Morro Bay

Ce matin, c’est le grand départ. Je quitte définitivement l’agglomération de Los Angeles et je file le long de la côte. Enfin, je file… L’étape du jour n’est pas bien loin. Ce soir, je dors à Lompoc. Enfin ça, c’est le plan. Parce que l’histoire montre qu’il n’en va pas toujours dans la vie comme dans les plans.

Je quitte donc Santa Barbara par la route 154, celle qui passe dans l’arrière-pays et est super jolie. Ça, c’est l’avis de la fille du Visitor Center. Moi, mon avis c’est que c’est pas mal mais c’était pas la peine de me le vendre comme si c’était la 8ème merveille du monde… Passons ! Cette petite route me mène tout droit au Lake Cachuma. Et comme j’ai la vie devant moi, je fais donc une petite balade autour du lac. 3 heures de marche en plein cagnard… Quand je retrouve Flipper, je ne suis plus qu’une flaque géante… Pour me remettre de mes émotions, j’avale une bonne livre de fraises à l’ombre en admirant le barrage tout en guettant du coin de l’œil les oiseaux qui tournent en cercle au-dessus de ma tête… c’est encore pas cette fois que je vous servirai de déjeuner !!

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La suite du programme est simple, je dois passer par Solvang pour déguster des cookies, spécialité du coin. Et Solvang, c’est vraiment choupinou. On se croirait en Alsace cette fois. Les petites maisons à colombages s’alignent les unes à côté des autres, les murs peints de couleurs plus éclatantes les unes que les autres et y a même un moulin à vent !

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Les pâtisseries se font une rude concurrence mais les cookies… j’en vois pas l’ombre d’un. Par contre, du fudge… je finis par craquer pour un demi-morceau chocolat-framboise qui me regardait d’un air un peu trop insistant.

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Après un petit tour dans Solvang, bondée de touristes profitant de leur week-end de 3 jours, je me remets en route direction Lompoc. Je m’attends à trouver un petit village kromeugnon (c’est un peu le thème depuis 2 jours) mais c’est juste un petit village tout court. Des grandes rues perpendiculaires avec rien à voir. J’en profite pour faire une lessive et comme il est encore tôt, je décide de ne pas passer la nuit ici mais de continuer la route un peu plus loin. Il y a tout un tas de parcs et de campings, ça va être un jeu d’enfants de trouver où s’arrêter pour dormir. Enfin, ça, c’est le plan et comme on a déjà dit… entre la vie et le plan… En fait, je passe les 4 heures suivantes à enchainer les demi-tours devant des panneaux « Campground full »… Je finis par arriver à Morro Bay. Le soleil est en train de se coucher et y a un visiblement une grande fête sur le port. Il y a un groupe qui joue de la musique sur une scène et plein de gens qui dansent, qui font griller des saucisses et qui boivent des bières. Sympa, je me dis, je vais aller voir ça d’un peu plus près. Je trouve un très joli coin pour me garer et je me joins à la foule. Je commence même à me dire que je vais peut-être rester là cette nuit puisque je voulais explorer le Morro Bay State Park le lendemain. Sauf qu’en fait, vers 21h, la fête est finie et toutes les voitures disparaissent. Ne reste que Flipper planté devant la baie. Pas très discret… Me voilà donc à nouveau en quête d’une couchette pour Flipper. Je finis par repérer un camping-car le long d’un champ. Vue l’heure et comme je commence à en avoir un peu marre de tourner, je me gare donc un peu plus loin. Si y a d’la place pour un, y a d’la place pour 2…

Le lendemain matin, j’ouvre mes rideaux sur un magnifique soleil qui fait briller les hautes herbes. Oh ! J’y pense, j’ai oublié de vous faire visiter Flipper ! Alors voilà Flipper…

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Il est beau, hein ?

Voilà, sa chambre-salon-salle à manger…

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… sa cuisine-salle de bain…

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… et son bureau !

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Voilà ! C’est ma nouvelle maison jusqu’à fin octobre !

Après le petit-déj, je me dirige vers le Morro Bay State Park. On est lundi et comme on pouvait le prévoir, tout le monde est en train de plier bagage. Bah oui ! Fini le week-end, faut rentrer à la maison ! Et faire de la place pour Flipper ! Les sentiers de balade ne sont pas légion et en 3 heures, j’en ai fait le tour. Comme tout le monde est parti, j’ai même la vue de la baie pour moi toute seule !

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Mais un peu de repos quelque part où je peux laisser les portières ouvertes sans craindre de me faire remarquer ne fait pas de mal. J’en profite pour prendre une douche… ah ! de longues minutes sous l’eau brûlante…, faire un peu de rangement dans Flipper, un peu de ménage, un peu de blog… Et je m’offre même le luxe d’un délicieux « Mac & cheese » cuisiné à l’arrière de Flipper et dégusté devant la télé… Elle est pas belle, la vie ?

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Bon, certes, le luxe a un prix : à 35 dollars l’emplacement de camping (sans électricité), on va pas pouvoir se permettre ça tous les soirs. Alors en attendant, on profite…

Photos ici.

Santa Barbara

Ce matin, malgré un instant d’hésitation vu l’état de la salle de bains, je savoure ma douche… Dieu sait quand sera la prochaine ! Non pas que j’ai décidé de faire le concours du plus crado, tout le monde sait que je ne PEUX pas gagner… mais l’idée des 2 prochains mois c’est de dépenser le moins de sous possible dans les campings ce qui restreint donc assez drastiquement mon accès à une douche.

En attendant, c’est donc pleine d’entrain que je me rends chez Escape Campervans récupérer mon fidèle compagnon pour les 2 prochains mois. Et il est bien là. Encore plus gros que Ben I et Ben II réunis… En fait, c’est pas vraiment le modèle que j’avais réservé mais hasard du calendrier, pour le même prix, j’ai le droit au modèle supérieur… perchée devant le volant, je me sens comme un chauffeur de camion ! Le temps de faire le check-up complet, de signer encore un ou deux papiers et voilà ! Flipper et moi sommes lancés ! Oui, celui-là ne sera pas Ben III mais Flipper… pas le choix, c’est marqué sur ses clés.

Pour commencer en douceur, Flipper et moi, on se rend chez Walmart faire quelques courses. Et puis, comme décidément, Los Angeles n’est pas ma tasse de thé, je décide de prendre au plus vite la route de la côte. Direction donc Malibu. C’est un des quartiers que je n’étais pas allée voir il y a 2 ans et je me dis que quand même, avant de m’élancer pour ma longue traversée, je peux bien y faire un petit arrêt. Mais Malibu, c’est pas vraiment dans Los Angeles. A vrai dire, rien n’est dans Los Angeles. C’est même assez loin : près de 50kms ! Bon, très bien, de toute façon c’est sur la route alors, y a pas à hésiter. Y a un peu de monde sur l’autoroute en ce vendredi matin mais Flipper se débrouille très bien et moi aussi même si je dois m’habituer à bien rouler à droite pour que Flipper ne donne pas de coups d’épaule à ses petits voisins…

Arrivée à Malibu commence la galère pour se garer. C’est que Flipper n’est pas que large… il est également assez grand. Et apparemment, tout le monde s’est donné rendez-vous à la plage, les gens se battent pour rafler les places le long de la route ! Il semblerait que chacun profite de sa pause déjeuner pour venir surfer. Un peu de patience et nous voilà finalement garés. J’emprunte donc le sentier qui mène à la fameuse plage et… QUOI ??? c’est ça Malibu Beach ? c’est une blague ou quoi ? La plage est toute petite, pas très jolie, adossée à un marais à moitié asséché et couverte d’algues… on m’aurait menti ou quoi ?

En fait, la plage continue un peu plus loin mais elle est alors privée. Des maisons, littéralement les pieds dans l’eau, s’alignent tout du long. Des maisons qui certes, doivent valoir une fortune, mais pas vraiment si extraordinaires que ça. Et en plus l’eau est si froide que c’est à peine si on peut se tremper dedans. Bref, c’est la déception.

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Du coup, je ne reste que le temps de faire sécher mon maillot de bain et je décide de poursuivre la route. Oui mais. Dans l’euphorie du moment, j’ai oublié de passer dans un magasin de téléphonie pour acheter mon modem. Oui, je suis une voyageuse qui ne se douche pas mais il est hors de question de ne pas être connectée au reste du monde ! Sinon, comment pourrais-je partager toutes ces délicieuses aventures avec vous ? Sauf que toutes les adresses que j’avais soigneusement pris soin de noter sont à Los Angeles. Et que je n’ai aucune garantie de tomber par hasard sur le magasin qui aura exactement ce dont j’ai besoin (j’ai tenté l’expérience à la Nouvelle-Orléans, ça a raté. 2 fois.). Très bien, je me dis. Quand on n’a pas de tête, on a des jambes (enfin… des roues en l’occurrence). Retournons à Los Angeles, c’est l’histoire d’une heure et demie, de toute façon, y a rien de vraiment prévu cet après-midi, la prochaine fois, t’auras qu’à faire attention. Et nous voilà donc repartis dans l’autre sens. Sauf que. Visiblement, il se passe un truc en ce vendredi après-midi parce que l’autoroute est bou-chée. Dans les 2 sens. On se croirait sur le périph’ un lundi matin à 8h. Peu importe, je vais jusqu’au bout. Je finis donc par trouver le bon magasin qui a le bon appareil et qui me vend le moyen de me connecter à internet de presque partout. 15 minutes plus tard, me voilà repartie dans l’autre sens. Encore. Et les bouchons n’ont pas disparu… loin de là… Moralité, je vais passer près de 4 heures au pas à me demander comment c’est possible d’être bloquée sur une autoroute qui a 6 voies. Et quand enfin j’arrive à Santa Barbara, le Visitor Center a fermé ses portes depuis longtemps…

Je me mets donc en quête d’un endroit où passer la nuit. Sauf qu’à Santa Barbara, ils doivent pas avoir trop envie que tous les camping-cars et autres vans viennent squatter leurs parkings. Il y a des tas d’interdiction de se garer entre 2h et 6h du matin. Comme si j’allais me lever au beau milieu de la nuit pour déplacer Flipper… Je poursuis donc mes recherches mais la ville est décidément pleine de panneaux dissuasifs. La nuit commence à tomber et je n’ai toujours pas trouvé où coucher Flipper… Je me résous donc à chercher sur le GPS les campings autour de la ville. Sauf qu’au lieu de campings, cet imbécile m’indique tous les mobil-homes de la région ! En m’éloignant un peu et à force de tourner, je finis par trouver une petite rue où sont déjà garées d’autres voitures et où le seul riverain est une entreprise. Je peux donc enfin m’arrêter et préparer Flipper pour la nuit. Je m’aperçois alors que je n’ai pas de lumière. Rien, nada. Bon, va falloir acheter une lanterne. Et puis, au fur et à mesure, la liste des menus aménagements à apporter à Flipper s’allonge et je décide que demain, dès la première heure, je vais aller faire un tour dans un magasin de camping. 2 mois dans ma boite de conserve, faut au moins que je sois correctement équipée !

Le lendemain matin, grâce à mes gadgets haute technologie en tous genres, je me trouve un magasin genre Vieux Campeur puissance 1000. Ils ont tout ce que je veux et même bien plus… me voici donc l’heureuse propriétaire d’une jolie lanterne, d’une douche de camping (ouais, quand je vous dis que je vais pas gagner le concours du plus crado…), d’une gourde isotherme et d’un nouveau guide pour la suite du voyage. Non, tout ça n’était pas sur ma liste…

Je pars ensuite explorer un peu Santa Barbara. La ville est riche. Très riche. Et très jolie. Un petit côté espagnol avec tous les toits en tuile et les murs blanchis. Vraiment très jolis. Je visite la Court House et la Old Mission, les 2 spots recommandés par le Visitor Center. Et j’en profite pour assister à 2 mariages : il sera dit que tous les 31 août, j’assisterai à un mariage… Bon, là, j’ai pas vraiment pu m’incruster au vin d’honneur (ni même entrer dans l’église) mais les mariées étaient particulièrement choupinettes ! American style, quoi !

Je reviens ensuite en centre-ville faire du lèche-vitrine dans State Street, LA rue des commerçants. Les boutiques plus chics les unes que les autres s’alignent le long de cette artère où déambule la foule. Toutes les vitrines affichent des soldes. Labor Day Sales. Et je finis par comprendre que si y a tout ce monde c’est pas uniquement parce qu’on est samedi mais parce qu’on est samedi d’un week-end de 3 jours et que pour les Américains, c’est jour de fête ! D’où les campings pleins, les caravanes et les camping-cars qui ont envahi la ville et la foule des grands jours !

Après avoir donc fait chauffer ma carte bleue (quoi ? c’est les soldes et j’ai pas fait de shopping depuis près d’un an !), je décide d’aller griller tout court à la plage. Parce que c’est ça la côte Pacifique : il fait hyyyper beau, hyyyper chaud mais y a un vent à décorner les bœufs donc sur la plage… t’es limite frisquet. Pour un peu, on se croirait en Bretagne… y a même les tripotées de gamins qui font de l’optimiste dans le port… Et comme en Bretagne, tu peux pas mettre un doigt de pied dans l’eau : trop froid. D’où la grillade…

Je passe la soirée à admirer le coucher de soleil en grignotant des carottes (mon nouveau régime spécial van) et puis, quand il se met à faire vraiment trop nuit et que, de toute façon, l’heure de fin de tolérance des vans sur les bords de trottoir approche, je retourne me garer dans mon petit coin. Tranquille. Et cette fois, avec ma lanterne, j’ai même le temps de bouquiner un peu avant de sombrer dans le sommeil. Comme à la maison.

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Photos ici.

AL et les petites lignes des contrats

Pour notre dernier petit déjeuner à la Nouvelle-Orléans, on ne renonce pas à nos nouvelles bonnes habitudes : ce sera les énormes assiettes du Ruby’s Slipper Café !

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On prend ensuite la direction de l’aéroport où on rend la voiture en moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire et où démarre la mission « Enregistrer Ses Valises ». Et oui. Parce que c’est pas le tout de vouloir rapporter des cadeaux à toute la famille, les voisins les amis, les voisins des amis… US Airways est intraitable : chaque valise doit peser MAXIMUM 50 livres. Et comme par hasard, ma mère et mon frère en ont une qui pèse 38 livres et l’autre 61… J’ai beau essayer d’argumenter, expliquer que l’un dans l’autre, ça revient au même, rien n’y fait. Les voilà bons pour refaire les valises sur la moquette du terminal… Après plusieurs essais, hourrah ! le défi est relevé et on voit les valises disparaître dans la machine à rayons X un peu plus loin. J’en profite alors pour aller me débarrasser de mon sac chez Delta Airlines. Parce que pendant qu’eux voleront direction Paris, je volerai, moi, dans le sens opposé, direction Los Angeles. Quand on se retrouve un peu plus tard, ma mère est décomposée : pendant que j’avais le dos tourné, les douaniers les ont appelés, ils contrôlent leurs sacs. En même temps, pas loin de 10 pots de confiture planqués dans des chaussures de rando, je sais pas ce que ça donne aux rayons X mais sûr, c’est louche ! Du coup, ils ont brisé les cadenas mais surtout, sous les yeux catastrophés de ma mère, ils ont défait tous les petits paquets qu’elle avait soigneusement emballés et ne les ont pas remis EXACTEMENT à la même place. Y a intérêt que tout arrive sans encombre parce que sinon, j’aimerais pas être à la place de la douanière…

Et puis vient l’heure des au-revoir-rendez-vous-à-Noël-fais-bien-attention-à-toi-travaille-bien-à-l’école et ils disparaissent derrière les portiques de sécurité. Et je me retrouve seule à nouveau. Après les 3 dernières semaines plutôt intenses, ça fait presque bizarre pendant les 20 premières minutes. Et puis, très vite, je reprends mes marques. Moi, il me reste presque 5 heures à poireauter alors je m’installe confortablement en salle d’embarquement et j’entame une première phase de mise à jour de ce malheureux blog que j’avais laissé à l’abandon depuis presque 3 semaines… Oui, je sais, honte à moi. Mais franchement, tenir le blog à jour, rédiger les articles, mettre les photos en ligne, rédiger les légendes… si ça demande déjà pas mal de temps quand je suis toute seule, c’est quasiment mission impossible quand je suis accompagnée ! Enfin, me revoilà, dans une forme olympique et un stock d’histoires à coucher sur le papier impressionnant. Au boulot !

Tant que je suis là à poireauter, j’en profite pour relire la confirmation de location du van que je dois récupérer à Los Angeles. Et oui ! A côté de mon nouveau défi, mes périples australiens et néo-zélandais, c’était de la roupie de sansonnet ! Ce coup-ci, c’est 2 mois que je vais passer dans mon van sur les routes des Etats-Unis entre Los Angeles et New York en passant par le Canada ! THE road trip ! Mais juste alors que je suis sur le point de m’emballer, je remarque dans les petites lignes (celles qu’on lit jamais… évidemment !) que je ne peux récupérer le van qu’entre 11h et 16h30. Or j’arrive à Los Angeles à 19h ! J’appelle donc la compagnie de location qui me confirme que pour ce soir, c’est mort mais que puisque mon van m’attend, je peux me pointer demain matin dès 9h, pas de problème. Bon. Je suis donc bonne pour me trouver un hôtel près de l’aéroport pour cette nuit.

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Arrivée à Los Angeles pile pour le coucher de soleil, je trouve donc une auberge de jeunesse qui propose de venir me chercher à l’aéroport et même de me déposer chez le loueur le lendemain : que demander de plus ? Qu’elle soit propre peut-être… Parce que c’est franchement limite. Mais je ne suis là que pour une nuit, je ferme les yeux… Demain, c’est… ON THE ROAD AGAIN !!

Tallahassee

Après un dernier petit déjeuner made in Denis-le-pirate, on quitte St Augustine. Sans payer notre hôtel. Non pas qu’on n’ait pas voulu payer. Mais ce matin, à l’hôtel, y a que Denis, et lui, il peut pas utiliser la machine à carte bleue. J’essaye de passer quelques coups de fil au propriétaire mais il est malade, il peut rien faire. Moralité, on part sans payer. Mais rassurez-vous, grâce à la technologie moderne et internet, les pirates vont quand même finir par me rattraper…

Aujourd’hui, direction donc Tallahassee, capital city of Florida. Oui, pour ceux qui croyaient que Miami ou Orlando était la capitale de la Floride, vous vous êtes fourrés le doigt dans l’œil. C’est Tallahassee. Evidemment, personne n’a jamais entendu parler de Tallahassee. Bah… c’est normal : y a rien à y voir. Mais avant donc de plonger plein ouest, on s’offre quelques derniers kilomètres le long de la A1A, notre route préférée le long de la côte atlantique. La route court littéralement tout le long de la côte floridienne du nord au sud (ou du sud au nord, tout dépend dans quel sens vous conduisez) et passe par toutes les petites îles ou presqu’îles si jolies qu’on voudrait s’arrêter tous les 500 mètres. C’est comme ça qu’on passe par la Kingsley Plantation, une ancienne plantation de canne à sucre tenue par M. & Mme Kingsley, des Gens de Couleur Libres. Oui parce qu’en Floride, y avait pas que des Blancs qui possédaient des esclaves et qui les faisaient trimer dans leurs plantations. Enfin ça, c’était avant que la Floride ne devienne américaine bien sûr. Parce qu’après, ça a été un peu plus compliqué pour les Gens de Couleur Libres. La ségrégation s’appliquait à eux aussi alors les Kingsley, ils se sont enfuis à Haïti. De la grande époque, il ne reste que la maison des maîtres, en pleine restauration à cause de l’humidité, des termites et des catastrophes naturelles, et quelques cases d’esclaves, en ruines. Et pourtant, avec un peu d’imagination, on s’attendrait presqu’à voir l’Oncle Tom sortir de la grange… Mais en fait, ce sont plutôt des nuées de moustiques qui nous sautent dessus alors on se dépêche de remonter en voiture et on file toujours le long de la A1A.

Un plus plus loin, on arrive à Big Talbot Island. Rien de spécial, c’est juste très joli, y a plein d’arbres morts couchés sur la plage parce que la marée les fait tomber un à un de la dune et avec le ciel au loin qui noircit un peu plus chaque minute (doit y avoir un sacré orage un peu plus loin), les couleurs sont magnifiques.

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Et enfin, ça y est, virage à droite et adieu l’Atlantique ! Enfin… pour cette fois !

Quelques heures plus tard, nous arrivons à Tallahassee. Non seulement, y a rien à voir mais la ville n’est vraiment pas très belle : comme partout, des kilomètres d’avenues le long desquelles s’alignent les fast-foods (faudrait pas que quiconque soit à plus de 10 minutes à pieds d’un McDo ou d’un KFC), les vendeurs de meubles et les stations-services. Du coup, on préfère profiter de la piscine de notre motel avant d’aller dîner dans un petit resto de poisson et fruits de mer. Sur le papier, ça a l’air plutôt sain et diététique. Dans la vraie vie, tout ce que j’avalerai ce soir-là sera frit… le poisson, les frites de patate douce, les okras (un genre de poivron)… tout ! Et tout a beau être très bon, ça finit par être un peu écœurant…

Le lendemain matin, avant de reprendre la route, nous allons visiter le Civic District. Dans chaque capitale d’Etat se trouve le capitole. C’est là que le Gouverneur… gouverne. Et en Floride, on peut rentrer dans le capitole comme dans un moulin (après une bonne fouille à l’entrée quand même). Et on peut se balader là-dedans comme bon nous semble. A tel point qu’on arrive devant le bureau du Gouverneur himself, Rick Scott. Là, juste devant la porte, y a le bureau de son assistante, Christine. Et Christine, ce matin, elle a pas grand-chose à faire alors on papote. Evidemment, elle est venue en honeymoon à Paris et elle a adoooooré… elle pense d’ailleurs accrocher des photos que son mari a prises sur les murs de son bureau, qu’est-ce qu’on en pense ? Bon, pour ce matin, elle est désolée mais on ne peut pas voir l’intérieur du bureau de son patron, il bosse. D’ailleurs, on entend des voix derrière la grosse porte en bois. C’est pas grave, j’étais pas vraiment in the mood pour aller en réunion de toute façon.

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Pour gouverner, Ricky, il est pas tout seul. Quelques étages plus haut, y a la chambre du Congrès (House of Congress) et la chambre des Représentants (House of Representatives). Bon, c’est sûr, ça a moins de gueule que notre Assemblée Nationale mais ils ont de sacrés fauteuils ! Pour finir, on grimpe à l’Observation Deck au dernier étage. De là, on se rend compte que Tallahassee, finalement, c’est pas bien grand et en plus, c’est perdu dans la forêt.

On ressort de là en se demandant à quelle heure ils commencent à bosser les fonctionnaires américains. Parce qu’il est 10h et à part nous et Christine, y a pas grand-monde dans ce building…

Tant qu’on est dans le quartier, on fait également un saut au Old Capitol State, celui qui était utilisé avant de devenir trop petit pour toute cet armée de fonctionnaires fantômes… et puis enfin, au Florida Historical Museum. Là, on apprend qu’il y a très longtemps, y avait des mammouths en Floride (sûrement les retraités qui venaient se mettre au chaud…) et que c’est ici qu’a été inventée la clim. En même temps, ça se comprend…

Cela étant dit, au moment où on reprend la route, il se met à pleuvoir. Et pas un petit crachin breton genre pipi de chat. Oh non ! Plutôt un déluge genre pluie tropicale. Si fort que les essuie-glaces peinent à tout essuyer et que la voiture soulève des gerbes d’eau plus haute qu’elle… impressionnant.

Et c’est toujours sous la pluie qu’on arrive au Wakulla Springs State Park. Ici, on a une chance d’apercevoir outre nos alligators préférés, des tas de jolis oiseaux et même, des lamantins. Mais pour ça, il faut prendre un bateau et vu ce qui tombe, les départs sont pour l’instant suspendus. Alors pour faire passer le temps, on pique-nique à l’abri dans le lodge du parc tout en allant régulièrement demander aux rangers s’ils remettent les bateaux à l’eau. Et la patience finit par payer : on embarque finalement avec tout un groupe de… retraités (sans blague !) et un capitaine à l’accent à couper au couteau. Mais peu importe, les lamantins sont là ! Et ils sont énoooormes ! Et probablement sourds vu qu’ils ne bougent pas à l’approche du bateau… ils sortent juste leur nez pour respirer de temps en temps. Dans l’eau un peu trouble de la rivière, on dirait de grosses quenelles…

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En fin de journée, sur la route de Port St Joe, notre étape pour cette nuit, on s’arrête à l’Indian Pass Raw Bar, un resto dont la spécialité est les fruits de mer et plus particulièrement les huîtres, ulrta réputées dans la région. Crues, au four ou grillées avec du parmesan, y en a pour tous les goûts. Et vu le monde qu’il y a dans cette petite gargote du bout du monde, on se dit que ça doit valoir le détour. Bon, moi, je mange pas d’huîtres mais il paraît que c’était très bon. En repartant, on a droit à un superbe coucher de soleil sur la baie…

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Photos ici.

St Augustine

Ce matin, on décide de creuser la question de Daytona Beach. C’est vrai, après tout, si c’est la World’s Most Famous Beach, on peut bien lui consacrer la matinée. Mais comme nous, les courses de voitures, on s’en fout, on décide d’aller visiter la Angell & Phelp’s Chocolate Factory. Ca au moins, ça nous parle. Quand on rentre dans la boutique, on pourrait se croire chez Willie Wonka. Sauf qu’ici, les chocolats sont en forme de tongs et que la spécialité semble être… les chips et le bacon enrobés de chocolat !!! Gardons l’esprit ouvert et allons visiter les laboratoires de production. En fait de visite, on regarde juste les 3 employés travailler à travers de grandes baies vitrées. Et la gentille dame qui fait le commentaire est très fière de nous expliquer comment fonctionne la machine qui recouvre les chips de chocolat ! Mouais… nous, on a bien vu que les chips, c’est des Lays et mon petit doigt me dit que l’HACCP version US, c’est pas tout à fait la même chose que chez nous… m’enfin bon, on n’est pas là pour faire la fine bouche, on est clairement là pour la dégustation à la fin de la « visite ». Verdict : le bacon au chocolat, bah… ça a le goût de bacon et les Américains, ils mettent bien trop de sucre dans leur chocolat…

Pour éliminer tout ça, on part faire un petit tour sur la plage. Et pour une fois, on trouve la mer… froide ! Enfin, non. Pas vraiment « froide ». Plutôt moins chaude que d’habitude. On se serait bien baignés, tiens ! Sauf qu’on n’a pas le temps. On doit filer un peu plus au nord, direction St Augustine.

St Augustine, c’est rien de moins que la première cité établie par les Espagnols sur le continent américain. Enfin, nord-américain. La ville a donc d’abord été espagnole, puis anglaise, puis à nouveau espagnole, puis finalement américaine quand les Espagnols ont fini par vendre la Floride aux Etats-Unis en 1821. Du coup, la ville a plus de 500 ans d’histoire et d’un point de vue américain, c’est énorme ! Le centre-ville est plein de petites rues étroites où s’alignent les maisons à colombage et avec de jolis balcons en bois. Très espagnol, quoi. Pour une fois, on laisse tomber les motels en périphérie pour s’installer dans la Pirate Haus, en plein dans la vieille ville. Parce que avec tous ces changements de mains et les Caraïbes pas très loin, les pirates aussi s’en sont donnés à cœur joie et font donc partie du folklore. On est d’ailleurs accueillis par Denis, un gentil pirate un peu dur de la feuille qui nous explique que lui, ici, il ne s’occupe que des pancakes du petit déj. Nous, des pancakes, on ne demande pas mieux. Sauf que là, il est 15h, c’est pas vraiment l’heure du petit déj. Plutôt celle de la sieste. Et après le rythme infernal des derniers jours, on s’écroule. On ressort quand même de notre repaire pour aller dîner dans un café cubain de bons sandwiches pleins de légumes et de poulet mariné. Mais ce qu’on ne voulait surtout pas rater, c’est la « meilleure glace du monde » ! Vous avez déjà remarqué comme, partout, ils ont toujours le meilleur truc du monde ? La meilleure plage, la meilleure glace, le meilleur bacon au chocolat… Ils sont forts ces Américains… En tout cas, pour la glace, faut avouer qu’ils se défendent bien. Chez Hyppo, on ne fait que des esquimaux. Mais à des trucs de dingue. Mangue-champagne, Nutella, concombre-citron-menthe… y a tellement de parfums qu’on se dit qu’on va être obligés de revenir avant de partir.

Le lendemain matin, on retrouve Denis pour le petit déjeuner. Quand il dit qu’il s’occupe des pancakes, Denis, il se paye pas notre tête. On a le droit à des pancakes personnalisés avec notre nom (ou presque) dessus et même un pirate !

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Le ventre plein, on part explorer les reliques du passé tumultueux de St Augustine. D’abord le fort. Où un ranger rigolo nous raconte l’histoire des murs en habits d’époque et en suant à grosses gouttes : il porte une veste en laine et il fait pas loin de 30°C ! Puis, le Colonial Quarter, un village reconstitué où des artisans, eux aussi en habits d’époque, continuent à travailler selon les méthodes d’antan. On rencontrera donc un forgeron et un armurier, tous les deux passionnés par leurs métiers et très fiers de l’expliquer aux visiteurs. Et enfin, une vielle école où la cloche continue de sonner et rappelle brusquement à certains que la rentrée, c’est pour bientôt…

Le seul hic, c’est qu’à l’époque, y avait pas la clim. Et que passé 11h, on n’est pas loin de la liquéfaction. On va donc se réfugier dans un resto pour dévorer des tacos et se réhydrater à grandes rasades de limonade. Puis, on repart pour, cette fois, le passé plus récent de la ville, en allant visiter l’université située dans des bâtiments plutôt impressionnants qui datent du début du siècle. Et on se dit que, décidément, les étudiants américains sont bien lotis… ils ont même une piscine !! Nous, on a les tours pleines d’amiante de Jussieu… chacun son style. En revenant vers l’hôtel, on craque pour un petit morceau de fudge chocolat-framboise chez Kilwin’s… on est obligés de le manger rapidement, il fait tellement chaud qu’il nous coule entre les doigts !

En début de soirée, on décide de revenir à la bonne gastronomie américaine : salades, sandwiches, y a que ça de vrai ! Et pour se finir, un petit esquimau de chez Hyppo !

Et après ces 2 jours où, contrairement à ce que vous pourriez croire, on n’a pas du tout passer notre temps à s’empiffrer, il est à nouveau l’heure de boucler nos valises : demain, on quitte la côte atlantique et on file plein ouest…

Photos ici.

Houston ? Où est ma fusée ?

Cette fois, on quitte Pompano Beach pour de bon.  Adieu la piscine plus bleue que bleu, adieu l’immense lit king size où on a failli se perdre et surtout merci Marc et Muriel pour votre accueil chaleureux pendant ces quelques jours. Et en route pour l’aventure !

L’aventure commence par une virée dans le 6ème plus grand mall des USA : Sawgrass Mills Mall. Près de 230 000m² et 350 boutiques. Et en plus, on est samedi. Entre les cadeaux à rapporter pour les uns, les garde-robes à refaire pour les autres et les goûts et les couleurs de chacun, on a beau être là dès l’ouverture, ultra organisés, le plan dans une main et la liste des courses dans l’autre, il nous faudra pas moins de 5 heures pour nous en sortir les bras chargés de sacs. Ex-té-nués. Du coup, on se refait une petite santé en dévorant une salade et une énooorme part de cheesecake avant de tracer la route. Pour de bon cette fois.

Notre première étape est Melbourne. D’abord parce que c’est juste à côté du Pelican Island National Wildlife Refuge et surtout parce que ça nous rapproche de notre objectif du lendemain : Cape Canaveral et le Kennedy Space Center (vous aurez donc compris qu’il ne s’agit pas du Melbourne en Australie…). Mais prenons les choses dans l’ordre. Quand on arrive au Pelican Island National Wildlife Refuge, il est déjà 18h. Pas l’ombre d’un ranger à l’horizon mais on trouve une petite plaquette qui nous indique les chemins où se balader. A vue de nez, on en a bien pour une heure. On enfile donc nos baskets, on se couvre d’anti-moustique (on n’est jamais trop prudent avec ces p’tites bêtes…) et on part d’un pas décidé. 20 mètres plus loin, je fais un bond : une grosse araignée a tissé sa toile entre les arbres qui bordent le chemin et à quelques centimètres près, je m’écrasais la tête dedans ! Courageuse mais pas téméraire, je pousse mon frère devant moi : si quelqu’un doit ouvrir le chemin, ça ne sera pas moi ! Seulement, voilà. L’intégralité des 2,5 miles de notre balade s’effectue entre les arbres et pas moins d’un bon milliard d’araignées a décidé d’élire domicile dans cette allée… Je marche donc, pliée en 2, sursautant au moindre courant d’air et surveillant le ciel d’un œil angoissé. Très reposant, cette balade… Surtout qu’au passage, il n’est pas exclu qu’un serpent ou un crocodile traîne dans le coin. Non, rien à dire, un vrai bonheur… je ne me remets à respirer que lorsque le parking est à nouveau en vue. Et à part ça ? Des pélicans ? C’est qu’on est un peu venus là pour ça quand même ! Et bah oui ! UN pélican ! Aperçu furtivement en plein vol pendant à peu près 2 secondes… J’me demande d’ailleurs bien pourquoi ils appellent ça le Pelican Island National Wildilfe Refuge et pas le Spider Island National Wildlife Refuge… Au moins, les gens sauraient à quoi s’en tenir !

Quand on arrive à Melbourne, il est pas loin de 20h. Le problème, c’est qu’aux Etats-Unis, on ne dîne pas à 20h… non, non, non. On dîne à 18h. Alors quand vous vous pointez dans un resto à 20h30, le regard de la serveuse affiche clairement : «  Non mais sérieux ? 20h30 ? En SEMAINE ? ». Heureusement pour nous, le resto qu’on a repéré est encore ouvert. Bon, y a plus que la moitié des plats à la carte mais l’ambiance est à son plein. C’est un petit resto cubain et ce soir, les clients se relaient à la guitare et chantent de bon cœur. Finalement, on finit plutôt bien la soirée.

Le lendemain, on se réveille aux aurores. On a rendez-vous avec l’Histoire… OK, elle a déjà été écrite mais quand même ! C’est tout de même de là qu’on a envoyé des gens marcher sur la Lune ! A notre arrivée au Kennedy Space Center, on est accueillis par un immense logo de la NASA… pour un peu, on aurait l’impression qu’on va apprendre des tas de trucs classés secret défense ! En fait, le premier truc qu’on apprend, c’est que l’entrée coûte 50 dollars par personne. Wow ! Ça coûte cher d’envoyer des types en orbite !! La vérité, c’est que finalement, ça les mérite. Entre les shows, les expos et toute l’histoire de la station spatiale internationale, il faudrait pouvoir y passer 2 jours. C’est vraiment bien fait, interactif avec des simulateurs d’entraînement pour petit astronaute deviendra grand, et quand on rencontre de vrais astronautes (du genre qui ont vraiment marché sur la Lune ou qui ont joué au ping-pong en apesanteur), le gars a beau l’air d’être tout normal (voir même un peu dégarni), la salle entière le regarde avec des yeux pleins d’étoiles… très chouette.

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En fin d’après-midi, on finit par le Astronaut Hall of Fame, une longue galerie avec tous les astronautes américains qui se sont fait envoyer là-haut. Y en a qui y sont allés jusqu’à 7 fois !! Ça doit devenir la routine, quoi ! Bon, clairement, si t’es américain, tu ressors de tout ça avec le patriotisme gonflé à bloc. Et si t’es français, bah… tu te dis que même si nous, on n’a envoyé personne sur la Lune, c’est quand même notre fusée Ariane qui envoie le plus de satellites en orbite ! Et toc !

Après s’être convaincu que décidément, l’univers est immense et on est tout petits, on a poursuivi notre route vers Daytona Beach. The World’s Most Famous Beach, qu’ils disent. Moi, je savais même pas que ça existait avant d’arriver là… En fait, y a une course automobile qui est née ici, sur la plage. Parce que la plage fait pas loin de 10kms. Une belle bande de sable blanc en ligne droite. Ça pourrait être assez sympa si ce n’est que tout le long de la plage se sont construits des hôtels plus hauts les uns que les autres et que ça finit par ressembler à La Grande Motte. Bon, nous, on s’en fout un peu. On est là juste pour la nuit. Et en plus, on trouve le plus parfait petit dinner qui soit.

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Du coup, on finit notre journée dédiée la gloire des USA par un burger, des frites et un énorme milkshake… yummy, yummy !!

Photos ici.

Robert, Ernest, Thomas, Tom et les alligators

Nous voici donc prêts pour le grand départ ! Enfin, le grand départ… appelons plutôt ça un galop d’essai. 3 jours pour faire le tour du sud de la Floride avant de revenir à Pompano.

Notre première étape est Key West. The southernmost point of continental USA. Evidemment, y a plein de choses intéressantes à faire sur la route des Keys. D’abord, y a Robert. Et il est où, Robert ? Et bah… Robert is here ! Here, pour être plus précis, c’est Florida City. A Florida City, soyons honnêtes, y a rien à voir. Mais y a Robert. Et ça doit franchement valoir son pesant de cacahuètes parce que des cars entiers de scouts s’arrêtent devant chez lui. Alors nous aussi.

Bon, en fait, Robert, il vend des fruits. Entiers, en morceaux, en confiture… t’as l’embarras du choix. Et puis, surtout, il fait des smoothies. Dont la réputation n’est plus à faire vu la longueur de la file devant le comptoir ! Ça tombe bien, on est morts de soif (il fait pas loin de 95°…) alors on opte pour un fraise-passion et un key lime. Parce que le key lime, c’est un peu la spécialité de la région. C’est un citron qui est tout petit, vert dehors, blanc dedans et avec un goût qu’on va avoir du mal à définir : « Non, c’est pas comme du citron vert mais c’est pas comme du jaune non plus… ah ! je sais pas ! y a trop de sucre, j’me rends pas compte ! ». Bref, 2 smoothies, 1 mangue et une photo avec Robert plus tard, nous voilà repartis. Direction la ferme d’alligators.

Bah oui, on est quand même dans la région des Everglades ! Je sais pas pour vous mais moi, quand on dit Everglades, mon cerveau se met à jouer le générique des Experts – Miami et je vois des air boats qui fendent les marais à 100 à l’heure en évitant les alligators et Horacio qui enlève ses lunettes en penchant sa tête sur le côté avant de dire… ouais, on sait pas bien ce qu’il va dire mais ce qui est certain, c’est qu’il va coffrer les méchants. Bref, autant dire qu’on est pas là pour cueillir des marguerites mais bien pour se frotter aux longues et sournoises dents (si, des dents aussi ça peut être sournois) de ces jolies bêbêtes… Mais comme on est en saison des pluies (encore ?? oui, encore…) les marais sont hauts et ces messieurs-dames les alligators se planquent assez facilement derrière les hautes herbes. Afin donc de se familiariser avec les bestioles pour mieux les repérer en milieu naturel, on va d’abord voir de quoi il retourne dans une ferme. Là, y en de toutes les tailles, de toutes les sortes (oui, y a plusieurs sortes) mais ils ont tous un point commun… on laisserait pas négligemment traîner sa main de l’autre côté de la clôture. C’est que ça n’a pas l’air bien vif posé là, au soleil, en pleine digestion, sans même battre des paupières. Mais suffit d’un pet de mouche mal placé et hop hop hop ! un grand coup de queue et un claquement de mâchoire plus tard, l’importun a disparu laissant place à un grand sourire plein de dents… A propos de bouches et d’alligators, vous connaissez l’histoire de la grenouille à grande bouche ? Je ne vais pas vous la raconter là mais à l’occasion, pensez à me la demander, je la fais super bien.

Bref, après s’être extasié devant les petits, les moyens et les gros et s’être fait bien peur devant la dépouille de près de 4 mètres d’un vieil alligator de près de 70 ans (c’est que ça vit longtemps ces p’tites bêtes si c’est bien nourri, hein !), passons à l’action. Et nous voilà à embarquer sur un des fameux air boats pour un petit tour sur le marais… Un peu attrape-couillon mais pour un peu, j’aurais cru que c’était Horacio himself qui conduisait le bateau. Et la chasse fut bonne : pas moins de 6 paires d’yeux qui émergent de l’eau suivies de leurs incomparables sourires et une démonstration de glissade sur hautes herbes accompagnée de rinçage complet à l’eau marécageuse… que demander de plus ?

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Mais c’est pas tout, on a de la route à faire et quelle route ! Près de 165kms de route et 42 ponts sur la mer reliant entre elles les îles des Keys… Le paysage est fabuleux et on se dit que ça a dû être un sacré chantier de construire ce ruban d’asphalte… et qu’avant ça, ça devait être une sacrée expédition de se rendre à Key West !

En tout cas, nous, on arrive just on time pour le coucher de soleil. Soi-disant un des must en terme de coucher de soleil. Mouais… certes, c’est pas mal, mais à cette époque de l’année, le soleil se cache juste derrière une petite île plutôt que de s’abîmer dans l’océan alors ça frustre un peu. Une fois le soleil disparu, la foule s’éparpille dans les rues le long du port où s’alignent les bars et les restos qui servent tous les meilleurs fruits de mer du coin : comment faire son choix ? On finit par trancher : ce soir, ce sera dégustation de key lime pie, LA spécialité de Key West.  On se rend donc chez Kermit’s (non, pas la grenouille), réputé faire la meilleure key lime pie du monde. Mais là, même la bouche pleine, toujours aussi difficile de savoir exactement quel est le goût du fameux key lime… trop de sucre, trop de crème fouettée, on reste sur notre faim. Enfin, pas vraiment, on n’en peut plus mais pour le key lime, ça reste un mystère.

Le lendemain matin, place à la culture. Parce qu’à Key West, y a pas que des vieux plein aux as, des kékés qui se la pètent et des gens bizarres qui veulent te tirer les tarots. Non, non, non. Fut un temps, y avait du beau monde… Ernest Hemingway y a passé une bonne dizaine d’années avec sa deuxième femme et ses 60 chats. Non, c’est pas une blague. 60. Et en plus, ces chats ont la particularité d’avoir 6 griffes à chaque patte. « Ont » parce que des chats, y en a toujours plein la baraque. Et pour ceux qui l’ignoreraient, un chat, normalement, ça a 4 griffes à chaque patte. Autant dire que quand il en a 6, il est un peu encombré. Enfin ceux-là, ils ont pas l’air malheureux à se vautrer sur tous les fauteuils et les lits de la maison alors qu’il y a plein de panneaux interdisant aux touristes épuisés de ne serait-ce que penser à poser une fesse sur une chaise…

Enfin pour nous, pas trop le temps de traîner. Il faut refaire toute la route dans l’autre sens puis traverser tous les marais jusqu’à Fort Myers. En route, on s’arrête quand même dans la Shark Valley qui fait partie du parc national des Everglades. Comme son nom l’indique, ici, y a pas l’ombre d’un requin mais plutôt un bon paquet de nos amis les alligators… Cette fois, c’est à bord d’un petit bus qu’on longe le marais. L’eau est à moins de 30cms, frisson garanti quand les hautes herbes se mettent à trembler  à notre approche ! Mais aujourd’hui, la chasse est moins fructueuse : on n’aperçoit « que » 3 bébés d’à peine 50cms de long. Par contre, on est gâtés côté oiseaux. De très grands hérons et des tas d’aigrettes de toutes les couleurs chassent en cette fin d’après-midi et surveillent le marais depuis le sommet des bosquets. Et pas l’ombre d’un moustique à l’horizon alors qu’on nous avait promis un massacre dans les règles !

En quittant la Shark Valley, notre œil affûté repère une masse sombre le long de la route. Un alligator a du essayer de faire du stop. Ça a foiré.

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Au matin du 3ème jour de notre périple, on continue notre tournée des grands hommes. Aujourd’hui au programme, les résidences d’hiver des Messieurs Edison et Ford qui étaient non seulement amis mais voisins. Ces 2 grands inventeurs avaient établi leurs quartiers d’hiver à Fort Myers parce qu’au début du siècle dernier déjà, on savait qu’il valait mieux passer l’hiver en Floride que dans le Montana (quoique je doute qu’ils aient jamais mis les pieds dans le Montana mais bon…). Du coup, ils se sont fait bâtir de charmants bungalows le long de la rivière et Edison, entre l’invention de l’ampoule et du phonographe, a mené tout un tas de recherches sur le caoutchouc pour que son pote Ford puisse fabriquer à grande échelle des pneus pour ses bagnoles. Il est pas trop sympa, cet Edison ?

Tant qu’on est dans le coin, on va ensuite faire un petit tour à la Six Mile Cypress Slough Reserve. On se dit qu’il est temps qu’on chasse l’alligator par nous-mêmes. Mais visiblement, on n’est pas encore suffisamment entraînés. On a beau fixer les marais à s’en crever les yeux en essayant de ne pas se liquéfier sous le cagnard, on n’y trouve que des tortues. Et un petit lézard tout rouge. Mais on ne se laisse pas abattre pour autant ! On file à Naples (oui, Naples) où on s’empiffre de frites de patate douce accompagnées, bien sûr, de nos premiers burgers. Et pas n’importe quels burgers ! Les burgers de chez Brooks Gourmet Burgers. Sur la carte, y a même un doughnut burger, un burger entre 2 doughnuts… mais on n’ose pas. C’est tout juste s’il ne faut pas nous rouler pour ressortir. Pourtant, on trouve encore le courage (si, c’est du courage !) d’avaler une petite (toute petite !) glace après avoir bavé sur la vitrine pleine de pommes au sucre et de fudge de chez Kilwin’s. Ah, le fudge… je sais pas avec quoi c’est fait mais à la 4ème bouchée, je pense qu’on est bon pour un triple pontage !

Avant de reprendre la route, on fait tout de même un petit tour sur la plage. Des kilomètres de sable blanc que viennent lécher les vagues du Golfe du Mexique… L’air est brûlant, le sable est brûlant, l’eau est plus que chaude, on se demande bien comment font les gens étalés sur leurs serviettes pour ne pas tirer la langue… Le temps de remonter en voiture et un énorme orage éclate faisant s’abattre des trombes d’eau jute derrière nous ! Des éclairs zèbrent le ciel, le tonnerre roule au-dessus de nos têtes… impressionnant ! Mais on est déjà loin. On file vers Pompano où nous attendent la piscine et un bon dîner entre amis. Demain, on repart pour de nouvelles aventures…

Photos ici.

Maillami baby !!

Ce matin, le réveil sonne à 5h30. Non pas parce que j’ai un avion à prendre (quoique si, mais mon avion est à 12h30, pas la peine de s’énerver…). Non pas parce que c’est le réveil du voisin qui me jette hors de mon lit. Non. Simplement parce qu’à 6h, y a une coupure d’eau dans toute la ville et que si tu veux prendre une douche et te laver les cheveux, bah… c’est maintenant. Du coup, à 6h, je me retrouve prête pour le petit-déj sauf que, pas de bol, le petit déj, c’est pas avant 7h… Bon, de toute façon, aujourd’hui va être une journée consacrée à l’attente et à l’ennui donc autant s’y mettre tout de suite !

Parce que oui, au programme aujourd’hui, un vol pour Miami et de très longues heures à poireauter. Avant, après, pendant… on ne compte plus. Mais tout ça dans un but précis et ô combien exaltant ! Parce que ce soir, à Miami, je récupère mon frère et ma mère, je les embarque dans la voiture (oui, on a loué une voiture) et c’est parti pour presque 3 semaines à travers le sud-est des Etats-Unis ! Yeehaa !!

Alors pourquoi aller en Floride me direz-vous ? C’est vrai, c’est plein de retraités, de moustiques, d’alligators, j’en passe et des meilleurs, il y fait une chaleur à crever (particulièrement au mois d’août) et Maillami est la capitale du bling-bling… sur le papier, ça ne remplit pas tout à fait tous les critères auxquels je vous ai habitués. Mais justement, il était temps de voir quelque chose de différent. Et puis, ce côté des Etats-Unis, j’y ai jamais mis les pieds, c’était l’occasion. Alors adios Costa Rica, hello USA !

Mais avant de nous embarquer pour un road trip sur les chapeaux de roues (c’est bien le problème avec les gens « en vacances »… ils n’ont jamais que 3 semaines devant eux, pas de le temps de traînasser), on va profiter quelques jours de l’hospitalité d’amis de ma mère qui ont un appartement à Pompano Beach. Rarement entendu un nom de ville qui sonne plus soleil, plage et minettes en bikini et pourtant… c’est plutôt le Wisteria Lane de Maillami. A part un soupçon d’alligator qui rôde autour de la piscine, rien ne vient troubler la tranquillité de ce petit patelin. On y passe donc quelques jours histoire de se remettre du décalage horaire pour les uns, de faire un peu de lessive pour les autres et d’organiser un peu notre périple. On commencera doucement avec une petite balade le long de l’océan à Fort Lauderdale et un bon resto dans la marina à Lighthouse Point, puis on accélèrera franchement le rythme avec une grosse journée dans la fameuse Maillami, à arpenter la ville le nez en l’air pour admirer les buildings art déco (tout n’est pas moche à Maillami, loin de là et c’est plutôt une bonne surprise) tout en essayant de ne pas fondre sur place (quoi ? il fait 90 degrés ! c’est pas moi qui invente, c’est marqué partout !).  Et puis bien sûr, une fois qu’on aura bien mal aux pieds, on ira s’étaler sur le sable de South Beach (oui la South Beach de Maillami Beach), là où les mecs bodybuildés au point qu’ils ne peuvent plus marcher avec les bras le long du corps partagent le sable avec des minettes tatouées de la tête aux pieds et quelques familles suréquipées (parasol, chaises avec porte-gobelet, glacière… rien ne manque) et où l’océan est si chaud qu’on a du mal à croire que c’est bien l’Atlantique. L’Atlantique mes amis ! Une première dans le AL’s World Tour ! Cela étant dit, après une journée à crapahuter dans la fournaise, la baignade est loin d’être désagréable. Et pour finir notre journée en beauté, on ira s’offrir quelques bonnes tranches de bœuf chez Fogo de Chao, une steakhouse brésilienne qui ferait bien d’ouvrir une succursale à Paris

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Et déjà, il est temps de reprendre la route. Le sud de la Floride nous attend. Parce que de la faune extraordinaire du coin, nous, pour l’instant on n’a vu que la jeunesse dorée qui roule en Hummer limousine rose, les basses faisant vibrer le trottoir et une coupe pleine de bulles à la main. Alors certes, c’est déconcertant mais ça manque d’un petit « je ne sais quoi » comme ils disent par ici…

Photos ici.

Passe moi l’sel !!

A 5h pétantes, Josselin, Justine, Papa et moi, on est debout sur le trottoir à trépigner d’impatience en attendant que passe nous chercher le minibus qui nous emmène à la frontière bolivienne. Aujourd’hui, on part pour le Salar d’Uyuni, facilement dans le top 5 de ma liste d’endroits à aller voir pendant ce voyage.

Les rues sont plongées dans le noir, les étoiles constellent encore le ciel, on aperçoit même un bout de voie lactée. Quelques chiens errants et fêtards bien imbibés errent dans les rues et passent devant nous en se demandant bien ce qu’on fait là avec tout notre barda. A 5h30, le minibus arrive enfin. Il termine la tournée de la ville pour récupérer les petits chanceux qui traverseront leSud Lipez ces 2 prochains jours et à 6h, on quitte enfin San Pedro de Atacama.

A cause des chutes de neige des derniers jours, on ne peut plus passer la frontière comme prévu à côté de San Pedro mais il nous faut remonter jusqu’à Ollague, 300kms plus au nord. 300kms, 3 heures. Dont 2 à une vitesse folle sur une piste crevée de nids de poule où tu te dis que finalement, c’est bien que tu aies zappé le petit-déjeuner… Le paysage est déjà incroyable : des volcans, des montagnes gigantesques au sommets saupoudrés, des grandes plaines dorées et ici et là, une voie de chemin de fer qui serpente.

Vers 11h, on atteint le poste frontière chilien. Parce qu’avant d’entrer en Bolivie, faut déjà qu’on sorte du Chili. Mais apparemment, on n’est pas les seuls à avoir envie de sortir ce jour-là. On se fait donc une bonne heure de queue pour obtenir le précieux tampon de sortie avant de remonter dans le minibus et de parcourir 2 kilomètres supplémentaires. Là, au beau milieu du no man’s land, une bonne vingtaine de jeeps de différentes agences attendent sagement leurs clients. Avant d’entamer l’aventure bolivienne, on a donc le droit à un petit-déj (il est midi mais dans la vie, faut pas se laisser abattre) avec notre premier maté de coca, une infusion de feuilles de coca, bien connues pour être l’ingrédient de base de la cocaïne mais utilisée partout dans les Andes pour ses propriétés médicinales aidant à combattre le mal des montagnes. La coca, tu la bois ou tu la chiques. Nous, on commence par la boire. C’est bizarre, pas très bon, moi je trouve que ça a un vieux goût d’herbe coupée mais bon, on est là pour découvrir la culture locale, pas pour faire une critique culinaire… Et puis l’air de rien, on est déjà à 4000m et on ne plaisante pas avec ces choses-là.

On fait alors connaissance avec notre chauffeur pour les 3 prochains jours, Jaime. Jaime, il parle espagnol, quelques mots d’anglais et basta. Mais il a l’air super sympa et une fois que nos sacs sont chargés et emballés sur le toit de la jeep, on part pour le poste frontière bolivien. Bizarrement, côté bolivien, y a personne. Alors, juste le temps d’une petite photo…

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… et en voiture Simone ! Dans la jeep, on est 6 : notre équipe de choc et 2 Américains, Kim et Matt. 7 avec Jaime. Rapidement, on se rend compte qu’on a bien de la chance d’être tombés sur Jaime. Il conduit bien, nous raconte plein de trucs sur ce qu’on voit et quand vient l’heure du déjeuner (non, on ne passe pas notre temps à s’empiffrer, c’est juste qu’on avait pris un peu de retard sur le breakfast time) au bord d’une lagune à flamants et qu’on retrouve les autres jeeps, on a de loin le meilleur menu. Chaque chauffeur s’occupe de ravitailler son équipage. A chaque pause, il font le tour des voitures, vérifient que tous les pneus sont encore bien gonflés et que les plaquettes de frein ne sont pas collées quelque part où elles ne devraient pas être (ce qui arrive à une autre jeep au bout de 20 minutes). On passe ainsi l’après-midi à traverser le Sud Lipez vers le sud jusqu’au coucher du soleil sur la Laguna Colorada, une lagune rouge sang à cause des microalgues qui vivent dedans. Une fois que la nuit est tombée, il nous reste encore à rallier notre refuge pour la nuit, quelque part au milieu de ce désert. Et déjà que normalement la nuit dans le désert c’est froid, mais à 3800m, la nuit dans le désert ça caille sévère. Jaime, lui, il s’en fout, il a enfilé un pyjama intégral en fourrure mais nous, à l’arrière de la jeep, on rigole moins. On arrive quand même à négocier qu’il nous mette un peu de chauffage. Pour ça, faut s’arrêter, ouvrir le capot et tripoter des trucs dessous… c’est normal. Peu importe, au bout de 10 minutes, ça va déjà mieux. Par contre, Jaime, tout engoncé dans sa combinaison en pilou-pilou, il crève de chaud. Bah la prochaine fois, il nous fournira le pilou-pilou, hein !

On arrive donc vers 20h dans le village (12 bicoques à tout casser) où on doit passer la nuit. Là, on a droit à une bonne soupe brûlante et une plâtrée de spaghettis sauce à l’ail… Comme Jaime n’a pas prévu d’animation pour la veillée, on va donc se coucher vite fait après. De toute façon, sous les tonnes de couvertures, c’est le seul endroit où il fait une température acceptable. Parce que non, y a pas de chauffage. Y a pas d’eau chaude non plus et les toilettes sont à l’extérieur, autant dire que t’as pas intérêt à avoir envie de faire pipi au milieu de la nuit, le risque de surgélation instantanée est bien trop élevé.

Le lendemain matin, après un petit-déjeuner de rois (pancakes et manjar, la version occidentale du dulce de leche argentin), on retrouve Jaime et on repart pour une journée de balade entre gros cailloux aux formes bizarres, lagunes envahies de lamas et de gros lapins à queues d’écureuils et montagnes toujours aussi somptueuses. Toutes les jeeps s’arrêtent plus ou moins aux mêmes endroits. Mais Jaime, il sait bien que nous, on n’aime pas ça. Alors à chaque fois, il prend des routes un peu différentes et nous arrête dans des coins où y a personne. La veille au soir, au refuge, on a entendu des gens qui se plaignaient de leur chauffeur qui ne leur parlait pas et qui roulait comme un dingue. Nous, on est bien contents que le hasard fasse bien les choses. En plus, Jaime, il a un iPod plein de super musique bolivienne, c’est la fête. Bref, on roule dans le désert pendant des heures  et en fin de journée, on arrive au bord du fameux salar, devant un hôtel de sel. Jaime a eu beau faire tout ce qu’il pouvait, on n’est arrivé qu’en second. Un hôtel de sel, c’est un hôtel où les murs, le mobilier et le sol sont en pierre de sel. J’y croyais moyen, j’ai voulu vérifier, j’ai léché un mur. C’était bien salé. On a juste eu le temps d’aller admirer le coucher du soleil avant de se retrouver plongés dans la nuit noire et glaciale… Alors on a vite avalé le dîner que Jaime nous avait préparé avant d’aller se glisser entre nos draps en polaire sous une bonne tonne de couvertures.

Ce matin, à 4h30, quand le réveil sonne, on ramasse vite fait nos affaires et on rejoint Jaime pour charger la jeep. Dehors, tout le monde s’agite pour partir au plus vite, lampe frontale vissée sur le front parce qu’à cette heure-ci, le générateur n’est pas en route. Ce matin, il faut partir de bonne heure pour aller voir le soleil se lever au milieu du salar. Alors après une petite heure à rouler à tombeau ouvert en se demandant bien comment Jaime fait pour trouver la route vu qu’il n’y a pas l’ombre d’un panneau ou d’une piste à l’horizon, on finit par s’arrêter, comme ça, d’un coup, au beau milieu d’un grand terrain plat dont on sait qu’il va être immense et blanc mais dont on ne devine que les quelques mètres qui nous entourent pour l’instant. Il fait froid, très froid. Mais doucement, les premières lueurs éclairent l’horizon et peu à peu, le salar apparaît… Et là, c’est… blanc, ok, immense, ok, mais c’est surtout… fantastiquement indescriptible. Voilà, le salar d’Uyuni, c’est ça.

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C’est complètement dingue. Quand on gratte un peu le sel, qu’on casse la croûte, un peu comme celle d’une crème brûlée, on trouve de l’eau. Et plein de gros cristaux de sel. Et puis en dessous, on trouve encore du sel et puis un peu de terre et encore du sel et de la terre et ainsi de suite sur parfois jusqu’à 40 mètres d’épaisseur. Alors on reste là, à photographier tout ça sous toutes les coutures, en râlant parce que les photos ne rendent pas compte de la réalité et parce que c’est encore bien plus beau en vrai. Alors on finit par juste regarder et regarder encore à s’en brûler les yeux…

Au bout d’un moment, Jaime, qui lui, vient regarder le spectacle 3 fois par semaine et qui commence à être un peu blasé, nous force à remonter en voiture et nous emmène jusqu’à l’autre bord du salar où des paysans boliviens exploitent le sel. Le boulot est crevant, les conditions hyper difficiles et ça ne rapporte pas grand-chose alors ils ne bossent que le strict minimum et le reste du temps, l’usine de conditionnement ne fonctionne pas. Nous, on trouve ça joli tous ces petits tas de sel mais c’est vrai que ça doit pas être rigolo.

Notre dernier arrêt avant Uyuni est le fameux cimetière de trains à côté de la ville. Il y a des années, un train reliait Uyuni à Antofagasta (sur la côte chilienne). Depuis près de 40 ans, on a abandonné le train (probablement bien trop cher à entretenir entre le sel, le sable, les Andes  et les températures glaciales). Depuis, des tas de vieux trains rouillent et s’enfoncent gentiment dans le sable au milieu de ce qui ressemble plutôt à un grand terrain vague. On comprend pas bien pourquoi c’est si fameux et apparemment, Jaime non plus. Et puis il nous dépose finalement à Uyuni. Là, notre premier objectif, c’est de trouver des billets dans un bus pas trop pourri qui part le soir même pour La Paz. Kim et Matt, les 2 Américains qui partagent notre jeep depuis 3 jours sont dans le même cas que nous. On arrive à trouver notre bonheur et on se retrouve tous les 4 sur le trottoir à devoir s’occuper pendant les quelques heures qui nous restent avant le départ du bus. Alors on traîne, du Mac internet café à l’Extreme Fun Pub, on finit par dire au-revoir à Josselin et Justine qui repartent côté chilien le lendemain et à l’heure dite, on grimpe dans le bus où on s’empresse de récupérer des couvertures (y en a pas pour tout le monde). Et au moment où le bus démarre, on se dit qu’on a bien fait de pas prévoir de rester plus longtemps à Uyuni, c’est vraiment trop déprimant comme ville.

Photos ici.

Christchurch, la ville fantôme

Après avoir jeté un dernier coup d’œil par-dessus mon épaule et poussé un dernier soupir (pfff… qu’est-ce que c’est… oui, bah, c’est bon, on a compris !), Ben et moi, on a repris la route, direction Akaroa.

Akaroa, c’est un petit village tout au bout de la péninsule de Banks, à une heure de Christchurch. C’est là que j’ai décidé de passer ma dernière soirée en tête à tête avec Ben. Parce que oui, ça y est, après 18 nuits (un record de longévité dans le même lit en ce qui me concerne), il va être temps de nous séparer. Après avoir roulé le long de la côte toute la journée, on débarque donc à Akaroa. Et là, surprise, tous les noms des hôtels sont en français (Chez La Mer), tout comme les magasins de souvenirs (Pot-Pourri), et même les rues (Rue Jolie). C’est qu’en fait, Akaroa a été la première colonie française en Nouvelle-Zélande après que le capitaine Jean  Langlois l’eut achetée aux Maoris en 1838. 63 colons furent alors envoyés en 1840 mais seulement quelques jours avant leur arrivée, les Anglais paniqués, plantèrent leur drapeau sur la péninsule et y déclaraient la souveraineté de la couronne britannique. Si les Français étaient arrivés 2 semaines plus tôt, la face de la Nouvelle-Zélande en eût été changée… Ils s’installèrent quand même à Akaroa mais en 1849, leurs terres furent revendues à la New Zealand Company (qui gérait déjà tout le reste) et de nombreux colons britanniques arrivèrent. Reste que la ville garde un petit parfum nostalgique de son ancienne nationalité.

En soit, la ville n’est pas extraordinaire mais la route pour y arriver vaut vraiment le détour. Une petite route de montagne qui serpente sur les pans du volcan qui forme la péninsule, des à-pics sur des criques désertes de sable blanc, des oiseaux à la pelle, des moutons partout et en toile de fond, le Pacifique sud… Pfff… oui, bon, ça va, on a dit !

Le lendemain matin, après avoir refait mon sac (j’avais presque failli oublier comment il fallait empiler tout mon foutoir dedans pour que ça ferme du premier coup, dis donc !), passé un petit coup de balayette à l’intérieur de Ben et vidé le frigo, on a donc pris, la mort dans l’âme, la direction de Christchurch. Mais pour faire durer le plaisir, plutôt que de prendre la même route que la veille, j’ai décidé de passer par le nord de la péninsule pour jeter un œil à 2 ou 3 petites criques merveilleuses qui bordent la route. Enfin… la route. Le chemin plutôt. Parce qu’en fait, les bétonneuses ne sont jamais arrivées jusqu’ici et c’est donc sur un petit chemin d’abord en gravier puis en terre et qui se rétrécit à vue d’œil que je me retrouve. J’y croise quelques possums (morts, comme d’habitude, de toute façon, ces bestioles ne naissent que pour se retrouver en format galette sur un bord de route), une flopée de moutons mais heureusement, aucun autre véhicule. Je me dis juste que c’est vraiment pas le moment de crever parce que personne ne pourra venir me chercher là et à tous les coups, mon téléphone ne capte pas. Mais après une bonne heure à grimper péniblement le long du volcan, on finit par retrouver une route, une vraie, et on avale les derniers kilomètres jusqu’à Christchurch.

Là, je claque une dernière fois la portière de Ben, je rends les clés et je remets mon sac sur mon dos (ça aussi, j’avais failli oublier…). Et à un jet de bus de là, je me retrouve dans le centre-ville de Christchurch.

Christchurch, comme son nom l’indique, a été fondée en 1850 comme une colonie de l’Eglise britannique. Jusqu’au début du XXIème siècle, c’était la deuxième plus grande ville du pays. En septembre 2010, un séisme de magnitude 7,1 sur l’échelle de Richter secoua la ville. Les dommages furent gigantesques et miraculeusement, personne ne fût tué. Mais 6 mois plus tard, en février 2011, un deuxième séisme ébranla la ville et cette fois, 185 personnes y perdirent la vie. Depuis, la région a été régulièrement victime d’assez forts tremblements de terre : en juin 2011, décembre 2011 et janvier 2012. Depuis, l’activité sismique semble s’éloigner dans le Pacifique et diminuer en intensité. Christchurch est donc en pleine reconstruction. Toute la ville. Partout. Tout un quartier est même complètement inaccessible. La cathédrale, symbole de la ville, a été démolie après plusieurs tentatives de rénovation. Le tramway ne circule plus. La plupart des boutiques sont fermées et ont été relogées dans des containers le long de la rue piétonne.

D’ailleurs, il n’y a personne. C’est comme si tout le monde avait fui la ville et laissé ces grandes rues à l’abandon. Je croise juste quelques familles au Botanic Garden, quelques étudiants à la terrasse des cafés-containers mais il règne ici une ambiance très particulière…

Du coup, c’est sans regret que je rentre faire mon sac (encore…) et me plonger dans le Lonely Planet du Chili. Mañana es una nueva aventura !

Photos ici.