OK OK…

– OK OK…
– C’est bon ? T’as compris ?
– OK OK…
– Tu veux qu’on le refasse ensemble une fois ?
– OK OK…
– …

Ça fait un peu plus de 10 jours que je suis arrivée à Jahun. J’ai déjà pris mes petites habitudes, presque cerner tous mes nouveaux colocs, fait copain-copain avec la cuisinière (ndlr : toujours faire copain-copain avec la cuisinière…) et je me suis mise au boulot. Ce qui consiste en prendre une chaise, s’asseoir à côté du nouvel assistant administrateur et lui montrer les basiques de son boulot. Comme faire des inventaires de caisse dans un tableau Excel. Ou noter chaque paiement dans un cahier. Ou faire signer les fiches de paie. Ou saisir les congés dans le logiciel de gestion du staff après les avoir fait signer par l’administratrice. Rien de bien sorcier. Quand on sait se servir d’un ordinateur. Mais voilà. OK-OK ne sait pas se servir d’un ordinateur… Comment il fait pour passer à travers les mailles du filet pendant le recrutement ? Mystère…

J’ai d’abord eu un doute quand le premier jour, il est resté assis 27 minutes face à l’écran noir.
– T’as allumé l’ordi ?
– OK OK…
– Oh ! Il est pas branché peut-être ?
– OK OK…
Et il a trifouillé la prise qui, effectivement, n’était pas branchée. Mais je le regardais déjà suspicieusement…

OK-OK n’est pas méchant. Loin de là. C’est même plutôt un brave gars. Il  dit qu’il a tenu la comptabilité dans une entreprise pendant des années mais qu’il a des problèmes cardiaques et qu’il veut un job moins stressant avec des horaires fixes quitte à être moins payé. Ça semble plutôt honnête sur le papier. Puis il l’avait dit pendant l’entretien qu’il ne maîtrisait pas complètement l’informatique. Nous, on a juste supposé que ça voulait dire qu’il ne savait pas écrire des formules conditionnelles sous Excel. Pas qu’il ne savait faire Enregistrer Sous…

Mais c’est pas grave ! Je suis là pour former alors formons ! Je m’arme de patience, je montre, j’explique, je remontre, je fais avec lui, je réexplique… Il montre de la bonne volonté, il essaye, il se trompe mais quand enfin, il y arrive, il a ce grand sourire sur son visage qui me dit que j’ai bien fait mon boulot.

Y a juste ce petit tic de langage. Chaque fois que tu lui poses une question, il répond : « OK OK… » Au début, je fais pas gaffe. Puis quand même, parfois, je remarque qu’il dit « OK OK… » mais que c’est pas du tout « OK OK… » Au bout de quelques jours, je commence à sourire en coin quand il secoue la tête en disant « OK OK… » Puis doucement mais sûrement, ça commence à me taper sur les nerfs. Surtout quand je me rends compte que tout ce que je lui ai montré le lundi est aussitôt oublié le mardi. Mais qu’il continue à me dire « OK OK… » Grrr… Avec M., l’administratrice qui bosse dans le même bureau, on commence à échanger des regards qui en disent long. On se dit qu’il faut lui donner un peu de temps, qu’au fin fond de la brousse nigériane, on ne peut pas s’attendre à tomber sur un sorcier du Pack Office et qu’on va encore persévérer un peu.

Alors, on varie les tâches. On demande à OK-OK de mettre son nez dans le placard à archives et de classer les 250 dossiers du personnel par ordre alphabétique. C’est pas hyper palpitant comme boulot mais c’est le milieu du mois et on croule pas sous le boulot. C’est le moment de faire un peu de mise à jour et de classement. « OK OK… » qu’il nous répond. Evidemment… Du coup, je suis pas sur son dos toute la journée. Je m’occupe des autres recrutements en cours. De temps en temps, je jette un oeil : OK-OK a étalé tous les dossiers par terre et je le vois en soulever un ici, un autre là… De loin, ça a l’air d’avancer. Bon, ça lui prend tout de même 5 jours à temps plein de ranger ces dossiers. « Ça va ? » je lui demande régulièrement. « OK OK… »

Le soir à la veillée, M. et moi on fait rire les copains en répondant « OK OK… » à tout ce qu’on nous demande. PJ, un obstétricien, nous fait remarquer que ça fait maintenant 2 semaines qu’on a embauché le gars et qu’il n’a pas l’air de faire l’affaire… On se regarde. C’est pas faux… Faudrait peut-être prendre une décision.

Le lendemain, il se trouve que M. a besoin de regarder quelque chose dans le dossier d’un des staffs. Elle ouvre donc le placard… et découvre que OK-OK a un sens de l’alphabet bien à lui. Certes les dossiers sont bien rangés mais pas dans l’ordre alphabétique. Dans un ordre bien personnel à OK-OK et qui lui échappe totalement. « Viens voir… » elle me dit. Les nerfs lâchent, on éclate de rire. On demande à OK-OK de venir nous expliquer ce qui s’est joué dans le placard et tout ce qu’il répond quand on lui dit : « Mais… c’est pas par ordre alphabétique ça !!! », c’est… « OK OK… » Mais cette fois, il a les sourcils froncés.

On le prend entre 6 yeux et on lui explique que là, ça ne va pas. On veut bien prendre le temps de lui expliquer les choses mais faut qu’il s’y mette. Et que franchement, 5 jours planqué dans un placard pour même pas mettre les dossiers dans le bon ordre… on n’est pas du tout satisfaites. « OK OK… » Mais son regard a changé. On sent qu’on l’a offensé. D’ailleurs, dès le lendemain, bien que le « OK OK… » soit toujours de mise, le ton a changé. Son visage est fermé et c’est tout juste s’il ne lève pas les yeux au ciel quand je lui parle.

Alors on a fini par prendre la décision. Et l’autre soir, avant qu’il ne ferme l’ordinateur et nous dise « A demain… », on lui a dit qu’on n’allait pas continuer avec lui. M., essayant de lui expliquer notre décision, lui dit : « Tu comprends, chaque fois si on te demande si ça va, tu réponds OK OK… mais on se rend compte après coup que c’est pas du tout OK OK et tu ne dis pas que tu n’as pas compris. C’est pas un problème de te réexpliquer plusieurs fois mais encore faut il qu’on sache que tu ne comprends pas ! On te dit ça pour ton prochain job… » OK-OK nous écoute sans un mot, le regard noir. Et puis il finit par dire… ‘OK OK… », il se lève, et il s’en va. M. et moi, on se regarde, décontenancées. « OK OK ? » je dis en levant les épaules. Et on éclate de rire. On est bonnes pour recruter un nouvel assistant.

 

Welcome to Jahun Paradise

« Welcome to Jahun Paradise !! »

C’est comme ça que j’ai été accueillie à Jahun. Avec enthousiasme, grands sourires et chaleur (il faisait près de 40 degrés…).

Mais rembobinons un peu. Après avoir passé presque 3 mois à battre la campagne ou à larver sur mon canapé, il était temps de s’y remettre. A travailler je veux dire. Depuis le temps que j’essaye, j’ai malheureusement toujours pas réussi à vivre d’amour et d’eau fraîche. J’ai donc pris mon téléphone et j’ai passé ce foutu coup de fil : « Euh… voilà, c’est moi… je suis dispo pour une nouvelle mission si vous avez quelque chose… ». Deux semaines plus tard, j’étais dans un avion pour Abuja, Nigeria. Ça tombait bien, l’automne commençait à pointer le bout de son nez et qui aime les samedis après-midis gris, venteux et pluvieux d’octobre quand les jours raccourcissent et qu’il faut ressortir ses chaussettes en pilou ? Personne… et moi non plus !

J’ai donc refait mon sac. Again. Je deviens de plus en plus forte à ce petit jeu-là notez bien. Ça commence par un tour au supermarché pour faire mettre sous vide un bon kilo de tomme de Savoie, plusieurs saucissons et faire le plein de dentifrices. En 2 heures, l’affaire est bouclée. J’emporte de moins en moins de choses de toute façon. Faut dire que pour mettre 2 pantalons et 1 paire de tongs dans un sac, y a pas besoin d’y passer 8 jours non plus.

Me voici donc en route pour le Nigeria pour 2 mois. Oui, juste 2 mois. Pour commencer en tout cas. L’idée pour les 6 prochains mois c’est de travailler. Peu importe le pays ou la mission. Il faut renflouer les caisses. Etant donné que mes plans pour 2017, c’est plutôt dépenser qu’épargner, je vais pas trop faire la difficile. Alors quand on m’a dit « Nigeria ? », j’ai dit « OK, allons-y ! ». Après, j’ai googlé « Nigeria ». J’ai vu des chouettes infos sur des gens très sympathiques qui ont pour habitude de trancher des têtes et de kidnapper des petites filles… bienvenue chez Boko Haram. Mais bon, on a vu pire (enfin, pas vraiment ) alors allons voir à quoi ça ressemble le Nigeria. « Et qu’allait-elle donc faire dans cette galère… ? » allez-vous dire… Et bien je vais former des gens. Voilà. Juste une petite mission toute simple de formation. Pas de patron, pas de responsabilité, juste s’assoir à côté des nouveaux embauchés et leur montrer comment on joue dans les tableaux Excel et autres joyeusetés de ce genre afin de gérer pas trop n’importe comment les finances et les ressources humaines chez MSF. Honnêtement ? Je devrais m’en sortir.

Et sinon, qu’est-ce qu’il se passe à Jahun, Nigeria ? Et bah il y a une grande maternité (plus de 700 naissances par mois, ça fait une belle usine à bébés) et aussi un programme de traitement des fistules vésico-vaginales (oui, je te conseille d’aller googler ça si tu veux pas avoir l’air trop bête…) hyper réputé dans tout le Jigawa State. Ça fait donc un petit paquet de gens qui travaillent pour MSF (presque 250 pour être précis). Et pourquoi Jahun Paradise ? Ah bah ça, tout ce qui se passe à Jahun restant à Jahun, nul ne vous le dira. Mais moi, me voilà repartie pour un tour. A Jahun Paradise, Jigawa State, Nigeria.

PCT Training 2 – la Rota Vicentina

Reprenons cette histoire d’entraînement.

Je venais de passer 15 jours à gambader dans les montagnes. Et à ma plus grande surprise, ça n’avait pas été si horrible que ça. Ça avait même été carrément chouette. Mais pour être honnête, je n’avais aucune idée ni des dénivelés, ni des distances parcourues. Tout ce que je savais c’est que j’en avais encore sous la semelle mais pas non plus de quoi courir un ultratrail.

Alors je me suis dit que ça serait bien de savoir si j’étais capable de marcher 25 kilomètres avec un sac sur le dos. La dernière fois que j’avais marché sur une vraiment longue distance, c’était par une nuit froide de janvier. 39 kilomètres au pas de charge entre Beynes et Mantes-la-Jolie. De nuit. Oui. Non, c’était pas une lubie. C’était un morceau du Paris – Mantes à la marche. Et le lendemain, ou plutôt le surlendemain, avait été catastrophique. C’était plus des jambes que j’avais, c’était des poteaux. Je ne marchais plus, je glissais. Douloureusement. Les escaliers ? Même pas en rêve. Alors certes, on peut dire que l’absence totale d’étirements après l’épreuve était sûrement pour quelque chose dans mon état misérable mais pas que. Marcher 39 kilomètres comme ça, de but en blanc, je peux le faire. Y survivre, c’est moins sûr. Et recommencer le lendemain, ça, c’est carrément à exclure. Or dans l’idée de finir le PCT avant que la neige ne recouvre les montagnes du nord-ouest américain, il va falloir enchaîner les marches de plus de 25 kilomètres. Et non pas une ou deux fois comme ça en passant mais tous les jours. Plusieurs semaines durant. Mais soyons réalistes, si je commence dès le premier jour avec 35 kilomètres, je vais jamais tenir la distance. Je compte donc me la jouer diesel. Tranquille au début pour me chauffer puis augmenter le mileage (bah oui, puisqu’on compte en miles là-bas, on dit mileage, pas kilométrage) doucement mais sûrement.

Mais même comme ça, dès le départ, va pas falloir se laisser aller. C’est pas exactement une promenade du dimanche non plus… Et clairement, si je parcours moins de 25 kilomètres (15 miles) par jour, je vais prendre du retard. J’avais donc besoin de savoir si je pouvais marcher 25 kilomètres par jour, plusieurs jours d’affilée. Et bien mesdames et messieurs, la réponse est… OUI !!! Mais laissez-moi vous raconter comment je sais ça.

Il y a un petit moment déjà, je m’étais dit que j’irais bien voir à quoi ressemble le Portugal. C’est vrai, le Portugal, c’est pas très grand, c’est juste à côté et on en entend jamais parler. Et puis j’avais lu le récit de voyage d’Adeline et elle parlait de Rota Vicentina, de petits sentiers, de falaises, de soleil qui se couche dans la mer… ça avait l’air vraiment sympa. Alors ni une ni deux, j’ai googlé « Rota Vicentina », lancé une recherche pour un vol Paris – Lisbonne et une demi-heure plus tard, j’avais un billet d’avion et un itinéraire parfait pour 15 jours de marche le long de la côte portugaise.

N’ayant jamais mis les pieds au Portugal, j’ai tout de même pris le temps de visiter Lisbonne. J’avais toujours entendu dire que c’était hyper sympa, mais c’était bien plus que ça. C’était carrément… wow… Les vieilles ruelles tellement jolies, le tram tellement grinçant et brinquebalant, la lumière tellement douce et chaude, la mer tellement scintillante qui surgit entre 2 rangées d’immeubles tellement colorés… c’était tellement chouette !! La gastronomie portugaise n’a rien gâché à la fête non plus : pasteis de nata, morue sous toutes ses formes, petit verre de vin cuit en terrasse… j’en venais presque à regretter de devoir quitter Lisbonne pour aller gambader dans la campagne.

Mais je n’étais pas là juste pour flâner le nez en l’air et me perdre dans les ruelles de l’Alfama au son du fado même si tout ça avait un charme indéniable. J’avais un programme sportif de haut niveau. Alors par une belle fin d’après-midi, j’ai grimpé dans un bus direction Porto Covo. Je suis arrivée à la nuit tombée. Le vent s’était levé. J’ai mis mon sac sur mon dos et j’ai avancé dans une jolie rue pavée façon station balnéaire avec ses boutiques pas très hautes et ses restos aux murs blanchis à la chaux. Y avait pas grand monde dehors, c’était la fin de soirée, les stores étaient déjà baissés. J’ai rapidement trouvé le Ahoy Porto Covo Hostel et Nicolas, son propriétaire. Nicolas est ultra gentil et une vraie mine d’info sur la Rota Vincentina. Il m’a briefé pendant près d’une heure devant la carte du parcours de mes 10 prochains jours : les plages où il faut absolument aller piquer une tête, les restos où il faut aller manger les meilleurs fruits de mer de la planète, les spots à pique-nique parfaits… bref, il était déjà 23h, je tombais de sommeil et je me suis donc écroulée sur mon matelas après avoir soigneusement préparé mes affaires afin de quitter mon dortoir au petit jour sans réveiller toute la maison.

Le lendemain matin, le vent était tombé et j’ai refermé doucement la porte de la maison au moment où les premiers rayons du soleil réchauffaient le chat de la voisine perché sur le muret. Un petit gratouillis sous le menton mais pas le temps de s’attarder. C’est qu’il y a 20kms à faire jusqu’à Vila Nova de Milfontes  et que je ne sais pas si ça va me prendre 5 heures ou 6 jours. J’ai des provisions dans mon sac pour les 4 jours qui viennent, ça devrait jouer. J’ai ajusté mes guêtres sur mes baskets, j’ai posé mes lunettes de soleil sur mon nez et en avant Guingamp ! Le sentier suivait la côte en grimpant sur la falaise sur en redescendant sur la plage. Rapidement, je me suis mise à marcher dans le sable. Parfait pour tester les guêtres. Le ciel était bleu, l’océan était bleu, le sable était presque blanc, il y avait des petites vaguelettes et le vent soufflait doucement juste comme il fallait et je déroulais les kilomètres. Je n’ai croisé quasiment personne jusqu’à arriver à l’entrée de Vila Nova. J’avais mis 5 heures. J’étais tellement fière de moi que j’avais envie de dire à tout le monde : « Hey ! Vous savez quoi ? Je viens de faire 20kms en 5 heures avec mon gros sac sur le dos et j’ai même pas mal aux pieds !! ». Y avait que des mouettes. Pour fêter ça je me suis assise sur un banc face à l’océan. Je me suis coupée de belles tranches de pain entre lesquelles j’ai plié de belles tranches de jambon fumé et de fromage au poivre. J’étais heureuse. Sale, mal peignée, avec des coulées de crème solaire dans le cou mais heureuse. J’ai un peu erré en ville avant de trouver le Hike & Surf Lodge où je devais passer la nuit puis j’ai passé l’après-midi à la plage. A Vila Nova de Milfontes, la plage se situe juste à l’embouchure de la rivière. L’eau est donc calme et paisible sur la plage et les surfeurs jouent avec les vagues un peu plus loin. Là encore, le vent rendait la chaleur parfaitement supportable et j’ai conclu cette belle première journée par un petit verre de porto en terrasse.

Le deuxième jour a commencé par la traversée de la rivière dans un petit bateau. Certes, j’aurais pu faire le tour et marcher quelques kilomètres de plus, mais franchement, c’était pas les kilomètres qui allaient manquer au cours de la semaine, j’ai donc estimé que traverser en bateau n’était pas tricher. La destination du jour c’était Almograve à quelques 15 kilomètres de là. 15 kilomètres ? Du gâteau après la journée de la veille !! Même genre de paysages, du sable, des dunes, du sable, des dunes… oh ! une petite échelle en bois pourri pour descendre une falaise de 12 mètres de haut… des vues de dingue depuis le haut de la falaise d’en face, du sable, des dunes, du sable, des dunes et puis Almograve. Il était à peine 11h quand je suis arrivée. Tellement tôt que la petite dame de la Pousada de Juventude voulait même pas me laisser accéder à mon dortoir… J’ai donc patienté, sagement assise dans le hall jusqu’à ce qu’il soit midi pétantes et j’ai enfin pu aller poser mon sac et prendre une douche. Je me suis ensuite fait à manger et je suis allée faire un petit tour dans le village. Pas grand-chose à voir à part quelques chats qui se chauffaient la couenne au soleil. A la Pousada de Juventude, y avait personne.  J’ai passé le reste de l’après-midi à l’ombre de la terrasse à lire et à sentir le vent sur mon visage. Le soir, je me suis cuisiné des pâtes sauce tomate dignes d’une cantine scolaire des années 80. J’avais hâte d’être au lendemain.

Au troisième matin, j’ai quitté Almograve dans la purée de pois. Ça donnait un petit côté mystique à la balade. Le soleil essayait bien de percer l’épaisse couche de nuages mais j’ai rarement pu apercevoir mon ombre. J’ai enfoncé un écouteur dans mon oreille gauche et j’ai écouté d’une oreille mon audiobook. Je marchais sur les falaises portugaises tout en pourchassant les criminels dans le Massachussetts. J’ai profité d’une mini éclaircie, pour pique-niquer assise au bord de la falaise, observant les nids de cormorans en contrebas. Mais j’ai pas vu passer les 22 kilomètres de la journée absorbée que j’étais dans mon livre. Je suis arrivée de bonne heure à Zambujeira do Mar. Je me suis assise sur un banc sur la petite place pavée qui surplombait la falaise et j’ai regardé les gens vaquer à leurs occupations. Un peu plus tard, je me suis installée à l’hostel Hakuna Matata. Y avait eu un orage la veille et l’eau était coupée. C’était bien dommage vu le besoin urgent que mes cheveux avaient de voir une douche. En fin d’après-midi, l’eau est revenue. Et j’ai repris forme humaine. Je suis ensuite allée faire quelques courses dans le village et j’ai passé la soirée à regarder des vidéos sur mon téléphone. L’hostel était quasi vide, pas un ronfleur à l’horizon, j’ai pu laver mes fringues et les étaler sur tous les lits du dortoir pour les faire sécher. Le lendemain, je me suis offert un jour off. Bah c’est vrai quoi. J’étais là pour marcher mais j’étais aussi un peu là pour profiter. Alors je suis allée à la plage où je me suis presqu’endormie en écoutant mon audiobook. J’ai préparé mon sac de bouffe pour les prochains jours, mangé une gigantesque salade et vidé mes chaussures de tout le sable accumulé dans les doublures. J’étais prête à repartir.

C’est tout juste si j’ai eu besoin de mettre le réveil le lendemain. J’ai remis mon sac sur mon dos, bouclé ma ceinture, ajusté mes guêtres et je suis repartie. A la fraiche. L’étape du jour me menait à Odeceixe à « seulement » 18kms de là. Alors j’ai pas forcé. J’ai pris mon temps. J’ai fait des pauses, j’ai admiré le paysage assise au bord de la falaise à ne penser à rien. Malgré tout, je suis arrivée de bonne heure à Odeceixe. Y avait personne à l’hostel. En fouinant un peu, j’ai trouvé une clé. Je suis donc entrée, j’ai posé mes affaires, pris une douche, fait un peu de lessive. Un peu plus tard, d’autres gens sont arrivés. Eux aussi, ils se baladaient le long de la Rota Vicentina. Ils se sont installés dans l’autre chambre, me laissant étaler toutes mes affaires tranquillement et brancher mes chargeurs sur toutes les prises. Un peu plus tard, je suis allée faire un petit tour dans le village. Très joli avec ses ruelles pavées en pente et ses maisons blanchies à la chaux. Y avait tout un tas de chats qui se doraient au soleil et qui ouvraient à peine à œil quand je tendais la main pour les caresser. Tout en haut du village, il y avait un ancien moulin à vent. Impossible de rentrer dedans mais la vue de là-haut était imprenable.

L’étape du sixième jour m’a amené à Aljezur, 18kms plus loin. Pour changer du sable et des dunes, le chemin suivait cette fois le canal d’irrigation de la Mira, la rivière du coin. La balade était facile, à plat, à peine besoin de repérer les petites marques rouges et blanches qui jalonnaient le sentier. Au bout d’un moment, j’ai même rejoint une forêt d’eucalyptus dont le parfum m’a ramenée plusieurs années en arrière sur la côte corse. Et puis j’ai fini par retrouver les dunes, le sable et la falaise. Et perché sur la falaise, Aljezur. Aljezur-le-vieux sur la falaise et Aljezur-la-nouvelle avec sa nationale et son supermarché en contrebas. L’Amazigh Design Hostel où j’ai posé mon sac était vraiment sympa. Creusé dans la paroi rocheuse avec une vue imprenable sur la vallée depuis le toit-terrasse. Encore une fois, j’étais seule dans ma chambre. Septembre dans ce petit coin de Portugal semblait être déjà hors saison.

Le lendemain c’était presqu’une journée de vacances : 12kms jusqu’à Arrifana. Le long de la falaise avec quelques passages par les plages. Du coup, j’en ai profité. J’ai traîîîîîîné. Je me suis baigné, j’ai fait une sieste. Et je suis arrivée à Arrifana en milieu d’après-midi. Probablement ma plus longue journée malgré le peu de kilomètres parcourus. Arrifana est très connu pour sa plage complètement encastrée entre 2 falaises ce qui en fait apparemment un spot de surf réputé. Je suis donc allée y faire un tour, regarder les enfants jouer au cerf-volant et compter tous les petits points noirs dans les vagues qui essayaient de se mettre debout sur leurs planches. Le Arrifana Destination Hostel est une usine à surfers. J’ai essayé de me fondre dans la masse mais avec mon bronzage de randonneuse et mes baskets de trail, j’ai eu le droit à quelques questions. L’occasion de rencontrer (enfin !) quelques Portugais en vacances. Bizarrement, peu de gens connaissaient la Rota Vicentina. Et l’idée de faire ça toute seule… totalement délirant apparemment…

Le lendemain, j’ai quitté Arrifana de bonne heure. C’était LA grosse étape de la semaine : direction Carrapateira à 24kms de là. J’avais eu des journées plutôt faciles les jours précédents, j’ai donc pris mon temps et je suis arrivée tranquillement à Carrapateira dans l’après-midi. Je me suis installée à la Pensao das Dunas. J’y suis restée 3 jours. Et comme l’avait si bien raconté Adeline, c’est vraiment un petit coin de paradis. Les propriétaires de la Pensao das Dunas sont uuuuultra gentils (et ils font un petit déj de dingue ce qui ne gâche rien), la plage est maaaaagnifique, y a des petits oiseaux qui chantent et j’ai même croisé un tout petit serpent qui m’a filé entre les doigts de pieds (que j’ai fort joli par ailleurs…). Bref, j’ai bien failli m’installer pour de bon à Carrapateira. Mais je n’étais pas encore arrivée au bout du bout du chemin. Il restait 2 étapes.

D’abord, il y a eu Vila do Bispo. Encore 22kms sous le soleil et le ciel bleu, à gambader joyeusement entre les champs en essayant d’approcher la faune locale. Pas d’océan pour une fois. Au GoodFeeling Hostel de Vila do Bispo, j’ai rencontré G., une Allemande. Elle voulait aller se balader. On s’est mis d’accord pour décoller à 7h le lendemain.

En ce dernier jour, on est donc parties de bon matin et très vite, on s’est retrouvé au bord des falaises à contempler l’océan 100 mètres plus bas. Cette dernière étape, malgré ses « petits » 14kms, c’était un peu l’apothéose de la balade. De la falaise encore plus découpée que d’habitude, des petits oiseaux partout, de la bruyère qui sent bon… A un moment, pendant qu’on papotait, on a voulu prendre un petit raccourci. Je me suis retrouvée suspendue par le bout des doigts à un morceau de caillou bien friable qui menaçait de dégringoler 50 mètres plus bas. Je suis remontée en rampant sur la falaise. Adieu raccourci. Mourir si près du but, ça aurait bien ballot. J’en ai été quitte pour une belle frayeur et une belle balafre sur le tibia gauche. On a donc sagement suivi le chemin et puis on a fini par arriver au Cabo de San Vicente. Tout au bout du bout du sud du Portugal. Et après presque 2 semaines à me croire seule au monde au paradis, j’ai retrouvé les cars de touristes et les stands de saucisses-frites qui vont avec. Drôle de sensation. J’ai quitté là G. qui est rentrée à Vila do Bispo et moi j’ai continué ma route en bus jusqu’à Sagres où j’ai ensuite sauté dans un train pour Faro.

Je n’ai passé qu’une petite journée à Faro où je prenais l’avion le soir même pour rentrer à Paris. C’est pas très grand, Faro, on peut l’explorer à pieds sans problème. J’ai eu le temps d’y manger une glace en regardant les petits poissons dans les eaux vertes du port et de traîner dans les vieilles ruelles pavées à la recherche d’un peu de fraîcheur. Et en fin d’après-midi, j’ai remis mon sac sur mon dos et j’ai pris la direction de l’aéroport. Les vacances étaient finies.

S’il n’y a qu’une chose à retenir de ce joli voyage au Portugal, c’est que cette partie de la côte portugaise est splendide. Tellement que je compte bien y revenir. Et aussi que Carrapateira est une excellente destination pour des vacances au calme, dans un paysage de carte postale. Et qu’en plus, c’est vraiment pas très cher. Surtout au mois de septembre. Bref, il n’y a pas qu’une seule chose à retenir de ce joli voyage au Portugal. Mais la plus importante c’est que j’arrive parfaitement à marcher plus de 20kms avec un sac sur le dos plusieurs jours d’affilée. Et je suis un peu rassurée.

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Cumulus Panyam 450

Bien sûr j’ai déjà fait du camping. Et bien sûr il m’est déjà arrivé de ne pas fermer un œil de la nuit parce que je me gelais dans ma tente. Pas de tapis de sol, sac de couchage bien trop léger, j’ai fait toutes les erreurs classiques du débutant.

Comme j’ai l’intention de passer près de 6 mois à dormir dans toutes les conditions possibles et imaginables (le PCT passe par le désert sud-californien puis par les sommets de la Sierra Nevada avec des altitudes allant de 43 à 4009m), il a fallu prendre le sujet au sérieux. Je me suis donc lancée dans de grandes recherches. Il me fallait un sac léger, de bonne qualité, avec une température de confort à 0°C (j’ai toujours froid la nuit) et évidemment pas hors de prix. J’ai très vite compris que dans le monde du matériel ultraléger, le moindre gramme de moins se paye cher, très cher. Je regardais les tests faits par les professionnels, les commentaires des PCTers des années précédentes sur leurs choix, je m’étais même fait un petit tableau comparatif. Je trouvais des sacs de couchage qui cochaient toutes les cases sauf celle du prix. Je commençais même à me dire que je ne trouverai rien de bien en dessous de 400 euros. Et puis je suis tombée sur Cumulus, une marque polonaise pas très connue mais avec de très bons retours des utilisateurs. Et avec des prix encore élevés mais beaucoup plus raisonnables que leurs concurrents. Je leur ai écrit, ils m’ont répondu et on s’est mis d’accord : ils m’offraient une réduction sur le prix du Panayam 450 contre un article honnête et objectif sur mon blog. J’ai signé.

Pourquoi le Panyam 450 et pas le Panyam 600 ? Et puis ça veut dire quoi ces chiffres ? Ces chiffres, c’est le nombre de grammes de duvet d’oies polonaises contenu dans le sac.
Des oies polonaises ? Mais pourquoi des oies polonaises ?  Bah je viens de vous dire que Cumulus est une marque polonaise ! Alors ils prennent le duvet des oies de chez eux, ça semble bien normal. Et puis il se trouve que les plus grands élevages d’oies sont en Pologne. La vie est bien faite.
Et pourquoi un sac de couchage en duvet et pas en synthétique ? Le duvet est un isolant deux fois plus efficace que le meilleur isolant synthétique. Il est plus chaud, plus léger et perd son pouvoir gonflant très lentement. Bref, c’est exactement ce qu’il me faut.
Mais est-ce que t’es sûre que toutes les oies, polonaises ou pas, se valent ? Bien sûr que non ! Le pouvoir gonflant du duvet qui est son paramètre de base se mesure en « cuin », en anglais cubic inches. Et chez Cumulus, le duvet qu’ils utilisent à un pouvoir gonflant de 800 cuin (norme européenne). Ce qui est vraiment très bon.
Et donc le Panyam 450 ? Et bah le Panyam 450 contient 450g de duvet pour un poids total de 835g, a une température de confort de 0°C et une température limite de -6°C. Et je me suis dit que ça devrait être suffisant.

Quand le colis est arrivé à la maison mais il était tout petit et tout léger. Et quand il a été ouvert, le sac de couchage a littéralement jailli du carton. Au fond du carton, il y avait aussi 2 sacs : un petit sac de compression en synthétique et un gros sac en maille pour le stockage. Car autant c’est génial de pouvoir ranger son sac de couchage dans un tout petit volume quand on a besoin de le fourrer dans son sac à dos, autant il vaut mieux le stocker pas trop compressé quand on ne l’utilise pas pour que le duvet conserve ses propriétés de gonflant et de chaleur.

Première impression

Le sac de couchage Panyam 450 ressemble à une grosse couette bien gonflée et bien moelleuse. Le tissu intérieur est synthétique donc un peu glissant mais rien de gênant. La longueur du sac est parfaite (je mesure 1m70), j’ai assez de places pour plier un peu les jambes (je dors généralement sur le côté) et le zip s’attrape facilement mais il faut faire attention en le remontant car il a tendance à se coincer facilement dans le boudin qui sert d’isolant afin qu’il n’y ait pas de perte de chaleur justement par le zip. La capuche est large et la collerette se ferme facilement même si on se retrouve avec beaucoup de bouts de ficelle dans les mains. Quand je me suis glissée dans le sac de couchage, j’étais dans ma chambre, sur mon lit. Au bout de 5 minutes, j’avais si chaud que j’ai dû m’extirper de là. J’étais super contente et j’avais hâte de le tester en conditions réelles.

Pendant la rando

Le premier soir au bivouac, on était à 2270m d’altitude et il faisait froid. Très froid. La température pendant la nuit est tombée sous les 5 degrés. Quand je me suis glissée dans mon sac de couchage, j’avais les pieds gelés. Et impossible de m’endormir tant que j’ai les pieds gelés. 10 minutes après avoir posé ma tête sur mon oreiller (ou le tas de vêtement qui me servait d’oreiller), je dormais à poings fermés. J’ai dormi presque d’une traite jusqu’à ce que le réveil me sorte de mon cocon. Je ne portais qu’un t-shirt et un pantalon en coton très léger et je n’avais pas eu besoin de fermer la collerette ou de resserrer la capuche. Autant dire que quand j’ai sorti la tête de ma tente, j’étais de super bonne humeur : ce premier essai était une réussite.

Pendant la semaine suivante, on a bivouaqué dans des conditions assez différentes en terme d’altitude et donc de température. Et je n’ai jamais eu froid, ni aux pieds, ni ailleurs malgré un pyjama très léger. J’ai resserré la capuche une ou deux fois mais la plupart du temps, j’étais vraiment bien et j’ai presqu’eu parfois trop chaud !

Conclusion

Je recommande vraiment fortement le Cumulus Panyam 450 pour le bivouac en moyenne voire haute montagne quand les nuits ne descendent pas en-dessous de -5°C. En deçà, je n’en sais rien, j’ai pas testé.
Il est très léger, hyper facile de le ranger dans son sac de compression et sèche hyper rapidement s’il est légèrement humide à cause de la condensation (respiration ou contact avec la paroi de la tente).
L’équipe Cumulus est extrêmement réactive et la livraison est rapide (4 à 5 jours).

En tout cas moi, je suis ravie de mon achat et je pense avoir fait le bon choix pour mes 6 mois sur le PCT. To be followed…

PCT Training 1 – de Allos à Menton

Parfois, je me lance des défis à la noix. Souvent, les gens me disent que je suis folle. Des fois, je crois qu’ils ont raison… Prenons un exemple.

Moi : « Hey ! Et si j’allais faire une rando de plus de 4000 kilomètres en 5 ou 6 mois, soit une moyenne de presque 30 bornes par jour ? »

Les gens : « Mais ma pauv’fille ! T’es complètement folle ! Pis comment tu vas faire pour t’entraîner ? »

Moi : « Ah ? Faut s’entraîner… ? »

Bref, je me suis dit que bien que la réussite d’un projet dépend à 90% du fait que tu y crois, il ne fallait peut-être pas complètement négliger le côté physique de l’affaire. Evidemment, je trouverai toujours des gens qui ont réussi le PCT sans avoir fait aucun entraînement particulier mais les experts sont tout de même relativement d’accord pour dire que s’entraîner un peu ne fait pas de mal…

Alors je me suis laissée convaincre. Bon. Sauf que pour s’entraîner à courir un marathon, on ne sort pas direct, courir un marathon. On fait de plus petites distances, on fait du fractionné (beurk !), on alterne les sorties courtes, les sorties longues, bref, on fait ça rationnellement, intelligemment, selon un planning bien établi. OK, mais concrètement, c’est quoi le plan pour s’entraîner pour le PCT ? Comment on fait pour s’entraîner à marcher 35 bornes par jour avec plus de 1000 mètres de dénivelé, en particulier quand on n’habite pas à la montagne et qu’avec un peu de chance, on n’a même pas le droit de mettre un pied à l’extérieur ? Bah voilà. En fait, on peut pas vraiment s’entraîner pour ça. Mais j’ai quand même essayé. D’abord parce que mon cerveau m’a dit que rester vautrée dans mon canapé, c’était quand même pas la meilleure idée et ensuite parce que je voulais tester mon matériel. Ou tout du moins une partie de mon matériel.

Cet été donc, comme tous les étés, je suis partie en rando avec les copains. Mais d’habitude, même si on fait pas de la rando de papis, on n’est jamais en autonomie complète à porter les tentes, les sacs de couchage, les réchauds et nos 3 repas par jour. D’habitude, on dort en refuge et on y prend nos dîners et petit-déjs. Ouais, peut-être qu’on fait un peu de la rando de papi en fait. Donc dans nos sacs, d’habitude, il n’y a que quelques fringues, des barres de céréales et les pique-niques de la semaine (et oui, on mange les melons en premier, on n’est pas complètement teubé). Et d’habitude, j’ai déjà parfois tendance à trouver mon sac lourd. Autant dire qu’à l’idée de porter ma tente et tout le reste pour jouer au parfait petit homme perdu dans la montagne, je me demandais si j’avais pas eu les yeux un peu plus gros que le ventre… Il a donc fallu élever le niveau.

D’abord, on a fait une boucle tous ensemble dans le Mercantour au départ d’Allos. On a fini la semaine en apothéose avec une nuit en bivouac au lac de Lignin à 2270m. D’abord, on a monté la tente. 5 minutes chrono ; un vrai succès. Ensuite on a fait chauffé de l’eau pour les nouilles chinoises. Le réchaud a fonctionné à merveille. Pas aussi rapide qu’un réchaud à gaz mais le pare-vent intégré est juste génial. Et puis la nuit a été bien froide mais roulée en boule dans mon Panyam 450, j’étais juste toasted comme on dit. Au petit matin, on a mis un peu de temps à faire sécher le double toit de la tente qui était tout mouillé à cause de la condensation. Mais malgré ça, l’expérience a été plus que réussie.

Du coup, une fois qu’on est redescendu de cette montagne-ci et qu’on a abandonné une partie des copains, on a pris un petit train, fait un peu de stop (toi aussi, fais du stop à 3 avec des gros sacs de rando…) et on est remonté sur cette montagne-là. Cette montagne-là, c’était Isola 2000 et le plan c’était d’aller mettre les pieds dans la Méditerrannée, sur la plage de Menton 8 jours plus tard. Sauf que cette fois, plus question de repas pantagruéliques et de la chaleur des dortoirs de refuge. Cette fois, c’était 8 jours tout seuls dans la montagne loin de la civilisation ou presque. Et ouais, sur le papier, ça me foutait les jetons…

On avait un peu préparé notre coup. J’avais été faire un tour à Auchan où j’avais rempli un caddie de sachets de semoule, de boîtes de thon, de soupes déshydratées, de muesli, de lait en poudre, de pâtes de fruits et de pom’potes. Vous auriez dû voir la tête de la caissière quand j’ai aligné tout ça sur son tapis. Elle a levé un sourcil et m’a jeté un regard perplexe genre : « mais tu vas nourrir un camp de vacances de gamins de moins de 5 ans ou quoi ? ». Ensuite, j’ai jeté tous les cartons, j’ai tout mis dans des sacs congélation (ah le sac congélation… le meilleur ami du randonneur… tu y mets ta bouffe, tes chaussettes sales, ton téléphone… pas tout dans le même sac, hein, évidemment…) et j’ai laissé ça mûrir une semaine dans un coffre de voiture pendant qu’on se promenait dans le Mercantour.

Quand on a quitté Isola 2000 après avoir fait un petit tour par le supermarché pour ajouter quelques produits frais (saucisson, jambon, pâté) à nos menus des prochains jours, j’avais un peu plus de 20kg sur le dos. C’était lourd. Tellement lourd que j’arrivais pas à soulever mon sac toute seule pour me le jeter sur le dos. Là, on était plus sur le papier et ça me foutait toujours les jetons. Mais c’était plus le moment de se poser trop de questions. Et la rando, c’est pas compliqué : tu mets ton pied droit devant ton pied gauche, puis ton pied gauche devant ton pied droit et tu recommences jusqu’à ce que mort s’ensuive… Alors lentement, j’ai soulevé mon pied droit, péniblement j’ai ensuite soulevé le pied gauche et puis j’ai recommencé. Et je suis pas morte. Je peux même dire que cette petite semaine, je l’ai grave kiffée.

Alors oui, on a vite réalisé qu’on aurait pu trouver une meilleure idée que la boîte de thon qui une fois vide prend autant de place que pleine ; oui, la pom’pote c’est lourd, super lourd ; oui, on a pris qu’une douche en 8 jours ; oui, y a un sac de muesli qui a explosé dans un sac et oui, récupérer du flocon de muesli dans un sac, c’est chiant ; oui, on a eu une chance de malade question météo puisqu’on a réussi à squatter un refuge la seule nuit où il y a eu de l’orage et oui, quand on est arrivé sur la plage de Menton, y a une petite fille qui s’est enfui en courant en criant : « Mais Mamaaannnnn, ils puent des pieds les gens !!! »

Et la morale de l’histoire c’est que je ne crois pas du tout que ces deux jolies semaines ont ressemblé de près ou de loin à ce qui m’attend sur le PCT. Mais je sais maintenant comment choisir un spot pour monter la tente, doser l’alcool à mettre dans le réchaud, vivre avec 2 t-shirts et 3 paires de chaussettes et surtout, j’ai plus les jetons. Je sais que je m’adapterai, que je trouverai ma routine et que je vais adorer ça. Et maintenant, j’ai hâte…

Complètement à l’Est…

Dans cette nouvelle vie que j’ai adoptée, je ne suis jamais « à la maison ». Enfin, si, chaque fois que je change d’endroit, c’est comme si j’avais une nouvelle maison. J’ai une capacité d’adaptation qui frôle le caméléonisme.. Mais du coup, je ne passe plus beaucoup de temps en France. On est fin juillet et depuis le début de l’année j’ai dû passer à peine un mois au pays du camembert de Molière…

Alors c’est super parce que je découvre tous ces nouveaux pays, ces nouvelles cultures, ces nouvelles personnes qui deviennent parfois des amis mais clairement, quand on me dit : « Ah c’est génial ! Tu connais le Congo ! », je rigole doucement. Je connais le Congo comme je connais Bordeaux. J’y suis passée quelques fois, j’y ai une flopée de souvenirs mais je ne connais pas Bordeaux. Ni le Congo. Parce que, breaking news, aller dans un pays pour y travailler c’est loin mais alors vraiment très loin d’être la même chose que d’y aller pour voyager. Oui on tisse de vrais liens avec des gens qui vivent là. Oui on s’y crée une routine, on y apprend plus de choses qu’on ne ferait si on était simple touriste et oui on se sent « à la maison ». Mais on n’est pas libre de ses mouvements (reminder : je travaille pour Médecins Sans Frontières, je vais donc dans des endroits où la sécurité est parfois une préoccupation bien réelle et où je suis tenue de suivre certaines règles. Ce n’est évidemment pas le cas de tous les expatriés du monde, heureusement…) et l’air de rien… on y bosse ! On n’a donc pas tout le temps du monde pour flâner le nez en l’air sur les marchés, aller visiter les musées et les sites archéologiques et profiter des plages de sable blanc… Alors, quand je suis en vacances (enfin… quand je ne travaille pas), bah… j’ai toujours envie de voyager !

Mais c’est vrai que les destinations exotiques sont un peu redescendues dans le classement de ma bucket-list. A la prochaine Jordanie, Argentine, Myanmar ! Welcome Norvège, Pays Baltes, Bulgarie ! Oui c’est-à-dire que j’ai eu ma dose de soleil et chaleur pour 2016. Là, j’ai envie de forêts, écharpes et roulés à la cannelle… Du coup, pour ce premier voyage de l’été (oups, j’ai vendu la mèche, il y en aura évidemment plusieurs…), j’ai choisi… l’Estonie !!

Alors d’abord l’Estonie, c’est où ? Très facile, l’Estonie, c’est là.

Et pourquoi ça l’Estonie ? Tout simplement parce que personne n’y va. Je passe ma vie à voir des gens, à parler à des gens, à vivre avec des gens. Quand c’est les vacances, j’ai envie de calme luxe et volupté et de solitude. Et puis aussi parce qu’en Estonie, y a des grands espaces. Des forêts, des plages, des centaines de kilomètres de paysage où tu peux laisser ton regard se perdre à l’horizon. Quand tu passes ta vie derrière 4 murs, de temps en temps, t’as besoin que tes yeux se souviennent comment faire pour regarder « au loin ». Mais bon, je me suis quand même un peu renseignée avant. En Estonie, y a plein de choses à voir, à faire et à manger.

J’ai donc acheté un billet d’avion pour Tallinn (encore un bon point pour l’Estonie, pas besoin d’être milliardaire pour aller y faire un tour), j’ai calé ma mère sous mon bras et en avant Guingamp !

On a commencé par explorer l’aéroport d’Helsinki. Oui parce que pour aller à Tallinn, globalement, faut passer par Helsinki. Paris-Tallinn en direct, ça n’existe pas. En tout cas, ça n’existait pas cet été. Helsinki c’est sympa mais faut pas rester trop longtemps sous peine d’en ressortir ruiné. Du coup, on grimpe dans un petit coucou d’à peine 20 places qui traverse le bras de mer qui sépare les 2 pays en pas plus de 25 minutes et nous ici voici !

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Arrivées à destination, on récupère la voiture qu’on avait louée pour 10 jours. Oui parce que l’Estonie, c’est bien y a personne mais du coup, c’est pas blindé en transport en commun non plus. Et comme je n’avais pas l’intention de rester à Tallinn mais bien d’arpenter les sentiers perdus, il nous fallait un moyen de locomotion. On a donc jeté notre sac dans le coffre, allumé le GPS et 20 minutes plus tard, on s’est garé par une belle fin d’après-midi aux pieds des remparts de la vieille ville. On y a donc fait un petit tour au hasard des ruelles pavées et Tallinn s’est montrée sous son meilleur soleil couchant.

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Ne sachant pas trop à quoi s’attendre gastronomiquement parlant, on a demandé son avis à notre ami le Lonely Planet. Et bingo ! On a atterri dans un petit resto à moitié bio, vegan ou je-sais-pas-quoi où on a pu goûter à la bière de la maison et à tout un tas de petits trucs très très sympas et très très délicieux.

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Autant dire que pour une première impression, Tallinn a mis le paquet !

Le lendemain matin, on a taillé la route. Déjà ? Oui, déjà. On a bien prévu de passer un peu plus de temps dans la capitale estonienne plus tard mais j’avais bien trop soif de grands paysages pour m’attarder en ville. On a donc pris la route de Saaremaa, une jolie petite île à l’Ouest du pays. Sur la route, on ouvrait grand nos yeux, on nous avait dit qu’on pouvait voir des cigognes. La circulation n’est pas dense (on est seules…), on peut se démancher le cou pour regarder le ciel. Et tout à coup, au sommet d’un poteau électrique, les voilà ! Perchées sur leur nid-plateforme, deux cigognes surveillent leur territoire… Elles sont énormes ! Enfin… elles doivent avoir une taille de cigogne moyenne mais moi, c’était la première fois que j’en voyais et je les ai trouvées énormes. Soudain, l’une d’elles s’envole. Deux battements d’aile et elle se laisse planer jusqu’au champ voisin. Avec son long bec orange, elle fouille le sol. J’en aurais presque oublié de garder les mains sur le volant. Mais le long de cette route, on s’est vite aperçu que c’était la fête à la cigogne. Presque tous les poteaux électriques étaient coiffés d’un nid et les grosses bestioles ne semblaient pas du tout effrayées par les voitures qui passaient dessous. On a fini par arriver au bout de la route. Après, c’était la mer. Et pour atteindre Saaremaa, il fallait prendre le ferry. Il y avait un vent à décorner les bœufs mais c’était tellement bon de laisser ses yeux courir sur les vaguelettes jusqu’à l’horizon…

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Et enfin, on est arrivé à Kuressaare. C’était l’après-midi, c’était calme. On a repéré notre abri pour la nuit (une petite guesthouse en dehors de la ville) puis on est parti se balader. Ah Kuressaare… son château épiscopal, ses moulins à vent… et c’est tout ! C’est pas bien grand mais c’est joli. Y a des géraniums aux fenêtres, des chats qui se dorent au soleil et des gens qui se promènent doucement. Cerise sur le gâteau, on peut dîner dans un des moulins. Une soupe, une goulash (un goulash ?) emmitouflées dans des gros plaids sur la terrasse puis au lit !

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Le lendemain matin, le ciel était gris. La pluie du matin n’arrêtant pas le pèlerin, on retourne faire un petit tour en ville avant d’aller d’explorer les forêts alentours. Au beau milieu de la forêt, il paraît qu’il y a une tour d’observation. On s’était dit que ça se serait chouette de prendre un peu de hauteur et d’avoir un joli point de vue. Alors ni une, ni deux, on a suivi le petit sentier qui menait à la fameuse tour. Et là…

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… voilà voilà… Bon, on n’est pas des mauviettes puis ça faisait jamais que XX mètres de haut… Certes, on aurait dit que toute la structure allait s’envoler au premier coup de vent mais y avait pas de vent alors c’était pas grave… Enfin ça, c’est ce qu’on croyait quand on était au pied de la tour, à l’abri des arbres. Une fois là-haut, on avait un peu les genoux qui s’entrechoquaient. Parce qu’il faisait froid, évidemment. Eventuellement parce qu’il y avait du vent et qu’on sentait la tour bouger. Et que tout ça n’avait quand même l’air que d’un gigantesque château d’allumettes. Alors on a pris deux ou trois photos et on est redescendu fissa. On s’est baladé encore un peu et puis on a repris la route. Direction Parnü.

Parnü, c’est LA station balnéaire estonienne. Quand je préparais l’itinéraire, j’hésitais un peu parce que je me disais qu’il y aurait peut-être trop de monde… Mouahahahaha !! On y est arrivé en fin d’après-midi sous un ciel gris foncé. Alors certes, c’est une grosse ville par rapport à toute la campagne qu’on avait traversée jusqu’à maintenant mais pour la foule, faudra repasser. J’avais réservé un petit bungalow dans une auberge un peu en dehors du centre-ville. Sur le site internet, y avait marqué « Biker Friendly ». Je confirme. D’abord y avait plein de grosses motos rutilantes garées devant. Et dedans c’était plein de gros bikers norvégiens. Tendance vikings. Cheveux longs, moustaches et barbes incluses. Avec en extra, les bandanas, les gros tatouages et les gilets en cuir… Comme les bungalows étaient organisés un peu comme au camping, y avait des douches communes. Et fallait passer avec sa petite serviette devant les gros vikings qui boivent des bières sur leurs terrasses… rigolo.

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Dans le centre-ville, on s’est trouvé un petit resto de spécialités presque locales : blinis et saumon. Faut dire qu’on n’était pas très loin de la Russie. Et d’ailleurs, on sent bien qu’en dehors des centre-villes plutôt mignons, les amis russes ont eu une influence certaine dans le coin. Les banlieues architecturées soviétique sont légions. Mais pour le moment, on profitait de l’air du soir en sirotant une bière locale. Il faisait assez froid mais les restos ont la bonne idée de mettre des couvertures à disposition des clients qui souhaitent rester en terrasse. C’est qu’on est tout de même très au nord, le soleil ne se couche pas de bonne heure et c’est plutôt agréable de pouvoir profiter de la soirée dehors. Et puis, je le confesse, ça me faisait plaisir d’avoir froid…

Le lendemain matin, il faisait encore bien gris. Ça mettait assez bien en valeur l’architecture soviétique mentionnée plus haut… Mais la ville de Parnü regorge de choses à voir et comme on n’était quand même pas venues dans la première station balnéaire du pays pour rien, on est allé jusqu’à la plage. Le sable était magnifique. Blanc, fin, il s’étendait à perte de vue et glissait entre mes orteils à moitié frigorifiés. Mais ne faisant jamais les choses à moitié, je suis allée les mettre carrément dans la Baltique. Je crois d’ailleurs qu’ils y sont restés…

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Puis on a repris la route. Cette fois, direction Viljandi. En route, on a fait une petite balade dans les tourbières du coin. Les sentiers sont bien aménagés et c’est agréable de marcher sur les palettes de bois en entendant floc-floc sous ses pas.  Encore une fois, on est arrivé à Viljandi en fin d’après-midi. On a posé nos affaires dans notre petit bungalow (avec sauna intégré… mais on a jamais compris comment le mettre en route…) puis on est allé au supermarché du coin pour faire des courses. Aller au supermarché à l’étranger, c’est un peu comme ouvrir le frigo de quelqu’un. Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es. Ou si je peux éventuellement habiter chez toi. Là en l’occurrence, ça n’a pas été simple. De la lentille en veux-tu en voilà, de la mayonnaise à toutes les sauces (ou dans toutes les sauces) et pas un chat qui parle un mot d’anglais pour nous aider à comprendre ce qu’on était en train d’acheter pour le dîner… On s’est retrouvé avec des graines non identifiées (comestibles mais pas terribles) et du salami de provenance inconnue. Par contre, j’ai carrément fait la découverte du siècle : des barres de crème aromatisée et gélifiée enrobées de chocolat. Le tout emballé de façon individuelle et conservé au rayon frais. L’expérience prouvera effectivement que les garder plus de 3 heures dans la voiture n’était pas l’idée du siècle. Mais en attendant… une tuerie !

Au petit matin, on s’était mis en tête de trouver une laverie. Plus facile à dire qu’à faire… Pas de laverie à Viljandi. Y avait bien un pressing qui pouvait s’occuper de notre linge mais la dame ne voulait nous le rendre qu’à 14h et nous, à 14h, on comptait bien être loin d’ici. L’histoire dira qu’on aurait dû laisser notre baluchon au pressing mais prenons les choses dans l’ordre. Dans notre quête effrénée de la laverie parfaite (ou juste existante), nous étions passées à l’office de tourisme. Et nous y avions trouvé un petit itinéraire découverte de la ville qui avait l’air sympa et pas trop long. Comme on ne rappelait plus trop pourquoi on avait atterri à Viljandi, on s’est dit que ça serait une bonne idée. Et c’en était une ! Sauf qu’on n’avait pas super bien évalué ni les distances ni le temps passé dans les petits musées et autres boutiques d’artisanat mis sur notre chemin.

Moralité, à 14h, on revenait tout juste au centre-ville et on mourait de faim. Alors on s’est installé en terrasse (toujours) en face de la mairie pour déguster des petits plats avec de la citrouille, de la rhubarbe et tout un tas de graines magiques. Dé-li-cieux. Et pour ne rien gâcher, comme on était samedi, c’était jour de mariage et toutes les demi-heures sortait de la mairie un cortège festif avec mariée meringuée à souhait et moult tenues qui nous réjouissaient au plus haut point.

Lorsque le spectacle a eu l’air d’être terminé, on est remonté en voiture et on a quitté Viljandi pour aller découvrir le couvent de Kuremae. Sur la route, on a longé le lac Peipus. Le lac Peipus est le 5ème plus grand lac d’Europe et se déverse dans la rivière Narva qui sert de frontière entre l’Estonie et la Russie. Autant dire qu’on était maintenant complètement à l’Est. D’ailleurs, les gens ne parlaient même plus estonien ici mais russe. Le long du lac, il y avait plein de petits stands de SUITSUKALA (poisson fumé). Et quel meilleur souvenir à rapporter dans nos bagages qu’un petit morceau de poisson fumé à moitié russe… ?

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Une fois qu’on a quitté le lac, la route s’est mise à tournicoter dans la campagne. Et puis soudain, au sommet d’une colline, on l’a vu.

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Le couvent de Pühtitsa. Un des derniers couvents de l’Eglise Orthodoxe estonienne dans lequel vivent aujourd’hui 161 nonnes. Russes. Ne demandez pas pourquoi. Merci. Bien qu’on n’ait pas très bien compris le pourquoi du comment de ce couvent (y a une histoire de source sacrée quelque part), le couvent en lui-même est très impressionnant. Les nonnes sont toutes de noir vêtues. Y en a des jeunes, des vieilles, des très très vieilles. Beaucoup de femmes entraient dans l’église de laquelle s’échappaient des volutes d’encens et des chants religieux. Alors on a mis un foulard sur notre tête pour essayer de passer inaperçues et on est entrées. Il nous avait échappé un micro détail. Toutes les femmes étaient en jupe longue. Nous, en jean. Mais dans le tas, on a réussi à se faire oublier un moment. On a rien compris à l’office qui était en train de se dérouler (c’est pas qu’on soit des grandes adeptes des offices religieux de façon plus générale) mais le spectacle était amusant. Les gens se déplaçaient dans un grand ballet savamment orchestré pour aller embrasser les idoles, les livres et les mains des prêtres à barbes (qui doivent sûrement avoir un nom bien plus savant que « prêtres à barbes»). En consultant notre ami le Lonely, on a appris que le couvent était bien connu pour ses petits gâteaux et son miel. Il était un peu tard, il n’y avait plus rien. Alors on s’est promis de revenir le lendemain. En attendant, on a essayé de faire sécher nos chaussettes et nos petites culottes qu’on avait enfin réussi à jeter dans une machine à laver en les suspendant du mieux qu’on pouvait un peu partout dans notre chambre d’hôtel.

Le lendemain matin, on est donc retourné au couvent. Et on a acheté tout ce qu’il était possible d’acheter : du pain, des petits gâteaux bizarres avec une croix dessus et du miel. On aurait pu croire qu’il était possible d’acheter des cartes postales aussi puisqu’il y en avait plein derrière la nonne qui semblait les surveiller mais quand je me suis adressée à elle avec ce que je croyais être mon plus aimable sourire, elle m’a regardé par-dessous son gros sourcil broussailleux et elle m’a aboyé : « Niet !!! ». J’ai pas insisté…

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Après un dernier petit tour autour du couvent, on est donc reparti de Kuremae. Cette fois, on allait à Viitna. Mais avant d’aller à Viitna, on voulait aller voir une petite ville qui promettait de chouettes découvertes. Sillamae ça s’appelle. Sillamae fait partie de ces endroits qui depuis des milliers d’années ont subi les invasions successives de tous leurs voisins. Ici, on parle des Vikings dans les temps fort anciens, puis des Allemands et des Russes dans les temps plus récents. Pendant la période soviétique, Sillamae produisait 40% de l’uranium russe. Alors pour des raisons évidentes de sécurité, les Russes ont rayé Sillamae de la carte. Littéralement. Ils ont prétendu que ça n’existait plus. La ville n’apparaissait plus sur les cartes. Si tu habitais à Sillamae et que tu voulais aller voir ta Babouchka dans un village un peu plus loin, fallait un permis. Et t’avais intérêt à pas raconter ce que tu fabriquais à Sillamae. Sinon… bah ceux qui en ont parlé ne sont plus là pour dire ce qu’il leur est arrivé… Bref, Sillamae aujourd’hui c’est une ville fantôme. Avec des immenses avenues bordées de palmiers (incongruité certes, mais c’est joli) et des balançoires vides. Et quelques Babouchkas qui papotent sur les bancs en bas de leurs immeubles qui ont été désertés depuis longtemps…

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Une fois qu’on a été bien déprimées par l’ambiance de Sillamae, on est allée se remonter le moral en allant se balader le long de la mer en regardant les oiseaux.

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Notre destination du jour était le parc de Lahemaa à l’entrée duquel se trouve la petite ville de Viitna. Qui existe bien, elle. Et dans laquelle se trouve une taverne fort réputée à des kilomètres à la ronde et où on a pu se réconforter à coup de grandes cuillères de gruau et de viande grillée avant de rentrer se pelotonner sous nos couettes dans une datcha tout confort.

Au petit matin, on est donc allé se promener dans le parc de Lahemaa. Bon, on s’y est peu perdu pour être honnête… Mais c’était joli. Y avait plein de champignons, des petites fleurs, des petites baies multicolores… et on était pas dérangé par les voisins (y avait personne). Un peu plus tard dans la journée, on s’est mis en tête de faire une petite balade facile au bord de l’eau. Et puis encore un peu plus tard, une autre balade dans les tourbières. On a fini la journée avec près de 25 kilomètres dans les pattes. Il était temps de retrouver la civilisation et de rentrer à Tallinn.

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A Tallinn, cette fois, on avait loué un petit appartement pour les quelques jours qu’il nous restait. Au 8ème étage d’une tour Popovienne de première classe, on se fondait parfaitement dans le paysage. Au pied de l’immeuble se tenait tous les matins un marché où on allait acheter des kilos de fruits rouges qu’on avalait au petit-déjeuner. Et puis on allait se balader. Comme souvent, on a suivi un Free Tour. C’est sympa les Free Tour. On n’y apprend pas toujours plein de trucs intéressants sur la ville mais on se balade tout de même pas mal et en général, le guide est un gentil cinglé qui raconte des histoires rigolotes. Et puis en plus, ce jour-là, miraculeusement, il faisait grand beau.

Bref, on a mangé des glaces, on est allé voir la mer, on a fait le tour des remparts, des églises et des palais et on est même retourné dans le petit resto vegan du premier jour qui nous avait tant plu.

Alors, l’Estonie ? Ça valait le coup /coût ?
Et bah oui ! Carrément même ! Y a de très jolis villages, de très affreuses banlieues (mais il n’y a rien à y voir donc à priori c’est pas là que tu vas passer la majorité de ton temps), de très chouettes balades (faut aimer marcher seul dans la nature mais les sentiers sont très bien balisés), de très très belles plages (tu peux pas trop te baigner… à moins d’être breton de naissance… la mer doit être à 10°C) et plein d’extrêmement bonnes choses à manger (et quelques surprises déroutantes aussi parfois mais c’est bien ça qui fait le charme du voyage, non ?). Le coût de la vie n’est vraiment pas très cher et les hébergements tournent autour de 30€ par nuit pour 2 personnes. Et last but not least, les gens sont vraiment très gentils et ont envie de faire découvrir leur pays.

Alors ? Vous y allez quand en Estonie ?

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Stoned in Paouadise

Voilà. C’est fini. Encore une fois.

J’ai replié mes affaires, enlevé les quelques photos punaisées sur le mur, refait mon sac, éliminé toute trace de mon passage à Paoua. Toute ? Non ! Dans un coin, je laisse une petite marque qui résistera encore et toujours à l’envahisseur. Enfin, jusqu’à ce que quelqu’un décide de refaire la peinture…

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On a fait la fête l’autre soir avec tous les staffs pour marquer le coup. Très cérémonieux comme toujours dans ces cas-là… Le grand cercle de chaises dans la cour devant le bureau, les gens qui arrivent au compte-goutte et sur leur 31… Quand tout le monde est assis, on commence par les discours. « De Paoua, à Paoua, pour Paoua… ». On applaudit. On offre des petits cadeaux couleurs locales. On remercie. Puis c’est l’heure de manger. Il y a quelques jours, on a acheté deux chèvres. Elles sont restées attachées à un arbre à brouter de rares brins d’herbe. Ce matin, on les a tuées, dépecées et découpées en petit morceaux qui ont mijoté toute la journée. Rien n’a été perdu. Soupe d’abats, tête de cabri bouillie, même la peau a été récupérée par un des gardiens. Dans un coin de la cour, on a mis des tables sur lesquelles sont posées les immenses marmites et les seaux remplis de pains de manioc… Sagement, tout le monde fait la queue pour recevoir sa part puis retourne à sa place. Pendant un moment, on entendrait presque que le bruit des mandibules qui mastiquent consciencieusement. Certains distribuent les boissons. « Castel ou sucré ? ». On se relève pour jeter son assiette son carton et se laver les mains. Et enfin, on danse. Les uns contre les autres, les uns avec les autres, on transpire, on rit, on prend plein de photos toutes plus floues les unes que les autres, on prend des poses, on rit encore… Puis tout le monde repart. Il n’est pas très tard mais personne n’aime marcher dans les rues désertes à la nuit noire…

J’ai rendu le téléphone, l’ordinateur et les clés. J’erre un peu sans but maintenant. J’attends l’avion qui me ramène à Bangui. J’essaye de prendre des photographies mentales de ces lieux qui ont été mon univers pendant les six derniers mois. Je fixe les objets, les gens à m’en brûler les rétines. Je pense déjà à la suite. L’été qui vient est chargé. Comme si j’avais peur du vide, j’ai planifié soigneusement les douze prochaines semaines. A peine le temps de souffler et encore moins de vider ses valises. La vie est courte et j’ai tellement de choses à faire, voir, expérimenter, tenter… On dormira quand on sera mort.

La voiture arrive enfin. Faut y aller. C’est l’heure. On jette mes sacs à l’arrière et je grimpe sur le siège avant. Le cuir est brûlant comme d’habitude. Une dernière fois, j’attrape la radio : « La 38 quitte ta position direction aéro, 3 pax à bord… » « Bien copié ! Bon voyage Alpha Delta ! » Mince, y a un grain de sable sous ma paupière je crois…

L’avion apparaît à l’autre bout du ciel. Un éclat métallique dans le bleu immaculé. Il se pose en soulevant un tourbillon de sable et vient s’arrêter juste devant nous. On le décharge d’abord. Je ne sais pas trop quoi faire : dire au-revoir maintenant, attendre encore un peu… Puis le pilote fait signe : faut monter. Alors on se prend dans les bras, on s’embrasse, on se promet de s’écrire, de s’envoyer des photos, de se voir à Paris ou ailleurs… Et puis la porte de l’avion se ferme et le brouhaha extérieur disparaît sous le ronronnement des moteurs. Par le hublot, je les vois tous, les mains sur les yeux pour se protéger du soleil qui éblouit. Et tandis que l’avion se met à rouler sur la petite piste en latérite pour prendre son élan, j’agite ma main pour dire au-revoir encore une fois. Et on décolle…

Je reste un peu stonedfrom Paouadise… et dans ma tête tourne en boucle…

I want you
We can bring it on the floor
Never danced like this before
We don’t talk about it
Dancing on, do the boogie all night long
Stoned in paradise
Shouldn’t talk about it

Dernière ligne droite

Et voici le dernier virage… On aperçoit la concurrente émerger lentement de la mêlée… On peut lire la fatigue sur son visage, ses traits sont tirés mais elle sait que l’arrivée n’est pas loin ! Dans 15 dodos, elle sera accoudée au comptoir de la boulangerie de la Rue de la Roquette à lécher ses doigts luisants du beurre du croissant dont elle rêve depuis bientôt 6 mois… Il faut qu’elle reste vigilante. C’est la dernière ligne droite et une blessure est si vite arrivée.  Elle a plutôt bien négocié sa course jusqu’ici malgré les obstacles.  On l’a vu trébuchée une ou deux fois, d’autres concurrents n’ont pas été particulièrement fair-play avec elle mais elle n’a pas flanché, elle a gardé le cap, la tête dans le guidon, les yeux rivés sur l’objectif.

C’est tout dans la tête maintenant. Pas le moment d’avoir un mental de chips, pas le moment de craquer. Il lui serait facile de tout lâcher maintenant et de se laisser porter jusqu’à la ligne d’arrivée mais elle tient bon, elle sait que même les derniers moments comptent. Elle sait qu’on la regarde. Elle sait qu’on l’attend de l’autre côté. Et elle sait aussi que dans très peu de temps, cette course ne sera plus qu’un souvenir et que sa mémoire commencera à effacer les moments où elle a serré les dents pour ne conserver que les moments où elle sentait son cœur battre au même rythme que le reste de l’univers.

C’est la dernière ligne droite. On dirait qu’elle ralentit un peu.  Mais ce n’est pas parce qu’elle est épuisée. Ce n’est pas parce qu’elle lâche l’affaire. Non. C’est pour faire durer le plaisir…

Famille temporaire

Pourquoi c’est si difficile de les voir partir ? Un par un, on les ramène à l’aéroport (enfin… à la piste en latérite qui sert d’aéroport), on les sert dans nos bras, on les regarde monter dans le petit coucou puis on agite nos bras tandis qu’ils s’envolent vers l’autre monde, celui qui n’est pas Paoua. On s’est dit « A la prochaine !! », « On s’appelle !! » ou encore « Fais signe quand tu passes à Paris !! ». La vérité c’est qu’on ne se reverra jamais. Quoique… faut jamais dire jamais et le petit monde MSF est vraiment très très petit… Mais tout de même. Y a vraiment peu de chances qu’on passe d’autres soirées tous ensemble à écouter le Buena Vista Social Club en faisant tourner des cigarettes parfumées…

Quand j’y repense c’est quand même drôle. Quand je suis arrivée, on peut pas dire que je sois tombée amoureuse de toute cette petite bande au premier regard. Non. Au début, je les ai observés, ils m’ont observée, on a échangé des banalités et peu à peu, on s’est apprivoisés. Doucement. Puis un soir, pendant qu’on profitait de la toute relative fraîcheur de la nuit sur les transats, je les ai regardés, un par un. On riait, je sais plus pourquoi. Sûrement un truc fin et distingué. Et puis j’ai réalisé. Ces gens, là, autour de moi, c’est ma nouvelle famille. Une famille un peu spéciale, une famille qui ne remplace certainement pas celle que tu as laissée dans un autre fuseau horaire, une famille temporaire, certes, mais une famille quand même.

Comme dans toutes les familles, y a le Papa. Celui qui fixe les règles, qui te prive de sortie, qui te dit dans quel bar aller et qui te raconte des histoires rocambolesques des temps où tu n’étais pas né. Comme dans toutes les familles, y a la Maman. Celle qui s’assure toujours que tout le monde a bien mangé, que tout le monde a bien pris sa Doxy, qui s’inquiète quand tu dis que tu te sens pas super. Comme dans toutes les familles, y a la Tante Un Peu Chelou. Celle qui se lève à 5h du mat pour faire du yoga, te gueule dessus quand tu rigoles trop fort à 23h et passe son dimanche à tricoter avec ses petites lunettes en équilibre instable au bout de son nez. Comme dans toutes les familles, y a le Cousin Machin. Il est un peu chelou celui-là aussi, il se fait des lavements de sinus à grand renfort de seringues de 500mL et en public pour que personne ne rate le spectacle. Comme dans toutes les familles, y a le Petit Frère. Celui qui fait des conneries tout le temps mais qui fait marrer tout le monde et qui est un peu le chouchou. Comme dans toutes les familles, y a la Petite Sœur. Celle qui arrive pas à se lever le matin, d’ailleurs c’est à peine si tu la croises avant 10h mais elle parle presque couramment sango après 1 mois. Comme dans toutes les familles, y a la tripotée de cousins plus ou moins éloignés que tu connais moins bien. Ceux-là, tu leur dis bonjour tous les matins, tu connais leurs noms, leurs visages, ce qu’ils font pour gagner leurs vies et éventuellement le nom de leurs femmes mais en même temps, ils en ont 3 chacun et tu renonces rapidement.

Tous ces gens que tu ne connais pourtant que depuis quelques semaines sont devenus ta famille : tu les as pas choisis, tu les détestes parfois mais perdu au milieu de cette brousse hostile, tu finis par les aimer souvent. Et quand toi aussi tu finiras par rejoindre l’autre monde, celui qui n’est pas Paoua, tu sais que tu ne les reverras peut-être jamais, tout ça n’était qu’une bulle dans l’espace-temps. Alors quand l’avion décolle au bout de la piste en latérite, ton petit cœur est tout serré, t’as une boule dans la gorge et plein de poussières qui piquent dans les yeux. Heureusement, dans l’autre monde, celui qui n’est pas Paoua, y a ta famille. La vraie. Celle qui n’est pas temporaire. Tu les as pas choisis, tu les détestes parfois mais en vrai… t’es quand même drôlement content de rentrer les serrer dans tes bras.s

A Lannister always pays his debts…

Je suis une série-addict, ce n’est un secret pour personne. Je crois que ça remonte au lycée. Quand je rentrais en fin d’après-midi, je me vautrais dans le canapé devant Sunset Beach. Ouais. Sunset Beach. Si vous n’en avez jamais entendu parler, c’est normal. C’est un genre de Feux de l’Amour en pire. Le lendemain matin, on discutai sans fin de l’épisode de la veille dans la cour du lycée. Puis y a eu la Trilogie du Samedi (je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans…). A l’époque, j’avais pas encore la permission de minuit et les samedis soirs en compagnie de Buffy étaient de loin mes soirées préférées. Le temps a passé et les séries aussi. Hartley Cœur à Vif, Ally McBeal, Sex & The City… puis Friends bien sûr… Bien sûr, il a fallu se mettre à l’anglais pour pouvoir regarder tout ça en VO. C’était bien plus cool. Et il fallait être cool.

Aujourd’hui, dans mes phases d’hibernation, je suis tout à fait capable de passer 17 heures d’affilée à binge-watcher des saisons entières de Vikings, Suits, Homeland ou House of Cards. Je vais avaler 3 aspirines pour combattre la migraine menaçante puis je tomberai de sommeil sur mon écran mais personne ne m’empêchera de voir le season finale de Game of Thrones. Pour ne rien laisser au hasard, je me suis même fait un petit fichier Excel où je note tout ce que je regarde et quand seront diffusés les prochains épisodes. Oui, je suis maniaque et non, je me soigne pas, j’apprends aux autres à vivre avec.

J’ai des goûts plutôt éclectiques en la matière. Comme tout le monde, j’ai adoré Breaking Bad (je me suis d’ailleurs retrouvée avec la batterie de mon van à plat après avoir passé une nuit entière l’ordinateur branché sur l’allume-cigare…), je voue un culte à House of Cards (mais pourquoi est-il aussi méchaaaaaaaannnnnnnnnt… ?), je vendrais ma mère pour Game of Thrones (après la diffusion des 2 premières saisons, j’étais incapable d’attendre gentiment la suite, je me suis mise à dévorer les livres). Je suis évidemment  une fan des grands classiques : 24H Chrono, Desperate Housewives, How I Met Your Mother, The Office… Mais je m’autorise aussi des trucs bien moins avouables… Nashville, Awkard, American Wives… Que celui qui n’a jamais scotché devant un épisode de Gossip Girl me jette la première pierre. Et bizarrement, je suis passée à travers des succès notoirement intergalactiques : Mad Men, Dexter, Lost… Un je finirai bien par regarder tout ça, pendant ces longues soirées d’hiver où il n’y a rien de mieux à faire que rester sous un plaid avec un chat sur les genoux.

Mais revenons à nos moutons. Je suis toujours à Paoua. Certes internet est arrivé jusqu’au fond de la brousse mais le signal est à peine suffisant pour traîner sur Facebook alors c’est même pas la peine de penser à streamer quoi que ce soit. Ce qui tombe plutôt mal puisque je venais tout juste de voir le premier épisode de la 5ème saison de Game of Thrones quand j’ai dû partir. Me voilà donc privée de Game of Thrones jusqu’à mon retour en France. Et pendant ce temps, tous mes prétendus « amis » menacent de me spoiler… Game of Thrones c’est clairement ma préférée. Aucune morale, les gentils meurent avant les méchants, les méchants sont pas toujours aussi méchants qu’ils y paraissent et puis y a des dragons. J’écrirais bien une petite lettre à l’auteur pour lui demander de se grouiller d’écrire la suite de l’histoire avant de mourir (sérieusement, personne ne rajeunit et me laisser avec ce goût d’inachevé serait proprement scandaleux…) mais je ne sais pas encore comment formuler ça sans paraître offensante. Je n’arrive pas encore à décider quel est mon personnage préféré. Mais mon cœur balance du côté Lannister. Je sais, ils sont affreux. Pas un pour rattraper l’autre. Mais ils sont à mourir de rire. Comme quoi, finalement, c’est peut-être vraiment pas la beauté qui compte… Et la devise des Lannister c’est quoi ? « A Lannister always pays his debts ». Ce qui nous ramène à Paoua et à ce qui se passe ici ces derniers temps…

Je vous ai déjà beaucoup parlé des gens qui vivent ici et avec qui je travaille. Vous savez qu’ils sont globalement plutôt sympas à de très rares exceptions près et que bien qu’on ne danse pas la lambada sur les tables tous les soirs (personne ne fait ça de toute façon), l’ambiance est plutôt bonne. Malheureusement, on ne peut pas rester dans notre petit vase clos. On se doit de communiquer avec le monde extérieur. Et le monde extérieur commence à Bangui où se trouve la Coordination. Mais qui sont ces gens me direz-vous ? Et bien à Bangui, il y a des gens qui coordonnent les différents projets installés dans tout le pays. Ils coordonnent, ce sont des Coordinateurs et ils travaillent dans un bureau qu’on appelle la Coordination. Plus simplement, ces gens sont nos patrons. Et comme dans toute relation normale avec son patron, y a des fois ça va et des fois, bah… ça va pas. Bon, la plupart du temps, les phases de « ça va pas », ça dure pas très longtemps et c’est généralement parce qu’on s’entend pas très bien. Littéralement. Faut dire qu’avec 2 mails téléchargés par heure et un réseau téléphonique moins efficace que des signaux de fumée, ça aide pas. Mais parfois, le « ça va pas » se prolonge, le malentendu prend un tour d’incompréhension et la fatigue aidant, ça dégénère en conflit. Normalement, le conflit reste au niveau professionnel : on n’est pas d’accord sur une décision, une orientation, une procédure… bref, un truc qui concerne concrètement le projet et on reste chacun sur ses positions espérant faire plier l’autre partie à la longue. Au bout d’un moment, l’un des deux cède et fait la tronche mais on en reste là. Il arrive aussi de façon plus extraordinaire que le conflit prenne une tournure plus personnelle. C’est là que tout part en cacahuètes. Et c’est exactement là que je me trouve. Tout ça n’est parti que d’un petit incident, une divergence d’opinion. C’est devenu un orage puis une tempête puis un ouragan et c’est désormais une guerre nucléaire. Evidemment je ne raconterai pas les détails ici et je ne citerai aucun nom. Je ne viens pas régler mes comptes et je ne viens pas me faire plaindre non plus. Mais s’il y a bien une chose qui me met hors de moi c’est la mauvaise foi et le mensonge dans l’intention de nuire à quelqu’un. Quelqu’un qu’on ne connaît pas par-dessus le marché. J’ai déjà quelques années d’expérience derrière moi (je sais, on dirait pas, j’ai l’air si jeune…) et il m’est déjà arrivé de ne pas être d’accord avec mon patron. Mais aucun de mes patrons n’a jamais dérapé et essayé de me nuire de façon personnelle. Ja-mais. Avant aujourd’hui. Alors j’ai peut-être l’air gentille comme ça, mais au fond, je n’ai qu’une chose à dire… A Lannister always pays his debts

PS : Pas de méprise. MSF, en tant qu’organisation n’est malheureusement pas à l’abri de recruter un ou deux gros cons. C’est comme ça, ça arrive. Heureusement, c’est loin, très loin d’être la majorité…