Khao Sok, the rain forest (tu m’étonnes…)

Après une petite nuit à Phuket (au passage on recommande l’Ananas Hotel et ses très gentils propriétaires), on a loupé le bus pour Khao Sok à 10 minutes près et on a passé la matinée à la gare routière où les hauts-parleurs nous ont empêchées de roupiller plus de 15 minutes d’affilée. Mais peu importe, ça n’est qu’une occasion de plus pour observer les coutumes locales et constater que quand on a moins de 5 ans, on peut porter une robe de princesse rose fluo même quand c’est pas Mardi Gras.

On s’est enfin entassées dans le bus vers 11h puis complètement compactées au fur et à mesure du trajet pour atteindre notre destination 4 heures plus tard (120kms à tout casser mais j’imagine que c’est même plus la peine de préciser). Là, après avoir extrait nos sacs de la soute, on découvre qu’on est au milieu de nulle part et que la seule piste en terre semble partir droit dans la jungle. Bon. En même temps, ça tombe bien, c’est là qu’on va.

Heureusement, un bon samaritain et son pick-up nous dépose quelques centaines de mètres plus loin où on fait la connaissance de Mathilde et Sylvain de l’agence Visiter Khao Sok, les 2 GO qui ont organisé notre stage de survie en milieu hostile séjour dans le coin. Il y a aussi Ja, notre guide thaï, chasseur émérite capable d’attraper des grenouilles à mains nues en pleine nuit (talent dont il nous fera la démonstration plus tard), qui va nous emmener camper dans la jungle. Après avoir déposé nos sacs dans notre cabane perchée en haut d’un arbre (oui, parce qu’on ne passe pas directement du dortoir climatisé aseptisé au hamac US Army qui se balance entre 2 banians en 24 heures, il faut un temps d’adaptation), on part pour une première balade en canoë sur la Sok River histoire de se familiariser doucement avec notre nouvel environnement. Le paysage est magnifique avec ses grandes falaises qui tombent dans la rivière, la jungle qui vibre et qui bruisse de tout un tas d’insectes hurleurs et on a même l’occasion de se prendre pour Tarzan (ou Jane si on préfère) et de se jeter dans l’eau en se balançant depuis les lianes… Rafraîchissant !

Pour fêter notre dernière soirée dans le monde civilisé (bah quoi ? on sait pas si on va en sortir de la jungle !), on va s’offrir quelques cocktails au bar du village avant de commencer notre guerre crépusculaire contre les moustiques (non, nous n’avons pas perdu, nous n’avons juste pas eu le cœur de commettre un génocide) puis de nous calfeutrer sous notre moustiquaire pour la nuit.

Au petit matin, on est réveillées par… les trombes d’eau qui s’abattent sur le toit en tôle ondulée !!! Ah non ! Ca, ça va pas être possible ! C’est pas du tout au programme ! Mais heureusement, le temps de se lamenter et de boucler les sacs, la pluie s’arrête et le ciel s’éclaire, laissant place à des nuages de vapeur qui montent de la forêt… Ah oui, parce qu’on a oublié de vous dire : Khao Sok, une des dernières forêts pluviales au monde… Alors c’est vrai que sans pluie, ça aurait été moins drôle… Du coup, après avoir récupéré nos hamacs et avoir fait un petit briefing avec Ja au visitor center du parc sur les différentes rencontres que nous sommes susceptibles de faire au cours des 2 prochains jours (king cobra, sangliers, éléphants sauvages, singes, caméléons, tigres, araignées monstrueuses et nos préférées… sangsues), on part d’un pas vif et mouillé arpenter les sentiers de Khao Sok.

On fait rapidement connaissance avec les sangsues qui grimpent sur nos chaussures et le long de nos chaussettes pour essayer de s’accrocher à nos mollets. Ces petites vicieuses sont particulièrement voraces et ne se laissent pas détacher facilement mais on aura quand même le dernier mot. Rapidement aussi, on ne fait plus la différence entre la sueur qui nous dégouline dans le dos et l’humidité ambiante qui nous ruisselle le long du visage… Pourtant, on ne se rappelait pas avoir pris l’option désencrassage des pores gratuit… A midi, on fait une pause au bord de la rivière et on en profite pour se rincer rafraîchir un long moment dans les piscines naturelles. Puis on repart pour établir notre campement pour la nuit.

Le temps étant incertain, Ja préfère nous installer sous un abri de rangers histoire d’éviter de nous rapatrier en pleine nuit sous l’orage… Il prépare ensuite le dîner à grand renfort de bambous (pour allumer le feu, pour faire cuire le riz dedans, pour sculpter des cuillères, pour servir d’assiettes… Mc Gyver à côté, c’est de la blague) et à la nuit tombée, c’est un vrai festin avec chicken massaman et sticky rice que les fourmis s’empressent de venir partager. Comme on est de vrais aventuriers, on ne frémit même pas quand on entend les branches craquer autour de nous ou les gibbons hululer (oui, le gibbon hulule, c’est comme ça) et que des IVNI (Insectes Volants Non Identifiés) viennent se crasher dans la flamme de nos bougies.  Mais bon, comme y a pas grand-chose à faire dans la jungle la nuit (et qu’il s’est remis à pleuvoir gentiment), on vide quelques bières et se réfugie dans nos cocons-hamacs-moustiquaires pour la nuit. Vider quelques bières… Erreur fatale quand on dort dans la jungle et qu’aller faire pipi au milieu de la nuit est un véritable défi… D’abord, sortir du cocon. Puis, vérifier que personne n’est venu s’installer dans ses chaussures avant de glisser ses pieds dedans. Traverser le labyrinthe que Ja a ingénieusement disposé pour empêcher les petits curieux de s’approcher trop près. S’éloigner à une distance convenable du campement (mais pas trop loin, hein…). Soulager sa vessie tout en expliquant aux moustiques que non, c’est pas open bar. Regagner son cocon et se réenrouler dedans précautionneusement. Pfff… crevant !

La bonne surprise, c’est qu’on dort très bien au milieu des bêtes sauvages. A tel point qu’on fait une grasse mat’ jusqu’à 9h, heure à laquelle les premiers touristes atteignent notre campement et s’étonnent de nous trouver là… Après un bamboo breakfast (une grosse crêpe cuite au feu de bambou dans un bambou), on repart explorer une autre partie de la jungle. Sauf que là, il a replu pendant la nuit, que c’est la fête à la sangsue et que chaque pierre, chaque racine, chaque feuille morte se transforme en patinoire potentielle ce qui nous vaudra quelques belles glissades. Mais comme Ja n’a peur de rien, il décide de nous faire traverser la rivière pour continuer de l’autre côté et aller voir une cascade haute de 120 mètres. Traverser la rivière relève déjà de la haute voltige (figures de danse artistiques et spectaculaires notées 5.8 par Candeloro himself) mais quand il faut sautiller de rocher glissant en rocher glissant, ça devient vite du n’importe quoi et ça se finit en « Bon, bah, puisque c’est comme ça, moi, je traverse à la nage ! » (toute habillée et avec tes baskets, oui, c’est bien plus marrant et en plus, après, ça fait « chpouitch, chpouitch » quand tu marches). Du coup, on se satisfera d’une cascade de 40 mètres (c’est bien, déjà) et on jouera à celui qui tombe en premier paye sa tournée sur le chemin du retour (personne n’est tombé, pas de tournée, fin de l’histoire).

En début d’après-midi, on retrouve enfin la civilisation (on fait toujours « chpouitch, chpouitch »). On dit au-revoir et kop koon kap (ça veut dire « merci ») à Ja, on enfile des vêtements secs et on saute dans un minibus direction Surat Thani, sur la côte du Golfe de Thaïlande (à l’est donc).

Et que va-t-on faire à Surat Thani ? Et bah rien ! Ou plutôt si. On va découvrir que chez les Thaïs, y a des abrutis finis et des bons samaritains. Parce que, Surat Thani, ça a beau être une ville où transitent des milliers de touristes, on a bien du mal à se dégoter un petit resto où dîner. Alors on finit par aller au centre commercial à 4kms du centre-ville. Mais au moment de rentrer, la pluie s’est gentiment invitée et il n’y a pas de taxi à l’horizon. Le premier qui s’arrête au centre commercial nous demande le double du prix normal, alors, nous, on refuse, évidemment. On en arrête un autre, 20 mètres plus loin. Lui accepte de nous prendre alors, trop heureuses, on saute à l’arrière. Mais le premier arrive, parle avec notre chauffeur et notre chauffeur change subitement d’avis, il ne veut plus nous emmener. Sauf que le premier non plus, ne veut plus nous emmener (enfin lui, il nous adresse même plus la parole ou alors en thaï, autant dire qu’on a du mal à se comprendre…). Du coup, nous voilà parties, à pieds, sous la pluie, à la recherche d’un taxi qui veuille bien ne pas nous arnaquer. Au bout d’une demi-heure sous le déluge, on finit par demander notre chemin à des types qui buvaient des coups en jouant aux cartes dans leur salon. On ne comprend pas tout mais l’un d’eux, le bon samaritain, décide subitement que lui, il va nous emmener dans sa voiture. OK, ma maman m’a toujours dit de ne pas monter dans la voiture d’un inconnu mais là, c’est un cas de force majeure… Et un bon millier de kop koon kar plus tard, le bon samaritain nous ramènera à l’hôtel tout en priant à chaque fois qu’on croisera un portrait du roi.

Heureusement, Surat Thani n’est pas une ville où nous avons décidé de rester. Demain matin à la première heure, on prend le ferry qui va nous emmener nous dorer la pilule à Koh Pha Ngan. Et devinez quoi ? Il se pourrait bien qu’après-demain, ce soit la pleine lune…

Photos de la juuuuuungle… ici !

Aujourd’hui, j’ai embrassé un éléphant

Ou plutôt une éléphante. L’effet est le même. C’est mouillé, poisseux et un peu boueux… Et dans quelles circonstances cela a-t-il bien pu se passer ? C’est l’histoire du jour.

Après le tourbillon bangkokois, on a (re)pris l’avion direction Chiang Mai, 500kms plus au nord. Chiang Mai, deuxième ville du pays avec 174 000 habitants (une sacré différence avec Bangkok et ses 8 millions), située dans les contreforts du nord et ayant bien plus en commun avec la Birmanie toute proche (la majorité des réfugiés birmans arrivent ici), le Laos et même les montagnes du sud de la Chine qu’avec les plaines centrales et les îles bien connues du sud de la Thaïlande. Ici, pas de gratte-ciels à outrance ni d’autoponts à plusieurs niveaux mais des temples en veux-tu en voilà, une ambiance de ville étudiante (pas loin de 10 000 nouveaux étudiants arrivent chaque année à la prestigieuse université de Chiang Mai) et quelques belles montagnes en toile de fond.

Comme le temps nous est compté (on a un emploi du temps de ministre), à peine descendues de l’avion, on a entamé l’exploration méthodique de la vieille ville et de ses temples, consacrés à Bouddha ou aux reliques de tout un tas de gens et qui grouillent de pèlerins des 4 coins de la Thaïlande venus déposer des offrandes et allumer quelques bâtonnets d’encens. On a ainsi pu rajouter quelques « Wats » à notre collection et sans aucun doute faire progresser notre karma de quelques points sur l’échelle de l’illumination. Après avoir arpenté les trottoirs (ah non, y en a plus, ils sont tout démontés) les rues toute l’après-midi, nos gambettes ont demandé grâce alors on les a emmenées au Thai Massage Conservation Club, chez des masseurs aveugles (ils sont censés avoir un sens du toucher plus développé) spécialistes du fameux massage thaï. Ah, le massage thaï… qui n’est jamais passé sous un camion ne peut pas comprendre les subtilités de cet art… Parce que à part nous enfoncer leurs genoux, leurs coudes et leurs pouces dans chaque centimètre carré de chair à leur portée, j’ai pas bien compris ce que ces charmantes personnes étaient censées faire ! Du coup, on est rentrées en marchant comme des cow-boys et 3 jours après, j’ai toujours besoin de quelqu’un pour m’aider à mettre mes chaussettes (mais ça tombe bien, je mets pas de chaussettes dans mes tongs). Mais passons. Pour nous remettre de nos émotions, on est allées dîner au night market où entre 2 stands de t-shirts, quelques lady-boys et des types qui voulaient nous emmener voir des combats de boxe thaïe, on a pu se régaler (enfin moi surtout) avec des moules grosses comme des huîtres parfumées au lait de coco. Mmmmh…

Le lendemain, la néo-bikeuse que je suis devenue n’a pas hésité à louer une moto (une grosse… 125cc. La prochaine fois, ce sera une Harley pour sûr !), à charger sa passagère (dont le degré de confiance n’était pas excessif) et à partir pour le Doi Inthanon, le point culminant de la Thaïlande (2565 mètres quand même !), à quelques 100kms de là. Ça nous a permis de peaufiner notre bronzage (on a cramé), de sortir nos pulls (bah oui, à 2500m, il fait 12°C, c’est froid !), de faire semblant d’admirer la vue sur la vallée (toute bouchée par la brume de chaleur) et de prouver au monde entier que oui, on peut dormir sur une moto qui roule à 70kms/h…

Comme la journée avait été un peu pauvre en surprises en rebondissements divers, j’ai décidé de laver mon linge et de donner par la même occasion une nouvelle teinte violette à mes vêtements blancs qui, de toute façon, devenaient gris. A retenir : les teintures cambodgiennes ont une forte volonté de migration…

Pour je ne sais quelle obscure raison, Chiang Mai est la capitale des Elephant Parks de Thaïlande. C’est un des trucs à ne surtout pas louper si vous passez dans le coin. Alors nous, comme on est bien disciplinées, on a signé pour une journée au Baanchang Elephant Park afin de clôturer notre séjour dans le coin en beauté. Et y a rien à dire, on n’a pas été déçues. Le parc compte 26 éléphants d’Asie (plus petits que leurs cousins africains et avec des petites oreilles), 21 femelles et 5 mâles, âgés de 3 à 50 ans. Ils organisent des journées en petits groupes (8 personnes maxi) où ils font découvrir aux touristes le boulot de mahout (qui peut aussi s’appeler cornac dans d’autres régions du monde) et sensibilisent tout le monde à la préservation des éléphants et de leur habitat naturel. Après avoir nourri le troupeau avec pas loin de 100kgs de bananes et de cannes à sucre, on a appris les rudiments du langage éléphant à savoir « Couché ! », « En avant ! », « A droite ! », « A gauche ! » et « Stoooooop ! ». Puis on s’est entraînés à grimper dessus, à leur tirer les oreilles (même pas mal !) et à leur gratouiller le front. On a ensuite fait une petite balade à dos d’éléphants dans la jungle (ouh là là… mais c’est que c’est encore moins confortable qu’un chameau ces petites bêtes là…) et pour finir, le clou du pestacle, on a lavé les éléphants dans une grande mare avant de finir douchés de façon éléphantesque…

Une vraie belle surprise et un très chouette moment. Les éléphants semblent vraiment heureux, certains ont une relation vraiment complice avec leur mahout et on est tous comme de grands enfants quand il s’agit d’approcher ces gentils monstres pour de vrai et de se faire suçoter la joue par une trompe un peu trop curieuse. C’est quand même très impressionnant. Et trooooop bien. Et le guide est vraiment sympa et prend plein de photos avec ton appareil photo pour que tu ne sois pas frustré de n’avoir pas osé lâcher les éléphantesques oreilles de ta monture pour prendre quelques clichés. Bref, on recommande chaudement le Baanchang Elephant Park. Cher, but it definitely worth it !

Et voilà, c’est déjà l’heure de repartir ! Un nouvel avion (encore ??? oui… encore…) et ce soir, on dort à Phuket. Phuket ? Cette station balnéaire ultra touristique envahie par le béton et les Russes (oui, ils sont ici aussi) ? Nooooon… rassurez-vous. On n’y fait que passer. Dès demain matin, on s’en échappe. On part explorer le parc national de Khao Sok, la dernière forêt pluviale du monde… Inutile de vous dire que ça fait 5 jours qu’on fantasme sur la taille de toutes les bestioles qui vont s’immiscer dans nos hamacs… Affaire à suivre.

Photos ici.

La folie Bangkok

Rien qu’à l’aéroport on comprend qu’on a changé de monde. Immense, l’aéroport est immense. Y a au moins 50 guichets à l’immigration, 12kms de couloir après la descente de l’avion et les 22 tapis à bagages. Bangkok… Moi, quand j’entends Bangkok, je pense sang de serpent, Australiens en Ray Ban Wayfarer, chaleur suffocante et moite, bref, La Plage. Le film, La Plage. Sans jamais y avoir mis les pieds, j’en parle déjà comme si j’en connaissais les moindres recoins. « Ko San Road ? Pfff… Jamais de la vie, trop surfait, trop touristique. Le marché de Chatuchak ? Of course ! Et puis le Wat Phra Kaew ? Evidemment ! ».  Y a ceux qui détestent, y a ceux qui adorent et y a moi, et j’ai hâte de pouvoir donner mon avis.

Mais commençons par le commencement. Je retrouve Stéphanie miraculeusement (miraculeusement parce que je n’avais ni l’horaire ni la provenance de son vol) entre 2 portes à la sortie de l’aéroport et on découvre avec joie les transports bangkokois. Bon, on est peut-être arrivées au pays du sourire mais pas au pays de l’efficacité. On va mettre près de 2 heures à rejoindre le centre-ville alors qu’on aurait pu mettre moitié moins de temps, juste parce que la gentille dame du guichet a omis de nous dire qu’on pouvait prendre un train direct plutôt qu’un omnibus… Mais c’est pas grave, on est trop contentes d’être là, tout est fantastique, c’est juste qu’on va arriver à l’hôtel (le Lub’d Siam Square, qu’on vous recommande chaudement) à 23h, qu’on a faim et qu’à cette heure-là, même à Bangkok, c’est compliqué de trouver un resto ouvert. Heureusement, y a un resto chinois pas loin qui lui, est ouvert 24/24 où on file avaler une soupe de nouilles avant de filer au pays des rêves.

Le lendemain matin, comme on est dimanche, on décide de s’armer de bienveillance envers nos prochains et on va arpenter les allées du marché de Chatuchak. Officiellement, c’est le plus grand marché du monde. Des milliers de stands qui vendent tout ce qui s’achète, des baskets second hand (ah ça, c’est sûr, c’est vraiment second hand) aux bébés écureuils. Le tout sous un immense toit de tôle ondulée surchauffée et littéralement envahi par la foule dès 8h du matin. Bon, nous, on est arrivées tranquillement à 10h30, alors forcément, on a été plongées dans l’ambiance dès la sortie du BTS (le métro bangkokois) où on nous avait dit « c’est facile, suffit de suivre la foule ». Mais Chatuchak n’a pas tenu toutes ses promesses : quelques chiots, 3 écureuils et une dizaine de chinchillas mais rien de vraiment exotique. Idem côté boustifaille où les stands de jus de fruits pressés se suivent et se ressemblent mais pas de véritables spécialités locales (OK, Stéphanie a failli défaillir devant une assiette de pattes de poulet mais c’était vraiment pour le folklore…). Alors, après 2 heures à se faufiler dans les allées minuscules et bondées, on a repris le BTS dans l’autre sens pour aller faire du lèche-vitrine se rafraîchir dans un des 700 malls de la ville. On a porté notre choix sur le Siam Paragon. Celui-là, sa spécialité, c’est qu’il concentre toutes les marques de luxe qui existent au monde. L’incontournable boutique Vuitton est à côté de Cartier lui-même à côté d’une concession Maserati, elle-même à côté de Chopard… Ce qui est bien, c’est qu’ici, on n’est même pas tentées de dépenser nos baths… Par contre, on a profité du sous-sol, entièrement consacré au Food Center, pour déjeuner dans un vrai resto (avec une nappe en tissu et des serveurs en uniforme). Et puis, quand on s’est mises à avoir presque froid, on est ressorties dans la fournaise pour aller visiter la maison de Jim Thompson. Jimmy est un type très mystérieux (était, plutôt). Ancien agent de l’OSS, il s’est installé en Thaïlande après la seconde guerre mondiale où, tombé amoureux de vers à soie, il s’est mis à jouer le commercial international et à développer un sacré business. Il a mystérieusement disparu lors d’un week-end chez des amis en Malaisie, l’année où sa sœur a été assassinée aux Etats-Unis… Etait-il toujours « de la maison » ? Trempait-il dans des affaires louches ? Nul ne le sait… Sa maison (constituée de 6 maisons thaïes traditionnelles mises bout à bout) a depuis été transformée en musée et c’est très sympa à visiter. Comme après tout ça ( ???), on était crevées, on a passé un temps infini à regarder la machine à laver tourner en philosophant sur la nature humaine et on a (encore !) loupé l’heure du dîner ce qui fait qu’on a dû retourner manger quelques chinoiseries tout en évitant quelques cafards volants. Oui, ici, ils volent, c’est bien plus marrant, enfin c’est surtout la tête de Stéphanie qui est marrante

Pour notre dernière journée à Bangkok, on a décidé de se la jouer « Culture & Confiture ». Enfin, surtout Culture. Alors on a démarré par la visite en règle du Palais Royal et du fameux Wat Phra Kaew (c’est d’ailleurs amusant comme chaque pays arrange l’Histoire à sa sauce à propos de cette petite statuette qui a beaucoup voyagé puisqu’elle est passée par le Laos, le Sri Lanka et la Thaïlande et appartient à tout le monde…). Puis, on s’est traînées (il fait 45°C et 80% d’humidité, l’Enfer doit probablement ressembler à ça…) jusqu’au Wat Pho et on s’est jetées dans la rivière Chao Praya… ou presque. On s’est plutôt laissées glisser lentement le long des canaux qui valent à Bangkok sa réputation de « Venise de l’Asie ». Vous avez remarqué comme chaque fois qu’une ville est traversée par plus de 5 canaux, elle devient la « Venise » de quelque part ? Pauvre Venise… Parce que Bangkok n’a vraiment rien de Venise… Certes, je n’y ai jamais mis les pieds (à Venise, la vraie) mais pas sûr qu’il y ait des auto-ponts bétonnés à 4 étages qui serpentent entre les buildings au point de cacher le ciel en plein cœur de la Cité des Doges… M’enfin bref ! Pour finir en beauté, on est allées se désaltérer dans un chouette bar en terrasse tout en regardant le soleil se coucher sur le Wat Arun.

Alors oui, Bangkok est folle. Folle de bruit, de pollution, de béton, d’immeubles en construction, de taxis aux couleurs qui mettent de bonne humeur, de McDo dans chaque station de métro, de murs de climatiseurs qui ronronnent 24/24, de jungle qui reprend ses droits dès que le béton se laisse aller, de cafards volants (ou rampants, on ne fait pas de discrimination), de 7-Eleven (mais ça, j’y reviendrai), de caissières du 7-Eleven qui ne sont pas vraiment des caissières mais plutôt des caissiers, de drôles de trucs à manger dans la rue (mes préférés), de chanteurs échappés de la StarAc, de rats gros comme des lapins et de durians qui puent (ça aussi, on y reviendra), bref, 2 jours, c’était bien trop court et Bangkok mérite qu’on s’occupe d’elle bien mieux que ça.

Ca tombe bien, il est prévu que j’y revienne.

En attendant, les photos, c’est ici.

PS : Oui, je sais, je suis très en retard. Vous attendez les bilans du Cambodge et du Laos et ne parlons même pas de votre cours d’histoire préféré sur la Thaïlande… Pas la peine de me le faire remarquer, je le sais. C’est tout le problème quand vous avez des invités, vous passez votre temps à en prendre du bon (temps) et vous procrastinez le boulot. Je suis sûre que vous voyez très bien ce que je veux dire…

Vientiane

Je sais pas c’est quoi leur problème aux chauffeurs de bus dans cette partie du monde mais pourquoi faut-il qu’ils roulent comme des dingues alors qu’on a toute la nuit devant nous au point que tu passes ton temps à rouler d’un bord à l’autre de ta couchette et qu’ils te déposent avec près de 2 heures d’avance sur l’horaire prévu à destination ce qui fait que tu te retrouves à débarquer dans des villes inconnues à 5 heures du matin, heure à laquelle, c’est bien connu, les réceptionnistes des hôtels t’accueillent les bras ouverts… Un jour, faudra qu’on m’explique.

Bon, donc voilà, il est 5 heures du matin, je découvre la gare routière de Vientiane (2 fois plus grande que l’aéroport de Luang Prabang, là, je sais que vous voyez tout de suite mieux de quoi je parle) et je grimpe dans un jumbo (un tuk-tuk collectif) qui me dépose en centre-ville, à 2 pas de la guest house où j’ai prévu d’établir mon campement. Sauf que. Il est toujours 5 heures (et demie maintenant). Heureusement, y a des gens qui dorment sur des banquettes dans le hall (visiblement, y en a qui avaient quelque chose à fêter hier soir) et qui me laissent poser mon barda dans un coin et somnoler gentiment jusqu’à ce que le jour se lève.  Le ballet du check-out / check-in n’étant pas prévu avant midi, j’ai le temps de prendre un petit déj dans une des innombrables boulangeries françaises qui bordent la rue et de faire un premier tour dans la capitale laotienne.

La capitale… 265 000 habitants, pas plus de 10 buildings dignes de ce nom et la circulation la moins dense de l’Asie du sud-est. Ça a plutôt l’air d’une sympathique petite ville de province, où les rues s’appellent « Rue Machin-Chose », où les noms des ministères sont écrits « Ministère du Truc-Bidule » et où le Mékong est longé par une Promenade des Anglais en pleine construction. Probablement la ville où flotte le plus perceptiblement un petit parfum suranné de colonialisme français et où on peut faire du lèche-vitrine en se disant « Ouh… c’est joli ça ! Ouh là là, mais comme c’est cher, on se croirait à la maison ! ». D’ailleurs, je suis à 2 doigts de m’y croire (à la maison… sauf qu’il fait 40°C… toujours) parce que la ville fourmille d’expats français (tu comprends toutes les conversations, une première depuis… longtemps !), que la carte du resto propose une salade périgourdine et que tu peux boire ton thé glacé en terrasse en lisant le Nouvel Obs (j’ai pas trouvé Télérama… oui, je suis une bobo, maintenant, c’est officiel, je l’assume et je vais bien, merci).

Bref, il fait bon passer 3 jours (ou plus ? pourquoi pas…) à Vientiane même s’il n’y a pas grand-chose à voir à part l’habituelle collection de temples et de Bouddhas en tous genres mais le ciel est bleu fluo, les massages pas chers, tu trouves des Magnums Moka-Belgium Chocolate (une tuerie…) et puis c’est la dernière fois que je flâne le long du Mékong.

Et oui ! Le Mékong, c’est fini. D’ailleurs, ça commence à sentir la fin de l’Asie. Dans un mois tout pile, ce sera passage dans l’hémisphère sud (une grande première !) et l’Australie ! En attendant, ce soir, je reprends l’avion (oui, je sais, c’est mal mais je vous expliquerai la prochaine fois pourquoi parfois, l’avion, c’est mieux), direction Bangkok, où je retrouve Stéphanie, ma fidèle compagnonne de camping américain par -4°C, avec qui on a décidé de troquer cette année nos sous-vêtements polaires et notre tente Quechua contre des tongs, de la crème solaire et des rondelles de citron sur le bord de nos verres à cocktails. Tout un programme !

Pour les dernières photos du Laos, c’est ici.

De l’art d’être une voyageuse…

… ou comment quitter sa salle de bains plus de 15 jours et ne pas se transformer en camionneuse ou pire… en camionneur.

Il est un sujet que je n’ai pas abordé jusqu’ici et qui n’intéressera probablement que 50% d’entre vous mais pour les 50% que ça intéresse, croyez-moi, ça les intéresse au plus haut point.

Comment fait-on pour conserver un minimum de féminité quand on a accès à un miroir et à un éclairage correct dudit miroir qu’au mieux une fois par mois ? Comment fait-on quand on a fini son tube de crème pour le visage préféré (celui qui fait qu’on ne brille pas trop sur les photos) et qu’il est hautement improbable d’en retrouver un avant plusieurs mois ? Comment fait-on pour conserver un niveau d’épilation jambiesque tolérable pour se balader en short pendant 1 mois d’affilée ? Ha ha ! Bonnes questions, n’est-ce pas ?

Non pas que je sois une maniaque du soin esthétique au quotidien mais dans mon ancienne vie, y avait toujours une lime à ongles dans mon sac à mains et un tube de mascara sur l’étagère à côté de ma brosse à dents. Bon, le mascara, j’ai laissé tomber depuis le début (mais j’en ai quand même un mini juste « au cas où »… quoi ? on sait jamais ! je pourrais être invitée à une soirée Ferrero Rocher !). Mais les ongles, c’était un vrai problème. Si. Un vrai. Au début, j’avais décidé de les couper bien court pour que ça reste propre. Le problème, c’est que sans vernis dessus, je me mange les ongles. C’est moche mais c’est comme ça. Alors comme j’avais emporté du vernis (et du dissolvant, oui, je suis prévoyante), j’ai recommencé mes manucures hebdomadaires. Bon, c’est pas toujours du haut niveau mais ça permet de garder des mains qui ne ressemblent pas à des boudins et ça m’évite de grignoter des œufs de ténia… (beurk !)

Plus prosaïquement, je me suis retrouvée dubitative en Chine quand, à court de shampoing, je suis restée plantée devant le rayon où pas une étiquette n’était déchiffrable pendant 15 minutes avant de finir par demander à la vendeuse si toutes ces bouteilles étaient bien du shampoing, le tout à grand renfort de mimes grotesques (t’as déjà mimé « Est-ce que ce truc est bien du shampoing ? »).

J’ai également bien ramé pour trouver du déodorant. Faut savoir que si les Asiatiques transpirent, ils ne sont pas comme nous, ils ne sentent pas le fennec fermenté à la fin de la journée. Du coup, trouver du déo relève un peu du parcours du combattant et vaut mieux en acheter quand t’en trouves plutôt qu’attendre de se retrouver à court. Cela étant dit, Nivea, Dove et leurs petits copains font des efforts désespérés de marketing pour conquérir ces nouveaux utilisateurs (t’imagines ? 1 milliard et demi de Chinois qui se mettent à utiliser du déo quotidiennement ? C’est l’explosion du marché !) et dans la plupart des endroits touristiques, tu finis bien par trouver ton bonheur quelque part.

Quant à la crème hydratante-matifiante-antiUV- pas-grasse-qui-pue-pas, je suis futée, j’en avais pris 3 tubes en partant.

Mais passons au sujet qui m’a fait écrire ce post : l’épilation.

Je le savais déjà mais je constate clairement que les coutumes en matière pilifère varient en fonction des pays. Bon, déjà, en Asie, les femmes ne sont pas bien poilues. Et si elles le sont, ça les empêche pas de porter un minishort et des talons de 12 avec de longs poils bruns sur leurs gambettes bien blanches. Les goûts et les couleurs… OK, mais moi, j’adhère pas. J’ai donc essayé de conserver mes habitudes en la matière à savoir me tartiner régulièrement les tibias de cire chaude. La cire, c’est jamais que du caramel en fait. Alors n’importe où au monde, trouver une casserole, un peu d’eau et du sucre, c’est pas bien compliqué. Ne vous méprenez pas, je ne fabrique pas moi-même ma propre cire et de toute façon j’ai jamais été foutue de pas m’en coller partout. J’ai donc testé pour vous les salons de beauté locaux. Ça me permet de faire une étude sociologique en même temps.

En Inde d’abord où le waxing ne se pratique que sur les touristes puisque les indiennes portent des jupes longues et des hauts à manches et donc ne s’épilent que les sourcils à la technique dite « du fil » (elles coincent un fil entre leurs dents et se le passent sur le visage ce qui arrache tout duvet disgracieux). Résultat plutôt satisfaisant.

Puis, au Vietnam. Là, j’ai compris que les Asiatiques ne pratiquent jamais le waxing et que les filles qui sont censées le faire dans les salons sont en réalité des masseuses et que personne ne leur a expliqué comment faut faire… Elles n’allument pas la lumière, elles ne savent pas faire chauffer la cire et du coup, je me suis retrouvée brûlée et avec des jambes avec une barbe de 3 jours… Résultat plutôt médiocre.

Mais j’ai retenté ma chance au Cambodge. Ce coup-ci, je me suis dit que j’allais choisir un salon haut-de-gamme, qu’avec un peu de chance, en y mettant le prix, le service serait au niveau. Malgré un équipement bien plus moderne et toute la bonne volonté de la masseuse, là encore, le résultat a encore été loin d’être correct (elle a juste pas pensé qu’il fallait aussi regarder derrière les mollets…).

Et pour finir, hier, j’ai testé le waxing made in Laos. Encore pire que les autres, j’ai fini par prendre la spatule et le pot de cire moi-même et montrer à la masseuse comment fallait faire… Et aussi aux autres masseurs du salon qui ont fini par venir voir comment ça se passait. Mais le matériel était vraiment pourri et la cire pas assez chaude. On a abandonné en cours de route.

J’aurais pu résoudre le problème en me faisant épiler les jambes au laser avant de partir mais faut croire que j’avais d’autres priorités. Ce qui est surprenant, c’est que trouver un salon qui annonce « waxing », c’est franchement pas compliqué. Tous les salons de massage le font et y en a partout. A tous les prix. Et même si les locales ne pratiquent pas la technique sur elles-mêmes, on peut se dire que vu le nombre de touristes qui passent, elles devraient avoir acquis un minimum de savoir-faire. Et bah non. Je me dit donc que potentiellement, y a un sacré business à faire en ouvrant une école d’esthéticiennes dans le coin.

Bref, pas facile tous les jours la vie de voyageuse ! Mais comme de toute façon, il n’est pas envisageable de porter un pantalon vu qu’il fait 35°C dès 9h le matin… je n’abandonne pas (hé ho, non mais y a un minimum quand même !), je donne de ma personne, je persévère…

Luang Prabang

D’après vous, à quoi peut bien ressembler l’aéroport international de Luang Prabang ? A une bicoque avec un toit de temple et 2 salles, une « Arrivées » et une « Départs » et entre les 2, un petit guichet avec un type en uniforme qui joue avec 3 tampons ? Bah oui. C’est ça. C’est aussi clafi de moustiques. Genre entêtés les moustiques. Mais bien sûr, ils ont affaire à plus coriace qu’eux.

Arrivée à la nuit tombée, je sais pour une fois précisément combien il fait (« Welcome to Luang Prabang airport. The outside temperature is 29°C… ») et je découvre la ville depuis la fenêtre du taxi collectif qui me dépose devant ma guest house. Ça a l’air bien plus vivant que ce que j’ai traversé jusqu’à maintenant au Laos et puis, y a plein de petits lampions, toutes les terrasses des restos sont en bois, c’est tout mignon, bref, c’est la Hoi An du Laos. Impression confirmée par ma première visite au night market où s’alignent les stands de grillades et les buffets de nouilles mais où les seuls Laotiens sont derrière les stands. En fait, le night market s’étend tout le long de l’artère principale de la ville rendue piétonne pour la soirée et s’adresse uniquement aux touristes. On peut y trouver tous les souvenirs « classiques » et le marchandage, obligatoire, se fait sur calculette histoire d’éviter les malentendus. Mais c’est assez sympa d’y flâner et de goûter quelques spécialités comme la saucisse de buffle ou des petits gâteaux à la noix de coco tout chauds.

Pour commencer mon séjour à Luang Prabang, j’ai décidé d’aller visiter les grottes de Pak Ou à quelques kilomètres au nord.  Pour se rendre à Pak Ou, il faut prendre un long tail boat (une longue barque pas bien large) et remonter le Mékong pendant 2 bonnes heures (le courant est assez fort). Et puis, faut revenir. En fait, la balade est presque plus intéressante que la visite des grottes en elles-mêmes qui ne dure que 40 minutes et où y a pas grand-chose à voir à part des centaines d’effigies de Bouddha installées dans la falaise. Mais le Mékong est toujours aussi joli et on fait coucou aux Laotiens qui pêchent, jardinent ou font leur lessive le long des berges.

En rentrant, je traverse une des petites passerelles de bambou qui enjambent la Nam Khan (l’autre rivière qui passe à Luang Prabang) à la saison sèche (à la saison des pluies, le courant est trop fort et les passerelles sont démontées) et je vais déjeuner dans un des petits restos qui regardent tranquillement couler l’eau en laissant filer les heures les plus chaudes. Et puis, je me balade dans la ville, plutôt calme en journée, et je découvre ses jolis bâtiments coloniaux et ses temples à chaque coin de rue. Il faut dire que Luang Prabang est classée au patrimoine mondial de l’Unesco. Alors les autorités prennent tout projet de construction ou de rénovation très au sérieux et pour une fois, on apprécie le souci de l’esthétique. L’ambiance de la ville est détendue, les gens sont aux terrasses des cafés, jouent à la pétanque (appelée ici « pétang » et un vrai sport national) et on entend les cris des enfants qui jouent dans les cours d’écoles. C’est plutôt agréable, ce semblant d’urbanisation après quelques semaines dans la cambrousse. Et pouvoir commander un Iced Latte Macchiatto et se faire servir un Iced Latte Macchiatto (et pas un éternel café chaud au lait concentré même si le serveur a dit « OK, OK ! »), ça s’apprécie aussi.

Pour finir cette première journée, je m’inscris à un cours de cuisine. Bon. Pas la meilleure expérience en la matière que j’ai eu jusque là. Déjà, la patronne (américaine) m’arnaque de 10 euros sur le prix du cours : elle me fait payer 260 000 KIP et quand je m’aperçois que les autres participants n’ont payé que 160 000, je vais réclamer mais elle dit ne pas m’avoir fait payer 260 et que j’ai dû me tromper… Mouais… Ça commence mal. Ensuite, le cours n’est pas vraiment un cours mais la démonstration ultra rapide de 4 plats (dont un qui consiste à faire bouillir des légumes pour les tremper dans une sauce tomate). Il faut ensuite en choisir 2 qu’on réalise soi-même en suivant le bouquin de recettes pendant que les « profs » discutent dehors…  On termine par la dégustation de nos plats et à 19h30, faut débarrasser la place parce que les profs veulent fermer la boutique. Pas vraiment enthousiasmant. Mais au moins, on repart avec les recettes en poche et je peux maintenant vous promettre une soupe de poissons tout à fait délicieuse sur le buffet du AL’s barbeuk.

Le lendemain, je me consacre à la culture. Enfin, le matin. Après avoir englouti une demi-baguette au Nutella au marché (oui, ils vendent des baguettes au Nutella au marché, c’est comme ça, moi, je consomme local, c’est important), je commence par un musée ethnologique sur les différentes minorités du Laos (qui s’avèrent être sensiblement les mêmes qu’au Vietnam et au Cambodge mais après tout, les frontières administratives n’ont jamais empêché les gens de se déplacer n’est-ce pas ?), puis je vais me recueillir devant un grand Bouddha couché et enfin admirer la vue sur Luang Prabang et ses environs depuis le mont Phu Si (attention, 100 mètres d’altitude, une vraie colline !). Quand je redescends, il fait bien trop chaud pour continuer à arpenter la ville. Alors je rentre me mettre au frais à la guest house. Et là, c’est le crash. La chaleur, les piqûres de moustique et mes expériences culinaires un peu hasardeuses des derniers jours ont raison de moi et la petite sieste réparatrice se transforme en 5 longues heures de sommeil de plomb. Bon. Bah oui. En voyage, chaque jour n’est pas forcément une aventure et quand la flemmite aiguë attaque, des fois, tu as beau essayer, tu peux pas résister. Alors passer la soirée à lire les news people sur internet ou regarder toutes les paires de chaussures en soldes que tu ne vas pas acheter, ça te ne fait pas culpabiliser. Ça permet juste de redémarrer en pleine forme le lendemain.

Bien. Parce que le lendemain, c’est le dernier jour à Luang Prabang. Et qu’un des « must see » ici, c’est la procession des moines à l’aube qui viennent demander l’aumône. Ça s’appelle le Tak Bat. Les moines représentent 10% de la population de la ville et ils n’ont pas le droit de travailler. L’aumône est donc leur seul moyen de subsistance. Au petit matin, alors que le soleil est sur le point de se lever, les moines parcourent la ville en silence en tendant leurs petits paniers. Les gens leur donnent de la nourriture selon un rituel assez précis : il faut porter une écharpe sur l’épaule gauche, ne pas avoir de contact physique avec les moines et pour les femmes, être assise ou accroupie pour être plus bas qu’eux. Tout ça est censé être un peu mystique. Les touristes peuvent assister à la cérémonie à condition de respecter 2 ou 3 règles de base (ne pas mitrailler les moines, ne pas gêner la procession, être habillés décemment, ne pas faire de bruit). Sauf que. Luang Prabang est touchée par le syndrôme dit « de Varanasi ». En fait, les touristes viennent prendre en photos d’autres touristes qui jouent à donner l’aumône et qui se sont fait arnaquer par des vendeuses ambulantes qui leur ont vendu du riz de mauvaise qualité. Et au moment où les premiers moines font leur apparition dans la rue, tout le monde court et s’agglutine autour d’eux, n’hésitant pas à braquer les téléobjectifs à 3cms de la tête des petits bonzes… Sur 100 personnes donnant l’aumône, 5 étaient de vrais Laotiens qui venaient accomplir un rite religieux ayant une véritable importance. Les autres ? Des touristes venus se faire prendre en photo. Les gens s’interpellent, se poussent…  bref, l’ambiance n’est pas vraiment au recueillement. Et une fois la procession passée, tout le monde se disperse en vérifiant qu’il a bien LA photo qui fera un bon fond d’écran… Autant vous dire que j’ai détesté. Pourtant, même le Lonely Planet mettait en garde mais ça aurait été dommage de ne pas venir constater de mes propres yeux à quoi tout ça ressemble.

Comme je me suis levée à l’aube et que tout ça m’a un peu déprimée, je vais m’offrir un petit déj de compét histoire de prendre des forces pour finir mon parcours culturel entamé la veille. Je visite donc une petite dizaine de temples et de monastères, des petits, des grands, des très décorés, des pas du tout décorés, avec des chats dedans, des chiens, des lézards monstrueux, bref, après la collection des cascades, c’est la collection des temples ! Et pourquoi ça autant de lieux sacrés à Luang Prabang ? Bah ça, l’histoire ne le dit pas. Mais c’est plutôt joli. Et puis, je vais aussi admirer LE Bouddha qui a donné son nom à la ville, le Pha Bang, un Bouddha en or arrivé ici en 1512 puis emporté à 2 reprises par les Thaïlandais et finalement restitué au Laos en 1867. Pour abriter le Pha Bang, un grand temple est en construction dans les jardins du Palais Royal (hum, hum, une grande bicoque d’une dizaine de pièces, pas Versailles).  D’ici 100 ans (temps qu’il faudra pour achever la construction vu la vitesse à laquelle ça va), on ne sera plus obligés de coller son nez entre les barreaux d’une grille en fer et de plisser les yeux pour apercevoir la fameuse statue dorée mais on devrait pouvoir l’admirer dans un écrin de dorures somptueux.

Et puis pour finir, et sûrement parce que ça devait me manquer, je vais admirer les chutes de Tad Kuang Si. Trois ours en cage gardent l’entrée du parc forestier et c’est tout juste si le monde ne s’intéresse pas plus à eux qu’aux fameuses chutes qui sont pourtant fort impressionnantes.

Voilà, Luang Prabang c’est terminé. C’était chouette. On y aurait bien traînassé quelques jours de plus, juste à regarder couler le Mékong en buvant des fruits shakes à l’ombre des bougainvilliers. Mais ce soir, je grimpe dans le bus pour Vientiane, la capitale du Laos à quelques 350kms plus au sud. 350kms et 12 heures de bus… Et le train me direz-vous ? Ah bah non, M’sieurs-dames, y en a pas de train, au Laos ! Bon… bah, pas le choix alors, hein ! Allez, courage et patience et… en voiture Simone !

Photos ici.

Du café, de l’eau et des motos

Comme je vous disais, j’ai donc rencontré Chirag, Sebastian et Cat dans le minibus qui m’emmenait à Paksé. Ils sont respectivement indien, allemand et singapourienne et travaillent tous les 3 à Singapour. Ils ont 2 semaines de vacances par an (les pauvres…) et comme dimanche, c’est le Nouvel An chinois, ils en profitent pour traverser le Laos en 8 jours. Autant dire qu’ils n’ont pas de temps à perdre.

Eux, ils ont prévu d’aller faire un tour à moto pendant 2 ou 3 jours sur le plateau des Bolovens. L’occasion est tentante mais ma dernière tentative de conduire un truc à 2 roues avec un moteur s’est soldée par un lamentable échec (et la crise cardiaque d’un poulet). Mais bon, il paraît que quand on tombe de cheval, il faut remonter sinon après, on a peur (la vérité, c’est que même quand on remonte, on a peur, mais c’est peut-être valable uniquement pour les chevaux).

Bref, ils me persuadent que conduire une moto, c’est du pipi de chat et on décide de passer la nuit à Paksé et de partir le lendemain matin. En attendant, Cat et moi (oui, Cat non plus, elle ne sait pas conduire), on décide d’aller s’entraîner. On négocie donc avec un loueur de motos qu’il nous apprenne vite fait comment ça marche et on tente quelques allers retours dans une petite ruelle. C’est vrai qu’après tout, c’est pas si compliqué. Et puis, quand la route n’est pas encombrée de vaches, veaux, chiens, cochons, couvées, ça aide. Entre temps, on a trouvé une nouvelle recrue, Céline, française, qui avait bien envie d’aller elle aussi se balader mais qui ne voulait pas y aller toute seule : notre équipe est au complet. On se donne rendez-vous le lendemain matin et  c’est fièrement que je prends la route au guidon de mon 110cc semi-automatique : une bikeuse est née.

Qu’y a-t-il donc à voir sur le plateau des Bolovens ? Bon bah déjà, c’est un peu en altitude donc il y fait un peu moins chaud qu’ailleurs et ça, ça fait du bien. Ensuite, c’est là que pousse le meilleur café du monde du Laos. Et enfin, c’est plein de magnifiques cascades perdues dans la jungle qui attendent juste qu’on vienne se baigner dedans. D’ailleurs, on passe la première journée à aller de cascade en cascade tant et si bien qu’à la fin, les cascades, on en est un peu blasés. On décide alors de passer la nuit à Paksong, officiellement la capitale du café et dans la vraie vie un trou paumé où il y a 2 restaurants et 3 guest houses et où, pour la première fois depuis 1 mois, j’ai froid. Bah oui, il fait que 20°C… On va donc s’occuper en buvant des BeerLao dans un resto où braille un karaoké qui alterne chansons coréennes, chinoises et occidentales (on les soupçonne d’avoir mis les chansons anglaises juste pour nous) et où on fera la fermeture… à 21h30.

Le lendemain, on reprend la route direction Tad Lo, un peu plus au nord. Au programme, un joli point de vue depuis le sommet d’une cascade à sec (oui, on est en saison sèche, y a pas d’eau). En arrivant au village, on se fait arrêter par un troupeau d’enfants qui nous disent de mettre nos motos au parking et de continuer à pieds. Ils se proposent même de nous y emmener. Bon, évidemment, rien n’est jamais simple et avant qu’ils comprennent qu’on veut aller au sommet et pas au pied de la falaise (puisqu’il n’y a pas d’eau, y a rien à voir au pied de la falaise…), on va mettre un peu de temps. Et la petite promenade du samedi va finalement se transformer en trekking dans la jungle. On se retrouve à escalader en tongs des roches bien lisses et bien glissantes tout en se faisant dévorer par les moustiques. Les enfants nous expliquent qu’une fois arrivés en haut, on pourra redescendre par la route, que c’est plus facile. Hein ? Quoi ? Quelle route ? Ah bah oui. En fait, on aurait pu grimper jusque là à moto, y a une route toute bien bitumée qui nous nargue… Sauf que la route, elle fait 6kms. Pas question de mettre 1 heure à rentrer. Alors, ces petits garnements de Laotiens nous laissent retrouver le chemin tous seuls parce qu’on refuse de leur filer quelques dollars et on retraverse la jungle en dévalant la pente accrochés à des lianes et en s’arrachant un morceau d’orteil au passage… Mais le moral des troupes n’en est pas le moins du monde entamé et c’est une BeerLao à la main qu’on va se rincer et finir la journée dans une autre cascade dans laquelle 3 petits éléphants viennent également prendre leur douche.

Bref, toute cette eau, c’est bien beau mais on est déjà dimanche et moi, j’ai un vol pour Luang Prabang en fin d’après-midi. Je sais, voler c’est triché, mais j’ai pas toute la vie devant moi et il faut avancer. Alors après le petit déj, on décide de rentrer sur Paksé. Sauf que. La moto de Chirag et Cat crève à 60kms de l’arrivée. Au milieu de… rien. De chez rien. Je pars chercher de l’aide et je tombe sur un petit resto où j’essaye de demander à grand renfort de mimes au gamin qui tient la boutique où je peux trouver un garagiste. Au bout d’un moment, il part dans l’arrière-boutique, revient avec plein d’outils à la main et grimpe sur ma moto. Voilà où était le garagiste… Bon, sauf qu’il est plein de bonne volonté notre ami mais une fois qu’il a démonté toute la moto, il ne se rappelle plus très bien quelle pièce va où… Comme on sent qu’on risque de s’éterniser dans le coin et que l’ombre commence à se faire rare, je repars à la recherche d’un autre dépanneur. Là, je tombe sur des types en train de… changer une roue de moto justement ! Je leur fais comprendre qu’on est coincés à quelques kilomètres de là et ils finissent par accepter de me suivre. Et là, miracle… en 5 minutes, la nouvelle chambre à air est dans le pneu, gonflée, les petits morceaux du puzzle se remettent en place et la situation semble sur la bonne voie. Moi, c’est le moment où j’abandonne mes nouveaux amis, pas question de louper l’avion. On prend rendez-vous pour se raconter la fin de l’histoire dans 1 mois à Singapour et je fonce vers Paksé.

Et voilà comment j’ai appris à conduire une moto, changer une roue, mimer un pneu qui éclate, jouer à Tarzan, dire non au 4ème verre de lao-lao (un petit alcool de riz local qui te retourne le bide), écraser un chien (et bah oui, j’ai jamais rien écrasé en voiture et là, au 2ème jour à moto, paf ! un imbécile de chien se jette sous mes roues… bon en même temps, on est 2 à avoir rouler dessus, je ne suis donc pas sûre d’être à 100% responsable de sa fin tragique… mais je culpabilise quand même), nager sous une cascade en essayant de garder les yeux ouverts et torréfier du café.

Le plateau des Bolovens, c’est beau et c’est ici.

Et de 5 !

Ouh là là ! On a failli le laisser passer celui-là !

Faut dire que le temps passe de plus en plus vite, les drapeaux viennent s’ajouter sur mon sac et les tampons sur mon passeport tous les 15 jours et mon carnet de bal se remplit de rendez-vous aux 4 coins du monde pour les mois à venir.

Alors non ! Toujours pas envie de rentrer…

PS : Mon petit doigt me dit que certains ont eu une dure journée aujourd’hui… une certaine revue budgétaire peut-être… Du coup, pour vous changer les idées, j’ai envie de vous dire… « le dernier à l’eau prend les 100 000 de plus !! »

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Les 4000 îles

Je pourrais vous faire croire que ces premiers jours au Laos n’ont été qu’une succession de visites et de découvertes culturelles en tous genres et que je suis encore montée d’un niveau au Trivial Pursuit mais non. Après le laborieux passage de la frontière, j’ai décidé de m’installer dans un petit bungalow au bord du Mékong et de regarder s’écouler les heures et le Mékong par la même occasion.

Les 4000 îles sont en fait un archipel qui s’étire sur 50kms au milieu du Mékong juste entre le Laos et le Cambodge. Pendant la saison des pluies, le fleuve peut atteindre jusqu’à 14kms de largeur dans ce coin (soit sa plus grande largeur sur tout son parcours) et pendant la saison sèche (c’est maintenant), des centaines (voire des milliers et plus précisément 4000) d’îles apparaissent. Dans les grandes îles permanentes, les villageois mènent une vie traditionnelle, produisent autant que possible tout ce dont ils ont besoin (riz, canne à sucre, noix de coco, légumes, tissage) et vont à la pêche en contournant les buffles qui se baignent dans la rivière. Y a l’électricité mais pas de voiture et ces petits paradis sont donc devenus les destinations préférées des voyageurs en transit entre le nord du Laos et Phnom Penh.

J’ai donc bullé sur ma terrasse, à siroter des bananas shakes en me balançant dans mon hamac, fait quelques jolies balades à vélo (mais seulement entre 7h et 9h ou après 17h, entre les 2, le soleil interdit tout déplacement à plus de 3m/heure), me suis trempée dans le Mékong (en évitant les troupeaux de buffles), suis allée voir quelques dauphins de l’Irrawaddi ( une espèce en voie de disparition qui n’a pas de nez… pas très jolis et tellement peureux que mon appareil photo n’a pas eu le temps de les capter), et ai secouru mon voisin qui s’était enfermé à l’intérieur de son bungalow (ne me demandez pas comment, j’ai pas compris).

Au bout de 2 jours, je me suis dit que si je ne me décidais pas, j’allais rester là 2 semaines alors j’ai repris le bateau et après moultes tergiversations (du contrôleur de ticket), je suis montée dans un minibus pour Paksé. En montant dans le minibus, je pensais rester 3 jours à Paksé et aller explorer les environs. En descendant du minibus (2 heures plus tard… soit 100kms), j’avais décidé d’apprendre à conduire une moto et de partir en balade sur le plateau des Bolovens. Dans le minibus, j’avais rencontré Chirag, Sebastian et Cat. Mais ça, c’est l’histoire de demain.

Oh, si vous voulez savoir à quoi ça ressemble les 4000 îles, vous pouvez jeter un œil ici. Mais dites pas que je vous ai pas prévenus…

Y a des fois…

… faut savoir se taire.

En me relisant, je me suis aperçue que je vous parle fréquemment de mes fessiers endoloris. Tâchons de remédier à ça. Je pourrais donc vous parler de mes pieds (dieu sait que nombres d’entre vous sont fascinés…) mais aujourd’hui, j’ai choisi de vous parler des fesses d’une Autre. Qui ont eu drôlement chaud.

Ce matin, je suis donc partie en mission « allons au Laos ». Le minibus devait passer me prendre à 7h. Bon, il est arrivé à 7h30 (jusque là, tout va bien, so far, so good…). Blindé. Archi blindé. Le coffre était déjà plein (ça fermait pas  et les bagages étaient ficelés, sur-ficelés les uns aux autres, de vrais saucissons) et sans parler des sièges déjà occupés par plus de gens que ne l’a jamais imaginé l’ingénieur Renault. Mais rien n’arrête le chauffeur cambodgien. Un autre paquet de nœuds plus tard et après avoir forcé les gens à jouer à Tetris un peu mieux, je grimpe dans le minibus. Direction Stung Treng, 1ère étape du marathon « allons au Laos ».

Je me retrouve compactée entre un Allemand et un Américain, le cul entre 2 sièges (c’est vraiment le cas de le dire mais zut ! on avait dit qu’on n’en parlait plus !), évidemment pas à la même hauteur (les 2 sièges), un de mes sacs sur les genoux et agrippée au siège de devant pour pas m’étaler lamentablement au premier virage. Après moi, on arrive encore à encastrer 2 passagères supplémentaires et c’est parti pour 3 heures (2 sur le papier mais ça, vous vous en doutiez) !

Arrivé à Stung Treng, tout le monde descend, on démonte la pyramide de sacs (on s’est arrêtés 2 fois pour vérifier que tout était bien accroché, quand même !), ceux qui vont au Laos restent au bord de la route à attendre le bus suivant et ceux qui vont à Stung Treng remontent dans le minibus pour finir leur course 2kms plus loin. Là, on poireaute une bonne heure. On est censés attendre un vrai bus qui n’arrivera bizarrement jamais. En attendant, le GO du premier bus nous demande de remplir les papiers pour la demande de visa laotien et de lui filer 39$ et nos passeports. 39$ =35$ pour le visa + 2$ pour le tampon de sortie cambodgien + 2$ pour le tampon d’entrée laotien. Il t’explique que t’es pas obligé de payer pour le tampon mais que sans tampon, tu passeras pas la frontière… d’après moi, ça veut dire que t’es obligé et ça s’appelle de la corruption mais lui, il voit pas les choses de la même façon…

Bref, c’est là qu’entre en scène l’Autre. L’Autre est suisse (mais ça, on ne l’apprendra que plus tard). Elle clame à la ronde que c’est pas normal et qu’on devrait pas filer nos passeports à un inconnu (dans l’absolu, elle est pas complètement dans le faux). Elle rajoute que elle, elle s’en fout, elle a déjà un visa pour le Laos donc elle va pas filer son passeport à Paulo (l’histoire ne dit pas quel est le véritable prénom de Paulo). Bref, elle dit qu’elle a pas un bon feeling, que ça se voit que Paulo est un Cambodgien et qu’il essaye de faire son business avec nos visas mais qu’au Laos, les gens sont bien plus gentils et qu’elle compte pas se laisser avoir.

En attendant, nous (les autres couillons qui veulent aller au Laos et votre serviteuse ici présente), on file nos passeports et nos dollars à Paulo. Un autre minibus arrive, on charge la bête et tout le monde monte dedans, direction la frontière. En route, Paulo nous file des contremarques pour le minibus qui va nous amener de la frontière à Ban Nakasong, joli port de pêche point de départ des barques pour les 4000 îles (rappelez-vous, c’est là qu’on va). En échange des contremarques, Paulo, il veut qu’on lui file nos billets émis par nos guest houses respectives parce que ça lui permettra de se faire payer (oui, parce que nous, on a payé les guest houses). Là, l’Autre, elle refuse tout net. Elle prend la contremarque mais elle refuse de filer son billet à Paulo. Elle lui dit qu’elle lui fait pas confiance et qu’elle attend d’être côté laotien pour lui donner son billet. Là, Paulo, il voit rouge. Il commence par lui dire que si elle veut pas lui faire confiance, faut pas passer par ses services. L’Autre, elle répond qu’elle a pas eu le choix, qu’elle a été obligée de passer par une compagnie de bus mais qu’elle aurait préféré se débrouiller toute seule et qu’elle pense que Paulo essaye de nous arnaquer. Paulo passe alors au rouge foncé. Il lui dit que puisque c’est comme ça, elle n’aura pas de transfert de l’autre côté de la frontière et qu’il est sérieux. Et je vous jure, il était sérieux.

D’abord, à la frontière, pendant qu’on patiente à l’état semi-comateux (il fait au moins 50°C) que Paulo nous rapporte nos passeports, l’Autre, elle est obligée d’aller faire la queue en plein soleil pour faire tamponner son passeport. Ça prend un temps infini en plus parce qu’apparemment, des passeports suisses, il en passe pas tous les jours, et ça amuse fortement les douaniers.

Une fois nos passeports en poche (youpi ! encore 2 nouveaux tampons et 1 page entière de visa !), Paulo nous abandonne et on monte dans un autre minibus. Et là, c’est le début du psychodrame. Le chauffeur (qu’on va appeler Octave) nous explique qu’il est payé pour emmener 8 personnes et qu’on est 9 donc il ne veut pas partir. Nous, on répond en cœur que tout le monde a payé (même l’Autre) et que Paulo a dû se tromper mais qu’on va tous à Ban Nakasong. Là, Octave, il coupe le contact (et donc la clim), il sort du minibus et il va s’asseoir 10 mètres plus loin, le temps que l’Autre se décide à sortir du bus (il a clairement identifié la personne qu’il n’est pas censé emmener). Sans clim, on tient pas 3 minutes (Octave le sait) alors on dit à l’Autre qu’elle ferait bien d’aller filer 5$ à Octave histoire de calmer le jeu. Après quelques minutes d’hésitation, elle accepte. Elle sort du bus et elle se dirige vers Octave. On n’entend pas ce qu’ils se disent mais on comprend vite qu’au lieu d’arranger les choses, elle est en train de nous énerver Octave encore un peu plus. Du coup, Travis (lui, c’est son vrai prénom) intervient. Il revient 2 minutes après (on est cuits à point) suivi d’Octave (toujours très énervé) et de l’Autre (toujours avec son air hautain). Octave nous explique que même pour 1000$, il l’emmènera pas à Ban Nakasong parce qu’il a été payé pour 8 personnes, pas pour 9. C’est le moment où on est à 2 doigts d’admirer l’intégrité d’Octave. Sauf que là, ça devient ridicule et la pression monte dans la cocotte-minute. D’autant plus que 3 Allemands en rade à la frontière demandent alors à Octave s’il peut les déposer à Ban Nakasong et qu’Octave, sans même prendre le temps de réfléchir, accepte, charge leurs sacs sur le toit et les tasse sur les banquettes. Sauf qu’il veut toujours pas partir avec l’Autre à bord. Sa nouvelle excuse c’est de nous expliquer que dans son minibus, y a 11 places et qu’il n’est pas assuré pour 12. Là, c’est la goutte d’eau, on éclate de rire. Depuis le matin, on est entassés mieux que des sardines dans une boîte entre des sacs, des casseroles et des poulets, le coffre ouvert et les sacs menaçant de se vider sur la route et lui, il vient nous parler de nombre maximum de personnes autorisées ? C’est un rigolo en fait, Octave.

Sauf que lui, il voit pas ce qu’il y a de drôle. D’autant plus que l’Autre, elle commence à lui chanter le couplet de « Mais je suis la cliente et j’ai payé pour le trajet complet donc je vois pas où est le problème ». Bref, le ton monte, Travis intervient à nouveau et Octave finit par remonter dans la voiture, en claquant bien fort la portière pour nous faire comprendre qu’il est bien énervé mais on finit par quitter la frontière. Comme il est vraiment très énervé Octave, il roule à 110kms/h sur la piste à peine goudronnée, la main enfoncée sur le klaxon en continu. Mais on arrive à bon port.

Là, on est censés prendre un bateau. Pas tous le même. Certains vont à Don Det, d’autres à Don Khon (votre serviteuse, entre autre) et l’Autre va à Don Khong (oui, la différence est subtile, surtout prononcé à la laotienne). Evidemment, Paulo a transmis le message à son pote Marcel, celui qui gère les bateaux. Au moment de filer son ticket à l’Autre, Marcel lui explique que tous les bateaux pour Don Khong sont partis et qu’elle est coincée là jusqu’au lendemain. Mais l’Autre, au lieu de demander humblement combien il faut qu’elle racke pour pouvoir aller là où elle veut, elle en remet une couche ! « Ouiiiiii, j’ai payé, je comprends pas c’est quoi votre problème, vous essayez de m’arnaquer, blablabla… »

Y a rien de pire qu’un Asiatique qui croit qu’on essaye de lui faire perdre la face (question de culture). Au lieu d’être conciliant, il se braque et refuse toute négociation. Pire, il tourne les talons et il s’en va. Et c’est bien ce qui arrive. Du coup, l’Autre, elle se retrouve sans ticket de bateau. Mais comme elle ne veut pas perdre la face devant nous (ça, c’est plutôt une question d’ego mal placé), elle continue à chouiner et elle essaye de nous apitoyer sur son sort. Pas de bol, on n’en peut plus de ses scandales à répétition donc on la laisse bouder et elle finit par aller jusqu’à l’embarcadère pour essayer de se trouver un bateau toute seule. Quelques minutes plus tard, on se dirige tous vers l’embarcadère et au moment de partir, on réalise qu’on ne la voit plus. On en déduit qu’elle a dû arriver à ses fins et trouver un bateau pour Don Khong. On laisse donc aller nos langues de vipères (ce qui est sûrement une des choses qui permet aux gens de lier connaissance un peu partout dans le monde… autant dire que j’ai plein d’amis) et on se marre comme des baleines en se disant que quand même, Paulo, il est pas sympa d’avoir appelé tous ses potes pour lui pourrir son après-midi même si elle l’a bien mérité.

Là-dessus, votre serviteuse arrive à Don Khon, se vautre sur la plage en descendant descend élégamment de sa barque, récupère ses sacs, se met en quête d’une douche (oui, le toit, à ce moment-là, c’est vraiment accessoire) et s’installe dans un petit bungalow en bambou à 50 000 KIP la nuit (à peu près 5€ pour ceux qui ne sauraient pas ce que c’est qu’un KIP). Après m’être un peu rafraîchie, je ressors acheter de quoi paresser dans mon hamac le reste de l’après-midi et devinez un peu sur qui je tombe ? … Et bah oui ! l’Autre ! Son capitaine de barquasse n’a jamais compris qu’elle voulait aller à Don Khong et l’a donc amenée à Don Khon (je vous avais dit que c’était subtil !). Et comble de la mauvaise foi, elle me dit que finalement, elle est ravie parce qu’ici, « c’est très joli » !

Bon, sur ce dernier point, elle a raison, la preuve ici.

Mais quand même, heureusement que j’en connais d’autres (des Suisses) parce que sinon je me demanderais encore comment ils ont fait pour rester neutres avec des gens aussi hargneux et moches par-dessus le marché (mais ça, c’est pas fair-play).