L’île de Vancouver

Malheureusement c’est encore la pluie qui me réveille ce matin. Bon aujourd’hui, je le sais, ça va pas durer toute la journée. On va donc pas se laisser abattre et en attendant que le ciel se dégage, je file à la laverie.

Un petit tour de machine et quelques volts piqués à Starbucks plus tard, me revoilà en route. Flipper ressemble à un séchoir géant, y a des fringues qui finissent de sécher partout sur ses rideaux. On va au Goldstream Provincial Park. Soi-disant de très jolis chemins de randonnée, de belles cascades… bref, tout pour plaire quoi ! Mais j’ai dû prendre des goûts de luxe : je manque louper l’entrée du parc tellement le panneau est petit sur le bord de la route ! Et en fait, il ne s’agit que de l’entrée du camping, ce qui, certes, m’intéresse puisque j’ai prévu de passer la nuit là mais avant ça, j’aimerais trouver le Visitor Center, celui où y a les gentils rangers qui te disent où sont les sentiers et si tu vas pas te noyer dans un nuage de moustiques. Là encore, j’ai un peu de mal à trouver mas je finis par arriver devant la petite cabane… fermée ! Ah oui, ils sont en train de faire des travaux, là, y a personne. Et bah super ! Pas une brochure ou une carte à l’horizon, je prends une photo du plan qui est affiché à l’entrée et je retourne m’installer au camping. Au moins, la pluie s’est arrêtée.

Le temps de déjeuner et me voilà partie pour explorer la forêt. Un des sentiers mène aux Niagara Falls… alléchant ! Mon sac sur le dos et ma petite clochette tintinnabulant (oui, pour effrayer les ours, j’ai une clochette… tant que je croise pas de grosse peluche, on va dire que ça marche…), je vais d’un pas décidé vers les chutes du Niagara… et je les prends sur la tête ! La pluie a repris de plus belle et du coup, je rebrousse chemin : y a déjà bien assez de trucs qui doivent sécher dans le ventre de Flipper. J’en suis quitte pour une après-midi à bouquiner et à écouter la pluie tomber…

Le lendemain, pas moyen de partir d’ici sans avoir vu ces fameuses chutes du Niagara. Après une très longue douche brûlante, je retourne sur le sentier. Le truc, c’est qu’ils sont un peu radins sur les panneaux dans le coin. Et qu’il y a une intersection tous les 300 mètres. Et que j’ai que ma pauvre petite photo de plan pour me guider. Alors après quelques aller-retours un peu hasardeux, je finis par arriver devant…

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… ça.

Oui. Bon. Ben… Au moins, le jour où je serai devant les VRAIES chutes du Niagara, je serai pas déçue ! Non mais il avait un sérieux problème de myopie le gars qui a décidé de donner ce nom-là à ce ridicule petit filet d’eau qui dégringole ou quoi ? Pfff… n’importe quoi ! Bon, bah après ça, y a plus qu’à se remettre en route. La pluie est encore de la partie. En fait, à chaque fois que je fais mine de sortir de la voiture, ça se remet à tomber… Et pas qu’un peu ! Je visite donc Duncan au pas de course. Duncan est un petit village tout mignon mais où il n’y a rien alors les habitants ont décidé d’installer des totems un peu partout en centre-ville et maintenant, Duncan est appelée la Totem City.  Un peu plus loin se trouve Chemainus. Là, ce sont des fresques qui recouvrent les murs du centre-ville. Un peu dans le même principe qu’à Duncan, les habitants ont décidé de donner un attrait touristique à la ville qui était gentiment mais sûrement en train de mourir… Et ça marche ! La preuve : même sous les hallebardes qui ne me lâchent pas d’une semelle, je m’offre le tour de la ville. Et je suis pas la seule. Pour être sûr de rien louper,  y a même un petit chemin dessiné au sol : des empreintes de pas vous mènent devant chaque fresque. Y en a bien une cinquantaine ! Pas toutes très heureuses, enfin, pas toutes mon style mais c’est rigolo.

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Et en fin de journée, j’arrive à Nanaimo. Nanaimo est la deuxième ville de l’île de Vancouver. Juste le temps de me trouver un petit parking avant qu’il fasse nuit et c’est encore bercée par la pluie que je m’endors…

Le lendemain matin, le soleil refait son apparition. Et y a rien à dire, ça change tout. Le moral des troupes remonte en flèche. Je pars donc explorer la ville. D’un point de vue touristique, c’est assez vite fait. Il y a un petit quartier historique truffé de boutiques de déco et de restos un peu bobos et sinon, le port et le front de mer sont assez jolis. J’assiste au ballet des hydravions qui décollent et amerrissent dans la baie effrayant les canards. D’un point de vue gastronomique, je ne peux pas partir sans avoir goûté à la Nanaimo Bar…

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Un fond bien consistant de chocolat et noix de coco recouvert d’un petite couche de crème au beurre elle-même recouverte d’une fine couche de chocolat… ben, après ça, c’est tout juste s’il faut pas me rouler jusqu’à Flipper ! Parce qu’il est temps pour nous de reprendre le chemin du continent. Sauf qu’en arrivant à Courtenay (là où y a le ferry), il fait tellement beau que je me dis que ça serait dommage de ne pas profiter du soleil et se balader encore un peu sur l’île plutôt que de s’enfermer sur des monstres de fer. Je passe alors au Visitor Center où la petite dame, trop gentille, me propose de passer la nuit sur leur parking (« En plus, je peux laisser le wifi allumé comme ça vous aurez internet ! ») et me file une tonne de prospectus sur la région.

Je vais donc ma balader à Comox, juste à côté, et derrière la baie, j’aperçois quelques sommets enneigé qui scintillent au soleil… Ha ha ! y a vraiment de la neige, hein ? Bon, bah va peut-être falloir vérifier les conditions météo des 15 prochains jours parce que j’avais prévu d’aller encore un peu plus au nord dans les montagnes mais s’il faut mettre des chaînes à Flipper, ça va pas être possible !

En attendant, je profite de la chaleur sur le port en me disant que décidément, rien ne vaut un ciel bleu et un rayon de soleil…

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Le lendemain matin, c’est donc toujours sous le soleil que j’émerge de Flipper. La nuit a été plutôt fraîche et j’ai du mal à me sortir de sous ma couette. Je file donc acheter une nouvelle couverture. La caissière confirme que ce matin, il fait particulièrement froid « 4°C ! J’étais frigorifiée en venant au travail ! » Ouais, bah moi aussi…

Je prends ensuite la direction du Mount Washington Alpine Resort, LA station de ski du coin. Bon, évidemment, là, y a pas encore de neige donc la station n’est pas ouverte mais il y a de jolies balades à faire dans la forêt. Et pour une fois, on ne me rabâche pas les oreilles avec les ours. Dans le doute, je laisse quand même ma petite clochette sur mon sac… on ne sait jamais… mais je ne rencontrerai que des chiens (eux aussi, avec une petite clochette) et leurs maîtres qui leur courent après.

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Il est temps de quitter l’île de Vancouver et de retourner sur le continent. Je retourne à Courtenay prendre le ferry et me retrouve donc à Powell River, juste en face. En arrivant à Powell River, une orque suit le ferry pendant quelques minutes. Tout le monde est penché par-dessus bord pour essayer de l’apercevoir mais le bateau s’approche déjà de la côte et l’orque repart dans l’autre sens.

J’ai beau être de retour sur la terre ferme, je n’en ai pas encore fini avec les ferrys. Pour rejoindre Vancouver en suivant la Sunshine Coast comme ils l’appellent, il faut encore en prendre 2 autres. Le suivant n’est pas très loin, à Saltery Bay. Le temps d’attendre le ferry et de traverser, il fait nuit et je décide donc de dormir ici.

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Photos ici.

Victoria

En attendant, j’ai donc débarqué à Sidney, petit village n’ayant rien de particulier si ce n’est qu’il est à 15kms de Victoria, capitale de la Colombie-Britannique, cette belle région que je vais sillonner les prochains jours. Ne perdant pas de temps, je prends aussitôt le bus direction Victoria (oui, c’est qu’en fait, je vais rester dormir à Sidney alors pas la peine d’emmener Flipper jusqu’à Victoria et galérer pour se garer si c’est pour revenir ce soir). Seulement, tout s’est tellement bien passé que dans ma précipitation, j’ai oublié qu’on avait changé de monnaie : adieu dollar US, bonjour dollar canadien. Le chauffeur du bus me dit que c’est pas grave, j’ai qu’à payer mes 2,50 dollars en dollars US, ça lui convient. Bon, de toute façon, j’ai pas le choix. Mais quelque chose me dit que y a un truc louche quand même…

Et pas qu’un peu ! En fait, 1 dollar canadien, c’est pas vraiment égal à 1 dollar US. Pas vraiment pas du tout même ! Je me jette donc sur le premier distributeur venu pour faire le plein de nouveaux billets. Sauf que. Les 4 premiers distributeurs que je croise ne prennent pas les cartes Visa. Seulement les Mastercard. Le sort s’acharne ! Je vais être mal si je peux pas retirer d’espèces… Bon en fait, c’était juste un malheureux concours de circonstances : des distributeurs qui prennent les Visas, y en a plein. Mais je m’aperçois vite fait qu’ici, c’est comme aux Etats-Unis : tout le monde paye tout par carte. Même un simple café. Mais au lieu de simplement swiper la carte comme aux Etats-Unis, ici, quand c’est une Visa, ils te font faire le code. Comme chez nous quoi.

Puis c’est pas la seule différence. Quand la machine à carte bleue te parle, elle te parle en français. Bah oui ! Parce qu’ici, tout est obligatoirement dans les 2 langues. Et ça fait tout bizarre dis donc… C’est comme, les gens qui parlent français ici… bah non, ce ne sont pas des touristes. Enfin si, mais ce sont des touristes intra-muros. C’est comme si des Marseillais étaient en vacances en Bretagne. Sauf qu’au lieu du petit accent chantant de la Provence, c’est cette espèce d’accent à mourir de rire de nos amis Québécois. Mais n’empêche… ça fait tout bizarre.

Victoria est donc une charmante petite ville avec plein de gens qui se baladent dans les rues et qui font du shopping en ce samedi après-midi. Il y a des vieux bâtiments victoriens (étonnant, n’est-ce pas ?), des canards laqués qui pendouillent dans les vitrines des restos de Chinatown, quelques hydravions dans la marina, les restes d’un vieux fort et des marchands de chocolats. Rien à dire, ça a son charme.

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Mais la ville n’est pas très grande. En une après-midi, j’ai largement fait le tour du centre-ville. Je vais donc me renseigner dans un magasin de location de vélo pour le lendemain. Je suis ultra motivée, je promets au gars que je serai là demain à la première heure, prête à pédaler tout le long de la côte sud de l’île de Vancouver (60 bornes, hein, quand même… mais tout à plat il a dit le monsieur…).

En attendant, pour me mettre en jambe, je file à la salle de sport. Oui, celle qui est à côté de la piscine… Un peu de course, un peu de grimpette d’escaliers, un peu de natation… avoir les cheveux propre nécessite d’avoir une forme olympique !

Et alors que la nuit commence à tomber, avec Flipper, on se trouve un très chouette spot et je m’offre une omelette de compét’ devant la baie tout en faisant coucou à tous les gens venus promener leurs chiens qui me regardent curieusement… Et oui, j’ai aussi fait passer des œufs en contrebande…

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Le lendemain matin, c’est la pluie qui tambourine sur le toit de Flipper qui me réveille. Non pas que je sois particulièrement exigeante sur la météo mais quand tu vis dans 10m3 et qu’il pleut, c’est fâcheux. Je reste optimiste, je me dis que je vais attendre un peu, ça va pas durer toute la journée… Et bah si. Adieu la balade à vélo ! Je veux bien aller me tanner les fessiers mais au moins, que ce soit au soleil ! Sous la pluie, pas question ! Cela étant dit, j’en vois défiler un paquet de gens à bicyclette. Je me dis, normal, c’est dimanche matin.

En fin de matinée, je me décide enfin à quitter mon rocher parking et je prends la direction de Victoria. Qu’est-ce qu’on fait un dimanche quand il pleut ? On va au ciné. Encore ? Bah oui, qu’est-ce que vous voulez que je fasse d’autre ? Mais avant, je vais bruncher chez John’s Place. Ça doit valoir le coup vu le nombre de personnes qui font la queue devant ! Une heure et une paire d’œufs bénédicts plus tard… mouais, c’était pas mal mais j’ai déjà vu mieux. Je slalome entre les gouttes jusqu’au ciné où je me cale devant The Butler. Vu le nombre de bandes annonces qu’ils passent avant le film, ça doit quasiment doubler la durée de la séance ! Toujours est-il que quand je ressors de là la nuit tombe. Et évidemment, le prochain bus ne passe que dans une heure. Me voilà donc à errer comme une âme en peine dans les rues jusqu’à finir comme par hasard chez un chocolatier et m’empiffrer de bonbons au chocolat fourrés à la framboise…

Je reprends donc ma place avec Flipper le long de la baie et essaye de réchauffer mes pieds tant bien que mal. Demain, il paraît qu’il fait beau…

Photos ici.

AL contrebandière

Ce matin, le réveil a sonné. Et à 6h, s’il vous plaît ! Non mais c’est pas une heure pour s’extirper de sa couette, définitivement ! Sauf que ce matin, pas le choix. Il n’est pas question de louper le ferry qui va m’emmener de l’autre côté du détroit de Géorgie (oui, je sais pas pourquoi il s’appelle comme ça celui-là…) et me faire traverser la frontière canadienne. J’ai décidé de démarrer le périple canadien à l’extrême ouest, sur l’île de Vancouver. On m’y a promis des paysages fabuleux, des villages tout choupinous et des spécialités locales à faire frétiller les papilles. J’ai dit banco.

J’ai donc passé la nuit calmement accoudée à un petit bout de trottoir à Anacortes. Parce que c’est de là que partent les ferrys, hein, pas parce que y a quelque chose à y voir. Et il fait à peine jour quand je rejoins le terminal. Je serre sur mon cœur mon passeport et celui de Flipper (oui, il faut un peu de paperasse pour que Flipper aille tranquillement barboter à l’étranger) et je me présente tout sourire au guichet.

– Oui ? Vous allez où ?
– Euh… bonjour ! Je vais à Sidney ! (oui parce que de l’autre côté du détroit de Géorgie, ça s’appelle Sidney. Rien à voir avec les kangourous. Evidemment.)
– Oui, très bien. Ça fera 59,85 dollars.
– OK. Mais euh… vous voulez pas voir mon passeport ?
– Ah non, ça, c’est pas de ce côté que ça se passe ! C’est à l’arrivée.

Là, je me dis que si y a un problème, va falloir se retaper la traversée dans l’autre sens, que ça n’est pas bien logique tout ça mais surtout je garde mes réflexions pour moi.

Je passe ensuite à un deuxième guichet qui vérifie que j’ai bien payé au premier (bah je vois pas bien comment j’aurais pu feinter le paiement…) et m’envoie patienter dans la file n°11. Les files se remplissent doucement en même temps que le jour et le brouillard se lèvent et des messages diffusés par les haut-parleurs tournent en boucle. D’ailleurs, au bout d’un moment, je dresse l’oreille : ils parlent de « bear sprays ». Et bah figurez-vous qu’il est interdit d’entrer au Canada avec ces petits machins-là. M*** ! Je vais quand même pas jeter le mien ?! Je l’ai acheté exprès !! Bon, je le planque au fond de mon sac et je me dis que si j’ai droit à une fouille en règle, je prétexterais que je l’avais oublié… (NDLR : faut pas faire ça, c’est mal). Dans la foulée, j’apprends qu’on ne peut pas entrer au Canada non plus avec des fruits et des légumes frais. J’en ai plein le frigo, c’est parfait… Pareil, je vais pas jeter toutes mes provisions, je fais donc la sourde oreille.

On monte enfin sur le bateau, je serre bien le frein à main de Flipper (on ne sait jamais, une grosse vague et hop ! le voilà par-dessus bord !) et je vais m’installer sur le pont en espérant admirer le paysage et, sait-on jamais, une orque qui passerait par là. Evidemment, y a un brouillard à couper au couteau, on n’y voit goutte et le capitaine passe son temps à sonner de la corne de brume… Je finis donc par réintégrer le ventre de Flipper et ma couette en râlant.

Quelques heures plus tard, apparaît enfin la côte canadienne.

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On attend patiemment que le ferry s’immobilise, que les portes s’ouvrent et on s’avance prudemment sur le sol canadien. Là, faut refaire la queue pour passer la douane et faire tamponner son passeport. Mon tour arrive… je baisse ma vitre, m’applique à faire mon plus beau sourire, tend mon passeport et…

– Bonjour !
– Bonjour Madame. Vous êtes française ?
– Euh… oui.
– Il est à qui ce van ?
– Euh… c’est une location.
– Vous avez le contrat ?
– Bien sûr !
– Très bien. Vous allez où comme ça ?
– Ben… d’abord je vais faire un tour sur l’île de Vancouver et après je vais continuer ma route vers les parcs nationaux d’Alberta…
– Très bien. Combien de temps vous comptez rester chez nous ?
– Oh ! Pas plus de 2 semaines ! Après, je dois retourner aux USA pour rendre le van !

Là, il tamponne mon passeport et il s’apprête à me le rendre quand…

– Vous transportez de la viande, du fromage, des légumes ou des fruits ?
– Euh… c’est-à-dire… un petit peu de tout ça…
– QUOI ???
– Non mais j’ai juste un petit peu de jambon, des tranches de fromage, des carottes…
– Il reste du vert sur vos carottes ?
– Ah non non non ! Elles sont pelées et dans un sachet ! Et puis, j’ai peut-être aussi une pomme. Vous voulez voir ?

Je fais mine de détacher ma ceinture pour aller lui ouvrir le coffre.

– Faut que vous sortiez de la voiture pour regarder ?
– Euh… bah oui. C’est dans le coffre.
– Bon. Bah on n’a qu’à dire que c’est pas grave et que vous n’avez pas de pomme et puis ça ira. Allez, bon voyage et profitez bien !

Et voilà comment je me retrouve officiellement en territoire canadien, contrebandière de pommes et de tout un tas d’autres trucs…

Seattle

Au beau milieu de la nuit, je suis réveillée par quelqu’un qui tambourine à ma porte. Ça devait bien arriver un jour… « Cannon Beach Police Departement ! » Et m*** !  Je pourrais bien faire la morte mais… j’ouvre mon rideau et ma portière et je prends mon air le plus courtois possible… « Oui ? C’est pour quoi ? »

Bon, bah en fait, on n’a pas le droit de camper dans les limites de la ville. Et Flipper n’étant pas extrêmement discret tout seul sur son parking, Monsieur le Shérif nous a grillés… Cela étant dit, Monsieur le Shérif est assez sympa : après avoir vérifié mes papiers, il m’indique où je peux aller me garer sans me faire enquiquiner. Je me déplace donc de quelques kilomètres et je me rendors…

Le lendemain matin, je m’offre une petite balade matinale le long de la plage. C’est qu’en plus d’un gigantesque troupeau de mouettes, de gros cailloux comme tombés de nulle part parsèment la plage. Il fait beau, le soleil et les nuages créent un joli tableau, y a juste l’eau de ce foutu océan qui est toujours aussi froide… Et je réalise qu’en fait, c’est la dernière fois que j’y mets mes pieds dans cet océan ! Parce que finalement, j’ai décidé d’aller directement à Seattle et de quitter donc cette côte que je suis depuis près de 2000 kilomètres…

Mais avant de retrouver la civilisation, je traîne encore un peu en chemin le temps de faire une lessive et d’admirer l’embouchure de la Columbia River avec son pont de 7kms séparant l’Oregon du Washington.

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Et puis, doucement (à pas plus de 90km/h) mais donc sûrement, je continue la route jusqu’à arriver en fin d’après-midi dans la grande Seattle. LA capitale du Nord. LA ville qui a vu naître Nirvana, Starbucks, Boeing, Microsoft et Meredith Grey. LA ville de la coolitude quoi ! Bon, il paraîtrait que parfois, Seattle est aussi surnommée Rain City… mais ça, c’est pour ceux qui ont pas la foi…

Moi, j’ai la foi. Et j’ai la technique éprouvée, testée et approuvée du Park & Ride. Je me gare donc en plein milieu de la pampa banlieue dans une magnifique tour de béton et je saute dans un bus direction downtown. Bon, Seattle, c’est visiblement plus grand que Portland parce que pour rejoindre le centre-ville, faut bien compter 40 minutes… Mais peu importe, me voici en plein cœur de la ville à déambuler au p’tit bonheur la chance entre les buildings.

Au p’tit bonheur la chance… pas tout à fait quand même. Je sais ce que je cherche. Parce qu’en plus de tout ce que j’ai déjà nommé plus haut, Seattle, c’est aussi la ville du World’s Best Mac & Cheese… Etant donné que c’est devenu mon nouveau hit meal du moment, je pouvais pas louper ça ! J’atterris donc chez Beecher’s qui se targue de proposer cette merveille. Bon, faut dire qu’ils y mettent les moyens : ils font eux-mêmes leur fromage et pour te le prouver, ils ont vitré tout leur labo de production et tu peux observer les employés se mettre les doigts dans le nez et regarder le lait cailler pendant que t’as des fils de cheddar qui te tombent du menton. La classe.

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« Et alors ? » me direz-vous, « C’était comment ? ». Bah, c’était pas mal. Y avait la bonne quantité de fromage, ce qu’il fallait d’épices mais les pâtes étaient vraiment trop cuites… genre bouillie-colle. Alors pour les World’s Best… faudra repasser…  c’est le désappointement.

Après ce premier petit tour de repérage, je rentre me faufiler discrètement dans Flipper. C’est qu’encore une fois, le squattage de parking est moyennement pas du tout toléré…

Le lendemain matin, après une nuit bercée par les claquements de portières, les klaxons des gens qui vérifient qu’ils ont bien fermé leurs portes (oui, si tu rappuies sur le bouton alors que les portes sont déjà fermées, ça klaxonne…) et les types qui viennent chercher leur voiture en chantant à tue-tête (non mais chut-euh ! y  des gens qui dorment ici…), je repars à l’assaut de la ville.

Je commence par faire un petit tour au marché. Mais attention, pas n’importe quel marché, LE marché. Le Pike Place Market. Celui où les poissonniers se balancent des saumons à la tête, où les queues de homard font la taille de ma cuisse et où les touristes chinois font des photos des tas de pommes ! C’est bien sympa en tout cas, ça grouille, ça crie, ça se lance donc de gros poissons en chantant et c’est aussi là qu’a ouvert le first Starbucks ever… A voir la foule des gens qui se pressent pour y commander un cappuccino, on comprend mieux pourquoi ici, ils en ont mis à chaque coin de rue sans exception…

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Je reprends mes déambulations avec la ferme intention de trouver ce qui fait le charme de cette ville. On me l’a tellement vendue… Trop sûrement. En fait, elle est immense, étalée sur des kilomètres et traversée par des ponts, des lacs, des tunnels… un vrai chantier ! Mais honnêtement, la ville n’est pas belle. D’abord y a ce port… j’ai bien compris qu’il était énorme et de la première importance mais faut-il vraiment que toutes ces installations soient grises et moches ? Et puis, faut-il vraiment que l’autoroute passe en plein milieu de la ville ? Y aurait pas vaguement eu moyen de l’enterrer ? Non… y a de l’eau partout, les tunnels, ça doit pas être bien pratique. Bon, bah on aurait pu la faire passer un peu plus loin, je sais pas moi ! Bon, y a bien la Space Needle (oui, la grande tour en forme de soucoupe volante qu’on voit partout et qui ne contient… rien) qui essaye de rattraper le coup mais bon… La Space Needle, c’est un peu la Tour Eiffel de Seattle. C’est même carrément la Tour Eiffel de Seattle. Elle a été construite en 1962 pour l’Exposition Universelle et depuis, elle est restée là. Et comme pour la Tour Eiffel, les touristes font la queue pour grimper dessus. Sauf que c’est bizarre, au moment où je me pointe, y a personne… Et la gentille petite dame du guichet m’informe très simplement que cet après-midi, c’est fermé. Ah oui ? Et pourquoi donc ? Bah parce que y a quelqu’un qui a décidé de se faire une petite sauterie privée là-haut ! Très bien, le destin l’aura voulu, je n’y grimperai donc pas. De toute façon, à 17$ l’entrée, je me tâtais un peu alors…

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Je me rabats donc  sur l’EMP, l’Experience Music Project. Un musée un peu spécial consacrée à la musique en général et au rock en particulier. Avec bien sûr, une attention toute particulière dédiée à Nirvana, l’enfant chéri du pays. Dans ce musée, c’est rigolo, tu peux jouer à un genre de Guitar Hero, apprendre à scratcher comme un vrai DJ, donner un concert devant un public virtuel, bref, tu t’amuses comme un petit fou. Et puis quand même, par moment, tu te recueilles…

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… devant LA guitare de Jimmy Hendrix, celle sur laquelle il a joué à Woodstock. Ou encore devant un vieux pull tout moche porté par Kurt Cobain… des fois, l’émotion te prend à la gorge ! (je rigole, hein…)

Et puis, pour une fois que je suis en pleine civilisation, j’en profite, je vais au ciné. La fille qui vend les billets me conseille un bon gros blockbuster avec des immortels qui trucident des zombies (enfin… si j’ai bien compris) mais je préfère aller me décerveler bêtement devant une bonne comédie à happy end. We’re the Millers, ça s’appelle. Je me gondole, pas autant que mes voisins de derrière mais presque et je rentre raconter l’histoire à Flipper.

Après une nouvelle nuit dans mon parking (oui, celui-là, on pouvait y rester 48 heures, je rentabilise), il est temps de déménager. Faut pas abuser de l’hospitalité, c’est pas bien. De bon matin, je traverse donc la ville pour aller me réfugier dans un autre Park & Ride mais en banlieue nord cette fois. Evidemment, je tombe dans les bouchons et en plus, je mets un temps fou à trouver l’arrêt de bus censé être à proximité. Mais en fin de matinée, me revoilà au cœur de l’action. Je laisse mes poumons quelques part sur une colline pour trouver LE point de vue des clichés fond d’écran qui me feront soupirer à fendre l’âme dans quelques mois (au Kerry Park pour ceux que ça intéresse) et puis je redescends m’empiffrer de doughnuts (quoi ? j’ai éliminé par anticipation !).

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Et puis, comme décidément, je ne suis pas conquise par cette ville (non, je veux dire, Seattle, c’est sympa mais ça tient pas 2 secondes la comparaison avec New York ou San Francisco !), je décide de profiter du reste de l’après-midi pour aller barboter à la piscine… et oui, faut que je me lave les cheveux ! Sauf que comme par hasard, la piscine n’ouvre au public qu’à 18h et moi, je vais pas poireauter là d’autant plus que ce soir, j’ai 2 heures de route à faire avant d’aller me coucher. Parce que ça y est, la côte ouest c’est fini. Demain, si les vents sont favorables, je rejoins le dernier pays de cette aventure. Demain, je vais au Canada.

Photos ici.

Portland, OR

Je quitte donc Crater Lake sous un ciel encore plus bleu que bleu. Aujourd’hui, la route est longue, il faut atteindre les dunes de la côte à près de 4h30 de route de là.

Et d’ailleurs, rien de bien palpitant sur cette route. A part un ou deux petits lacs et un troupeau de rennes qui broute dans un pré, les miles s’enchaînent et se ressemblent peu ou prou. A la différence près qu’il faisait donc un temps magnifique le matin et que c’est sous la pluie que j’arrive à Dunes City.

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Le plan, c’était d’aller se balader dans le plus vaste ensemble de dunes côtières des Etats-Unis. Evidemment, là, le plan tombe à l’eau (c’est le cas de le dire…). Je m’installe donc le long d’une petite route tranquille avec Flipper et je passe la soirée comme on passe tous la soirée quand il pleut et qu’on est privé de télé : sous une couverture avec un bon bouquin.

Le lendemain matin, il fait toujours gris mais la pluie s’est arrêtée. Je vais donc m’enfoncer jusqu’aux genoux dans le sable des dunes qui sont en fait plus souvent parcourues en buggy qu’à pieds. Il y a des panneaux partout disant aux piétons de bien faire attention à pas se faire renverser par un des nombreux véhicules tous-terrains qui foncent à travers les dunes. Et malgré le temps, y en a du monde grimpé sur tout un tas d’engins à grosses roues ! Du coup, je fais un petit tour sur la plage mais les embruns et la bruine me découragent rapidement et je finis par me remettre en route.

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Et puis, je commence à en avoir marre de toute cette pluie le long de la côte. Depuis quelques jours, j’enfile les kilomètres pour admirer les falaises déchiquetées et je suis poursuivie par la pluie. Je décide donc de reprendre la direction de l’intérieur des terres. Mais avant, je passe quand même par Newport, petit port de pêche où les crevettiers sont légions et où je déguste un bon bol de clam chowder et un énorme fish & chips

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Et finalement, c’est à Portland que j’arrive en fin d’après-midi. Je me gare à l’extérieur de la ville, dans un Park & Ride, un parking situé le long d’une ligne de métro. 15 minutes plus tard, me voilà en plein cœur de Portland, sur la Pioneer Courthouse Square. Là, sur la place, une scène est en train d’être installée. Je me rends au Visitor Center pour récupérer quelques cartes et infos sur les trucs à ne pas rater et j’apprends que la scène, c’est pour Pink Martini qui va donner un concert ce soir parce que leur nouvel album sort la semaine prochaine. Timing impeccable, je me dis. Ce que je ne savais pas, c’est que Pink Martini est originaire de Portland et déplace des foules. Tout juste le temps de me dégotter une petite place en haut d’un escalier que la place est pleine à craquer. Le concert est très sympa, plein de chansons de styles différents, des ballons qui volent en veux-tu en voilà… je ne pouvais pas mieux tomber.

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En rentrant retrouver Flipper, je me fais une petite frayeur : alors que je suis tranquillement installée à l’abri de mes rideaux, une voiture de police fait lentement le tour du parking, s’arrête devant Flipper pendant un long moment et finit par repartir… ouf ! j’ai eu chaud ! C’est qu’évidemment, le squattage de parking n’est pas parfaitement autorisé…

Le lendemain, je pars découvrir Portland. J’ai découvert par hasard que sa banlieue abritait un gigantesque campus Nike mais à part ça, je n’ai aucune idée de ce qui s’y passe. Et la ville est très sympa. Pas très grande, facilement explorable à pieds, avec des grosses oies qui sont posées au milieu des pelouses comme si de rien était… plutôt agréable. Pour ne rien gâcher, à l’heure du déjeuner entrent en piste les food carts, des camions ou petites cabanes proposant de la street food. Je m’offre donc un bref retour en arrière en dégustant un petit poulet thaï avec une sauce vinaigre-cacahuètes… mmmh !

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Après le plaisir des papilles, le plaisir des yeux et des narines : je vais visiter le International Rose Test Garden, un jardin qui embaume le loukoum. Des milliers de roses de toutes les couleurs à perte de vue… très joli.

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Et pour finir mon petit tour à Portland, je vais dans un centre sportif où en plus de pouvoir profiter de la piscine (et de ses douches, oui…), j’ai accès à une salle de fitness, des cours collectifs et tout un tas d’activités. Malheureusement, pas le temps de profiter de tout ça : Flipper m’appelle. Il est temps de se remettre en route. Ce soir, on dort à Cannon Beach.

Photos ici.

Crater Lake

La nuit a été calme. Pas de shérif, pas de klaxon intempestif et pas de grognement d’ours affamé. Je ne tarde pas à me mettre en route. Aujourd’hui, y a encore un paquet de miles à mettre au compteur.

En fait, c’est pas tant le nombre de miles mais plutôt le nombre d’heures… Flipper a beau être hyper serviable, on ne roule qu’à 60mph soit 90km/h. Et les routes sont loin d’être toutes droites et en plus, y a plein de travaux, du coup, la circulation est alternée et on est obligés de s’arrêter pendant des heures.

Bref, ce matin on quitte donc la Californie. Et on tombe aussitôt sur ça.

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Et juste après, sur une station-service. Et je découvre avec surprise qu’il y a une vraie différence entre le prix de l’essence californienne et celui de l’essence oregonaise… En fait, en Oregon, y a tout bonnement pas de TVA. Du coup, tout est moins cher.

Aujourd’hui, je vais à Crater Lake qui, comme son nom l’indique, est un lac dans un cratère. On me l’a décrit comme le plus beau lac sur Terre, un truc indescriptible tellement c’est magnifique, la 8ème merveille du monde en quelque sorte. Je ne pouvais donc pas rater ça.

Mais avant d’aller m’extasier, c’est jour de lessive. Je fais donc une première petite pause sur la route. Et ici, même les laveries offrent le wifi ! J’en profite pour faire avancer le blog, reprendre contact avec le boulot… Et oui, je vais pas pouvoir faire l’autruche plus longtemps, il va bien falloir préparer ce retour…

Je m’arrête aussi un peu plus loin pour m’équiper d’un attirail anti-ours : clochette, bombe au poivre, tout y est. C’est qu’en potassant mes guides de voyage, je me suis rendue compte que les endroits que j’ai prévu de visiter pullulent de ces gentilles bestioles… Mieux vaut prévenir que guérir…

Et en milieu d’après-midi, j’arrive enfin à Crater Lake après avoir poussivement grimper la route qui mène à l’entrée du parc. Pour l’instant, pas de lac en vue… Je m’installe au camping (un camping privé, bien moins cher que les campings des State Parks de Californie… encore un coup de la TVA ?), je m’énerve un peu contre les centaines d’abeilles (au moins) qui essaient de venir s’installer dans Flipper et j’épluche toute la paperasse que m’a remise le ranger à l’entrée. Bonne nouvelle, y a plein de balades à faire.

Après une petite pause, je pars donc pour le Watchman Overlook. L’idée, c’est de grimper tout au bord du cratère et de regarder le lac prendre une jolie teinte violette pendant que le soleil se couche de l’autre côté. Pour rejoindre le point de départ du sentier, la route serpente le long du cratère… et là, d’un coup, sans prévenir… le voilà ! Le lac !

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Wow… j’en ai presque le souffle coupé tellement c’est beau ! Mais pas le temps de bader, le soleil est déjà en train d’amorcer sa dernière ligne droite, il est plus que temps de rejoindre la Watchman Tower. Une petite grimpette plus tard  et hop ! me voilà en place pour admirer le tant attendu festival des couleurs. Sauf qu’en fait, bah… ce soir, c’est pas si magique que ça. Je sais pas, le vent, la lumière… c’est joli hein, mais c’est pas aussi joli que ce que je m’attendais à voir. Et en plus, il fait un froid de canard ! Faut dire que l’air de rien, on est à plus de 2500m d’altitude. Je prends quand même le temps de faire quelques clichés et je redescends me remettre au chaud dans le ventre de Flipper.

Le lendemain matin, c’est sous un soleil radieux que j’entame l’ascension du Mount Scott. Y a rien à dire : quand il fait beau, ça change tout. Le Mount Scott est le point culminant du parc à 2700m d’altitude. De là-haut, on a une vue imprenable sur le cratère et toutes les vallées des environs… C’est beau… C’est officiel, l’Oregon, ça envoie de la bûchette.

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Mais le lac n’est pas la seule curiosité du coin. Il y a aussi les Pinnacles, des cheminées de cendre qui ont durci et forment de drôles de pics le long d’une petite vallée très encaissée.

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Après un petit retour au camping pour prendre une bonne douche, je suis retournée du côté du Watchman Overlook pour le coucher du soleil. Et cette fois-ci, c’était nettement plus joli.

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Et c’est sur toute cette joliesse que c’est achevé mon petit tour à Crater Lake. Demain, je reprends la route. Direction la côte à nouveau.

Photos ici.

Northern California

Nous revoilà donc repartis, Flipper et moi. Avant de quitter San Francisco, on s’offre un petit déjeuner au sommet de Twin Peaks. La vue sur la ville y est… fantastique. Pendant 10 minutes, on est presque tout seuls à profiter du calme de l’endroit et puis, c’est le drame. Des cars entiers de touristes débarquent. Des touristes chinois bien sûr, des touristes allemands et évidemment, des touristes français, mes préférés. J’comprends pas, ils sont pas censés avoir recommencé à travailler les p’tits Français ?

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Et puis tant qu’on est encore en pleine civilisation, je m’installe au Starbucks. Alors oui, j’avoue, j’aime beaucoup leurs boissons mais c’est pas pour ça que j’y ai passé plus de 3 heures ce matin-là. C’est plutôt parce que non seulement le wifi y est gratuit mais en plus, y a des prises électriques à côté de toutes les tables et j’ai grand besoin de charger mes 2 batteries d’appareil photo et mon téléphone. C’est que j’ai beau avoir équipé Flipper d’un maximum d’accessoires de geekette, tout mon matériel ne se branche pas sur l’allume-cigare… Enfin je culpabilise pas trop, tous les gens qui sont là restent au moins aussi longtemps que moi et font semblant de travailler. Moi je fais pas semblant, je papote sur Facebook.

Après avoir fait le plein d’électricité, cette fois, on peut quitter la ville pour de bon. San Francisco… encore un endroit où je crois bien que je pourrais m’installer sans trop de problème… Allez, en route !

J’entame l’ascension du Mount Tamalpais. En voiture, pas à pieds, évidemment. Remarque, y en a bien quelques-uns qui s’infligent ça à vélo… De là-haut, on peut encore voir toute la baie et San Francisco, à moitié moyée dans le brouillard… C’est beau. Sur le parking, je rencontre un type qui trouve que Flipper a trop la classe. On engage la conversation. En fait, il est australien, habite 7 mois de l’année à San Francisco et les 5 autres à Sydney. Et il reconnaît qu’il n’est pas malheureux… (non mais sans blague !!!) Pour redescendre, il me conseille de prendre une petite route qui serpente dans la montagne. Très jolie il paraît. Et puis ça arrive à Fairfax, une petite ville pleine de gentils et vieux hippies. Et en plus, ça m’amène directement sur la route que je comptais prendre après. Ah bah dans ce cas-là, en avant Guingamp !

Nous voilà donc, Flipper et moi, à zigzaguer entre les sequoias. Sauf que. La petite route très jolie c’est en fait une petite route très jolie mais de montagne. Ca grimpe, ça descend, c’est plein d’épingles à cheveux… et Flipper se met à protester. A chaque fois qu’il faut tourner à gauche, il fait un drôle de bruit et la pédale de frein se met à vibrer… Je panique pas mais je commence à penser aux routes de montagne, les vraies, qu’il va falloir prendre quand je serai au Canada. Et que Flipper ne supporte déjà pas celle-là, ça ne me plaît pas. Mais alors pas du tout.

Arrivée à Fairfax, je m’arrête dans le premier garage. Là, le très gentil monsieur me dit qu’il a pas vraiment le temps de jeter un œil ce soir mais qu’il veut bien venir faire un tour avec moi pour tester les freins. Très bien. On part donc, lui au volant et moi à côté en train d’essayer de lui faire comprendre ce qui n’allait pas (certes, mon niveau d’anglais n’est pas tout pourri mais de là à avoir une conversation avec un garagiste…). Sauf que là, on n’est plus dans la colline, la route n’est plus pentue et évidemment, Flipper ne dit plus rien.

Pour me rassurer, le garagiste me dit qu’il peut quand même vérifier mes freins mais qu’il faudrait que je revienne demain matin. Tant pis, je reste là pour ce soir, j’ai encore des milliers de miles à faire, pas question de ne pas être sûre de Flipper. Je me trouve donc un petit coin tranquille pour la nuit. Si tranquille qu’un daim passe à quelques mètres de Flipper pendant que je suis en train de dîner.

Le lendemain matin à la première heure je suis de retour au garage. Mon copain Daniel (c’est le nom du garagiste) aussi et il m’envoie faire un tour pendant qu’il s’occupe de Flipper. Une heure après, je reviens. Verdict : tout va bien, il a tout nettoyé, faut pas s’inquiéter ma p’tite dame, tout est en ordre ! Je remercie donc chaudement Daniel et je reprends mon chemin. C’est que c’est bien joli d’avoir traîné le long des plages, il nous reste quelques kilomètres à faire et il serait temps de s’y mettre ! On roule donc jusqu’au Salt Point State Park. Là, c’est la pluie qui nous tombe dessus. Du coup, pas de balade, je passe l’après-midi bien au chaud dans le ventre de Flipper à peaufiner la suite du trajet. Et je me rends compte que si je veux arriver à New York dans les temps, je vais pas devoir traîner !

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Le jour suivant, c’est sous un ciel toujours gris que je reprends la route. Pas bon pour le moral des troupes ça ! Une petite pause dans un Starbucks (oui toujours pour des questions de batteries) et hop ! le soleil fait son apparition. Je traîne en route, je m’arrête prendre des photos, je fais quelques courses à l’épicerie et en milieu d’après-midi, j’arrive au Humboldt Redwoods State Park. Après avoir passé les 2 dernières semaines avec l’océan toujours à portée de main, je suis maintenant au cœur d’une forêt de sequoias géants. Je me rends donc au Visitor Center pour me renseigner sur les balades dans le coin. La petite dame derrière le comptoir est très gentille : elle me fait un itinéraire personnalisé pour que je vois les plus grands, plus gros, plus larges arbres de tout le pays. Au moment où je ramasse les cartes et où je la remercie elle me dit : « Bon, faites quand même attention aux ours. En ce moment, ils sont plutôt du côté des vergers mais faut toujours être prudent. » Ah. Bien. « Oh ! Et aussi, faites attention aux lions des montagnes. On n’a pas eu de problème récemment mais si vous en croisez un, faut surtout pas vous mettre à courir, il vous prendrait en chasse. » Oui. Très très bien.

Du coup, c’est pas du tout rassurée que je pars faire un petit tour. Comme en plus, je marche seule, il faut que je fasse du bruit pour prévenir les animaux que je suis là et ne pas les surprendre au détour d’un chemin. Me voilà donc à siffler à tue-tête et à taper avec des bouts de bois contre les arbres… Sauf que ça ne m’empêche pas d’avoir les chocottes. Je suis en pleine forêt, il fait bien sombre (les arbres sont immenses je vous dis), je suis toute seule et y a des tas de grosses bêbêtes féroces qui peuvent surgir à tout moment… La cadence est donc plutôt rapide et je rentre au camping toute essoufflée.

Là, j’ai mon bon moment de la journée : une douche chaude… et pendant 7 minutes s’il vous plaît ! Oui, les douches sont payantes dans les campings (qui sont payants, eux aussi) et plus tu payes, plus la douche est longue. Faut donc faire des compromis… Un bon dîner, une histoire et au lit ! Demain, je repars dans la forêt.

Et ce matin, il fait encore bien gris. Faut se mettre quelques coups de pieds aux fesses pour sortir de Flipper et se mettre en route. Surtout que je ne dois pas traîner : au programme, une longue marche dans la forêt et 3 heures de route pour rejoindre l’étape du jour. Mouais.

Entre le temps et les recommandations de ma petite vieille du Visitor Center, c’est pas franchement la motivation des grands jours… Du coup, plutôt que d’aller m’enfoncer bien profond dans la forêt (et m’époumoner tout en ayant les genoux qui flageolent…), je change de plan. Je vais bien aller voir des grands arbres mais je vais prendre d’autres sentiers, plus courts et plus fréquentés. Me voilà donc à déambuler entre ces sequoias dont jamais, je ne vois le sommet. Certains ont fini par tomber à terre et sont véritablement monstrueux.

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Bon, je suis quand même bien seule dans cette forêt. Même pas l’ombre d’un ours ou d’un gros chat ! Finalement, c’était pas la peine d’en faire une montagne…

Après le déjeuner, je repars. Toujours quelques stops en route, quelques détours pour aller voir une belle plage ou un arbre tout à fait spécial ou encore une statue qui parle et c’est en début de soirée que j’arrive au Jedediah Redwoods State Park. Je tente le camping du parc mais c’est encore 35 dollars la nuit et franchement, je n’ai pas tant besoin d’une douche que ça. Et puis de toute façon il est plein ! Du coup, je quitte la route principale et trouve refuge un peu plus loin, dans la forêt. A la nuit tombée, les voitures qui passent sur la route deviennent rares et j’ai même le temps de me faire un bol de nouilles avant que les moustiques ne passent à l’action.

Ce soir, c’est ma dernière nuit en Californie. Demain, j’attaque l’Oregon. Au nord… toujours plus au nord…

Photos ici.

C’est une maison bleue…

Comme on est samedi matin, en quittant Santa Cruz je fais un petit tour par le marché. Le Farmers Market. Les producteurs des environs viennent y vendre leurs fruits et leurs légumes et il paraît que c’est à ne pas louper alors… Et en effet, c’est bien sympa. Déjà tout le monde fait goûter tout son étalage. C’est qu’il est hors de question d’acheter à l’aveuglette ! Bon, y a jamais qu’une dizaine de stands mais je me laisse tenter et une demi-heure plus tard, je repars avec, sous le bras, une barquette de framboises, quelques tomates, une baguette aux céréales (si, si, une VRAIE baguette) et un pot de ceviche. Il faut dire que mes occasions de manger du poisson sont plutôt rares (et puis, je veux pas vexer Flipper…).

A midi, je m’arrête donc à Pigeon Point où je déguste mon pique-nique de reine… Ah ! du vrai pain, du poisson frais, des tomates ultra goûtues et des petites framboises pour couronner le tout… qui a dit que je devais me farcir un régime déprimant ?

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Et après les kilomètres d’asphalte plutôt déserts de ces derniers jours, je me retrouve soudain dans les embouteillages qui annoncent San Francisco. En fait, les embouteillages sont plutôt dans l’autre sens. En ce début d’après-midi, les gens quittent la ville pour aller à la plage. Du coup, Flipper et moi on se débrouille pas trop mal et on arrive à notre adresse dans le quartier de Haight Ashbury. Parce qu’on est comme ça nous : on se dit que quitte à passer un peu de temps à San Francisco, on va pas aller se perdre en banlieue et encore moins se prendre un motel. Non, non. On s’installe directement au cœur de l’action !

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Bon, en fait, j’ai un peu cherché sur internet comment on pouvait faire et j’ai fini par trouver quelques adresses dans San Francisco où se garer la nuit ne gêne pas les voisins et où, si on est discret, on ne se fait pas déloger. Parce qu’il ne faut pas croire ! Passer la nuit dans son véhicule est toujours illégal ! Mais noyés dans le nombre de voitures de la ville, je pense qu’on a toutes nos chances.

Une fois installée, je m’occupe du plus pressé : la lessive. Et une fois que j’ai des affaires propres, je prends le chemin de la piscine. Non pas que je meurs d’envie de péter mon score au 100 mètres papillon… non. Disons plutôt que ça fait bientôt 4 jours que je n’ai pas vu une douche : il est grand temps de se décrasser ! Sauf que pas de bol : la piscine est déjà fermée. Je suis bonne pour revenir le lendemain matin. Parce que 5 jours sans shampoing… beurk !

Du coup, à 9h pétantes en ce dimanche matin, je suis à la piscine. Et c’est rigolo, y a que des Asiatiques dans le bassin. Même la maître-nageuse est asiatique ! Le temps de faire mes 40 longueurs (bah oui, tant qu’à être là, autant en profiter !) et d’user et abuser du savon sous la douche, il fait un soleil radieux quand je ressors. Par-fait !

Je me mets donc en route pour un petit tour en ville. Je suis déjà venue à San Francisco il y a 3 ans,  je me concentre donc uniquement sur ce qui me fait vraiment plaisir de voir ou de revoir. Je commence par une petite balade dans Castro pour arriver devant… une maison bleue. Oui mais pas n’importe quelle maison bleue. LA maison bleue. Celle adossée à la colline, où on ne frappe pas, ceux qui vivent là ont jeté la clé…

C’est plutôt drôle parce que, à part cette petite plaque collée sur le mur, la maison n’a rien de vraiment spécial. Elle ressemble à toutes les autres dans cette rue. Et personne ne semble d’ailleurs vraiment s’y intéresser. A part moi. En tout cas, ça suffit à me coller la chanson dans la tête pour la journée ! Quelques rues plus loin, je grimpe dans un vieux street car poussif qui m’emmène jusqu’au Ferry Building. Là, on peut, évidemment, prendre le ferry, mais surtout… manger ! Y a plein de stands de bouffe tous plus appétissants les uns que les autres… Je craque pour un mixed salumi cone, un petit cône en papier dans lequel il y a du jambon, de la pancetta et tout un tas d’autres charcuteries italiennes en petits morceaux… mmmmh ! dé-li-cieux !

Un peu plus loin sur les docks, je tombe sur le village de l’America’s Cup. Si je comprends bien tout le remue-ménage autour, ça doit avoir lieu en ce moment. Moi, j’y connais pas grand-chose en compétition de voile : pour moi, la Coupe de l’America, ça a lieu en mer. Depuis les docks de San Francisco, je vois pas bien l’intérêt. Du coup, je continue mon chemin jusqu’au fameux Pier 39. Aux croassements (si, les otaries, ça croassent) et à l’odeur, je retrouve sans peine les otaries. Avachies en plein soleil, elles se donnent en spectacle sous les flashs de la bonne centaine de touristes qui se pressent sur le dock. Et tandis que je suis là, à contempler bêtement ces grosses quenelles, mon regard est attiré par quelque chose qui bouge dans la baie. Et qui bouge sacrément vite ! Deux immenses catamarans sont en train de finir une régate… la Coupe de l’América ! Ils sont suivis de toute une flottille de bateaux qui essaient tant bien que mal de les suivre. J’en ai jamais vu d’aussi grands ! Et surtout, jamais qui allaient aussi vite ! A peine le temps de les voir traverser la baie et hop, c’est fini, ils rentrent au port. Et ben dis donc… drôlement impressionnant !

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Et puis, parce que aller à San Francisco et ne pas traverser le Golden Gate Bridge ça serait un peu comme aller à New York et ne pas traverser le Brooklin Bridge, je retourne louer un vélo pour passer de l’autre côté du pont. Je dis « je retourne » parce qu’il y a 3 ans, on avait fait la même chose. Sauf qu’on était parties assez tard et qu’on avait fini la balade à la nuit tombée. Là, j’ai toute l’après-midi devant moi. Mais pour autant, je n’ai pas tiré de leçons du passé : comme il y a 3 ans, il y a un vent à décorner les bœufs et comme il y a 3 ans, les côtes qu’on avait eu tant de mal à grimper sont toujours là ! Par contre, pas comme il y a 3 ans, en arrivant au pied du pont… rien. Pas de pont. Pas même l’ombre du pont. San Francisco s’est embrumé et le pont a disparu. Même une fois dessus, je ne vois pas le sommet du premier poteau ! Le fameux brouillard de San Francisco… que je n’avais pas vu il y a 3 ans ! Bah là, j’y ai droit dans toute sa splendeur ! La corne de brume retentit sans arrêt, il fait un froid de canard et on n’y voit goutte !

Enfin ça, c’est du côté de San Francisco. Parce que dès que j’arrive du côté de Sausalito (de l’autre côté, quoi), d’un coup, tout s’éclaircit, le ciel redevient bleu, le pont rouge et c’est magnifique… De la vraie carte postale. Avec la brume qui s’écoule de derrière la colline, qui s’agrippe dans les haubans du pont et le soleil qui fait briller la baie… J’ai mal aux cuisses (oui, je sais, c’est une balade de débutants, je ne suis pas vraiment une adepte de la petite reine…) mais ça valait le coup !

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Reste quand même une dernière côte à grimper pour rejoindre le port… ce que je fais en pestant. A l’arrivée, j’ai 5 minutes avant le départ du prochain ferry. Parfait, juste le temps d’engloutir un smoothie mangue-passion et hop !  me voilà sur le pont à essayer de me réchauffer au soleil. C’est qu’on est en Californie du nord maintenant ! Et il fait pas bien chaud ! Et ça s’arrange pas quand le ferry retourne dans la purée de pois pour rejoindre San Francisco. Du coup, c’est quasiment frigorifiée que je rends mon vélo. Ce qui me donne une bonne excuse pour filer chez Boudin.

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Et non, Boudin ne fait pas du boudin. Sinon j’irais pas, j’aime pas ça. Boudin fait du pain. Et du très bon pain même. Avec ce petit goût qui pourrait presque faire croire que ça vient de chez nous. Et pour ne pas manger du pain sec, Boudin le remplit avec de la clam chowder. De la chaudrée de palourdes, quoi.

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Une fois réchauffée et le ventre plein, la nuit tombe. Il est donc temps de retrouver Flipper qui m’a attendu sagement toute la journée dans son coin, impatient de reprendre la route. Demain, on attaque la Californie du nord…

Photos ici.

Santa Cruz

Ce matin je suis encore réveillée par un rayon de soleil qui passe entre les rideaux de Flipper. La nuit a été fraîche. Il va falloir trouver une solution parce qu’on est encore loin des températures que je vais trouver dans les montagnes canadiennes dans un mois ! Au programme du jour donc, acheter une couverture.

Après un bon petit déj, c’est l’heure de plier bagage. Je prends donc la route, direction le nord. L’étape du jour n’est pas bien longue mais il me faut près de de 4 heures pour parcourir la distance : la route est splendide, toute emberlificotée dans les falaises de la côte, et je m’arrête tous les 3kms pour prendre des photos où aller mettre mes pieds dans l’eau. Oui, juste mes pieds. Ils ressortent déjà bleus, pas la peine d’insister.

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Je m’arrête aussi à la Point Lobos State Reserve. Encore un des innombrables parcs qui bordent la côte. Dès que je sors de la voiture, je suis accueillie par les cris des loups de mer. Y en a vraisemblablement toute une colonie. En effet, ils se sont regroupés sur un gros caillou à quelques mètres de la plage et piaillent à qui mieux mieux. La réserve s’étale sur quelques kilomètres le long de la côte et on peut y observer un bon nombre d’animaux. Un ranger est d’ailleurs en train de régler sa longue vue et me laisse y jeter un œil : une loutre est tranquillement en train de faire la planche à quelques mètres du rivage et casse des coquillages sur son ventre avec un caillou ! Il me donne aussi quelques indications pour aller voir un daim qu’il a repéré un peu plus loin et me dit d’aller jusqu’à la pointe sud du parc : ils ont repéré des baleines… Quoi ? Des baleines ? Ça alors… Ma malédiction serait-elle en train de faiblir ? Le problème, c’est que pour voir des baleines qui sont au loin, faut essayer de repérer leur jet de vapeur quand elles viennent respirer en surface. Quand la mer est plate, c’est facile. Mais aujourd’hui, comme par hasard, y a plein de vagues et de vent, ça facilite pas la tâche. Mais à force de patience, je finis par apercevoir un petit « splash ». Est-ce que c’est vraiment ça, est-ce que c’est pas juste un autre paquet de mer qui bouge… va savoir ! Je plisse les yeux, j’essaye de ne même pas cligner et… OUIIII !!! C’en est une ! Pas de grands sauts périlleux mais clairement, c’est une baleine ! Je suis même tellement en veine qu’un peu plus tard, une deuxième vient rejoindre sa copine. Je suis hyper contente : enfin ! les baleines ! Bon, elles sont quand même un peu loin, difficile de vraiment apprécier la taille des monstres mais tout de même, j’ai vu des baleines !

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En début d’après-midi, j’arrive à Monterey, une jolie bourgade qui a connu son heure de gloire. Dans les années 50, les conserveries de sardine tournaient à plein régime dans le quartier de Cannery Row. L’ambiance et l’odeur de cette belle époque a été immortalisée par Steinbeck dans un de ses romans intitulé tout bêtement… Cannery Row. Du coup, évidemment, ça se visite. Enfin, y a pas grand-chose à voir : quelques vieilles bâtisses en ruines, d’autres retapées pour abriter des boutiques de souvenirs ou des restaurants… faut faire un peu travailler son imagination pour voir les ouvriers en salopette traverser les rues.

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L’autre attraction de Monterey, c’est son Fishermans Wharf. Comme dans toutes les villes de cette partie de la côte, les vieux ports de pêche ont, eux aussi, été reconvertis en pièges à touristes et sur quelques planches de bois, s’alignent les mêmes restaurants et boutiques de souvenirs… Mouais. Pas de quoi casser 3 pattes à un canard mais bon, ça me donne l’occasion de boire un chai latte au soleil tout en profitant de la connexion internet.

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La bonne nouvelle, c’est qu’à Monterey, j’ai réussi à me dégoter un petit bout de trottoir gratuit et sans panneau m’interdisant d’y passer la nuit. A la place, y a un panneau « Park at your own risk »… Faut dire que ledit bout de trottoir est juste en face du terrain de baseball. J’imagine qu’une balle envoyée un peu loin et crac ! c’est le drame. Mais pour ce soir tout est calme, j’y prends donc mes quartiers.

Le lendemain matin, je suis réveillée par les claquements de portière autour de moi. Les gens vont au boulot dites donc ! Bon, bah, puisqu’il n’y a pas moyen de faire la grasse mat’, autant se mettre en route ! Aujourd’hui, toujours plus au nord, j’atteins Santa Cruz. Santa Cruz est une autre très jolie petite ville de la côte pacifique. Très jolie et très riche aussi. Mais avant d’aller regarder ça d’un peu plus près, je commence par une petite session plage à la Natural Bridge Beach. Comme par miracle, il est possible de se garer gratuitement le long de la longue avenue qui arrive à la plage. Et en plus, pas de panneau « No overnight » en vue ! Bon, c’est quand même dans un quartier hyper résidentiel alors je trouve ça un peu louche mais bon, je me dis que si je trouve pas mieux, l’endroit est parfait pour la nuit. En attendant, après une nouvelle tentative de baignade ratée (mais comment c’est possible que cette eau soit si froide ???), je prends la direction du centre-ville en longeant la promenade au-dessus de la falaise. Les maisons qui bordent la rue sont de vrais châteaux, les pelouses sont de vrais terrains de golf et les gens se promènent en segway… ça donne le ton.

Sur la promenade, je croise un type qui regarde l’horizon fixement. Je m’arrête un peu plus loin et je me mets moi aussi à scruter l’océan en me demandant ce qu’il peut bien regarder. Et soudain… SPLAAAASH ! je la vois ! une baleine ! Et pas une petite ! Difficile de dire là aussi quelle pouvait bien être sa taille mais le petit bateau qui s’approche d’elle semble vraiment très très très petit… J’en reviens pas : 3 baleines en 2 jours sans même faire exprès et alors que c’est pas la saison ! Ma chance est à peine croyable…

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Et d’ailleurs, ça finit par se gâter… Alors qu’un petit tour en ville m’a révélé que je n’ai aucune chance de trouver un stationnement public m’autorisant à rester passé 22h, je finis par découvrir un tout petit panneau le long du trottoir de la plage : habiter dans son véhicule est interdit après 22h… Flipper a beau être beaucoup plus petit qu’un camping-car, difficile de se méprendre sur le fait que quelqu’un dort dedans. Dans l’absolu je pourrais prendre le risque mais me faire réveiller en pleine nuit par un shérif peu commode pour prendre une belle amende… non merci ! Et puis il commence à se faire tard, je tourne et je vire mas sans succès, je commence à me dire que je vais me rabattre sur un camping privé. Le GPS m’en trouve un juste à la sortie de la ville, j’en prends donc la direction. Et la poisse continue : il est plein ! Mais sur la route, j’ai repéré un parking où il y a d’autres voitures. En fait, ce sont des gens qui sont en train de se balader dans la forêt à côté. Pas vraiment discret mais bon, là au moins, je n’enfreins aucune loi. Enfin, pas en connaissance de cause en tout cas. Le parking se vide peu à peu avec la nuit qui tombe et Flipper finit par se retrouver tout seul. Bon, bah on verra bien : je ferme les rideaux, je me calfeutre et je finis par m’endormir….

… et par ne me réveiller que le lendemain matin ! Et encore par des portières qui claquent ! Non mais qu’est-ce qu’ils ont les gens ici ? Un rapide coup d’œil par-dessus mon rideau et ah ! ceux-là, ils viennent faire leur jogging ! Je me lève donc et me prépare un bon thé à l’arrière de Flipper. Mon installation attire la curiosité, les gens viennent me voir, me demandent si le van est à moi, comment tout fonctionne, où je vais avec… Y a même une fille qui me dit qu’elle pourrait quitter son appartement pour vivre dans mon Flipper ! Mouais… m’est avis que pour un temps, c’est amusant, mais pour toute la vie…

Après ces conversations matinales avec mes voisins, je me remets en route. Cette fois, c’est du sérieux, ce soir, Flipper et moi on dort à San Francisco. Et pas dans la banlieue éloignée là où on ne va pas se faire remarquer. Non, non, non. En plein centre-ville. Mais ça, c’est l’histoire de demain.

Photos ici.

Big Sur

Ce matin, Flipper et moi, on quitte notre petit camping douillet de Morro Bay. Avant de reprendre la route, on passe saluer les lions de mer qui se vautrent au soleil sur le port…

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Mais on reste pas trop longtemps : visiblement, ça fait longtemps qu’ils n’ont pas pris une douche ceux-là !

On reprend donc la route 1. La fameuse qui parcourt toute la côte de Seattle à San Diego. Et qui est particulièrement jolie juste ici. Tellement jolie qu’on s’arrête tous les 3kms. Tout le monde s’arrête d’ailleurs. Mais c’est bien fait, y a des parkings partout et tu peux prendre des photos sans risquer ta vie parce que ceux qui ne zigzaguent pas en admirant le paysage roulent comme des dingues.

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Cette partie de la côte s’appelle Big Sur. Et bien sûr, c’est un parc national. 4 parcs pour être plus précis. Et c’est tellement connu que c’est blindé même quand on est en pleine semaine.

Mais ce coup-ci, j’ai été maligne, j’ai réservé mon camping. Parce qu’il n’y a pas de ville où squatter discrètement et que comme c’est un parc, il est strictement interdit de faire du camping sauvage. Et le camping est drôlement joli. Tous les emplacements sont camouflés dans les arbres, on ne voit pas les voisins (y a quand même plus de 200 emplacements) et les écureuils et les petits oiseaux viennent picorer aux pieds de Flipper. C’est tout choupinou…

C’est tout choupinou et y a pas de réseau. Alors j’en profite pour bosser un peu. Enfin pour rédiger les articles des 3 dernières semaines de ce blog qui commence à prendre un sacré retard… Grâce à mon équipement de compét’, l’allume-cigare de Flipper me permet de recharger mon ordinateur même quand le moteur est éteint. A peine dérangée par les pépiements des oiseaux, je cravache…

Le lendemain, je pars arpenter les sentiers. Quelques heures de marche, de très grands arbres, de chouettes points de vue, une cascade ridicule (franchement, faudrait même pas appeler ça une cascade), l’odeur des eucalyptus pour se purifier les poumons, un ciel bleu sans nuage et le soleil… Quand je pense qu’il y a des gens qui me demandent si je commence pas à avoir envie de rentrer…

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Et c’est donc en pleine forêt avec un bon bouquin (… Game of Thrones, what else ?) que s’écoule la fin de la journée. Parce que j’ai décidé de profiter une dernière nuit du confort du camping avant de reprendre mes bonnes habitudes…

Photos ici.