Udaipur ou l’art de prendre son temps

Je quitte Pushkar de bon matin (et sans regret) et je grimpe dans un bus direction Udaipur. Enfin, dit comme ça, ça a l’air facile, mais en fait j’ai poireauté plus d’1h30 à la gare routière parce que le gras de l’hôtel ne savait pas lire l’heure et qu’au passage, je pense qu’il s’est octroyé une commission de 100 roupies sur mon ticket de bus… Bref, il était temps de quitter Pushkar

J’arrive donc à Udaipur en fin d’après-midi et installe mon camp de base au Minerwa Hotel, chaudement recommandé par Voyagesetc. L’emplacement est super (en plein milieu de la ville, à 2 pas de tout ce qu’il y a à voir et à faire) et la chambre est très bien. J’y découvre même une nouvelle espèce de cafard à rayures, très joli…

Bref, comme ça fait 2 semaines que j’ai pas mangé de viande et qu’on est tout de même des carnivores bordel ! il faut bien se faire plaisir de temps en temps, je m’offre un dîner à l’Ambrai, un resto plutôt chic au bord de l’eau avec vue sur le City Palace et surtout le fameux Lake Palace (qui ne se visite pas, c’est un hôtel pour gens qui ont une carte Gold…). Au menu : merveilleuses brochettes de poulet mariné et petit cocktail maison… Je suis une princesse !

Arrêtons-nous un instant sur Udaipur. Petite ville (à peine 400 000 habitants) occupant un des emplacements les plus romantiques du Rajasthan (voir même de l’Inde !!) sur les rives du lac Pichola (si pas pô mignon…), Udaipur abrite de fabuleux palais, temples et havelis, accessibles par une multitude de ruelles tortueuses. Fondée en 1568 par le maharaja Udai Singh II (d’où Udai-pur, la ville d’Udai…) sur un site beaucoup moins vulnérable que l’ancienne capitale Chittorgarh, la cité, devenue capitale du Mewar, a longtemps résisté aux envahisseurs avant de finir sous protection britannique au début du XIXème siècle et de devenir depuis une des principales destinations touristiques de l’Inde.

Le lac Pichola fut agrandi après la construction de la ville par l’inondation du village de Picholi (décidément, ils ont une imagination débordante ces Indiens…). Le lac est peu profond et s’assèche lorsque les pluies de la mousson sont trop faibles. Cependant, selon la légende urbaine, il hébergerait quelques crocodiles ce qui rend toute baignade impossible (mais impossible n’est pas un mot indien apparemment…).

L’ensemble du City Palace s’étend sur près d’1 km le long de la rive. Le maharaja Jagat Singh II (un descendant du susmentionné Udai) fit construire sur la totalité de l’île Jagniwas (1,5 ha tout de même…) une petite résidence d’été qui a fini par être transformée en palace dans les années 60. Le Lake Palace apparaît dans le film de James Bond, Octopussy, ainsi qu’une bonne partie d’autres édifices de la ville et toutes les bonnes guest-houses diffusent le film régulièrement sur leurs terrasses.

Le lendemain matin, je pars visiter le City Palace. Même genre que les Jaisalmer Fort et compagnie, avec un audio guide très bien fait mais là, c’est la foule (indienne et occidentale) des grands jours ! Un gentil Indien que je rencontre à l’entrée et qui parle français avec l’accent toulousain m’explique qu’on est dimanche et que tous les Indiens du coin viennent passer leur dimanche au bord du lac et visiter le palais. Je le recroise au pied de mon hôtel où, hasard ou coïncidence, il possède une boutique qui vend des vrais cachemires (aka pas ceux qu’on trouve partout ailleurs… lui seul vend les vrais cachemires que tu trouves chez Bompard… soi-disant). Du coup, il me raconte sa vie, qu’il a habité à Toulouse pendant 8 ans (ceci explique cela), qu’il a travaillé dans un restaurant d’abord comme plongeur puis comme sous-chef puis comme manager (ah la promotion interne… ça fait rêver !) mais que quand même, dans la restauration, on fait trop d’heures, c’est fatiguant, donc il a décidé de rentrer en Inde vendre des vrais cachemires, c’est mieux payé et comme c’est lui le patron, il décide quand il bosse ou pas. Il m’invite à boire le thé, à revenir plus tard, à aller dîner dans son resto (ah oui, il a ouvert un resto avec un ami aussi…), bref, j’arrive pas à m’en défaire ! Je suis obligée de prétexter un rendez-vous pour déjeuner pour qu’il me laisse partir mais en promettant de repasser pour discuter…

C’est malin, je me retrouve coincée parce que comme il est assis devant la porte de l’hôtel, je sais pas comment trouver le moyen de sortir sans me faire alpaguer…

Et puis, je me suis laissée prendre par la torpeur d’Udaipur… Rester des heures à paresser sur les coussins de la terrasse, lire un bouquin en sirotant un lassi… Comme j’ai décidé de jouer la princesse jusqu’au bout, je m’offre même un petit ayurvedic massage. Après avoir passé une bonne heure à me faire malaxer au point de penser que j’étais en train de passer sous un camion (d’ailleurs, j’ai beau être une princesse, il a failli m’arracher une larme ou deux ce bourrin de masseur !), je file jusqu’à la terrasse du Dream Heaven admirer le soleil couchant et surtout dîner avec B., que j’ai rencontré dans le Ladakh et qui passait dans le coin, et 2 de ses nouveaux amis.

Comme on est tous les 4 à Udaipur pour quelques jours, on décide de s’inscrire à un petit cours de cuisine 2 jours plus tard, histoire d’impressionner notre monde quand on rentrera à la maison.

En attendant, moi je me suis prévue un full day horse ride dans la campagne d’Udaipur. C’est l’occasion de rencontrer U. et V., un couple germano-indien très rigolo, installé à Udaipur depuis 10 ans et propriétaire de la ferme Princess Trails qui organise les horse rides. Ils élèvent des chevaux marwanis, une race spécifique du Rajasthan, qui ont de drôles d’oreilles biscornues qui se touchent et qui sont très jolis par ailleurs. U. m’expliquera d’ailleurs que c’est pas très difficile d’apprendre à conduire en Inde, il suffit de faire attention au informal traffic : vaches, chiens, poulets, enfants qui courent au milieu de la rue…

Comme je n’ai toujours pas compris la leçon concernant les chevaux, j’ai donc choisi de passer la journée entière au pas, au trot et au galop sur mon fidèle destrier Moumal (ma fidèle destrière en réalité) à arpenter les environs d’Udaipur qui sont extraordinairement verts et luxuriants par rapport à l’ouest du Rajasthan. C’est qu’ici, la mousson a été plutôt généreuse les 3 dernières années provoquant même des inondations, contrairement au reste du Rajasthan. Je rentre avec les dos, les genoux, les cuisses et les fesses en compote (je commençais tout juste à me remettre du chameau…) et en soupçonnant les poils de chevaux d’être responsables des 127 éternuements qui m’ont pris pendant la journée. Et puis entre vous et moi, j’ai toujours peur des chevaux en fait…

Bref, pour me remettre de mes émotions, je décide d’aller dîner dans le restaurant d’un hôtel très chic et de faire le plein de poulet (mange mon petit… tu sais pas quand les petits cochons te mangeront) avant de rentrer en me traînant et en marchant comme un cow-boy jusqu’à mon lit.

Pendant que je feuillette distraitement les pages de mes guides de voyage, je sens un petit chatouillis sur mon bras gauche. D’une main distraite, je chasse l’importun quand je m’aperçois que l’importun n’est autre qu’un… CAFARD !!!! Je bondis hors de mon lit, j’attrape une tong et je me mets à chasser l’imprudent qui a osé se risquer à grimper sur ma royale personne jusqu’à ce que je le coince contre un mur et abrège sa misérable existence. NON MAIS OH ! Il s’est cru où celui-là ? Ça va pas bien dans sa tête ou quoi ? Qu’il se promène dans la salle de bain autant qu’il veut si ça l’amuse mais sur MOU ? Ça, jamais !!

J’avoue que j’aurai un peu de mal à m’endormir, même après avoir inspecté ma chambre dans tous les recoins et que je serai réveillée en sursaut plusieurs fois dans la nuit par le bruissement du rideau soulevé par le ventilateur… Mais à part ça, tout va bien, je suis détendue…

Le lendemain matin, je traîne sur la terrasse de l’hôtel après le petit déjeuner et j’en profite pour commencer à préparer mon dossier de demande de visa chinois… Un chouette moment en perspective… Mais ça fera l’objet d’un prochain post, pas de panique ! En vérité, ça me prendra une bonne partie de la journée. Mais tout le monde vous le dira, Udaipur, c’est la ville où il fait bon prendre son temps en 2 verres de chaï.

Pour finir ce petit séjour au Rajasthan sur une note gastronomique, je me suis donc inscrite à un cours de cuisine. Je retrouve donc B. et M. au Sashi Cooking Class. Le rendez-vous est à 17H30 et c’est parti pour près de 5 heures de cuisine pour réaliser pas moins de 14 plats, et que du healthy et du végétarien s’il vous plaît !! Bon, on se retrouve parfois dans le noir (on est en Inde… l’électricité est… aléatoire !) mais malgré tout, on devient experts de la cuisson des naans et du pilonnage de graines de cumin et ça, c’est bien le plus important ! Sashi est un étonnant petit bout de bonne femme (qui connaît le nom de tous les légumes en 7 ou 8 langues) et elle nous mène à la baguette ! Elle ne donne des cours de cuisine qu’aux touristes étrangers parce que les Indiens seraient capables d’ouvrir un cooking class concurrent si elle leur apprenait ses secrets… On papote, elle nous demande ce qu’on fait dans la vie et elle éclate de rire quand je lui dis que je bosse dans la restauration… But I have nothing to do with cooking !!

On finira la soirée le ventre plein et les mains parfumées au garam masala, cardamome et autres épices. Je pense qu’il va se passer un peu de temps avant que je ne mette tout ça en application mais pour la prochaine animation « Inde », pas de problème, je vous fais le show !!

C’est donc à nouveau l’heure de boucler mon sac, de reprendre le bus et de quitter Udaipur et le Rajasthan. Direction le Gujarat et Ahmedabad, « mégacité » ultramoderne ayant à priori peu d’intérêt si ce n’est d’être sur la route de Mumbai et d’avoir abrité l’ashram du Mahatma Gandhi… Oui… un peu de méditation et de spiritualité ne nous feront pas de mal…

Photos ici.

Jodhpur-la-ville-bleue

Je quitte donc Jaisalmer par le train de nuit pour arriver de bon matin (5h30…) à Jodpur. L’occasion de rencontrer C., allemand, en tour du monde depuis 5 mois et qui possède l’intégralité des Lonely Planet en version pdf…

Dans le train je retrouve aussi D. et on décide de tenter notre chance à la Hill View Guest House, perchée, comme son nom l’indique, en haut de la colline juste sous le fort de Jodhpur. Evidemment, à cette heure-là, on réveille les propriétaires qui nous couchent sur des matelas et nous disent de dormir en attendant que les gens libèrent les chambres quelques heures plus tard…

La vue depuis la terrasse est impressionnante et on aperçoit même au loin un immense palais qui ressemble fort au fameux Taj Mahal… mais de maisons bleues, on n’en voit pas le début du commencement d’une… En fin, j’exagère, y en a un peu, mais franchement pas de quoi se dire « Oh ! La belle bleue ! On sait où sont passés nos impôts ! »

Bref, il y a 2 choses à voir à Jodhpur : la tour de l’horloge et l’immense bazaar qui serpente tout autour et le Mehrangarh (le fort de Jodhpur). Je passe donc la première moitié de la journée à me perdre dans le dédale de ruelles de la vieille ville en évitant les bouses sacrées et en refusant poliment les millions de bracelets, sarees, babioles et tranches de pain grillées (oui, ici, on vend des tranches de pain grillées, sur une charriote au beau milieu de la rue) qu’on tente de me faire acheter ; et après une petite lessive et une micro-sieste aux heures les plus chaudes, je pars à l’attaque du Mehrangarh.

Ah oui, le Mehrangarh est délicatement posé au sommet d’une colline et le petit chemin pour y accéder est en grandes pierres bien glissantes et en pente à 20 degrés… Autant vous dire que je surkiffe la grimpette jusqu’en haut sous les regards inquisiteurs insistants intrusifs des Indiens qui se reposent là en profitant de la vue (de la ville, bien entendu…)

D’ailleurs, je me fourvoie : le Mehrangarh n’est pas « posé » sur cette colline, il est « creusé dedans ». Pour être sûr que les méchants n’allaient pas casser les murailles, le maharaja s’est dit qu’il valait mieux creuser le fort dans la pierre d’un seul tenant plutôt que faire monter des parpaings… Alors, oui, c’est plutôt impressionnant… D’autant qu’à l’intérieur des murailles (qui sont ma foi, fort banales), les façades du fort sont extrêmement finement sculptées et l’intérieur du palais fort coquet (il savait arranger son home sweet home, le maharaja). Et enfin… la voilà la vue que vous attendiez tous (enfin surtout moi) !! La voilà, Jodhpur-la-ville-bleue !! La ville s’étend à mes pieds, dans le soleil couchant, une mosaïque de cubes bleus et blancs à perte de vue… Bon, bah voilà, ça valait le coup quand même !!

Pour ceux que ça intéresse, l’audioguide compris dans le billet d’entrée est très bien fait…

Bref, après cette journée riche en culture, il était temps de passer à la confiture à des nourritures plus terrestres. Je suis donc allée dîner avec D. et Y., singapourienne, fancy backpackeuse, avant de finir sur la terrasse de notre guest house à tirer des feux d’artifice pour célébrer… ben oui, tiens… pour célébrer quoi au fait ? Pfff… on en sait rien mais le feu d’artifice se passe de motif. Il ne tarde pas à prouver qu’il se suffit à lui-même…

Photos ici.

Jaisalmer, la belle du désert

Après avoir passé presque 48 heures à glandouiller au bord de la piscine, à lire et à regarder des films (des vacances en fait !), j’ai donc quitté Sawai Madhopur et ses tigres invisibles pour retourner à Jaipur et prendre le train de nuit pour Jaisalmer, 350kms plus à l’ouest.

Jaisalmer, c’est comme Agraba, cité de la magie noire… et de l’enchantement… et des plus belles marchandises de ce côté du Jourdan en vente aujourd’hui, profitez-en… Jaisalmer, c’est les portes du désert, les méharées, un fort de 99 bastions bâtis sur le sable et de vieilles ruelles pleines d’échoppes multicolores et de havelis somptueux… Jaisalmer, c’est les 1001 nuits, c’est la belle du désert…

Commençons par le commencement : il me faudra pas loin de 11 heures de train pour arriver jusque là ! Après les trains de jour répugnants, j’expérimente donc les trains de nuit. Et bah c’est plutôt une bonne surprise : les draps sont propres, les couchettes sont de taille raisonnable (bon, évidemment, une fois que j’ai posé mes 2 sacs dessus, y avait plus de place pour que j’y dorme mais ça, c’est un détail…), personne n’a essayé de squatter ma place et en plus on peut rencontrer des gens sympas (D., québécois, en vacances, et ravi de trouver une française qui comprend son accent et ne lui fasse pas tout répéter 3 fois) .

Par contre, à la gare de Jaisalmer, c’est la guerre des rabatteurs de tuk-tuks ! Une nuée de types s’abat sur moi et manifestement, quelqu’un leur a dit que c’est celui qui crie le plus fort qui gagne… Mais c’est bien mal me connaître : je crie plus fort qu’eux. J’arrive donc à me faire déposer devant l’hôtel que j’ai choisi et gratuitement en plus ! Non mais oh ! On va pas se laisser bouffer par un petit milliard d’Indiens non ?

Bon alors en fait, Jaisalmer, c’est tout petit et la vieille ville à l’abri des remparts du fort encore plus. Mais qu’est-ce que c’est joli… Alors là, franchement, c’est plein de bouses de vaches sacrées mais c’est vraiment kromeugnon. Les petites ruelles étroites avec les façades et les balcons finement sculptés des havelis, le tout dans un joli grès doré… non, vraiment, bel effort… et même si marcher le nez en l’air relève de l’inconscience (à cause des vaches sacrées et de leurs sacrées bouses, mon pied droit peut vous en parler plus en détail si vous le souhaitez…), pour la première fois depuis que je suis en Inde, je suis émerveillée par la ville. Un des vendeurs de cartes postales me dit qu’en France, on a la même chose… à Carcassonne… Bon, il y est jamais allé à Carcassonne…

Pour ceux que ça intéresse, à Jaisalmer, il y a aussi le Bangh Shop. Oui, oui, oui. Autorisé par le Gouvernement, et tout, et tout… Et ils te vendent un bangh lassi qui fracasse (paraît-il…), des bangh cookies, des bangh pizzas… Avec un slogan du genre Get high in Jaisalmer ! Incredible India

Mais bon, on n’est pas là pour ça ! Non madame, moi je viens pour rider les camels ! La spécialité du coin c’est le camel safari et comme je me suis déjà faite sérieusement arnaquer sur les tigres 2 jours plus tôt, je compte bien en avoir pour mes roupies !!

Me voilà donc partie de bon matin à une trentaine de kilomètres à l’ouest de Jaisalmer (non, je n’essaye pas de franchir en douce la frontière pakistanaise… de toute façon, c’est plein de indian soldiers partout !) en compagnie de J. et L., 2 étudiants en médecine allemands. La Jeep nous dépose au bord de la route au milieu de nulle part où nous attendent Gandhi (c’est pas une blague…) et Kunda, nos chameliers pour les 2 prochains jours ainsi que Johanna, Laloo et Pundi, nos 3 chameaux.

Et c’est partiiiiiiiiii ! Je me prends pour Lawrence d’Arabie, conduisant ma caravane de chameaux, mon turban sur la tête, au beau milieu du désert, le soleil implacable nous brûlant les yeux et le reste, les chiens errants venant parfois à notre rencontre… (oui, je sais, Lawrence n’était pas dans le même désert et si ma mémoire est bonne, il était à cheval, pas à dos de chameaux. Ça va, pas la peine d’être désagréable !)

Tout ça, c’est bien joli mais un chameau, ça n’a pas d’étriers. Au bout d’une heure, tu commences à bien sentir que tu vas perdre tes 2 jambes et au bout de 2 heures, tu pries pour qu’on s’arrête… Mais comme tu t’es un peu enflammé et que t’as signé pour 2 jours de safari, t’es pas prête de t’arrêter ! Heureusement, la pause déjeuner qui dure 4 heures à l’ombre du seul arbre du coin vient à ta rescousse. Bon évidemment, tu reprends ton régime lunch dhal / dinner dhal mais au milieu du désert, difficile de se faire livrer un Big Mac (et puis de toute façon, ils mangent pas les vaches ici…)

On en profite pour papoter avec Gandhi et on apprendra plein de trucs intéressants sur les chameaux (que les femelles, c’est pas bon pour le travail, ça a juste envie de courir dans le désert, qu’une chamelle ne peut pas avoir plus de 4 bébés chameaux, qu’au Pakistan, ils mangent les chameaux mais qu’ici, c’est interdit…), bref, tout ça pour finir quelques heures plus tard au milieu des dunes où on passera la nuit, à la belle étoile sur des lits de camp.

Comme on est des petits malins, on arrivera quand même à se dégoter quelques bières fraîches qu’on dégustera en admirant les étoiles filantes et la voie lactée particulièrement en beauté ce soir-là.

Le lendemain matin, on est réveillés par le lever du soleil et les milliers de scarabées qui font crisser le sable sous leurs pa-pattes… beurk ! Mais pas le temps de traîner, on remonte en selle ! Tes fessiers et tes jambes n’ont malheureusement pas oublié qu’ils ont fait la même chose la veille et te le font payer… cher ! Et c’est parti pour 3 bonnes heures au trot de chameau sous un cagnard encore pire que la veille. Là, tout est une question de volonté : tu oublies qu’un jour, tu as eu des fesses et des jambes et tout se passe bien.

On finit par s’arrêter sous un arbre, tu n’arrives même plus à descendre du chameau parce que tu as laissé tes cuisses quelque part sur le chemin et on se fait un petit lunch dhal d’adieu avant que la Jeep ne vienne nous récupérer pour nous ramener à l’hôtel.

Bref, Jaisalmer, le premier vrai coup de cœur indien (même si mes fesses jurent le contraire…)

Photos ici.

La poisse : épisode n°2

Et oui mesdames et messieurs !! Voici venu le grand retour de La Poisse !! (ça faisait bien 15 jours remarquez, c’est déjà pas si mal…)

Bon alors, aujourd’hui le plan c’était d’aller au Ranthambore National Park, à 2 heures de train de Jaipur, pour faire un safari photo à la recherche des tigres du parc. J’avais réussi à réserver mon billet aller hier et j’étais number 1 sur la waiting list pour le billet retour.

Bon d’abord, on commence par le train. Je DETESTE les trains indiens, ils sont pleins de cafards… Mais genre PLEIN. Genre ils sortent de partout : sous la banquette, sur le mur derrière ta tête, les fenêtres, la banquette du dessus (qui est en fait la couchette du dessus)… bref c’est un cauchemar.  Dieu sait que je suis habituée à en voir, je veux dire, c’est pas comme si c’était la première fois de ma vie que je voyais plusieurs cafards en même temps mais là… Sur la banquette en face de moi, un monsieur dormait comme un bébé. Et ben, un cafard bien dodu a grimpé sur la banquette et s’est arrêté à 2 cm de sa joue ! Et pendant que j’étais scotchée par le spectacle, un de ses copains, bien dodu aussi, a grimpé sur mon sac. Sur MON sac !!! J’ai cru que j’allais m’évanouir… et j’aurais dû comprendre que La Poisse était en train de pointer le bout de son nez…

Bref, à peine remise de mes émotions, je débarque à la gare de Sawai Madhopur, petit village qui ne vit que par et pour le tourisme des tigres et du parc. Etant donné qu’il n’y aurait que 32 tigres dans le parc et qu’il n’est donc pas garanti d’en voir à tous les coups, je me dis que je vais décaler mon train du retour pour rester une matinée de plus sur place et donc avoir la possibilité de faire 2 safaris (au cas où La Poisse aurait été avec moi). Le gars du guichet annule donc mon premier billet et m’en sort un pour le train suivant et je passe gaiement de number 1 à number 42 sur la waiting list… Merci La Poisse ! Je me dis que c’est pas grave, que je vais quand même monter dans le train et que je viens de doubler mes chances de voir des tigres.

Mais bien sûr, ça ne s’arrête pas là ! J’arrive à l’hôtel (le Tiger Safari Hotel, j’ai mis toutes les chances de mon côté) et là… tadaaaaaaaaaaaa !!! le gérant me dit qu’il n’y a pas de safari parce que les gardes du parc n’ont pas donné l’autorisation de commencer la saison et qu’il n’y aura donc AUCUN safari avant le 10 octobre… Ouh là là… ça ressemble franchement à La Poisse, ça !!

Je me retrouve donc coincée pour 48 heures dans un trou paumé où il n’y a strictement rien à faire… Rien de chez rien. Et cerise sur le cupcake, l’hôtel n’a pas le wifi « It’s broken, Mam, but we call for repair and we will say to you if it’s ok ! ». Et pas question de revenir ici après le 10 octobre, je serai déjà loin et y a bien trop de cafards dans le train !!

Bon, pour me consoler, il y avait plein de gens qui trimbalaient des tas de trucs dans des carrioles attelées à des dromadaires et une piscine… un peu d’exotisme quoi !

Jaipur-la-ville-rose

Ce qui est sympa au Rajasthan, c’est qu’ils se sont organisés pour avoir une seule couleur par ville : Jaipur-la-ville-rose, Jodpur-la-ville-bleue, Udaipur-la-ville-blanche…

J’ai donc attaqué le Rajasthan par Jaipur. Grâce à Amar, mon tuk-tuk driver sikh préféré que j’ai embauché pour la journée, on a silloné tous les coins et recoins de la ville et on s’est bien marré.

On a commencé par un petit passage par la gare parce que je devais réserver mes billets de train pour la semaine à venir. Bon… ben jusque là j’avais été épargnée mais l’administration indienne est bien à la hauteur de sa réputation ! Presqu’une heure pour récupérer 3 billets de train dont un où je suis en pole position sur la waiting list (autant dire que je vais jouer la blonde sur ce coup là et que je serai dans le train quoi qu’il arrive !)

Après ça on est allé à la poste pour acheter des timbres. Heureusement, Amar est grand et fort (mais par contre, il est pas très beau…) et il a réussi à éborgner quelques Indiens jouer des coudes pour qu’on n’y passe pas la matinée.

On a ensuite attaqué les choses sérieuses : City Palace, Jantar Mantar, Amber Fort, Hawa Mahal… bref, j’ai visité tout ce qui est visitable en avalant litre d’eau après litre d’eau (oui parce qu’ici il fait une température délicieuse… 37°C) et Amar me racontait des anecdotes sur les différents monuments. Nous avons donc eu un moment surréaliste où Amar m’explique qu’un des maharajas de Jaipur est mort sans successeur alors qu’il avait 50 femmes mais un pénis de la taille de son avant-bras (il joint le geste à la parole pour que je comprenne mieux) et que donc, ça posait problème…

J’hésite entre la consternation et un grand éclat de rire mais Amar me dit aussitôt : « No joking !! » et je comprends bien qu’on ne rigole pas avec ces choses-là et que la descendance des maharajas n’est pas un sujet qui prête à rire…

M’enfin, franchement, je me suis mordue les joues ! Ce type me la joue « Dieu qui le regarde » et d’un coup il me parle de kama sutra paintings (« Nice gifts fo your friends ! ») et de maharajahs qui ont des problèmes de gigantisme… Incredible India !!

Pour finir la journée sur le même thème, je suis allée admirer le coucher du soleil au Sun Temple, un temple où les singes se retrouvent par centaines à la tombée du jour. Alors les singes… quand y en a un ça va, c’est quand y en a plusieurs et qu’ils se mettent à crier que ça fait fliper… Je faisais pas trop ma maligne… Mais là n’est pas la question. Un de ces charmants petits macaques a confondu un petit cochon à poils longs qui passait par là avec une de ses congénères. Le voilà qui lui saute sur l’arrière-train. Le petit cochon ne comprend pas ce qui se passe, il panique, il se met à courir partout en grognant, le petit singe, les yeux écarquillés, toujours accroché à ses fesses dans le soleil couchant. Ah… l’observation du monde animal… quel émerveillement !

Photos ici.

Aujourd’hui… j’ai conduit un tuk-tuk !!

Je suis donc revenue du Grand Nord pour me replonger dans la moiteur de Delhi… Mais faut quand même pas pousser le bouchon Maurice !, à peine arrivée à Delhi, j’ai foncé à la gare routière pour trouver un bus pour Jaipur.

J’avais juste oublié qu’aujourd’hui, c’est l’anniversaire de Gandhi et donc, c’est un jour férié (… mouais, vous aussi, vous aviez oublié).

Après 6 bonnes heures dans un bus non AC (sans clim’ quoi !), je descends du bus poisseuse et fatiguée fraîche comme la rosée du matin et je tombe quasiment littéralement dans les bras d’Amar, tuk-tuk driver de son état. Amar est sikh, a un très joli turban et me jure qu’il ne me fera pas d’embrouilles parce que Dieu le regarde et sait quand il essaye de faire le malin… (mouais, vous aussi, vous vous dites que décidément, les Indiens, ce sont des p’tits marrants…)

Bref, Amar est sensé me conduire jusqu’à la Karni Niwas Guest House où j’ai décidé de poser mon paquetage pour 2 jours. En chemin, on bavarde, on papote, et d’un coup, Amar s’arrête sur le bord de la route : « Come on, drive ! »

WHAAAAAT ? But are you definitely crazy ? Je ne tiens pas à rappeler ici le nombre de points qu’il reste sur mon permis ni mes exploits de conduite en France mais alors au beau milieu du capharnaüm indien… on voit bien qu’il ne sait pas à qui il parle, Amar… Et Dieu a beau le regarder, il a du faire une grosse bêtise !!

Mais bon, on n’est pas tuk-tuk driver tous les jours alors je me lance. Je m’assois à côté d’Amar et on est partiiiiiiiiiiii ! Accélérateur, embrayage, rond-point par la gauche (ouais, parce qu’en plus du reste, faudrait pas que je me goure de sens, hein ?), Amar est mort de rire, moi, morte de trouille et on s’arrête quand même un peu plus loin avant de passer devant le poste de police parce que, OK on rigole bien, mais Amar tient à son job quand même…

J+22 et je suis déjà tuk-tuk driveuse… Qu’est-ce que ça va être dans 3 mois ???

Julleyyyyyyyyy !

Quand j’ai officiellement annoncé que je partais faire ce voyage, un de mes frères m’a dit « Tu peux arrêter de te laver, c’est bon. » Il ne croyait pas si bien dire… ma dernière douche remonte à 4 jours. Ben oui mais bon, dans la montagne, les douches (chaudes de surcroît) ne sont pas légions ! Vous constaterez que je suis beaucoup plus conciliante dans l’Himalaya que dans les Pyrénées…

Je suis donc partie dans la vallée de Sham pour enchaîner les cols à plus de 3800 mètres en compagnie de Guonzan, ma guide, pendant 4 jours d’affilée et pour le plaisir s’il vous plaît !

Tiens, d’ailleurs, pour ceux qui se demandent si la crème « anti-ampoules » est efficace, je confirme : j’en avais pas et paf ! une belle ampoule au bout de 2 jours au talon gauche !

Pendant ces 4 jours, nous avons dormi dans des homestays. En guise de chambre, des matelas posés au sol et pour la salle de bain ce sera des toilettes sèches au fond du jardin, merci !

Bon, je vais pas vous raconter par le détail les noms des microscopiques patelins qu’on a traversés, mais retenons plutôt que au Ladakh, il y fait peut-être froid la nuit mais les gens sont tellement gentils et chaleureux qu’on aurait presqu’envie de passer l’hiver au coin du poêle avec eux. Et puis, j’ai appris à faire du shitaki (rien à voir avec le shitaké), des mo-mos, des chappattis, à compter jusqu’à 5 en ladakhi, à danser ladakhi, à faire sécher des bouses de vache pour alimenter le feu… bref, je suis une Ladakhie accomplie ! D’ailleurs, tout le monde me disait que je ressemblais à une Ladakhie, j’envisage donc une reconversion dès la fin de ce voyage ! (… enfin pas complètement quand même parce que la température descend jusqu’à -35°C et qu’à part le poêle, y a pas de chauffage). Et puis avec les 5 mots de vocabulaire que j’ai appris, c’est du tout cuit ! Julleyyyyyy !! (en insistant bien sur le « eyyyyyyyyy »… ça veut dire à la fois « Bonjour », « Au revoir », « Merci » et « S’il vous plaît », c’est très pratique…)

Je plaisante : la vie dans la montagne, c’est franchement pas une sinécure… Y a pas l’eau courante (faut aller la chercher à la rivière et des fois, c’est pas tout près), y a pas l’électricité courante (ça va, ça vient, on sait jamais quand ça marche) mais… le gouvernement fournit des panneaux solaires si on en fait la demande (je dis ça pour « le monde du solaire »…), on mange la même chose matin, midi et soir, été comme hiver, on se gèle les fesses dès que le soleil passe derrière la montagne d’à côté et les routes sont purement et simplement bloquées du 1er décembre au 15 mars si on est chanceux…

Alors, bien sûr, la communication n’a pas toujours été facile puisque nos hôtes ne parlent jamais un mot d’anglais et que Guonzan étant trainee guide, elle était pas encore tout à fait opérationnelle en traduction mais on s’est payé de bonnes tranches de rire. Et puis ça a aussi été l’occasion rencontrer L., anglaise d’origine bengladeshi et prof d’histoire en Australie, accompagnée de sa guide et avec qui nous avons passé une très chouette soirée à jouer au pouilleux massacreur…

Et puis le trek en lui-même n’était pas hyper palpitant. Mais rien que pour pouvoir en faire baver certains en disant « J’ai passé 8 cols à plus de 3800 mètres en 3 jours »… ça valait le coup !

La prochaine fois, c’est sûr, je prévois 4 semaines, et je me le paye, le K2 (et pas du fond d’un canapé…) !!

En attendant, retour à Leh, je refais mon sac pour la 50ème fois en 3 semaines et direction le Rajasthan !!

Photos ici.

Ce soir, j’ai dîné avec Brad Pitt…

OK, il était brun, il était allemand mais il s’appelait B. (c’est presque pareil !) et avec l’Himalaya en arrière-plan, on pouvait se croire dans Seven Years in Tibet… ou presque.

Reprenons depuis le début. Mercredi matin, rendez-vous de bonne heure et de bonne humeur devant l’agence avec laquelle j’ai booké l’excursion au Pangong Lake. Soit dit en passant, c’est sensé être le pluuuuuuuuus beau lac du Ladakh, avec différentes teintes de bleu faisant penser aux Caraïbes, la température en moins puisqu’il est à 4300 mètres d’altitude…

On est 4 à partir à l’aventure : B. (donc…) allemand, S. israelienne, C. hollandais et moi-même, votre serviteuse… On grimpe dans notre jeep, à peine de temps de faire connaissance avec notre chauffeur qui de toute façon ne parle pas anglais et c’est parti mon kiki !!

Bon, on va se dire les choses une bonne fois pour toutes : la route de montagne à moitié défoncée, à peine assez large pour croiser les camions qui montent et qui descendent toute la journée, le tout avec un chauffeur indien (ouais parce qu’on est peut-être très très près du Tibet, faut pas oublier qu’ils sont indiens les gens ici et qu’ils conduisent donc comme… des indiens !!)… ça ne pardonne pas ! Cerise sur le cupcake : on passe le 2ème col carrossable (enfin carrossable… tout est relatif) le plus haut du monde à 5360 mètres… (le 1er est aussi dans le coin). Comme des débutants, on saute de la voiture pour aller faire LA photo près du panneau de l’armée qui atteste de l’altitude… erreur fatale !! on se met à trembler comme des feuilles, on a la tête qui tourne et l’estomac qui se met à faire des bonds… que du bonheur !

Bon évidemment, on ne reste pas au col, on redescend de l’autre côté et après 6 heures de route et une bonne cinquantaine de pauses photos, on aperçoit enfin le Pangong Lake.

C’est vrai, c’est très joli, le paysage est impressionnant et de l’autre côté du rivage, c’est la Chine. Cette f***ing altitioude nous empêche quand même un peu d’en profiter en nous collant un bon mal de tête mais on ne se laisse pas faire et on avale de grandes rasades de ginger tea.

Le village de Spangmik où nous passons la nuit est minuscule : une dizaine de maisons qui font toutes du homestay, c’est-à-dire qu’elles accueillent les touristes en demi-pension (puisque de toute façon, y a rien autour…). Nous choisissons le Gongma Homestay, une des maisons les plus hautes du village. La vue sur le lac est superbe et les propriétaires hyper sympas et on passe la soirée à discuter pendant que Madame fabrique du beurre et du fromage à partir du lait de la traite du jour.

Alors évidemment, y a pas de douche (sauf si t’as envie de te jeter dans le lac), les toilettes sont dehors et on dort tous dans la même chambre sur des matelas à même le sol mais c’est pas plus mal parce que vu la température extérieure et l’inexistence de système de chauffage, on est bien content d’être plusieurs dans la pièce. Pour qu’on ne se sente pas trop seuls, il y a même des souris blanches (bien nourries les souris…) qui passeront la nuit à courir sur le drap tendu au plafond. La bonne nouvelle, c’est qu’à cette altitude, pas de trace d’araignées, de moustiques ou de cafards… Finalement, je vais peut-être rester là…

Le lendemain matin, on reprend la route dans l’autre sens et on s’arrête en chemin pour visiter 2 monastères assez connus dans le coin : le Tangtse Gompa, dont une partie a plus de 600 ans, et le Thiksey Gompa, qui abrite une statue de Bouddha haute de 14 mètres. On croisera aussi tout un tas d’animaux qui trouvent que le coin est sympa : marmottes bien grasses (l’hiver arrive dans 3 semaines), wild donkeys, yaks, …

De retour à Leh, je récupère chez un couturier un écusson brodé AL autour du monde. Pas moyen de faire faire ça en France, mais ici, au beau milieu de nulle part et sans électricité, ça ne leur a posé aucun problème ! Bon, il est un peu indian style, mais ça ne fait que rajouter à son charme ! Du coup, voici le nouveau look du sac à dos ! 

IMG_0575

La classe, hein ??

Juste le temps de prendre une bonne douche chaude et je refais mon sac pour les 4 jours de trek à venir et l’ascension du K2 !! (… je rigole ! pfff… j’imagine déjà vos têtes !!)

Photos ici.

Monter un escalier et manquer s’évanouir

Voilà ce qui arrive quand on veut faire sa maligne et qu’on passe sans transition du niveau de la mer à 3500 mètres d’altitude.

J’ai donc changé de décor. Après une nuit hachée (3 avions différents entre 20h30 et 6h30 et une incrédulité certaine devant les règles de l’aviation civile indienne, genre t’as le droit d’avoir 10 litres de liquide sur toi du moment que c’est dans une bouteille d’eau ou tu ne passes pas le contrôle de sécurité avant minuit si ton vol est à 2h du matin…), le commandant de bord qui te dit de regarder par le hublot parce qu’on voit l’Everest, le survol de la chaîne du Zanskar et l’atterrissage au milieu de nulle part entre les sommets enneigés après plusieurs loopings au-dessus de Leh… ça avait presque quelque chose d’irréel ! Même depuis l’avion on se sent tout petit !

Bon, quand tu descends de l’avion et que le froid te mord les mollets, là, tu remets direct les pieds sur terre : t’es dans l’Himalaya fillette ! Youhou ! Fallait mettre la polaire sur le dessus du sac !

Mission n°1 : se trouver une guest house pas trop chère mais avec de l’eau chaude ! Bah ouais, autant c’est pas gênant quand il fait 40°C et que tu sues à ne rien faire, autant là… elle coule directement des glaciers d’à côté l’eau du robinet ! Mission accomplie chez Indus Guest House où je tire de son lit un petit papi qui pensait que la saison était finie.

Bref, je négocie comme une chef le prix de la chambre pour les 3 nuits à venir et je m’écroule comme une moule jusqu’à midi. Quand je rouvre les yeux, je me suis faite un nouvel ami : le mal des montagnes… Et keskessafé le mal des montagnes ? Ça te pilonne le crâne, t’as l’impression que ta langue est une pierre ponce, tu pourrais faire le ramadan sans même t’en apercevoir et quand tu montes un escalier… tu vois des petites étoiles !

Je me dis que je suis forte, que je vais patiemment attendre de m’être acclimatée à l’altitude et que ça n’a jamais tué personne (à vrai dire si, c’est très sérieux le mal des montagnes, ça peut tuer…). Mais vers 16 heures, les aiguilles qui sont enfoncées dans mes yeux, mon cerveau et ma nuque devenant franchement pénibles, je craque et je vais à la pharmacie.

Ah la pharmacie indienne… on n’en parle pas assez je trouve. D’abord, les boites de médicaments sont rangées sur des étagères et les gens se servent eux-mêmes. Du coup, les 3/4 des boîtes sont ouvertes avec les tablettes de pilules qui dépassent et il y a un petit gars qui est chargé de tout ranger au fur et à mesure. A la caisse, le pharmacien (enfin… on sait pas trop si il est pharmacien celui-là…) a une cadence 20 fois supérieur à la caissière de Monop’ et hurle des prescriptions à tue-tête.

Je lui demande ce qu’il peut me donner contre le mal des montagnes et une plaquette de paracétamol tombe littéralement du ciel, jetée par le petit gars qui est sensé ranger mais finalement, on n’est plus trop sûr de ce qu’il doit faire… Mouais, bah pour prendre un Doliprane, j’ai pas besoin de tout ce cirque. Bref, j’arrive à négocier qu’il me donne autre chose et me voilà avec mes nouvelles pilules en poche, heureusement furieusement efficaces.

NDLR : il n’est pas particulièrement conseillé d’acheter des médicaments en Inde car le marché noir du médicament est florissant et les contrefaçons sont légions. Mais bon… en cas de force majeure…

Entre temps, j’ai quand même fait le tour de la ville (qui n’est pas bien grande) et repérer une bonne dizaine d’agences organisatrices de trek et autres excursions dans les environs.

On arrive en low season, il faut très souvent des permis pour circuler dans la montagne et les permis ne sont délivrés qu’à partir de 2 personnes. Il va donc me falloir me joindre à un groupe et donc m’adapter aux excursions déjà programmées. C’est un vrai casse-tête de faire coïncider les itinéraires et les dates de départ et tout ça au meilleur prix bien sûr !

Etant donné ma condition physique exceptionnelle (qui a rigolé ?) et ce sacré problème de l’altitude, l’idée de franchir allégrement les cols à 6000 mètres est abandonnée rapidement. Le lendemain matin, après un petit déj avec des nutella toasts (des fois, la mondialisation, ça a du bon), je trouve l’itinéraire, le guide et les dates qui vont bien chez Ladakhi Women’s Travel Company, la seule agence de Leh qui emploie des femmes guides (non, je ne milite pas chez les Chiennes de Garde mais je trouve ça cool et en plus ce sont les seules à pouvoir faire le trek que je veux quand je veux). Et en plus, à part le fait que monter 10 marches me donne encore l’impression d’avoir couru un marathon, le mal des montagnes est en train de s’estomper. Le programme pour les jours à venir est donc le suivant : excursion en jeep de 2 jours au Pangong Lake puis retour à Leh et départ le lendemain pour un trek de 4 jours dans la vallée de l’Indus, le Sham Trek (autrement appelé Baby Trek parce que normalement c’est un trek pour bébé d’acclimatation avant de passer aux choses sérieuses… mais ça, c’est pour les gens qui ont prévu de passer 3 semaines au Ladakh et pas 8 jours).

Photos ici.