PCT Day 12 : Paradise Valley Café 

du Mile 149 à Idyllwild (mile 179)

Y a eu énormément de vent cette nuit mais la tente tient hyper bien. Ca n’a pas empêché la poussière de rentrer partout et j’essaye de vider mon sac de couchage avant de le ranger. Je matin, je zappe le petit déj. Pas le temps. On est à seulement 4 miles du Paradise Valley Café, réputé pour servir les meilleurs burgers du trail. Et après, on fera du stop jusqu’à Idyllwild où on a prévu de passer notre premier zéro. Un zéro, c’est un jour où tu fais zéro mile. Tu marches pas. C’est comme un RTT.

Bref, on est tous super pressés d’arriver au café. On a même fini par convaincre Emily de venir avec nous à Idyllwild et de ne pas faire le détour imposé par la fire closure autour de Idyllwild. Oui, on a choisi de skippé 10 miles de trail. Les puristes s’exclameront donc qu’on n’est pas des vrais thruhikers puisqu’on ne marche pas tous les miles du trail mais franchement, ça ne me fait ni chaud ni froid. Et aux autres non plus d’ailleurs. La perspective de passer presque 2 jours complets en ville tous ensemble est bien plus attrayante.

De bon matin et avec le vent toujours bien présents, il fait vraiment super froid et je suis bien contente d’avoir garder mes gants et de ne pas les avoir envoyés à Kennedy Meadows. Le petit dej en terrasse au soleil est un vrai délice. Ils ne servent pas les burgers avant 11h mais l’omelettre au fromage et à l’avocat est un délice…

Une fois les estomacs remplis, on se met au stop. Quelqu’un propose d’emmener 3 d’entre nous en ville contre 10 dollars par personne. Il est encore tôt, je décide de tenter ma chance avec Spider et Josh. Les gens ont l’habitude de voir des hikers sur cette route et s’arrêtent facilement. On va avoir 3 rides différents hyper sympas. Pour un de nos chauffeurs, c’est la première fois qu’il prend des auto-stoppeurs. « Avec vos sacs à dos et vos down jackets, j’ai tout de suite reconnu que vous étiez des hikers !! »

Quand on arrive à Idyllwild, les autres sont déjà arrivés et nous ont trouvé un cabin de luxe pour 9 personnes pour 450 usd et pour 2 nuits. Une maison entière, rien que pour nous. On sautille de joie.

Après, c’est juste un town day ordinaire. Prendre une douche, faire des courses, glander devant la télé, aller à la poste, boire des bières, acheter un pull au thrift shop pour 1 dollar pour avoir quelque chose à se mettre sur le dos pendant qu’on fait la lessive, manger des bonbons allongée sur le tapis devant la cheminée… On regrette pas une seconde de ne pas avoir fait les 10 miles manquants…

PCT Day 11 : Une journée ordinaire dans le désert 

du Mile 131 au Mile 149

Aujourd’hui, c’était juste une journée ordinaire dans le désert. J’ai vu 2 rattle snakes (serpents à sonnettes) et j’ai presque pas eu peur.

Y a vraiment pas beaucoup d’eau dans le coin mais on peut compter sur les water caches maintenues par des trail angels. A la première cache, il y a un registre. Dedans on trouve un petit mot de Bee, une hikeuse allemande qu’on n’a pas vu depuis plusieurs jours, à notre attention. « Spider, Josh, Urs, Emily, Graeme, Anne Lise… we miss you ! » Elle est passée par là la veille. On est contents de se dire qu’on va la recroiser bientôt.

Un peu plus loin, il y a une autre cache. Là, comme c’est pas très loin de la route, y a même une glacière avec des sodas, une table de pique-nique et une mini bibliothèque au cas où on aurait envie de faire une pause culture.

Depuis quelques jours, j’ai pas très faim. Faut dire qu’il fait vraiment chaud et que les menus ne sont pas très variés. D’ailleurs, faut que j’arrête les M&M’s. J’en ai plein dans mon trail mix et j’en suis déjà fatiguée… ça promet !!

On s’arrête pas très tard aujourd’hui. Y a beaucoup de vent et de nuages en cette fin d’après-midi. Comme y a pas grand chose à faire quand on marche pas, on prépare le dîner chacun sur son réchaud. Il est 16h30. J’ai essayé de nettoyer mes mains ce soir. J’ai utilisé 3 lingettes et le résultat était toujours relativement douteux. J’ai abandonné…

PCT Day 10 : Mike’s place

du Mile 114 au Mile 131

Ce matin, c’est départ à 7h pour rattraper le temps perdu hier. Enfin perdu… le temps n’est jamais perdu. C’est juste que j’ai fait autre chose que mettre un pied devant l’autre. J’ai juste profité du moment. Du soleil, de l’ombre, des amis. Y a plein de temps pour marcher. Et ce matin, c’est justement le moment pour marcher.

On a tous campé un peu éparpillés le long du trail, y avait pas beaucoup de places. Dans ces cas là, quand tu trouves un spot, t’y montes ta tente vite fait. Tu traînes pas. Tu sais pas si le prochain spot disponible est dans 3 mètres ou 3 miles… Bon, il se trouve que le prochain spot était vraiment pas loin. Et qu’il y a tout un groupe de retraités qui s’est intallé là. Ils ont même un canapé gonflable… on boxe pas dans la même catégorie…

La journée est rude. J’ai hyyyyyper mal aux pieds. A droite, c’est ma voûte plantaire qui commence à renacler et à gauche, c’est une ampoule au talon faite par mes nouvelles super semelles que j’ai donc balancées… J’ai donc bien fait de commencer tôt parce que je vais à la vitesse d’un escargot.

Heureusement, au bout de 12 miles, y a Mike’s place. Chez Mike, quoi. Mike, c’est un trail angel qui habite sur un bout de terrain au beau milieu du désert, qui laisse les hikers camper chez lui et leur prépare 3 repas par jour. La réputation de Mike c’est d’être plutôt une party place. Mike n’a quasiment aucune règle, tu peux fumer, boire, rester 12 jours si ça te fait plaisir, aucun problème. Moi, j’avoue que c’est pas exactement le genre d’endroit que j’adore mais faire une halte de quelques heures pour laisser passer la vague de chaleur du milieu de la journée… c’est plus que tentant. En plus, je suis crevée.

Quand j’arrive à Mike’s place, il est à peine plus de 11h et y a une fille avec les cheveux rouges qui doit déjà en être à sa 52ème bière. Elle se comporte un peu comme si elle habitait là alors tout le monde pense qu’elle fait partie des volontaires qui aident Mike à faire tourner la boutique. Elle parle fort, souffle sa fumée de cigarettes au visage de tout le monde. Elle me fait pas adorer l’endroit… Mike, lui, il est plutôt gentil. Il offre des shots de rhum (mais que aux filles) et il regarde tout ce petit monde filtrer son eau et essayer de se trouver un petit carré d’ombre. Vers midi, il demande des volotaires pour l’aider à préparer le déjeuner. Je fais un effort, je me lève et je vais découper des pommes de terre qu’on fera cuire avec tout un tas d’autres trucs sur un énorme grill installé dans un coin du terrain. Pendant que je découpe mes pommes de terre, je réalise l’état de mes mains : elles sont noires. De terre, de poussière, de crasse, de crème solaire pour bien coller le tout… dégueu…

Vers 16h, c’est le moment de repartir. J’ai pas tellement accrochée avec l’endroit alors j’ai pas besoin de me forcer beaucoup. Il fait encore chaud mais la montée qui vient est régulière et je fais encore 4 miles avant de me trouver un petit spot pour la nuit. Là encore, y a beaucoup de monde alors avec Spider, Josh et Urs, on décide de cowboy camper (aka dormir à la belle étoile) les uns contre les autres.  Emmitouflés dans nos sacs de couchage, on dirait de gros vers multicolores. Ou des burritos. Ils ont décidé de m’appeler Mom. Spider c’est Dad. Et Urs et Josh sont les 2 ados attardés qu’on aurait eu. On raconte n’importe quoi, on rit beaucoup. Le terrain est un peu en pente et Urs arrête pas de glisser. Ca nous fait hurler de rire. Soudain il dit : « Mom is so big ! ». Faut dire que enroulée dans mon sac de couchage et sur mon super matelas gonflable, je dépasse effectivement nettement les autres. « Mom is not big ! Mom is fluffy… » je réponds. Et on s’écroule de rire encore une fois.

PCT Day 9 : Retour dans le désert 

de Warner Springs (mile 109) au Mile 114

J’avais prévu d’aller chercher mon colis à la Poste et de quitter Warner Springs ce matin. Mais j’ai aucune volonté. Alors quand les copains ont dit : « Viens ! On va prendre le petit dej au restao du golf ! », bah… j’ai suivi. Moralité j’ai pris un deuxième petit dej (bah oui, j’avais prévu de partir marcher moi, pas de m’empiffrer de eggs and bacon…). Et j’ai traîné sur la terrasse du golf club jusqu’à 10h. 

Après, il faisait trop chaud pour aller marcher. Alors on est retournés au community center pour s’affalerà l’ombre de l’arbre et attendre que la chaleur passe. Ca n’a pas marché, elle n’a pas passé. Mais bon, fallait quand même marché un peu alors vers 15h, Emily et moi, on est parties. Il faisait une chaleur à crever évidemment. On avait prévu de faire 10 miles. On en a fait 5. On a trouvé 2 autres copains couchés sous un arbre qui avait l’air parfait pour être notre spot de spot de camping du soir. En plus, y avait la rivière qui coulait juste à côté. Alors on est restées. Pourtant, le paysage était joli, un peu en sous-bois avec de temps en temps la vue sur ces champs rouges et dorés que le vent fait onduler comme des vagues sur l’océan. Parce que j’oublie de vous le dire mais tout de même, c’est sacrément beau par ici.

Quand la nuit est tombée, les moustiques sont sortis par milliers. Ah bah oui, tu peux pas avoir la rivière et pas de moustiques. Faut choisir. Mais c’est tellement pratique de ne pas avoir à porter ton eau sur tous ces miles que tu préfères encore te faire dévorer tout cru par ces petits vampires.

Moi ce soir, j’avais pas très faim. Faut dire qu’on avait pas fait grand chose de la journée. J’ai léché un fond de peanut butter et me disant que encore une fois, j’ai emporté beaucoup trop de nourriture… En plus, on arrêtait pas de se faire dépasser par des gens bien plus courageux que nous qui allaient finir la journée à la frontale. Vers 20h30, y a même Cora et Steal qui sont arrivés. Cora, c’est une petite chienne japonaise toute mignonne qui adore voler du bacon. Et Steal, c’est son maître. Tout le monde les adore. Ils se sont installés dasn les hautes herbes un peu plus loin pour passer la nuit. Cora, elle aime pas marcher quand il fait 35°C alors ils sont obligés de night hiker. Moi, vu le nombre de bestioles non hiker friendly qui traînent dans le coin et mon aptitude naturelle à pas savoir mettre un pied devant l’autre, je pense pas que je vais night hiker de sitôt…

PCT Day 8 : 100 !!

de Third Gate (mile 91) to Warner Springs (mile 109)

Aujourd’hui était une grosse journée : on a atteint le mile 100, on a vu Eagle Rock, on a fait 18 miles, et on est arrivés à Warner Springs.

D’abord le mile 100. OK, ça veut dire qu’il en reste 2500 avant le Canada. Mais 100 miles ! C’est quelque chose quand même…

Ensuite Eagle Rock. Au beau milieu d’une magnifique prairie, y a un tas de cailloux. De loin, ça ressemble à rien. Mais de près, c’est un aigle qui déploie ses ailes. Pretty cool…

Et puis, une fois arrivés à Eagle Rok, il restait que 3 miles pour arriver à Warner Springs. La poste était déjà fermée et il fallait de toute façon attendre demain matin pour récupérer mon stock de thon et de couscous pour les prochains jours mais tout de même, 3 miles, c’était pas beaucoup. Evidemment, c’était les 3 plus longs miles depuis le début du trail. Mais en arrivant au Community Center de Warner Springs, y avait des douches, de quoi faire sa lessive et une soirée bingo dans l’école de l’autre côté de la rue. Je suis bien contente de pas avoir loupé ça.

On est peut-être 40 à camper derrière le Community Center ce soir et y a un concert avec des vieux crooners qui jouent du blues à l’harmonica. Une soirée dans l’Amérique profonde quoi…

PCT Day 7 : We murdered it !!

de Julian à Third Gate (mile 91) en passant par Scissors Crossing (mile 77)

Ce matin, avant de quitter Julian, je passe chez Mom’s. Mom’s vend des apple pies. Et elle en donne une part gratuitement à tous les hikers sur présentation de leur PCT permit. Couverte de chantilly ou de glace à la vanille… Franchement, je sais pas comment les gens font pour maigrir sur ce trail. On passe son temps à manger des tas de trucs absolument délicieux que les gens nous offrent sans arrêt.

Vers 11h, on se décide enfin à quitter le paradis. Emily est déjà partie depuis plus d’une heure. Et Spider veut partir plus tard car il trouve qu’il fait trop chaud. Mais franchement, on n’a plus rien à faire  ici et les hikers du jour commencent à arriver. Il faut savoir laisser la place. On (Graeme, Urs, Josh et moi) se poste donc au bord de la route et on lève le pouce. On va mettre plus d’une heure à trouver une bonne âme qui veut bien nous redescendre jusqu’à Scissors Crossing. Alors évidemment, quand on arrive, il fait chaud. On hésite à rester là, à traîner sous l’autoroute en attendant que la température redescende puis non, on se dit qu’il faut vraiment y aller. This trail is not gonna hike itself.

Il y a 14 miles jusqu’au prochain point d’eau. Ca semble loin et la journée est déjà bien entamée. On se dit qu’on en fait 10 et qu’on verra bien. En plus, il faut remonter dans les collines et on peut pas dire qu’on soit super motivés. Et pourtant, je sais pas si c’est les restes de pizzas qu’on a emportées pour le dîner mais on va bouffer ces 14 miles en moins de 4 heures. On est pas peu fiers. « We murdered it ! » s’écrie Josh quand on arrive à la Third Gate. La Third Gate, c’est une autre water cache maintenue par d’autres trail angels.  On s’arrête là pour ce soir. Il ne reste que 18 miles jusqu’à Warner Springs, le prochain town stop. Et on a tout le temps du monde…

PCT Day 6 : Quand on arrive en ville…

du Mile 73 à Julian en passant par Scissors Crossing (mile 77)

Hier soir, on a campé 4 miles avant Scissors Crossing. Scissors Crossing c’est un de ces noms que j’ai lu et relu tellement de fois que j’en ai fait un mythe. Scissors Crossing c’est juste 2 routes qui se croisent sur un pont au milieu du désert et dessous, quelques hikers qui se cachent du soleil brûlant en buvant des litres d’eau que des trail angels sont venus apporter là pour eux. Parce qu’il n’y a pas d’eau à plusieurs miles à la ronde. Sauf si tu fais du stop jusqu’à Julian. Et ce matin, en arrivant à Scissors Crossing, on a décidé d’aller faire un tour jusqu’à Julian. Ça tombe bien, y a un trail angel qui fait des aller-retours toute la journée pour les pauvres hikers qui veulent aller en ville.

Quand on arrive en ville, on ressemble à une bande de vagabonds, couverts de sueur et de poussière. Et là, comme une oasis dans le désert, il y a Carmen. Carmen a un café. Aujourd’hui, il est fermé au public, réservé aux PCT hikers. Carmen nous prépare des breakfast burritos de la taille d’un polochon pour 3 dollars. Puis elle offre des bières. Il est 10h du matin mais on s’en fout. Tout le monde rit, tout le monde enlève ses chaussures, Carmen prépare des bacs avec de l’eau et des sels pour faire des bains de pieds. Cette femme est un ange. Elle nous prend dans ses bras, nous ouvre sa maison, cuisine pour nous, nous laisse traîner chez elle toute la journée, utiliser sa machine à laver pour laver nos fringues qui sont plus que dégueu et tout ça, sans rien demander en retour. Plus de 50 personnes défilent chez elle chaque jour. Certains passent même la nuit sur son plancher. Nous on partage 2 chambres au Julian Lodge. Et en comparaison, ils sont loin d’être des trail angels… On peut pas dire qu’ils soient très accueillants avec les hikers et pourtant, pendant près de 3 mois, on va constituer 95% de leur clientèle. Bref, On passe la journée à juste profiter du soleil sur la terrasse et à papoter avec tous les autres copains. A la tombée de la nuit, on va chercher d’immenses pizzas au resto italien d’à côté et on les dévore assis en tailleur sur nos lits à l’hôtel. Ce soir, je partage la chambre avec Emily et Jack et Alex, 2 frères australiens qui ont démarré le même jour que nous mais qu’on avait pas revus depuis. On va se coucher bien après hiker midnight. A 21h30 quoi. Dans un vrai lit. C’est un peu le paradis ici.

PCT Day 5 : Le sentier balcon le plus long du monde

de Oriflamme Canyon (mile 56) au Mile 73

Ce matin il y a toujours du vent. Beaucoup de vent. Presque trop. Au moins, ça a le mérite de rafraîchir un peu. Jusqu’à maintenant la chaleur est supportable. On en oublierait presque qu’on est dans le désert.

Aujourd’hui, il s’est pas passé grand chose honnêtement. Je me suis levée à 6h, j’ai plié ma tente, mangé mon porridge sans grande conviction et puis j’ai mis mon sac sur mon dos, un pied devant l’autre et ça plusieurs heures d’affilée jusqu’à ce que j’arrive au mile 73 où je me suis littéralement jetée par terre tellement j’avais mal aux pieds avant de déplier ma tente, manger mon couscous au thon, raconter quelques histoires avec les copains en regardant les étoiles apparaître dans le ciel puis je me suis lavée les dents et je me suis couchée. Il était 20h.

Le paysage était plus ou moins le même toute la journée : un petit sentier balcon qui surplombe une gigantesque vallée qu’on traversera demain et en face, la montagne sur laquelle on grimpera après-demain.

Vu qu’il n’y a pas grand chose à raconter, je peux vous parler de mes nouveaux copains. On a commencé le même jour et un peu par hasard, on s’est retrouvés à camper aux mêmes endroits. Du coup, maintenant, on reste ensemble. On est 6. Il y a Graeme, Spider, Josh, Urs, Emily et moi.

Graeme est anglais. Il a 36 ans. On avait commencé à discuter via Facebook depuis près d’un mois avant d’arriver aux Etats-Unis. Il a quitté son job et vendu sa maison pour venir ici. Il parle avec cet accent british que les Américains trouvent so cute mais qui m’oblige à lui faire répéter 3 fois minimum tout ce qu’il dit. Il marche vite. Enfin… plus vite que moi en tout cas.

Spider est américain. Il a 35 ans. Spider, c’est son trail name. Un trail name c’est un surnom qu’on vous donne sur le trail en général en rapport avec un truc drôle ou embarrassant qui vous arrive. Spider a déjà fait l’Appalachian Trail. C’est là qu’il a eu son trail name. Il s’est fait piqué par une araignée dans un motel et le lendemain, son pied avait tellement gonflé qu’il ne pouvait plus le remettre dans sa chaussure. Spider donc. Il a aussi déjà fait les 900 premiers miles du PCT il y a 2 ans. Il a du arrêter en route because of a lady. Mais cette année, il a bien l’intention d’aller au bout. Lui aussi, il marche vite. Encore plus vite que Graeme d’ailleurs.

Josh est américain aussi. Il est beaucoup plus jeune que nous, il vient d’avoir 24 ans. C’est le jeune chien fou de la bande. Il parle tout le temps, a déjà vécu 1000 vies entre le Minnesota d’où il vient et le Washington où il vit. Il jure beaucoup, rit beaucoup et nous fait rire. Et il marche vite. Plus vite que Graeme mais moins vite que Spider.

Urs est suisse. Il a 33 ans et personne n’arrive à prononcer son nom correctement. Lui aussi marcherait sûrement beaucoup plus vite que moi s’il n’avait pas 12 ampoules à chaque pied. Il parle anglais comme un Suisse, très lentement. Ça fait marrer tout le monde. Il est hyper calme et puis tout à coup, il se met à parler de brûler les tentes des autres gens. Ça nous fait hurler de rire.

Emily est anglaise. Elle a 21 ans et voulait devenir tattoo artist avant de changer d’avis et d’étudier l’anthropologie. Elle est plutôt discrète et a de très jolis tatouages d’insectes sur le bras. Un peu comme des dessins qu’on trouverait dans un livre de biologie. Bizarrement, elle, je n’ai pas besoin de la faire répéter 3 fois quand elle parle. Elle est végétarienne et passe beaucoup de temps à cuisiner le soir. Puis elle sort sa mini éponge et récure tout très consciencieusement. Nous, on gratte nos casseroles à l’ongle. Elle marche quasiment comme moi. Pas trop vite mais ça va, on arrive à garder le rythme avec les autres.

Voilà. C’est toute la bande. Il y a plein d’autres gens qu’on croise presque tous les jours. Certains avec qui on partage nos campements et d’autres à qui on fait juste un signe de la main de temps en temps. Ce soir, on s’est dit que statistiquement, on n’arriverait pas tous au Canada. Ça nous a fait tout bizarre.