PCT Day 15 : Fuller Ridge

du Mile 187 à Cabazon (mile 209)

Finalement, la nuit n’est pas si froide. Par contre, je suis encore une fois bien contente d’avoir mes gants pour démarrer la journée et ranger la tente…

On est relativement efficaces ce matin et on arrive à prendre le petit dej et à lever le camp avant 7h30.

Y a encore beaucoup de neige et ça nous ralentit beaucoup. En pkus, on sait qu’aujourd’hui on doit passer Fuller Ridge qui est censé être LA partie super-difficile-super-enneigée-mets-tes-crampons-sinon-t’es-foutu. Bon, pour l’instant on est lents mais ça va. On arrive au campground au mile 190 et on s’aperçoit qu’en fait, on vient de passer Fuller Ridge. Comme ça, sans même s’en apercevoir. Beaucoup plus facile que ce qu’on croyait. On seraitvpresque déçus du coup…

Après ça, c’est 15 miles de descente interminable dans eau jusqu’à un robinet dans la vallée. C’est l’enfer : plus on descend, plus il fait chaud et 15 miles c’est hyper long. En fin d’après-midi, je double un autre Français qui lui aussi a droit à sa dose de commentaires sur le forum dont je parlais l’autre jour mais lui, sans doute parce que c’est un mec, il s’en sort plutôt pas trop mal. Je dois dire que je suis toute contente de le doubler même si ça ne dure pas longtemps et qu’il me rattrape à l’arrivée. 

Arrivés en bas on appelle un trail angel, Dennis, qui offre de venir nous chercher et nous amener chez lui pour passer la nuit. Fait dire que y a pas foule d’options piur le camping dans le coin… Mais avant, il faut encore faire 4 miles pour arriver à l’autoroute où Dennis vient nous récupérer. 4 miles au pas de charge, dans le sable puisque nous revoilà dabs le désert. A un moment, je lève le nez pour regarder passer un de ces interminables trains de marchandises et… je trébuche et je tombe, cette fois, sans me blesser…

On arrive enfin à l’autoroute. Sous le pont, comme un mirage, y a du trail magic : du coca et des bières fraîches. Alleluia !! Dennis arrive un peu après dans un vieux pick up bleu et on grimpe à l’arrière. « Freedom is a ride in the back of a pick up truck ». Il nous amène chez lui à Cabazon. On retrouve Bee et Matthias ainsi qu’une bonne douzaine d’autres hikers. Mais on n’est pas venus là pour papoter. On prend un Uber pour aller chercher des burgers au In-N-Out. Le In-N-Out, c’est comme un McDo qui n’existerait que dans l’ouest du pays. Et officiellement, c’est les meilleurs burgers de fast-food du monde. Ou du pays mais ne chipotons pas. On s’entasse donc à 5 dans la voiture et on file au In-N-Out. En faisant la queue pour commander,  les gens nous regardent : on est dégueu et on s’en rend même plus compte… On revient manger à la maison (c’était pas vraiment la peine d’en faire des caisses sur les burgers : ça vaut n’importe quel McDo…) puis on se couche dans le jardin en rang d’oignon. Ce soir c’est cowboy camping.

PCT Day 14 : Et soudain, la neige…

de Idyllwild (mile 179) au Mile 187 en passant par Devil Slide Trail

Ce matin, on n’est pas vraiment pressés. Va falloir quitter notre petit paradis d’Idyllwild et franchement, aucun d’entre nous n’a hâte de se remettre en route. On a donc prévu de profiter au maximum et de partir juste après le check out en fin de matinée.

On commence donc par aller se remplir l’estomac au Red Kettle : la town food c’est quand même autre chose que la trail food… Quand on revient à la maison, Urs s’aperçoit qu’il a perdu son portefeuille. On cherche partout, il vide son sac 1 fois, 2 fois, 3 fois… rien à faire, on remet pas la main dessus. Au moment où il va appeler sa banque pour bloquer sa carte bleue, on retourne une dernière fois le canapé. Genre retourne. Complètement. Et Spider finit par mettre la main sur le précieux portefeuille… Bon, plus d’excuses, va falloir y aller maintenant…

On se met en rang d’oignon le long de la route et on lève nos pouces. Y a 2 miles jusqu’au trailhead et si y a moyen de pas les faire à pieds, on est preneurs… Et ça marche ! 2 voitures s’arrêtent en même temps et toute la bande se fait déposer au pied du Devil Slide Trail qui nous permet de rejoindre le PCT juste après la fire closure.

La première montée est super difficile et puis après c’est encore pire. On sait pas si c’est le poids de tout ce qu’on a ingurgité en 24 heures ou simplement le fait que ce soit les premiers vrais dénivelés qu’on attaque mais la reprise est rude !!

Et puis soudain, après un énième lacet… la neige !!! Il y a quelques jours à peine on crevait de chaud dans le désert et là, on a les 2 pieds dans la neige… « Il est fou ce temps » comme dirait l’autre…

On pourrait aller grimper au sommet du mont Jacinto mais on préfère rester sur le trail et avancer le plus loin possible. Josh décide d’aller voir le sommet tout de même. Tout le monde nous a dit qu’il fallait « absolument » des crampons pour cette partie du trail mais jusque là ça semble plutôt facile. On suit donc prudemment les traces de pas de nos prédécesseurs jusqu’à une rivière qui est censée être un tout petit cours d’eau à franchir en sautillant et qui se trouve être en fait un torrent glacé qui fait bien flipper… 

Toute cette neige nous ralentit et ce soir, on s’arrête un peu plus tôt que prévu. On est haut, il fait froid et après 45 bonnes minutes d’efforts combinés, on arrive à s’allumer un feu de camp. Josh a réussi à nous  rejoindre mais il a les pieds trempés et essaye de faire sécher ses chaussettes en les faisant tournoyer au dessus du feu. Il y a du vent et on ne veut pas déclencher accidentellement un feu de forêt alors dès qu’il fait noir, on verse une bonne quantité de neige sur notre petit brasier et on se dépêche d’aller se mettre au chaud dans nos sacs de couchage.

PCT Day 13 : Un zéro à Idyllwild

Traîner au lit. C’est tellement bon. Je finis par m’extirper de ma couette vers 8h. 8h !!!! La grasse mat’ du siècle !!!

Ce matin, on a décidé de se faire à manger. On veut aller au supermarché pour acheter plein de trucs délicieux mais àa n’ouvre pas avant 9h. 9h !!! C’est quoi ces gens qui travaillent à mi-temps !!! On crève de faim, nous !!!

On finit quand même par réussir à se faire un petit-dej / brunch de malade : oeufs brouillés, bacon, salade de fruits, pancakes, … Rien à dire, on en profite de notre zéro !!

Dans l’après-midi, je retourne à la Poste pour réexpédier ma bounce box jusqu’à Tehachapi après avoir remis à niveau ma pharmacie et mon dentifrice. Je vais aussi acheter une nouvelle paire de chaussures. Les miennes n’étaient pas neuves en arrivant et il n’y a plus aucun grip sur l’avant. Ca n’aide pas ma tendance naturelle à me vautrer tous les 10 pas. 120 dollars plus tard, j’ai des chaussures flambant neuves aux pieds… 

En fin d’après-midi, chacun commence à refaire son sac. On compare nos food bags. « Wow ! Le tien est 10 fois plus lourd que le mien ! J’ai peut-être pas pris assez… » Et puis on prépare l’apéro : ce soir on a invité tous nos copains. On est une petite quinzaine là, dans le salon. Y a Lucie, une autre Française  avec qui j’étais en contact avant de partir. On est parties avec un jour de décalage et on n’arrête pas de se croiser. On s’était rencontrées sur un forum français qui parlait du PCT. Y en a pas beaucoup. Ce soir, Lucie me dit : « Tu devrais regarder sur le forum, tu vas rire, ils parlent de nous ! ». Je me connecte et je manque m’étouffer avec ma bière. Je découvre que des gens que je ne connais ni d’Eve ni d’Adam et à qui je me suis adressée peut-être 3 fois pour des questions logistiques passent leurs journées à discuter de nos « performances » sur le trail. Des gens qui ont, certes, fait le trail l’année dernière, se permettent de s’aut-proclamer « experts du PCT » et jugent que j’ai choisi de faire un PCT « humain » puisque je préfère traîner avec mes nouveaux copains plutôt que de marcher toute eule comme une forcenée et ils trouvent ça contre-productif. Les commentaires me concernant ne sont pas flatteurs et Lucie n’est pas mieux lottie. Ils ont même fait un graphe pour comparer les différents Français qui sont sur le trail cette année. Je montre ça à mes nouveaux copains qui s’étranglent à leur tour quand ils découvrent que des petits Frenchies se permettent de les traiter de feignasses sous prétexte qu’ils n’enchaînent pas les miles et qu’ils préfèrent profiter de leur aventure en rencontrant des gens, en discutant avec eux et en engrangeant les souvenirs de soirées mémorables et de fous rires.

La soirée se finit avec Josh qui répète à n’en plus finir une bordée d’injures en français, ce qui nous fait hurler de rire…

Juste une petite précision ici. Je n’ai rien contre les gens qui font le PCT pour le côté « sportif » du trail. Moi, ce que j’adore, c’est rencontrer tous ces nouveaux copains, avoir mal aux côtes tellement on rit et avoir déjà un paquet d’histoires différentes à raconter sur chacun. Les miles, on les fera. Jusqu’au Canada. Quoi qu’en disent une bande d’inconnus frustrés qui pensent que réussir le PCT c’est n’adresser la parole à personne pendant 380 miles et dénigrer tout ce qui concerne les Etats-Unis et les Américains. Voilà. Ca, c’est dit.

PCT Day 12 : Paradise Valley Café 

du Mile 149 à Idyllwild (mile 179)

Y a eu énormément de vent cette nuit mais la tente tient hyper bien. Ca n’a pas empêché la poussière de rentrer partout et j’essaye de vider mon sac de couchage avant de le ranger. Je matin, je zappe le petit déj. Pas le temps. On est à seulement 4 miles du Paradise Valley Café, réputé pour servir les meilleurs burgers du trail. Et après, on fera du stop jusqu’à Idyllwild où on a prévu de passer notre premier zéro. Un zéro, c’est un jour où tu fais zéro mile. Tu marches pas. C’est comme un RTT.

Bref, on est tous super pressés d’arriver au café. On a même fini par convaincre Emily de venir avec nous à Idyllwild et de ne pas faire le détour imposé par la fire closure autour de Idyllwild. Oui, on a choisi de skippé 10 miles de trail. Les puristes s’exclameront donc qu’on n’est pas des vrais thruhikers puisqu’on ne marche pas tous les miles du trail mais franchement, ça ne me fait ni chaud ni froid. Et aux autres non plus d’ailleurs. La perspective de passer presque 2 jours complets en ville tous ensemble est bien plus attrayante.

De bon matin et avec le vent toujours bien présents, il fait vraiment super froid et je suis bien contente d’avoir garder mes gants et de ne pas les avoir envoyés à Kennedy Meadows. Le petit dej en terrasse au soleil est un vrai délice. Ils ne servent pas les burgers avant 11h mais l’omelettre au fromage et à l’avocat est un délice…

Une fois les estomacs remplis, on se met au stop. Quelqu’un propose d’emmener 3 d’entre nous en ville contre 10 dollars par personne. Il est encore tôt, je décide de tenter ma chance avec Spider et Josh. Les gens ont l’habitude de voir des hikers sur cette route et s’arrêtent facilement. On va avoir 3 rides différents hyper sympas. Pour un de nos chauffeurs, c’est la première fois qu’il prend des auto-stoppeurs. « Avec vos sacs à dos et vos down jackets, j’ai tout de suite reconnu que vous étiez des hikers !! »

Quand on arrive à Idyllwild, les autres sont déjà arrivés et nous ont trouvé un cabin de luxe pour 9 personnes pour 450 usd et pour 2 nuits. Une maison entière, rien que pour nous. On sautille de joie.

Après, c’est juste un town day ordinaire. Prendre une douche, faire des courses, glander devant la télé, aller à la poste, boire des bières, acheter un pull au thrift shop pour 1 dollar pour avoir quelque chose à se mettre sur le dos pendant qu’on fait la lessive, manger des bonbons allongée sur le tapis devant la cheminée… On regrette pas une seconde de ne pas avoir fait les 10 miles manquants…

PCT Day 11 : Une journée ordinaire dans le désert 

du Mile 131 au Mile 149

Aujourd’hui, c’était juste une journée ordinaire dans le désert. J’ai vu 2 rattle snakes (serpents à sonnettes) et j’ai presque pas eu peur.

Y a vraiment pas beaucoup d’eau dans le coin mais on peut compter sur les water caches maintenues par des trail angels. A la première cache, il y a un registre. Dedans on trouve un petit mot de Bee, une hikeuse allemande qu’on n’a pas vu depuis plusieurs jours, à notre attention. « Spider, Josh, Urs, Emily, Graeme, Anne Lise… we miss you ! » Elle est passée par là la veille. On est contents de se dire qu’on va la recroiser bientôt.

Un peu plus loin, il y a une autre cache. Là, comme c’est pas très loin de la route, y a même une glacière avec des sodas, une table de pique-nique et une mini bibliothèque au cas où on aurait envie de faire une pause culture.

Depuis quelques jours, j’ai pas très faim. Faut dire qu’il fait vraiment chaud et que les menus ne sont pas très variés. D’ailleurs, faut que j’arrête les M&M’s. J’en ai plein dans mon trail mix et j’en suis déjà fatiguée… ça promet !!

On s’arrête pas très tard aujourd’hui. Y a beaucoup de vent et de nuages en cette fin d’après-midi. Comme y a pas grand chose à faire quand on marche pas, on prépare le dîner chacun sur son réchaud. Il est 16h30. J’ai essayé de nettoyer mes mains ce soir. J’ai utilisé 3 lingettes et le résultat était toujours relativement douteux. J’ai abandonné…

PCT Day 10 : Mike’s place

du Mile 114 au Mile 131

Ce matin, c’est départ à 7h pour rattraper le temps perdu hier. Enfin perdu… le temps n’est jamais perdu. C’est juste que j’ai fait autre chose que mettre un pied devant l’autre. J’ai juste profité du moment. Du soleil, de l’ombre, des amis. Y a plein de temps pour marcher. Et ce matin, c’est justement le moment pour marcher.

On a tous campé un peu éparpillés le long du trail, y avait pas beaucoup de places. Dans ces cas là, quand tu trouves un spot, t’y montes ta tente vite fait. Tu traînes pas. Tu sais pas si le prochain spot disponible est dans 3 mètres ou 3 miles… Bon, il se trouve que le prochain spot était vraiment pas loin. Et qu’il y a tout un groupe de retraités qui s’est intallé là. Ils ont même un canapé gonflable… on boxe pas dans la même catégorie…

La journée est rude. J’ai hyyyyyper mal aux pieds. A droite, c’est ma voûte plantaire qui commence à renacler et à gauche, c’est une ampoule au talon faite par mes nouvelles super semelles que j’ai donc balancées… J’ai donc bien fait de commencer tôt parce que je vais à la vitesse d’un escargot.

Heureusement, au bout de 12 miles, y a Mike’s place. Chez Mike, quoi. Mike, c’est un trail angel qui habite sur un bout de terrain au beau milieu du désert, qui laisse les hikers camper chez lui et leur prépare 3 repas par jour. La réputation de Mike c’est d’être plutôt une party place. Mike n’a quasiment aucune règle, tu peux fumer, boire, rester 12 jours si ça te fait plaisir, aucun problème. Moi, j’avoue que c’est pas exactement le genre d’endroit que j’adore mais faire une halte de quelques heures pour laisser passer la vague de chaleur du milieu de la journée… c’est plus que tentant. En plus, je suis crevée.

Quand j’arrive à Mike’s place, il est à peine plus de 11h et y a une fille avec les cheveux rouges qui doit déjà en être à sa 52ème bière. Elle se comporte un peu comme si elle habitait là alors tout le monde pense qu’elle fait partie des volontaires qui aident Mike à faire tourner la boutique. Elle parle fort, souffle sa fumée de cigarettes au visage de tout le monde. Elle me fait pas adorer l’endroit… Mike, lui, il est plutôt gentil. Il offre des shots de rhum (mais que aux filles) et il regarde tout ce petit monde filtrer son eau et essayer de se trouver un petit carré d’ombre. Vers midi, il demande des volotaires pour l’aider à préparer le déjeuner. Je fais un effort, je me lève et je vais découper des pommes de terre qu’on fera cuire avec tout un tas d’autres trucs sur un énorme grill installé dans un coin du terrain. Pendant que je découpe mes pommes de terre, je réalise l’état de mes mains : elles sont noires. De terre, de poussière, de crasse, de crème solaire pour bien coller le tout… dégueu…

Vers 16h, c’est le moment de repartir. J’ai pas tellement accrochée avec l’endroit alors j’ai pas besoin de me forcer beaucoup. Il fait encore chaud mais la montée qui vient est régulière et je fais encore 4 miles avant de me trouver un petit spot pour la nuit. Là encore, y a beaucoup de monde alors avec Spider, Josh et Urs, on décide de cowboy camper (aka dormir à la belle étoile) les uns contre les autres.  Emmitouflés dans nos sacs de couchage, on dirait de gros vers multicolores. Ou des burritos. Ils ont décidé de m’appeler Mom. Spider c’est Dad. Et Urs et Josh sont les 2 ados attardés qu’on aurait eu. On raconte n’importe quoi, on rit beaucoup. Le terrain est un peu en pente et Urs arrête pas de glisser. Ca nous fait hurler de rire. Soudain il dit : « Mom is so big ! ». Faut dire que enroulée dans mon sac de couchage et sur mon super matelas gonflable, je dépasse effectivement nettement les autres. « Mom is not big ! Mom is fluffy… » je réponds. Et on s’écroule de rire encore une fois.

PCT Day 9 : Retour dans le désert 

de Warner Springs (mile 109) au Mile 114

J’avais prévu d’aller chercher mon colis à la Poste et de quitter Warner Springs ce matin. Mais j’ai aucune volonté. Alors quand les copains ont dit : « Viens ! On va prendre le petit dej au restao du golf ! », bah… j’ai suivi. Moralité j’ai pris un deuxième petit dej (bah oui, j’avais prévu de partir marcher moi, pas de m’empiffrer de eggs and bacon…). Et j’ai traîné sur la terrasse du golf club jusqu’à 10h. 

Après, il faisait trop chaud pour aller marcher. Alors on est retournés au community center pour s’affalerà l’ombre de l’arbre et attendre que la chaleur passe. Ca n’a pas marché, elle n’a pas passé. Mais bon, fallait quand même marché un peu alors vers 15h, Emily et moi, on est parties. Il faisait une chaleur à crever évidemment. On avait prévu de faire 10 miles. On en a fait 5. On a trouvé 2 autres copains couchés sous un arbre qui avait l’air parfait pour être notre spot de spot de camping du soir. En plus, y avait la rivière qui coulait juste à côté. Alors on est restées. Pourtant, le paysage était joli, un peu en sous-bois avec de temps en temps la vue sur ces champs rouges et dorés que le vent fait onduler comme des vagues sur l’océan. Parce que j’oublie de vous le dire mais tout de même, c’est sacrément beau par ici.

Quand la nuit est tombée, les moustiques sont sortis par milliers. Ah bah oui, tu peux pas avoir la rivière et pas de moustiques. Faut choisir. Mais c’est tellement pratique de ne pas avoir à porter ton eau sur tous ces miles que tu préfères encore te faire dévorer tout cru par ces petits vampires.

Moi ce soir, j’avais pas très faim. Faut dire qu’on avait pas fait grand chose de la journée. J’ai léché un fond de peanut butter et me disant que encore une fois, j’ai emporté beaucoup trop de nourriture… En plus, on arrêtait pas de se faire dépasser par des gens bien plus courageux que nous qui allaient finir la journée à la frontale. Vers 20h30, y a même Cora et Steal qui sont arrivés. Cora, c’est une petite chienne japonaise toute mignonne qui adore voler du bacon. Et Steal, c’est son maître. Tout le monde les adore. Ils se sont installés dasn les hautes herbes un peu plus loin pour passer la nuit. Cora, elle aime pas marcher quand il fait 35°C alors ils sont obligés de night hiker. Moi, vu le nombre de bestioles non hiker friendly qui traînent dans le coin et mon aptitude naturelle à pas savoir mettre un pied devant l’autre, je pense pas que je vais night hiker de sitôt…

PCT Day 8 : 100 !!

de Third Gate (mile 91) to Warner Springs (mile 109)

Aujourd’hui était une grosse journée : on a atteint le mile 100, on a vu Eagle Rock, on a fait 18 miles, et on est arrivés à Warner Springs.

D’abord le mile 100. OK, ça veut dire qu’il en reste 2500 avant le Canada. Mais 100 miles ! C’est quelque chose quand même…

Ensuite Eagle Rock. Au beau milieu d’une magnifique prairie, y a un tas de cailloux. De loin, ça ressemble à rien. Mais de près, c’est un aigle qui déploie ses ailes. Pretty cool…

Et puis, une fois arrivés à Eagle Rok, il restait que 3 miles pour arriver à Warner Springs. La poste était déjà fermée et il fallait de toute façon attendre demain matin pour récupérer mon stock de thon et de couscous pour les prochains jours mais tout de même, 3 miles, c’était pas beaucoup. Evidemment, c’était les 3 plus longs miles depuis le début du trail. Mais en arrivant au Community Center de Warner Springs, y avait des douches, de quoi faire sa lessive et une soirée bingo dans l’école de l’autre côté de la rue. Je suis bien contente de pas avoir loupé ça.

On est peut-être 40 à camper derrière le Community Center ce soir et y a un concert avec des vieux crooners qui jouent du blues à l’harmonica. Une soirée dans l’Amérique profonde quoi…

PCT Day 7 : We murdered it !!

de Julian à Third Gate (mile 91) en passant par Scissors Crossing (mile 77)

Ce matin, avant de quitter Julian, je passe chez Mom’s. Mom’s vend des apple pies. Et elle en donne une part gratuitement à tous les hikers sur présentation de leur PCT permit. Couverte de chantilly ou de glace à la vanille… Franchement, je sais pas comment les gens font pour maigrir sur ce trail. On passe son temps à manger des tas de trucs absolument délicieux que les gens nous offrent sans arrêt.

Vers 11h, on se décide enfin à quitter le paradis. Emily est déjà partie depuis plus d’une heure. Et Spider veut partir plus tard car il trouve qu’il fait trop chaud. Mais franchement, on n’a plus rien à faire  ici et les hikers du jour commencent à arriver. Il faut savoir laisser la place. On (Graeme, Urs, Josh et moi) se poste donc au bord de la route et on lève le pouce. On va mettre plus d’une heure à trouver une bonne âme qui veut bien nous redescendre jusqu’à Scissors Crossing. Alors évidemment, quand on arrive, il fait chaud. On hésite à rester là, à traîner sous l’autoroute en attendant que la température redescende puis non, on se dit qu’il faut vraiment y aller. This trail is not gonna hike itself.

Il y a 14 miles jusqu’au prochain point d’eau. Ca semble loin et la journée est déjà bien entamée. On se dit qu’on en fait 10 et qu’on verra bien. En plus, il faut remonter dans les collines et on peut pas dire qu’on soit super motivés. Et pourtant, je sais pas si c’est les restes de pizzas qu’on a emportées pour le dîner mais on va bouffer ces 14 miles en moins de 4 heures. On est pas peu fiers. « We murdered it ! » s’écrie Josh quand on arrive à la Third Gate. La Third Gate, c’est une autre water cache maintenue par d’autres trail angels.  On s’arrête là pour ce soir. Il ne reste que 18 miles jusqu’à Warner Springs, le prochain town stop. Et on a tout le temps du monde…

PCT Day 6 : Quand on arrive en ville…

du Mile 73 à Julian en passant par Scissors Crossing (mile 77)

Hier soir, on a campé 4 miles avant Scissors Crossing. Scissors Crossing c’est un de ces noms que j’ai lu et relu tellement de fois que j’en ai fait un mythe. Scissors Crossing c’est juste 2 routes qui se croisent sur un pont au milieu du désert et dessous, quelques hikers qui se cachent du soleil brûlant en buvant des litres d’eau que des trail angels sont venus apporter là pour eux. Parce qu’il n’y a pas d’eau à plusieurs miles à la ronde. Sauf si tu fais du stop jusqu’à Julian. Et ce matin, en arrivant à Scissors Crossing, on a décidé d’aller faire un tour jusqu’à Julian. Ça tombe bien, y a un trail angel qui fait des aller-retours toute la journée pour les pauvres hikers qui veulent aller en ville.

Quand on arrive en ville, on ressemble à une bande de vagabonds, couverts de sueur et de poussière. Et là, comme une oasis dans le désert, il y a Carmen. Carmen a un café. Aujourd’hui, il est fermé au public, réservé aux PCT hikers. Carmen nous prépare des breakfast burritos de la taille d’un polochon pour 3 dollars. Puis elle offre des bières. Il est 10h du matin mais on s’en fout. Tout le monde rit, tout le monde enlève ses chaussures, Carmen prépare des bacs avec de l’eau et des sels pour faire des bains de pieds. Cette femme est un ange. Elle nous prend dans ses bras, nous ouvre sa maison, cuisine pour nous, nous laisse traîner chez elle toute la journée, utiliser sa machine à laver pour laver nos fringues qui sont plus que dégueu et tout ça, sans rien demander en retour. Plus de 50 personnes défilent chez elle chaque jour. Certains passent même la nuit sur son plancher. Nous on partage 2 chambres au Julian Lodge. Et en comparaison, ils sont loin d’être des trail angels… On peut pas dire qu’ils soient très accueillants avec les hikers et pourtant, pendant près de 3 mois, on va constituer 95% de leur clientèle. Bref, On passe la journée à juste profiter du soleil sur la terrasse et à papoter avec tous les autres copains. A la tombée de la nuit, on va chercher d’immenses pizzas au resto italien d’à côté et on les dévore assis en tailleur sur nos lits à l’hôtel. Ce soir, je partage la chambre avec Emily et Jack et Alex, 2 frères australiens qui ont démarré le même jour que nous mais qu’on avait pas revus depuis. On va se coucher bien après hiker midnight. A 21h30 quoi. Dans un vrai lit. C’est un peu le paradis ici.