PCT Training 2 – la Rota Vicentina

Reprenons cette histoire d’entraînement.

Je venais de passer 15 jours à gambader dans les montagnes. Et à ma plus grande surprise, ça n’avait pas été si horrible que ça. Ça avait même été carrément chouette. Mais pour être honnête, je n’avais aucune idée ni des dénivelés, ni des distances parcourues. Tout ce que je savais c’est que j’en avais encore sous la semelle mais pas non plus de quoi courir un ultratrail.

Alors je me suis dit que ça serait bien de savoir si j’étais capable de marcher 25 kilomètres avec un sac sur le dos. La dernière fois que j’avais marché sur une vraiment longue distance, c’était par une nuit froide de janvier. 39 kilomètres au pas de charge entre Beynes et Mantes-la-Jolie. De nuit. Oui. Non, c’était pas une lubie. C’était un morceau du Paris – Mantes à la marche. Et le lendemain, ou plutôt le surlendemain, avait été catastrophique. C’était plus des jambes que j’avais, c’était des poteaux. Je ne marchais plus, je glissais. Douloureusement. Les escaliers ? Même pas en rêve. Alors certes, on peut dire que l’absence totale d’étirements après l’épreuve était sûrement pour quelque chose dans mon état misérable mais pas que. Marcher 39 kilomètres comme ça, de but en blanc, je peux le faire. Y survivre, c’est moins sûr. Et recommencer le lendemain, ça, c’est carrément à exclure. Or dans l’idée de finir le PCT avant que la neige ne recouvre les montagnes du nord-ouest américain, il va falloir enchaîner les marches de plus de 25 kilomètres. Et non pas une ou deux fois comme ça en passant mais tous les jours. Plusieurs semaines durant. Mais soyons réalistes, si je commence dès le premier jour avec 35 kilomètres, je vais jamais tenir la distance. Je compte donc me la jouer diesel. Tranquille au début pour me chauffer puis augmenter le mileage (bah oui, puisqu’on compte en miles là-bas, on dit mileage, pas kilométrage) doucement mais sûrement.

Mais même comme ça, dès le départ, va pas falloir se laisser aller. C’est pas exactement une promenade du dimanche non plus… Et clairement, si je parcours moins de 25 kilomètres (15 miles) par jour, je vais prendre du retard. J’avais donc besoin de savoir si je pouvais marcher 25 kilomètres par jour, plusieurs jours d’affilée. Et bien mesdames et messieurs, la réponse est… OUI !!! Mais laissez-moi vous raconter comment je sais ça.

Il y a un petit moment déjà, je m’étais dit que j’irais bien voir à quoi ressemble le Portugal. C’est vrai, le Portugal, c’est pas très grand, c’est juste à côté et on en entend jamais parler. Et puis j’avais lu le récit de voyage d’Adeline et elle parlait de Rota Vicentina, de petits sentiers, de falaises, de soleil qui se couche dans la mer… ça avait l’air vraiment sympa. Alors ni une ni deux, j’ai googlé « Rota Vicentina », lancé une recherche pour un vol Paris – Lisbonne et une demi-heure plus tard, j’avais un billet d’avion et un itinéraire parfait pour 15 jours de marche le long de la côte portugaise.

N’ayant jamais mis les pieds au Portugal, j’ai tout de même pris le temps de visiter Lisbonne. J’avais toujours entendu dire que c’était hyper sympa, mais c’était bien plus que ça. C’était carrément… wow… Les vieilles ruelles tellement jolies, le tram tellement grinçant et brinquebalant, la lumière tellement douce et chaude, la mer tellement scintillante qui surgit entre 2 rangées d’immeubles tellement colorés… c’était tellement chouette !! La gastronomie portugaise n’a rien gâché à la fête non plus : pasteis de nata, morue sous toutes ses formes, petit verre de vin cuit en terrasse… j’en venais presque à regretter de devoir quitter Lisbonne pour aller gambader dans la campagne.

Mais je n’étais pas là juste pour flâner le nez en l’air et me perdre dans les ruelles de l’Alfama au son du fado même si tout ça avait un charme indéniable. J’avais un programme sportif de haut niveau. Alors par une belle fin d’après-midi, j’ai grimpé dans un bus direction Porto Covo. Je suis arrivée à la nuit tombée. Le vent s’était levé. J’ai mis mon sac sur mon dos et j’ai avancé dans une jolie rue pavée façon station balnéaire avec ses boutiques pas très hautes et ses restos aux murs blanchis à la chaux. Y avait pas grand monde dehors, c’était la fin de soirée, les stores étaient déjà baissés. J’ai rapidement trouvé le Ahoy Porto Covo Hostel et Nicolas, son propriétaire. Nicolas est ultra gentil et une vraie mine d’info sur la Rota Vincentina. Il m’a briefé pendant près d’une heure devant la carte du parcours de mes 10 prochains jours : les plages où il faut absolument aller piquer une tête, les restos où il faut aller manger les meilleurs fruits de mer de la planète, les spots à pique-nique parfaits… bref, il était déjà 23h, je tombais de sommeil et je me suis donc écroulée sur mon matelas après avoir soigneusement préparé mes affaires afin de quitter mon dortoir au petit jour sans réveiller toute la maison.

Le lendemain matin, le vent était tombé et j’ai refermé doucement la porte de la maison au moment où les premiers rayons du soleil réchauffaient le chat de la voisine perché sur le muret. Un petit gratouillis sous le menton mais pas le temps de s’attarder. C’est qu’il y a 20kms à faire jusqu’à Vila Nova de Milfontes  et que je ne sais pas si ça va me prendre 5 heures ou 6 jours. J’ai des provisions dans mon sac pour les 4 jours qui viennent, ça devrait jouer. J’ai ajusté mes guêtres sur mes baskets, j’ai posé mes lunettes de soleil sur mon nez et en avant Guingamp ! Le sentier suivait la côte en grimpant sur la falaise sur en redescendant sur la plage. Rapidement, je me suis mise à marcher dans le sable. Parfait pour tester les guêtres. Le ciel était bleu, l’océan était bleu, le sable était presque blanc, il y avait des petites vaguelettes et le vent soufflait doucement juste comme il fallait et je déroulais les kilomètres. Je n’ai croisé quasiment personne jusqu’à arriver à l’entrée de Vila Nova. J’avais mis 5 heures. J’étais tellement fière de moi que j’avais envie de dire à tout le monde : « Hey ! Vous savez quoi ? Je viens de faire 20kms en 5 heures avec mon gros sac sur le dos et j’ai même pas mal aux pieds !! ». Y avait que des mouettes. Pour fêter ça je me suis assise sur un banc face à l’océan. Je me suis coupée de belles tranches de pain entre lesquelles j’ai plié de belles tranches de jambon fumé et de fromage au poivre. J’étais heureuse. Sale, mal peignée, avec des coulées de crème solaire dans le cou mais heureuse. J’ai un peu erré en ville avant de trouver le Hike & Surf Lodge où je devais passer la nuit puis j’ai passé l’après-midi à la plage. A Vila Nova de Milfontes, la plage se situe juste à l’embouchure de la rivière. L’eau est donc calme et paisible sur la plage et les surfeurs jouent avec les vagues un peu plus loin. Là encore, le vent rendait la chaleur parfaitement supportable et j’ai conclu cette belle première journée par un petit verre de porto en terrasse.

Le deuxième jour a commencé par la traversée de la rivière dans un petit bateau. Certes, j’aurais pu faire le tour et marcher quelques kilomètres de plus, mais franchement, c’était pas les kilomètres qui allaient manquer au cours de la semaine, j’ai donc estimé que traverser en bateau n’était pas tricher. La destination du jour c’était Almograve à quelques 15 kilomètres de là. 15 kilomètres ? Du gâteau après la journée de la veille !! Même genre de paysages, du sable, des dunes, du sable, des dunes… oh ! une petite échelle en bois pourri pour descendre une falaise de 12 mètres de haut… des vues de dingue depuis le haut de la falaise d’en face, du sable, des dunes, du sable, des dunes et puis Almograve. Il était à peine 11h quand je suis arrivée. Tellement tôt que la petite dame de la Pousada de Juventude voulait même pas me laisser accéder à mon dortoir… J’ai donc patienté, sagement assise dans le hall jusqu’à ce qu’il soit midi pétantes et j’ai enfin pu aller poser mon sac et prendre une douche. Je me suis ensuite fait à manger et je suis allée faire un petit tour dans le village. Pas grand-chose à voir à part quelques chats qui se chauffaient la couenne au soleil. A la Pousada de Juventude, y avait personne.  J’ai passé le reste de l’après-midi à l’ombre de la terrasse à lire et à sentir le vent sur mon visage. Le soir, je me suis cuisiné des pâtes sauce tomate dignes d’une cantine scolaire des années 80. J’avais hâte d’être au lendemain.

Au troisième matin, j’ai quitté Almograve dans la purée de pois. Ça donnait un petit côté mystique à la balade. Le soleil essayait bien de percer l’épaisse couche de nuages mais j’ai rarement pu apercevoir mon ombre. J’ai enfoncé un écouteur dans mon oreille gauche et j’ai écouté d’une oreille mon audiobook. Je marchais sur les falaises portugaises tout en pourchassant les criminels dans le Massachussetts. J’ai profité d’une mini éclaircie, pour pique-niquer assise au bord de la falaise, observant les nids de cormorans en contrebas. Mais j’ai pas vu passer les 22 kilomètres de la journée absorbée que j’étais dans mon livre. Je suis arrivée de bonne heure à Zambujeira do Mar. Je me suis assise sur un banc sur la petite place pavée qui surplombait la falaise et j’ai regardé les gens vaquer à leurs occupations. Un peu plus tard, je me suis installée à l’hostel Hakuna Matata. Y avait eu un orage la veille et l’eau était coupée. C’était bien dommage vu le besoin urgent que mes cheveux avaient de voir une douche. En fin d’après-midi, l’eau est revenue. Et j’ai repris forme humaine. Je suis ensuite allée faire quelques courses dans le village et j’ai passé la soirée à regarder des vidéos sur mon téléphone. L’hostel était quasi vide, pas un ronfleur à l’horizon, j’ai pu laver mes fringues et les étaler sur tous les lits du dortoir pour les faire sécher. Le lendemain, je me suis offert un jour off. Bah c’est vrai quoi. J’étais là pour marcher mais j’étais aussi un peu là pour profiter. Alors je suis allée à la plage où je me suis presqu’endormie en écoutant mon audiobook. J’ai préparé mon sac de bouffe pour les prochains jours, mangé une gigantesque salade et vidé mes chaussures de tout le sable accumulé dans les doublures. J’étais prête à repartir.

C’est tout juste si j’ai eu besoin de mettre le réveil le lendemain. J’ai remis mon sac sur mon dos, bouclé ma ceinture, ajusté mes guêtres et je suis repartie. A la fraiche. L’étape du jour me menait à Odeceixe à « seulement » 18kms de là. Alors j’ai pas forcé. J’ai pris mon temps. J’ai fait des pauses, j’ai admiré le paysage assise au bord de la falaise à ne penser à rien. Malgré tout, je suis arrivée de bonne heure à Odeceixe. Y avait personne à l’hostel. En fouinant un peu, j’ai trouvé une clé. Je suis donc entrée, j’ai posé mes affaires, pris une douche, fait un peu de lessive. Un peu plus tard, d’autres gens sont arrivés. Eux aussi, ils se baladaient le long de la Rota Vicentina. Ils se sont installés dans l’autre chambre, me laissant étaler toutes mes affaires tranquillement et brancher mes chargeurs sur toutes les prises. Un peu plus tard, je suis allée faire un petit tour dans le village. Très joli avec ses ruelles pavées en pente et ses maisons blanchies à la chaux. Y avait tout un tas de chats qui se doraient au soleil et qui ouvraient à peine à œil quand je tendais la main pour les caresser. Tout en haut du village, il y avait un ancien moulin à vent. Impossible de rentrer dedans mais la vue de là-haut était imprenable.

L’étape du sixième jour m’a amené à Aljezur, 18kms plus loin. Pour changer du sable et des dunes, le chemin suivait cette fois le canal d’irrigation de la Mira, la rivière du coin. La balade était facile, à plat, à peine besoin de repérer les petites marques rouges et blanches qui jalonnaient le sentier. Au bout d’un moment, j’ai même rejoint une forêt d’eucalyptus dont le parfum m’a ramenée plusieurs années en arrière sur la côte corse. Et puis j’ai fini par retrouver les dunes, le sable et la falaise. Et perché sur la falaise, Aljezur. Aljezur-le-vieux sur la falaise et Aljezur-la-nouvelle avec sa nationale et son supermarché en contrebas. L’Amazigh Design Hostel où j’ai posé mon sac était vraiment sympa. Creusé dans la paroi rocheuse avec une vue imprenable sur la vallée depuis le toit-terrasse. Encore une fois, j’étais seule dans ma chambre. Septembre dans ce petit coin de Portugal semblait être déjà hors saison.

Le lendemain c’était presqu’une journée de vacances : 12kms jusqu’à Arrifana. Le long de la falaise avec quelques passages par les plages. Du coup, j’en ai profité. J’ai traîîîîîîné. Je me suis baigné, j’ai fait une sieste. Et je suis arrivée à Arrifana en milieu d’après-midi. Probablement ma plus longue journée malgré le peu de kilomètres parcourus. Arrifana est très connu pour sa plage complètement encastrée entre 2 falaises ce qui en fait apparemment un spot de surf réputé. Je suis donc allée y faire un tour, regarder les enfants jouer au cerf-volant et compter tous les petits points noirs dans les vagues qui essayaient de se mettre debout sur leurs planches. Le Arrifana Destination Hostel est une usine à surfers. J’ai essayé de me fondre dans la masse mais avec mon bronzage de randonneuse et mes baskets de trail, j’ai eu le droit à quelques questions. L’occasion de rencontrer (enfin !) quelques Portugais en vacances. Bizarrement, peu de gens connaissaient la Rota Vicentina. Et l’idée de faire ça toute seule… totalement délirant apparemment…

Le lendemain, j’ai quitté Arrifana de bonne heure. C’était LA grosse étape de la semaine : direction Carrapateira à 24kms de là. J’avais eu des journées plutôt faciles les jours précédents, j’ai donc pris mon temps et je suis arrivée tranquillement à Carrapateira dans l’après-midi. Je me suis installée à la Pensao das Dunas. J’y suis restée 3 jours. Et comme l’avait si bien raconté Adeline, c’est vraiment un petit coin de paradis. Les propriétaires de la Pensao das Dunas sont uuuuultra gentils (et ils font un petit déj de dingue ce qui ne gâche rien), la plage est maaaaagnifique, y a des petits oiseaux qui chantent et j’ai même croisé un tout petit serpent qui m’a filé entre les doigts de pieds (que j’ai fort joli par ailleurs…). Bref, j’ai bien failli m’installer pour de bon à Carrapateira. Mais je n’étais pas encore arrivée au bout du bout du chemin. Il restait 2 étapes.

D’abord, il y a eu Vila do Bispo. Encore 22kms sous le soleil et le ciel bleu, à gambader joyeusement entre les champs en essayant d’approcher la faune locale. Pas d’océan pour une fois. Au GoodFeeling Hostel de Vila do Bispo, j’ai rencontré G., une Allemande. Elle voulait aller se balader. On s’est mis d’accord pour décoller à 7h le lendemain.

En ce dernier jour, on est donc parties de bon matin et très vite, on s’est retrouvé au bord des falaises à contempler l’océan 100 mètres plus bas. Cette dernière étape, malgré ses « petits » 14kms, c’était un peu l’apothéose de la balade. De la falaise encore plus découpée que d’habitude, des petits oiseaux partout, de la bruyère qui sent bon… A un moment, pendant qu’on papotait, on a voulu prendre un petit raccourci. Je me suis retrouvée suspendue par le bout des doigts à un morceau de caillou bien friable qui menaçait de dégringoler 50 mètres plus bas. Je suis remontée en rampant sur la falaise. Adieu raccourci. Mourir si près du but, ça aurait bien ballot. J’en ai été quitte pour une belle frayeur et une belle balafre sur le tibia gauche. On a donc sagement suivi le chemin et puis on a fini par arriver au Cabo de San Vicente. Tout au bout du bout du sud du Portugal. Et après presque 2 semaines à me croire seule au monde au paradis, j’ai retrouvé les cars de touristes et les stands de saucisses-frites qui vont avec. Drôle de sensation. J’ai quitté là G. qui est rentrée à Vila do Bispo et moi j’ai continué ma route en bus jusqu’à Sagres où j’ai ensuite sauté dans un train pour Faro.

Je n’ai passé qu’une petite journée à Faro où je prenais l’avion le soir même pour rentrer à Paris. C’est pas très grand, Faro, on peut l’explorer à pieds sans problème. J’ai eu le temps d’y manger une glace en regardant les petits poissons dans les eaux vertes du port et de traîner dans les vieilles ruelles pavées à la recherche d’un peu de fraîcheur. Et en fin d’après-midi, j’ai remis mon sac sur mon dos et j’ai pris la direction de l’aéroport. Les vacances étaient finies.

S’il n’y a qu’une chose à retenir de ce joli voyage au Portugal, c’est que cette partie de la côte portugaise est splendide. Tellement que je compte bien y revenir. Et aussi que Carrapateira est une excellente destination pour des vacances au calme, dans un paysage de carte postale. Et qu’en plus, c’est vraiment pas très cher. Surtout au mois de septembre. Bref, il n’y a pas qu’une seule chose à retenir de ce joli voyage au Portugal. Mais la plus importante c’est que j’arrive parfaitement à marcher plus de 20kms avec un sac sur le dos plusieurs jours d’affilée. Et je suis un peu rassurée.

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PCT Training 1 – de Allos à Menton

Parfois, je me lance des défis à la noix. Souvent, les gens me disent que je suis folle. Des fois, je crois qu’ils ont raison… Prenons un exemple.

Moi : « Hey ! Et si j’allais faire une rando de plus de 4000 kilomètres en 5 ou 6 mois, soit une moyenne de presque 30 bornes par jour ? »

Les gens : « Mais ma pauv’fille ! T’es complètement folle ! Pis comment tu vas faire pour t’entraîner ? »

Moi : « Ah ? Faut s’entraîner… ? »

Bref, je me suis dit que bien que la réussite d’un projet dépend à 90% du fait que tu y crois, il ne fallait peut-être pas complètement négliger le côté physique de l’affaire. Evidemment, je trouverai toujours des gens qui ont réussi le PCT sans avoir fait aucun entraînement particulier mais les experts sont tout de même relativement d’accord pour dire que s’entraîner un peu ne fait pas de mal…

Alors je me suis laissée convaincre. Bon. Sauf que pour s’entraîner à courir un marathon, on ne sort pas direct, courir un marathon. On fait de plus petites distances, on fait du fractionné (beurk !), on alterne les sorties courtes, les sorties longues, bref, on fait ça rationnellement, intelligemment, selon un planning bien établi. OK, mais concrètement, c’est quoi le plan pour s’entraîner pour le PCT ? Comment on fait pour s’entraîner à marcher 35 bornes par jour avec plus de 1000 mètres de dénivelé, en particulier quand on n’habite pas à la montagne et qu’avec un peu de chance, on n’a même pas le droit de mettre un pied à l’extérieur ? Bah voilà. En fait, on peut pas vraiment s’entraîner pour ça. Mais j’ai quand même essayé. D’abord parce que mon cerveau m’a dit que rester vautrée dans mon canapé, c’était quand même pas la meilleure idée et ensuite parce que je voulais tester mon matériel. Ou tout du moins une partie de mon matériel.

Cet été donc, comme tous les étés, je suis partie en rando avec les copains. Mais d’habitude, même si on fait pas de la rando de papis, on n’est jamais en autonomie complète à porter les tentes, les sacs de couchage, les réchauds et nos 3 repas par jour. D’habitude, on dort en refuge et on y prend nos dîners et petit-déjs. Ouais, peut-être qu’on fait un peu de la rando de papi en fait. Donc dans nos sacs, d’habitude, il n’y a que quelques fringues, des barres de céréales et les pique-niques de la semaine (et oui, on mange les melons en premier, on n’est pas complètement teubé). Et d’habitude, j’ai déjà parfois tendance à trouver mon sac lourd. Autant dire qu’à l’idée de porter ma tente et tout le reste pour jouer au parfait petit homme perdu dans la montagne, je me demandais si j’avais pas eu les yeux un peu plus gros que le ventre… Il a donc fallu élever le niveau.

D’abord, on a fait une boucle tous ensemble dans le Mercantour au départ d’Allos. On a fini la semaine en apothéose avec une nuit en bivouac au lac de Lignin à 2270m. D’abord, on a monté la tente. 5 minutes chrono ; un vrai succès. Ensuite on a fait chauffé de l’eau pour les nouilles chinoises. Le réchaud a fonctionné à merveille. Pas aussi rapide qu’un réchaud à gaz mais le pare-vent intégré est juste génial. Et puis la nuit a été bien froide mais roulée en boule dans mon Panyam 450, j’étais juste toasted comme on dit. Au petit matin, on a mis un peu de temps à faire sécher le double toit de la tente qui était tout mouillé à cause de la condensation. Mais malgré ça, l’expérience a été plus que réussie.

Du coup, une fois qu’on est redescendu de cette montagne-ci et qu’on a abandonné une partie des copains, on a pris un petit train, fait un peu de stop (toi aussi, fais du stop à 3 avec des gros sacs de rando…) et on est remonté sur cette montagne-là. Cette montagne-là, c’était Isola 2000 et le plan c’était d’aller mettre les pieds dans la Méditerrannée, sur la plage de Menton 8 jours plus tard. Sauf que cette fois, plus question de repas pantagruéliques et de la chaleur des dortoirs de refuge. Cette fois, c’était 8 jours tout seuls dans la montagne loin de la civilisation ou presque. Et ouais, sur le papier, ça me foutait les jetons…

On avait un peu préparé notre coup. J’avais été faire un tour à Auchan où j’avais rempli un caddie de sachets de semoule, de boîtes de thon, de soupes déshydratées, de muesli, de lait en poudre, de pâtes de fruits et de pom’potes. Vous auriez dû voir la tête de la caissière quand j’ai aligné tout ça sur son tapis. Elle a levé un sourcil et m’a jeté un regard perplexe genre : « mais tu vas nourrir un camp de vacances de gamins de moins de 5 ans ou quoi ? ». Ensuite, j’ai jeté tous les cartons, j’ai tout mis dans des sacs congélation (ah le sac congélation… le meilleur ami du randonneur… tu y mets ta bouffe, tes chaussettes sales, ton téléphone… pas tout dans le même sac, hein, évidemment…) et j’ai laissé ça mûrir une semaine dans un coffre de voiture pendant qu’on se promenait dans le Mercantour.

Quand on a quitté Isola 2000 après avoir fait un petit tour par le supermarché pour ajouter quelques produits frais (saucisson, jambon, pâté) à nos menus des prochains jours, j’avais un peu plus de 20kg sur le dos. C’était lourd. Tellement lourd que j’arrivais pas à soulever mon sac toute seule pour me le jeter sur le dos. Là, on était plus sur le papier et ça me foutait toujours les jetons. Mais c’était plus le moment de se poser trop de questions. Et la rando, c’est pas compliqué : tu mets ton pied droit devant ton pied gauche, puis ton pied gauche devant ton pied droit et tu recommences jusqu’à ce que mort s’ensuive… Alors lentement, j’ai soulevé mon pied droit, péniblement j’ai ensuite soulevé le pied gauche et puis j’ai recommencé. Et je suis pas morte. Je peux même dire que cette petite semaine, je l’ai grave kiffée.

Alors oui, on a vite réalisé qu’on aurait pu trouver une meilleure idée que la boîte de thon qui une fois vide prend autant de place que pleine ; oui, la pom’pote c’est lourd, super lourd ; oui, on a pris qu’une douche en 8 jours ; oui, y a un sac de muesli qui a explosé dans un sac et oui, récupérer du flocon de muesli dans un sac, c’est chiant ; oui, on a eu une chance de malade question météo puisqu’on a réussi à squatter un refuge la seule nuit où il y a eu de l’orage et oui, quand on est arrivé sur la plage de Menton, y a une petite fille qui s’est enfui en courant en criant : « Mais Mamaaannnnn, ils puent des pieds les gens !!! »

Et la morale de l’histoire c’est que je ne crois pas du tout que ces deux jolies semaines ont ressemblé de près ou de loin à ce qui m’attend sur le PCT. Mais je sais maintenant comment choisir un spot pour monter la tente, doser l’alcool à mettre dans le réchaud, vivre avec 2 t-shirts et 3 paires de chaussettes et surtout, j’ai plus les jetons. Je sais que je m’adapterai, que je trouverai ma routine et que je vais adorer ça. Et maintenant, j’ai hâte…

Banff National Park

J’ai beau être matinale, j’ai mal. Ce matin, le bout de mon nez m’indique clairement que la température extérieure est de loin la plus froide que j’ai connue à ce jour (depuis que je dors dans Flipper, cela s’entend). Même enroulée dans 2 couvertures polaires et 2 couettes, j’ai presqu’eu froid. D’ailleurs rien que de replier tout ça, j’ai les doigts gelés. Et quand j’ouvre les rideaux, je m’aperçois qu’il n’y a pas que mes doigts qui sont gelés. Le pare-brise aussi.

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Mais c’est quand même pas ça qui va m’arrêter (et puis, hé, j’ai déjà dormi en tente par -4°C et j’ai survécu… si, si) alors je me précipite à la douche. Clairement, ces derniers temps, je prends de mauvaises habitudes : douche brûlante tous les matins, va falloir mettre le holà. En attendant, je profite… Du coup, je fume en revenant vers Flipper. Pas bien longtemps, cela étant dit.  Et puis j’ai commis l’erreur bête, je suis revenue en tongs. Mes orteils mettront près de 12 heures à s’en remettre…

Mais peu importe, aujourd’hui le ciel est bleu et y a plein de jolis lacs qui se cachent entre les glaciers. Ah bah oui, ici aussi, ça glace de partout. Faut dire que vu la température qu’il fait…

Je commence donc par le Moraine Lake. Après quelques kilomètres dans la forêt, tout à coup, je déboule sur un grand parking et tout au bout du parking… le lac. D’un bleu qui pique les yeux et entouré par des montagnes aux sommets enneigés… une vraie carte postale !

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Sauf que Madame la Ranger me l’a bien expliqué, ici, faut pas se balader tout seul. C’est par groupes de 4 personnes minimum ! C’est que les grizzlis aiment bien le coin eux aussi et comme il semblerait qu’ils n’hibernent pas encore… Bon, y a moyen de se poster au début du sentier et de se joindre à des groupes de marcheurs si on veut mais en ce qui me concerne, je me contenterai de faire le tour du lac (qu’est pas très long, ultra facile et que t’as le droit de faire tout seul).

Après cette petite introduction, je passe aux choses sérieuses : le fameux Lake Louise. Le ultra populaire Lake Louise. Que tout le monde te dit que y a rien de plus merveilleux au monde. Rebelote, je traverse la forêt, j’arrive sur un parking encore plus grand et au bout du parking… le lac. Alors c’est vrai, c’est très très beau. Le lac bleu-vert, les pentes couvertes de sapins, le glacier dans le fond… c’est sûr, Dame Nature n’y est pas allée avec le dos de la cuillière ! Mais j’ai pas pu m’empêcher de trouver ça vraiment dommage qu’une espèce d’énorme hôtel genre château Disneyland soit construit juste sur la rive. Bon, cette fois, y a droit de se balader où on veut comme on veut (c’est juste à 10kms de l’autre lac, j’vois pas bien pourquoi les grizzlis traîneraient pas dans le coin mais après tout, c’est peut-être comme le nuage de Tchernobyl : ça ne passe pas la frontière…). Du coup, j’en profite pour grimper un peu et prendre un peu de hauteur. Mais rien n’y fait : l’hôtel gâche franchement le panorama.

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Et pour finir la journée en beauté, je décide d’aller admirer les chutes de Takkakaw, dans le parc Yoho voisin. Soyons honnêtes, ce qui m’attire c’est bien sûr, les chutes mais surtout la route pour y aller. Il paraîtrait que c’est pas pour conducteurs nerveux et que les caravanes sont interdites parce que les épingles à cheveux sont pas à piquer des hannetons.

Bon, là, c’est la déception totale. Sur 14kms de route, y a que 3 épingles à cheveux et une seule qui nécessite que je fasse une marche arrière avec une roue à moitié au-dessus du vide pour passer. Le reste, c’est du gâteau. Même Flipper est déçu, je le sens bien.

Et puis les chutes…

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Oui. Bon. Elles sont très hautes, certes. Mais ça reste un petit filet d’eau qui dégouline le long de la falaise…

Le lendemain, après une nouvelle nuit frigorifique vivifiante, je décide d’aller jusqu’au village de Banff. Banff, ça ressemble furieusement à une station de ski : 4 rues principales, 50 hôtels et 200 boutiques de souvenirs. Mais c’est mignon. En fait, au départ, je n’avais pas prévu d’y passer. Les principales attractions du parc se situent plutôt à Lake Louise et la suite de la route ne passait pas par là. Sauf que. Comme on le sait, il en va dans la vraie vie autrement que dans les plans. Ces crétins du gouvernement américain n’arrivent pas à se mettre d’accord sur le fait que bon-bah-oui-va-falloir-remonter-le-plafond-de-la-dette-parce-que-comme-tous-les-pays-du-monde-on-dépense-bien-plus-que-ce-qu’on-gagne et c’est le shutdown. De là où vous êtes, le shutdown, on en a parlé aux infos mais franchement, ça vous a pas franchement perturbé. De là où je suis… bah franchement, on m’aurait pas averti, j’aurais rien vu. Je me serais donc pointé la bouche en cœur aux portes du Glacier National Park et j’aurais pas eu l’air finaude…

Comme j’arrive pas à croire qu’ils puissent me faire ça à moi (non mais c’est vrai quoi, combien de fois dans ma vie je décide de traverser le continent ? Fallait vraiment qu’ils fassent ça maintenant ?), je me dis que je vais patienter quelques jours dans le coin, que tout ça va bien se débloquer et qu’il est pas né celui qui va m’empêcher d’aller à Yellowstone ! Parce que le grand moment de ma semaine, c’était ça : Yellowstone… LE parc national américain par excellence. Avec des ours, des bisons, des marmottes, des geysers, des lacs multicolores, des sources thermales, des montagnes, bref, la totale ! Je vous fais pas un dessin, je ne suis pas allée à Yellowstone

Mais reprenons. Je me retrouve donc à Banff et en plus, il fait gris. Pour passer mes nerfs et sur les bons conseils d’un Monsieur Ranger, je pars donc de grimper le Mount Sulphur. Je pourrais faire ma feignasse et grimper en téléphérique. Ça me prendrait 10 minutes. Mais j’ai décidé d’y aller à pieds et ça va donc me prendre presque 2 heures… Des petits lacets bien raides dans la montagne et ces grosses feignasses en téléphérique qui passent juste au-dessus de ta tête… On peut pas dire qu’il fasse vraiment chaud mais la montée se fait bien en t-shirt !

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Evidemment, quand j’arrive au sommet, la vue est moins impressionnante qu’elle ne devrait : les nuages gris foncé sont bien bas et le vent t’oblige à remettre vite fait tes 3 pulls.

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Après être redescendue, je file me réchauffer au McDo. Bah oui, y a le wifi, des prises électriques aux murs (faut bien chercher mais y en a) et personne te dit rien si tu restes 2 heures en buvant juste un coca.

Je finis par rejoindre le camping à la nuit tombée. En chemin, je me rends compte qu’il serait carrément possible de passer la nuit le long d’un trottoir. Mais ce soir, j’ai vraiment besoin d’une douche alors…

Le lendemain, dans l’espoir que les Américains réouvrent les parcs, je décide de prolonger mon séjour à Banff. De bon matin, je grimpe au sommet du Mount Tunnel. Un point de vue un peu différent de la veille mais les nuages sont toujours là.

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Dans l’après-midi, je vais jusqu’au Johnston Canyon. C’est un petit canyon creusé par une jolie rivière qui serpente dans la forêt. Et apparemment, je suis pas la seule à avoir décidé de me promener par là ! Il faut dire qu’ici, plus aucune consigne concernant les ours ! Vas-y , promène toi tout seul dans la forêt, ça craint rien ! Mouais… je reste perplexe quand même…

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Cette nuit, je reprends mes vieilles habitudes et je gare Flipper le long d’un trottoir. J’entends les commentaires des gens qui passent dans la rue sur Flipper et sa plaque californienne mais personne ne semble se douter que je dors dedans.

Demain, on reprend la direction des Etats-Unis. Et puisque visiblement, personne ne semble prêt à vouloir rouvrir les portes de ces fichus parcs, bah… on va traverser tout le Midwest d’une traite jusqu’à Chicago. Mais ça, c’est l’histoire de demain.

Photos ici.

AL sur le toit du Costa Rica

Pour aller à San Gerardo de Rivas, non seulement il faut avoir envie mais il faut aussi avoir le temps. D’abord, il faut prendre le bus à San José au terminal Musoc (oui, chaque compagnie a son terminal, c’est bien plus marrant). 3 heures plus tard, on arrive à San Isidro. Au terminal Musoc de San Isidro, évidemment. Il faut donc changer de terminal et aller au marché. Parce que c’est de là que partent les bus locaux. Il faut donc poireauter un petit peu, en profiter pour faire quelques emplettes pour les prochains jours, bavarder avec l’alcoolo du coin et monter dans le bus pour San Gerardo. Vu que ce bus-ci met 1h30 pour arriver à destination, on peut penser qu’il y a pas loin de 80kms. Mais non ! Pas du tout ! Il y a 20kms. Et un arrêt tous les 300 mètres. Là, il faut faire bien attention et demander au chauffeur de s’arrêter au bureau des rangers du parc Chirripo. Parce je suis pas là pour enfiler des perles ! Oh que non ! Si je suis venue me perdre dans la pampa (la forêt tropicale plus précisément), c’est pour grimper sur le toit du Costa Rica, le mont Chirripo, 3820m, depuis le sommet duquel on peut contempler l’océan Atlantique et l’océan Pacifique. En même temps.

Mais pour grimper là-haut, il faut d’abord acheter un ticket en bas. Et le nombre de tickets par jour est limité. Heureusement, on n’est loin d’être en haute saison, j’achète donc un ticket sans problème. Le ticket comprend également la nuit dans le refuge du sommet. Parce qu’il est hors de question de faire l’aller-retour dans la journée. 15kms et 1700m de dénivelé entre le village et le refuge, le Crestones Base Lodge situé à 3400m d’altitude où il n’y a ni chauffage, ni eau chaude, ni demi-pension. Il faut donc hisser jusque-là son sac de couchage, son réchaud et ses provisions. Mais bon, j’ai nagé avec des requins, dormi en tente sur le mont Ishinca, c’est pas un malheureux petit trek de 2 jours qui va me faire peur ! Avant de s’attaquer à la montagne, je dois déjà rejoindre à pieds mon camp de base, la Casa Mariposa. Tout est super à la Casa Mariposa. Tout sauf le fait qu’elle est située à 2kms à pieds du bureau des rangers et que le chemin grimpe sévère. Avec mes 28kgs sur le dos, je mets près de 45 minutes… ça promet pour demain ! En attendant, il est l’heure de faire son sac, d’apprendre à se servir du réchaud et d’avaler une bonne plâtrée de pâtes et un gros morceau de brownie (quoi ? il faut des calories à brûler pour demain !).

Le lendemain justement, le départ est prévu à 5h30. Pleine d’enthousiasme et de bonne volonté, je me lance donc sur la route qui mène au départ du trek. Après avoir marché 10 minutes, j’aperçois un panneau qui indique que le sentier est à 500 mètres… dans l’autre direction ! Bien. Bien, bien, bien. Heureusement qu’il est indiqué partout que le sentier est super bien balisé parce que sinon, j’aurais pu le louper, hein ? Bon, en fait, y avait un énorme panneau, j’avais juste le nez en l’air, my fault

Me voilà donc partie sur le bon chemin. Et je comprends vite qu’il s’agit du bon chemin puisqu’il n’arrête littéralement pas de grimper. Du kilomètre 0 au kilomètre 12, sans discontinuer, la pente s’élève sous mon nez dans lequel les mouches essayent de s’engouffrer par milliers. C’est LE gros point noir de la journée. Jusqu’au kilomètre 12, le sentier serpente dans la forêt et en plus d’essayer de ne pas s’enfoncer dans la bouillasse jusqu’aux genoux, il faut esquiver les mouches. Après ça, on attaque la caillasse et là, y a plus l’ombre d’une mouche. Y a plus l’ombre de rien du tout d’ailleurs. Et après 7 heures d’effort intense et avoir cherché un moyen d’exterminer les mouches de la surface de la terre, enfin, la Terre Promise, le Crestones Base Lodge apparaît. Il était temps en fait parce que bientôt, c’est la pluie qui fait son apparition.

La fin de la journée est vite expédiée : une petite sieste, un dîner à 18h et au lit ! Demain, le réveil va sonner à 2h30 parce qu’en plus d’aller admirer les océans, il est question de le faire au lever du soleil.

Et quand le réveil sonne, il me faut déployer des trésors de volonté pour m’extraire de la chaleur de mon sac de couchage et me faufiler dans les couloirs déserts et glacés du refuge. J’avale un petit déjeuner rapide, j’ajuste la housse de pluie sur mon sac au cas où et j’ouvre la porte… qui me revient en pleine face poussée par une violente rafale de vent doublée d’un délicieux crachin. Et pas breton le crachin. Pas du genre léger qui mouille pas vraiment. Non, non. Du genre froid et qui mouille pour de vrai. Mais bon, maintenant que je suis levée et surtout que j’ai grimpé jusque-là, ça serait quand même dommage d’abandonner ! Alors vaille que vaille, la frontale vissée sur la tête, je me jette dans le noir.

La pluie aura raison de ma volonté au bout de 20 minutes : je suis trempée et surtout, j’ai bien compris que même si j’arrive au sommet, je ne verrai rien du tout puisqu’il est dans les nuages… Je décide donc de faire demi-tour et de retenter ma chance un peu plus tard. Le temps de régler mon réveil un peu plus tard et de redéballer mon sac de couchage et me revoilà dans les bras de Morphée.

A 5h du matin, 2ème tentative. Là, je m’épargne le déplacement jusqu’à la porte : un coup d’œil par la fenêtre et la lumière du jour qui commence à poindre m’apprennent que ce n’est pas la peine de sortir de mon sac de couchage…

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Avec un peu de bol, j’aurais pu voir ça…

Finalement à 6h, la pluie s’arrête. Sauf que le sommet est toujours noyé dans une épaisse couche de nuages gris. Bien. Il semblerait donc que la montagne ne me veut pas… Je réemballe donc toutes mes affaires et je prends le chemin du retour. Et c’est parti pour 15kms de descente sur un chemin encore plus détrempé que la veille avec des mouches toujours aussi énervées… Et à 11h, j’atteins enfin la maison. Mes genoux et mes cuisses n’en peuvent plus, je suis lessivée.

Après avoir un peu récupéré, il est temps de passer à la logistique : douche, lessive, réempaquetage de toutes mes affaires… L’après-midi coule doucement. Tout comme la pluie qui, finalement, est descendue jusqu’ici et tambourine maintenant contre la tôle ondulée du toit. Et là, tombe l’info qu’il aurait peut-être été judicieux de connaître 24 heures plus tôt : en juillet, au Costa Rica, c’est la saison des pluies…

Photos ici.

Nous n’verrons pas le Cotopaxi…

Ce matin, je me lève et je m’habille sans faire de bruit. Il est 6h, mes colocs dorment encore… Mais pour moi, c’est pas l’heure de traîner. Ce matin, je pars voir le Cotopaxi, le volcan qui domine Quito à près de 5897m. Bon, pour l’heure, j’entends surtout la pluie qui tambourine sur les tôles ondulées du toit…

J’ai rendez-vous devant l’hôtel avec 3 Belges, Roxanna, Steven et Jorun, mes co-aventuriers du jour, et Marco, notre guide. On commence tout de suite par les choses sérieuses, on se jette sur un pantagruélique petit déj… Salade de fruits frais, pancakes, sirop d’érable… pas très équatorien tout ça mais tellement bon ! Et puis, le temps de monter les vélos sur le toit de la jeep et en voiture Simone ! Ah oui… je vous ai pas dit : le Cotopaxi, on va y monter à pieds et redescendre à vélo, c’est bien plus rigolo…

Mais avant de se lancer dans le grand n’importe quoi, on a d’abord une grosse heure de route pour rejoindre l’entrée du parc national Cotopaxi. Tout le long du trajet, Marco nous cite tous les volcans qu’on est censés voir et qui sont bien emmitouflés dans les nuages… Les essuie-glaces battent la cadence sans discontinuer, nous, on sert les dents, ça promet… Après un énième virage, Marco, qui pourtant nous promet depuis le début que le Cotopaxi va être dégagé, finit par abandonner : « Non les gars, désolé, c’est pas aujourd’hui qu’on verra le sommet… ». Bon. Bien. Bah… de toute façon, maintenant qu’on est là, on va quand même grimper dessus, hein ! Encore une grosse demi-heure de piste après être entrés dans le parc et enfin, nous y voici ! On est au pied du volcan. Et il est dans la purée de pois. Mavéis bon, au moins, il a arrêté de pleuvoir…

Alors que ceux qui croient que ça y est, j’ai viré accro aux sommets et aux crampons, se détendent… Aujourd’hui, je ne grimpe pas au sommet. Je n’essaye même pas. On monte juste jusqu’au glacier, y a à peine 350m de dénivelé depuis le parking. Quoiqu’à plus de 4500m, ça compte ! Et dans les petits graviers de lave qui roulent sous les pieds aussi ! D’ailleurs, on va bien mettre une heure et demie mais au bout du compte, on se retrouve nez à nez avec une grosse crevasse qui vient mourir devant nos pieds… wow ! énorme ! Et en plus, on a touché les 5000m ! Mais comme il se met à grêler (oui parce qu’à 5000m, il ne pleut pas, il grêle…), on reste pas longtemps, on fait demi-tour et on va se mettre à l’abri au refuge qui sert de camp de base à l’ascension du sommet. Et là, c’est la meilleure partie de la journée : on a droit à un chocolat chaud brûlant qui nous fait presque oublier qu’on a même pas aperçu ce foutu volcan…

Mais la journée n’est pas finie ! Il nous faut encore redescendre au parking et de là, dégringoler toute la montagne jusqu’au lac Limpiopungo, ou tout du moins ce qu’il en reste après que les éruptions successives aient remplies le trou. Et oui ! Parce que le Cotopaxi est un volcan actif, messieurs-dames ! Et qu’il entre en éruption tous les 100 ans. A peu près. Et là, il se trouve qu’il a pas loin de 28 ans de retard… Ça pourrait donc bien arriver aujourd’hui… Mais comme on ne peut pas non plus tout le temps avoir la poisse, on va s’épargner ça pour cette fois. Non, cette fois, on va juste se concentrer sur les freins arrières de nos montures qui sont plus que fatigués. La descente de la piste gravillonnée et défoncée pendant 45 minutes les doigts crispés sur les freins, la tête rentrée dans les épaules et des sueurs froides nous coulant dans le dos chaque fois que nos roues arrières s’approchent un peu trop près du ravin sera un vrai cauchemar… Et encore moi, j’ai pas le mal des montagnes contrairement à mes petits camarades qui eux, ont la tête à 2 doigts d’exploser et les joues pleines de feuilles de coca ! Non vraiment, ce fût un véritable enchantement ! Et pourtant, juste au moment où on remonte les vélos sur la voiture et où on s’apprête à mettre les voiles, un coup de vent bienheureux nous dévoile un tout petit bout du volcan. C’est magique : la lave rouge, les roches grises, la glace étincelante… pfff ! qu’est-ce que ça doit être quand le ciel est bleu !

Et puis c’est pas le tout mais il commence à faire faim ! Marco nous ramène en ville et nous emmène déjeuner dans un petit resto où on tombe sur nos assiettes comme si on n’avait pas mangé depuis 15 jours. Un vrai régal ! Du coup, on s’autorisera même une micro-sieste sur le trajet du retour…

Et puis, comme d’habitude, la nuit tombant, on se retrouve cantonnés à l’hôtel mais après une journée pareille, on ne fait pas durer la veillée très tard…

Le lendemain, je décide que puisque je suis en Equateur, je vais aller le voir. L’équateur. A 22kms de Quito se trouve la cité de la Mitad del Mundo (la moitié du monde pour ceux qui n’ont pas mon niveau en espagnol) où est matérialisée la fameuse ligne. Ça fait partie des « à ne pas manquer » du Lonely. C’est donc que ça vaut le coup… et puis ça a intérêt parce que je mets pas loin de 2 heures pour y aller. Bon en même temps j’avais le choix : 2 heures et 50 centimes en bus ou 30 minutes et 40 dollars en taxi. Des fois, dans la vie, faut faire des choix. Bref, je manque louper l’arrêt (en même temps, tout le monde monte et descend n’importe où n’importe comment, parfois même sans que le bus ne s’arrête alors…) et je me retrouve sur un énorme rond-point au milieu de nulle part. Et là, je vois ça…

Alors je me dirige vers cette étrange sculpture, je paye mes 3 dollars d’entrée et… rien ! Y a rien d’autre ! Enfin si. Toute une panoplie de boutiques de souvenirs toutes plus kitsch les unes que les autres et deux restos déserts et hors de prix. Je hurle au scandale. Dans ma tête. Et d’un pas furieux, je prends la direction de la sortie. Tout en me demandant comment je vais bien pouvoir attraper le bus pour rentrer. Heureusement, en arrivant sur le rond-point, un bus s’arrête et il va dans la bonne direction : sauvée ! Là, allez comprendre pourquoi, le trajet retour me coûte 40 centimes contre 15 à l’aller. Désolée, j’ai pas compris les explications du type qui collecte les sous… Et puis après ça, je reprends encore un autre bus qui me ramène en centre-ville. Il est 13h, je viens de perdre 4 heures de ma vie… Et je suis franchement agacée. Du coup, je me venge, je vais manger une bonne grosse pizza pleine de fromage et d’origan ! Et na ! « A ne pas manquer » ? Pfff… j’t’en collerais du « à ne pas manquer », moi… Histoire de ne pas partir fâchée, j’irai quand même visiter la Basilica del Voto Nacional, une des plus grandes églises de la ville, ornée de tortues et d’iguanes… une petite touche locale.

Et puis je trouve refuge dans les canapés de l’hôtel pour laisser filer la fin de l’après-midi en attendant d’aller prendre le bus. Quito, c’est déjà fini. Cette nuit, direction le sud. Demain matin, je serai à Cuenca.

Photos ici.

Ishinca 1 – Gauliard Tour… 0

Bah oui. On peut pas gagner à tous les coups. Mesdames et messieurs, voici le récit que vous attendez tous, je vais vous raconter aujourd’hui comment une team aussi affutée et aussi bien préparée que Gauliard Tour a été littéralement décimée dans son élan vers le sommet.

En ce 12 juin de l’an 2013, c’est l’estomac plein d’omelette et les yeux pleins d’espoir qu’on arrive à 8h30 au bureau de l’agence Monttrek où on fait connaissance avec notre guide, Willy, et son assistant, Pablo. Willy parle un peu anglais, Pablo pas du tout mais ils ont l’air plutôt sympa et ont préparé tout le matériel pour nos 3 jours into the wild. On les aide à charger tout ça sur le toit de la jeep et en avant ! Aujourd’hui est une journée facile, on a 1h30 de route et 4 heures de marche pour arriver au camp de base de l’Ishinca. La piste qui nous conduit jusqu’au départ du sentier grimpe déjà bien et serpente joliment entre les terrasses et les petits villages paumés. C’est toujours ça de moins qu’on fera à pieds ! Arrivés au sommet de cette première colline, la piste s’arrête et la jeep avec. Il est temps de charger les mules. Bon, en fait, nous, on fait rien. C’est le muletier qui s’occupe de tout et nous, on part sur le sentier en le laissant derrière nous. Pas de panique, de toute façon, il marche 3 fois plus vite que nous et les mules aussi, ils nous rattraperont plus loin. Et avant, on entame la montée jusqu’au camp de base de l’Ishinca à 4300m où on doit passer la nuit… sous tente. Et ouiiiii, mesdames et messieurs ! Toujours plus loin, plus fort, plus vite, jusqu’au bout de l’extrême limite, Gauliard Tour vous l’a promis, Gauliard Tour le fait ! Ce soir, c’est camping à 4300m ! Je vous raconte même pas comment ça m’enchante…

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Bref, en attendant, il fait beau, il fait chaud et Willy impose un rythme d’enfer que votre serviteuse s’oblige à suivre pour ne pas avoir l’air d’être sous-entraînée. Sauf sur le dernier kilomètre où, là, je décroche… Mais peu importe, on arrive au camp en 3 heures. On est super fiers de nous. Et personne n’a mal à la tête, on est trop bien acclimatés, l’altitude ne nous fait plus rien, demain, on va le bouffer tout cru l’Ishinca ! Et justement, en parlant de bouffer, il est temps de monter les tentes pendant que Willy et Pablo nous préparent un petit goûter… Et il fait bon se réchauffer avec un grand bol de thé autour du réchaud où Willy enchaîne aussitôt avec la préparation du dîner.

Pendant que la soupe mijote, Willy vérifie notre équipement pour le lendemain. Chaussures, crampons, harnais, piolet… tout y passe. Faut dire qu’il vaudrait mieux pas s’apercevoir arrivé au pied du glacier qu’il manque un crampon…

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C’est là que Willy nous annonce la bonne nouvelle. Demain, c’est lever à 1h (oui, 1h, vous avez bien lu), petit déj à 1h30 et départ à 2h… C’est qu’il y a pas loin de 3 heures de marche d’approche (comprenez, avant d’arriver au glacier proprement dit) puis au moins 3 heures sur le glacier pour arriver au sommet. Youpi… Du coup, après avoir vérifié une dernière fois qu’on a bien tout mis dans nos sacs, on dîne et on se couche avec les poules.

Ce qui devait arriver arriva. Malgré tous les vêtements techniques et le soi-disant super duvet en plume d’oie du Canada, je me suis gelée toute la nuit (enfin… toute la nuit. Ça s’est arrêté à 1h mais quand même, je me suis gelée…). Et les ennuis ne faisaient que commencer.

En se retrouvant autour de nos bols d’avoine bouillie (y paraît qu’il y a rien de mieux avant d’aller se flinguer sur un glacier…), Benoit nous annonce que son dîner a refusé de rester au fond de son estomac cette nuit. Et que malgré tout, ça va pas mieux mais qu’il tente l’ascension quand même. A l’heure dite, lampe frontale vissée sur la tête, notre petite troupe se met en branle. Au bout de 30 minutes, on peut clairement dire que 2 groupes se forment. En tête, sautillant dans le chemin et motivés à bloc, Willy, Bob et moi. Et plus loin derrière, à bout de souffle et le bide en vrac, Anne et Benoit. Et Pablo qui ne peut décemment pas les laisser tomber. Rapidement, il s’avère que Anne aussi se bat avec quelques belles crampes intestinales… On finit par décider de se séparer officiellement : nous, on avance (jusqu’où, on ne sait pas encore) et eux, ils vont jusque là où ils peuvent. La marche d’approche durera finalement près de 4 heures (on atteint le glacier au moment où le soleil se lève) et la traversée de la moraine dans un pierrier tout ce qu’il y a de plus glissant entamera sérieusement mon capital essoufflement… Mais ça y est, on y est, on est à 5000m et Willy fixe nos crampons, nous encorde, et nous voilà à escalader un premier mur de neige. Au bout d’une heure à grimper dans des couloirs tous plus raides les uns que les autres, mes poumons m’abandonnent : plus moyen de retrouver son souffle, je surventile comme pas permis, je m’arrête tous les 10 pas obligeant toute la cordée à suivre mon rythme de sénateur… Là, ça ne se joue plus au physique, ça n’est plus que de la volonté. Et la volonté me fera encore grimper jusqu’au col suivant mais pas plus loin. On est quand même à 5300m, il ne reste plus grand-chose mais je m’écroule dans la neige et je n’ose même pas penser qu’il va falloir redescendre…

Mais on n’en avait pas fini avec les emmerdes (et je crois que c’est vraiment le cas de le dire…). Bob décide alors de tenter le tout pour le tout et part avec Willy à l’assaut des derniers mètres pendant que je m’endors comme une masse pendant plus d’une heure. C’était la tentative de trop. Sachez simplement qu’aucun des membres de Gauliard Tour n’a pu atteindre le sommet de ce foutu glacier ! Qu’on a cramé tout ce qu’on avait. Et que la redescente ne fût qu’un long cauchemar le long duquel nous nous arrêtions toutes les 20 minutes pour diverses raisons. La bienséance m’empêche de vous donner les détails scatologiques de cette histoire… Bilan : une étape de plus de 12 heures sans quasiment rien manger (de toute façon, on peut pas dire que ça nous réussissait vraiment), en s’écroulant le long du chemin pour des siestes inopinées et une consommation de papier toilette dépassant toutes les estimations de Willy… qui lui, est resté stoïque du début à la fin, ne faisant même pas semblant d’être essoufflé ni même vaguement fatigué. Il nous serait resté un tout petit plus de force, on l’aurait étranglé…

En revenant au camp vers 15h, Pablo nous confirme ce qu’on pensait depuis un moment : Anne et Benoit sont malades et ont abandonné bien avant d’arriver au glacier. Ils dorment. Et on tarde pas à faire pareil. Etonnamment, je semble beaucoup moins atteinte que les autres par cette intoxication mystérieuse. Mais l’état de Bob s’aggrave et les autres ne sont pas bien vaillants. On se met à soupçonner l’eau de la rivière probablement pas assez bouillie ou peut-être les escalopes de poulet qu’on a mangées la veille. Quoi qu’il en soit, on est bientôt à court de médicaments. Et une autre nuit sous la tente devient inenvisageable. On trouve alors une chambre au refuge du camp (oui parce que quand on a fini de jouer les warriors, on peut aussi dormir dans un vrai lit sous un vrai toit… sans chauffage certes, mais c’est mieux que rien). La nuit sera agitée.

Le lendemain matin, la mission est simple. On doit redescendre et rentrer sur Huaraz. La jeep nous attend là où elle nous a laissés, le sentier est facile, notre seul objectif est d’arriver là-bas sains et saufs. Willy nous laisse partir devant et démonte le camp avec Pablo. A la vitesse à laquelle on avance, aucune chance qu’on le sème de toute façon… On a mis 3 heures pour monter, on mettra plus de 5 heures pour redescendre… Et le trajet jusqu’à Huaraz sera une épreuve de plus. Mais on finit par échouer, littéralement, à l’hôtel où on prend une chambre juste pour l’après-midi. Après une bonne douche, on commence à ressusciter. On arrive même à se faire à dîner. Bon, on est au régime riz-coca-banane mais la situation commence à s’améliorer. Et puis de toute façon, y a pas le choix : ce soir, on a un bus pour Lima.

Moralité : on en a chié (et sans mauvais jeu de mots…) et pas sûr que même sans cette saleté de turista (oui, le mot est lâché, après 9 mois de bons et loyaux services, mon estomac en kevlar a capitulé…) on aurait réussi à planter notre drapeau au sommet de cette foutue montagne. Mais on n’a pas dit notre dernier mot ! Un jour, Gauliard Tour reviendra, sur-entraîné, sur-motivé et bien décidé à prendre sa revanche. On a perdu une bataille, on n’a pas perdu la guerre. L’Ishinca n’a qu’à bien se tenir…

Photos ici.

Huaraz

Après une nuit en bus plutôt honorable (ne serait-ce un certain piment qui s’est rappelé à notre bon souvenir…), on arrive donc à Huaraz à 6h du matin. Il fait jour mais la ville n’est pas encore réveillée. Notre première mission est de se trouver un hôtel. On avait repéré une bonne adresse dans le Lonely alors confiants et avec l’envie de prendre une bonne douche, il a beau être à peine 6h30, on sonne. Pas de bol, c’est plein. On ne nous ouvre même pas la porte. On tente 2 autres adresses juste à côté mais les tarifs nous semblent vraiment exorbitants et c’est nous qui nous excusons d’avoir réveillé les réceptionnistes de si bon matin. Et puis, à tout hasard, on sonne à l’Olaza Bed & Breakfast. Sûrement pas moins cher que les autres mais le petit déj est inclus et la terrasse sur le toit achève de nous convaincre. Du coup, on pose enfin nos paquetages et on profite du soleil en dévorant nos banana pancakes. Pour un peu, on passerait bien les 4 prochains jours là, à lézarder en regardant les sommets enneigés qui nous entourent.

Parce que oui, mesdames et messieurs, nous y voilà, nous sommes en plein cœur de la Cordillera Blanca. Blanca parce que ses sommets sont pour la plupart à plus de 5000m et restent enneigés toute l’année. Et c’est bien pour ça qu’on est là. On a décidé de se mesurer à l’un de ces sommets. Lequel ? On sait pas encore. Tout ce qu’on sait, c’est qu’on veut grimper très haut, chausser les crampons et essayer de pas trop se faire mal. Essayer…

Après avoir bien traîner au petit déj, on se met en quête de trouver une agence pour organiser notre expédition. On doit pas traîner, on pourrait partir dès lendemain, faut être efficace. Le patron de l’Olaza nous fait rencontrer une première agence qui nous propose plusieurs options mais à plus de 100$ par jour et par personne, c’est un peu trop cher à notre goût. Comme Gauliard Tour ne fait jamais les choses à moitié, Anne avait contacté d’autres agences avant de partir. Les tarifs étaient aussi prohibitifs mais on se dit qu’en étant sur place, on devrait pouvoir avoir quelque chose de plus raisonnable. Bref, je vous passe les détails parce qu’il faut penser à tout (l’équipement pour le glacier, les tentes, les tapis de sol, les duvets, le guide, l’assistant du guide, les mules pour trimballer le tout… pfiou ! rien que de faire la liste, moi, je suis déjà épuisée) mais notre choix finit par se porter sur l’agence Monttrek qui nous propose de grimper l’Ishinca en 3 jours pour 270$ par personne tout inclus. Pas donné mais l’agence a l’air sérieuse et l’Ishinca, officiellement, fait partie des sommets « faciles » à 5530m, que même les débutants peuvent y arriver puisqu’il n’y a pas besoin de faire de l’escalade sur le glacier mais seulement de marcher. En plus, comme c’est en 3 jours, ça nous laisse le temps de faire une marche d’acclimatation avant, bref, sur le papier, c’est parfait. La suite des évènements nous prouvera une fois de plus qu’il ne faut jamais vendre la peau de l’ours…

En attendant, on est ravis, on a bouclé notre affaire avant midi et on va faire quelques courses pour les prochains jours. La ville n’est pas folichonne et on a un peu de mal à trouver de quoi se faire un vrai pique-nique mais on finit par dévaliser une pasteleria dans la vitrine de laquelle se battaient quelques empañadas. Après le déjeuner, on se dit qu’on irait bien se balader un peu dans les environs histoire de se mettre en jambes. On passe donc à l’office de tourisme pour savoir de quel côté c’est le plus sympa. Sauf que là, c’est la douche froide. Non, c’est pas vraiment conseillé de se balader dans le coin surtout l’après-midi, c’est même pas recommandé du tout, on pourrait se faire agresser… La gentille madame de l’office de tourisme qui ne veut surtout pas qu’on la rende responsable si elle nous dit d’aller quelque part et que ça tourne mal, finit quand même par nous indiquer un point de vue et une pisciculture qu’on peut aller voir sans risquer notre vie. Wow… sympa… c’est bien la première fois qu’on nous met en garde comme ça et c’est d’autant plus surprenant que Huaraz n’est pas franchement réputée pour être une ville dangereuse. Alors bon, on prend la direction de la pisciculture (qu’on ne visitera pas, c’est tout pourri, on peut très bien s’en rendre compte en jetant un œil par-dessus les clôtures) puis on grimpe dans la direction qui nous a été indiquée pour aller contempler la ville d’en-haut. Sauf qu’on ne trouvera jamais le point de vue et qu’une ville en béton coincée au fond d’une cuvette… ça n’a rien de bien excitant. Bref, on redescend en ville où, après nous être mis d’accord sur le menu du soir, on retourne faire un tour au marché. Ce soir, c’est caldo de gallina. Soupe de poule, pour ceux qui ne sont pas bilingues espagnol. Un peu à notre façon mais la vendeuse de légumes nous aide bien et on finit par dégotter un poulet qui n’a pas l’air d’avoir passé la journée à se faire suçoter par les mouches.

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Le lendemain matin, le réveil sonne à 5h. Aujourd’hui, on va à la Laguna 69. C’est une des marches d’acclimatation qu’on nous a conseillées et il paraît que la laguna est magnifique alors comme on n’est pas là pour enfiler des perles… Normalement on a 3 heures de route pour aller au point de départ de la balade situé à 3900m d’altitude. De là, on doit grimper jusqu’à la laguna, elle-même à 4650m, et revenir à notre point de départ où le minibus nous ramène à Huaraz. Officiellement, on nous laisse 5 heures pour faire l’aller-retour. Sauf que là, ça démarre très fort. Notre chauffeur est passé nous voir la veille pour nous dire qu’il avançait l’heure du départ d’une demi-heure. Pas de problème ! Si ça nous laisse plus de temps pour profiter du paysage, on est d’accord. Du coup, à 5h30 pétantes, on est sur le bord du trottoir à attendre… Attendre… Le minibus arrive enfin et nous voilà partis à faire la tournée des hôtels pour récupérer les randonneurs du jour. Sauf que Pedro, notre chauffeur, est tout nouveau en ville. En tout cas, il doit l’être vu qu’il tourne, tourne et retourne en cherchant chaque hôtel. Moralité… on ne quitte la ville qu’à 7h… Et entre l’arrête petit déj, l’arrêt « Achète ton ticket d’entrée au parc national » et le fait que Pedro est aussi à l’aise à conduire sur la piste qu’à trouver des hôtels au petit matin, on arrive à destination à 11h et je suis à 2 doigts de l’étrangler…

Le point de départ de la balade est en fait le camp de base du Pisco, le sommet le plus populaire du coin qui culmine à 5752m. On traverse donc le camp en slalomant entre les tentes des cinglés qui ont débuté l’ascension au milieu de la nuit et les mules qui broutent tranquillement. Le soleil a beau pointer haut dans le ciel, il fait bien frais et l’altitude nous met rapidement à bout de souffle. Pour autant, on ne se laisse pas démonter et on atteint la fameuse laguna en un peu plus de 2 heures. Et ça vaut le coup…

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En plus, au moment où on arrive, les nuages qui cachaient les sommets s’écartent, le soleil fait éclater le bleu de la lagune et on s’offre une pause pique-nique dans un décor plus qu’impressionnant. Un guide qui se trouvait là avec une équipe de foot nous confirme qu’on a vraiment fait une bonne marche, que c’est parfait avant d’aller à l’Ishinca et que ça va vraiment être du gâteau. Mouais… ça fait plaisir mais ne nous emballons pas. On reste là, allongés devant la lagune un bon moment puis on entame la redescente en se disant que Pedro va râler parce qu’on va être en retard… Mais heureusement, on est loin d’être les derniers. Et comme de toute façon, Pedro ne conduit pas mieux que le matin, on est de retour à Huaraz à 19h passés.

Tout juste le temps de prendre une bonne douche chaude, de jeter une poignée de pâtes dans notre reste de caldo de gallina et hop ! tout le monde au lit ! Demain, on attaque les choses sérieuses…

Photos ici.

Le Canyon del Colca

A 6h du matin et sous un grand soleil, Cruz del Sur nous dépose à Arequipa. Arequipa, c’est le début de notre acclimatation à l’altitude. La ville est située à 2335m d’altitude. C’est aussi le début de la partie sportive de notre programme. Parce qu’on n’est pas venu à Arequipa pour enfiler des perles. Non, non. On est venu là pour aller explorer le Canyon del Colca, le canyon le plus profond du monde, celui qui fait 3400m de profondeur et qui fait passer le Grand Canyon pour une vaste blague.

Après avoir posé nos paquetages au Home Sweet Home et avalé un petit déj de champions (tartines, pancakes, œufs et jus de fruits frais… ah ! enfin un petit déj digne de ce nom !), on part donc à la recherche de l’agence qui nous proposera la meilleure formule pour descendre dans le canyon. Finalement, on opte pour la formule proposée par l’hôtel qui est la formule la plus classique mais qu’on a réussi à négocier à un prix plutôt intéressant. On va donc partir pour 2 jours : le premier jour, descente dans le canyon, nuit tout au fond et le lendemain, aux aurores ou même avant, remontée jusqu’au point de départ. Ça sent le circuit bien touristique à plein nez mais on n’a pas vraiment le temps de galérer à trouver tous les transports par nous-même (y a quand même pas loin de 4 heures de route pour accéder au canyon) et au final, ça ne nous reviendrait pas beaucoup moins cher.

En attendant, on visite Arequipa, une jolie ville coloniale où on trouve une église ou un couvent à chaque coin de rue. Comparée à Lima, la ville nous semble ravissante. En arrivant sur la Plaza de Armas, des gens sont en train d’installer une estrade et des chaises devant la basilique. Tout autour de la place, des groupes scolaires sont en train d’étaler des bâches et de réaliser des dessins au sable coloré. Ce soir, c’est la fête de Corpus Christi. M-mmh ? Ce soir, y a messe géante célébrée par l’archevêque et défilé de toutes les écoles et aumôneries de la ville. Bah, on va pas louper ça ! Mais il nous reste un peu de temps avant la cérémonie, on va donc visiter le couvent le plus célèbre de la ville, le couvent de Santa Catalina. Le couvent est vieux de plus de 500 ans et au début, les sœurs qui s’enfermaient là-dedans avaient plutôt la belle vie. Elles appartenaient à la haute bourgeoisie, avaient 4 à 5 esclaves chacune et la possibilité de continuer à mener le train de vie auquel elles avaient été habituées. Et puis, à un moment, tout ça a changé et est devenu plus monacal mais le couvent est resté gigantesque et un vrai labyrinthe où chaque cellule possède sa propre cuisine. Les couleurs sont en tout cas magnifiques et même si seules quelques chapelles sont encore aujourd’hui en activité (quelques sœurs vivent encore là mais ne croisent pas les visiteurs), le lieu est chargé d’histoire et plutôt bien conservé.

Et puis comme on était dans le thème, on est donc retourné sur la Plaza de Armas faire coucou à l’archevêque.

Plaza de Armas - Arequipa

Plaza de Armas – Arequipa

Mais bon, la messe ça donne soif alors on a grimpé sur un balcon pour mieux apprécier le show tout en sirotant un pisco sour. Et puis la messe c’est sympa mais ça donne aussi faim alors on est allé finir la soirée dans une petite trattoria à manger du risotto de quinoa. De toute façon, il fallait qu’on rentre tôt, on devait préparer nos affaires pour partir dans le Canyon.

Le lendemain, à 5h, les yeux encore tout collés, on a grimpé dans un minibus qui a pris la route du Canyon. On a eu beau essayé de finir notre nuit, la route tortueuse et le froid (il a gelé à l’intérieur du minibus !!) ont eu raison de nous. Quand le soleil a fini par se lever, on a découvert d’abord la vallée de Colca. De grand champs de quinoa, de blé, de maïs et de petits villages qui parsèment le tout. La vallée se resserre peu à peu et le canyon s’enfonce d’un coup, si profond qu’on n’en voit pas le fond justement. C’est là qu’on peut voir des condors des Andes planer à la recherche d’une petite carcasse fraîche à suçoter. Mais on n’est pas les seuls à être venus admirer les condors ce matin ! Des dizaines de minibus se suivent le long de la route. Et à chaque arrêt, des vendeuses de bonnets-chaussettes-pulls en poil de chat alpaga sont là, harcelant les centaines de touristes qui déferlent toute la journée. Pas ma partie préférée mais comment reprocher aux locaux d’essayer de tirer leur épingle du jeu et de vouloir profiter de tous ces touristes plein aux as (tout est relatif) qui déboulent chaque matin dans leur vallée ?

Bref, Norma, notre mini-guide (quoi ? elle fait 1m30 les bras levés, j’y suis pour rien) nous explique que les condors, ça vole jusqu’à 10h pétantes. Après, la tour de contrôle ne doit plus leur donner l’autorisation de planer au-dessus du canyon… Elle nous raconte aussi que le condor est un animal particulièrement romantique. Comme un certain nombre d’oiseaux, le condor est monogame. Si Madame Condor meurt avant Monsieur, de désespoir, Monsieur s’envole haut, très haut, si haut qu’il finit par ne plus avoir assez d’oxygène et qu’il meurt à son tour… Par contre, si c’est Monsieur qui meurt en premier, Madame est assez pragmatique et se cherche un nouveau partenaire. Bah oui, c’est comme ça la vie, c’est pas juste. En tout cas, nous, des condors, on en voit plein et c’est vrai que c’est une sacrément grosse bestiole. Norma, elle nous demande juste de ne pas essayer de voler : « And you don’t want to be food for the condors… »

On finit par quitter la foule des grosses feignasses qui ne sont venus jusque-là que pour sortir leurs téléobjectifs. Nous, on est des vrais, des durs à cuire, rien ne nous fait peur alors on va descendre dans le canyon. C’est Norma qui nous y emmène. Elle est vraiment rigolote Norma, quand on fait 3 pas, elle en fait 10 (OK, ça, c’est pas de sa faute) et elle fait bien attention à ne laisser personne traîner derrière. Elle nous dit aussi de faire bien attention quand on croise des mules et de bien se coller à la paroi parce que la mule, d’un coup de hanche bien placé, elle pourrait nous expédier au fond du canyon plus rapidement que prévu. « And you don’t want to be food for the condors… » Et on descend. Encore et encore. Et encore. Ça semble ne jamais s’arrêter. Ça va d’ailleurs nous prendre la journée. Plus on descend, plus il fait chaud. Il y a quand même quelques villages perchés le long des falaises et dans ces oasis, on fait pousser des arbres fruitiers, pommiers, avocatiers, poiriers, … Ici, il ne fait jamais aussi froid qu’en haut, sur l’Altiplano. On est quand même bien contents d’arriver au fond, peu de temps avant qu’il ne fasse nuit. Et quand la nuit tombe, le ciel qu’on aperçoit juste au-dessus de nos têtes entre les falaises se couvre d’un bon million d’étoiles. C’est chouette.

Juste le temps d’avaler une bonne soupe et Norma nous envoie nous coucher. Demain, départ à 5h pour remonter tout ça. La mauvaise surprise c’est que le petit déj, c’est en haut. Plus de 1000 mètres à grimper dans la nuit avec le ventre vide… On râle mais bon, de toute façon, on n’a pas le choix !

Alors à 5h, la frontale vissée sur la tête, on entame l’ascension. Il fait froid, il fait faim alors on ne s’arrête pas et en un peu plus de 2 heures, on ressort la tête de ce foutu canyon. Comme par hasard, à l’arrivée, une petite dame vend quelques fruits. On se jette sur un régime de bananes que le soleil n’a pas encore eu le temps de faire décongeler. Ce sont les meilleures bananes qu’on n’a jamais mangées… La pauvre Norma, elle, ne sortira du canyon qu’une bonne heure et demie plus tard traînant derrière elle un couple de Brésiliens qui jure qu’on ne l’y reprendra plus.

Après avoir englouti le petit déj tant promis, on reprend le minibus direction Arequipa. Avant de quitter la vallée, on s’arrête dans 2 petits villages soi-disant typiques mais où on nous attend encore pour essayer de nous soutirer quelques billets…

Clairement, on est de mauvais clients… On refuse même de faire une donation à l’église où pourtant un petit monsieur insiste lourdement. La dernière arnaque concerne le déjeuner, non inclus dans notre forfait « Canyon ». On nous a dit qu’on s’arrêtait à Chivay, le village à l’entrée de la vallée. Nous, on s’était dit, OK, pas de problème, on achètera quelques empañadas, ça nous fera bien attendre le dîner. Sauf qu’en fait, on ne s’arrête pas exactement à Chivay mais dans une auberge un peu à l’écart où si on veut manger, y a pas le choix, faut prendre un menu à 15 soles… Ça, ça agace…

Sur la route qui nous ramène à Arequipa, on traverse une réserve naturelle où paissent quelques troupeaux de vigognes, guanacos, lamas et alpagas. Pas toujours facile de reconnaître qui est quoi. Norma, elle nous dit qu’on a vraiment beaucoup de chance de voir tout ça, c’est pas tous les jours.

En arrivant à Arequipa, on se jette sous la douche avant de se précipiter au resto. Ce soir, on tente les spécialités de la cuisine arequipeña : piment farci et cochon d’Inde grillé… Curieux et pas vraiment un succès…

Voilà, Arequipa, c’est déjà fini. Demain, on reprend le bus et on file plein est direction le lac Titicaca (encore ? oui, encore, les autres, ils n’y sont pas allés, eux !).

Photos ici.

Chausser les crampons

Evidemment qu’il ne s’agit pas de football. Vous m’imaginez, moi, courant derrière une ba-balle avec 21 autres types en short ? Beckham a beau avoir quelques arguments, faudrait vraiment que ce voyage m’ait retourné le cerveau…

Malheureusement, il ne s’agit pas non plus de rugby. Ça serait pourtant de bon ton et je ne désespère pas d’assister fortuitement à une partie de jeu de massacre mais pour l’heure, il n’en est point question.

Non… c’est tout aussi sportif et ça peut aussi être fort dangereux, aujourd’hui, je pars à l’assaut du Fox Glacier et pour ça, je me greffe une paire de crampons parce que la glace… ça glisse.

Je dois vous avouer que ce matin, quand le réveil a sonné et que ça faisait déjà plus d’une heure que j’étais réveillée à cause du plic-ploc incessant au-dessus de ma tête, j’étais pas hyper motivée à l’idée d’aller passer la journée dans le froid et la pluie à crapahuter sur des glaçons géants en prenant le risque de tomber dans une crevasse. Non, j’étais pas emballée.

Mais Internet est un outil fantastique. Non seulement tu peux réserver ton excursion à l’avance mais en plus, tu la payes à l’avance donc tu te dis que y a pas moyen de pas y aller, t’as quand même donné 165NZ$ à un guide, va falloir sortir de Ben pour aller faire sa connaissance. Et puis la vie n’est pas si injuste, il arrête de pleuvoir. Juste le temps de s’habiller, de prendre son petit-déj et de se brosser les dents. Mais bon, maintenant que t’es prête, tu vas pas te recoucher.

Chez Fox Guiding, ils ont tout prévu. Tu peux arriver en short et en tongs, ils te filent le pantalon anti-pluie, la polaire, les gants, les chaussettes, les chaussures de rando, la veste et les crampons. Moi, je ne suis pas une assistée, j’avais juste besoin du pantalon anti-pluie et des crampons. On est une petite vingtaine à s’infliger l’ascension du glacier ce matin (enfin l’ascension… une partie de l’ascension, hein, ne vous méprenez pas, Frison-Roche n’est pas de la partie non plus…). Alors le temps d’équiper tout le monde et de nous expliquer comment va se dérouler la journée, la pluie s’arrête à nouveau. Vous voyez que ça va bien se passer !

Tout le monde grimpe donc dans le bus qui nous dépose 2kms plus loin au parking d’accès au glacier. Après une « marche d’approche » de 30 minutes dans la vallée glaciaire (en « U », c’est comme ça qu’on sait que c’est une vallée glaciaire et pas une vallée creusée par une rivière qui serait en « V », elle), on aperçoit enfin la langue du glacier. Et là, c’est autre chose que le Franz Josef ! C’est grand, c’est haut, c’est plein de crevasses et les gens qui sont dessus ont l’air tout petits dis donc… Alors certes, le ciel est gris, le vent rafraîchit bien l’atmosphère mais hauts-les-cœurs ! on enfile ses crampons et on s’élance sur le monstre…

Au début, on n’est pas très confiants, on dirait une couvée de pingouins qui batifole sur la banquise. Mais au bout d’un moment, ça s’organise et même si les guides passent leur temps à nous hurler dessus « Marchez DERRIERE moi ! », on s’en sort pas trop mal. Le problème, à partir du moment où tu es en groupe, c’est que les premiers doivent toujours attendre les derniers. Et pendant que tu attends, tu ne grimpes pas sur ce foutu glacier et surtout, tu te refroidis. Mais quand même, ça reste impressionnant de gambader sur toute cette glace en mouvement (on entendra un ou deux craquements suspects et quelques éboulis de pierres sur les falaises autour mais rien de sérieux). Et quand on passe à côté de ceux qui ont pris l’option « piolets et escalade », on se laisserait bien tenter… Une prochaine fois ! En attendant, on redescend en prenant bien soin de ne pas s’emmêler les crampons.

Et là, parce que le monde est finalement ridiculement petit, je tombe sur… Tête de Chat ! Himself ! Tête de Chat, c’est un de ceux qui m’ont fait dire « Mais au fait… et si je faisais le tour du monde ? ». Alors se croiser là, au détour d’un petit sentier, c’est une drôle de surprise. Sauf que moi, le bus qui nous ramène en ville m’attend et eux, ils vont voir le glacier. Alors on se donne rendez-vous dans 2 jours à Queenstown et on se dit « A+ ». J’en reviens toujours pas d’être tombée sur eux…

C’est la fin de l’après-midi et le ciel semble s’éclaircir. Avant qu’il fasse nuit, je décide donc d’aller faire un tour au Lake Matheson, à quelques kilomètres de là, fameux pour son effet miroir et le panorama fabuleux sur les deux sommets les plus haut perchés du pays : le Mount Tasman (3498m) et le Mount Cook (3755m). Et là… j’ai droit à 10 minutes montre en main de ciel bleu et les nuages s’écartent juste assez pour me laisser le temps de faire 3 photos de ce paysage grandiose et pof ! toute cette beauté disparaît à nouveau dans la purée de pois. J’ai même droit à quelques gouttes de pluie sur le chemin du retour. Bah… j’avais failli oublier comment ça faisait quand le soleil brille et que le ciel est bleu ! Parce que c’est vrai que le décor est assez fantastique mais quand en plus, on a les sommets enneigés derrière et le ciel bleu, c’est juste… wow ! fabuleux…

Alors même si encore une fois, j’ai été obligée de me calfeutrer dans le ventre de Ben après le dîner (parce que regarder les étoiles, ça, non, il n’en n’est pas question), c’était une belle journée. Vraiment.

Photos ici.

Sa Pa ou bien ?

Mouais… Sa Pa pas mal, merci ! (… ouais, je sais, c’est l’oxygène, en altitude, ça rend euphorique…)

Reprenons.

Le lendemain matin, je fais la connaissance de mon guide pour les 3 jours, Chong, Vietnamien (je veux dire par là, pas d’une ethnie du coin). Il était prof d’anglais mais finalement guide, ça paye bien mieux et puis il préfère vivre à la campagne, dont acte. Il est assez rigolo, très bavard et n’est pas avare d’informations sur la région et ses coutumes. Après avoir traversé le marché de Sa Pa (qui effectivement, est ridicule par rapport à celui de la veille), la balade commence à travers les chemins caillouteux et surtout bien bouillasseux grâce à la pluie des derniers jours… Il faut d’abord réussir à semer les vendeuses ambulantes qui sont prêtes à se farcir 4 heures de marche pour te vendre une housse de coussin faite main mais quelques glissades et pas de danse incontrôlés plus tard, on arrive au sommet d’une colline et la vallée de Muong Hoa se déroule sous nos yeux : des rizières en terrasse à perte de vue, quelques petits villages avec des maisons en bambou et en bois où de grands morceaux de tissus teintés d’indigo sèchent au soleil et des tripotées de canards qui se dandinent et pataugent dans les rizières. A cette saison, la récolte est finie, on attend le nouvel an pour planter le riz. Les quelques pousses qui émergent ne servent qu’à nourrir les animaux. En fin de matinée, on retrouve 2 autres guides et 4 autres touristes français (dont ceux que j’avais croisés à la gare d’Hanoi). Comme nous sommes tous passés par la même agence, nous allons tous dormir au même endroit et du coup, nous décidons de repartir ensemble pour l’après-midi. La balade est plutôt agréable, avec même parfois un rayon de soleil. De temps en temps, les hurlements d’un petit cochon qu’on égorge nous parviennent tandis qu’on essaye d’éviter les bouses de buffle, les innombrables poussins et les mamans cochons traînant derrière elles leurs portées. Oui, nous sommes à la campagne… En passant, on visitera une grotte où seuls les plus courageux s’aventureront (votre serviteuse en tête, évidemment): on a une seule lampe frontale. Au moment où on se disait qu’on allait faire demi-tour, la lumière s’allume et un groupe de Russes nous doublent (il suffisait de payer pour que la lumière fût). Du coup, on les suivra encore en peu plus loin avant de se dire que finalement, passer Noël coincer à 10 mètres sous terre à escalader des rochers suintants d’humidité, c’est pas si rigolo.

En milieu d’après-midi, on arrive dans notre « palais » pour la nuit (4 murs et un toit faits en bambou et en planches mal jointives mais quel charme !), la maison d’une famille Dao. Après avoir machouillé un peu de canne à sucre, on va prendre un bain aux herbes médicinales (une spécialité locale) dans le « spa » du village. On se retrouve donc chacun dans un tonneau, accroupi pour avoir de l’eau au-dessus des épaules, à barboter comme dans une tasse de thé géante. Je ne sais pas si l’effet médical de ces plantes est prouvé mais ça aura au moins eu le mérite de nous réchauffer parce qu’en attendant, nos guides n’ont pas installé le chauffage central. On se met ensuite tous à la cuisine (enfin, autour du feu) pour préparer un vrai festin qu’on arrose à grands coups d’alcool de riz. Sauf que les Vietnamiens, c’est pas rigolo, après 3 verres, ils sont couchés et à 22h, la maîtresse de maison nous fait comprendre qu’on est gentils mais qu’on consomme beaucoup de bois là maintenant, et que ça serait bien qu’on aille se coucher. Bon, de toute façon, y avait plus d’alcool de riz. Merry Christmas !

Le lendemain, après un petit déjeuner de champions (banana pancakes au miel), on nous a promis LE passage difficile de la balade : une grimpette avec 500 mètres de dénivelé. On se met en route doucement, la motivation en sourdine à cause de la bruine et du brouillard qui nous promettent une belle journée. Personne n’avait d’altimètre mais si ça, c’était 500 mètres, je veux bien le refaire à cloche-pied ! On finit par passer enfin au-dessus des nuages et on aperçoit les sommets environnants dont le Fansipan, le plus haut sommet d’Asie du sud-est à un peu plus de 3100 mètres. Enfin, on croit que c’était le Fansipan parce que nos 3 guides n’étaient pas d’accord sur le sommet à admirer…

Ils nous assurent ensuite une pause déjeuner avec une amazing view… On ne demande pas mieux ! On se retrouve assis sur une colline, les nappes de brouillard nous recouvrant les unes après les autres… Pour la vue, on repassera… Mais pour le sandwich ! McDo n’a qu’à bien se tenir ! De l’œuf, de la viande, de la Vache Qui Rit (oui, c’est tout ce qu’on trouve comme fromage ici), des tomates, du concombre et même une poudre de perlimpimpin qui assaisonne le tout : de la haute gastronomie !

Bref, l’estomac plein on entame la descente et là, c’est un festival de glissades et de rattrapages sur les mains dans la boue (il paraît que c’est très bon pour la peau…). On finit par arriver dans un petit village où un bus attend mes co-trekkeurs pour les ramener à la civilisation tandis que je prolonge mon immersion au milieu de nulle part. Mes hôtes pour la nuit sont une famille Dzai verte (la dame porte un foulard multicolore mais avec beaucoup de vert). On prend le thé, Chong me flanque une raclée aux échecs et on se met à la popotte (toujours autour du feu, hein !). Je suis donc officiellement la rouleuse de nems la moins rapide de tout l’Ouest le Vietnam… Après le dîner, on s’assoit tous devant la télé (y a pas le chauffage mais y a une antenne parabolique) et on regarde un film chinois traduit en vietnamien. C’est-à-dire que c’est pas doublé. C’est juste une dame qui parle par-dessus les acteurs chinois et qui décrit ce qui se passe en vietnamien. Le film a déjà l’air particulièrement mauvais mais alors avec la petite dame qui commente, ça doit vraiment pas être triste. La cerise sur le cupcake ce sont les coupures pub tous les quarts d’heure… Mais tout le monde est scotché et rigole, c’est donc que ça doit être bien ! Ou alors, c’est l’alcool de riz qu’on s’est encore envoyé à grandes lampées pour pas avoir froid…

Le lendemain matin (oui, ça fait 2 jours que je dors en manteau et que j’ai pas vu la couleur d’une douche, je sais…), on fait réchauffer les restes de la veille pour le petit déj et pendant que je suis chargée de surveiller le feu (c’est la meilleure place !), je vois soudain un gros cafard bien gras qui, devant trouver que ça commence à sentir le sapin, s’échappe d’une bûche et tente de fuir sous mon pied. Malheureux ! Il finira plat comme une galette et son cadavre ira se tordre au milieu des braises… Comme je commence à trouver que le pays est bien pourvu en bestioles de ce genre, je demande à Chong si les cafards c’est pas plutôt censés vivre dans les zones chaudes et humides (et là, certes, c’est humide, mais je vous jure que c’est pas chaud). Et avec un grand sourire, Chong répond : « Noooon. Au Vietnam, les cafards, y en a partout ! » Gé-nial…

Une fois le petit déj avalé, on se remet en route. Le soleil n’est toujours pas au rendez-vous mais Chong s’amuse à nous faire passer sur le bord des rizières et mon sens de l’équilibre étant ce qu’il est, je me concentre pour ne pas me remplir les chaussures de bouillasse… On traverse encore quelques villages où des enfants jouent à saute-buffle (y a pas de mouton), pieds nus, et nous courent après en chantant « Hello, hello ! », et on finit par retrouver la civilisation pour le déjeuner où on s’offre un grand bol de nouilles fumantes.

Le temps de rentrer à Sa Pa, dire au revoir à Chong (qui promet de m’inviter à son mariage), prendre une douche (oui, parce que là, comme qui dirait, y avait nécessité), refaire le sac et hop ! encore un minibus, direction la gare de Lao Cai. Comme je suis une petite chanceuse, dans le minibus, je me retrouve coincée entre la vitre et une très grosse dame, française, qui voyage avec son mari et son fils et tous les 3 passent l’heure suivante à se plaindre du temps, du froid, du guide qui ne parlait pas assez bien français, des motos qui n’avaient pas assez d’amortisseurs (en même temps, excusez-moi madame mais…), des montagnards qui essayaient de leur vendre 2 ou 3 babioles, de la route qui est pleine de trous (y a pas de route…), bref, c’est le genre de moment où je fais semblant que je ne comprends pas le français et je camoufle tant bien que mal tous les sigles Quechua qui apparaissent sur mes affaires…

Bref, retour dans le train (ce coup-ci, un peu moins luxueux qu’à l’aller) en compagnie de 3 autres Vietnamiens dont une dame charmante mais qui parle très très fort et surtout tout le temps (au point que les gens de la cabine d’à côté viendront lui demander de la mettre en sourdine !). Le train a de très mauvais amortisseurs (lui) et je manque plusieurs fois de tomber de ma couchette. Bien sûr, au milieu de la nuit, j’écrase encore un cafard qui pensait que se balader à moins de 30cms de ma tête ne me posait pas de problème (mais pourquoi c’est toujours sur moi que ça tombe ???) et au petit matin, me revoilà à Hanoi, à me battre avec un chauffeur de taxi qui a trafiqué son compteur qui tourne plus vite qu’une pompe à essence…

De retour dans la jungle !

Photos ici.