PCT Day 3 : Mount Laguna vortex

de Fred Canyon Campsite (mile 32) à Mount Laguna (mile 42)

Pas une goutte de condensation sur la tente ce matin. Voilà comment bien commencer la journée. Et en plus, c’est une petite journée : seulement 10 miles jusqu’à Mount Laguna.

Mount Laguna est la première petite ville sur le trail. Enfin c’est pas vraiment une ville, c’est plutôt un camping, un café, un outfitter et un general store qui fait aussi lodge et post office. Tout ça étalé sur moins de 300 mètres.

J’ai un colis à récupérer ici avec de quoi me nourrir pour les 4 prochains jours. L’idée c’était donc juste de dévorer un burger, acheter de nouvelles semelles pour remplacer celles qui se délitent dans mes chaussures, récupérer mon colis et continuer la route. Évidemment, rien ne se passe jamais comme prévu. Je suis bien allée avaler un burger, je suis bien allée acheter de nouvelles semelles mais après… je me suis laissée engloutir dans le vortex du Mount Laguna Outfitter. Il faut dire qu’il fait ultra chaud, que l’outfitter offre des bières et des sodas frais à tous les hikers et que mon groupe de nouveaux copains a décidé de passer la nuit ici. Ma motivation pour continuer à marcher toute seule fond rapidement jusqu’à disparaître totalement et on reste assis là sous le porche à boire et à papoter jusqu’à ce que le magasin ferme et qu’on se replie jusqu’au camping.

Tant qu’on est là, on en profite pour prendre une douche. Froide. Et sans savon. Mais c’est mieux que rien. Et puis on allume un feu pour se réchauffer et au fur et à mesure que la nuit tombe, les autres hikers se joignent à nous.

On resterait bien là pour toujours. Mount Laguna vortex…

PCT Day 2 : Marche ou crève 

de Lake Morena (mile 20) à Fred Canyon Campsite (mile 32)

Bah voilà, ça n’a pas loupé. 20 miles hier et aujourd’hui c’est l’enfer. J’ai mal partout, mes pieds refusent d’avancer, j’ai de l’acide lactique plein les mollets. Entre l’état général de mon corps qui comprend pas bien ce qu’il lui arrive et la condensation qui avait gelée sur ma tente, j’ai déjà mis presque 2h30 à lever le camp ce matin. Pas brillant… Au moins le soleil brille et y a des vautours dans les arbres.

Je m’étais fixé un objectif de 17 miles aujourd’hui. Je vais en faire 12. Et je vais en chier. Genre grave. Il fait chaud puis il fait trop chaud. Je porte trop d’eau puis pas assez. Je traverse un petit cours d’eau sans enlever mes chaussures, je mets plus d’une heure à les faire sécher (j’en profite pour mettre à jour le blog) et 1km plus loin, y a un autre cours d’eau. Cette fois j’enlève mes chaussures.

Entre temps , je croise 2 chasseurs avec un arc, des flèches et un casque de camouflage avec des plumes de pintade dessus. Quand je leur dis que je marche jusqu’au Canada, ils écarquillent leurs yeux et l’un d’eux pose immédiatement son sac à terre pour en sortir un pack de survie de l’armée américaine. Il me dit que je vais avoir besoin de ça. Je le remercie chaudement mais avec tout ce que j’ai déjà sur le dos, j’ai franchement pas envie de rajouter les 500 grammes de son kit.

Le paysage est chouette mais je lutte toute la journée. Toute. La. Journée. A un moment, alors que j’ai le moral dans les chaussettes et les chaussettes en bien mauvais état, je vois arriver en face de moi un monsieur qui a l’air très sympa. D’ailleurs, il me fait des grands signes. Je lève le bras pour lui répondre mais lui, il crie :  » Snake !!! ». Et effectivement, en plein milieu du chemin, à moins de 5 mètres, il y a un gros snake. Il ressemble tellement à une branche que j’aurais bien pu l’enjamber sans même m’en apercevoir… Sauf qu’il aurait sonné. Parce que la branche au milieu du chemin n’est rien d’autre qu’un gros serpent à sonnettes. Et que ces saloperies, ça sonne pour te prévenir que ça va t’attaquer et en plus, c’est bien venimeux comme il faut. Je suis donc bien contente d’avoir rencontré le gentil monsieur qui va faire fuir le gros serpent en tapant des pieds juste au bon moment…

Et puis finalement, au mile 32, il y a une rivière, plein de places pour mettre des tentes et plein de copains qui sont déjà là. Je mets à peu près 2 secondes avant de décider que ce sera tout pour aujourd’hui, merci. Vers 18h c’est presque 15 tentes qui sont éparpillées dans le sous- bois. On se prépare à dîner et puis on allume un feu pour se réchauffer et éloigner les moustiques. Et à 21h, tout le monde file se rouler en boule dans son sac de couchage.

PCT Day 1 : Et c’est parti mon kikiiii !

de Campo (mile 0) à Lake Morena (mile 20)

Les choses sérieuses ont vraiment commencé hier soir. Le dernier dîner chez Scout & Frodo, le dernier petit speech avec les recommandations d’usage (« soyez bien élevés, ne laissez pas traîner votre papier toilette dans la nature et n’enlevez pas vos chaussures au restaurant ! »), le petit poème qui met la larme à l’œil et puis remplir ses gourdes d’eau, tout préparer pour le lendemain et se coucher, les yeux rivés sur les étoiles à se dire que j’ai absolument aucune idée de ce que je suis en train de faire…

Ce matin le réveil a sonné à 5h. Dégonfler le matelas, ranger le sac de couchage, mettre son nouvel uniforme de hiker, se brosser les dents, boucler son sac et le déposer sur le perron. A 5h30 c’est l’heure du petit dej. Frodo à préparé des tonnes d’oeufs brouillés, du porridge, des fruits, des muffins, du café… la table est couverte de plats différents. Elle fait l’appel pour être sûre que tout le monde s’est bien réveillé. On sent l’excitation monter, on a tous a hâte d’y aller… A 5h50, réglés comme du papier à musique, on est tous sur le perron, prêts à grimper dans les voitures des volontaires qui vont nous emmener jusqu’à la frontière. En file indienne, on reçoit une dernière accolade de Frodo et… en voiture Simone ! Encore une heure de route avant de se retrouver into the wild !

Et puis enfin, on arrive à Campo, la petite ville à côté de laquelle se trouve le terminus sud du PCT. On se gare et on l’aperçoit, quelques mètres plus haut… le monument du terminus sud. Je l’ai tellement vu en photo que ça fait tout bizarre maintenant. Il est là, impassible, alors qu’on est une trentaine à tourner autour en poussant des petits cris d’excitation. On fait des photos, on signe le trail register histoire de dire qu’on y était et puis vers 7h30, enfin, on démarre. Et c’est parti…

Les premières heures se passent doucement, le chemin n’est pas très difficile, il y a une petite brise. Et puis doucement aussi, les pieds se mettent à chauffer. On s’arrête, on enlève nos chaussures, on mange une poignée de trail mix puis on repart. Le soleil tape de plus en plus fort et l’ombre se fait de plus en plus rare. Je passe la marque des 10 miles. Plus que 2650 ! Un peu plus tard, je fais une pause déjeuner cachée sous un buisson. Une tortilla au beurre de cacahuètes… les pauses déjeuner ne vont pas être mes préférées… puis c’est reparti. Il faut descendre jusqu’à Hauser Creek, mile 15. J’aurais pu m’arrêter là pour le premier jour mais il est encore tôt et il ne reste que 5 miles jusqu’à Lake Morena et son camping. Va pour 5 miles alors !

La fin de journée est un enfer. Il faut grimper, grimper, grimper puis redescendre, redescendre, redescendre. Je ne sens plus mes pieds, plus mes chevilles, plus mes mollets. En arrivant au camping, il y a des trail angels qui sont là avec des bières fraîches et ils font cuire des hot-dogs au feu de bois. Les trail angels, ce sont des gens qui viennent le long du trail et offrent aux hikers des boissons, à manger ou les emmènent en ville si besoin. Tout ça comme ça, par pure gentillesse. On appelle ça du trail magic.

Je monte ma tente, je me mets en pyjama, je vais rincer mes pieds aux lavabos du camping et je vais manger 2 hot-dogs. A 21h, je m’endors au chaud dans mon duvet. J’ai mal partout mais je l’ai fait. J’ai fait 20 miles, j’ai pas d’ampoules et j’ai eu mon premier trail magic. Vivement demain qu’on recommence…

Le calme avant la tempête 

C’est jeudi après-midi, il est 16h. C’est juste une belle après-midi de fin de printemps. Il fait bon, le ciel est bleu, pas un nuage à l’horizon, les oiseaux chantent dans l’arbre au-dessus de ma tête. Il y a tout de même une légère brise qui m’a obligée à remettre mon pull mais sinon, tout est parfait. Mon sac est prêt, je suis prête, c’est le calme avant la tempête.

Ca tombe bien, la tempête c’est demain. Demain, vers 7h du matin, je mettrai le premier pied sur le PCT. Je ne sais pas comment je me souviendrai des 2 derniers jours. D’abord il y a eu les longues heures de vol jusqu’à Seattle et les longues minutes avant l’atterrissage où j’ai contemplé les montagnes couvertes de neige en me répétant : « ça va aller, ça va aller, t’y seras dans 6 mois, tout aura fondu… » Puis il y a eu ce moment à la douane que j’avais tant redouté et où finalement je suis passée comme une lettre à la poste. C’était bien la peine de se faire des nœuds au cerveau ! Puis l’arrivée à San Diego, les premiers autres hikers, la fameuse voiture avant le pompon jaune et moi qui arrive à peine à garder les yeux ouverts et pourtant je veux pas en perdre une miette. Puis l’arrivée chez Scout & Frodo. J’en ai tellement entendu parler que j’ai l’impression de déjà tout savoir. Poser son sac dehors sous l’arbre, attraper une assiette, se retrouver entourée de plein d’autres gens. On est 37 à dormir ici ce soir. Ce que font Scout & Frodo est tellement énorme que c’est à peine croyable. Pendant toute la saison, ils vont accueillir chez eux, dans leur maison, plus de 700 hikers qui prendront le départ du trail. Ils vont les nourrir, leur offrir un endroit où dormir et surtout leur donner 1 million de conseils. Tout ça, gratuitement. Ils refusent qu’on leur donne de l’argent. Oui, c’est dingue. Et après avoir passé tous ces mois à planifier ce truc tout seul dans son coin, c’est comme si tout à coup, on se retrouvait catapulté sur la planète PCT. Tout le monde veut tout savoir. « Et toi, t’as quelle tente ? Quel sac de couchage ? Tu vas l’envoyer où ta première resupply box ? Tu prends une ice axe ou pas ? ».

En ce premier soir, j’assiste à mon premier shakedown. Un shakedown, c’est quand quelqu’un pose tout le contenu de son sac par terre au milieu du salon et qu’un des volontaires présent chez Scout & Frodo (oui, y a quand même des gens qui aident, faut pas pousser non plus…) t’explique que la moitié de ce que tu as pris ne va te servir à rien. Comme les volontaires sont tous des vétérans du PCT, tout le monde écoute religieusement ce qu’ils disent. Ça ressemble un peu à une séance d’humiliation publique mais si tu passes à côté du shakedown, tu rates une partie de l’expérience PCT. Ce soir, c’est le tour d’un gars qui part le lendemain matin. Pas le temps de tergiverser, faut décider tout de suite ce que tu veux garder et ce que tu veux laisser dans la hiker box. La hiker box, c’est là où tout le monde laisse les trucs qu’il ne veut pas emporter. Ça va de la paire de tongs aux coton-tiges ou à un paquet de muesli à moitié entamé. Si tu trouves un truc dans la hiker box que tu veux prendre, pas de souci, c’est fait pour. C’est un peu comme la caverne d’Ali Baba là-dedans.

Je finis par m’écrouler sur mon matelas gonflable sous l’arbre du jardin. La nuit est tombée, le vent agite les branches, c’est ma première nuit à la belle étoile et sûrement pas la dernière. J’ai encore du mal à croire que je suis bien là et que je vais vraiment faire ce pour quoi je suis venue.

A 4h du matin, je suis réveillée par l’agitation autour de moi. C’est l’heure du réveil pour ceux qui commencent aujourd’hui. Ils rangent leurs sacs de couchage, ils remplissent leurs gourdes, ils tirent les sangles de leurs sacs. A 5h, c’est le petit-dej. Ceux qui ne partent pas ce matin sont priés de rester couchés jusqu’à ce les héros du jour soient partis. A 5h50, les volontaires viennent se garer devant la maison et on charge les voitures. 28 personnes partent ce matin. Ils vont être conduits jusqu’à la frontière mexicaine à un peu plus d’une heure d’ici. Les volontaires font ça chaque matin. Ces gens sont dingues. Bien plus que nous. Moi je ne pars que vendredi, j’ai le temps.

J’ai le temps d’aller au supermarché acheter de quoi me nourrir pour les premiers jours sur le trail et aussi de m’envoyer mes premières resupply boxes. Je suis pas franchement organisée, j’ai pas vraiment fait de liste de courses, je suis complètement paumée. Je vais dans 2 supermarchés différents, je vais 2 fois à la poste, mes boxes ne sont toujours pas prêtes. Il y a les trucs que je veux envoyer à Kennedy Meadows, avant d’entrer dans la Sierra et de rencontrer la neige, comme mon bonnet, mes guêtres, ma softshell. Il y a les trucs que je veux bouncer de poste en poste. Bouncer, c’est quand tu envoies un colis en poste restante, que tu ne l’ouvres pas et que du coup, tu as le droit de le renvoyer gratuitement jusqu’à la poste restante suivante de ton choix. Toutes mes affaires sont étalées par terre autour de moi, je sais plus comment je m’appelle ni où j’habite… Le soir venu, y a tout un tas d’autres gens qui sont arrivés. Y a eu tout un tas d’autres shakedowns. Le décalage horaire me couche encore à 20h30. Mais de toute façon, personne ne fait long feu. Entre l’excitation, la fatigue, le départ aux aurores, tout le monde se glisse dans son sac de couchage avec les poules. J’ai encore une journée entière pour finir les préparatifs, j’ai le temps…

Et puis c’est le matin à nouveau. Le même rituel, les lampes frontales qui s’agitent dans la nuit, les fermetures éclairs qui zippent et dézippent. Pendant que le soleil se lève j’essaye d’établir un plan de bataille de la journée. Je commence par une douche. La dernière avant un bon moment… Puis le petit-dej et j’aide Scout à faire la vaisselle. On papote, je suis un peu intimidée, c’est un peu une superstar du PCT… Il est hyper gentil, il essaye de discuter avec tout le monde, de retenir nos noms, il ne refuse jamais de répondre à nos questions qui sont 100 fois les mêmes et pourtant il ne perd jamais son sourire. Puis je finis de scotcher mes boxes, j’écris les adresses et je vais à la poste en traînant une grosse valise avec toutes mes boxes dedans. La postière est super gentille. Faut dire que pendant 2 mois, chaque année, elle voit défiler un paquet de cinglés qui vient lui remettre leurs petits colis auxquels ils tiennent comme à la prunelle de leurs yeux. Elle me souhaite « a great hike and take care of yourself ». J’en ai presque les larmes aux yeux, c’est en train de devenir réel… Puis c’est mon tour de passer sur le grill du shakedown. Je m’en sors pas trop mal mais je me fait bien charrier sur mon excès d’électronique. Le clavier bluetooth suscite beaucoup de commentaires. On me met au défi : si je n’y touche pas pendant 2 jours d’affilée, je devrais l’abandonner. Ça va m’obliger à écrire tous les jours… J’abandonne aussi le réchaud à alcool. Trop dangereux et pas assez efficace. Je suis bonne pour un dernier tour au local outfitter pour acheter un réchaud à gaz de remplacement. Pas de grosse différence en poids finalement et je me sens plus confortable de savoir que je ne risque pas de déclencher le prochain incendie qui ravagera la Californie.

Alors voilà, mon sac est prêt, je suis prête et je profite de cette fin d’après-midi au milieu de mes nouveaux copains. Plein de gens différents. Pas beaucoup de filles ce soir. Je vais passer les 6 prochains mois avec ces gens. Et ce soir, on est tous dans le même état d’esprit : on a hâte de monter dans les voitures demain et prendre enfin notre propre photo au terminal Sud du PCT.

L’aventure peut commencer…

Demain, dès l’aube…

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps…

Victor Hugo

Demain, dès l’aube donc, je partirai. Encore une fois. Une fois de plus, une fois de moins… on en perd le compte à la fin vous me direz… Mais cette fois-là a une saveur toute particulière.

Demain, dès l’aube, j’irai à l’aéroport. Encore une fois. Mais cette fois, ce n’est pas pour partir travailler dans une contrée exotique où, en règle générale, personne n’a l’idée d’aller. Non. Cette fois, c’est pour des vacances. Enfin des vacances… en quelque sorte puisque quand vous ne travaillez pas, les gens considèrent que vous êtes en vacances. En ce qui me concerne, j’ai un peu aboli les concepts de « travail » et de « vacances ». Je vis. Parfois, je gagne de l’argent (ça s’apparente au travail du coup), parfois j’en gagne pas (on peut donc considérer ça comme des vacances). Au cours des 6 prochains mois, je vais plutôt vider mon compte en banque (sauf si vous avez envie de le renflouer et dans ce cas, c’est , mais faut vraiment pas vous sentir obligés). Alors soit, appelons ça des vacances. Et qu’est-ce que je vais faire pendant mes vacances ? Et bah je pars marcher. Où ça ? Pourquoi ? J’ai déjà tout expliqué et . C’est donc le début d’une nouvelle aventure. Est-ce que mon sac est prêt ? Non. Est-ce que j’ai les idées claires et je sais ce qu’il me reste à faire ? Non. Est-ce que j’ai des papillons dans le ventre ? Oh que oui…

Demain, dès l’aube, je sauterai dans le grand bain. Sans mes brassards Mickey. Heureusement, dans la piscine, y a plein d’autres enfants qui, comme moi, ne savent pas s’ils vont nager ou couler à pic. On s’en fout, on verra bien. Et puis si on boit un peu la tasse, c’est pas bien grave. Comme on n’est pas vraiment dans une piscine, on pourra pas vraiment se noyer.

Ce soir, dans ma tête dansent les images que j’ai vues et revues des dizaines et des dizaines de fois pendant que je préparais ce voyage : le monument du terminus Sud, Eagle Rock., Kennedy Meadows… J’ai hâte de remplir mes yeux et mes poumons de la poussière de ce chemin, j’ai hâte de me faire des nouveaux copains, j’ai hâte d’en avoir marre, j’ai hâte de me faire peur, j’ai hâte de poser enfin le pied sur ce ruban de terre qui va m’emmener loin, très loin… Et surtout, j’ai hâte de partager tout ça avec vous ici. Même de loin, même si c’est juste de temps en temps.

Allez, je vais finir mon sac. A dans 6 mois !

OK OK…

– OK OK…
– C’est bon ? T’as compris ?
– OK OK…
– Tu veux qu’on le refasse ensemble une fois ?
– OK OK…
– …

Ça fait un peu plus de 10 jours que je suis arrivée à Jahun. J’ai déjà pris mes petites habitudes, presque cerner tous mes nouveaux colocs, fait copain-copain avec la cuisinière (ndlr : toujours faire copain-copain avec la cuisinière…) et je me suis mise au boulot. Ce qui consiste en prendre une chaise, s’asseoir à côté du nouvel assistant administrateur et lui montrer les basiques de son boulot. Comme faire des inventaires de caisse dans un tableau Excel. Ou noter chaque paiement dans un cahier. Ou faire signer les fiches de paie. Ou saisir les congés dans le logiciel de gestion du staff après les avoir fait signer par l’administratrice. Rien de bien sorcier. Quand on sait se servir d’un ordinateur. Mais voilà. OK-OK ne sait pas se servir d’un ordinateur… Comment il fait pour passer à travers les mailles du filet pendant le recrutement ? Mystère…

J’ai d’abord eu un doute quand le premier jour, il est resté assis 27 minutes face à l’écran noir.
– T’as allumé l’ordi ?
– OK OK…
– Oh ! Il est pas branché peut-être ?
– OK OK…
Et il a trifouillé la prise qui, effectivement, n’était pas branchée. Mais je le regardais déjà suspicieusement…

OK-OK n’est pas méchant. Loin de là. C’est même plutôt un brave gars. Il  dit qu’il a tenu la comptabilité dans une entreprise pendant des années mais qu’il a des problèmes cardiaques et qu’il veut un job moins stressant avec des horaires fixes quitte à être moins payé. Ça semble plutôt honnête sur le papier. Puis il l’avait dit pendant l’entretien qu’il ne maîtrisait pas complètement l’informatique. Nous, on a juste supposé que ça voulait dire qu’il ne savait pas écrire des formules conditionnelles sous Excel. Pas qu’il ne savait faire Enregistrer Sous…

Mais c’est pas grave ! Je suis là pour former alors formons ! Je m’arme de patience, je montre, j’explique, je remontre, je fais avec lui, je réexplique… Il montre de la bonne volonté, il essaye, il se trompe mais quand enfin, il y arrive, il a ce grand sourire sur son visage qui me dit que j’ai bien fait mon boulot.

Y a juste ce petit tic de langage. Chaque fois que tu lui poses une question, il répond : « OK OK… » Au début, je fais pas gaffe. Puis quand même, parfois, je remarque qu’il dit « OK OK… » mais que c’est pas du tout « OK OK… » Au bout de quelques jours, je commence à sourire en coin quand il secoue la tête en disant « OK OK… » Puis doucement mais sûrement, ça commence à me taper sur les nerfs. Surtout quand je me rends compte que tout ce que je lui ai montré le lundi est aussitôt oublié le mardi. Mais qu’il continue à me dire « OK OK… » Grrr… Avec M., l’administratrice qui bosse dans le même bureau, on commence à échanger des regards qui en disent long. On se dit qu’il faut lui donner un peu de temps, qu’au fin fond de la brousse nigériane, on ne peut pas s’attendre à tomber sur un sorcier du Pack Office et qu’on va encore persévérer un peu.

Alors, on varie les tâches. On demande à OK-OK de mettre son nez dans le placard à archives et de classer les 250 dossiers du personnel par ordre alphabétique. C’est pas hyper palpitant comme boulot mais c’est le milieu du mois et on croule pas sous le boulot. C’est le moment de faire un peu de mise à jour et de classement. « OK OK… » qu’il nous répond. Evidemment… Du coup, je suis pas sur son dos toute la journée. Je m’occupe des autres recrutements en cours. De temps en temps, je jette un oeil : OK-OK a étalé tous les dossiers par terre et je le vois en soulever un ici, un autre là… De loin, ça a l’air d’avancer. Bon, ça lui prend tout de même 5 jours à temps plein de ranger ces dossiers. « Ça va ? » je lui demande régulièrement. « OK OK… »

Le soir à la veillée, M. et moi on fait rire les copains en répondant « OK OK… » à tout ce qu’on nous demande. PJ, un obstétricien, nous fait remarquer que ça fait maintenant 2 semaines qu’on a embauché le gars et qu’il n’a pas l’air de faire l’affaire… On se regarde. C’est pas faux… Faudrait peut-être prendre une décision.

Le lendemain, il se trouve que M. a besoin de regarder quelque chose dans le dossier d’un des staffs. Elle ouvre donc le placard… et découvre que OK-OK a un sens de l’alphabet bien à lui. Certes les dossiers sont bien rangés mais pas dans l’ordre alphabétique. Dans un ordre bien personnel à OK-OK et qui lui échappe totalement. « Viens voir… » elle me dit. Les nerfs lâchent, on éclate de rire. On demande à OK-OK de venir nous expliquer ce qui s’est joué dans le placard et tout ce qu’il répond quand on lui dit : « Mais… c’est pas par ordre alphabétique ça !!! », c’est… « OK OK… » Mais cette fois, il a les sourcils froncés.

On le prend entre 6 yeux et on lui explique que là, ça ne va pas. On veut bien prendre le temps de lui expliquer les choses mais faut qu’il s’y mette. Et que franchement, 5 jours planqué dans un placard pour même pas mettre les dossiers dans le bon ordre… on n’est pas du tout satisfaites. « OK OK… » Mais son regard a changé. On sent qu’on l’a offensé. D’ailleurs, dès le lendemain, bien que le « OK OK… » soit toujours de mise, le ton a changé. Son visage est fermé et c’est tout juste s’il ne lève pas les yeux au ciel quand je lui parle.

Alors on a fini par prendre la décision. Et l’autre soir, avant qu’il ne ferme l’ordinateur et nous dise « A demain… », on lui a dit qu’on n’allait pas continuer avec lui. M., essayant de lui expliquer notre décision, lui dit : « Tu comprends, chaque fois si on te demande si ça va, tu réponds OK OK… mais on se rend compte après coup que c’est pas du tout OK OK et tu ne dis pas que tu n’as pas compris. C’est pas un problème de te réexpliquer plusieurs fois mais encore faut il qu’on sache que tu ne comprends pas ! On te dit ça pour ton prochain job… » OK-OK nous écoute sans un mot, le regard noir. Et puis il finit par dire… ‘OK OK… », il se lève, et il s’en va. M. et moi, on se regarde, décontenancées. « OK OK ? » je dis en levant les épaules. Et on éclate de rire. On est bonnes pour recruter un nouvel assistant.

 

Welcome to Jahun Paradise

« Welcome to Jahun Paradise !! »

C’est comme ça que j’ai été accueillie à Jahun. Avec enthousiasme, grands sourires et chaleur (il faisait près de 40 degrés…).

Mais rembobinons un peu. Après avoir passé presque 3 mois à battre la campagne ou à larver sur mon canapé, il était temps de s’y remettre. A travailler je veux dire. Depuis le temps que j’essaye, j’ai malheureusement toujours pas réussi à vivre d’amour et d’eau fraîche. J’ai donc pris mon téléphone et j’ai passé ce foutu coup de fil : « Euh… voilà, c’est moi… je suis dispo pour une nouvelle mission si vous avez quelque chose… ». Deux semaines plus tard, j’étais dans un avion pour Abuja, Nigeria. Ça tombait bien, l’automne commençait à pointer le bout de son nez et qui aime les samedis après-midis gris, venteux et pluvieux d’octobre quand les jours raccourcissent et qu’il faut ressortir ses chaussettes en pilou ? Personne… et moi non plus !

J’ai donc refait mon sac. Again. Je deviens de plus en plus forte à ce petit jeu-là notez bien. Ça commence par un tour au supermarché pour faire mettre sous vide un bon kilo de tomme de Savoie, plusieurs saucissons et faire le plein de dentifrices. En 2 heures, l’affaire est bouclée. J’emporte de moins en moins de choses de toute façon. Faut dire que pour mettre 2 pantalons et 1 paire de tongs dans un sac, y a pas besoin d’y passer 8 jours non plus.

Me voici donc en route pour le Nigeria pour 2 mois. Oui, juste 2 mois. Pour commencer en tout cas. L’idée pour les 6 prochains mois c’est de travailler. Peu importe le pays ou la mission. Il faut renflouer les caisses. Etant donné que mes plans pour 2017, c’est plutôt dépenser qu’épargner, je vais pas trop faire la difficile. Alors quand on m’a dit « Nigeria ? », j’ai dit « OK, allons-y ! ». Après, j’ai googlé « Nigeria ». J’ai vu des chouettes infos sur des gens très sympathiques qui ont pour habitude de trancher des têtes et de kidnapper des petites filles… bienvenue chez Boko Haram. Mais bon, on a vu pire (enfin, pas vraiment ) alors allons voir à quoi ça ressemble le Nigeria. « Et qu’allait-elle donc faire dans cette galère… ? » allez-vous dire… Et bien je vais former des gens. Voilà. Juste une petite mission toute simple de formation. Pas de patron, pas de responsabilité, juste s’assoir à côté des nouveaux embauchés et leur montrer comment on joue dans les tableaux Excel et autres joyeusetés de ce genre afin de gérer pas trop n’importe comment les finances et les ressources humaines chez MSF. Honnêtement ? Je devrais m’en sortir.

Et sinon, qu’est-ce qu’il se passe à Jahun, Nigeria ? Et bah il y a une grande maternité (plus de 700 naissances par mois, ça fait une belle usine à bébés) et aussi un programme de traitement des fistules vésico-vaginales (oui, je te conseille d’aller googler ça si tu veux pas avoir l’air trop bête…) hyper réputé dans tout le Jigawa State. Ça fait donc un petit paquet de gens qui travaillent pour MSF (presque 250 pour être précis). Et pourquoi Jahun Paradise ? Ah bah ça, tout ce qui se passe à Jahun restant à Jahun, nul ne vous le dira. Mais moi, me voilà repartie pour un tour. A Jahun Paradise, Jigawa State, Nigeria.

Stoned in Paouadise

Voilà. C’est fini. Encore une fois.

J’ai replié mes affaires, enlevé les quelques photos punaisées sur le mur, refait mon sac, éliminé toute trace de mon passage à Paoua. Toute ? Non ! Dans un coin, je laisse une petite marque qui résistera encore et toujours à l’envahisseur. Enfin, jusqu’à ce que quelqu’un décide de refaire la peinture…

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On a fait la fête l’autre soir avec tous les staffs pour marquer le coup. Très cérémonieux comme toujours dans ces cas-là… Le grand cercle de chaises dans la cour devant le bureau, les gens qui arrivent au compte-goutte et sur leur 31… Quand tout le monde est assis, on commence par les discours. « De Paoua, à Paoua, pour Paoua… ». On applaudit. On offre des petits cadeaux couleurs locales. On remercie. Puis c’est l’heure de manger. Il y a quelques jours, on a acheté deux chèvres. Elles sont restées attachées à un arbre à brouter de rares brins d’herbe. Ce matin, on les a tuées, dépecées et découpées en petit morceaux qui ont mijoté toute la journée. Rien n’a été perdu. Soupe d’abats, tête de cabri bouillie, même la peau a été récupérée par un des gardiens. Dans un coin de la cour, on a mis des tables sur lesquelles sont posées les immenses marmites et les seaux remplis de pains de manioc… Sagement, tout le monde fait la queue pour recevoir sa part puis retourne à sa place. Pendant un moment, on entendrait presque que le bruit des mandibules qui mastiquent consciencieusement. Certains distribuent les boissons. « Castel ou sucré ? ». On se relève pour jeter son assiette son carton et se laver les mains. Et enfin, on danse. Les uns contre les autres, les uns avec les autres, on transpire, on rit, on prend plein de photos toutes plus floues les unes que les autres, on prend des poses, on rit encore… Puis tout le monde repart. Il n’est pas très tard mais personne n’aime marcher dans les rues désertes à la nuit noire…

J’ai rendu le téléphone, l’ordinateur et les clés. J’erre un peu sans but maintenant. J’attends l’avion qui me ramène à Bangui. J’essaye de prendre des photographies mentales de ces lieux qui ont été mon univers pendant les six derniers mois. Je fixe les objets, les gens à m’en brûler les rétines. Je pense déjà à la suite. L’été qui vient est chargé. Comme si j’avais peur du vide, j’ai planifié soigneusement les douze prochaines semaines. A peine le temps de souffler et encore moins de vider ses valises. La vie est courte et j’ai tellement de choses à faire, voir, expérimenter, tenter… On dormira quand on sera mort.

La voiture arrive enfin. Faut y aller. C’est l’heure. On jette mes sacs à l’arrière et je grimpe sur le siège avant. Le cuir est brûlant comme d’habitude. Une dernière fois, j’attrape la radio : « La 38 quitte ta position direction aéro, 3 pax à bord… » « Bien copié ! Bon voyage Alpha Delta ! » Mince, y a un grain de sable sous ma paupière je crois…

L’avion apparaît à l’autre bout du ciel. Un éclat métallique dans le bleu immaculé. Il se pose en soulevant un tourbillon de sable et vient s’arrêter juste devant nous. On le décharge d’abord. Je ne sais pas trop quoi faire : dire au-revoir maintenant, attendre encore un peu… Puis le pilote fait signe : faut monter. Alors on se prend dans les bras, on s’embrasse, on se promet de s’écrire, de s’envoyer des photos, de se voir à Paris ou ailleurs… Et puis la porte de l’avion se ferme et le brouhaha extérieur disparaît sous le ronronnement des moteurs. Par le hublot, je les vois tous, les mains sur les yeux pour se protéger du soleil qui éblouit. Et tandis que l’avion se met à rouler sur la petite piste en latérite pour prendre son élan, j’agite ma main pour dire au-revoir encore une fois. Et on décolle…

Je reste un peu stonedfrom Paouadise… et dans ma tête tourne en boucle…

I want you
We can bring it on the floor
Never danced like this before
We don’t talk about it
Dancing on, do the boogie all night long
Stoned in paradise
Shouldn’t talk about it

Dernière ligne droite

Et voici le dernier virage… On aperçoit la concurrente émerger lentement de la mêlée… On peut lire la fatigue sur son visage, ses traits sont tirés mais elle sait que l’arrivée n’est pas loin ! Dans 15 dodos, elle sera accoudée au comptoir de la boulangerie de la Rue de la Roquette à lécher ses doigts luisants du beurre du croissant dont elle rêve depuis bientôt 6 mois… Il faut qu’elle reste vigilante. C’est la dernière ligne droite et une blessure est si vite arrivée.  Elle a plutôt bien négocié sa course jusqu’ici malgré les obstacles.  On l’a vu trébuchée une ou deux fois, d’autres concurrents n’ont pas été particulièrement fair-play avec elle mais elle n’a pas flanché, elle a gardé le cap, la tête dans le guidon, les yeux rivés sur l’objectif.

C’est tout dans la tête maintenant. Pas le moment d’avoir un mental de chips, pas le moment de craquer. Il lui serait facile de tout lâcher maintenant et de se laisser porter jusqu’à la ligne d’arrivée mais elle tient bon, elle sait que même les derniers moments comptent. Elle sait qu’on la regarde. Elle sait qu’on l’attend de l’autre côté. Et elle sait aussi que dans très peu de temps, cette course ne sera plus qu’un souvenir et que sa mémoire commencera à effacer les moments où elle a serré les dents pour ne conserver que les moments où elle sentait son cœur battre au même rythme que le reste de l’univers.

C’est la dernière ligne droite. On dirait qu’elle ralentit un peu.  Mais ce n’est pas parce qu’elle est épuisée. Ce n’est pas parce qu’elle lâche l’affaire. Non. C’est pour faire durer le plaisir…

Famille temporaire

Pourquoi c’est si difficile de les voir partir ? Un par un, on les ramène à l’aéroport (enfin… à la piste en latérite qui sert d’aéroport), on les sert dans nos bras, on les regarde monter dans le petit coucou puis on agite nos bras tandis qu’ils s’envolent vers l’autre monde, celui qui n’est pas Paoua. On s’est dit « A la prochaine !! », « On s’appelle !! » ou encore « Fais signe quand tu passes à Paris !! ». La vérité c’est qu’on ne se reverra jamais. Quoique… faut jamais dire jamais et le petit monde MSF est vraiment très très petit… Mais tout de même. Y a vraiment peu de chances qu’on passe d’autres soirées tous ensemble à écouter le Buena Vista Social Club en faisant tourner des cigarettes parfumées…

Quand j’y repense c’est quand même drôle. Quand je suis arrivée, on peut pas dire que je sois tombée amoureuse de toute cette petite bande au premier regard. Non. Au début, je les ai observés, ils m’ont observée, on a échangé des banalités et peu à peu, on s’est apprivoisés. Doucement. Puis un soir, pendant qu’on profitait de la toute relative fraîcheur de la nuit sur les transats, je les ai regardés, un par un. On riait, je sais plus pourquoi. Sûrement un truc fin et distingué. Et puis j’ai réalisé. Ces gens, là, autour de moi, c’est ma nouvelle famille. Une famille un peu spéciale, une famille qui ne remplace certainement pas celle que tu as laissée dans un autre fuseau horaire, une famille temporaire, certes, mais une famille quand même.

Comme dans toutes les familles, y a le Papa. Celui qui fixe les règles, qui te prive de sortie, qui te dit dans quel bar aller et qui te raconte des histoires rocambolesques des temps où tu n’étais pas né. Comme dans toutes les familles, y a la Maman. Celle qui s’assure toujours que tout le monde a bien mangé, que tout le monde a bien pris sa Doxy, qui s’inquiète quand tu dis que tu te sens pas super. Comme dans toutes les familles, y a la Tante Un Peu Chelou. Celle qui se lève à 5h du mat pour faire du yoga, te gueule dessus quand tu rigoles trop fort à 23h et passe son dimanche à tricoter avec ses petites lunettes en équilibre instable au bout de son nez. Comme dans toutes les familles, y a le Cousin Machin. Il est un peu chelou celui-là aussi, il se fait des lavements de sinus à grand renfort de seringues de 500mL et en public pour que personne ne rate le spectacle. Comme dans toutes les familles, y a le Petit Frère. Celui qui fait des conneries tout le temps mais qui fait marrer tout le monde et qui est un peu le chouchou. Comme dans toutes les familles, y a la Petite Sœur. Celle qui arrive pas à se lever le matin, d’ailleurs c’est à peine si tu la croises avant 10h mais elle parle presque couramment sango après 1 mois. Comme dans toutes les familles, y a la tripotée de cousins plus ou moins éloignés que tu connais moins bien. Ceux-là, tu leur dis bonjour tous les matins, tu connais leurs noms, leurs visages, ce qu’ils font pour gagner leurs vies et éventuellement le nom de leurs femmes mais en même temps, ils en ont 3 chacun et tu renonces rapidement.

Tous ces gens que tu ne connais pourtant que depuis quelques semaines sont devenus ta famille : tu les as pas choisis, tu les détestes parfois mais perdu au milieu de cette brousse hostile, tu finis par les aimer souvent. Et quand toi aussi tu finiras par rejoindre l’autre monde, celui qui n’est pas Paoua, tu sais que tu ne les reverras peut-être jamais, tout ça n’était qu’une bulle dans l’espace-temps. Alors quand l’avion décolle au bout de la piste en latérite, ton petit cœur est tout serré, t’as une boule dans la gorge et plein de poussières qui piquent dans les yeux. Heureusement, dans l’autre monde, celui qui n’est pas Paoua, y a ta famille. La vraie. Celle qui n’est pas temporaire. Tu les as pas choisis, tu les détestes parfois mais en vrai… t’es quand même drôlement content de rentrer les serrer dans tes bras.s