Quelque part entre le Rohan et le Gondor

Si tu viens en Nouvelle-Zélande et que t’as pas vu la trilogie du Seigneur des Anneaux, c’est un peu comme visiter Paris et ne pas passer chez Ladurée : tu loupes quelque chose. Pas tant pour l’histoire (même si l’histoire est géniale, aucun rapport) mais parce que les films ont été tournés ici et que ce n’est qu’une succession de cartes postales du pays.

Alors je me suis faite une petite piqûre de rappel (voilà à quoi servent les longs après-midis pluvieux…) et je me suis mise en quête de reconnaître quelque chose. Pour ça, je me suis dit qu’il fallait arrêter de longer la côte et chercher des montagnes. Alors, j’ai traversé l’île. De part en part. C’est pas complètement dingue, ça ne fait que 300kms de large. Ça te prend quand même la journée parce que la route n’est pas toute droite et pas toute neuve.

Le truc, c’est que j’ai pas dû choisir de traverser au bon endroit. J’ai croisé des moutons, des vaches, encore des moutons, des oiseaux qui n’ont tellement pas l’habitude de voir passer des voitures qu’ils restent sur la route (… oui, certains connaissent une fin tragique), encore plus de moutons et oui, je le dis, il y a plus de moutons dans ce pays que d’hommes ! Mais pas la moindre trace d’une montagne. A un moment, la route s’appelait bien la Lewis Pass Highway (ça passait donc par un col, attention, altitude au moins 907m) mais j’ai attendu, attendu et attendu que ça se mette à grimper un peu et rien n’est venu. Ça n’empêche que c’était joli, hein, mais j’étais un peu déçue. Du coup, le soir, je suis arrivée à Greymouth, de l’autre côté de l’île, sur la côte ouest, j’ai regardé au loin et je me suis dit qu’en face, y avait la Tasmanie (puisque la mer s’appelle la Tasmanian Sea à cet endroit…). Et puis j’ai tourné la tête à droite, y avait des gros nuages qui disaient « Devine quoi ? Il va pleuvoir ce soir… ». « Pfff… »  j’ai répondu et j’ai tourné la tête à gauche. Et là… y avait des montagnes…. Pas des collinettes, non non, des vraies grosses montagnes… avec de la neige dessus… Alors j’ai souri.

Mais comme je voulais pas gâcher le spectacle, j’ai passé la nuit à Greymouth (sous la pluie, bien entendu). Au petit matin, je suis retournée sur la plage pour vérifier que les montagnes étaient toujours bien au bout, j’ai fait faire une crise cardiaque à un lapin qui se trouvait là (depuis quand les lapins ça vit sur les plages ?), j’ai fait le plein d’essence et de sauce tomate et j’ai filé vers les montagnes. Dans le sud-ouest de la Nouvelle-Zélande se trouve donc une chaîne de montagnes que, manquant cruellement d’imagination, ils ont appelé les Southern Alps. La particularité de ces Alpes locales, c’est qu’elles regroupent le plus haut sommet du pays (le mont… Cook, évidemment, 3755m quand même) et des glaciers incroyablement bas (Franz Josef et Fox qui descendent jusqu’à 200m).

Et c’est pas n’importe quelles montagnes… Au sommet de ces montagnes, se trouvent les feux d’alarme du Gondor… Comment ça, keskecé le Gondor ? Bah, c’est le royaume des gentils-beaux-gosses !! Et quand ils sont attaqués par les méchants-très-moches (mais alors vraiment très très moches), ils préviennent leurs alliés du Rohan en allumant des feux le long des crêtes des Montagnes Blanches. Et bah j’y étais !!! Et j’étais pas peu excitée d’y être. C’est vrai, moi, des films comme ça, j’ai envie de croire que ça existe pour de vrai. Et que quelqu’un va écrire la suite pour que ça continue encore et encore. Et que je pourrai continuer à me prendre pour Frodo, à traquer Golum ou à ricaner avec un air maléfique en murmurant : « Mon Préééciiiiiiiieux… »

Pour l’heure, personne n’attaquant personne, on n’a pas allumé de feux de camp. Mais puisque j’étais là, je suis allée inspecter l’état du Franz Josef Glacier. Alors là, je vais faire ma snobinarde mais franchement, y a des trucs plus impressionnants en Islande. Là, tu vois à peine la langue du glacier, c’est tout moche, tout plein de cailloux et de terre, la glace est toute cracra et en plus y avait un vent à décorner les bœufs, j’ai failli m’envoler. Bref, déception. D’autant plus que c’est LE glacier sur lequel tout le monde s’extasie. Moi, j’ai pas été emballée et le ciel gris et les nuages qui cachaient les sommets aux alentours n’ont surement pas aidé.

Du coup, après avoir lutté contre les bourrasques, j’avais un peu de temps à tuer. Je me suis dit que j’allais me faire épiler les mollets. Oui, parce que être obligée d’attendre qu’il fasse nuit pour aller barboter dans le hot pot c’est sympa mais c’est pas tip top et y a que chez les Hobbits qu’on se fait des tresses sur les tibias. Alors, je me trouve un petit resort genre chalet où il y a un spa et je m’allonge sur la table des opérations. C’est quand Dennis (mon therapist, c’est comme ça qu’il s’est présenté) m’a dit qu’il était philippin que j’ai senti que les choses se gâtaient… Dennis n’est pas l’exception qui confirme la règle : les Asiatiques sont des brouettes dans le domaine de l’épilation. C’est encore ni fait ni à faire, j’ose à peine regarder le résultat mais je dis quand même « Merci Dennis… » et je me dis que c’est quand même à peine croyable qu’il n’y ait pas  une esthéticienne compétente dans toute cette moitié du globe.

Bon, de toute façon, ça tombe bien, ce soir, y a pas de hot pot au camping. Et puis il pleut (encore…) alors après avoir englouti ma dose de pâtes, je me réfugie au creux de Ben et on s’endort en écoutant le plic-ploc sur son toit.

Photos ici.

J’aurais bien besoin d’un coup de main de Laurent Romeijko…

J’arrive à Kaikoura hyyyyyper tard. Dans les standards néo-zélandais, hyyyyyper tard c’est après 19h. Là, il est 20h30. Autant dire que quand j’arrive au camping et que je m’aperçois que la réception est toujours ouverte, je pousse un gros soupir de soulagement (pour rappel, j’ai des tas d’affaires trempées à faire sécher, il fait froid et je rêve d’une bonne douche chaude).

Je jette donc tout dans la machine à laver : le sac à dos (au passage, j’ai découvert qu’il n’était pas, mais alors pas du tout, imperméable), le manteau, les chaussures, la polaire… Et pendant que ça tourne, je me laisse fondre sous la douche.

Il est temps de faire un point sur les campings néo-zélandais ou plutôt les holiday parks comme on les appelle ici. D’abord, il y en a plein. Parfois jusqu’en centre-ville. Du coup, tu ne retrouves pas forcément exilé dans la zone industrielle à 10kms de tout. Ensuite, il y a toujours des camp kitchen. C’est une grande pièce où il y a plusieurs plaques électriques et plusieurs éviers, voire des frigos, et que tout le monde peut utiliser. Il n’y a pas de casseroles ou de vaisselle, c’est à chacun de se débrouiller avec ce qu’il a mais quand il pleut, ou qu’il fait froid, c’est bien sympa. Ensuite, il y a souvent une salle avec une télé et des canapés où tu peux te vautrer. Et puis, il y a bien sûr le bloc sanitaire. Et là, rien à dire, c’est toujours hyper nickel. Je ne garde même pas mes tongs sous la douche. Et cerise sur le cupcake, y a toujours des sèche-cheveux… le bonheur ! Tout ça pour la modique somme de 20NZ$ la nuit (en moyenne mais ça peut être moins cher si tu restes dans les petites villes), soit à peu près 13€. Elle est pas belle la vie ?

Bon, de temps en temps, y a des trucs qui t’agacent. Comme cette pancarte « no shoes in the dryer » alors que justement, t’as bien besoin de les faire sécher tes chaussures… Alors tu sors la carte de la fille qui ne parle pas anglais, tu mets discrètement tes chaussures dans le sèche-linge et tu t’éloignes vite quand elles se mettent à faire un boucan d’enfer en tournant là-dedans. Je sais, c’est mal mais à la guerre comme à la guerre…

Le lendemain matin, je découvre que Kaikoura n’est en fait qu’une grande rue principale bordée de restos, de supérettes, de magasins de bonnets (???) et de tour operators. Il faut dire que Kaikoura n’est célèbre que pour une chose, la profusion de mammifères aquatiques. Ici, il y a pas moins d’un millier de dauphins qui batifolent dans la baie, des baleines, des phoques à fourrure (une espèce qu’on ne trouve qu’ici) et pour faire bonne mesure, une palanquée d’oiseaux comme des albatros ou des pingouins.

On ne vient pas à Kaikoura tous les 4 matins alors j’ai décidé de faire les choses bien. J’ai prévu un petit tour en kayak le matin pour chatouiller les moustaches des phoques et un tour en hélico l’après-midi pour traquer les baleines. Ouais, aujourd’hui, c’est la fête. Sauf que.

Sauf que aujourd’hui, il y a une sacrée brise qui souffle sur la péninsule. La mer est toute agitée, y a des creux de 2 mètres. Alors le gars des kayaks, Ty (oui, c’est son nom, lui non plus, j’y peux rien), il me dit : « Vaudrait mieux reporter ça à cet après-midi parce que le vent va faiblir et on aura plus de chance de voir des animaux. Mais on fait comme tu veux ! ». Bon, bah dis comme ça, on va peut-être bien attendre un peu alors… Du coup, je fais un saut au bureau des hélicos pour voir si je peux décaler la balade. Là, le gars me dit : « Bah, le problème, c’est qu’avec le vent, la mer est trop agitée, on n’arrive pas à repérer les baleines. Et en plus, on va être drôlement secoué dans l’hélico. Mais on fait comme tu veux ! ». Alors, je réfléchis et puis je lui dis que je vais attendre un peu, voir comment évolue la météo et que je me déciderai plus tard.

Hé ! Laurent Romeijko ! Qu’est-ce que tu fous ? T’as décidé de me pourrir la journée ou bien ?

Alors moralité, j’irai pas voir les baleines… Ca fait déjà 2 fois que je loupe notre rendez-vous, je pense qu’elles vont finir par se vexer. Je me contenterai du tour en kayak. Quand tu pars faire du kayak, tu dois enfiler tout un équipement qui te donne l’air bien futé. Mais tu dis rien, tout ça est censé être imperméable et vu la température de l’eau et le vent, t’as bien envie de rester au sec. Mais en fait, c’est pas complètement étanche… alors au final, tes manches et des mollets sont trempés. Il semblerait que chaque jour dans ce pays, je doive utiliser un sèche-linge… Mais c’est pas grave, on s’en fout, j’ai vu des phoques à fourrure qui pêchaient et qui se faisaient sécher sur des rochers. Ils m’ont jeté un regard vif (ou pas), on s’est jaugés et on a décidé de rester chacun à notre place. J’avais déjà suffisamment flipé parce que effectivement, les vagues, c’étaient pas de la gnognotte et qu’un kayak, c’est un peu comme une coquille de noix.

Alors après ça, je suis rentrée au camping quasi congelée et je me suis jetée dans le hot tub. Ah oui, parce que j’ai oublié de vous dire. Dans les campings, y a des piscines. Et presque toujours, elles sont chauffées. A 30°C.

Photos ici.

Sauter dans les flaques

Quand le réveil sonne à 5h30, Ben et moi, on sursaute. Je file une bonne claque à cette saleté de truc qui chante et je remets aussi sec le bras sous la couette où il fait bien meilleur que dehors… Malheureusement, si je m’inflige cette punition, c’est pour une bonne raison. Ce matin, on prend le ferry pour traverser le détroit de Cook, on va sur l’île du sud.

Alors, on se fait violence et après avoir avalé un bol de céréales, s’être lavé le visage à l’eau glacée (ça, c’est hyper violent…) et avoir à peu près rangé l’intérieur de Ben, on se met en route. Direction le quai d’embarquement du ferry.

Quand on arrive, y a déjà la queue. Y a des gens qui laissent tourner leur moteur alors qu’ils savent pertinemment qu’ils vont rester là au moins 20 minutes. Résultat : ça pue l’essence. A 7h, avoir la tête dans les vapeurs d’essence… c’est que du bonheur.  Heureusement, y a le soleil qui se lève. Ça fait un joli spectacle d’autant plus qu’il joue à cache-cache derrière les nuages et qu’il y a des troupeaux de mouettes qui complètent le tableau. Et puis, la file de voitures, vans, caravanes, camping-cars, camping-bus (c’est comme un camping-car mais en énorme) se met en branle et tout le monde se dirige doucement vers la bouche du monstre de fer qui nous avale un par un. Bon, c’est pas un énooooorme ferry mais c’est un assez gros ferry quand même. Et moi, c’est la première fois que je monte dans un ferry avec une voiture. Mais en fait, ça n’a rien de bien compliqué. Y a des tas de gars qui t’indiquent où aller, où te garer, quand c’est le moment de mettre ton frein à main, bref, je m’en sors comme une chef. Après ça, je me dis « Bien, je vais profiter du paysage (il paraît que c’est joli cette croisière), je vais me trouver une petite place sur le pont supérieur ». Alors je grimpe les 7 étages (oui, quand même) et je me retrouve à l’air libre. Là, je m’installe et j’attends, paupières mi-closes, que le bateau quitte le port.

A 8h15 pétantes, on largue les amarres (je connais quelques gars de la SNCF qui pourraient venir en stage dans le coin…). Et accompagnés par les braillements des mouettes, on se met à glisser sur la baie. Et c’est vrai que c’est joli. Passé Wellington et les grues du port, la côte n’est qu’une suite de criques et de baies, couvertes de forêts de fougères et l’océan a creusé quelques plages où des vaguelettes viennent lécher le sable blanc. Pfff… qu’est-ce que c’est beau… Et puis le soleil perd la partie de cache-cache et le ciel nous tombe sur la tête. Il est temps de se rapatrier à l’intérieur.

Malheureusement, ça ne va pas aller en s’améliorant. Le ciel, qui était blanc, devient gris puis gris foncé puis il fait nuit. Sauf qu’il est midi. Et que je découvre que mes essuie-glaces n’ont pas passé le dernier contrôle technique. Le temps de débarquer, de faire un petit tour au visitor center (y a toujours un visitor center, c’est bien pratique) et de se trouver un petit camping, il est déjà 14h. Et il fait faim ! Ça tombe bien, au menu on a… sandwich jambon/fromage comme tous les jours… Oui, parce que si je me suis fait bien plaisir en Asie, ici, il est juste impensable d’aller au resto. Alors je fais les courses et globalement, même si j’ai un petit réchaud et un paquet de pâtes, je ne peux décemment pas manger une plâtrée de pasta deux fois par jour. Bien sûr, j’alterne avec quelques soupes en poudre, mais le régime n’est pas folichon. Les fruits et les légumes sont hors de prix et la viande et le poisson ne sont pas conditionnés en portion single. Alors je carbure au sandwich. Le seul truc vraiment sympa, c’est les yaourts. Yoplait leur fait de très très bons yaourts en pot de 1kg vraiment pas chers et leur fait croire que « Yoplait » c’est le mot français pour « yaourt ». N’importe quoi !

Bref, je suis donc coincée dans Ben sous la pluie. Du coup, on s’offre une petite après-midi off à mater des films et à mettre à jour le blog et les photos. Je m’inquiète un peu des prévisions météo pour la suite aussi. Parce que quand tu vis dehors (enfin, que ta maison ne fait que 6m3), faut bien trouver de quoi s’occuper même les jours de pluie.

Le lendemain matin, le plafond est toujours très bas et très gris mais il ne pleut pas. Je décide donc d’aller trottiner sur un bout du Queen Charlotte Track, un sentier côtier de 71kms qui se perd dans le Queen Charlotte Sounds (évidemment). Alors je vais au port et je trouve un bateau-taxi qui m’emmène jusqu’à Ship Cove. Ship Cove, c’est là où le capitaine Cook (encore ??? oui, encore…) a jeté l’ancre du Endeavour la première fois qu’il est arrivé sur les côtes néo-zélandaises. En chemin, on croise des dauphins Hector (oui, c’est leur nom, j’y peux rien) qui sautent dans le sillage du bateau. Il paraît même que parfois, on peut croiser des baleines.

Ship Cove, c’est une jolie petite crique où tu peux presque te dire que rien n’a changé depuis que Cook est passé. Rien sauf l’immonde mémorial dédié à Cook justement, qui défigure la plage… Beurk ! Toujours est-il que le sentier part de là et se perd dans les collines. Mais là, à peine ai-je posé le pied sur la plage qu’il se met à pleuvoir… Heureusement, le sentier est partiellement abrité par la forêt. Ce qui n’empêche qu’au bout de 3 heures, je suis trempée, mes chaussures sont trempées, mon pantalon est trempé et fait 30cms de plus qu’au début de la matinée, du coup, je marche dessus donc en plus, il est plein de boue. Alors arrivée au Furneaux Lodge 14kms plus loin (là où doit venir me chercher mon bateau-taxi), j’essaye tant bien que mal de faire sécher ce que je peux. Et devinez quoi ? la pluie s’arrête…

Le trajet du retour est très sympa. Je suis à bord du mail boat, le bateau qui distribue le courrier. Le bateau fait la tournée des maisons qui bordent le Queen Charlotte Sounds et qui n’ont pas forcément d’accès par la route pour leur distribuer le courrier, filer des gâteaux aux enfants et aux chiens et prendre des nouvelles de tout le monde. Certains enfants sont scolarisés à domicile et attendent leurs devoirs assis sur le ponton. Le bateau circule tous les jours mais ne fait pas tout le temps la même tournée. Les gens ne voient donc passer le bateau que 2 fois par semaine grand max. Quelle drôle d’idée de venir s’installer là… Le paysage a beau être fabuleux, on doit se sentir un peu seul des fois quand même…

En revenant à Picton, il fait nuit (pour de vrai cette fois). Alors, je saute dans des vêtements secs et j’emmène Ben à Kaikoura, à 150kms de là. Demain, on va voir des baleines…

Photos ici.

Thaïlande – le bilan

Wellington

Le saviez-vous ?

Wellington est la capitale nationale la plus australe du monde, avec une latitude de 41° sud. Elle est également la capitale la plus isolée du monde (la plus éloignée d’une autre capitale). Elle est surnommée « Windy Wellington »ou « Windy Welly » à cause d’un fort vent omniprésent, dû à son emplacement dans les quarantièmes rugissants (ouh… ça fait peur…), amplifié par l’effet Venturi (oui, c’est ce qui fait tourner l’eau qui s’écoule dans l’évier si ma mémoire est bonne) dans le détroit de Cook, véritable goulet d’étranglement pour ces puissants courants d’air. La région présente une activité sismique élevée, même selon les standards néo-zélandais, avec une faille majeure traversant le centre de la ville (comme ça, si on veut tout démolir, ça va plus vite), et plusieurs autres aux alentours. Des centaines de failles mineures ont été trouvées dans la banlieue. Les habitants, en particulier ceux qui se trouvent dans les hautes tours du centre-ville, ressentent plusieurs secousses par an. Pendant de nombreuses années, la majorité des bâtiments étaient d’ailleurs entièrement construits en bois.

En 1865, Wellington devint la capitale du pays en remplacement d’Auckland. Apparemment, la rumeur circulait que les régions du sud, où étaient situées les mines d’or, pourraient former une colonie séparée. Il était donc devenu nécessaire que le siège gouvernemental soit transféré vers une localité appropriée sur les rives du détroit de Cook. Des commissaires australiens (choisis pour leur impartialité… ???) trouvèrent que Wellington était parfaitement appropriée vu son port et sa situation centrale. Le Parlement siégea alors officiellement à Wellington pour la première fois le 26 juillet 1865. La population de la ville était alors de 4 900 âmes. Aujourd’hui, c’est la deuxième ville du pays avec 180 000 habitants et le cœur de la vie politique, artistique et culturelle.

Voilà, maintenant, on est bien plus futés, on peut reprendre.

Ce matin, il nous reste donc 150kms à parcourir avant d’arriver à Wellington. 150kms… soit 2 bonnes heures et un arrêt au supermarché pour remplir le frigo, on est arrivés à Wellington qu’à midi. Mais la ville n’est en fait pas bien grande. Coincée entre les collines, elle s’étale plus en hauteur qu’en longueur. Mais faut pas croire, y a fort à faire.

D’abord, c’est effectivement là où se concentrent tous les musées du pays. Trop étant l’ennemi du bien, j’ai sélectionné et je suis allée passer quelques heures au fameux Te Papa Museum, le Louvre local. Sauf qu’ici, point de tableaux de maîtres de la Renaissance (de toute façon, à la Renaissance, y avait que les kiwis-oiseaux qui occupaient l’île), mais des tas de salles interactives où on t’explique l’activité sismique (y a d’ailleurs une petite pancarte qui dit que c’est déconseillé aux gens qui ont vécu les séismes de Christchurch en 2010 et 2011…), l’impact de l’arrivée des hommes sur la faune et la flore locales (y a une espèce de murs des disparus avec toutes les espèces endémiques qui se sont éteintes depuis qu’on a eu la bonne idée de venir s’installer), comment on a pêché et mis dans le formol un calamar géant, quelques explications sur la signification des tatouages maoris, bref, y a de quoi s’amuser.

Après ça, j’ai fait un saut à la New Zealand Film Archive. Alors là, c’est magique. C’est une très grande pièce, remplie de films de/sur/avec la Nouvelle-Zélande et tu peux venir regarder tout ce que tu veux gratuitement. C’est donc rempli de geeks et d’étudiants en audiovisuel. Et à l’entrée, y a un petit café qui sert des muffins et de belles parts de carrot cake. J’avais pas beaucoup de temps, j’ai juste jeté un œil au catalogue et je me suis dit que si il devait pleuvoir pendant 20 ans d’affilée, j’avais trouvé l’endroit où je voulais être enfermée.

Une fois que j’ai été bien imprégnée de toute cette culture, je suis allée prendre l’air et un peu de hauteur. J’ai sauté dans le cable car qui m’a emmenée au sommet de la colline où se trouvent les jardins botaniques (et oui, j’aurais pu y aller à pieds mais 1/ ça grimpe sévère et 2/ ça aurait été moins bucolique…). De là-haut, on contemple tout Wellington et on peut admirer des buissons géants ou des petites fleurs qu’on ne verra jamais ailleurs. C’est kromeugnon.

Et puis je suis redescendue de la colline à cheval, hip, hop, et je me suis baladée dans la ville au hasard. Y a des cinémas, des théâtres, des cafés français, des restos malaisiens, des traiteurs indiens des coiffeurs punks, des ongleries américaines et des burgers kiwis. C’est plutôt sympa.

Et puis, à la tombée de la nuit, j’ai emmené Ben en banlieue et on s’est couché de bonne heure parce que demain, on prend le ferry pour l’île du sud. Et vous savez à quelle heure on se lève ? … 5h30 !!! Même dans mon ancienne vie, j’ai toujours refusé de me lever avant 6h. Alors là, j’ai qu’une peur, c’est de ne pas entendre le réveil et de devoir traverser le détroit de Cook à la nage avec Ben sur le dos. L’angoisse.

Photos ici.

Marcher sur des braises

Je suis quand même pas folle, je vais pas souffler dessus.

Je suis donc arrivée à Turangi. C’est une toute petite ville au nord du Tongariro National Park et au sud du lac Taupo, en plein centre de l’île du nord. Le seul intérêt de Turangi, c’est que c’est à la croisée des chemins mais que ce n’est pas à proprement parler touristique, le camping n’est donc pas cher. Et cerise sur le cupcake, la dame de la réception est extrêmement gentille, elle consulte les prévisions météo pour moi, m’offre une réduc sur le shuttle pour le parc et m’indique toutes les balades à faire le long de la rivière.

Parce qu’une autre raison de venir à Turangi, c’est d’aller pêcher les fameuses truites arc-en-ciel de la Tongariro River. Et devinez comment ça se pêche la truite arc-en-ciel ?… A la mouche. Et pour moi, pêche à la mouche ça veut dire…

truite

Comment ça, c’est un peu cliché ? Pas du tout…

Si je suis venue jusqu’ici, ce n’est malheureusement pas pour aller titiller les truites mais pour faire « the country’s best wilderness day walk », le Tongariro Alpine Crossing. Mais attention, si l’altitude moyenne est en alentours de 1600m, il faut faire attention à la météo qui change particulièrement vite et aux conditions sismiques. Parce que oui, la balade passe dans les cratères de volcans qui font juste une petite sieste, bref, c’est pas exactement une balade du dimanche. Pourtant, Madame Camping me suggère de ne faire mon trek que le dimanche parce que Madame Soleil sera au rendez-vous. Alors comme j’ai une journée à tuer en attendant, je vais me balader le long de la rivière.

Et c’est très joli ce bord de rivière. Le truc, quand tu marches le long de la rivière, c’est que quand tu veux rentrer, faut trouver un pont pour traverser (non, tu ne traverses pas à la nage, tu n’es pas en Thaïlande, l’eau est à 5°C ici…). Et des ponts, y en a pas tous les 20 mètres. Plutôt tous les 5kms. Mais il fait grand beau, grand chaud, j’ai le meilleur sandwich du monde (heureusement parce que ça fait déjà une semaine que je mange la même chose tous les midis) alors, je profite.

J’adore marcher. D’abord parce que ça permet de ne pas avoir les fesses qui tombent et ensuite parce que pendant que je marche, mon cerveau ne pense à rien. Enfin presque à rien. En tout cas, rien qui ne soit suffisamment intense pour que mon attention soit retenue. Des fois, je compte jusqu’à 4 (1-2-3-4… 1-2-3-4…), des fois je chante un truc dans ma tête (enfin, je pense que c’est dans ma tête parce que les gens que je croise ne disent rien), des fois j’écoute les oiseaux ou les bruits autour et j’imagine qu’il y a une monstrueuse araignée qui se dit qu’elle me prendrait bien pour son déjeuner mais que là, elle a la flemme. Oui, parce que le problème, c’est que dans la nature, il y a des bêtes. Oh, je sais bien que c’est pas la petite bête qui va manger la grosse, mais ça n’empêche, tout ce qui a plus de 4 pattes peut potentiellement déclencher une belle crise de panique…

Heureusement, ce jour-là, les seules bestioles que je vais croiser et bah… ce sont les truites arc-en-ciel. Vous avez déjà vu des truites arc-en-ciel ? On les appelle comme ça parce qu’elles ont une bande sur le côté qui change de couleur avec la lumière. C’est très joli. Mais c’est très gros aussi. Et comme elles remontent le courant toute la journée, de temps en temps, elles sont fatiguées. Alors elles s’arrêtent toutes au même endroit et elles continuent à regarder toutes dans la même direction. Elles ont pas l’air air très malignes… C’est un truc tellement énorme les truites arc-en-ciel dans la région qu’il y a même un centre de la truite. Là, ils élèvent des bébés truites, s’assurent qu’ils sont assez costauds et les relâchent dans la rivière. A mon avis, on est à 2 doigts de la surpopulation. Si tu vas à la pêche et que tu reviens les mains vides, c’est que tu fais exprès.

Le lendemain matin, sous un soleil radieux, je prends la route pour le départ du Tongariro Alpine Crossing. En fait, la route est une piste caillouteuse et normalement, seules les 60 premières voitures sont autorisées à la prendre. Si t’arrives trop tard, faut prendre un shuttle qui t’amène au bout de la piste et qui vient te rechercher en fin de journée. Mais ce matin-là, personne ne contrôle l’entrée de la piste et y a pas la moindre trace d’un shuttle. Alors, avec Ben, on s’engage sur la piste en soulevant un énorme nuage de poussière derrière nous.

Au bout de la piste, il y a un parking. Là, la bonne blague c’est qu’il y a à peine 30 places. 60 voitures autorisées, 30 places de parking… va comprendre. Alors, c’est la guerre. Les gens sont garés n’importe comment, à moitié sur des coulées de lave, à moitié dans les fossés. A Rome, fais comme les Romains, j’arrive à caser Ben le long d’une palissade et j’entame le chemin. (NDLR : le Tongariro Alpine Crossing est actuellement fermé à la moitié parce que le risque volcanique est trop important. T’es donc obligé de faire demi-tour et de revenir sur tes pas.)

La première moitié du chemin est assez facile, presqu’à plat. Les 3 volcans sont au bout de la vallée, face à toi, tu te demandes bien par quel côté tu vas grimper dessus mais en attendant, tu marches à travers des champs de pierres en sautant par-dessus des petits ruisseaux oranges (le fer, ma bonne dame, ça rouille…). Et puis, au bout d’un moment, t’es arrivé au bout de la vallée, y a plus le choix, faut grimper. Et là, c’est pas de la tarte. En fait, si. C’est sur-balisé, y a des escaliers en bois partout, y a juste un nombre incalculable de marches mais quand tu finis par relever la tête, t’es au bord du cratère. Et là… wow ! C’est grand un cratère… Tu es sur le qui-vive, tu surveilles chaque bruit, chaque craquement pour être sûr que Monsieur Volcan n’a pas décidé d’éternuer et puis tu traverses. En plein milieu. Tu marches sur des braises… Même si tu sais qu’elles sont pas juste juste sous tes pieds, c’est impressionnant.  Et puis c’est drôlement plat un cratère… Et puis arrivé de l’autre côté, tu regrimpes. Sauf que là, y a plus d’escaliers. Et tu comprends pourquoi y en avait avant. Grimper dans un champ de petits cailloux qui roulent sous tes pieds, c’est marrant 5 minutes mais c’est crevant. Heureusement, quand t’arrives en haut, y a la vue…

Comme c’est l’endroit parfait pour pique-niquer, je m’installe confortablement (enfin, comme je peux) et je profite du spectacle. De toute façon, je ne peux pas aller plus loin, le Department of Conservation a décidé que c’était trop risqué. Et moi, je trouve que je vis déjà assez dangereusement comme ça.

Au moment de faire demi-tour, je m’aperçois que le vent s’est levé. Pas un petit zéphyr qui soufflette gentiment. Non, non. De bonnes grosses rafales bien glaciales qui te plaquent au sol. Très sympa… Et finalement, quand j’arrive au parking et que je jette un coup d’œil par-dessus mon épaule, les volcans ont disparu dans un épais tapis de nuages bien gris. Timing parfait, il est temps de prendre la route.

Parce que les truites, les pâquerettes et les volcans, c’est bien joli, mais il faut continuer à avancer. Alors on trace la route, plein sud direction Wellington. Mais Wellington, c’est loin (et Ben et moi, on roule pas vite…). Alors, quand la nuit tombe, on s’arrête sur le bord de la route et s’offre une bonne plâtrée de pasta avant de se réfugier bien au chaud sous la couette.

Demain, on descend à la capitale !

Photos ici.

Buller dans la boue

Au petit matin, j’ose à peine sortir le nez de sous ma couette : ça fait de la fumée quand je respire… Un bon tour de chauffage plus tard, les vitres de Ben sont presque désembuées et le soleil qui passe à travers les arbres commence à sécher la pelouse. C’est l’heure d’aller voir de plus près ce qui se passe sous terre.

Rotorua est située dans la zone géothermique la plus dynamique de Nouvelle-Zélande. Les Maoris avaient donc décrété l’endroit sacré et aujourd’hui, près de 35% de la population de la ville est maorie (ce qui est nettement au-dessus de la moyenne nationale à 14%). Les deux principales attractions du coin sont donc la visite des sites géothermiques et les spectacles de chants et de danses traditionnels. J’ai donc fait les deux. Dans cet ordre.

Des geysers, j’en ai déjà vu (pfff… comment elle se la raconte l’autre !). Des tas. Des très grands, très bouillants et surtout qui jaillissent très régulièrement. Mais là, c’est quand même le plus haut geyser de l’hémisphère sud. Le Pohutu Geyser (ce qui se traduit par « Grand Splash » ou « Explosion ») est situé dans le parc Te Whakarewarewatangaoteopetauaawahiao (« Le soulèvement des guerriers partis à la guerre de Wahiao » ou plus communément appelé Whaka, on se demande bien pourquoi…).  Il crache son jet d’eau brûlant à près de 30 mètres de haut environ 20 fois par jour. Entre deux éruptions, ça continue de crachouter un peu. Mais y a tellement de vapeur qu’on ne voit pas ce qui se passe dans le trou. En tout, il y a près de 500 sites géothermiques dans le parc (sources chaudes, bains de boue bouillonnants, fumerolles et geysers). Y a donc de quoi faire. Et finalement, si on évite de marcher sous le vent, l’odeur est presque supportable.

Après m’être littéralement imprégnée de boue soufrée (ça colle aux pieds cette cochonnerie !), je suis allée visiter le centre culturel maori juste à côté. Les Néo-zélandais sont plutôt fiers de réussir à préserver ce pan de leur culture alors ils ont ouvert une école de sculpture et une école de tissage traditionnelles et ils ont recréé un village maori. Le clou de la visite est le spectacle donné par une troupe de guerriers Maoris avec chants, danses et haka. Le truc surprenant c’est que tous les Maoris n’ont pas le physique polynésien. En fait, le métissage est tel depuis toujours que les gens qui se revendiquent maori n’ont pas forcément la peau plus mate et les cheveux frisés (dit comme ça, je pourrais être maorie…). C’est plutôt une question de tradition et de culture que d’ethnie. En tout cas, c’est très chouette. Et très impressionnant, on dirait qu’ils vont nous manger tout crus !

Pour achever cette journée de la façon la plus agréable qui soit, je suis allée visiter les bains de Rotorua. Au début du siècle dernier (en 1908), profitant de la situation géographique et des sources chaudes de la ville, le gouvernement fit bâtir une immense demeure de style victorien assez jolie dans laquelle étaient dispensées des cures thermales. De nombreux Européens vinrent donc buller dans la boue et se faire électrocuter dans leur baignoire (oui, il parait que c’est très bon pour la circulation…). Mais la maintenance des canalisations et du bâtiment coûtait une petit fortune et l’endroit a dû être fermé. Le bâtiment est cependant resté en activité et a abrité jusqu’à la fin des années 90 un restaurant, un cabaret et même une boîte de nuit (ambiance Bains Douches, vraisemblablement). Depuis, tout ça a été transformé en musée et il reste juste une petite piscine en extérieur dans laquelle je suis allée me vautrer faire quelques brasses gracieusement.

Et puis, Ben commençait à en avoir marre de faire le pied de grue sur le parking alors on a repris la route et on est allés passer la nuit à Turangi, 150kms plus au sud, en plein cœur de l’île. Turangi est aux portes d’un autre parc, le Tongariro National Park, où là, c’est du sérieux, y a des volcans. Et ils sont même pas endormis… Mais ça, c’est l’histoire de demain.

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On a tous droit à une seconde chance…

Même Ben ! La vie est une farce.

Ce matin, de bonne heure et de bonne humeur (enfin… vers 9h30 et avec un soupçon de râlerie), j’ai chargé mes 30kgs de sacs sur mon dos (oui, va falloir se mettre au régime, ça commence à être pénible…) et je suis allée prendre le bus. Pour aller où ? Et bien… récupérer mon van, pardi !

Parce que oui. Je remets ça. Vous savez ce qu’on dit : quand on tombe de cheval… Bon, la vérité c’est que le van était déjà loué bien avant que je m’embrouille avec Ben.

Bref, je me traîne jusqu’à l’arrêt de bus. J’attends… J’attends… J’attends… 54 minutes !!! Parce que le bus, il ne passe qu’une fois par heure !!! Même s’il est indiqué sur le panneau  qu’il passe toutes les 10 minutes… Moi pas comprendre bus à Auckland… Mais je finis quand même par monter dedans et demander au chauffeur de m’indiquer quand on est arrivé à mon arrêt (parce que si les horaires sont déjà compliqués à comprendre, l’itinéraire du bus est juste un simple cauchemar). Je descends donc au bon endroit et je marche 20 minutes avec tout mon barda pour arriver jusqu’au dépôt de la compagnie de location qui se trouve au milieu de… rien. Bref, adieu mon zeste de bonne humeur.

Je remplis des papiers, j’en signe d’autres, le gars m’explique comment ça se passe en cas d’accident (euh… t’inquiète, je sais très bien comment ça se passe…) et il me dit : « Bougez pas, je vais faire le check-up du véhicule et je vous le ramène juste devant l’entrée ». OK. Et là… quand le van arrive… j’éclate de rire. C’est le même. Exactement le même. Tellement le même que lui aussi, il s’appelle Ben. J’en ai vu d’autres pourtant sur la route. Des Lily, Jim, Alex, roses avec des fleurs, jaunes avec des feuilles… Et bah non, moi, j’assiste à la résurrection de Ben. Tadaaaaaa !!

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Je vous laisse imaginer la tête du loueur quand je lui ai expliqué que je connaissais très bien Ben et que la dernière fois qu’on s’était vus, il s’éloignait à l’arrière une dépanneuse…

Je remonte donc en selle. Enfin, je me remets derrière le volant, quoi. Et me voilà à nouveau sur la route. J’aime autant vous dire que je serre très fort le volant et que j’ose à peine cligner des yeux. Et j’emmène Ben à Tauranga, à quelques 200kms de là.

Pas exactement à Tauranga en fait. Plus exactement au Mont Maunganui. Le Mont Maunganui est une montagne qui s’élève au bout d’une presqu’île, là, comme ça, comme sortie de la plage au milieu de nulle part (plage sur laquelle les lycées du coin viennent faire leurs cours de sport, ici, le surf est obligatoire…). Le must do, c’est de grimper au sommet de la collinette pour admirer la vue à 360° tout autour. Et c’est très joli. Y a des moutons qui tondent la pelouse, le soleil qui commence à se coucher et l’océan… partout. Comme dirait quelqu’un que je connais : « Pfffff… qu’est-ce que c’est beau ! »

Mais je ne suis pas en avance, je dois encore faire des courses et rouler jusqu’à Rotorua où j’ai décidé de passer la nuit. Alors je redescends de la montagne sacrée (oui, alors… chaque fois que tu vas quelque part en Nouvelle-Zélande, tu peux être à peu près sûr que c’est un endroit sacré pour les Maoris. Maunganui, ça veut « celui qui attrape la lumière du jour »… c’est poétique le maori) et j’arrive à Rotorua à la nuit noire. Le seul truc qui me fait dire que je suis au bon endroit, c’est l’odeur… Rotorua est une ville sacrée (bah tiens, ça m’aurait étonnée…), construite sur un site géothermique et ça sent le soufre…

Alors, avec Ben, on s’installe, et on passe la soirée chacun de notre côté. Lui, avec ses potes campervans, branché à la borne électrique et moi, avec les autres campeurs, dans la piscine d’eau chaude minérale. Ah oui, le camping en Nouvelle-Zélande c’est autre chose. Dans la majorité des campings, y a des sèche-cheveux dans les salles de bain (si, c’est important) et des piscines chauffées ou des jacuzzis. Et tout ça pour la moitié de ce que je payais en Australie. C’est bien simple, on se demande pourquoi les gens vont dans des hôtels. Y a juste un truc. Un tout petit truc, 3 fois rien. C’est juste que la Nouvelle-Zélande, c’est pas en zone tropicale. Si il fait 20°C dans la journée, il fait moins de 10°C la nuit. Et 10°C dehors = 10°C dans le van. Mais j’ai tout prévu ! Ce coup-ci, j’ai un mini-chauffage. Un truc qui fait le bruit d’un avion à réaction et qui transforme Ben en fournaise… Oh, je vous entends d’ici : « Jamais contente celle-là, toujours à se plaindre, blablabla… » Eh ! Je me plains pas ! Je partage un constat… Rien à voir…

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Auckland

Après avoir survolé le néant total pendant près de 3 heures (le Pacifique sud de nuit… le noir absolu), les premiers spots apparaissent. C’est rigolo, c’est très découpé. Comme si la mer rentrait à l’intérieur des terres. Ah bah en fait c’est ça. La mer est partout et l’île n’est pas si large. Et puis, peu à peu, ça se densifie, ça s’intensifie et paf ! c’est Auckland !

Dans l’avion, on nous a distribué un petit formulaire qui s’intéresse de près à ce qu’on a dans nos bagages. Nourriture, animaux, produits dérivés d’animaux, … ils ont l’air bien suspicieux ces Néo-Zélandais… A peine descendu de l’avion, de grands panneaux avec des poubelles t’informent qu’il est encore temps de jeter tout ce que tu n’as pas déclaré avant que les douaniers ne tombent dessus… Hé ho ! C’est quoi le problème ? Je me trimballe depuis ce matin un sac plein de céréales, de lessive et de soupes en poudre, je vais pas tout jeter maintenant, hein ! Alors, je coche la petite case « Yes » à la question « Do you bring food ? » et je tends poliment ma petite carte au monsieur derrière son guichet. Lui, clairement, il s’en fout. Il jette à peine un œil dessus et puis il m’envoie au guichet suivant. Là, un autre monsieur me demande ce que j’apporte exactement comme food. Je prends mon air le plus aimable du monde (si, je sais faire, je le fais pas trop souvent pour pas que ça ait l’air suspect, c’est tout) et je lui ouvre mon sac pour qu’il puisse juger par lui-même. Idem, il s’en fout en fait. Par contre, il s’en fout pas du tout que j’ai des chaussures de randonnée. Il m’envoie illico prestissimo voir un 3ème gars qui va me faire déballer toutes mes petites affaires pour sortir les coupables et qui les emporte aussitôt derrière une porte où il y a écrit « Microbiology laboratory » (brrr… ça fait fliper) et me les rapporte 5 minutes plus tard, complètement trempées et emballées dans un sac plastique. Consternation… C’est qu’il ne faudrait pas apporter sur le territoire une petite graine indésirable. Par contre, les chaussures que j’ai aux pieds, celles-là, elles peuvent être truffées d’excréments de goanas, ça ne pose aucun problème… Curieux, curieux.

Bref, je sors de l’aéroport, je trouve le bus qui m’amène en centre-ville, je trouve mon hostel et là, en approchant, je me dis soudain… « Mais… il est 22h45 ! J’ai pas prévenu que j’arrivais tard, est-ce que la réception est encore ouverte ? » Mais ouiiiii… Aucun problème, mon lit m’attend et le wifi est gratuit, autant dire que ce séjour s’annonce sous les meilleurs auspices.

Après une bonne nuit de sommeil où j’ai eu besoin d’une couverture (une couverture ? non mais vous vous rendez compte ? il fait au moins -8000 ici !), je découvre qu’à Auckland, le ciel est bleu, le soleil brille et le magasin d’en face vend du Nutella. Je commence par découvrir la ville par sa face « hipster ». Des friperies vintage, des magasins de déco, des cafés où y a pas 2 chaises pareilles et assis dessus, des gens avec des coupes de cheveux improbables et des lunettes encore plus hallucinantes, des galeries marchandes avec des vitraux… Mais surtout, je découvre qu’Auckland n’est pas construite à plat. Oh que non ! La ville est en fait construite sur 50 volcans. Rien que ça. Et pas tous éteints en plus. Alors hormis le fait que tout ça pourrait péter à tout moment, ça grimpe. Bon, parfois ça descend aussi mais c’est pas de tout repos. La ville n’est pas vieille alors niveau architecture, rien de bien époustouflant. Ça ressemble un peu à Sydney : de grandes avenues taillées au cordeau, la marina et les ferrys au bout et je n’arrive toujours pas à regarder du bon côté de la rue pour traverser… Ici aussi, il y a des parcs où les pelouses me susurrent « Viens faire la sieste, viens… ». Alors, moi, j’obéis. Mais pas trop longtemps parce que le soleil ne chauffe pas assez. Je me culture un peu aussi : le musée d’art est gratuit, c’est pas parce que je comprends décidément rien à l’art moderne qu’il faut faire la fine bouche. Et puis je vais admirer les voiliers et les gros yachts au port. A propos du port, c’est ici que le 10 juillet 1985 fut saboté le Rainbow Warrior, le bateau de Greenpeace, par les services de renseignement français qui avaient peur que ces empêcheurs de tourner en rond ne contrecarrent leur projet d’essai nucléaire à Mururoa, ce qui donna lieu à un retentissant scandale et des tensions diplomatiques entre la France et la Nouvelle Zélande. Et là, surprise, je découvre que le quartier des docks a été rénové et est truffé de restos et de bars à vins très bobos. Très New York style. La vraie différence c’est qu’ici, il y a plein de Polynésiens. D’ailleurs Auckland est la ville au monde qui abrite la plus grande population d’origine polynésienne. Beaucoup moins d’Asiatiques qu’en Australie et plein de Maoris. Mais tout le monde ne se mélange pas. Ça sent un peu le « chacun chez soi et les veaux seront bien gardés ». Etrange. Et puis à 18h30, le soleil se couche, les boutiques ferment et les rues se vident.

Il est donc temps de faire quelques courses et de se faire à dîner. Ah oui, parce qu’ici, c’est comme en Australie, faut être multimillionnaire pour aller au resto. Pour acheter des fruits et des légumes aussi d’ailleurs. Alors, une bonne pasta et un film plus tard et c’est déjà l’heure de retrouver sa couette.

Le lendemain, je reprends la mer. Pas pour aller bien loin. Juste pour aller sur Maiheke Island à 35 minutes d’Auckland. Maiheke est célèbre pour son microclimat, ses maisons de milliardaires et ses vignobles. 17 en tout. L’occasion de manger des calamars et de goûter la production locale (un petit Sauvignon blanc pas mal du tout…) puis de se balader le long de la côte déchiquetée jusqu’à Palm Beach (ben… c’est juste une plage avec des palmiers). Du haut de la colline, la plage est magnifique. Un banc de sable où vient clapoter une eau cristalline. En arrivant sur la plage, j’ai la bonne surprise de me retrouver… au Layet ! Plein de vieux tout nus… Beurk ! En fait, je suis arrivée par le mauvais côté de la plage, de l’autre côté des rochers, c’est beaucoup moins le musée des horreurs. L’eau est bien trop froide pour y piquer une tête mais je me fais quelques copines mouettes et on ramasse des coquillages. Et en fin d’après-midi, quand le ciel commence à s’assombrir, je saute dans le bus qui me ramène au port où je reprends le ferry. Derrière moi, je regarde la pluie tomber sur Maiheke pendant que je m’éloigne vers Auckland.

Pour mon dernier jour dans la plus grande ville du pays (qui n’est pas la capitale, hein, la capitale c’est Wellington), j’ai décidé de prendre de la hauteur. J’ai donc escaladé (si, si, c’est le bon mot, 196m, c’est pas de la tarte !) le Mount Eden, le plus haut volcan du coin (en plein dans la ville) et dont le cratère est sacré pour les Maoris, faut donc pas marcher dedans. Depuis là-haut, on peut voir à des miles à la ronde. Le port, la skyline, toute la ville, les autres volcans et la One Tree Hill (celle de la chanson de U2, qui n’a bien sûr rien à voir avec la série). Impressionnant. J’ai pu aussi voir arriver une belle averse alors je suis redescendue avant que le cratère ne se remplisse. Et puis j’ai voulu aller au cinéma (c’est ce qu’on fait quand il pleut) mais y avait que GI Joe ou Jack le chasseur de géants… Pas vraiment in the mood. Alors je suis rentrée en slalomant à travers les gouttes et j’ai fait comme si on était dimanche… rien !

Et pour fêter mon 7ème mois-versaire de voyage, j’ai englouti un paquet entier de M&M’s au beurre de cacahuètes… Ca fait comme les vrais anniversaires. A la fin, t’es un peu écœurée par tout ce sucre… Et puis, voilà, c’est déjà  l’heure d’aller faire son sac parce que demain, moi, je reprends la route. Et oui, j’ai reloué un van. Même pas peur !

Alors je dis « Bye bye » à Auckland. Une petite ville sympathique mais pas ultra emballant. Pas le charme, pas l’effervescence qu’on s’attendrait à trouver dans la plus grande ville du pays (25% de la population habitent à Auckland). D’ailleurs, reste une inconnue. Où sont les vrais gens ? Ceux qui travaillent, ceux qui vivent là ? C’est presque trop calme, trop propre pour être vrai. Ça manque d’un petit je-ne-sais-quoi. Alors, pas de regret, en route, j’ai rendez-vous avec des moutons ! Et des kiwis !

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Et de 7 !

Ouh… bah dis donc ! Celui-là, on a bien failli passer à côté !

Faut dire que le temps défile sacrément vite en ce moment. J’en reviens pas que ce soit déjà le printemps (pour vous, hein, pas pour moi). J’en reviens pas d’être déjà en Nouvelle-Zélande et quand je regarde par dessus mon épaule, j’ai l’impression que j’ai atterri à Delhi dans une autre vie. Mais en même temps, est-ce que c’est pas un peu pour ça que je suis partie… ?

Heureusement, il m’en reste encore plein, des vies, ce qui tombe plutôt bien puisqu’il m’en reste encore plein, des pays, à découvrir…