Les Thousand Islands

Avant de rejoindre la capitale canadienne, je traînasse le long du lac Ontario et du fleuve Saint-Laurent. Oui, le même Saint-Laurent dans lequel frétillent des baleines. Sauf que là, on n’est quand même vraiment trop loin de la mer pour que les baleines passent dans le coin.

Y a donc pas de baleines mais des îles. Tout plein d’îles même. Tellement, qu’on appelle cette région les Thousand Islands. C’est la campagne, y a des champs, le fleuve, des herbes folles et les fameuses îles. Et tu n’as pas le droit de rouler à plus de 60km/h ce qui est parfait pour admirer le paysage et puis de toute façon, je ne suis pas pressée.

Moi non, mais ceux qui roulent derrière moi, visiblement, oui. Je me serre à droite pour qu’ils puissent me doubler mais personne ne double. Je finis par m’arrêter sur le bas-côté pour prendre des photos, les petits pressés poursuivent leur chemin et v’là-t’y pas qu’au loin, apparaît un stroboscope bleu et rouge.

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Je suis sur le point de remonter dans Flipper et de reprendre ma route quand le susmentionné stroboscope vient se garer juste derrière moi. A moins que lui aussi veuille faire des photos du paysage, je pense plutôt qu’il est là pour me parler. Je baisse donc obligeamment ma fenêtre et me colle un grand sourire sur le visage.

– Bonjour Mademoiselle. Comment allez-vous aujourd’hui ?
– Euh… bah bien. Y a un problème M’sieur l’agent ?
– En effet. Nous avons reçu une plainte parce que vous rouliez très lentement et sur le côté de la route. Avez-vous consommé de l’alcool ?
– Euh… non. Il est 10h du matin vous savez… Mais je croyais que la vitesse était limitée à 60, non ?
– Ah non, pas ici. Depuis le virage là-bas, vous pouvez rouler à 80.
– Ah désolée, je n’ai pas vu le panneau, je regardais le paysage.
– Ah oui ? Vous êtes touriste ?

S’ensuit une charmante discussion sur la région, le fait que ce soit complètement dingue que j’ai fait toute la route depuis la Californie et blablabla…

– Mais… pourquoi rouliez-vous sur le côté de la route ?
– Bah je voulais les laisser me doubler en fait…
– Ah… je comprends. Bon c’est pas bien grave. Je vais quand même vérifier vos papiers mais vous inquiétez pas, tout va bien.

Et pendant que Monsieur le Shérif va checker mon passeport, je réalise qu’en fait, sur les 800 derniers mètres (parce que le dernier virage n’est pas plus loin que ça), un des imbéciles qui me suivaient n’a rien trouvé de mieux à faire que d’appeler les flics pour dire que je ne roulais pas assez vite… Moi ! Pas assez vite ! Quand on sait le nombre de fois où je me suis fait arrêter dans ce pays parce que je roulais trop vite, c’en est risible… Enfin bref, Monsieur le Shérif me rend mes papiers, me conseille d’aller manger des chocolats, me souhaite un bon voyage et je reprends ma route. A 80km/h.

Un peu plus loin, j’atterris dans un parc où les trois-quarts des sentiers sont fermés (on est hors saison, hein, maintenant, c’est clair…) mais où on peut encore aller se perdre dans les dunes. C’est joli et y a des drôles de chenilles toutes poilues qui traversent la route.

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Et puis je continue ma route et je finis par arriver à Kingston, une charmante petite ville qui héberge le dernier collège militaire du pays mais également pas moins de 7 pénitenciers dont plusieurs de haute sécurité. En plein milieu de la ville. Rassurant. Du coup, ils ont un musée, le musée pénitentiaire du Canada, où on trouve de tout : des instruments de torture, des uniformes de gardiens, des énooooormes clés, des trucs rigolos qui ont été confisqués dans les cellules des détenus comme un arc et des flèches (pas vraiment pour jouer) ou un poignard fait avec un double-décimètre (j’ai toujours su que ce truc-là était dangereux…) et même des tentatives improbables d’évasions comme ce type qui s’est caché dans une pile de plateaux de cantine sales qui étaient envoyés ailleurs pour être lavés.

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Et puis, finalement, j’ai décidé de passer la nuit là. C’est pas tous les jours qu’on peut dormir à côté du plus grand nombre de détenus du pays ! Et en plus, y a un resto qui fait de monstrueux et délicieux burgers, difficile de ne pas se laisser tenter.

Le lendemain matin, après un petit tour au marché où l’on trouve désormais des citrouilles de toutes les tailles en quantité hallucinante, j’ai quitté mes prisons préférées (je crois qu’il ne faut pas y passer plus de temps que nécessaire…) et j’ai continué à suivre le Saint-Laurent. Parfois, sur les îles, y a des maisons. Juste comme ça, posées au milieu du fleuve. Et parfois, l’île est à peine plus grande que la maison. Alors y a un petit ponton, une petite barque et en général, une voiture sur la berge. T’as pas intérêt à avoir oublié le beurre…

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En fin d’après-midi, je suis arrivée à Ottawa. Et ça a beau être la mousson à l’extérieur, je suis allée prendre une douche à la piscine en intérieur.

Photos ici.

Mon voisin Totoronto

Pour ne rien changer à notre méthode qui gagne, Flipper et moi, on a décidé d’établir notre camp de base autour d’une station de métro. Un peu éloignée du centre-ville, certes, mais avec une connexion internet gratuite un Starbucks, un nail spa et des trottoirs pour se garer partout. Seulement, ici, faut être drôlement vigilant. Parce que tu peux te garer partout mais pas tout le temps. Pour t’expliquer ça, y a des petits panneaux comme ça.

Ah ouais… quand même ! Petite explication de texte : ici, à gauche du poteau, si tu fais une livraison, tu ne peux pas te garer entre 7h et 14h et de 14h à 7h, tu peux mais seulement 5 minutes. Si tu es un conducteur lambda, tu n’as pas le droit de te garer de 2h à 7h (typiquement, si tu penses passer la nuit là, c’est mort). Et à droite du poteau, t’as pas le droit de te garer du tout. Jamais. Et croyez-moi, y en a qui sont encore plus compliqués. Soyons honnêtes, ça nécessite un certain temps de réflexion avant que t’enclenches ta marche arrière pour faire ton créneau.

Malgré tout, je finis par nous dégoter une petite place d’où l’on ne risque pas de me faire dégager en plein milieu de la nuit et je m’endors.

Le lendemain matin, je me réveille en sursaut. Les freins d’un bus viennent de hurler à 30cms de mes oreilles. Tout va bien, tout est normal, le bus s’arrête juste au feu rouge à côté. Après avoir avalé un grande chai latte (ma nouvelle drogue), je laisse Flipper le long d’un autre trottoir où il ne risque rien et je pars à l’assaut de la ville.

Pourtant, il fait pas un temps à se balader le nez en l’air : il fait gris, il fait froid, y a du vent et la pluie ne tarde pas être de la partie. Et pas un petit crachin breton… non, non, une bonne grosse pluie de mousson, de celles qui t’obligent à rester sous un hall d’immeuble pendant que la gardienne te jette des regards en coin. Du coup, je fais ce que je sais faire de mieux : je me réfugie au marché et je teste les spécialités locales.

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Une fois la mousson passée (bah oui, comme toute mousson, ça ne dure pas toute la journée), j’ai repris ma balade et j’ai déambulé dans les ruelles du Distillerie District, une immeeeeense brasserie reconvertie en boutiques bobos et restos branchés et comme les nuages ont même laissé passer un petit rayon de soleil, j’ai grimpé en haut de la CN Tower pour aller voir à quoi tout ça ressemblait vu d’en haut.

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Et après la vue d’en haut, j’ai pris le ferry pour les Toronto Islands. Oui, y a des petites îles sur le lac Ontario, ça s’appelle les Toronto Islands. En été, c’est sympa, tu peux louer un vélo et en plus, c’est tout plat. En hiver, ou en automne plutôt, bah… y a franchement pas grand-chose à y faire. Mais peu importe puisque moi, je ne suis pas même descendue du ferry (je ne suis même pas sûre d’avoir tourné la tête côté Islands), je n’étais là que pour la vue. Celle-là.

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Après un beau coucher de soleil comme seuls les ciels nuageux savent en donner, j’ai fini cette journée en beauté et en musique en allant à l’opéra. Avec ma veste bleu fluo et mes gros godillots, j’avais un style certain au milieu des robes de soirée et souliers vernis…

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Le lendemain matin, j’ai commencé par me rendre au centre administratif. Parce qu’avec tous ces panneaux, j’ai bien fini par me faire avoir et j’avais une amende à payer…

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Et puis les contrariétés, ça donne faim alors je suis allée avaler une assiette entière de raviolis chinois puis un plateau de fromages… Parce que c’est ça qui est bien quand on est dans un pays à moitié francophone, on peut manger de la fourme d’Ambert sans passer pour la dernière des barbares. Et juste avant que mon estomac n’explose, j’ai encore réussi à y caser un petit cannelé…

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A petits pas (c’était ça ou rouler d’un trottoir à l’autre), je suis ensuite allée visiter le Parlement de l’Ontario (puisque Toronto est la capitale de l’Ontario) où tout fonctionne à peu près comme aux Etats-Unis et où quand tu veux aller au bureau 187, on te dit d’aller demander au bureau 186…

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Et puis, ça ne pouvait pas durer éternellement alors la mousson est revenue. J’en ai profité pour me réfugier au Bata Shoe Museum (oui, du nom de la marque de chaussures, c’est on ne peut plus approprié). J’y ai admiré des paires de pompes de tous âges et de tous styles et même des que je pensais même pas que ça pouvait exister.

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Oui madame ! Des chaussons pour vaches ! Parce que les vaches, c’est bien connu, ça n’aime pas avoir les pieds mouillés…

Et comme décidément la mousson ne voulait pas s’arrêter, j’ai fini par aller retrouver Flipper.

Et le lendemain matin, je me suis encore réveillée en sursaut. A cause d’un chasse-neige. Enfin plutôt à cause du bip-bip que fait le chasse-neige. Et puis, j’ai réalisé que vu qu’il n’y avait pas de neige, ça ne pouvait pas être un chasse-neige. Non, non, c’était… la remorqueuse qui était en train d’enlever Flipper !! Pas le temps de réfléchir, je saute dans mes chaussures et je descends sur le trottoir.

– Euh… bonjour Monsieur. Qu’est-ce que vous faites là exactement ?
– Ah bah là ma p’tite dame, j’enlève ce van qui est garé là où il ne devrait pas.
– Non mais c’est mon van, je vais le déplacer, pas la peine de vous donner tout ce mal.
– Bah allez voir avec la dame là-bas, c’est elle qui décide.

La dame là-bas, c’est la police…

– Euh… bonjour Madame. C’est mon van là. Je vais le déplacer, pas de problème vous savez.
– Ah bon ? Ah, bah… OK alors. Mais vous gardez quand même l’amende parce que vous ne deviez pas être garée là.
– Oui, oui. Pas de problème. Désolée…

Et là, je lève le nez et dans la foultitude de panneaux où on ne comprend rien, y en a un qui dit que le vendredi matin, faut pas se garer entre 7h et 9h. On est vendredi et il est 7h23…

Le remorqueur enlève les fers de Flipper et on s’enfuit. Pfiou ! On n’est pas passés loin ! Pour un peu, je me réveillais en train de rouler à l’arrière de la remorqueuse. T’imagines la tête du gars à la fourrière quand il m’aurait vu sortir du van…

En attendant, je suis fort contrariée, je dois retourner payer mon amende et ce coup-ci, je suis bonne pour 60 dollars… Mais bon, c’est toujours moins pire que de se retrouver à la fourrière ! Alors à l’ouverture du centre administratif, je suis déjà devant la porte. Et là, le miracle se produit. Madame la policière n’a pas encore transmis l’amende que je dois payer alors elle est purement et simplement annulée… Hourrah !

Du coup, c’est de fort bonne humeur que je reprends la route. Et oui, Toronto, c’est fini, direction Ottawa maintenant.

Photos ici.

Les chutes du Niagara

Je serais bien restée une journée de plus à Chicago. Et pas seulement parce que j’en ai perdu toutes mes photos. Non, plutôt parce que la ville est vraiment chouette, grande mais pas trop, animée, avec de beaux buildings, un front de mer (enfin, de lac en l’occurrence mais le lac est si grand qu’on peut tout à fait croire que c’est la mer), des tas de bons restos, de jolis parcs, des statues rigolotes, un métro aérien qui passe sur des ponts comme la ligne 6, bref… elle mériterait une exploration digne de ce nom. Sauf que le temps défile, les miles passent et le programme est encore chargé.

Ah oui. Je vous ai pas dit mais depuis près de 2 semaines, je passe des heures carrées à essayer de me trouver un appart à New York. Meublé, pas cher, bien situé et dont la déco me plaise évidemment. Enfin ça, c’étaient les critères au début. Parce que plus le temps passe et moins je deviens sélective… Pour vous dire, j’en suis à ne même plus me soucier qu’il soit à Manhattan ! Comment ça New York ne se réduit pas à Manhattan ? Non mais vous croyez quand même pas que je vais accepter de me retrouver à Staten Island ou pire, dans le New Jersey, non plus ?!! On pourrait croire que vu l’offre pléthorique, rien ne devrait être plus simple. Ben détrompez-vous mes p’tits potes ! Entre les arnaques repérables à 100 miles, les enf*** qui ne répondent jamais aux mails, ceux qui répondent pour dire que ah, non, désolé, l’appart n’est pas dispo à ces dates (alors qu’il est indiqué qu’il l’est sur le site internet, évidemment, sinon j’aurais pas demandé, pfff…) et ceux dont les commentaires des précédents locataires font froid dans le dos… ça a probablement été un des hébergements les plus difficiles à trouver de tout le voyage !

Mais heureusement, ça y est, le miracle s’est produit, j’ai dégoté la perle rare : un petit studio tout pimpant en plein cœur de l’East Village et dont le loyer rentre parfaitement dans mon budget. A propos, pour ceux qui se poseraient la question, j’ai pas fait mon budget cette année… je l’ai grandement explosé on pourrait même dire. Mais je ne m’étendrai pas sur la question, j’y reviendrai quand tout sera terminé et que sonnera l’heure des bilans. En attendant, dans quelques semaines, je pourrai dire « J’habite ici. » en regardant la Liberty Statue droit dans les yeux. Et ça, ça n’a pas de prix.

Tout ça, c’est bien joli mais je n’aurai les clés de mon palace newyorkais que le 6 novembre prochain. Et Flipper expire le 29 octobre. Entre les 2, y a une petite semaine de battement dont je ne sais pas trop quoi faire. Alors je réfléchis un peu (3 secondes, à peu près) et je décide de prolonger mon partenariat avec Flipper quelques jours de plus. C’est qu’on s’entend bien lui et moi. On s’attache facilement à ces p’tites bêtes-là…

Sauf que tout ça finit par se régler alors que j’ai déjà quitté Chicago. Tant pis, profitons du soleil qui m’oblige à ne conduire que d’un œil et laissons le bitume s’engouffrer sous les roues de Flipper. La destination du jour se trouve de l’autre côté de la frontière. Ce soir, on dormira à Niagara Falls. Mais pour y arriver, faut encore traverser tout un tas d’états (l’Illinois, le Michigan), faire un petit détour par Détroit pour voir à quoi ressemble la ville la plus endettée du pays et se prendre pour Eminem l’espace de 4 secondes (le temps qu’il faut pour faire le tour du panneau 8 Mile), faire la queue pour passer la frontière et avaler encore un bon paquet de kilomètres jusqu’à atteindre le Graal. Evidemment, quand on arrive, il est 22h passées et il fait nuit noire. Pourtant, la ville est étrangement morte. Personne dans les rues, pas un néon, rien… Pour une ville réputée ultra touristique, c’est plutôt bizarre. Bon, de toute façon, On s’enfonce dans des petites ruelles, on se camoufle entre 2 voitures et hop ! on tire le rideau pour la nuit.

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Le lendemain matin, je prends mon petit déj à la laverie histoire de ne pas perdre de temps et une fois que j’ai fini de me battre avec ma couette, je pars enfin à la recherche du point de vue. Celui où j’aurai le souffle coupé. En fait, la veille, je suis arrivée par le nord de la ville et comme les chutes sont au sud, c’était un peu normal qu’il n’y ait personne. Parce que dès que je m’approche de la rivière, mon village fantôme se transforme en mini Vegas. Atroce. Des hôtels immenses avec des néons qui clignotent de partout, des centres commerciaux, des restos de chaînes qui s’alignent les uns à côté des autres… beuark ! Et évidemment, pas moyen de se garer au milieu de tout ça. Enfin si. Si t’as l’intention de dépenser 15 à 20 dollars pour une place dans un parking « public », y a aucun problème. Sinon, t’es bon pour aller te garer à 4 kilomètres et revenir en marchant. Alors que je tournicote dans l’espoir vain de trouver une faille dans le système, soudain… je les vois ! Là, comme ça, même Flipper les voit ! Y a la route, le trottoir, un vague parapet et… là, elles sont juste là !

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Et franchement, on a beau eu me dire que c’étaient pas les plus belles chutes du monde, en ce qui me concerne, je trouve quand même ça vachement impressionnant. C’est vrai qu’elles sont pas très hautes mais la rivière est vachement large ! Et ça fait un bruit d’enfer en tombant ! On se rend bien compte que le débit est sacrément élevé. D’ailleurs, en tombant, l’eau fait plein de gouttelettes et ça remonte jusqu’en haut et ça bruine même sur Flipper encore plus haut. Alors OK, il fait gris, il pleut et le cadre est vraiment moche mais… wouah… y a des fois, la nature fait du bon boulot quand même…

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Et puis je comprends pourquoi tout le monde te dit de venir côté canadien plutôt que côté américain. En fait, les chutes sont en forme de fer à cheval et côté américain, bah… tu vois pas le fer à cheval. Le truc bien, c’est qu’un peu plus loin sur la rivière, y a un pont et tu peux passer d’un côté à l’autre hyper facilement. A condition d’avoir ton passeport en règle. Alors je sais pas si c’est la trouille qu’on m’explique que je peux pas avoir de nouveau visa US (oui, je reviendrai aussi plus tard sur mes petits tracas administratifs…) ou juste parce que je me suis repue les yeux de ce que je voyais côté canadien mais je ne suis pas passée de l’autre côté. A force de patience, le soleil a même fini par faire une apparition. Et c’était beau.

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Mais quand même, on peut pas regarder de l’eau tomber toute la journée. Déjà, à force, ça donne envie de faire pipi et puis, on finit par être trempés (non, pas parce qu’on a fait pipi, juste parce que les embruns des chutes, c’est pas du pipi de chat !). Bref, y a la possibilité de faire quelques attractions attrape-couillons (un petit tour en bateau au plus près des chutes, passer derrière les chutes, aller voir un film en 3D qui explique comment les chutes ont évolué depuis un millier d’années) le tout pour une somme relativement indécente.  Y a aussi un petit musée rigolo qui recense toutes les tentatives de franchissement des chutes. Je veux dire, tous les gens qui se sont lancés dans la rivière depuis le haut de la falaise et qui ont espéré arriver en bas vivants.

Là encore, j’ai été poursuivie par un souvenir d’enfance. Je devais avoir 10 ans. Mes parents m’avaient emmenée à la Géode et sur cet écran géant, j’avais vu un film qui racontait l’histoire de Annie Taylor, cette institutrice de 63 ans qui fut la première à franchir les chutes enfermée dans un tonneau. Elle avait pris avec elle un petit chaton noir. Quand elle est ressortie (vivante), le petit chaton était blanc. Et bah, dans ce musée, y a le tonneau d’Annie. Et toutes les autres embarcations totalement farfelues qu’une poignée de cinglés ont construites pour défrayer la chronique. Tout le monde n’a pas eu la chance d’Annie, tout le monde n’en est pas sorti indemne. Au bout d’un moment (et d’un certain nombre de morts), les autorités ont fini par déclarer qu’il était illégal de tenter de franchir les chutes.

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Bref, après avoir regardé un sacré paquet de baignoires se remplir (au rythme d’un million par minute, ça fait vraiment un sacré paquet), j’ai fini par quitter la ville. Je suis allée un peu plus loin, à Niagara-on-the-Lake. Là, changement d’ambiance radical. Des propriétés immenses, des vignobles à perte de vue, de jolies boutiques en briquettes, des galeries d’arts et des antiquaires… un autre monde ! J’ai donc fait un peu de lèche-vitrine et j’ai presque même bien failli lécher la vitrine pour de vrai.

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Et puis, comme c’est pas le genre d’endroit où Flipper passe tout à fait inaperçu, j’ai continué ma route jusqu’à Toronto. Et pour clôturer cette journée en beauté, je suis allée me laver les cheveux faire quelques longueurs à la piscine.

Photos ici.

And all that jazz !!

Me voici donc à Chicago. La ville d’Al Capone, des Bulls et de la meilleure comédie musicale qui existe au monde (… d’un point de vue tout à fait personnel, certes).

Le temps de repérer un endroit où passer la nuit tout au bout d’une ligne de métro (les trottoirs autour de Jefferson Park sont tout à fait accueillants et en plus, y a le wifi au McDo juste à côté) et il fait déjà nuit. C’est qu’il fait nuit de plus en plus tôt. Et mes journées ont la fâcheuse tendance à ne faire que 23 heures. C’est que Flipper traverse les fuseaux horaires sans même prendre le temps de ralentir ces derniers temps…

Alors, un petit coup d’œil à la carte pour ne pas se perdre et quelques stations plus loin, je débarque en plein loop. C’est comme ça qu’ils appellent le centre de la ville ici. Et y a des trucs rigolos dans le centre de cette ville. Des trucs que tu peux aller voir même quand il fait nuit, c’est pas grave. Je ne sais pas pourquoi ni comment, mais un certain nombre d’artistes ont décidé d’y ériger des statues. Enfin, des statues. Des sculptures, on dira plutôt. Parce que j’irai pas jusqu’à dire que j’ai compris ce que ça représente. L’art moderne et moi…

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Comme on est samedi soir, je me faufile dans un bar. (Non, je ne passe pas mes samedis soirs dans les bars, c’est juste une façon de parler.) Et il se trouve que ce bar n’est pas juste un bar mais un club de blues. Et plutôt réputé si j’en crois le type à l’entrée qui me promet que je ne vais pas regretter d’être passée dans le coin. Moi, le blues, j’y connais rien. Mais les gars sur scène ont l’air de bien s’amuser. Et la vérité, c’est plutôt chouette.

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C’est plutôt chouette jusqu’à ce qu’un type accoudé au comptoir se mette en tête de m’offrir à boire et de faire la causette. Papoter au milieu d’un bar où un type fait hurler sa guitare et où le barman te parle la langue des signes, c’est pas pratique. Ça t’oblige à hurler dans l’oreille de ton voisin. Et moi, j’aime pas trop quand des inconnus me postillonnent dans l’oreille. Non, vraiment, sans façon. J’ai beau jouer la carte de la fille qui n’entend rien voire qui parle pas 3 mot d’anglais, ça ne décourage pas mon nouvel ami qui se met en tête de me raconter sa vie et de me dresser la liste de tous les endroits où il faut absooooolument que je m’arrête en repartant d’ici. Alors au bout d’un moment, le blues c’est sympa mais je craque et je retourne retrouver Flipper qui lui, ne me postillonne jamais dessus…

Le lendemain matin, il fait grand soleil et en reprenant le métro, j’apprends qu’aujourd’hui n’est pas un dimanche ordinaire. Non, non, non. Aujourd’hui, y a le marathon de Chicago. Apparemment, ça ne perturbe pas tant que ça le train-train quotidien. Les rues sont juste pleines de gens avec des panneaux et des t-shirts couverts d’inscriptions venus soutenir les coureurs. Coureurs qui courent visiblement trop vite, je n’en croise pas un. Par contre, je croise bien la boulangerie française aux vitrines pleines de viennoiseries dorées et la boutique de cupcakes à la façade alice-au-pays-des-merveillesque…

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Histoire de prendre un peu de hauteur, je grimpe en haut du John Hancock Center, un des plus hauts buildings de Chicago. De là, la vue sur la ville et le lac est impressionnante…

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Et puis je redescends dans le rue admirer tous ces buildings d’en bas. C’est que c’est une des particularités de Chicago : ses buildings. C’est ici qu’ont été construits les premiers gratte-ciels au monde et il y en a de toutes les tailles, de toutes les formes, pour tous les goûts.

Et c’est à ce moment que se produit LA catastrophe.

Alors que je marche le nez en l’air et l’œil collé au viseur de mon appareil photo, j’entends un petit « bip-bip » insistant. Et je réalise rapidement que ça vient justement de mon appareil photo. « Erreur objectif. Arrêt automatique de l’appareil » ça dit. Sauf que si l’écran s’éteint, l’objectif ne se rétracte pas. Alors je retourne la machine dans tous les sens, j’allume, j’éteins, je rallume, je ré-éteins… Rien. Ça a l’air coincé. Je finis par forcer (doucement, hein, pas comme une brutasse) et par rentrer l’objectif. Me voici donc, dépitée, sur le bord du trottoir, à me demander ce que je vais bien pouvoir faire avec cette saleté d’appareil qui vient de me lâcher…

C’est là que je repense à mon deuxième appareil photo. Celui que j’avais emporté « au cas où »… Celui que j’avais décidé de renvoyer en France parce que, décidément, ça servait vraiment à rien de se traîner un truc pareil vu que je ne m’en servais pas du tout mais que quelqu’un m’a volé au Chili. Je maudis donc pour la cent millième fois l’inconnu mal intentionné. Ce qui ne change rien. J’ai plus d’appareil photo.

De nos jours, tout le monde a un smart phone et passe son temps à prendre des photos débiles qu’il poste ensuite sur Facebook. Easy donc. Easy sauf que je dois être une des dernières personnes sur Terre à ne pas avoir de smart phone. Je réfléchis donc 4 secondes et je décide de trouver un vendeur d’appareil photo et de lui montrer mon malade. On ne sait jamais.

Avant ça, je file avaler une part de pizza. Enfin, plutôt une pizza toute entière. Une petite, évidemment. C’est une spécialité de Chicago. Ça ressemble plus à une quiche qu’à une pizza : la pâte est super épaisse et y a presque 3 centimètres de sauce tomate recouverte d’une bonne couche de fromage qui fait des fils pas possibles quand t’essayes de mordre dedans. Ça s’appelle une pizza deep-dish. J’ai beau tester ça dans LE restaurant qui a inventé le concept, honnêtement, ça casse pas 3 pattes à un canard. Et ça vaut surtout pas les 45 minutes d’attente… Bon, peut-être que l’histoire de l’appareil photo me fout un peu de mauvaise humeur aussi… Peut-être…

Je finis par trouver mon magasin d’appareil photo. Le vendeur fort aimable tente de réanimer le mourant mais c’est trop tard… heure du décès, 12h18. Il tente de me remonter le moral en me disant que peut-être, avec la garantie, je pourrai le faire réparer… Super, sauf que la garantie est à Paris et que d’ici-là, bah… faut trouver une solution. Quelques minutes plus tard, me voilà l’heureuse propriétaire d’un nouvel appareil, tout petit et pas au top mais c’est toujours mieux que rien.

Je repars donc au hasard des rues (après un petit stop chez Starbucks pour charger la batterie de mon nouveau compagnon) à tenter d’apprivoiser la bête… Il fait beau, la ville est vraiment belle, y a des sculptures étonnantes à chaque coin de rue ou presque, je mitraille à qui mieux mieux, mon moral remonte en flèche. Je finis même par atterrir au Art Institute of Chicago. A propos, si t’arrives une heure avant la fermeture, tu ne payes l’entrée que 10 dollars au lieu de 22. Le musée est immense, recèle des centaines d’œuvres du monde entier mais moi, je ne viens que pour une seule toile. Une toile que j’ai contemplée un nombre incalculable d’heures sur mon radiateur. Celle-là.

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Un dimanche après-midi à la Grande Jatte de Georges Seurat

Pour ceux qui n’auraient pas révisé leur histoire de l’art ces dernières 24 heures, Georges Seurat est un peintre de la fin du XIXème siècle qui fait partie du courant impressionniste. Et plus précisément des pointillistes. La toile est couverte d’une infinité de petits points colorés qui, quand on s’en éloigne un peu, devient un tableau. La première fois que j’ai vu ce tableau, je devais avoir 10 ans. J’ai trouvé ça extraordinaire et j’ai fait acheter à ma mère une photo format A4 qui a donc trônée sur le radiateur de ma chambre les 20 dernières années (à vrai dire, je crois bien qu’elle y est à l’heure où on parle). Alors le revoir en vrai, c’était quelque chose…

Quand les vigiles du musée m’ont foutu dehors, je suis allée m’amuser avec les autres touristes du dimanche sous la Cloud Gate. Encore une sculpture rigolote au beau milieu des gratte-ciels. Ça ressemble à ça et c’est comme un grand miroir déformant.

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Et puis, comme j’avais mal aux pieds et qu’il commençait à faire froid, je suis rentrée et je me suis attelée à transférer mes photos sur internet pour vous montrer comment je passe mes journées. Et là, ça a été la deuxième catastrophe de la journée. Une suite de manipulations malencontreuses et pof ! toutes les photos de mon nouveau joujou envolées… Arrachage de cheveux, force jurons, rien n’y fait. Tout a disparu…

Bon, certes, je ne vais pas effacer de ma mémoire de sitôt l’impression que ça fait d’être, en vrai, devant le chef-d’œuvre de Seurat ou les rayons de soleil qui se reflètent sur les façades vitrées des buildings de Chicago mais quand même… ça agace.

Alors c’est en traînant les pieds que je suis allée me coucher et en jurant de ne plus jamais appuyer sur la touche « Delete » de ce maudit ordinateur…

Photos ici (pas beaucoup, hein, évidemment…)

Le pays où le ciel est plus grand qu’ailleurs

Puisqu’il est désormais certain que le gouvernement américain m’en veut personnellement et ne réouvrira pas ses foutus parcs avant la Saint Glinglin, je reprends donc la route. Et cette fois, elle va être longue. Très longue. Globalement, je vais aller jusqu’à Chicago d’une traite. Enfin, d’une traite. En 6 jours. C’est qu’il y en a un certain paquet de miles à mettre au compteur de Flipper ! Mais quitte à avaler tout cet asphalte, autant le faire côté américain. Même s’il n’y a pas grand-chose à voir, ce sera toujours moins pire que côté canadien. Je quitte donc Banff, direction la frontière… que je passe comme une fleur. Un peu trop vite d’ailleurs. Le douanier ne met même pas de tampon sur mon passeport parce que soi-disant le visa que j’ai déjà est encore valide et y a pas besoin d’en mettre un nouveau. Bon. OK. Sauf que quelques kilomètres plus loin je réalise que mon visa est certes encore valide mais seulement jusqu’au 8 novembre… et moi, je ne repars que le 18 décembre. Petit souci administratif en vue… Heureusement, il est prévu que je repasse au Canada puis aux Etats-Unis avant le 8 novembre. Va falloir la jouer fine…

En attendant, je roule…

Et pendant 6 jours, j’ai parcouru près de 2300 miles et traversé 6 états.

D’abord le Montana. Moi, quand j’entends Montana, je pense à ça.

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Ou encore à ça.

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Bref, des paysages de malade, des chevaux, des cow-boys qui ressemblent à Brad Pitt (tous, oui, sans exception) et de la bonne musique country (oui, comme vous avez pu vous en rendre compte, c’est devenu ma spécialité). Et la vérité, c’est que le Montana, c’est presque ça. Des montagnes enneigées dans le fond, des plaines dorées devant, des chevaux la crinière au vent, des centaines et des centaines de vaches qui paissent paisiblement, un ciel 1000 fois plus bleu et plus grand que n’importe où ailleurs et un ruban d’asphalte qui s’étend à l’infini… C’est beau. De temps en temps, on tombe sur un hameau. Voire un village. Voire même une ville. Enfin pas trop grande la ville quand même. Et toujours ce ciel démentiel.

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Après le Montana, je suis passée au Wyoming. Là, les montagnes font progressivement place à des montagnettes puis à des collines et des collinettes. Les champs sont toujours aussi dorés et le ciel toujours aussi immense. Y a toujours des veaux, vaches, cochons, couvées et même quelques troupeaux d’antilopes. Si, dans le Wyoming, y a des antilopes.

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Y en a même un bon paquet. Et régulièrement couchées au bord de la route… Bon, y a aussi des ratons-laveurs sur le bord de la route. Et tout ça n’est pas en très bon état en général. Y a aussi des gens bizarres sur les aires de repos qui passent la nuit à veiller à côté de votre van et vous laissent au petit matin une lettre de 3 pages sur le pare-brise pour vous dire qu’il faut se méfier des inconnus… Mais le Wyoming, c’est aussi des couchers de soleil à tomber par terre et ce ciel qui s’enflamme et prend des teintes violacées comme on n’en voit que dans les photos de National Geographic.

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Et puis après le Wyoming, y a le South Dakota. Bon, celui-là, on savait à peine qu’il existait avant d’y mettre les pieds. Et pourtant ! Y en a des trucs dans le South Dakota ! D’abord y a ça.

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Ah ! C’est pas un peu connu ça ? Et non, ça n’est pas la vague réplique de l’étiquette d’une encore plus vague bouteille de whiskey… Et oui, ça aussi c’était censé être fermé (shutdown toussa-toussa…), mais comme tu peux le voir depuis la route, ça serait vraiment bête de vouloir payer les 11 dollars du parking (oui parce que c’est gratuit mais comme t’as pas le droit de te garer le long de la route, faut payer le parking…). En ce moment, les rangers sont plutôt sympas, ils te laissent t’arrêter quelques minutes devant l’entrée du mémorial et prendre tes photos. D’ailleurs, y a pas que des rangers qui traînent là-devant. Y a ça aussi.

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Et puis dans le South Dakota, tu trouves ça.

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Oui, c’est une espèce de château recouvert d’épis de maïs. Et à l’intérieur du château, y a… rien. Enfin si, une salle de sport. Et non, des fois, tu comprends pas tout chez les Américains.

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Mais dans le South Dakota, tu trouves aussi ça.

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Quoi ? Non, c’est pas juste une maison. C’est une maison située à l’angle de Ingalls Drive et Prairie Avenue !

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Parce que le South Dakota, c’est aussi la patrie de Laura Ingalls Wilder. Oui, LA Laura Ingalls. Celle qui habite dans une petite maison au beau milieu d’une prairie. Laaalalalaaaa laaalalaalalaaaa ! Et hop ! Vas-y que je me gamelle dans la prairie ! Oui, parce que moi, j’ai jamais lu les livres écrits par Mme Ingalls. Je connais que la série télé. Sauf qu’il y a un truc qui ne colle pas. Dans la série, les Ingalls habitent à Walnut Grove. Et ici, on est à De Smet. Jamais entendu parler de De Smet… c’est louche. C’est qu’en fait, avant de déménager à De Smet, les Ingalls vivaient bien à Walnut Grove mais ça, c’est dans le Minnesota. Alors le scénario de la série a un peu tout mélangé mais la petite maison dans la prairie, elle est bien ici. A De Smet.

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J’ai même pu aller me recueillir sur les tombes de Charles et Caroline.

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Et comme je ne voulais pas en rester là, j’ai poursuivi ma course folle dans le Minnesota. Où je suis évidemment passée par Walnut Grove. Mais là, curieusement, ils en font pas tout un foin des Ingalls. C’est tout juste s’ils mettent un petit drapeau sur les lampadaires.

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Et puis après le Minnesota, j’ai encore traversé le Wisconsin pour finir par arriver à Chicago, Illinois. Et après 6 jours à avoir contemplé l’horizon à perte de vue, d’un coup, retrouver des gratte-ciels et des autoroutes à 3 voies, ça a fait tout bizarre… Et d’un coup, le ciel a retrouvé une taille normale : juste un petit coin de bleu entre 2 buildings.

Photos ici.

Banff National Park

J’ai beau être matinale, j’ai mal. Ce matin, le bout de mon nez m’indique clairement que la température extérieure est de loin la plus froide que j’ai connue à ce jour (depuis que je dors dans Flipper, cela s’entend). Même enroulée dans 2 couvertures polaires et 2 couettes, j’ai presqu’eu froid. D’ailleurs rien que de replier tout ça, j’ai les doigts gelés. Et quand j’ouvre les rideaux, je m’aperçois qu’il n’y a pas que mes doigts qui sont gelés. Le pare-brise aussi.

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Mais c’est quand même pas ça qui va m’arrêter (et puis, hé, j’ai déjà dormi en tente par -4°C et j’ai survécu… si, si) alors je me précipite à la douche. Clairement, ces derniers temps, je prends de mauvaises habitudes : douche brûlante tous les matins, va falloir mettre le holà. En attendant, je profite… Du coup, je fume en revenant vers Flipper. Pas bien longtemps, cela étant dit.  Et puis j’ai commis l’erreur bête, je suis revenue en tongs. Mes orteils mettront près de 12 heures à s’en remettre…

Mais peu importe, aujourd’hui le ciel est bleu et y a plein de jolis lacs qui se cachent entre les glaciers. Ah bah oui, ici aussi, ça glace de partout. Faut dire que vu la température qu’il fait…

Je commence donc par le Moraine Lake. Après quelques kilomètres dans la forêt, tout à coup, je déboule sur un grand parking et tout au bout du parking… le lac. D’un bleu qui pique les yeux et entouré par des montagnes aux sommets enneigés… une vraie carte postale !

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Sauf que Madame la Ranger me l’a bien expliqué, ici, faut pas se balader tout seul. C’est par groupes de 4 personnes minimum ! C’est que les grizzlis aiment bien le coin eux aussi et comme il semblerait qu’ils n’hibernent pas encore… Bon, y a moyen de se poster au début du sentier et de se joindre à des groupes de marcheurs si on veut mais en ce qui me concerne, je me contenterai de faire le tour du lac (qu’est pas très long, ultra facile et que t’as le droit de faire tout seul).

Après cette petite introduction, je passe aux choses sérieuses : le fameux Lake Louise. Le ultra populaire Lake Louise. Que tout le monde te dit que y a rien de plus merveilleux au monde. Rebelote, je traverse la forêt, j’arrive sur un parking encore plus grand et au bout du parking… le lac. Alors c’est vrai, c’est très très beau. Le lac bleu-vert, les pentes couvertes de sapins, le glacier dans le fond… c’est sûr, Dame Nature n’y est pas allée avec le dos de la cuillière ! Mais j’ai pas pu m’empêcher de trouver ça vraiment dommage qu’une espèce d’énorme hôtel genre château Disneyland soit construit juste sur la rive. Bon, cette fois, y a droit de se balader où on veut comme on veut (c’est juste à 10kms de l’autre lac, j’vois pas bien pourquoi les grizzlis traîneraient pas dans le coin mais après tout, c’est peut-être comme le nuage de Tchernobyl : ça ne passe pas la frontière…). Du coup, j’en profite pour grimper un peu et prendre un peu de hauteur. Mais rien n’y fait : l’hôtel gâche franchement le panorama.

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Et pour finir la journée en beauté, je décide d’aller admirer les chutes de Takkakaw, dans le parc Yoho voisin. Soyons honnêtes, ce qui m’attire c’est bien sûr, les chutes mais surtout la route pour y aller. Il paraîtrait que c’est pas pour conducteurs nerveux et que les caravanes sont interdites parce que les épingles à cheveux sont pas à piquer des hannetons.

Bon, là, c’est la déception totale. Sur 14kms de route, y a que 3 épingles à cheveux et une seule qui nécessite que je fasse une marche arrière avec une roue à moitié au-dessus du vide pour passer. Le reste, c’est du gâteau. Même Flipper est déçu, je le sens bien.

Et puis les chutes…

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Oui. Bon. Elles sont très hautes, certes. Mais ça reste un petit filet d’eau qui dégouline le long de la falaise…

Le lendemain, après une nouvelle nuit frigorifique vivifiante, je décide d’aller jusqu’au village de Banff. Banff, ça ressemble furieusement à une station de ski : 4 rues principales, 50 hôtels et 200 boutiques de souvenirs. Mais c’est mignon. En fait, au départ, je n’avais pas prévu d’y passer. Les principales attractions du parc se situent plutôt à Lake Louise et la suite de la route ne passait pas par là. Sauf que. Comme on le sait, il en va dans la vraie vie autrement que dans les plans. Ces crétins du gouvernement américain n’arrivent pas à se mettre d’accord sur le fait que bon-bah-oui-va-falloir-remonter-le-plafond-de-la-dette-parce-que-comme-tous-les-pays-du-monde-on-dépense-bien-plus-que-ce-qu’on-gagne et c’est le shutdown. De là où vous êtes, le shutdown, on en a parlé aux infos mais franchement, ça vous a pas franchement perturbé. De là où je suis… bah franchement, on m’aurait pas averti, j’aurais rien vu. Je me serais donc pointé la bouche en cœur aux portes du Glacier National Park et j’aurais pas eu l’air finaude…

Comme j’arrive pas à croire qu’ils puissent me faire ça à moi (non mais c’est vrai quoi, combien de fois dans ma vie je décide de traverser le continent ? Fallait vraiment qu’ils fassent ça maintenant ?), je me dis que je vais patienter quelques jours dans le coin, que tout ça va bien se débloquer et qu’il est pas né celui qui va m’empêcher d’aller à Yellowstone ! Parce que le grand moment de ma semaine, c’était ça : Yellowstone… LE parc national américain par excellence. Avec des ours, des bisons, des marmottes, des geysers, des lacs multicolores, des sources thermales, des montagnes, bref, la totale ! Je vous fais pas un dessin, je ne suis pas allée à Yellowstone

Mais reprenons. Je me retrouve donc à Banff et en plus, il fait gris. Pour passer mes nerfs et sur les bons conseils d’un Monsieur Ranger, je pars donc de grimper le Mount Sulphur. Je pourrais faire ma feignasse et grimper en téléphérique. Ça me prendrait 10 minutes. Mais j’ai décidé d’y aller à pieds et ça va donc me prendre presque 2 heures… Des petits lacets bien raides dans la montagne et ces grosses feignasses en téléphérique qui passent juste au-dessus de ta tête… On peut pas dire qu’il fasse vraiment chaud mais la montée se fait bien en t-shirt !

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Evidemment, quand j’arrive au sommet, la vue est moins impressionnante qu’elle ne devrait : les nuages gris foncé sont bien bas et le vent t’oblige à remettre vite fait tes 3 pulls.

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Après être redescendue, je file me réchauffer au McDo. Bah oui, y a le wifi, des prises électriques aux murs (faut bien chercher mais y en a) et personne te dit rien si tu restes 2 heures en buvant juste un coca.

Je finis par rejoindre le camping à la nuit tombée. En chemin, je me rends compte qu’il serait carrément possible de passer la nuit le long d’un trottoir. Mais ce soir, j’ai vraiment besoin d’une douche alors…

Le lendemain, dans l’espoir que les Américains réouvrent les parcs, je décide de prolonger mon séjour à Banff. De bon matin, je grimpe au sommet du Mount Tunnel. Un point de vue un peu différent de la veille mais les nuages sont toujours là.

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Dans l’après-midi, je vais jusqu’au Johnston Canyon. C’est un petit canyon creusé par une jolie rivière qui serpente dans la forêt. Et apparemment, je suis pas la seule à avoir décidé de me promener par là ! Il faut dire qu’ici, plus aucune consigne concernant les ours ! Vas-y , promène toi tout seul dans la forêt, ça craint rien ! Mouais… je reste perplexe quand même…

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Cette nuit, je reprends mes vieilles habitudes et je gare Flipper le long d’un trottoir. J’entends les commentaires des gens qui passent dans la rue sur Flipper et sa plaque californienne mais personne ne semble se douter que je dors dedans.

Demain, on reprend la direction des Etats-Unis. Et puisque visiblement, personne ne semble prêt à vouloir rouvrir les portes de ces fichus parcs, bah… on va traverser tout le Midwest d’une traite jusqu’à Chicago. Mais ça, c’est l’histoire de demain.

Photos ici.

Lundi matin, l’empereur, sa femme et le p’tit princ-euh !

On est dimanche matin, je suis encore à Vancouver et j’hésite : retournais-je ou ne retournais-je pas en ville pour refaire un p’tit tour vu que ce matin, miracle, il ne pleut plus ?

Le temps de décider, je vais à la laverie. Evidemment, quand j’en ressors… la pluie est revenue. Bon, bah je commence à en avoir un peu marre de me faire tremper alors Vancouver, ce sera pour une prochaine fois ! Et en été de préférence… Vraiment dommage, y avait encore plein de trucs que je voulais voir mais là c’est franchement pas marrant.

Du coup, je range un peu Flipper, je passe le balai, je traîne au Starbucks pour charger une batterie, bref, je prends mon temps.

Et finalement, je me remets en route. C’est que pour arriver à Jasper (c’est la prochaine étape), y a un petit paquet de kilomètres à mettre au compteur. Y en a même tellement que j’ai décidé de couper la poire en deux et de m’arrêter à Kelowna. Et pourquoi Kelowna ? Parce qu’en fait, c’est pas exactement sur la route et ça la rallongerait même un peu. Et bah parce qu’à Kelowna, y a Tête de Chat ! Et que comme on s’est loupés en Nouvelle-Zélande, on va tâcher de rattraper le coup !

Les heures et les kilomètres s’enchaînent et ne se ressemblent pas tant que ça. Le paysage commence sérieusement à changer. Bon, évidemment, y a plus la mer et les collinettes deviennent progressivement des collines puis des monts et des montagnettes. Non, c’est pas encore vraiment les montagnes là. Quoi qu’il en soit, moi, j’en profite derrière le ballet des essuie-glaces qui n’arrêtent pas. Non, vraiment, une belle journée.

J’ai un peu de mal à profiter de l’arrivée sur Kelowna pourtant fort jolie. La région est spécialisée dans les vergers et entre les montagnettes, le lac et les rangées de pommiers et de cerisiers, c’est plutôt sympa. Et en plus, Tête de Chat m’attend avec un bon gros burger (de chez Fat Burger, ça ne s’invente pas !) et la journée finit bien mieux qu’elle n’a commencé. J’ai même le droit de dormir entre deux allées de cerisiers dans le verger dans lequel travaille Tête de Chat. Bon, j’ai aussi droit à un monstrueux orage en pleine nuit mais je dis rien, je serre les dents. Normalement, à partir de demain, il refait beau.

Et effectivement, quand j’émerge de mes cerises, le ciel est presque dégagé.

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Cela étant dit, je m’attarde pas. Aujourd’hui y a pas moins de 10 heures de route au menu. C’est que ça se mérite les Rocheuses ! Et comme en plus TomTom me fait quelques petite blagues, ça n’arrange pas les choses.

En fin de journée, alors que je touche au but (oui ! Jasper n’est plus qu’à 50kms ! youpi !), une chose se met à bouger sur le côté de la route et commence à traverser. Je freine (non, y a personne derrière, ça fait un bon moment que y a plus que moi sur la route) et je me retrouve à côté… d’un loup ! Un joli petit loup qui court le long de la route et me jette un regard de temps en temps. Je sais pas où il va mais il file ! Je le laisse retraverser dans l’autre sens et il disparaît dans les bois… Wouah ! Bah dis donc, ça commence fort !

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C’est finalement à la nuit tombante que j’arrive au camping. Parce que oui, fini la clandestinité ! Dans les parcs nationaux (ou régionaux, ou provinciaux, ou n’importe quel parc) les rangers veillent… T’as pas intérêt à dormir là où t’as pas le droit ! Alors pendant les quelques jours à venir, c’est camping. La gentille petite dame à l’entrée me dit de bien faire attention à pas laisser traîner de nourriture parce que y a des animaux et qu’ils viendront fouiner dans mes petites affaires. Ah bon ? Des animaux ? Quels animaux ? Ben, des ours et puis des caribous. Et en plus, c’est la saison du rut pour les caribous alors… give them space qu’elle me dit. Euh… j’ai jamais été très attirée par les caribous alors… Bon, y a pas foule au camping. Y a même vraiment pas grand-monde… Et je comprends rapidement pourquoi : dès que le soleil disparaît derrière la montagne (ah oui parce que là, c’est de la vraie montagne, avec de la neige dessus), la température frise le zéro. Autant dire que je m’emmitoufle rapido dans toutes mes couvertures et que je me roule en boule au fond de Flipper.

Le lendemain matin, je sors péniblement une main de mon amoncellement de couettes pour tirer un rideau. Mouais, certes il pleut pas mais c’est pas non plus la franche rigolade. Il me faut donc un peu de temps pour me motiver à sortir du seul endroit où il fait chaud pour aller me balader dans cette forêt remplie de bêtes terrifiantes.

Parce que y a pas que la petite dame du camping qui me fait tout un baratin sur les ours. D’abord, y a au moins un panneau tous les 300 mètres qui te met en garde (attention, t’es au pays des ours et il sont dangereux…). Et puis, y a le type du Visitor Center qui te dit que ta clochette, ça sert à rien, faut chanter à tue-tête. Et pour finir, à chaque départ de sentier, y a encore un autre panneau qui te dit que la meilleure façon de cohabiter avec les ours, c’est d’éviter les rencontres donc de faire un maximum de bruit en marchant surtout si t’es tout seul.

Bien. Bien bien bien.

Alors voilà, moi, j’ai nagé avec des requins, j’ai mangé du chat (oui, on peut se dire que c’est assez probable), j’ai survécu au crash de Ben Ier, mais marcher toute seule dans la forêt avec des ours qui se baladent autour…  c’est clairement au-delà de mes capacités. Dès que je me retrouve à plus de 500 mètres du parking, chaque branche morte se transforme en bestiole sournoisement tapie dans le sous-bois, je frôle la crise cardiaque dès qu’un piaf s’envole ou qu’un écureuil fait tomber une noisette bref, c’est pas gérable. En en plus, il se met à neiger.

Pourtant c’est beau. C’est même très beau. Y a des montagnes toutes enneigées (ah bah oui, hein, bien sûr…), des glaciers (iiiiimmenses), des rivières (d’un bleu fluo qu’on appelle bleu glacier), des canyons (très profonds) et des sapins (à n’en plus finir).

Mais entre la neige, le froid et les ours, je finis par me réfugier dans un café où là au moins, personne ne va jaillir d’entre deux donuts pour me sauter dessus.

Le lendemain, un peu de bleu perce entre 2 nuages. Ah ! Bah enfin ! C’est que j’étais à 2 doigts de rentrer en hibernation moi ! Alors après avoir puisé un peu de courage dans un scone raspberry – white chocolate, je me lance à l’assaut de la forêt. Et cette fois, je ferai pas demi-tour dès que le parking ne sera plus en vue. Non, non, non… Cette fois, je vais secouer ma clochette ET m’époumoner tout le long du chemin. Alors autant vous dire que l’empereur, sa femme et le p’tit prince sont venus chez moi un paquet de fois et pas de bol, j’étais jamais là. Sans vous parler du Vent frais, Vent du matin qui a soufflé aux sommets des grands pins pas loin d’une bonne cinquantaine de fois… Oui, on se demande toujours pourquoi on apprend toutes ces comptines. Bah voilà. C’est pour faire fliper les grizzlis.

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Après cet exploit (si, je considère que 2 heures toute seule dans la forêt dans ces conditions relèvent de l’exploit), j’ai continué à arpenter les chemins toute la journée. Et j’ai commencé à me dire que c’était bien joli toutes ces histoires d’ours mais en attendant, j’en ai pas vu la truffe d’un seul ! Et c’est limite si je me suis pas sentie un peu frustrée…

Mais ça y est. Il est temps de quitter Jasper pour retourner un peu plus au sud. Et oui, j’ai atteint le point le plus nordique de ce voyage, maintenant, faut redescendre. Mais toujours en restant dans les Rocheuses. La prochaine destination est le Banff National Park. Pour y aller, y a une très jolie route qui se nomme la Icefield Parkway. Comme son nom l’indique, elle traverse des champs de glace. Des glaciers quoi. Enormes. Monstrueux. Encore plus impressionnants que ceux de Nouvelle-Zélande.

Et parce que sinon, ça n’aurait pas été marrant, perdue au milieu de ce grand nulle part, je me suis enfermée à l’extérieur de Flipper. Oui, je sais, c’est la deuxième fois que je fais un truc comme ça. La première fois, il avait suffi que je téléphone à ma mère pour qu’elle fasse les 150kms qui nous séparaient et m’apporte le double des clés de ma voiture. Cette fois… bah, y a pas de double. Et de toute façon, mon téléphone est dans la voiture et en plus, il a plus de batterie. Alors évidemment, vous vous demandez comment on peut s’enfermer à l’extérieur d’une voiture. C’est pas compliqué : tu fermes toutes les portières de l’intérieur et tu claques la dernière portière en laissant les clés sur le siège. Et paf ! t’es enfermé à l’extérieur ! Alors j’ai demandé aux autres gens garés sur le parking si je pouvais essayer d’ouvrir ma porte avec une de leurs clés. Et bizarrement, ça n’a pas marché. Au moment où je m’apprêtais à casser ma vitre avec un gros caillou (aux grands maux les grands remèdes), un monsieur me suggère d’aller jusqu’au poste de rangers un peu plus loin et de demander de l’aide. Il pense que ça doit arriver souvent et qu’il sauront quoi faire. Moi, j’y crois moyen mais soyons honnêtes, j’ai rien à perdre. J’arrive donc chez les rangers et j’essaye d’explique mon petit souci sans avoir l’air trop idiote… Mais apparemment, ça arrive effectivement hyper souvent. Le gars me dit : « Pas de problème madame ! On vous envoie quelqu’un sur le parking dans 5 minutes ! ». Bon… bah ça a l’air simple en fait. Et 5 minutes plus tard, un gars débarque dans une camionnette remplie d’outils et se met à forcer ma portière, à glisser une tringle et hop ! le tour est joué ! Lui aussi, il dit que ça arrive tout le temps. Mais bon, là, il pense bien que je suis la dernière de la saison. Ça serait arrivé 2 semaines plus tard, y aurait bien eu les rangers mais lui avec sa camionnette, ils auraient pas été dans le coin. En attendant, je me confonds en remerciements. Et je serre ma petite clé de toutes mes forces dans le creux de ma main. J’aurais cassé ma fenêtre, je me serais bien gelée dans Flipper…

A la nuit tombée, je finis par arriver à Lake Louise. Je m’installe au camping et me dépêche de faire cuire mes nouilles. C’est qu’il fait encore plus froid ici qu’à Jasper ! Moi, j’crois bien que les ours, ils sont au fond de leurs tanières. Fait bien trop froid pour mettre la truffe dehors…

Photos ici.

Vancouver

Ce matin, il fait à nouveau gris. Grrr… Bon, de toute façon, il est prévu qu’il pleuve les 3 prochains jours alors je vais pas rester planquer sous mes couvertures, faut bien avancer ! Je reprends donc la route et descends lentement la Sunshine Coast. Sunshine Coast mon œil oui ! Y a pas un rayon de soleil à 500kms ! Je tente bien une ou deux sorties pour aller admirer l’océan mais entre la pluie et les panneaux qui me mettent en garde contre les ours, les lynx et autres bestioles qui meurent d’envie de me dévorer, j’insiste pas trop.

Je fais une petite pause pour le déjeuner à Roberts Creek où je dévore, moi, un burger de bison et en début d’après-midi, je grimpe sur le dernier ferry qui m’amène juste au nord de Vancouver. Je ne sors même pas de Flipper pour admirer le paysage : il y a tellement de brume qu’on ne voit pas à 5 mètres… Déprimant…

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Au moment de descendre du ferry, on croise la file des voitures qui veulent repartir dans l’autre sens. Ça s’étale sur des kilomètres ! Et je prends conscience que j’approche une grande ville : j’ai pas vu autant de voitures en même temps depuis un bon bout de temps ! Et l’autoroute a 3 voies !

Avant de rejoindre Vancouver, je fais un dernier stop à la Lynn Valley, un petit parc où une rivière a creusé un joli canyon. Et par-dessus ce canyon passe un petit pont suspendu en bois, du genre qui gigote bien quand tu sautes dessus. Et évidemment, comme il pleut sans discontinuer depuis le matin, c’est encore plus marrant parce que c’est bien glissant…

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Je finis par atteindre Vancouver. Utilisant la technique désormais testée et approuvée du Park & Ride, je me gare au nord de la ville et prends le bus pour le centre. En fait, ce soir, j’ai l’intention de trouver un magasin de camping où je pourrais trouver une bouilloire électrique à brancher sur mon allume-cigare. Je ne sais même pas si ce genre de truc existe mais vu les hallebardes qui tombent, il est clairement impossible d’utiliser le réchaud à l’arrière du van. Et vu la température, pouvoir se faire de la soupe ou du thé n’est franchement pas du luxe. Et utiliser un réchaud à gaz à l’intérieur de Flipper me semble un poil dangereux.  Je galère un peu pour arriver jusqu’à la boutique (les bus ne passent pas vraiment toutes les 4 minutes dans le coin et en plus, faut faire un changement…)  et le vendeur m’explique gentiment que non, c’est pas possible de brancher une bouilloire sur un allume-cigare parce que ça pomperait toute la batterie, désolé. Bien. J’aurai donc froid et puis c’est tout !

Je fais un petit tour en ville mais je dois pas être dans le quartier animé parce qu’il a beau être 20h, y a pas grand-monde dans les rues. Je finis par atterrir au Acmé Café où, pour me remonter le moral, je me noie dans une part de tarte au citron…

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Alors que je suis couchée, j’entends des gens qui promènent leur chien passer à côté de Flipper et s’étonner que ma plaque d’immatriculation soit de Californie… Bah ouais, quand je vois le temps qu’il fait ici, j’suis à 2 doigts de me demander pourquoi je suis pas restée là-bas !

Le lendemain matin… il pleut. Tant qu’à être mouillée, je prends la direction de la piscine. Il est 8h, c’est bien ouvert mais y a personne derrière le guichet. Juste un petit panneau qui dit que la personne va arriver dans  45 minutes. Bon, bah moi, c’est pas que j’ai pas que ça à faire mais puisqu’on peut quand même rentrer… En plus, y a du monde dans le bassin ! En fait, je réalise vite que c’est un cours et qu’en plus, c’est réservé aux personnes trisomiques. J’ai comme un doute de passer inaperçue… Bon, bah au diable l’entraînement, aujourd’hui, ce sera douche et puis c’est tout ! Je ressors de là l’œil vif et le poil brillant mais l’estomac dans les talons. Je prends donc le bus pour le centre-ville et m’offre un petit-déjeuner de compét’ au Templeton. Œufs brouillés, pommes de terre sautées, toasts… je suis parée pour affronter le crachin. Pour changer un peu, j’ai décidé de suivre une visite guidée de la ville. La visite est gratuite et le guide est un gars rigolo qui nous raconte beaucoup d’anecdotes sur les différentes périodes qu’a traversées Vancouver. Difficile pourtant d’apprécier l’architecture de la ville quand tu te remplis les yeux de gouttes dès que tu lèves la tête…

Après ce petit tour dans les quartiers les plus anciens de Vancouver, je cours m’abriter au Visitor Center : le crachin vient de se transformer en déluge et en 10 minutes, l’eau est à hauteur des trottoirs. Je suis trempée, mon sac est trempé et je crains pour la survie de mon appareil photo (j’ai déjà perdu un appareil dans des circonstances étrangement similaires…). Je grimpe ensuite dans un bus pour me rendre au marché à Granville Island. Je ne suis visiblement pas la seule à avoir eu l’idée d’aller me refugier là-bas : il y a foule ! Il faut dire que les étals sont plutôt appétissants et que les commerçants n’hésitent pas à faire goûter leurs produits !

La pluie ayant fini par s’arrêter (en même temps, y a un moment, y a plus d’eau dans le robinet…), je retourne vers le centre-ville à pieds et je peux enfin apprécier la vue sur Vancouver. Avec l’eau partout (l’océan, hein, pas les flaques) et tous ces espaces verts, ça doit être plutôt agréable de vivre ici. Bon, ça doit être sympa en été. Parce que là…

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Pour finir ma journée en beauté, je me rends à la Rogers Arena, LA salle de spectacle de Vancouver. Ce soir, c’est concert. Et pas n’importe quel concert. Ça fait bientôt un mois que peu importe la station de radio que capte Flipper, je n’entends que lui ! Ce soir, Jason Aldean est à Vancouver ! Alors bien sûr, vous n’avez jamais entendu parler de Jason Aldean. Et bah, Jason Aldean, c’est lui.

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Et oui, il a vraiment des bottes de cow-boy, un chapeau de cow-boy et un accent de vieux Texan. Ce soir, c’est country night ! Mais le meilleur c’est clairement le public. Pour l’occasion, tout le monde a sorti son plus beau Stetson, ses bottes et sa chemise à carreaux. Et puis Jason n’est pas venu tout seul ! Il a aussi amené Jake Owen. C’est le même mais en un peu plus jeune. Et visiblement, ces deux-là sont des mégastars.

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Et je sais pas si la meilleure partie ça n’a pas été quand, après le concert, tout le monde est sorti, créant un raz-de-marée de country boys and girls dans Vancouver.

J’aurais aimé passer un ou deux jours de plus dans cette ville (et de préférence, pas sous la pluie…). Il y avait encore plein de choses à voir. Mais les montagnes m’appellent…

Photos ici.