars en cash… quel est l’âge du capitaine ? Non mais sans blague, ça fait un paquet de billets qui se promènent, non ?

Bref, toujours est-il que j’ai fini par me retrouver au port (enfin, le mot embarcadère conviendrait mieux) et que là, j’ai réalisé que j’avais beau être dans la capitale de l’archipel, on était dimanche matin et que tout était fermé. Et comble du bizarre, il n’y avait qu’un seul ferry dans la journée et il ne partait pas avant 15h. J’avais donc 4 belles heures devant moi à poireauter sur un banc en esquivant les lions de mer qui venaient se réchauffer sur les pavés. 4 heures, c’est long. Surtout quand il commence à faire faim. J’ai bien pensé à bouffer un iguane qui passait par là mais le problème aux Galapagos, c’est que t’as pas le droit de toucher à un cheveu de la moindre bestiole. Parc national oblige… Et puis le ferry est arrivé (un petit hors-bord, contenance maxi 30 personnes), on est monté dedans (moi et les rares pékins encore vivants en cette belle journée) et on est parti pour Santa Cruz. 2 heures à fond les ballons dans l’océan démonté à se prendre des paquets de mer en pleine face… Gé-nial… Je suis trempée jusqu’à la petite culotte et finalement, heureusement que j’avais rien mangé.

Et enfin, presque 10 heures après avoir quitté précipitamment Guayaquil, j’ai pu poser mon paquetage à l’hôtel à Puerto Ayora, LA ville de Santa Cruz. Et je suis aussitôt ressortie pour 1/ trouver quelque chose à me mettre sous la dent, 2/ commencer la tournée des agences de voyage pour dénicher une petite croisière en lastminute pas cher… Parce que c’est ce qu’on fait ici. Des croisières. Tout simplement parce que sur la quinzaine d’îles de l’archipel, seules 3 sont habitées. Pour aller voir ce qu’il se passe sur les autres, faut donc embarquer à bord d’un des 65 bateaux autorisés à naviguer dans les eaux de l’archipel. Oh ! Et quand je dis « pas cher », j’me comprends… Ici, le moindre hostel est à 20 dollars la nuit (contre 10 sur le continent) et une croisière pas chère veut dire qu’il faut compter environ 130 dollars par jour. Autant dire que les backpackers ne courent pas les rues. Cela étant dit, je finis par trouver une agence qui semble sérieuse et aux tarifs raisonnables mais en ce début de soirée, on n’arrive pas à se mettre d’accord sur l’itinéraire. En voyageant seule, j’ai toutes les chances de pouvoir profiter des annulations de dernière minute et d’obtenir de bons tarifs. Qu’à cela ne tienne, de toute façon, je réfléchis mal l’estomac vide et puis j’ai pas prévu de partir avant 2 jours, j’ai donc le temps.

Le lendemain matin, je retourne à l’agence. Cette fois, le gérant me trouve un itinéraire qui a l’air très intéressant (pleins d’animaux à aller chatouiller, des volcans, des petits poissons et des grosses baleines au menu) et après négociation, je m’en sors pour 900 dollars pour 5 jours / 6 nuits. Oui, je sais, vous avez failli tomber de votre chaise… Figurez-vous que si j’avais réservé cette croisière depuis Quito, j’aurais payé plus du double. C’est ça qui fait tomber de sa chaise… Le hic, c’est que le départ est prévu le soir même et qu’il faut donc que je négocie avec l’hôtel de décaler ma réservation pour la nuit prochaine et que je trouve 900 dollars en cash en moins de 3 heures (non, rien de chez rien ne se paye en carte bleue ici…). Heureusement, la vie est bien faite. Il se trouve que si tu te pointes au guichet de la banque avec ta carte bleue et ton passeport, ils peuvent te donner des montants faramineux en petites coupures… Petites coupures que tu t’empresses d’aller filer à ton agence de voyage et hop ! la boucle est bouclée ! En moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire, tu t’es soulagé de 900 dollars.

Quand je repasse pour payer, le guide naturaliste de la croisière (obligatoire pour toute excursion dans le parc) est là. Il me dit que puisque je ne fais rien cet après-midi, je n’ai qu’à venir à la visite des hautes terres de Santa Cruz. Et allez, c’est cadeau, c’est gratuit ! Du coup, j’ai à peine le temps de repasser à l’hôtel, de préparer mes affaires, de reporter la nuit déjà réservée à la semaine suivante et de revenir à l’agence pour sauter dans un taxi où m’attend déjà Maya, israélienne et préparateur physique dans l’armée (non, elle rigole pas), une de mes colocs de bateau de la semaine à venir. On nous dit qu’on va aller avec un autre guide et un autre groupe, on comprend pas tout mais on suit. On se retrouve donc avec toute une famille américaine (3 générations, la casquette rivée au front… amaaaazing !) à patauger dans la bouillasse à la recherche de tortues géantes, à ramper six pieds sous terre dans des tunnels de lave et à contempler d’immenses trous sans fond à s’en donner le tournis. En fin d’après-midi, on quitte nos Américains (sooooo nice to meet you !) et on retourne en ville où après avoir récupéré nos sacs, on fait la connaissance du reste de notre groupe et on embarque enfin sur notre yacht… Estrella de Mar qu’il s’appelle. Ca fait rêver, non ? En attendant, on découvre notre nouvelle maison. Plutôt une bonne surprise, les cabines ne sont pas trop microscopiques, la salle à manger est belle et on n’est que 8 alors que le bateau est dimensionné pour 16. On nous explique alors que finalement, on va retourner dîner en ville parce que… parce que quoi, d’ailleurs ? on sait pas, on comprend pas, c’est pas clair, mais en tout cas, on repart donc dans l’autre sens. Et après un festin de riz, de haricots et de poulet, on remonte à bord. L’équipage nous conseille d’avaler des pilules contre le mal de mer. C’est vrai qu’on n’est pas encore en mer et pourtant, le bateau tangue bien comme il faut… Cette nuit, on fait route vers Sombrero Chino, un îlot au sud de l’île de Santiago. C’est donc bercés par la houle et par le ronronnement des moteurs qu’on s’endort tout en s’éloignant de Santa Cruz

estrella de mar

Love…

Exciting and new…

Come aboard…

We’re expecting youuuuuu…

Photos ici.

Guayaquil

Le trajet vers Guayaquil doit être fantastique quand il fait beau. La route serpente à flan de montagnes et dévale les 2500m de dénivelé en plongeant dans des vallées verdoyantes parsemées de petits villages… quand la visibilité est de plus de 2 mètres, ça doit vraiment être spectaculaire. Bon, pas de bol, moi, comme d’habitude, j’avais la tête dans les nuages… Genre noyée dans des paquets de coton. On voyait à peine les voitures qui arrivaient en face ce qui nous a valu quelques jolis coups de frein parce que, bien sûr, c’est pas parce qu’on n’y voit rien que le chauffeur roule plus prudemment que d’habitude… Noooon, pourquoi faire ? En plus, au bruit que font les freins, on peut vraiment avoir toute confiance… Enfin bref ! Dès que le bus arrive dans la plaine, la température remonte de près de 10 degrés et on retrouve la moiteur si agréable des tropiques… ah ! ça faisait longtemps que j’avais pas sué à rien faire !

C’est plutôt rigolo d’arriver à Guayaquil. Le paysage se transforme tout à coup : on passe des petits lacets de montagne aux gigantesques plantations de bananiers. Ça s’étale à perte de vue… impressionnant. Et puis d’un coup, paf ! la ville ! Genre énorme, tentaculaire, grise, polluée… mmmh ! tout ce qu’on aime ! Et finalement, assez dépaysant après avoir passé tout ce temps dans la cambrousse ou dans des villes coloniales à l’architecture un poil plus soignée. Le terminal terrestre (la gare routière quoi !) est énooorme… avec un vrai centre commercial à l’intérieur, pas moins de 20 quais différents, du carrelage partout, des néons… je me sentirais presque perdue, dis donc ! Je retrouve vite mes réflexes : direction la sortie et les taxis. J’ai définitivement renoncé à comprendre comment fonctionnent les bus dans cette partie du monde, y a jamais moyen de savoir où ils vont ! Et puis ils sont systématiquement bondés et après mon sac sur le dos, c’est vite un calvaire. Alors c’est confortablement vautrée sur la banquette d’un taxi que je file vers le centre-ville. Et c’est vraiment en plein centre que j’ai décidé de poser mon paquetage, au Manso Hotel. Situation idéale, prix en parfait accord avec mon budget, insonorisation catastrophique et retour en fanfare des cafards dans la salle de bain mais bon… on est en zone tropicale et puis c’est vraiment des tout petits cafards…

Après une bonne douche, je m’installe sur la terrasse de l’hôtel qui surplombe le Malecon. Le Malecon c’est l’immense promenade des Anglais qui longe la berge du Rio Guayas (qui donne son nom à la ville) sur près de 3kms. Guayaquil est située sur le delta de la rivière et quand on regarde l’horizon, on se croirait plutôt en bord de mer. Cracra la mer. Genre bien boueuse avec des trucs qui flottent dedans mais ça fait quand même bien plaisir. C’est vrai, j’aime bien la montagne toussa toussa mais la mer… c’est pas pareil. Bref, de mon perchoir, j’observe les Guayaquiliens (quoi ? et pourquoi pas ?) qui sortent du bureau et viennent se balader sur le Malecon en ce vendredi soir. Y a toujours une ambiance un peu particulière dans les villes qui ont un front de mer ou de rivière… j’aime bien. Après les avoir bien regardés, je finis par les rejoindre. Le Malecon est ponctué de cafés, restos, jeux pour enfants… y a même un centre commercial où faudrait me payer pour que j’achète quoi que ce soit et dieu sait que ça fait un bout de temps que j’ai pas fait de shopping mais… pourquoi ont-ils aussi mauvais goût ? N’empêche, avec un seul pull et une petite glace à la main, ça aurait bien un petit parfum de vacances tout ça… (oui, je sais, c’est tous les jours les vacances, vous allez pas me le répéter à chaque fois !)

En rentrant à l’hôtel, j’ai le plaisir de découvrir que la salle juste à côté de ma chambre fait office de piste de danse pour un groupe de seniors du coin… Et vas-y que ça tangotte, valsotte et s’écrabouille les pieds jusqu’à pas d’heure !

Le lendemain matin, je pars à la recherche d’un petit déj décent. C’est-à-dire qui ne soit pas à base de maïs, de viande grillée et de tortilla. Bah non, la gastronomie sud-américaine, j’arrive pas à m’y faire… Et là, miracle, je tombe sur un joli café où ils vendent des mini-croissants tout chauds et tout croustillants… que du bonheur ! D’autant plus que 2 pâtés de maison plus loin, je trouve une jugueria (un bar à jus de fruits en quelque sorte) qui fait des jus frais au litre… La journée commence bien !

L’estomac réjoui, je pars me balader dans la ville. Je suis toujours surprise de constater qu’ici, même dans les grandes villes, les boutiques ouvrent rarement avant 10h et les gens ne commencent à bouger qu’après le déjeuner. Je fais donc le tour des églises de la ville (oui, je vais bientôt passer un master en églises sud-américaines, je crois que je commence à avoir un certain niveau), je manque écrabouiller un iguane terrestre qui faisait une pause au beau milieu de l’allée d’un parc (le parc en question est en fait plein d’iguanes terrestres, c’est rigolo, on dirait des dinosaures) et je finis par aller grimper les 444 marches du Cerro Santa Ana pour contempler la ville d’en haut. Clairement, je ne suis pas la seule à avoir eu cette idée, la moitié de la ville fait la même balade… Mais c’est vraiment joli, toutes ces petites maisons colorées qui couvrent la colline malgré le ciel qui est toujours gris (c’est officiel, le soleil en Equateur c’est une énorme publicité mensongère…).

En fin de journée, les pieds en feu et la gorge desséchée, je finis par me crasher sur la terrasse de l’hôtel. Et après une petite chupe de camarones, encore une fois, je refais mon sac. Parce que demain… je vais où ? Haha ! Demain, je vais… aux GALAPAGOS !!! A moi les îles paradisiaques, la plage, les tortues géantes, les raies mantas et les bébés requins qui jouent dans les vaguelettes ! A moi les petits poissons grillés, les petits poissons crus, les petits poissons frits ! Haha ! Je vois vos têtes d’ici ! Et bah quoi ? Faites un tour du monde ! C’est pas compliqué tout de même !

Photos ici.

Cuenca

La nuit a été effroyable. Bon. OK. Peut-être que « effroyable » c’est un peu exagéré. Mais franchement, c’est une des pires que j’ai passées depuis longtemps. Le bus est bien parti à l’heure avec mon sac et moi dedans. Moi, je me suis dit alors : « Chouette, chouette, il est 22h, je vais dormir comme ça, je verrai rien passer du trajet ! ». C’est que y en a pour 9 heures quand même. Sauf que. D’abord, le chauffeur, il avait pas envie de dormir, lui. Alors il nous a mis de la musique. Genre à fond. Et puis au bout d’une heure il s’est dit : « Oh… mais ils doivent s’ennuyer les petits derrière ! Tiens, et si on leur mettait un film ? » De préférence avec le son à fond. Et avec plein d’explosions et de coups de feu dedans (normal, c’était Taken2). Et là, cerise sur le cupcake, le bouton de la clim s’est retrouvé coincé sur « Superfrost ». A fond lui aussi.

Et moi, comme j’avais fini par prendre l’habitude des bus luxe péruviens, j’étais pas du tout préparée. C’était à peine si j’avais pensé à prendre ma polaire… Je me suis donc congelée toute la nuit. Au point que j’ai discrètement piqué un petit bout de couverture à ma voisine qui, elle, avait eu la bonne idée d’en emporter une. Et j’ai même fini par me mettre mon sac dessus histoire d’avoir une épaisseur supplémentaire. Et puis j’ai attendu… attendu… attendu que le soleil se lève. Ce qu’il a fini par faire mais ça faisait déjà 2 heures que je ne sentais plus mes pieds… Bref. C’était mon dernier bus de nuit dans un pays où il fait moins de 30°C, j’ai survécu mais je m’en souviendrai !

De bon matin, je me retrouve donc sur le bord du trottoir à Cuenca. Qu’allait-elle donc faire à Cuenca la p’tite dame ? Et bien Cuenca est la deuxième ville coloniale du pays après Quito, il paraît même que c’est bien plus beau et c’est mas o menos sur la route de Guayaquil où je dois être ce week-end. Et comme j’avais clairement pas le temps d’aller visiter un parc national ou aller me perdre dans la jungle quelques jours, je me suis dit que l’argument « classé au patrimoine mondial de l’Unesco » était une raison suffisante pour s’y arrêter. Bien m’en a pris.

D’abord, la ville est effectivement très jolie. Des petites rues pavées, des églises de partout, des couvents, des chapelles et une jolie rivière qui coule dans le fond. Le tout entouré par les montagnes (ah oui, on est toujours dans la Sierra à 2500m) verdoyantes… enfin ça, c’est ce que j’aurais pu voir si les nuages avaient daigné s’écarter plus de 3 minutes d’affilée. A la place, je me suis prise l’averse du mois. Qui a duré près de 4 heures… Bon. Ça m’a donné une bonne raison pour me réfugier au café autrichien du coin où ils servaient une dééééliiicieuse mousse au chocolat… No comment. Et puis, soleil ou pas soleil, Cuenca est la capitale du panama. Non. Pas du pays, le Panama. Le chapeau. Qui d’ailleurs, ne devrait pas s’appeler un panama puisqu’il ne vient pas de là (il était juste exporté en Europe à partir du Panama… dont acte), mais un montecristi. Alors qu’à cela ne tienne, je suis allée chez le plus vieux chapelier de la ville et je me offert un nouveau couvre-chef. Certes, c’est très pratique à transporter mais quoi ? C’est pas tous les jours qu’on a la chance de se trouver un chapeau qui tue à un prix défiant toute concurrence (et puis zut ! c’est les soldes non ??!!).

Bref, Cuenca, c’est petit (enfin… la vieille ville), c’est tout mimi et ça vaut bien que l’Unesco l’ait classée sur sa liste. Et non, le fait que j’ai trouvé un café qui faisait de fabuleux petits déj avec toasts au pain complet et pancakes n’influence pas du tout mon avis… ou peut-être un tout petit peu.

Alors bien sûr, j’ai pas eu le temps d’aller me balader dans les environs et pourtant, il parait que c’est magnifique. Mais là, je suis un peu pressée. Je dois filer à Guayaquil. Alors hop ! je ressaute dans un bus et 4 heures plus loin… tadaaaaa ! me voilà dans la deuxième ville du pays. Et devinez quoi ? C’est déjà ma dernière étape équatorienne. Déjà ? Bah oui ! Mais je vous expliquerai ça la prochaine fois…

Photos ici.

Nous n’verrons pas le Cotopaxi…

Ce matin, je me lève et je m’habille sans faire de bruit. Il est 6h, mes colocs dorment encore… Mais pour moi, c’est pas l’heure de traîner. Ce matin, je pars voir le Cotopaxi, le volcan qui domine Quito à près de 5897m. Bon, pour l’heure, j’entends surtout la pluie qui tambourine sur les tôles ondulées du toit…

J’ai rendez-vous devant l’hôtel avec 3 Belges, Roxanna, Steven et Jorun, mes co-aventuriers du jour, et Marco, notre guide. On commence tout de suite par les choses sérieuses, on se jette sur un pantagruélique petit déj… Salade de fruits frais, pancakes, sirop d’érable… pas très équatorien tout ça mais tellement bon ! Et puis, le temps de monter les vélos sur le toit de la jeep et en voiture Simone ! Ah oui… je vous ai pas dit : le Cotopaxi, on va y monter à pieds et redescendre à vélo, c’est bien plus rigolo…

Mais avant de se lancer dans le grand n’importe quoi, on a d’abord une grosse heure de route pour rejoindre l’entrée du parc national Cotopaxi. Tout le long du trajet, Marco nous cite tous les volcans qu’on est censés voir et qui sont bien emmitouflés dans les nuages… Les essuie-glaces battent la cadence sans discontinuer, nous, on sert les dents, ça promet… Après un énième virage, Marco, qui pourtant nous promet depuis le début que le Cotopaxi va être dégagé, finit par abandonner : « Non les gars, désolé, c’est pas aujourd’hui qu’on verra le sommet… ». Bon. Bien. Bah… de toute façon, maintenant qu’on est là, on va quand même grimper dessus, hein ! Encore une grosse demi-heure de piste après être entrés dans le parc et enfin, nous y voici ! On est au pied du volcan. Et il est dans la purée de pois. Mavéis bon, au moins, il a arrêté de pleuvoir…

Alors que ceux qui croient que ça y est, j’ai viré accro aux sommets et aux crampons, se détendent… Aujourd’hui, je ne grimpe pas au sommet. Je n’essaye même pas. On monte juste jusqu’au glacier, y a à peine 350m de dénivelé depuis le parking. Quoiqu’à plus de 4500m, ça compte ! Et dans les petits graviers de lave qui roulent sous les pieds aussi ! D’ailleurs, on va bien mettre une heure et demie mais au bout du compte, on se retrouve nez à nez avec une grosse crevasse qui vient mourir devant nos pieds… wow ! énorme ! Et en plus, on a touché les 5000m ! Mais comme il se met à grêler (oui parce qu’à 5000m, il ne pleut pas, il grêle…), on reste pas longtemps, on fait demi-tour et on va se mettre à l’abri au refuge qui sert de camp de base à l’ascension du sommet. Et là, c’est la meilleure partie de la journée : on a droit à un chocolat chaud brûlant qui nous fait presque oublier qu’on a même pas aperçu ce foutu volcan…

Mais la journée n’est pas finie ! Il nous faut encore redescendre au parking et de là, dégringoler toute la montagne jusqu’au lac Limpiopungo, ou tout du moins ce qu’il en reste après que les éruptions successives aient remplies le trou. Et oui ! Parce que le Cotopaxi est un volcan actif, messieurs-dames ! Et qu’il entre en éruption tous les 100 ans. A peu près. Et là, il se trouve qu’il a pas loin de 28 ans de retard… Ça pourrait donc bien arriver aujourd’hui… Mais comme on ne peut pas non plus tout le temps avoir la poisse, on va s’épargner ça pour cette fois. Non, cette fois, on va juste se concentrer sur les freins arrières de nos montures qui sont plus que fatigués. La descente de la piste gravillonnée et défoncée pendant 45 minutes les doigts crispés sur les freins, la tête rentrée dans les épaules et des sueurs froides nous coulant dans le dos chaque fois que nos roues arrières s’approchent un peu trop près du ravin sera un vrai cauchemar… Et encore moi, j’ai pas le mal des montagnes contrairement à mes petits camarades qui eux, ont la tête à 2 doigts d’exploser et les joues pleines de feuilles de coca ! Non vraiment, ce fût un véritable enchantement ! Et pourtant, juste au moment où on remonte les vélos sur la voiture et où on s’apprête à mettre les voiles, un coup de vent bienheureux nous dévoile un tout petit bout du volcan. C’est magique : la lave rouge, les roches grises, la glace étincelante… pfff ! qu’est-ce que ça doit être quand le ciel est bleu !

Et puis c’est pas le tout mais il commence à faire faim ! Marco nous ramène en ville et nous emmène déjeuner dans un petit resto où on tombe sur nos assiettes comme si on n’avait pas mangé depuis 15 jours. Un vrai régal ! Du coup, on s’autorisera même une micro-sieste sur le trajet du retour…

Et puis, comme d’habitude, la nuit tombant, on se retrouve cantonnés à l’hôtel mais après une journée pareille, on ne fait pas durer la veillée très tard…

Le lendemain, je décide que puisque je suis en Equateur, je vais aller le voir. L’équateur. A 22kms de Quito se trouve la cité de la Mitad del Mundo (la moitié du monde pour ceux qui n’ont pas mon niveau en espagnol) où est matérialisée la fameuse ligne. Ça fait partie des « à ne pas manquer » du Lonely. C’est donc que ça vaut le coup… et puis ça a intérêt parce que je mets pas loin de 2 heures pour y aller. Bon en même temps j’avais le choix : 2 heures et 50 centimes en bus ou 30 minutes et 40 dollars en taxi. Des fois, dans la vie, faut faire des choix. Bref, je manque louper l’arrêt (en même temps, tout le monde monte et descend n’importe où n’importe comment, parfois même sans que le bus ne s’arrête alors…) et je me retrouve sur un énorme rond-point au milieu de nulle part. Et là, je vois ça…

Alors je me dirige vers cette étrange sculpture, je paye mes 3 dollars d’entrée et… rien ! Y a rien d’autre ! Enfin si. Toute une panoplie de boutiques de souvenirs toutes plus kitsch les unes que les autres et deux restos déserts et hors de prix. Je hurle au scandale. Dans ma tête. Et d’un pas furieux, je prends la direction de la sortie. Tout en me demandant comment je vais bien pouvoir attraper le bus pour rentrer. Heureusement, en arrivant sur le rond-point, un bus s’arrête et il va dans la bonne direction : sauvée ! Là, allez comprendre pourquoi, le trajet retour me coûte 40 centimes contre 15 à l’aller. Désolée, j’ai pas compris les explications du type qui collecte les sous… Et puis après ça, je reprends encore un autre bus qui me ramène en centre-ville. Il est 13h, je viens de perdre 4 heures de ma vie… Et je suis franchement agacée. Du coup, je me venge, je vais manger une bonne grosse pizza pleine de fromage et d’origan ! Et na ! « A ne pas manquer » ? Pfff… j’t’en collerais du « à ne pas manquer », moi… Histoire de ne pas partir fâchée, j’irai quand même visiter la Basilica del Voto Nacional, une des plus grandes églises de la ville, ornée de tortues et d’iguanes… une petite touche locale.

Et puis je trouve refuge dans les canapés de l’hôtel pour laisser filer la fin de l’après-midi en attendant d’aller prendre le bus. Quito, c’est déjà fini. Cette nuit, direction le sud. Demain matin, je serai à Cuenca.

Photos ici.

Arrivée à Quito

J’étais donc à Cuzco, je devenais parfaitement bilingue en espagnol et malheureusement, pour des motifs aéroportuaires, j’ai dû interrompre tout ça. Je me suis donc refarcie 22 heures de bus jusqu’à Lima (là, je vous passerai les détails olfactifs mais pas de bol, mon voisin n’avait pas un anti-transpirant 48 heures…) où, j’ai tout juste eu le temps d’aller à la laverie et me chercher à dîner dans mon resto préféré avant de refaire mon sac (non, je ne compte plus les fois) sans oublier de mettre dedans tout ce qui ne va pas dans le bagage à mains. D’ailleurs, saviez-vous qu’en fonction des pays, les briquets vont ou ne vont pas en soute ? C’est assez compliqué, ça m’oblige régulièrement à tout démonter et tout remonter juste sur le tapis de l’aéroport et ça agace passablement les gens qui attendent derrière moi mais je ne comprends pas pourquoi y a pas une seule règle pour tout le monde ? Et évidemment, idem pour les liquides ou des fois, ils s’en foutent et des fois, ils en profitent pour te piquer ta crème solaire que tu avais oublié dans une poche… Mais passons !

J’ai donc dit au-revoir à Lima et à ma copine Irina de l’hôtel et comme j’étais un peu en avance ce dimanche matin, j’ai décidé d’aller à l’aéroport en bus. Sur le papier, c’est simple. Tu prends le Metropolitana, tu descends à l’arrêt Thomas Valle et là, tu prends un bus qui va à l’aéroport. Si tu vas prendre l’avion avec un sac en plastique, pas de problème. Si t’y vas avec un sac à dos qui ressemble à une carapace de tortue et qui pèse 20kgs… tu rigoles moins. Et encore, dans le Metropolitana, ça va. Tu poses ton sac par terre, tu t’assoies dessus, tu rabats un peu des sangles pour que les gens ne marchent pas dessus, bref, tu t’en sors. Mais après, le fameux « bus » pour l’aéroport… bah, c’est pas vraiment un bus. C’est un collectivo. Du genre de celui dans lequel on entasse le plus de monde possible. Alors quand toi tu débarques avec ta carapace, la petite madame qui gère les montées et les descentes, elle te regarde avec un œil mauvais. Mais bon, elle te laisse monter quand même. Mais tout de suite après, elle se met à te hurler dessus parce que ton sac, il prend la place de quelqu’un ! Bon alors pour la calmer un peu, tu lui réponds que c’est pas grave, tu paieras pour 2 ! A une sole le trajet, t’es même prêt à payer le double pourvu qu’elle te demande pas de prendre le sac sur tes genoux ! De toute façon, tu peux pas : sur tes genoux, y a déjà l’autre sac (oui, le petit, celui qui pèse 10kgs parce qu’il contient tous les gadgets électroniques sans lesquels vous et moi ne pourrions pas communiquer… snif !). Mais ça n’empêche. Au bout d’un moment, à force de regards noirs, elle finit par te demander de prendre ton sac sur les genoux. Même les autres passagers du bus râlent, ils voient bien que je peux pas. Mais rien n’y fait, elle est intraitable. Au fur et à mesure des arrêts, je me retrouve coincée contre la fenêtre avec pas loin de 3 rangées de passagers à franchir pour atteindre la porte. Le tout avec un sac de 20kgs sur les genoux. Alors évidemment, quand on arrive à l’aéroport, c’est tout un cirque pour m’extraire de là. Heureusement, les autres passagers sont sympas et balancent mes affaires sur le trottoir m’aident. Et là, je m’aperçois que de toute façon, j’ai soit une pièce d’une sole, soit un billet de 100. Et autant vous dire qu’ils rendent pas la monnaie sur 100 dans les collectivos. Du coup, sans remord, je paye mon trajet et uniquement le mien toujours sous les mitraillettes des yeux de ma nouvelle copine… Mais peu me chaut ! Je suis devant l’aéroport, à l’heure et avec toutes mes affaires.

Quelques heures plus tard, me voici à Quito. Là, c’est la douche froide. On est censé être en Equateur, le pays où il fait toujours beau et chaud puisqu’il est à l’équateur… Et bah non ! Il fait gris, il fait froid (tout du moins, autant qu’à Lima) et à peine dans le taxi, il se met à pleuvoir… « Bienvenido in Ecuador ! » qu’il arrête pas de répéter mon chauffeur… Ah, et oui, ici, j’ai un chauffeur. D’abord parce que c’est loin et qu’il y a un trafic monstre (on mettra plus d’une heure à rejoindre le centre-ville alors en bus, j’imagine même pas) et ensuite parce qu’il est compliqué de se faire amener dans le bon hôtel par les chauffeurs de taxi normaux. Une petite histoire de commission…

Bref ! le temps de poser mes affaires dans ma nouvelle chambre et de faire le tour du propriétaire, il commence déjà à faire nuit. Et là, je prends ma deuxième douche froide : il est plus que fortement déconseillé de sortir dans la ville après le coucher du soleil, y a une invasion de vampires… Non, je rigole. Mais honnêtement, on n’en est pas loin. Tout le monde te met tellement en garde contre l’insécurité dans les rues de la ville que t’oses pas mettre un pied dehors. D’ailleurs, c’est bien simple, depuis la terrasse sur le toit de l’hôtel, j’entends les parents qui rappellent les enfants qui jouaient dehors et les rues se vident. Bientôt, il n’y a même plus de voitures. Bien. Nous n’irons donc nulle part. Ou alors, si tu veux sortir, faut impérativement que tu appelles un taxi. Et le type qui fait la sécurité à la porte de l’hôtel (et qui porte un gilet pare-balles) note le numéro de la plaque du taxi qui t’emmène. Tout de suite, ça met dans l’ambiance… Je pense sincèrement que oui, y a un problème d’insécurité dans Quito mais est-ce que ça vaut la peine de psychoter comme ça, j’en sais rien. Toujours est-il que pour ce soir, je me contente d’admirer la ville qui s’illumine doucement depuis la terrasse…

Le lendemain matin, je pars donc explorer les petites ruelles sombres qui ne le sont plus puisqu’il fait jour. Je dévore un petit déjeuner fait de jus de fruits frais, de tortillas, de yaourt et de céréales, je me balade dans la vieille ville (c’est très joli, c’est plein de petites rues pavées et d’églises à chaque coin), j’en profite pour m’offrir une épilation digne de ce nom (hourra ! les esthéticiennes latinos ne sont pas myopes !) et je finis par arriver sur la Plaza Grande, la place centrale de Quito, où la foule commence à s’amasser. Mais pourquoi donc ? Et bien parce qu’on est lundi ! Et que le lundi, c’est raviolis ! la relève de la garde devant le Palacio del Gobierno, l’équivalent de notre Elysée. Très bien, me dis-je, assistons au spectacle ! Mais c’est pas tout ! Quand le président des Equatoriens est en ville, il préside la cérémonie. Il se peut donc qu’il fasse une apparition sur le balcon. Alors à 11h pétantes, quand les trompettes se mettent à résonner, tous les yeux sont rivés sur le balcon et… ouiiii ! le voilà ! Hyper détendu, hyper à l’aise, genre « Hey ! Salut ! Qu’est-ce que vous faites là ? », il sourit et il salue la foule qui l’acclame. Parce que oui, mesdames et messieurs, ici, on acclame son président. On a la larme à l’œil quand il fait un geste dans sa direction. On porte des k-ways affreux aux couleurs de son président. On scande son nom. Ici, on fait pas semblant. Et moi, j’ai jamais vu ça. Et je peux dire que je suis grave impressionnée. La cérémonie démarre enfin, les soldats marchent au pas, font des petits tours et puis s’en vont et moi, j’en reviens pas que le président passe 45 minutes tous les lundis matins à agiter la main depuis son balcon. Hallucinant. Par contre, en terme d’image et de popularité, c’est un carton !

Et puis les émotions, ça creuse, alors je vais grignoter un sandwich au jambon (si, c’est une spécialité du coin, j’y peux rien) et je pars en expédition à l’autre bout de la ville m’acheter un ticket de bus pour dans 2 jours. La première compagnie que je tente ne dessert pas ma destination (pas de bol, c’est supposé être la plus confortable), je trouve mon bonheur quelques kilomètres plus loin. Parce que oui, Quito fait pas loin de 65 kms de long sur 10 de large (2 dans les parties les plus étroites). Alors quand on te dit : « C’est à l’autre bout de la ville. », t’as intérêt à savoir précisément où tu vas… Je repars donc avec mon précieux billet et je me mets en tête de rentrer à l’hôtel avec les transports locaux (mes pieds sont fatigués). A Quito, il y a 3 lignes de trolley-bus. Vous savez, ces machins qui sont comme des trams mais qui roulent sur des pneus. Sur le plan de la ville qu’on m’a donné, leurs trajectoires sont claires et bien distinctes. Et bah dans la vraie vie, c’est pas tout à fait pareil. Du coup, je me retrouve quasiment à l’opposé de là où je voulais aller et je finis par rentrer à pieds. Eux, au moins, ils vont là où je leur demande d’aller… Une petite soupe, une bonne douche et au lit ! Demain, le réveil sonne à 6h. Demain, je vais encore tutoyer les sommets. Demain, je vais chatouiller la glace du volcan Cotopaxi.

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Ola Ecuador !

Chers lecteurs, il est grand temps pour nous de découvrir l’Equateur. Certes, vous avez tous déjà entendu parler de ce petit pays parce qu’il a la bonne idée de se trouver sur l’équateur mais à part ça, que savez-vous réellement de l’Equateur ?

… Rien ! C’est bien ce que je pensais. Et bah moi non plus figurez-vous ! Alors culturons nous un peu ensemble, voulez-vous ?

L’histoire moderne du pays commence avec l’empire inca. Jusqu’au début du XVème siècle, les Incas se cantonnaient au Pérou et plus précisément à la région de Cuzco. Et on ne parlait pas vraiment d’empire inca à cette époque. Et puis, un beau matin, l’Inca Pachacuti décida qu’il était grand temps de soumettre ses petits voisins et vlan ! il entra en guerre contre les tribus alentours. C’était le début de l’Empire… Au moment d’arriver en Equateur, Pachacuti était déjà mort et c’était son successeur, Tupac Yupanqui, qui menait les troupes. Mais les tribus équatoriennes ne se laissèrent pas faire et opposèrent une résistance farouche. Il fallut donc plusieurs années à Tupac pour imposer sa loi, ce qu’il finit par faire lors d’une bataille où les Incas massacrèrent des milliers de Caras (la tribu du coin) qu’ils jetèrent dans un lac près d’Otovalo (un peu au nord de l’actuelle Quito), dont les eaux, dit-on, devinrent rouges. Le lac prit le nom de Yaguarcocha, le lac de sang… Sympa !

Pendant les années où il était occupé à guerroyer dans le nord, Tupac eut un fils avec une princesse équatorienne qu’il prénomma Huayna Capac (pas facile à porter tous les jours mais bon, on choisit pas son prénom). Huayna grandit en Equateur et succéda à son père sur le trône de l’empire inca. Comme on choisit pas non plus sa famille, Huayna dût passer sa vie à aller réprimer des révoltes d’un bout à l’autre de l’empire. Quand il avait le temps, il se mariait, ce qui lui valût d’avoir 2 fils : Atahualpa qui grandit à Quito et Huascar élevé à Cuzco. Apparemment, il a eu 2 fois le temps…

A sa mort en 1526, les derniers mots de Huyana furent : « Argh… je divise mon empire entre mes 2 fils qui régneront chacun de leur côté… argh… » Il n’eût pas le temps d’ajouter : « Hey ! C’était une blague ! » et hop ! l’empire inca fût divisé. Evidemment, les 2 frères ne l’entendaient pas de cette oreille et commencèrent à se crêper les tresses (oui, les incas portaient des tresses, pas des chignons, du coup, on peut pas dire qu’ils se crêpaient le chignon). Et ceci coïncida avec l’arrivée d’étranges hommes barbus et montés sur des chevaux dans le nord du pays… Hum, hum… mais qui cela peut-il donc bien être ? Malheureusement, les 2 excités capillaires ne s’inquiétèrent pas vraiment de l’arrivée de ces nouveaux venus et se lancèrent dans une guerre civile qui déchira l’empire et se solda par la victoire d’Atahualpa en 1532.

Les Incas étaient donc un peu à bout de souffle quand Pizarro et ses troupes décidèrent de s’emparer de leur empire. Ces cavaliers en armure munis d’armes à feu furent assimilés à des dieux et malgré leur faible nombre, terrifièrent les populations locales. Fin 1532, une rencontre au sommet devait réunir Pizarro et Atahualpa qui était prêt à négocier pour avoir la paix. Mais quand il arriva, précédé de sa suite, les conquistadors massacrèrent tout le monde et le prirent en otage, exigeant une rançon pour sa libération.

D’incalculables quantités d’or, d’argent et de tout un tas d’autres trucs furent alors acheminées vers Cajamarca, au Pérou, où était retenu l’empereur. Mais après paiement de la rançon, ces petits traîtres de conquistadors lui firent un simulacre de procès et le condamnèrent à mort après l’avoir accusé d’inceste, de polygamie, d’idolâtrie et de crime comme le roi pour faire bonne mesure. Ils le décapitèrent le 29 août 1533 et poursuivirent leur chemin jusqu’à Cuzco. Un des généraux d’Atahualpa, le loyal Rumiñahui, poursuivit la lutte contre les envahisseurs pendant 2 ans. Il était si chagriné qu’on lui ait décapité son empereur qu’il aurait mis à mort un émissaire espagnol en brisant tous les os de son squelette puis en les extrayant de la dépouille par un petit trou avant de tendre sa peau, tête et organes génitaux intacts, pour en faire un tambour… Qui a dit que les Incas n’étaient pas des gens raffinés ?

Quand Sebastian de Benalcazar entra finalement dans Quito fin 1534, il trouva la cité rasée car Runiñahui avait préféré la détruire plutôt que de la voir tomber aux mains des conquistadors. C’était le dernier coup d’éclat du brave (et raffiné) Rumiñahui qui fût capturé et tué en janvier 1535. Quito rejaillit de ses cendres et en 1540, Pizarro nomma à sa tête son frère Gonzalo. L’Equateur n’était alors qu’une simple province du vice-royaume du Pérou. Mais en 1563, elle accéda à un statut plus important en devenant l’Audiencia de Quito et fût finalement transférée au vice-royaume de Colombie. Et ce fût de la temps de la paix pendant plusieurs siècles…

La première tentative sérieuse pour libérer l’Equateur fût menée par un groupe de partisans conduit par Juan Pio Montufar le 10 août 1809. Il parvint à prendre Quito où il installa un gouvernement qui dura seulement 24 jours, les troupes royalistes fidèles à l’Espagne sonnant immédiatement la fin de la récré.

Le véritable héros de l’indépendance fut Simon Bolivar, le libérateur vénézuélien (et pas bolivien, hein, bien sûr !) qui, partant de Caracas (oui, c’est au Venezuela), libéra la Colombie en 1819 et continua sa marche vers l’Equateur. Il fallut près de 2 ans pour que l’Equateur se libère totalement du pouvoir espagnol. La bataille décisive eût lieu le 24 mai 1822 quand le maréchal Antonio José de Sucre vainquit les royalistes et prit Quito. Bolivar vit alors son rêve d’union de tout le sud du continent américain prendre forme. Le Venezuela, la Colombie et l’Equateur ne formèrent plus qu’une nation indépendante : la Grande-Colombie. Cette utopie dura 8 ans puis hop ! chacun reprit ses clics et ses clacs et l’Equateur devint complètement indépendant en 1830.

Après l’indépendance, le cœur de l’Equateur balança entre libéraux et conservateurs pendant des années, comme la plupart des pays d’Amérique latine. La lutte entre ces partis atteignit souvent des sommets de violence et président devint un métier à risques. En 1875, le président Garcia Moreno, dictateur conservateur soutenu par l’Eglise, fut assassiné à la machette devant le palais présidentiel (on n’est pas les petits-enfants des Incas pour rien !). En 1912, le président libéral Eloy Alfaro fut tué et brûlé par la foule conservatrice de Quito. Et puis, lentement mais sûrement, l’équilibre finit par se faire entre en les conservateurs de Quito au nord et les libéraux de Guayaquil au sud. Durant l’essentiel du XXème siècle, la sphère politique se caractérisa par son instabilité mais l’Equateur ne connut pas les effusions de sang ni la violence des coups d’état dont souffrirent d’autres pays du continent. Il y eut pourtant presqu’autant de gouvernements militaires que civils : le président José Maria Velasco Ibarra fut élu 5 fois entre 1934 et 1972 mais ne termina pas un seul de ses mandats, étant démis par l’armée. Il ne fut pas le seul : entre 1930 et 1940, 17 présidents différents arrivèrent au pouvoir mais pas un seul ne parvint au terme de son mandat.

Jusqu’en 1970, l’Equateur était ce qu’on appelle une république bananière : ce fruit était quasiment la seule exportation du pays et sa seule richesse. En 1950, une maladie ayant décimé les plantations d’Amérique centrale, l’Equateur devint même le premier producteur mondial de bananes avec des exportations passant de 2 à 20 millions de dollars entre 1948 et 1952. Et en 1967, on découvrit du pétrole dans la jungle d’Oriente, à l’est du pays. Alors là, c’est l’emballement. Dès 1973, l’exportation des barils avait largement dépassé celle des bananes et en 1980, elle représentait plus de la moitié des revenus d’exportation. Mais curieusement, ces revenus ne tombaient pas dans la poche du petit peuple qui continuait à vivre dans la misère…

La fin des années 80 et le début des années 90 furent marquées par les luttes perpétuelles entre libéraux et conservateurs émaillées de quelques scandales de corruption bien placés. Les Equatoriens firent également quelques choix électoraux intéressants avec notamment l’élection à la présidence de Abdala Bucaram dit El Loco (le Fou) qui, après avoir fait campagne en chantant sur scène et en récitant des discours enflammés ponctués de jurons, se mit à parader dans les discothèques la nuit pendant qu’il dévaluait la monnaie le jour (tiens, tiens… cela nous rappelerait-il quelqu’un ? Noooon… faut pas pousser quand même !). Il fut déclaré « mentalement inapte » par le Congrès qui le destitua. Quelques temps plus tard, ce sont les nerfs du président Jamil Mahuad qui furent mis à rude épreuve. Les conséquences d’El Niño et le recul du marché du pétrole en 1997 projetèrent l’économie du pays dans une spirale infernale. En 1999, les exportations de crevettes chutèrent de 80% à la suite d’une épizootie (c’est une épidémie mais chez les animaux) qui décima les élevages. Et pof ! plus de crevettes ! L’inflation dépassa alors les 60%, battant tous les records d’Amérique latine (et pourtant, y avait de la concurrence !) et le président prit des mesures drastiques : le sucre, la monnaie équatorienne, bien trop instable, fut remplacé par le dollar américain après toute une série de grèves, de manifestations et, au passage, la démission de Mahuad. Alors qu’un an plus tôt, le dollar s’échangeait à 6 000 sucres, la population fut obligée d’acheter ses nouveaux dollars à 25 000 sucres, s’appauvrissant considérablement.

Le début du XXIème siècle vit défiler pas moins de 3 présidents en moins 8 ans (faut ce qui faut), tous remerciés les uns après les autres à la suite de larges mouvements de grève provoqués par les mesures d’austérité dictées par le FMI (tiens, tiens, tiens… ça aussi, ça me rappelle quelque chose…). En 2005, Alfredo Palacio, nommé par le Congrès, nouveau venu en politique et se définissant comme « simple médecin », se concentra sur les problèmes sociaux que son prédécesseur avait négligés. Afin de financer des programmes de santé et d’éducation et de relancer l’économie, Palacio annonça qu’il allait réaffecter les profits du pétrole au paiement de la dette extérieure. La part des revenus gouvernementaux sur le pétrole brut est alors passée de 13 à 87%. Son ministre des Finances et acteur principal de cette réforme, Rafael Correa fut ensuite élu lui-même à la présidence en 2006 et d’ailleurs, il y est toujours.

Rafael Correa lança un train de réformes après son élection. Une nouvelle Constitution, votée en 2008, a jeté les bases d’un modèle social qui a augmenté les dépenses en faveur de la santé et des démunis, accordé plus de droits aux Indiens, renforcé la protection de l’environnement et même autorisé le mariage civil homosexuel (décidément…). Ainsi, plus de 5 500kms de route ont été construits ou réparés, 300 000 personnes ont pu bénéficier d’un nouveau programme d’aide aux handicapés et le taux de pauvreté a baissé de 9% entre 2006 et 2011. Tout ça grâce à l’argent du pétrole. Le pétrole qui, justement, est devenu un sujet brûlant en Equateur. Notamment depuis qu’un tribunal a condamné en 2011 la compagnie américaine Chevron à une amende de 18 milliards de dollars pour avoir déversé des millions de litres de déchets toxiques dans la jungle équatorienne entre 1972 et 1992. Par ailleurs, le Parque Nacional Yasuni, un secteur vierge de l’Amazonie, renferme d’immenses réserves pétrolières que le gouvernement souhaite laisser inexploitées. Le président Correa a proposé à des investisseurs étrangers soucieux de leur image la bonne santé de la planète de rassembler une somme équivalent à la moitié de la valeur estimée de ces réserves sur une période de 13 ans  et de consacrer ces fonds aux énergies alternatives, aux programmes sociaux et aux infrastructures essentielles telles que les écoles et les hôpitaux.

Malgré toutes ces bonnes actions (j’en connais un qui s’est acheté des points de karma bonus !), Correa est la cible de critiques et a même été brièvement pris en otage lors d’une mutinerie de policiers. Autre sujet d’inquiétude, le manque de diversification de l’économie : tant que le prix du baril est à la hausse, tout va bien. Mais s’il devait chuter de manière significative, quid des ambitieux programmes sociaux équatoriens ?

Alors voilà. Tout ça a l’air tout à fait intéressant et puisqu’à moi, l’Equateur a autorisé l’entrée sur son territoire sans promesse d’extradition, je vais donc de ce pas voir à quoi ça ressemble. En voiture Simone, direction Quito !

Facilo l’espagnolo !

C’est ce que tout le monde m’a dit quand j’exprimais de vagues craintes sur ma capacité à communiquer avec les gens de ce côté-ci du monde alors que lors de ma longue scolarité, je n’avais jamais mis les pieds dans un cours d’espagnol.

Facilo, facilo, peut-être, mais en attendant, je me disais qu’avec mon anglais à son meilleur niveau, j’arriverai bien à me débrouiller. C’était sans compter qu’ici, c’est comme en Chine, les gens qui parlent anglais, ça se compte sur les doigts de la main. Il a donc bien fallu s’y mettre.

Et de façon surprenante, en 5 semaines, je me suis pas si mal débrouillée. A force de tendre l’oreille, j’ai fini par comprendre presque tout ce qu’on me disait (en même temps, je fais mes courses au marché, j’envoie pas des missiles nucléaires en orbite), j’ai appris à compter (très utile quand tu veux pas te faire arnaquer par le premier chauffeur de taxi qui klaxonne) et je sais demander mon chemin. Certes, c’est un bon début mais ça reste un peu frustrant quand j’essaye de creuser un peu la discussion. Du coup, j’ai donc décidé de m’y mettre sérieusement. J’ai donc signé pour une semaine intensive sur les bancs de la Amauta Spanish School : 4 heures de cours collectif le matin et 1 heure de cours individuel en fin de journée. Entre les deux… bah ! je fais la sieste , qu’est-ce que vous croyez ?

Et là, j’ai enfin compris ce que tout le monde disait. Effectivement, quand on parle français, l’espagnolo, c’est pas bien difficile. A 2 ou 3 exceptions près, un « o » ou un « a » bien placé et le tour est joué ! Bien sûr, c’est pas non plus aussi simple que ça. Ça se saurait. Mais mes nouveaux co-détenus camarades de classe sont, pour la majorité, anglophones et ils galèrent bien plus que moi.

Le côté poil à gratter, c’est que je me retrouve avec des devoirs. Des devoirs ! Moi ! La fille dont la religion lui interdit depuis 6 ans de travailler le week-end ! Dire que je m’inflige ça de ma propre volonté… un comble ! Mais après une semaine, j’ai tout de même multiplié mon vocabulaire par 100 et je suis capable d’avoir une vraie conversation avec la fille de l’hôtel qui me donne mon petit déj tous les matins. Et ça, ça fait plaisir.

Alors, vamos, reste plus qu’à mettre tout ça en pratique. Ce qui ne devrait pas être très compliqué vu qu’il me reste encore un peu plus de 6 semaines en Espagnolie (quoi ? on dit bien la Francophonie !).

Hasta luego muchachos !


Photos ici.

A ma Mamie…

Quand on envisage de partir comme ça, longtemps, loin des siens, pour vivre une aventure un peu hors du commun, on pèse le pour et le contre. On n’abandonne pas sa famille, ses amis, mais on a envie de réaliser quelque chose pour soi et rien que pour soi. Le quotidien est devenu trop petit, pas assez excitant. On a besoin de challenge, de se tester, de se faire peur peut-être, de se prouver quelque chose sûrement. On sait que si jamais il se passe quelque chose, là-bas, à la maison, pendant qu’on traîne son jean tout usé sur les routes du monde, on ne pourra pas être là. Pas là pour soutenir les siens et pas là pour être soutenu. On mesure la probabilité que ce quelque chose arrive. On se demande si on rentrera, si on arrêtera le voyage et finalement, on fait le pari que rien de grave n’arrivera. Et puis, le jour où on décide de partir pour de bon, on sait que c’est une des décisions les plus égoïstes qui soit mais on ne peut plus faire autrement, c’est le bon choix.

Ce 24 juin, ce quelque chose est arrivé. Ma Mamie est partie. Ma Mamie qui m’avait dit quand moi, je suis partie : « Je sais pas si je te reverrai ». Et moi, j’avais souri (un peu forcée) et j’avais dit : « Mais bien sûr que si ! Un an et demi c’est rien ! Et 84 ans, c’est pas si difficile à atteindre ! »

Il faut croire que si. Et ce matin, c’est tout un tas d’images pêle-mêle qui viennent se superposer à mon décor quotidien. Ma Mamie qui épluche les haricots verts sur la table de sa cuisine. Ma Mamie qui m’emmène acheter mon cartable pour ma rentrée en 6ème. Ma Mamie qui récupère la crème du lait pour m’en faire une tartine. Ma Mamie qui s’énerve devant la télé quand Jospin est éliminé au 1er tour. Ma Mamie qui me cuisine un rôti de veau orloff parce qu’elle sait que j’adore ça. Ma Mamie qui trempe ses fraises avec moi dans un pot de crème fraîche de la ferme. Ma Mamie qui me demande pour la 25 000ème fois comment on fait pour effacer un message sur son téléphone. Ma Mamie qui joue aux petits chevaux. Ma Mamie qui se fâche et qui met mon petit frère tout nu à la porte parce que, probablement, il refuse d’aller s’habiller. Et puis qui va le récupérer en marmonnant. Ma Mamie qui se gare devant chez nous et qui sort des tas de trucs de son coffre quand elle vient le dimanche. Ma Mamie qui s’endort pendant qu’on regarde un film le soir du réveillon de Noël. Ma Mamie sur sa petite chaise en plastique à la plage entourée de toute la famille et qui distribue le goûter. Ma Mamie qui fait des mots croisés. Ma Mamie qui tricote. Ma Mamie et ses éclats de rire pendant les essayages de mes costumes de patinage artistique. Ma Mamie et sa salade d’oranges. Ma Mamie qui comprend rien aux chaînes de la TNT. Ma Mamie…

Alors ce matin, quand j’ai su qu’elle était partie, j’ai pas voulu y croire. Les gens autour de moi n’ont pas l’air de se rendre compte qu’il s’est passé quelque chose et moi, je dis, je répète : « C’est pas possible… » et mes tartines se retrouvent noyées.

J’ai parié, j’ai perdu.

Ça fait partie des risques que j’ai pris.

Et je suis désolée de ne pas être là.

Vacances à Cuzco

Il me reste maintenant 2 semaines à tuer avant de m’envoler pour l’Equateur. Et pourquoi donc 2 semaines ? Pourquoi ne pas enchaîner ? Qu’est-ce qu’elle va faire la p’tite dame pendant ces 2 semaines ?

Wow, wow, wow. On se calme. D’abord, c’est pas si simple, les billets d’avion ont déjà été modifiés et si je voulais encore changer, faudrait que je me tranche un bras (oui, le billet tour du monde a aussi ses inconvénients mais j’en reparlerai plus tard). Donc, oui, mon prochain vol n’est que dans 15 jours. Ensuite après 9 mois de voyage à changer de maison tous les 3 jours et tout particulièrement après les 3 dernières semaines avec Gauliard Tour, je suis claquée. Oui, mesdames et messieurs, cla-quée. C’est pas parce que je ne passe pas 8 heures par jour derrière un bureau à répondre aux 120 mails quotidiens de mes clients préférés que j’ai pas le droit d’être fatiguée. La preuve. Alors je fais un break. Pendant 2 semaines, je ne fais… rien. Mais pas question de rien faire à Lima. On y mange bien, certes, tout le monde l’aura compris, mais la ville ne vaut vraiment pas le coup de s’y attarder aussi longtemps. Alors j’ai décidé d’aller passer mes vacances dans une petite ville fort sympathique… Cuzco.

Cette fois, comme j’ai du temps devant moi (et une politique budgétaire à respecter), je prends le bus. Alors, je vous confirme, faut avoir un peu de temps devant soi : le trajet dure 22 heures… Courageuse mais pas téméraire, je me suis quand même payé un billet chez Cruz del Sur, une des compagnies de bus les plus luxueuses du pays. J’ai donc droit à un siège immense, qui s’incline presque complètement, avec un écran perso comme dans l’avion (enfin… pas chez Air Europa, d’accord), des repas servis dans des boites en carton et un steward particulièrement attentionné qui m’offre un labourage massage gratuit des lombaires par coups de genoux. Bref, je ne vois presque pas passer le trajet.

Arrivée à Cuzco, j’ai des projets. Non parce que, c’est pas parce que j’ai dit que j’allais rien faire que je vais rester à végéter pendant 15 jours. J’ai contacté une association qui s’occupe d’enfants en difficulté et je dois donner quelques cours d’anglais et recevoir en échange quelques cours d’espagnol. Ah oui, parce que j’ai aussi décidé qu’il était temps de prendre le taureau par les cornes et de faire en sorte que ce voyage me permette de rajouter une ligne sur mon CV : « Espagnol – niveau baragouinage ». L’association gère aussi une auberge dans laquelle je décide d’établir mon campement. Evidemment, quand j’arrive, on m’explique qu’en fait, en ce moment, c’est vraiment extraordinaire, y a tellement de volontaires qu’ils ne savent plus quoi en faire et du coup, comme moi je ne reste que 10 jours, bah… je vais pas donner de cours. Du coup, pas de cours d’espagnol non plus. 22 heures de bus, ça vous ramollit les nerfs. Ça tombe bien parce que je crois que j’aurais pu m’agacer. Un tout petit peu, mais m’agacer quand même.

Bon, tant pis, je trouverai un autre moyen d’occuper mes journées. Occupons-nous d’abord des contingences matérielles. Je dois commencer par faire un petit tour au marché et au supermarché pour pouvoir me nourrir pendant les prochains jours. Ah oui, finie la grande vie, je vais rentabiliser la cuisine de ma nouvelle maison. A grands coups de pâtes et de riz, certes. J’ai pas postulé à Top Chef non plus. Et puis, je me dis que quand même, tout ça, c’est trop bête, l’idée des cours d’espagnol, ça me plaisait bien alors trouvons une école de langue qui puisse me rendre bilingue en 8 jours ! 48 heures plus tard, c’est chose faite, j’ai signé, la semaine prochaine, estoy una estudiante.

En attendant, je dors, je lis (la médiathèque de l’Alliance Française a tout un tas de bouquins que j’ai pas encore lus), je bois du Yop, je fais copain-copain avec le chien de la maison, je fais chaque jour un petit tour dans la ville et je vais admirer le défilé du jour. Parce que j’ai eu la bonne idée de revenir ici alors que c’est la fête de la ville. Et la fête dure 9 jours pour finir en apothéose le 24 juin par l’IntiRaymi, une fête inca qui célèbre le soleil et le début de la nouvelle année inca. C’est donc un festival de couleurs, de fanfares, de costumes, de chars, de confettis, de ballons, de danses et de gens qui marchent au pas toute la journée. Du délire.

Et la semaine s’écoule ainsi, lentement et sereinement. Demain, je retourne à l’école.

Photos ici.

Malaisie / Singapour – le bilan