C’est un fameux trois-mâts…

Quoi ? Me faites pas croire que vous n’avez jamais fait l’erreur ! Moi, je viens juste de découvrir que le bateau en question ne s’appelle pas du tout SantiaGo mais SantiaNo… Avouez que ça prête à confusion. En même temps, j’aurais dû m’en douter, y a pas la mer à Santiago.

Bref, reprenons. Une fois passée la douane (je pourrais avoir la photo de Mickey sur mon passeport, ça leur ferait même pas lever un sourcil), et un bus et 2 changements de métro plus tard, je sors de terre au beau milieu de la Plaza de Armas, au cœur de la ville. Mon hostal est juste là, au dernier étage d’un immeuble qui borde la place et depuis la terrasse, je découvre les environs.

Bon, bah, à première vue, c’est grand, c’est plein d’immeubles, ça grouille de gens et y a une bonne couche de pollution qui cache les montagnes autour mais ça n’empêche pas le soleil de passer à travers. La place est un immense carré bordé d’immeubles blancs et jaunes de 5 à 6 étages et de la grande cathédrale de la ville, la cathédrale de l’Assomption de la Très Sainte Vierge (parce qu’apparemment, des fois, elle est juste sainte et des fois, elle est très sainte, va comprendre pourquoi). Au milieu de tout ça, des enfants courent, des hommes orchestres dansent, des cercles se forment autour de passionarias qui haranguent la foule, les terrasses des cafés sont pleines, on entend les gens rire, crier, les pigeons volent… ça vit quoi !

Tout ce que j’ai entendu sur Santiago, c’est que c’est moche et que ça ne vaut pas le coup de s’y attarder. Moi j’ai 48 heures à y passer et je suis bien décidée à me faire ma propre opinion. Alors même si la vue est plaisante, je ne passe pas toute l’après-midi à lézarder sur ma terrasse. Non, non. Je saute dans la douche (après une journée de 41 heures, c’est pas du luxe) et je rejoins le Free Tour Santiago qui démarre juste au pied de la cathédrale. En voilà une idée qu’elle est bonne ! Deux fois par jour, des guides emmènent les touristes faire le tour de la ville en anglais. Gra-tui-te-ment. Bien sûr, on vous suggère de donner un pourboire mais curieusement, il semblerait qu’on soit bien plus enclin à rémunérer un guide quand on sait que ça n’a rien d’obligatoire… Moi, mon guide s’appelle Felipe, il a un accent formidable et surtout, plein d’adresses hyper intéressantes à recommander (comme ce glacier à l’angle de la Plaza Italia ou ce resto fréquenté par les locaux et où le patron n’essaye pas de vous arnaquer au Mercardo Central). Il nous raconte des tas de trucs rigolos comme ces cafés spécialisés dans le coffee with legs, où les serveuses ont des jupes extra courtes et où, il y a encore quelques années, existaient des happy minutes.  Pendant une minute, on baissait le rideau de fer, les serveuses offraient un strip-tease express aux cols blancs qui étaient en train de boire leur café puis on relevait le rideau et tout le monde faisait comme si de rien n’était. Intéressante tradition. A mi-parcours, il nous emmène boire un café à la terrasse d’un petit bar sympa. Un café ou un Pisco sour,  LA spécialité d’Amérique du sud. Keskecé le Pisco sour ? Et bien, c’est une bonne dose de pisco (de la liqueur de raisin), du sucre, un peu de blanc d’œuf pour rendre le tout un peu plus smooth et un trait de citron vert. Bref, ça se boit comme du p’tit lait et ça fait causer. Du coup, je discute avec Carmen et Miki, un couple suisse-allemand très sympa, qui commence un tour du monde d’un an. Pour l’instant, ils n’ont visité que l’Argentine et ils prennent l’avion dans 2 jours pour aller… à l’île de Pâques ! Après avoir dit au-revoir à Felipe, on va donc dîner tous les 3 dans un des restos de la rue Constitucion dans le barrio Bellavista, le quartier de Santiago réputé pour sa vie nocturne animée. L’occasion de goûter un Pastel de Choclo, une des spécialités nationales, une espèce de ragoût avec du poulet, du bœuf, plein de sauce, quelques olives, le tout recouvert de purée de maïs… Mouais, je sens déjà que je vais regretter mes soupes de nouilles dans pas longtemps. Puis, comme je compte bien profiter pleinement de cette journée fantastiquement longue, on va goûter quelques-unes des centaines de variations de mojitos et de caïpirinhas qui font la réputation du coin. Le petit détail qui nous ramène à la réalité c’est quand à peine assis en terrasse, le serveur du bar vient fixer nos sacs à nos chaises avec des lanières de façon à ce qu’ils ne s’envolent pas tout seuls… Ça met tout de suite dans l’ambiance.

Et puis, comme les Chiliens ne sont pas des gens qui se couchent tard, le métro s’arrête à 22h, ce qui nous oblige à prendre un taxi pour rentrer. Le chauffeur essaye de nous convaincre d’aller à la soirée organisée pour fêter on sait pas trop quoi dans une discothèque un peu plus loin mais toutes les bonnes choses ont une fin, même cette journée exceptionnelle.

Le lendemain matin, j’ai rendez-vous pour le petit-déj avec un copain que je n’ai pas vu depuis près de 6 ans et qui est de passage à Santiago pour le boulot. Bah oui, tout le monde ne vient pas à Santiago en touriste, il semblerait qu’il y ait encore des gens qui bossent. Sauf que ce matin, c’est le 1er mai. La journée internationale des feignasses. Encore plus vrai ici où le premier café n’ouvre laborieusement qu’à 10h (on est les premiers clients, affamés) et où les rues sont désertes de chez désertes. Au hasard des rues, on arrive jusqu’au palais de la Moneda où on assiste à la relève de la garde. Moi, ça me rappelle les evzones d’Athènes sauf qu’ici, ils ont remplacé les jupettes et les bas en laine par des belles bottes cirées et des costumes vert olive. Et puis, comme tout (vraiment tout) est fermé, on décide d’aller voir la ville d’en haut. D’abord au Cerro Santa Lucia puis au Cerro San Cristobal où se trouve le sanctuaire de la Vierge de l’Immaculée Conception. Pour grimper tout là-haut, on peut se la jouer warrior et y aller en courant, ou, faire comme tout le monde et prendre le funiculaire. Bon, il se trouve qu’il y a une queue pas possible au funiculaire parce qu’il mène aussi au zoo de la ville qui est visiblement la seule chose d’ouverte aujourd’hui. Mais arrivé au sommet, la vue sur la ville est… époustouflante. On voit bien la petite couche de brouillard qui recouvre l’ensemble mais au-dessus, on voit les montagnes. La Cordillère des Andes ! Et pas à 200kms ! Non, non. Juste là, aux portes de la ville. On en reste sans voix. Beaucoup de Chiliens viennent ici déposer des fleurs ou se recueillir et plein de gens ont à la main un verre avec un contenu étrange… Comme il faut vivre dangereusement, on tente le coup. Et on se retrouve avec une portion de blé recouverte de pêches au sirop… Curieux. Pas dégueu mais curieux. On finit par redescendre de notre colline (à pied cette fois parce qu’on est à moitié courageux) pour atterrir dans un resto de fruits de mer, toujours dans le barrio Bellavista, mais cette fois, j’opte pour un ceviche, du poisson cru mariné au citron. Bonne pioche, c’est délicieux. Et puis on papote, on papote, on laisse filer l’après-midi et on décide d’aller admirer le coucher de soleil depuis la terrasse du bar de l’hôtel W, un des grands hôtels de Santiago. Bonne idée mais quand on arrive… le bar est fermé pour travaux. Du coup, on se rabat sur le lounge de l’hôtel où après quelques Pisco sour (chilean style et peruan style), on finit par commander à dîner parce que ça faisait au moins 3 heures qu’on avait rien avalé… Pas mal. Pas mal du tout.

Et puis, cette fois, je ne laisse pas filer le dernier métro et je rentre boucler une fois de plus mon sac parce que demain, c’est lever à 5h30 pour filer au beau milieu de l’océan : direction Isla de Pascua !

Finalement, Santiago, c’était pas si mal. J’y aurais presque passé une journée de plus histoire de traînasser dans quelques musées et de boire quelques cafés hyper sucrés en terrasse. La prochaine fois !

Photo ici.

Lost in translation

Ce matin, quand le réveil sonne, je sais que j’ai une longue journée devant moi. Loooooongue. Ma journée à moi, aujourd’hui, elle va durer 41 heures. Notez bien ça : le 30 avril 2013 aura duré 41 heures…

En fait, depuis le début de ce voyage, je saute d’un fuseau horaire à l’autre sans trop m’affoler. J’en étais quand même arrivée à avoir 10 heures d’avance sur vous, là-bas, à la maison. Quand vous alliez vous coucher, j’étais en train de prendre mon petit-déj du lendemain. Et au Chili, c’est l’extrême inverse qui m’attend : 6 heures de retard sur vous, j’irai me coucher quand vos réveils vous tireront de vos couettes (à peu de choses près).

Bref, tout ça pour dire qu’aujourd’hui, pendant que vous vieillirez selon le cours normal du temps, je rajeunirai de 17 heures…

Voilà le programme : aujourd’hui, après un premier vol ChristchurchAuckland prévu à 10h30, je vais monter dans l’avion pour Santiago à 16h. Après 12 heures de vol, j’atterrirai à Santiago du Chili et il sera… 11h du matin mais toujours le 30 avril. Je vais monter dans la DeLorean, Philéas Fogg n’a qu’à bien se tenir !

Bien. Sauf que. Comme d’habitude, tout ne se passe pas exactement comme prévu. Quand j’arrive à l’aéroport de Christchurch, mon vol est retardé. De 3 heures !!! Ce qui ne va me laisser plus qu’une heure pour récupérer mon sac, changer de terminal, ré-enregistrer mon sac et grimper dans l’avion suivant. Jouable mais risqué. D’autant plus risqué que le vol AucklandSantiago fait partie du Round The World ticket et que si je le loupe, ça annule tous les suivants (et évidemment, il n’est pas question de remboursement). Alors, je prends mon air le plus aimable et détendu et je m’approche du guichet. Là, il y a une petite dame, très gentille, à qui je demande si elle sûre, SÛRE, SÛRE DE CHEZ SÛRE que le vol ne va pas être encore plus retardé. Evidemment, elle ne sait pas, elle ne peut pas me garantir que tout va se passer comme prévu vu que ça déconne déjà. Je lui explique que j’ai une connexion à faire, moi et qu’il faut absolument que je sois dans ce deuxième avion, no matter what. Alors comme elle est très gentille, elle me dit qu’il faut que je patiente un peu mais qu’elle peut peut-être me transférer sur un autre vol qui va partir dans 1 heure… T’inquiète que j’ai été sage comme une image ! Je me suis assise sur mon sac juste devant son guichet et j’ai même pas cligné des paupières pendant la demi-heure suivante. Et quand elle m’a fait signe de venir la voir, j’ai bondi et je lui aurais presque claqué 2 bises bien sonores si on n’avait pas été séparées par le comptoir.

Bon, mon nouveau vol prévu à 9h05 n’est parti qu’une heure plus tard mais peu importe. J’étais à Auckland, dans le bon terminal, les yeux fixés sur l’écran qui affichait le vol pour Santiago. Un seul vol pour l’Amérique du sud sur toute la journée, y avait donc vraiment pas moyen de ne pas monter dedans. Sauf que du coup, j’étais tellement en avance que l’enregistrement des bagages n’était même pas ouvert. J’ai donc encore poireauté par terre, assise sur mon sac pendant 2 bonnes heures avant de pouvoir me débarrasser de mon paquetage de 21kgs. 21kgs ! Parce que oui, on en est là maintenant ! Le plus étrange, c’est que je n’ai pas prévu de me séparer de grand-chose dans les semaines qui viennent…

Bref, il était temps d’accomplir mon rituel d’adieu et de dévorer un bon gros burger bien gras chez mon ami McDo avant d’aller faire la sieste patienter dans la salle d’embarquement. C’est là que ça a commencé. D’abord tout doucement. Juste une dame qui est venue me demander si… hablas español ? Ouh, mon dieu, non ! Pas un mot, ma bonne dame ! Et après, c’est devenu un festival. Les hôtesses qui font les annonces en espagnol, tous les passagers qui papotent en espagnol, les consignes de sécurité en espagnol, les films même pas sous-titrés en espagnol… j’ai pas encore quitté la Nouvelle-Zélande que je m’y crois déjà. Et je ne comprends rien. Je ne comprends même pas que l’hôtesse me propose des raviolis au fromage ou un poulet aux champignons… L’enfer… Allez, un vaso de vino blanco por favor ! Va bien me falloir ça !

12 heures plus tard, après avoir survolé rien de moins que la Cordillère des Andes (les Andes !!! non, mais sans blague, c’est pas le Massif Central, hein ! Les Andes !!!) et traversé le nuage de pollution qui recouvre la vallée, me voilà à Santiago. Une heure plus tard, je mets enfin le nez hors de l’aéroport et je me remplis les poumons de l’air de ce nouveau continent… et j’éternue ! Wow, fini l’air pur et le ciel bleu fluo, bonjour les gaz d’échappement et le ciel blanc (on voit même pas les montagnes autour et pourtant, elles sont vraiment pas loin). Biologiquement, pour moi, il est 4h du matin. En vrai, il est midi, pas question de dormir avant un bon moment. Alors, attaquons Santiago !

Photos ici.

Bienvenido a Chile !

Si comme moi, vous ne savez rien de chez rien sur cet immense continent qu’est l’Amérique du sud, il est temps de se cultiver un petit peu. Alors commençons par le Chili (hein, puisqu’on y est) et procédons avec méthode. Accrochez-vous, c’est parti !

1/ Géographie

Le Chili est une petite bande de terre de 4 300kms de long sur 175kms de large (en moyenne) coincée entre le Pacifique à gauche et l’immense et impressionnante Cordillère des Andes à droite (qui dépasse très souvent les 6 000m d’altitude et culmine à 6 893m avec l’Ojos del Salado, second sommet le plus élevé d’Amérique du sud et volcan actif le plus haut du monde). T’as vite fait de passer chez le voisin argentin si tu fais pas gaffe. Justement, à propos de voisins, on a le choix entre l’Argentine sur les trois quarts de la frontière orientale, la Bolivie au nord-est et le Pérou au nord. Globalement, les montagnes servent de frontières naturelles. Sachez que les voisins ne sont pas très sympas avec les Chiliens. Mais ça, c’est pour un autre paragraphe. En attendant, quand tu tiens un Chilien, faut pas le lâcher parce qu’il n’y en a que 22 au km² et qu’un tiers des 17 millions de Chiliens vit à Santiago, la capitale, globalement au centre du pays. En dehors de la zone urbaine de Santiago, tu as le choix entre le désert le plus sec au monde (le désert d’Atacama, au nord), une forêt pluviale tempérée (juste au sud de Santiago), un archipel où il pleut pas moins de 150 jours par an (encore un peu plus au sud à Chiloé), des glaciers (en Patagonie) et pas moins de 50 volcans en activité (soit 10% des volcans en activité du monde entier). Le bout du monde, la Terre de Feu et le Cap Horn, est chilien. Autant dire que si t’as envie de te la jouer lonesome cow-boy, le terrain de jeu est suffisamment varié et de bonne taille.

2/ Petites bêtes et petites fleurs

Bon alors globalement, comme animal exotique, on peut trouver des camélidés de toutes sortes : lamas, alpagas, guanacos et vigognes principalement (ça sera l’occasion de s’acheter une paire de moufles). En étant suffisamment attentif, on peut aussi voir des viscaches (un genre de chinchilla), des nandous (une sorte d’autruche) et quelques pumas (mais mieux vaut avoir une paire de baskets qui courent vite ce jour là). Côté mer (ou océan plutôt), que du classique. Des lions de mer, des loutres, des phoques, des dauphins et des baleines. On a même découvert dans les fjords au sud-est de Chiloé une sorte de nurserie de baleines bleues alors que l’animal est en voie d’extinction. Du coup, le Chili a interdit la pêche à la baleine le long de ses côtes et compte bien devenir une grande destination du whale watching mondial. Enfin côté ciel, on peut tomber nez à nez avec quelques flamands (dans les lacs d’altitude de l’extrême nord), des colonies de manchots (plutôt sur la côte sud et en Terre de Feu), des goélands, des foulques géantes et bien sûr, les légendaires condors des Andes.

Et puis, si on est amateur de petites fleurs, on va être un peu déçu. En fait, entre les montagnes, les glaciers et les vents violents, on trouve plutôt des herbes folles (endémiques, certes), des arbres multi-millénaires (dont l’arbre le plus vieux du monde qui a à peu près 4 000 ans), des arbres qui font ce qu’ils peuvent pour survivre (certains ont des racines qui s’enfoncent sur 15 mètres pour trouver quelques gouttelettes d’eau) et des cactus géants. De temps en temps, il arrive qu’une grosse pluie tombe dans le Norte Chico (la région juste au nord de Santiago) et fasse alors apparaître de délicates petites fleurs très colorées pendant quelques jours. On appelle ça le desierto florido et il paraît que c’est très joli.

3/ Histoire

Le pays, tel qu’il existe aujourd’hui, n’a pas encore 200 ans. Pour autant, on sait que ça fait près de 33 000 ans que des gens traînent dans le coin ce qui perturbe une très ancienne  théorie selon laquelle le continent américain aurait été peuplée par des gens venus du nord il y a environ 11 500 ans.

Bref, pendant la période précolombienne (c’est-à-dire depuis la nuit des temps jusqu’au milieu du XVème siècle), une petite dizaine de tribus différentes peuplaient le territoire. Ils avaient chacun leur spécialité : ceux qui faisaient des momies, ceux qui élevaient des lamas, ceux qui sniffaient des substances hallucinogènes, ceux qui gravaient des rochers, ceux qui pêchaient et ceux qui cultivaient. Parmi ces derniers, on va juste retenir les Mapuches, des cultivateurs nomades qui ont joué (et qui continuent à jouer) un rôle important au cours des siècles.

Les problèmes de tous ces braves gens ont commencé en 1494, quand, à des milliers de kilomètres de là et sans qu’ils aient la moindre idée de ce qui les attendait, le Pape signait le traité de Tordesillas qui octroyait à l’Espagne tout le territoire situé à l’ouest du Brésil. Le voyage étant assez long depuis Madrid, Fernand de Magellan fut le premier Européen à poser les yeux sur le territoire chilien, le 1er novembre 1520, alors qu’il explore le détroit qui porte aujourd’hui son nom. Les Espagnols, qui contrôlaient alors presque toutes les terres allant de la Floride et du Mexique jusqu’au Chili, étaient à la recherche d’or et d’argent. En 1535, un conquistador, Diego de Almagro entre au Chili avec 500 hommes, 100 esclaves africains et 10 000 porteurs indigènes. Sauf que dans les montagnes, on crève de froid et dans le désert, on crève de chaud. Comme il ne trouve aucune richesse et que ses compagnons tombent comme des mouches, Almagro rebrousse chemin. Pendant ce temps, les Mapuches, qui croyaient que ces hommes à cheval étaient des dieux qui ne formaient qu’un avec leurs montures, s’étaient rendu compte qu’ils s’étaient fourré le doigt dans l’œil jusqu’à l’omoplate et que ces étrangers n’étaient là que pour leur piquer leur territoire. Pas contents, pas contents ! C’est le début de la résistance des Mapuches.

En 1540, Pedro de Valvidia est un conquistador qui habite à Cuzco, au Pérou. Comme être un conquistador n’empêche pas d’être romantique, il est amoureux de Inès de Suarez . Sauf que, pas de bol, elle est mariée, lui aussi mais ils ne sont pas mariés ensemble. A l’époque, la pression de l’Eglise et les convenances les empêchent de vivre leur amour au grand jour. Du coup, ils décident de s’enfuir au Chili où ils ont l’intention de fonder une nouvelle colonie (parce que pour l’instant, y a rien) en pensant que la couronne d’Espagne leur en sera tellement reconnaissante qu’elle fermera les yeux sur leur amourette. Ils partent donc avec 150 hommes et Inès se fait passer pour la servante de Pedro. Ils mettent près de 11 mois à franchir les montagnes et le désert d’Atacama et comme ils sont crevés (et qu’ils en ont perdu la moitié en route), ils décident de s’arrêter dans une belle vallée fertile protégée par les montagnes. Et Santiago est née. Valvidia déclare alors : « L’Etat, c’est moi ! », il s’installe dans un petit palais cossu avec Inès et se met à récompenser ses fidèles en leur offrant des propriétés immenses, les fameux latifundios, dont certains sont restés intacts jusqu’aux années 1960. Evidemment, les Mapuches et leurs potes leur mènent la vie dure. Mais Pedro et sa bande ne sont pas des moitiés de conquistadors : ils égorgent, ils décapitent, ils scalpent à tout va. La délicate Inès va même jusqu’à menacer les Mapuches en brandissant la tête de l’un des leurs au bout d’une pique. Ça, les Mapuches, ça leur coupe le sifflet. Tout du moins pendant un temps. Mais ils finissent par attraper l’ami Pedro un beau matin de 1553, le ligotent à un arbre et le décapitent. Fin de la romance.

Et puis, la province chilienne, qui fait alors partie du vice-royaume du Pérou qui englobe alors également une bonne partie de l’actuelle Argentine, se met à prospérer, les Mapuches se mirent à épouser des Espagnols (pour ceux qui n’avaient pas été décimés par les gentilles maladies que leur avaient envoyées les conquistadors) ce qui donna naissance à toute une génération de mestizos (métisses) et de criollos (les Espagnols nés sur le sol américain et qui n’avaient aucune envie de rendre des comptes à Madrid) à qui il vint soudain des envies d’indépendance…

Vers 1820, des mouvements indépendantistes se développèrent partout en Amérique du sud pour chasser les Espagnols. Le libérateur argentin José de San Martin traversa les Andes, pénétra au Chili et occupa Santiago avant de prendre la mer pour rejoindre Lima. San Martin nomme alors Bernardo O’Higgins, fils illégitime d’un Irlandais et d’une Espagnole et nommé vice-roi du Pérou par les Espagnols, aux commandes de son armée et O’Higgins devient le chef suprême de la nouvelle république du Chili. Le pays est alors exsangue mais galvanisé par sa nouvelle indépendance et dans une situation politique stable, l’agriculture, l’exploitation minière, l’industrie et le commerce commencèrent à se développer. Cependant, les frontières avec le Pérou, la Bolivie, l’Argentine et la région mapuche restaient assez mal définies pour ne pas dire extrêmement vagues.

C’est alors qu’en 1879, on découvrit que le sous-sol du désert d’Atacama était plein de nitrates. Tout le monde se mit alors à creuser sauf que la Bolivie, alors propriétaire du terrain, se mit d’accord avec le Pérou et interdit au Chiliens de se joindre à la fête. En représailles, le Chili s’empara du port bolivien d’Antofagasta et des provinces péruviennes de Tacna et d’Arica. La Bolivie perdit tout accès à l’océan et 250 ans plus tard, continue de blâmer le Chili de l’empêcher de se développer. En attendant, les Chiliens venaient d’accroître le territoire d’un tiers et avaient du mal à garder le contrôle partout. Du coup, en 1881, ils cèdent par traité tout l’est de la Patagonie à l’Argentine tout en gardant le détroit de Magellan (pas folle la guêpe). Puis comme, ils sont un peu vexés quand même d’avoir dû lâcher la Patagonie, en 1888, ils annexent la minuscule île de Pâques, à 4 000kms des côtes au beau milieu du Pacifique. Entre temps, la zone était redevenue calme, les capitaux étrangers affluèrent et transformèrent le désert d’Atacama en corne d’abondance. On construisit alors un chemin de fer et on créa quelques ports. L’expansion minière provoqua l’émergence d’une classe ouvrière et de nouveaux riches qui remirent en question la toute-puissance des propriétaires terriens. Et puis les Chiliens n’avaient pas l’habitude d’avoir les poches pleines de tout ce bon argent et dépensèrent tout jusqu’au dernier peso. Du coup, le président Balmaceda, élu en 1886, s’attaque à quelques réformes histoire de répartir un peu plus équitablement les richesses. Mais le Congrès vote sa déposition en 1990. S’ensuit une gentille guerre civile qui fit pas moins de 10 000 morts et Balmaceda se suicide.

Au début du XXème siècle, le cuivre vient peu à peu supplanter les nitrates rendus de toute façon obsolètes par les engrais chimiques fabriqués à partir de dérivés pétroliers. Le désert d’Atacama redevient la poule aux œufs d’or. De 1920 à 1964, tout un tas de gouvernements plus ou moins socialistes ou plus ou moins militaires se succèdent, interdisant temporairement le parti communiste, les uns précipitant la fin des autres, essayant de combattre la corruption galopante mais l’électorat étant globalement maîtrisé par le système des haciendas (les propriétaires terriens contrôlaient les voix de leurs métayers puisqu’ils leur fournissaient le gîte et le couvert), rien n’évolue vraiment.

En 1964, le démocrate chrétien Eduardo Frei Montalva est élu à la présidence de la république. Il démarre avec les meilleures intentions du monde et s’efforce de contrôler l’inflation, d’équilibrer la balance commerciale et d’améliorer les services sociaux, la médecine et l’instruction. Malheureusement, de nombreux mouvements activistes passèrent à l’action avant que toutes les réformes puissent être mises en place et en 1970, Salvador Allende, à la tête d’une coalition de gauche, remporta les élections sur la promesse de la nationalisation des mines de cuivre, des banques et des assurances ainsi que sur l’expropriation des haciendas et la redistribution des terres. Allende devint ainsi le premier président marxiste au monde élu démocratiquement. Pas de bol pour lui non plus, sa coalition n’était pas si coalitionnée que ça. Il réussit à mettre en place quelques réformes sociales mais ça se chamaillait sévère au sein du gouvernement et il finit par se mettre franchement à dos les Etats-Unis en expropriant les entreprises américaines qui exploitaient les mines de cuivre et en manifestant ouvertement sa sympathie envers Cuba. Et puis les mouvements activistes ne se calmaient pas, l’industrie plongea et la production agricole s’effondra après que les paysans se sont emparés des terres, lassés d’attendre la réforme agraire. Le gouvernement dut alors importer de la nourriture mais avait besoin de crédit. On sait aujourd’hui que le Congrès américain a alors dissuadé les organismes de financement internationaux de lui accorder ces crédits et a même soutenu les opposants d’Allende. Dans le même temps, le KGB aurait également cessé de soutenir Allende parce qu’il refusait d’utiliser la force contre son opposition.

Coincé, Allende nomma alors en juin 1973 au poste de ministre de l’Intérieur, un général peu connu de l’armée, un certain Augusto Pinochet, qu’il pensait loyal au gouvernement constitutionnel. Il semblerait qu’on lui aurait menti… Le 11 septembre 1973, ledit Pinochet déclencha un violent coup d’Etat au cours duquel Allende trouva la mort (la légende dit qu’il se serait suicidé dans son bureau du palais de la Moneda à Santiago avec un fusil offert par Castro pendant que l’armée bombardait le palais…). Des milliers de sympathisants sont également tués et la police et l’armée arrêtent ce jour là des gens de gauche, présumés ou avérés ou soupçonnés d’être militants. Beaucoup furent conduits au stade national de Santiago où ils furent battus, torturés et puis de temps en temps, exécutés.

Nombre de dirigeants de l’opposition qui avaient soutenu le coup d’état s’attendaient à un retour rapide au gouvernement civil mais Augusto Pinocchio Pinochet ne l’entendait pas de cette oreille. De 1973 à 1989, il fut à la tête d’une junte militaire qui supprima le Congrès, interdit les partis de gauche et supprima les autres, proscrivit toute activité politique et gouverna par décrets. Il fit même votre une nouvelle constitution qui lui garantissait de rester au pouvoir jusqu’en 1989. Beaucoup d’électeurs choisirent l’abstention en signe de protestation mais le texte fut tout de même approuvé. Pinochet entreprit de remettre de l’ordre dans la culture politique en utilisant la répression, la torture et l’assassinat. L’escadron « Caravane de la Mort », un commando militaire qui allait de ville en ville en hélicoptère, élimina de nombreux opposants au régime dont beaucoup s’étaient rendus de leur plein gré. Au total, durant les 17 années de la dictature, environ 35 000 personnes furent torturées et 3 000 « disparurent ».

En 1989, devant des mouvements de contestation de plus en plus fréquents, Pinochet organise des élections libres qu’il pense remporter haut la main. Pas de bol pour lui, c’est la Concertacion para la Democracia qui l’emporte, l’écartant du pouvoir. Il s’installe alors dans un fauteuil de sénateur, en partie parce que son statut de parlementaire lui assure l’immunité au Chili.

Aux élections suivantes, en 1994, c’est toujours la Concertaction qui l’emporte mais les militaires détiennent encore un pouvoir considérable parce qu’ils sont invirables. Ce legs de la dictature finira par disparaître en juillet 2005 quand le président obtient le pouvoir de renvoyer les commandants des forces armées et de destituer les sénateurs non élus.

Cependant, Pinocchio Pinochet commet une erreur. Il part en voyage à Londres en 1998 et est alors arrêté par un juge espagnol qui enquêtait sur les morts et les disparitions de citoyens espagnols après le coup d’état de 1973. Après 4 ans de rebondissements rigolos au cours desquels ses avocats faisaient état de sa santé et de son état mental et qui aboutirent à une série de décisions contradictoires faisant tomber son immunité, puis la lui rendant pour finalement la lui retirer une bonne fois pour toutes, il fut finalement décidé que Pinochet serait jugé à Santiago. Il eut la bonne idée de mourir quelques temps avant l’ouverture du procès à l’âge de 91 ans le 10 décembre 2006. C’est fou comme les dictateurs ont l’art de faire de vieux os.

Depuis le début du XXIème siècle, le Chili, en plein essor économique toujours grâce aux mines de cuivre, s’en sort bien. En 2003, il est le premier pays d’Amérique du sud à signer un accord de libre-échange avec les Etats-Unis. Puis, rompant avec la tradition catholique ultraconservatrice, il légalise le divorce en 2004. Les tribunaux sont alors pris d’assaut. En 2006, il est le premier pays à élire à sa tête non seulement une femme mais agnostique et mère célibataire, Michelle Bachelet. Au cours de son mandat et malgré une popularité formidable, elle a dû faire face à de nombreux défis concernant la modernisation du pays. En 2006 et 2007, le gouvernement est confronté à des manifestations étudiantes qui réclament que le niveau des universités publiques soit relevé. Mais le sujet est relégué au second plan lorsque le 27 février 2010, l’un des plus puissants séismes jamais enregistrés de magnitude 8.8 a frappé les côtes du Chili. Le séisme et le tsunami qui s’ensuit font 585 victimes et provoquent des dégâts considérables. Cependant, l’attitude des pouvoirs publics qui ont entamé rapidement les premières réparations a été saluée et l’élan de solidarité du peuple chilien a contribué à renforcer le sentiment de fierté nationale.

Le séisme a eu lieu dans les derniers jours du mandat de Bachelet et lors de l’élection suivante et après 20 années au pouvoir de la Concertacion, c’est un conservateur de droite qui est élu, l’homme d’affaires millionnaire Sebastian Piñera. Au moment même de la cérémonie d’investiture du chef de l’Etat, Santiago était touché par une réplique du tremblement de terre de magnitude 6.9, ce que certains prirent pour un signe de mauvais augure. Le monde entier retient son souffle en observant les premiers pas du premier président de droite depuis Pinochet. Six mois plus tard, le Chili revient sur le devant de la scène avec la saga du sauvetage des 33 mineurs chiliens bloqués sous terre pendant 69 jours. A ce moment-là, Piñera bénéficie du plus haut taux de popularité jamais atteint par un président en exercice. Malgré des promesses faites alors sur la mise en place de mesure de sécurité dans le secteur minier, peu de choses ont évolué depuis. Et en 2011, les mouvements étudiants reprennent de plus belle réclamant que le coût des études supérieures soit revu afin qu’elles soient accessibles au plus grand nombre. La chef de file du mouvement s’appelle Camila Vallejo et est alors âgée de 23 ans.

Aujourd’hui, les jeunes Chiliens n’ont pas connu la période de la dictature militaire mais tous ont un oncle, un grand-père, un père qui a été torturé ou qui a disparu. Ils ne veulent pas oublier mais il est maintenant temps d’avancer. Le mouvement étudiant a désormais gagné d’autres couches de la population qui se plaint que l’ensemble des richesses du pays est concentré dans les mains des 5 familles les plus puissantes (dont celle du président Piñera). Le pays, le plus riche d’Amérique du sud après le Brésil, est sur le point de vivre d’importants changements et c’est drôlement intéressant d’écouter le point de vue des Chiliens sur toutes ces questions. Parce qu’ils sont bavards les Chiliens, surtout après quelques Pisco sour…

Christchurch, la ville fantôme

Après avoir jeté un dernier coup d’œil par-dessus mon épaule et poussé un dernier soupir (pfff… qu’est-ce que c’est… oui, bah, c’est bon, on a compris !), Ben et moi, on a repris la route, direction Akaroa.

Akaroa, c’est un petit village tout au bout de la péninsule de Banks, à une heure de Christchurch. C’est là que j’ai décidé de passer ma dernière soirée en tête à tête avec Ben. Parce que oui, ça y est, après 18 nuits (un record de longévité dans le même lit en ce qui me concerne), il va être temps de nous séparer. Après avoir roulé le long de la côte toute la journée, on débarque donc à Akaroa. Et là, surprise, tous les noms des hôtels sont en français (Chez La Mer), tout comme les magasins de souvenirs (Pot-Pourri), et même les rues (Rue Jolie). C’est qu’en fait, Akaroa a été la première colonie française en Nouvelle-Zélande après que le capitaine Jean  Langlois l’eut achetée aux Maoris en 1838. 63 colons furent alors envoyés en 1840 mais seulement quelques jours avant leur arrivée, les Anglais paniqués, plantèrent leur drapeau sur la péninsule et y déclaraient la souveraineté de la couronne britannique. Si les Français étaient arrivés 2 semaines plus tôt, la face de la Nouvelle-Zélande en eût été changée… Ils s’installèrent quand même à Akaroa mais en 1849, leurs terres furent revendues à la New Zealand Company (qui gérait déjà tout le reste) et de nombreux colons britanniques arrivèrent. Reste que la ville garde un petit parfum nostalgique de son ancienne nationalité.

En soit, la ville n’est pas extraordinaire mais la route pour y arriver vaut vraiment le détour. Une petite route de montagne qui serpente sur les pans du volcan qui forme la péninsule, des à-pics sur des criques désertes de sable blanc, des oiseaux à la pelle, des moutons partout et en toile de fond, le Pacifique sud… Pfff… oui, bon, ça va, on a dit !

Le lendemain matin, après avoir refait mon sac (j’avais presque failli oublier comment il fallait empiler tout mon foutoir dedans pour que ça ferme du premier coup, dis donc !), passé un petit coup de balayette à l’intérieur de Ben et vidé le frigo, on a donc pris, la mort dans l’âme, la direction de Christchurch. Mais pour faire durer le plaisir, plutôt que de prendre la même route que la veille, j’ai décidé de passer par le nord de la péninsule pour jeter un œil à 2 ou 3 petites criques merveilleuses qui bordent la route. Enfin… la route. Le chemin plutôt. Parce qu’en fait, les bétonneuses ne sont jamais arrivées jusqu’ici et c’est donc sur un petit chemin d’abord en gravier puis en terre et qui se rétrécit à vue d’œil que je me retrouve. J’y croise quelques possums (morts, comme d’habitude, de toute façon, ces bestioles ne naissent que pour se retrouver en format galette sur un bord de route), une flopée de moutons mais heureusement, aucun autre véhicule. Je me dis juste que c’est vraiment pas le moment de crever parce que personne ne pourra venir me chercher là et à tous les coups, mon téléphone ne capte pas. Mais après une bonne heure à grimper péniblement le long du volcan, on finit par retrouver une route, une vraie, et on avale les derniers kilomètres jusqu’à Christchurch.

Là, je claque une dernière fois la portière de Ben, je rends les clés et je remets mon sac sur mon dos (ça aussi, j’avais failli oublier…). Et à un jet de bus de là, je me retrouve dans le centre-ville de Christchurch.

Christchurch, comme son nom l’indique, a été fondée en 1850 comme une colonie de l’Eglise britannique. Jusqu’au début du XXIème siècle, c’était la deuxième plus grande ville du pays. En septembre 2010, un séisme de magnitude 7,1 sur l’échelle de Richter secoua la ville. Les dommages furent gigantesques et miraculeusement, personne ne fût tué. Mais 6 mois plus tard, en février 2011, un deuxième séisme ébranla la ville et cette fois, 185 personnes y perdirent la vie. Depuis, la région a été régulièrement victime d’assez forts tremblements de terre : en juin 2011, décembre 2011 et janvier 2012. Depuis, l’activité sismique semble s’éloigner dans le Pacifique et diminuer en intensité. Christchurch est donc en pleine reconstruction. Toute la ville. Partout. Tout un quartier est même complètement inaccessible. La cathédrale, symbole de la ville, a été démolie après plusieurs tentatives de rénovation. Le tramway ne circule plus. La plupart des boutiques sont fermées et ont été relogées dans des containers le long de la rue piétonne.

D’ailleurs, il n’y a personne. C’est comme si tout le monde avait fui la ville et laissé ces grandes rues à l’abandon. Je croise juste quelques familles au Botanic Garden, quelques étudiants à la terrasse des cafés-containers mais il règne ici une ambiance très particulière…

Du coup, c’est sans regret que je rentre faire mon sac (encore…) et me plonger dans le Lonely Planet du Chili. Mañana es una nueva aventura !

Photos ici.

T’es cap ou Tekapo ?

(Oui, je sais, c’est nul, mais j’ai les neurones englués dans le sucre, c’est pas ma faute…)

Une fois que j’ai englouti mon quintal de chocolat, j’ai roulé (c’est le cas de le dire) avec Ben jusqu’à Moeraki, un petit village de pêcheurs sur la côte quelques kilomètres plus loin. Sur la plage de Moeraki se trouvent des formations rocheuses étonnantes. Enfin, ça, c’est à marée basse. Parce qu’à marée haute, la plage, elle n’est plus là, restent les dunes. Comme le timing ne peut pas toujours être parfait, j’ai bien failli sauter à pieds joints dans la vase. Et puis, comme quelqu’un quelque part avait dû décider que j’avais eu mon quota de bonnes choses pour la journée, il s’est remis à pleuvoir…

Le lendemain matin, après avoir vérifié les horaires des marées et accompagnée par un soleil radieux et un ciel (presque) sans nuage, je suis donc retournée sur la plage. Et là, j’ai compris pourquoi tout le monde se précipite ici. Il s’agit de contempler les restes d’une partie de pétanque dinosauresque. « Alors ? Tu tires ou tu pointes ? » Visiblement, y en a un ou deux qui ont pointé, sauf que la pierre, ça ne rebondit pas, ça se brise. Mais c’est rigolo. On se demande bien pourquoi ces pierres sont toutes rondes, toutes lisses, toutes bizarres à l’intérieur et surtout comment elles sont arrivées ici.

J’ai décidé ensuite d’aller dire au revoir au Mount Cook. Les nuages semblaient loin, j’avais été obligée d’enlever ma polaire sur la plage tellement il faisait chaud, je me suis dit que pour une fois, je verrai les sommets de ces foutues montagnes. Alors j’ai quitté la péninsule d’Otago et après un petit arrêt à Oamaru, capitale du Steampunk (un art étrange qui consiste à fabriquer des machines à remonter le temps ou à autre chose à vapeur) dont le centre-ville abrite les plus beaux bâtiments victoriens de Nouvelle-Zélande (et les plus mauvais croissants), j’ai pris la route des lacs.

La Nouvelle-Zélande, c’est pas si large. Alors dès qu’on tourne le dos à la mer, les montagnes apparaissent. Mais avant de se retrouver le nez dans les virages en épingle, on traverse de grandes plaines, grandes et vides. Apparemment, y a quand même quelques Maoris qui sont passés par là quelques centaines d’années avant et qui ont laissé quelques peintures rupestres mais honnêtement, faut avoir des rayons X à la place des yeux pour apercevoir la moindre trace de quoi que ce soit.

Et puis, soudain, on y est. Après une large courbe, il apparaît. Bleu fluo, immense, encerclé par les montagnes, beau à couper le souffle (comme d’hab), le lac Pukaki. D’ailleurs, ils ont bien prévu le truc. Juste après le virage, y a le Information Center et un parking grand comme 2 terrains de football parce que tout le monde s’arrête pour prendre LA photo. Faut dire qu’après 2 heures de route dans la cambrousse déserte uniquement parsemée de moutons, ça fait un sacré contraste. Et en plus, comme si ça ne suffisait pas, juste en toile de fond, comme si tout ça avait été prévu pour leur servir d’écrin, les neiges du Mount CookPfff… qu’est-ce que c’est bôôôôôô…

Mais moi, tout ça, ça ne me suffit pas. Alors je roule encore quelques kilomètres pour me retrouver devant la seconde merveille du jour, le lac Tekapo. Bon, bah, c’est tout pareil sauf qu’en plus, des arbres jaunes, orange et rouges bordent le lac et que le camping s’étend jusqu’à la rive. Je peux donc contempler le spectacle couchée à l’arrière de Ben. Et quand la nuit tombe, c’est encore plus fantastique. Comme le lac est un des endroits du monde les plus éloignés de toute ville aux alentours, l’endroit est assez réputé pour l’observation des étoiles. Faut dire qu’il en est plein, le ciel, d’étoiles. Plein, plein, plein, archi-plein. Et rien n’est à la bonne place, foutu hémisphère sud ! Bon et puis de toute façon, au bout d’un moment, il fait bien trop froid dehors et bien trop meilleur sous ma couette, alors rideau !

Le lendemain matin, je grimpe sur le Mount John qui surplombe le lac histoire de m’offrir un petit panorama des alentours : le lac Tekapo, toujours de ce bleu qui pique les yeux, la plaine, jaune d’or, et les montagnes dans le fond avec les sommets saupoudrés… pfff… qu’est-ce que c’est bôôôôô…Et je vous parle même pas de la toute petite église du Bon Berger (qui n’a rien à voir avec le Bâton), toute en pierre, posée sur la rive avec une immense baie vitrée pour que tu regardes le paysage pendant que tu fais semblant d’écouter le sermont du dimanche matin (quoi ? tout le monde sait que tu fais semblant d’écouter !)…

Malheureusement, c’est bientôt la fin de toute cette beauté. Il est grand temps de se retrouver la civilisation et de se diriger vers Christchurch parce que dans 48 heures, je fais le grand saut… Est-ce que l’avion tombe dans le vide quand il arrive au bout du planisphère ?

Photos ici.

AL et la chocolaterie

Les pingouins, les falaises, les bourrasques de vent et les rafales de pluie, tout ça, c’est bien joli mais si je voulais aller passer des vacances en Bretagne, c’était pas la peine de se donner tout ce mal…

Alors, je reprends la route (ou plutôt la piste caillouteuse, parce qu’ici, dans les Catlins, c’est visiblement trop loin pour faire venir du goudron) et je remonte la côte est jusqu’à Dunedin.

Stop. Faisons une pause quant à la prononciation improbable de ce patelin. Non, c’est plutôt une ville. Une assez grosse même. Enfin… pour la région. Bref, quand vous lisez ce nom sur la carte, vous faites comme moi, vous dites Du-neu-dine. Je vous suggère alors de demander à un type du coin si vous êtes bien sur la bonne route, celle qui va à Dunedin. Au regard perplexe qu’il vous lance, vous comprenez qu’il y a un problème avec le nom de la ville. Alors vous tentez Du-neu-daïne ? Du-ni-dine ? Deu-ni-dine ? Et là, vous apercevez une lueur dans le regard de votre interlocuteur : il vient de comprendre de quoi vous parlez. « Aaaaah ! Deuill-naaaaï-din ! » Mouais… c’est ça, c’est ce que je viens de dire, quoi ! Bref, mieux vaut lire les panneaux attentivement parce que vous serez incapable de reconnaître ce mot dans votre prochaine conversation.

En début d’après-midi, j’atteins donc Dunedin. Et sous le soleil, s’il vous plaît ! (C’est suffisamment rare pour être noté.) Dunedin, c’est donc une ville plutôt jolie avec des petits immeubles et une grande place centrale autour de laquelle s’enroulent des cafés et des types qui jouent de la guitare. Y a de jolis bâtiments de l’époque victorienne, une belle église, une petit gare Playmobil (si, si, on dirait vraiment la gare Playmobil) et… l’usine Cadbury. Le premier qui demande « c’est quoi Cadbury ? », je lui fais avaler une boîte de Fingers… avec le papier ! Of course, l’usine Cadbury se visite. Alors pour la science et pour mon amour de l’agro-alimentaire (qui a ri ?), je m’inscris à une visite le lendemain. Ah oui ! Parce que ne crois pas que tu vas te pointer comme ça, la bouche en cœur, et que tu vas pénétrer au paradis comme ça ! Non, ma bonne dame ! Faut ré-ser-ver ! Et ils sont very busy ! Mais heureusement, il leur reste une petite place le lendemain matin à 10h…

En attendant, je pars faire un tour à Tunnel Beach. D’abord, je comprends pas bien. La route pour aller à Tunnel Beach, elle grimpe, elle grimpe, elle grimpe le long de la falaise comme si la plage allait se trouver là-haut. Même le parking est en haut. Et puis, je réalise : la plage, elle est tout en bas évidemment. Va falloir tout dégringoler pour aller voir ce qui s’y passe… Descendre, c’est pas un problème, mais comme ils n’ont pas installé d’ascenseur pour remonter… Mais je ne suis pas une chochotte (et en plus, je croise 2 mamies qui remontent en papotant tranquillement comme si de rien n’était), je me lance. Et bah c’est drôlement joli. C’est un peu le Etretat de la Nouvelle-Zélande. Et caché tout en bas, il y a le fameux tunnel. Percé dans la roche, à peine assez haut pour que je m’y faufile, bien noir et glissant… que du bonheur ! Et au bout du tunnel… la plage ! Une toute petite plage qui n’existe qu’à marée basse (je te conseille pas de te retrouver dans le tunnel quand la marée remonte) et tellement encaissée dans la falaise que même les plus petites vaguelettes font un fracas du tonnerre quand elles roulent jusqu’à mes pieds. Impressionnant.

Je remonte au-dessus de la plage, j’essaye de faire tomber des mouettes dans les vagues mais c’est moi qui manque aller m’écraser un peu plus bas et puis quand le soleil se cache derrière les falaises, je remonte… péniblement, en râlant, pestant, crachant mes poumons, mais je remonte.

Et je me dis que heureusement qu’il n’a pas fait beau les 10 derniers jours parce que la Nouvelle-Zélande, c’est simplement trop beau. Trop de paysages grandioses. Tout simplement trop. Je me dis que c’est pas étonnant que les Kiwis ne quittent pas tellement leurs îles. Moi aussi, si j’habitais là, je me dirais que vu que je suis dans le plus bel endroit du monde, y a peu de chance de trouver mieux ailleurs. Mais comme dit le poète (pouet !), tant de beauté, ça lasse…

Le lendemain matin, à 10h pétantes, je suis devant la porte de Cadbury. Evidemment, comme chez Willy Wonka, on n’a pas le droit de faire de photos à l’intérieur de l’usine, c’est bien trop top secret. Et puis de toute façon, ça ne retranscrirait pas le meilleur… l’odeur ! Tellement sucrée que c’en est presqu’écœurant ! Parce que c’est bien ça le problème du chocolat Cadbury, y a bien trop de sucre dedans. Non pas que j’aime pas le sucre, mais là, c’est à la limite du raisonnable. Pour ne rien gâcher, ils mettent dans leurs barres chocolatées des petits morceaux de Smarties ou de bonbons gélifiés, on frôle le coma diabétique ! Mais en attendant, quand ils font tomber 1 tonne (1 tonne !) de chocolat liquide du haut du grand silo, tu plongerais bien la tête la première dedans… Pour être sûre que le visiteur soit impartial, toutes les 2 minutes, on lui fourre dans la bouche des petits morceaux de la production du jour, comme ça, il ne pose pas de question (il a la bouche pleine) et il trouve que Cadbury, c’est vraiment géniaaaaaaal… Moi, je dis que ça vaut pas Patrick Roger mais bon, on va encore dire que je fais ma snobinarde !

Photos ici.

Ouh ! Pinaise…

… ça y est, on y est !

Aujourd’hui est un jour important.

Depuis aujourd’hui, je rentre à la maison dans moins de jours que ceux passés depuis que je suis partie.

Autrement dit… ON EST A LA MOITIE DU VOYAGE !!!

Ca passe tellement vite, c’est à peine croyable… Je trouvais que les années filaient quand je travaillais mais là, y a une sévère accélération du chronomètre. Du coup, je sais plus quoi faire : travailler ou ne pas travailler, telle est la question…

Cela étant dit, fallait s’en douter, je suis sur le point de passer de l’autre côté du planisphère et je m’apprête à vivre 2 fois la même journée (je vous expliquerai ça plus en détail très bientôt), de quoi perturber mon horloge interne !

Allez, hasta luego amigos !

Oui, je vais devoir me mettre à l’espagnol aussi. L’aventure, toujours l’aventure !

Au bout du bout du monde

Queenstown, c’est mignon, certes, mais c’est un peu la capitale des sports de plein air alors quand l’air est plein d’eau, ça a tout de suite beaucoup moins d’intérêt. Alors, je me dis, on tente le tout pour le tout, filons vers le sud, encore plus au sud, toujours plus au sud. Mais avant d’arriver au bout (du monde), je suis passée par la Karawau Gorge, une superbe gorge (comme son nom l’indique) creusée par la Karawau River (comme on aurait pu s’en douter) et qui elle aussi, a droit à son quart d’heure de gloire dans le Seigneur des Anneaux. Bon, j’ai pas exactement reconnu l’endroit (faut dire que sans GPS, la géolocalisation précise du lieu de tournage était assez difficile à repérer sur la carte du Lonely Planet…) mais j’ai pu voir des cinglés se jeter dans le vide depuis un pont avec un petit élastique enroulé autour des chevilles. Ça aurait presque pu me donner envie mais, heureusement, comme tout en Nouvelle-Zélande, les tarifs prohibitifs m’ont retenue… Mais y avait vraiment que ça, hein, croyez-moi !

La route qui descend jusqu’à la pointe sud de l’île n’est pas bien palpitante. Enfin, si. Elle est magnifique, elle longe des petits cours d’eau bleu fluo, y a des sommets enneigés en toile de fond et les arbres éclatent de couleurs d’automne qui brûlent la rétine. C’est splendide. Oui mais voilà. Deux semaines à ce régime et moi, je trouve ça… mouais, bof, c’est sympa, mais on va pas en faire tout un fromage non plus. Je me filerai des claques.

En parlant de fromage, je traverse la Gibbston Valley, réputée pour les vignes et les caves qui la constellent. Comment ça vous voyez pas le rapport ? Bah si ! Quand on boit du bon vin, qu’est-ce qu’on mange avec ? Et bah oui ! Du fromage ! Et là, comme par hasard, un panneau « Winery & Cheesery » croise ma route. Comme j’en suis pas encore au point au je m’achète des bouteilles de vin à picoler toute seule, je me rabats sur le fromage (et puis le cheddar plastifié, ça va 2 minutes, mais là, j’ai eu ma dose…). Ils se défendent plutôt bien les Kiwis niveau fromage… Ils font du simple crème, double crème, triple crème, triple pontage à la sortie de la ferme ! Alors, j’en profite pour goûter quelques spécialités. Rien qui vaille un bon munster mais de la chèvre qui fleure bon l’herbe. Bah quoi ? Puisqu’on peut pas admirer les paysages, autant se consoler avec un peu de gastronomie !

Alors pour ne rien laisser passer des spécialités locales, je m’arrête à Gore, capitale de la country music (comme son nom ne l’indique pas), où je déguste une mince pie, une tarte remplie de bœuf miroton et recouverte de pâte feuilletée (pour pas que le bœuf miroton déborde). Un peu… gore… mais nourrissant !

Et puis, d’arrêts gastronomiques en pauses photo-sandwich-essence, je finis par y arriver… Au bout du bout du monde… C’est pas compliqué, si je continue tout droit, je tombe dans l’océan (il est froid par ici il paraît) et puis si je me débrouille pour nager jusqu’à la rive d’en face, je risque d’être accueillie fraîchement par des troupeaux de manchots : en face, c’est l’Antarctique. Quelque part entre les deux, un petit confetti français qui se balade : la Terre Adélie. Et je réalise qu’en fait, on n’est pas si au sud que ça.

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Je me demande bien comment la Terre fait pour ne pas basculer la tête à l’envers comme un vulgaire Culbuto puisque les trois quarts des terres sont agglutinées au nord… ?

N’empêche que ça a quand même un petit goût de banquise tout ça parce que sur la plage, je croise quelques yellow-eyed penguins. Les plus rares du monde, oui Madame ! Je les regarde jouer à la marche de l’empereur, se curer les dents mutuellement (oui, quand t’es un pingouin, t’as besoin que quelqu’un vienne te picorer le fond de la gorge parce que t’as clairement les bras trop courts pour tenir un cure-dents…) et chantonner des berceuses pour leurs bébés. Ils sont kromeugnons… En plus, sur leur plage, c’est pas facile, y a des troncs d’arbres pétrifiés depuis des millions d’années, ça leur facilite pas la tâche.

Alors voilà. Maintenant que je suis là, au bout du bout du monde, je ne peux plus aller plus loin. Et force est de faire le constat suivant : si je ne peux plus aller plus loin… il me reste plus qu’à revenir ! A partir de maintenant, chaque étape me rapprochera du point de départ. Houhou… Drôle d’impression.

Alors je reste un peu là, en équilibre, au bord de la falaise, à écouter les vagues qui s’écrasent 20 mètres plus bas, je regarde à gauche, c’est le Chili, à droite, c’est l’Argentine, je respire un bon coup et je tourne les talons… Heureusement, il me reste encore une bonne moitié du monde à arpenter avant de rentrer !

Photos ici.

Chercher de l’or

Après m’être suffisamment gelée les fesses être redescendue de mon glacier, j’ai poursuivi la route vers le sud, toujours plus au sud.  Je suis donc allée à Wanaka. Et pourquoi pas aller directement à Queenstown, me direz-vous ? (… je sais bien que vous n’avez aucune d’idée d’où est Wanaka, hein, et peut-être pas mieux pour Queenstown, j’essaye juste de vous faire participer un peu !) Et bien parce que il y a suffisamment de choses à voir et à faire pour  y consacrer la journée. Enfin ça, c’est vrai quand il fait beau. Parce qu’on en revient toujours à la même chose : quand la bande sonore de ta journée est le chpouic-chpouic de tes essuie-glaces… ça finit par te rendre ronchonchon.

En route, je m’arrête acheter un beau morceau de saumon dans une ferme aquacole. Il était temps, la ferme est à vendre, le saumon, ça ne rapporte visiblement pas assez (à moins que ce soit le fait que la ferme soit cachée dans un virage sur une route paumée au fin fond de la cambrousse…). Pour vous dire où j’en suis, c’est le « highlight » de la journée, youpi, je vais manger du poisson, j’en avais pas mangé depuis… depuis… j’me rappelle même plus quand ! Voilà où ça mène d’entendre chpouic-chpouic toute la journée…

En plus, la balade que j’avais repérée dans le Mount Aspiring National Park est temporairement fermée parce que soi-disant, ils sont en train de refaire un pont et il n’est pas envisageable de traverser la rivière à la nage… J’vais les emmener se promener dans la jungle thaïlandaise, moi, ça va pas faire un pli ! Et puis le Wanaka Lake, il est bien joli, on pourrait au moins se balader autour, mais je commence à en avoir un peu ras la casquette de devoir déployer tous les soirs des trésors d’ingéniosité pour transformer Ben en séchoir géant. Alors du coup, je fais le tour des campings qui sont scandaleusement chers et je finis par aller bouder loin de la ville, au bord du lac, dans un camping au bout d’une petite piste gravillonnée. Ça a beau sembler être au milieu de nulle part, y a le wifi et un sèche-linge alors j’en profite pour faire ma lessive et je me colle devant les premiers épisodes de Game of Thrones en m’enroulant dans un châle et en buvant du thé (oui, des fois, c’est pas parce qu’on fait un tour du monde qu’on ne fait que des trucs qu’on ne pourrait pas faire chez soi, tranquillement vautré dans son canapé). L’erreur fatale… Au début, je trouve quand même que ça saigne un peu beaucoup là-dedans mais après le deuxième épisode, je suis complètement accro et il me faudra une sacrée dose de volonté pour ne pas avaler toute la première saison d’un coup. Pourtant, la pluie qui tambourine sur Ben m’aurait donné une très très bonne excuse…

Le lendemain matin, … miracle ! j’aperçois un carré de ciel bleu. Je saute dans mes baskets et je pars à l’assaut du Diamond Lake. Bon, le Diamond Lake, il est tout petit, il est mignon mais en soi, il n’a pas grand intérêt. Ce qui en a bien plus, c’est de grimper sur la montagne d’à côté pour admirer le Wanaka Lake et les environs. Bon, normalement on voit aussi le Mount Aspiring. Mais y a beau avoir un bout de ciel bleu, les nuages sont encore bien trop lourds et bien trop bas pour qu’on aperçoive le sommet de quoi que ce soit ! En redescendant, je prends le chemin de Queenstown et pour changer de disque (ça fait 2 semaines que j’ai le même CD qui tourne en boucle dans l’autoradio de Ben…), je prends une auto-stoppeuse… française ! Elle s’appelle Marion, ça fait 2 ans qu’elle habite à Wanaka, elle travaille dans la station de ski juste à côté et là, elle va à Queenstown pour une fête de fin de saison, et elle va aussi retrouver son frère qui est venu lui rendre visite avant de retourner en France chez ses parents en Savoie où elle veut faire la saison d’été en Suisse et… wow ! elle est plus bavarde que moi ! Mais elle est rigolote, elle adooooore la Nouvelle-Zélande et elle est hyper déçue que je ne découvre pas tout ça sous le soleil « parce que c’est vraiment trooooop beau… ». Je sais, on me l’a répété assez souvent, j’ai bien compris que j’ai pas choisi la meilleure saison… Et bah tant pis, ça me donnera une bonne excuse pour revenir ! Et na !

Bref, en arrivant à Queenstown, je dépose Marion et je récupère ma vieille copine la pluie… Le centre-ville est plutôt joli mais ce n’est qu’un alignement de restos et d’agences de parapente-vtt-saut-à-l’élastique-kayak-rafting. Alors je me dis qu’il est temps que je tente ma chance et je vais visiter Arrowtown, à quelques kilomètres de là.

Arrowtown est une toute petite ville qui a vu le jour en 1860 après qu’on ait découvert un peu d’or dans la rivière. Aujourd’hui, il reste près de 60 bâtiments en bois de l’époque et les vestiges d’une colonie chinoise. Parce qu’à l’époque, beaucoup de Chinois, sont venus, comme moi, tenter leur chance en passant la rivière au tamis. On ne peut pas vraiment dire qu’ils aient été bien accueillis. Pourtant, ils ont réussi à sortir plus de lingots de cette rivière que tous les autres chercheurs d’or. Ça n’a pas dû les aider à se faire accepter non plus… Mais en fait, ils s’en fichaient royalement, ils voulaient juste gagner assez d’argent pour retourner vivre comme des nababs dans leur pays.

J’ai peut-être pas trouvé d’or mais j’ai trouvé le Remarkable Sweet Shop. Remarkable parce qu’autour de Queenstown se situe la chaîne de montagnes du même nom. Il paraît. Moi, j’ai rien vu. Par contre, j’ai failli attraper un torticoli à essayer de compter le nombre de bonbonnières sur les étagères. Afin de vous rendre compte de ce qu’il se passe à l’autre bout de la terre et uniquement dans ce but journalistique, j’ai donc acheté quelques sucreries empaquetées dans du papier kraft… Bah, quand y a marqué « Barnetts Rhubarb Mega Sour », vous pouvez me croire, c’est MEGA sour

Et puis je suis retournée à Queenstown où j’ai loupé Tête de Chat qui en avait plein les bottes de cette météo pourrie et qui avait décidé de mettre les voiles à l’ouest. Moi, je suis restée là et j’ai passé la soirée à maudire les sites internet de prévisions météorologiques qui te mettent dans la même case un petit soleil, un petit nuage et 2 bonnes gouttes de pluie… Tu prends ce que tu veux, y aura un petit peu de tout ! Pfff…

Photos ici.

Chausser les crampons

Evidemment qu’il ne s’agit pas de football. Vous m’imaginez, moi, courant derrière une ba-balle avec 21 autres types en short ? Beckham a beau avoir quelques arguments, faudrait vraiment que ce voyage m’ait retourné le cerveau…

Malheureusement, il ne s’agit pas non plus de rugby. Ça serait pourtant de bon ton et je ne désespère pas d’assister fortuitement à une partie de jeu de massacre mais pour l’heure, il n’en est point question.

Non… c’est tout aussi sportif et ça peut aussi être fort dangereux, aujourd’hui, je pars à l’assaut du Fox Glacier et pour ça, je me greffe une paire de crampons parce que la glace… ça glisse.

Je dois vous avouer que ce matin, quand le réveil a sonné et que ça faisait déjà plus d’une heure que j’étais réveillée à cause du plic-ploc incessant au-dessus de ma tête, j’étais pas hyper motivée à l’idée d’aller passer la journée dans le froid et la pluie à crapahuter sur des glaçons géants en prenant le risque de tomber dans une crevasse. Non, j’étais pas emballée.

Mais Internet est un outil fantastique. Non seulement tu peux réserver ton excursion à l’avance mais en plus, tu la payes à l’avance donc tu te dis que y a pas moyen de pas y aller, t’as quand même donné 165NZ$ à un guide, va falloir sortir de Ben pour aller faire sa connaissance. Et puis la vie n’est pas si injuste, il arrête de pleuvoir. Juste le temps de s’habiller, de prendre son petit-déj et de se brosser les dents. Mais bon, maintenant que t’es prête, tu vas pas te recoucher.

Chez Fox Guiding, ils ont tout prévu. Tu peux arriver en short et en tongs, ils te filent le pantalon anti-pluie, la polaire, les gants, les chaussettes, les chaussures de rando, la veste et les crampons. Moi, je ne suis pas une assistée, j’avais juste besoin du pantalon anti-pluie et des crampons. On est une petite vingtaine à s’infliger l’ascension du glacier ce matin (enfin l’ascension… une partie de l’ascension, hein, ne vous méprenez pas, Frison-Roche n’est pas de la partie non plus…). Alors le temps d’équiper tout le monde et de nous expliquer comment va se dérouler la journée, la pluie s’arrête à nouveau. Vous voyez que ça va bien se passer !

Tout le monde grimpe donc dans le bus qui nous dépose 2kms plus loin au parking d’accès au glacier. Après une « marche d’approche » de 30 minutes dans la vallée glaciaire (en « U », c’est comme ça qu’on sait que c’est une vallée glaciaire et pas une vallée creusée par une rivière qui serait en « V », elle), on aperçoit enfin la langue du glacier. Et là, c’est autre chose que le Franz Josef ! C’est grand, c’est haut, c’est plein de crevasses et les gens qui sont dessus ont l’air tout petits dis donc… Alors certes, le ciel est gris, le vent rafraîchit bien l’atmosphère mais hauts-les-cœurs ! on enfile ses crampons et on s’élance sur le monstre…

Au début, on n’est pas très confiants, on dirait une couvée de pingouins qui batifole sur la banquise. Mais au bout d’un moment, ça s’organise et même si les guides passent leur temps à nous hurler dessus « Marchez DERRIERE moi ! », on s’en sort pas trop mal. Le problème, à partir du moment où tu es en groupe, c’est que les premiers doivent toujours attendre les derniers. Et pendant que tu attends, tu ne grimpes pas sur ce foutu glacier et surtout, tu te refroidis. Mais quand même, ça reste impressionnant de gambader sur toute cette glace en mouvement (on entendra un ou deux craquements suspects et quelques éboulis de pierres sur les falaises autour mais rien de sérieux). Et quand on passe à côté de ceux qui ont pris l’option « piolets et escalade », on se laisserait bien tenter… Une prochaine fois ! En attendant, on redescend en prenant bien soin de ne pas s’emmêler les crampons.

Et là, parce que le monde est finalement ridiculement petit, je tombe sur… Tête de Chat ! Himself ! Tête de Chat, c’est un de ceux qui m’ont fait dire « Mais au fait… et si je faisais le tour du monde ? ». Alors se croiser là, au détour d’un petit sentier, c’est une drôle de surprise. Sauf que moi, le bus qui nous ramène en ville m’attend et eux, ils vont voir le glacier. Alors on se donne rendez-vous dans 2 jours à Queenstown et on se dit « A+ ». J’en reviens toujours pas d’être tombée sur eux…

C’est la fin de l’après-midi et le ciel semble s’éclaircir. Avant qu’il fasse nuit, je décide donc d’aller faire un tour au Lake Matheson, à quelques kilomètres de là, fameux pour son effet miroir et le panorama fabuleux sur les deux sommets les plus haut perchés du pays : le Mount Tasman (3498m) et le Mount Cook (3755m). Et là… j’ai droit à 10 minutes montre en main de ciel bleu et les nuages s’écartent juste assez pour me laisser le temps de faire 3 photos de ce paysage grandiose et pof ! toute cette beauté disparaît à nouveau dans la purée de pois. J’ai même droit à quelques gouttes de pluie sur le chemin du retour. Bah… j’avais failli oublier comment ça faisait quand le soleil brille et que le ciel est bleu ! Parce que c’est vrai que le décor est assez fantastique mais quand en plus, on a les sommets enneigés derrière et le ciel bleu, c’est juste… wow ! fabuleux…

Alors même si encore une fois, j’ai été obligée de me calfeutrer dans le ventre de Ben après le dîner (parce que regarder les étoiles, ça, non, il n’en n’est pas question), c’était une belle journée. Vraiment.

Photos ici.