Kompong koi ?

Le hasard du voyage fait que, sur les conseils d’un Australien avec qui j’ai discuté 10 minutes montre en main, j’ai décidé de ne pas repasser par Phnom Penh pour gagner le nord-est du pays mais plutôt de faire un stop à Kompong Cham.

Oucétidonkecéssa Kompong Cham ? Bah… quelque part au bord du Mékong entre Siem Reap et Kratie (qui est donc, vous l’avez deviné, la prochaine étape).

Et… koidonkaphère à Kompong Cham ? Bah… il paraît qu’il y a un pont en bambou. Voilà.

Mais bon de temps en temps, faut se laisser porter. De toute façon, Phnom Penh, j’ai déjà vu (et puis là, tout est fermé parce que c’est enfin les funérailles royales) alors, si le gars dit que Kompong Cham, ça vaut le coup, pourquoi pas ?

Du coup, j’ai pris le bus pour Kompong Cham. 5 heures sur le papier, 7 dans la réalité mais ça, je commence à connaître la musique. Mon nouveau credo ? Ne jamais laisser passer une occasion d’aller faire pipi, tu sais pas quand sera la prochaine. (Oui, le voyage, ça rend poète n’est-ce pas ?)

Et puis, finalement, les trajets en bus, c’est aussi un moyen d’observer certaines coutumes locales. Au Cambodge dans les bus, les chauffeurs ont toujours plein de petits sacs en plastique qu’ils distribuent généreusement parce que les Cambodgiens sont médaille d’or des malades en transport. Les adultes arrivent à peu près à se gérer mais alors les enfants… c’est un cauchemar… Faut rien laisser traîner par terre (même pas tes pieds), tu sais jamais ce qui va arriver… L’autre truc qui met des nerfs à rude épreuve c’est justement les enfants. Il doit y avoir une règle qui dit « Pas besoin d’acheter de ticket pour les moins de 10 ans ». Parce que tous les enfants de moins de 10 ans sont assis sur les genoux de leurs mères. Et s’ils sont plusieurs, c’est pas grave, on entasse. Si t’es assis sur le siège d’à côté, ne crois pas que la mère va faire attention à ce que ses rejetons ne s’étalent pas sur toi. De toute façon, elle est bien trop occupée avec tous ses petits sacs en plastique… Mais là encore, tu peux supporter. Le meilleur moment c’est quand y en a un qui se met à pleurer (oui parce que y en a, ce sont vraiment des mini-bébés et les mini-bébés, ça pleure et des fois, pendant trèèèèèèès longtemps, on n’y peut rien). Et là, ce sont les dominos. Ça se met à brailler dans tous les sens, les mères parlent donc plus fort pour se faire entendre (quoique le niveau sonore de base soit déjà bien suffisant) et le tout est, bien sûr, couvert par les clips de karaoké qui défilent pendant tout le voyage. Heureusement, t’as ton iTruc et tes écouteurs bien enfoncés dans les oreilles, tu tentes de survivre.

C’est comme ça que je suis arrivée à Kompong Cham. Fatiguée. Mais bon, je ne suis là que pour 24 heures, on va pas se laisser abattre par 3 pleurnichards et 2 vomis, hein ?

Alors après avoir posé mes affaires dans une chambre d’hôtel sans fenêtre (oui, avec, c’est 5$ de plus, y a pas de petites économies ma bonne dame !), et avalé un sandwich au contenu non identifié (la dame du marché me parlait khmer… j’ai rien compris), j’ai loué un vélo et je suis partie à la recherche du pont en bambou. Vous ai-je précisé qu’il faisait 45°C ? Vous avez déjà fait du vélo dans un sauna ? Bah, c’est pareil…

Bon, heureusement, Kompong Cham c’est plat. Et le pont en bambou était facile à trouver. Ce drôle de pont relie la ville à une petite île sur le Mékong qui s’appelle Koh Paen. A la saison des pluies, on ne peut rejoindre l’île qu’en bateau. Mais à la saison sèche, chaque année, les habitants construisent à la main un pont en bambou qui, de loin, ressemble à un pont en allumettes. Sur l’île, quelques petits villages, des champs, des poules et des carrioles à chevaux. Et surtout, des dizaines d’enfants qui jouent dans la poussière, te font d’immenses sourires et se mettent en rang pour te taper dans la main quand tu passes sous les yeux de leurs parents qui rigolent en criant « Hello ! ». Tout ça, à l’ombre des bananiers et des bambous (bah oui, faut bien les trouver quelque part pour tricoter le pont) et sous le regard vaguement surpris des vaches qui font la sieste au bord du chemin. Bref, une super balade.

En fin d’après-midi, j’ai repris le petit pont en bambou (je sais pas comment il tient et je veux pas savoir mais n’empêche que quand tu croises une voiture, ils plient dangereusement les bambous…) juste au moment où le soleil se décidait à aller se coucher derrière le Mékong sur lequel des enfants faisaient une course à la rame dans des bassines : fan-tas-tique…

Comme quoi, de temps en temps, faut écouter les Australiens et pas hésiter à changer son fusil d’épaule.

Le lendemain, j’ai repris le bus (encore ??? oui, quand on aime…) mais cette fois, sur le papier, seulement pour 3 heures. Et étonnamment, 3 heures aussi dans la vraie vie. On ne peut jamais savoir…

Direction Kratie (prononcez Kra-tché) qui va me servir de camp de base pour organiser la remontée du Mékong jusqu’à la frontière laotienne. Là, le plan, c’est de se dégoter 1 ou 2 nuits chez l’habitant, de trinquer à l’alcool de riz, de faire des balades à vélo, en bateau et surtout d’aller voir les dauphins de l’Irrawaddy…

Photos ici.

Angkor ! Encore !

Pardonnez-moi pour ce jeu de mot tout pourri et ultra convenu mais j’ai pas pu m’empêcher…

Alors là, on rigole plus. Angkor, c’est du sérieux. Près d’une centaines de temples en ruines et bouffés par la jungle, encore une « merveille du monde » à rajouter à mon palmarès.

D’abord, je vous l’avais promis, un petit rappel historique.

La période d’Angkor, époque de la construction des temples et de l’accession de l’empire khmer au rang de grande puissance du sud-est asiatique, s’étend de 802 à 1432. Des phases de déclin et de renaissance ainsi que des guerres contre les puissances rivales du Vietnam, du Siam (Thaïlande) et de la Birmanie (Myanmar) jalonnent ces 6 siècles. Les centaines de temples qui subsistent ne constituent que la partie sacrée du vaste centre politique, social et religieux de l’ancien empire khmer, une cité qui à son apogée comptait 1 million d’habitants alors que Londres n’en dénombrait que 50 000. Les maisons, les bâtiments publics et les palais, construits en bois, ont disparu depuis longtemps ; la brique et la pierre étaient réservées aux édifices sacrés.

En 802, donc, le roi Jayavarman II accède au trône. Pour la première fois dans l’histoire khmère, il unifie les différents royaumes du Cambodge et se proclame devaraja, représentant sur terre de Shiva (son ego allait très bien, merci !). Du coup, il fait construire, au centre de sa capitale (pas très loin d’Angkor) un temple-montagne, symbole du mont Meru, la demeure de Shiva et le centre de l’univers. Ces successeurs feront de même, d’où la prolifération des temples. Les différents rois construisent donc des temples de plus en plus grands et de plus en plus somptueux au cours des années, tous consacrés à Shiva. Pendant ce temps, les Chams, les Siamois et les Birmans attaquent à tour de rôle l’empire khmer et mettent régulièrement à sac la ville, ce qui permet de  reconstruire de nouveaux temples par-dessus les ruines d’anciens, ça fait gagner de la place.

En 1112, le roi Suryavarman II réunifie le pays et étend son influence jusqu’en Malaisie et en Birmanie. Lui, il préfère Vishnu et il fait construire le plus grand et le plus beau des temples angkoriens, Angkor Wat (le plus grand édifice religieux au monde et celui qui est sur le drapeau du Cambodge aujourd’hui).

Juste après, en 1177, les Chams (ceux qui sont au centre et au sud du Vietnam) prennent les Khmers par surprise et viennent brûler Angkor. Mais heureusement, 4 ans plus tard, le roi Jayavarman VII les fout dehors et reprend le contrôle de la ville. Lui, c’est Bouddha qu’il préfère. Alors il fait construire la cité d’Angkor Thom, renfermant tout un tas d’édifices différents et encore d’autres temples à l’extérieur de la cité. C’est le plus grand bâtisseur des nombreux rois d’Angkor. Après sa mort, l’hindouisme redevient religion d’état. Du coup, toutes les représentations de Bouddha sont saccagées, abîmées ou transformées.

Remettons encore alors une petite couche d’invasion siamoise, quelques périodes où Angkor est à nouveau la capitale khmère mais à cause de l’envasement des systèmes d’irrigation et de la vulnérabilité du site, les rois khmers finissent par déplacer la capitale à Phnom Penh, moins exposée.

La « découverte » d’Angkor par les Français dans les années 1860 connut un retentissement mondial. Il ne s’agissait pas vraiment d’une découverte : lorsque l’explorateur Henri Mouhot arriva pour la première fois devant Angkor Wat, le temple abritait un monastère prospère, entretenu par des moines et des esclaves. Angkor devint alors l’objet d’expéditions financées par la France. A l’époque, l’ouest du pays est sous contrôle thaï. Les Français négocient en 1907 la restitution de la province au Cambodge et l’Ecole Française d’Extrême-Orient prit la responsabilité de dégager et de restaurer l’ensemble du site. Les premiers touristes étrangers découvrent alors la capitale de l’empire khmer.

Les campagnes de restauration se succèdent. Divers pays y participent : l’Inde, l’Allemagne, le Japon, la Corée et bien sûr la France. Pendant la période Khmer rouge et la période de la guerre civile, Angkor subit peu de dommages (les Khmers rouges voulant montrer au monde qu’ils connaissaient la valeur du site). Mais les restaurations sont interrompues et la jungle reprend ses droits. Depuis 1992, Angkor est classé au patrimoine mondial de l’Unesco et aujourd’hui jusqu’à 2 millions de touristes par an viennent admirer les racines de fromagers et de ficus qui serpentent dans les temples.

Et puis, pour bien comprendre ce qu’on vient voir à Angkor (non, ce n’est pas qu’un tas de cailloux cassés et mal rangés !), il faut avoir 2 ou 3 notions d’hindouisme et de bouddhisme. Parce qu’en fait, ces temples ont été consacrés d’abord à l’un puis à l’autre puis ça a changé tellement de fois qu’on ne sait plus très bien en l’honneur de qui les gens viennent y prier. On y trouve donc des représentations de Shiva, Vishnu, Nandin, Lakshmi, Ganesha, Hanuman (tous ces gens sont des divinités hindoues), du Râmâyana (une épopée genre « l’Odyssée » version indienne) mais aussi des statues de Bouddha assis, debout, couché, en méditation, et enfin, certaines parties des temples sont consacrées au culte des ancêtres (là, on saupoudre un peu d’animisme sur le tout).

Voilà. Armés de ça, je vous emmène faire un petit tour dans les temples d’Angkor.

Pour commencer, il faut déterminer quels temples vous voulez voir sur les 48 heures que vous avez devant vous. Tout voir est impossible et en plus, au bout d’un moment, y a rien qui ressemble plus à un temple qu’un autre temple (si vous voyez ce que je veux dire…). Le truc c’est que tous les temples ne sont pas à côté les uns des autres. Plusieurs solutions s’offrent alors à vous. Vous pouvez louer une voiture avec ou sans chauffeur avec ou sans clim (définitivement hors budget et de toute façon, je ne me rappelle plus comment on monte dans une voiture), louer un tuk-tuk à la journée (où c’est même pas la peine de négocier le prix, de toute façon, il doit y avoir un syndicat des tuk-tuk drivers à Angkor qui a fixé les prix depuis 1 000 ans et qui se frotte les mains) ou vous la jouer warrior ultra et louer un vélo (budget attitude certes, mais je rappelle qu’il fait 35°C à l’ombre…).

Comme 80% des feignasses touristes, bien sûr, vous optez pour le tuk-tuk.

Ensuite, il vous faut un guide. Bah oui, des tas de cailloux cassés, en vrac, envahis par la jungle, construits par une civilisation dont vous ne savez quasiment rien et qui pourtant à l’époque où nous, on construisait des châteaux forts (youhou !), a construit des dizaines de temples ornementés de millions de sculptures et de bas-reliefs qui illustrent des mythes dont vous ignoriez l’existence jusqu’à hier… va falloir que quelqu’un vous aide. Là encore, 2 options. Le vrai guide (en chair et en os) qui parlera un français plus ou moins approximatif mais si vous avez de la chance, qui aura de vraies connaissances sur le sujet (évidemment, hors budget) ou acheter un guide papier, véritable Bible sur les temples d’Angkor et éminemment recommandé par d’autres voyabloggeurs.

Bien sûr, vous choisissez l’option n°2.

Reste à faire le tri dans la foultitude de choses à voir. Là encore, plusieurs options. Ecoutez les conseils de votre guest house, écoutez les conseils des autres voyabloggeurs, écoutez la petite voix dans votre tête qui dit « Bof. Celui-là, ça me dit rien mais par contre celui-ci, ça a l’air plus rigolo ».

Là, vous mélangez les 3.

Et vous voilà prêts pour 48 heures de culture intense.

Alors moi, personnellement, je j’ai choisi l’itinéraire suivant.

J’ai démarré ma première journée comme une vraie feignasse à 8h (si tu te ranges dans la catégorie warrior ultra, tu fais le lever de soleil…). Le temps de rejoindre Angkor et la billetterie, d’acheter mon précieux sésame (à 40$ le pass, c’est précieux) et de me rendre jusqu’au premier temple, il était déjà 9h. Et là, mon guide dans une main, mon appareil photo dans l’autre, le cœur battant et les yeux grand ouverts, je me suis avancée vers le Preah Khan… J’ai suivi scrupuleusement le parcours indiqué par le guide et j’ai déambulé dans les galeries, les gopuras, les tours, les salles de danse… j’ai joué à repérer tous les bas-reliefs et les sculptures… et je suis ressortie de là, 2 heures plus tard, éblouie. Un  vrai « Wow… ».

Après ça, j’ai enchaîné. Le Ta Som, Banteay Samré, Banteay Srei, Banteay Kdei et je suis arrivée juste à temps pour le coucher de soleil au Pré Rup.

Le lendemain, je me suis fait violence, je me suis levée à 4h30 pour aller admirer le lever de soleil sur Angkor Wat puis le marathon a repris : Angkor Thom (qui comprend en fait le Bayon, le Baphuon, Phimeanakas, la Terrasse des Elephants et la Terrasse du Roi Lépreux), Ta Keo et le Ta Phrom.

A raison de 10 heures de visite sur chaque journée, je suis devenue une experte de l’architecture angkorienne. Mon vocabulaire s’est enrichi de mots comme apsara, garuda, anastylose, linga, yoni, gopura, asura, nâga… Je suis désormais capable de reconnaître les illustrations du Barattage de la Mer de Lait (un des mythes les plus souvent représentés dans les bas-reliefs) et je peux vous expliquer la symbolique de l’architecture comme si c’était moi qui avais fait les plans.

Enfin tout ça pour dire que WOW ! c’est vraiment hyper impressionnant. On a du mal à imaginer ce que ça pouvait être quand c’était en pleine activité mais des milliers de personnes travaillaient dans les temples. Les sculptures sont magnifiques, le grès n’ayant pas si mal résisté au temps et y en a dans tous les coins, on ne sait plus où regarder. On pourrait y passer des semaines.

Si vous prévoyez de faire un tour au Cambodge, ne zappez pas Angkor (ça serait comme ne pas aller voir la Statue de la Liberté à New York ou la tour Eiffel à Paris). C’est juste splendide et vous pouvez jouer à Lara Croft pour de vrai (d’ailleurs Tomb Raider a été tourné en partie ici).

Voilà ! Maintenant, place aux travaux pratiques, les photos c’est par ici.

Aller à Siem Reap…

… et prendre une jolie teinte écrevisse.

Avant de vous raconter à quel point Angkor c’est beau-grandiose-magnifique-trop-bien-ça-déchire, il faut que je vous parle de « la plus belle croisière de tout le pays »…

Rappelez-vous, j’étais à Battambang, à 170kms de là. J’avais décidé qu’après la journée de bus, j’allais faire la journée de bateau. Mais on me l’avait super bien vendue, hein ! « La plus belle croisière de tout le pays » ! C’est pas rien quand même ! Ça vaut le coup d’y passer un peu de temps ! Alors, pleine d’espoir et les batteries de mon appareil photo chargées à bloc, je suis montée à 6h30 dans le minibus de l’hôtel qui nous emmenait au port. Au port ??? Plutôt un genre d’embarcadère en bambou qui descendait dans une rivière boueuse au bout duquel se trouvait attaché un petit bateau qui ressemblait à ça :

speed boat

Bon. Y avait déjà quelques personnes dedans mais rien de bien méchant. L’équipage nous fait mettre tous les sacs sur le toit et puis nous dit de nous asseoir nous aussi sur le toit, tiens. Parce qu’en fait, des gens, il en arrive des tas. Et tout le monde monte à bord. Avec des cartons, des couvertures, des poules, des sacs de riz, bref, on doit être 60 là-dessus avec 12 gilets de sauvetage. Mais c’est pas bien grave parce que les gilets de sauvetage, on va pas en avoir besoin. On est en pleine saison sèche, il a pas plu depuis presque 4 mois, la rivière est au plus bas, y a 80cms d’eau, le bateau ne peut pas se renverser, il touche déjà le fond…

Y a donc une bonne quarantaine de personnes entassées dans le bateau et on se retrouve à 20 sur le toit avec tous les sacs, assis en tailleur et on part… Notre boat people avance à 2 à l’heure parce qu’il faut faire attention que le bateau ne racle pas trop le fond quand même et puis ça prend du temps et c’est compliqué de croiser les autres bateaux parce que si y a 80cms de fond, y a à peine 3 mètres de large.  On tangue dangereusement, à chaque virage, on s’accroche à ce qu’on peut. Les pêcheurs sont debout dans la rivière, ils ont de l’eau à la taille, c’est rassurant. La matinée passe donc doucement. Par hasard, la quasi-totalité des personnes sur le toit sont des touristes français. On commence donc à discuter (faut dire qu’on a un peu de temps devant nous), on essaye de s’installer le mieux possible (« oh ! pardon ! j’ai pas fait exprès de mettre mon pied dans ton oreille mais là, faut vraiment que je déplie mes jambes sinon, elles vont tomber… ») et puis on regarde le paysage. Parce que si on est tous là, c’est bien pour ça. Et c’est vrai, ça vaut le coup. On traverse de petits villages flottants (enfin, qui doivent flotter en saison des pluies), des champs, des rizières, des tas d’enfants nous font coucou depuis les berges, bref, c’est beau.

A partir de 11h, on commence à moins rigoler. Il fait 40°C et on est condamnés à rôtir sur le toit de notre rafiot. Mais de toute façon, il est pas question de piquer une tête dans la rivière à moins de vouloir attraper une vraie bonne grosse maladie (même les poissons sont morts, ils flottent… d’ailleurs, y a aussi un chien qui flotte…). Alors, c’est un déluge de crème solaire et puis advienne que pourra.

La rivière est vraiment basse et on est vraiment très trop chargés. Du coup, c’est pas 8 heures qu’on va passer pliés en 14 sur ce bateau… c’est 10 ! Alors certes, hein, c’est beau… mais pour pouvoir s’émerveiller, faut pas avoir le dos, les genoux et les fesses qui hurlent tous en même temps « laissez-nous descendre de ce bateau !!! » Autant dire que quand on arrive enfin à l’embarcadère, c’est la ruée sur le ponton.

Mais là, j’ai encore bien joué. La guest house où je vais passer les 2 prochains jours m’a envoyé un tuk-tuk. Et à peine le temps de poser le pied à terre, je suis déjà repartie, direction Siem Reap. Oublié mon mal de fesses (de toute façon, ça fait plusieurs heures que je les ai jetées par-dessus bord), passons à la préparation et à l’organisation de la visite des temples d’Angkor !

Photos ici.

Battambang

J’avais donc quitté la plage. A contrecœur, comme d’habitude. Et à l’heure prévue, j’étais montée dans le bus pour Battambang. Enfin, c’est ce que je croyais. Parce qu’au moment de contrôler mon ticket, le chauffeur me dit « OK, you change bus in Phnom Penh ! ». Ça m’avait donc un peu agacée et j’étais d’autant plus contrariée que je venais d’éclater ma sandale de compét’ en loupant un trottoir… Mais bon, de toute façon je savais que j’en avais pour 9 heures de bus alors autant pas se mettre les nerfs en pelote tout de suite.

Je m’installe donc, je sors mon iTruc chargé à bloc et je me mets à regarder par la fenêtre. Les bornes kilométriques défilent (d’ailleurs, c’est troublant, elles sont à gauche de la route alors qu’on est censés rouler à droite, petite curiosité locale…) et au bout de 3h30 j’aperçois « Phnom Penh, 36kms ». Ouh là là, je me dis, on est allés super vite (effectivement, le chauffeur roule comme un malade), génial, je vais pas passer ma journée sur la route.

Sauf que. On va mettre 1h30 à faire ces grumpf de 36 derniers kilomètres. Phnom Penh, c’est pire que le périf’ un jour de neige doublé d’une opération escargot de taxis (là, je suis sûre que y en a quelques uns qui compatissent). Mais je reste calme, je sais m’adapter, le temps qu’ils arrivent, j’ai l’temps pour un café, de toute façon, je sais pas faire courir les bœufs qui bouchent la circulation (au sens propre, les bœufs, hein, de ceux qui tirent des charrettes bien sûr !).

Arrivée à la gare routière, la jeune fille du guichet me dit « OK, your bus in 2 hours ». Et bah génial, 2 heures à poireauter sur des bancs en métal en plein cagnard… c’est une journée de rêve ! Et évidemment, pas question de faire le tour du quartier : 1/ c’est tout pourri, 2/ je vais pas faire des kilomètres avec mes sacs sur le dos… never !

Mais pour passer le temps, je me fais une copine. Enfin, c’est plutôt elle qui est venue me trouver. D’abord, elle me tombe dans les bras en me disant « Oh, my sister, my sister ! ». Euh… non, là, doit y avoir erreur, si y a bien un truc que je n’ai pas, c’est une sœur. En fait, je comprends rapidement qu’elle est relativement bien alcoolisée et qu’elle a très envie de parler. Alors elle me raconte qu’elle s’est faite agresser par 2 types qui lui ont pété le poignet (elle a le bras dans le plâtre) et qu’elle est très triste (« Are you sad my sister ? » Yes, of course…). Elle me souhaite un bon voyage (1 fois, 2 fois, 10 fois) puis elle veut m’offrir un Coca, puis de la canne à sucre puis finalement, elle voudrait prendre le bus elle aussi mais pour Siem Reap (oui parce qu’en fait, elle a pas de ticket et je pense qu’elle avait pas prévu de prendre le bus) du coup, elle voudrait bien que je lui file 1 dollar… Malheureusement, c’est pas de bol, j’ai un cœur de pierre, alors plutôt qu’1 dollar, on partage les bananes que j’avais achetées pour mon déjeuner. Les autres gens qui attendent le bus nous regardent du coin de l’œil. La touriste et l’alcoolo du coin, on doit faire un couple bien assorti. Et puis d’un coup, elle disparaît. Je ne la reverrai pas. Elle parlait bien anglais, avait l’air d’avoir passé plusieurs jours loin d’une douche et avait un immense sourire avec de grandes dents blanches. Comment elle est arrivée à traîner à la gare routière ? Je saurai jamais…

Mais l’heure tourne. C’est l’heure de remonter dans le bus. Idem, 1h30 pour sortir de la ville avant d’entamer sérieusement la route et c’est parti pour… 7 heures… La nuit tombe, la route est pourrie, le bus zigzague, la clim est coincée sur -20°C et le même chauffeur conduit pendant les 7 heures d’affilée s’arrêtant 2 fois 10 minutes pour manger une soupe et faire une pause technique.  Le tout saupoudré de clips vidéos de karaoké ou de sketchs cambodgiens qui font marrer tout le monde à gorge déployée.

Autant dire qu’à l’arrivée, je suis la première dehors ! Je trouve un petit hôtel mais ils sont complets. Mais… ils peuvent me dépanner, ils ont une chambre mais « c’est pas vraiment une chambre et c’est salle de bain partagée ». Bon, je demande à voir quand même. En fait, ils ont monté 2 cloisons dans un garage mais pas jusqu’au plafond et puis ils ont mis 3 lits. Ça fait 3 chambres. « It’s like a dorm ! » Moi, aucun problème, à 2,50 dollars la nuit, je vais pas faire ma difficile et puis la douche a l’air propre. Les autres (oui, je suis pas toute seule à être descendue du bus et le choix d’hôtels n’est pas pléthorique), ça les emballe pas mais bon, ils ont pas vraiment le choix.

Bref, la moustiquaire installée et un bol de riz plus tard, c’est l’heure de fermer la boutique.

Le lendemain matin, j’ai rendez-vous avec Han Hun, un tuk-tuk driver qui doit m’emmener visiter les 2 ou 3 trucs du coin. Oui, je suis super efficace, j’ai réussi à négocier le tuk-tuk driver la veille. Je pars donc faire un tour de bamboo train. Le bamboo train, c’est une plateforme en bambou (comme son nom l’indique), posée sur 4 roues reliées à un petit moteur de tondeuse, qui file à 15km/h sur le rail unique qui relie Battambang au reste du monde. Bon, c’est encore un truc à touristes : après 30 minutes sur ton bamboo train, tu t’arrêtes au milieu de nulle part, des enfants sortent de derrière les fourrés pour te vendre des bracelets et 10 minutes plus tard (le temps que ton conducteur de train ait retourné la plateforme), tu repars. Assis à 30cms du sol, c’est rigolo, on se croirait sur un tapis volant. Il y a encore quelques années, les bamboo trains étaient utilisés pour transporter des marchandises. Aujourd’hui, les camions sont plus pratiques. Ca n’empêche que c’est tout un cirque quand tu croises un autre bamboo train parce qu’il faut démonter celui qui a le moins de passagers pour laisser passer l’autre.

Après cet épisode futile, il était temps de se rappeler que les Khmers rouges ne sont jamais loin. Je suis donc allée visiter une Killing Cave. C’est bon ? Tout le monde a compris ? Encore un endroit où on a tué des gens par centaines. Ici, c’est en les précipitant dans une grotte située en haut d’une colline. Bon aujourd’hui dans la grotte, y a un grand Bouddha allongé (et quelques crânes qu’on garde en souvenir) mais n’empêche, l’ambiance est un peu glauque. Et les moines qui me réclament lourdement une donation me font fuir. En redescendant, Han Hun a disparu. Une petite dame qui me dit être sa sœur me dit de pas m’inquiéter, que Han Hun a dû partir parce qu’il allait à un mariage mais que son neveu va me ramener à l’hôtel en moto et que je devrais le payer lui et qu’ils s’arrangeront avec Han Hun. Mouais… bizarre, mais OK.

En arrivant devant l’hôtel, devinez qui est là en train de démarcher de nouveaux touristes ? Bah oui, c’est mon pote Han Hun. Terriblement confus, il m’explique que sa fille a un bébé qui a de la fièvre et qu’il a dû partir précipitamment. Point question de mariage visiblement. Mouais… bah, n’empêche, les Américaines qui étaient en train de négocier avec lui, ça les fait un peu réfléchir et finalement, elles concluent le marché avec un autre driver. Et ouais Han Hun, à vouloir jouer au plus malin, on gagne pas à tous les coups !

Pour finir la journée sur une note gastronomique, je m’inscris à un cours de cuisine. Au menu, fish amok, beef lok lak et spring rolls. Bon, les spring rolls, j’ai eu ma dose et puis j’aime pas ça. Mais le fish amok et le beef lok lak, c’est ultra bon. Oui, promis, je vous ferai goûter tout ça en rentrant. Si j’arrive à traduire les noms de toutes les herbes et racines diverses qui font que c’est si bon et si j’arrive à trouver tout ça au marché. Bref, c’est pas gagné.

Alors voilà, Battambang, c’est déjà fini. Bon, de toute façon, y avait pas non plus de quoi y passer une semaine, hein ! Demain, direction Siem Reap à quelques 170kms. Pour y aller, 2 options : un bus à 5 dollars qui met 4 heures ou un bateau à 20 dollars qui met 8 heures mais « c’est la plus belle croisière de tout le pays » ! Je vous laisse deviner ce que j’ai choisi…

Photos ici.

Otres Beach de mon coeur

Marre du passé lourdingue de Phnom Penh ? Aucun problème. Allez à la gare routière, grimpez dans un bus VIP (oui, bon, ça, je sais pas pourquoi j’ai eu droit au bus VIP, j’avais rien demandé) et 5 heures plus tard (ou 230kms… oui, les routes sont dans cet état au Cambodge) vous arrivez à Sihanoukville. De la gare routière, partagez un tuk-tuk avec un post-soixante-huitard qui profite du trajet pour vous dresser la longue liste des trucs à fumer ou à ne pas fumer, puis, arrivés en centre-ville, ne traînez pas, prenez une moto pour Otres Beach. Galérez un peu pour trouver où dormir sous le cagnard, tombez sur des petits bungalows en bambou sur la plage tenus par un très sympathique Français, posez vos affaires, mettez votre maillot de bain et sautez dans l’eau !

Alors dans l’ordre. Pourquoi Otres Beach ? Otres est une des 5 plages de Sihanoukville. Un peu éloignée du centre (5kms), elle n’en est pas moins la plus belle, étalant ses 3kms de sable blanc bordés de pins le long d’une eau turquoise clapotant gentiment. Et comble du bonheur, elle est relativement déserte contrairement à ses sœurs qui sont bondées (des fois, les gens sont bizarres, non ?). Bref, autant dire que j’ai pas hésité longtemps.

La route est bordée d’un côté par des champs où se promènent quelques vaches un peu efflanquées et de l’autre par la plage. Sur les 700 premiers mètres, des petits restos de plage ont fini par construire des bungalows en bambou et planter quelques parasols. Après, y a plus rien. C’est donc là, Chez Paou, que j’ai décidé de passer les 3 jours suivants.

Et voilà donc ce que je vois de ma fenêtre…

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Je sais, c’est pas sympa de faire ça mais même moi, je m’en lasse pas.

Alors le matin, je me réveille au son des vagues, je prends mon petit déj les pieds dans l’eau puis je fais une looooongue marche sur la plage mais comme il fait trop chaud, tous les quarts d’heure, je fais un pas de côté et je plonge dans l’eau. Puis je m’étale comme une crêpe jusqu’au déjeuner. Et puis comme on est loin de tout (faut prendre le tuk-tuk pour retourner en ville mais en fait, y a pas besoin) et qu’on mange divinement bien Chez Paou, je ne vois pas pourquoi j’irais chercher midi à quatorze heures, donc je me traîne jusqu’à la terrasse où je bois du lait de coco directement dans la noix avant de la faire ouvrir pour manger la chair… Puis je fais la sieste dans un hamac bercé par le vent et je me ré-étale jusqu’au coucher du soleil. C’est l’heure à laquelle ouvre le bar (ils ont vraiment tout prévu Chez Paou…) et où toutes les petites crêpes cramées (nous, les touristes) rappliquent pour manger des calamars grillés.

Sans blague, je pourrais faire ça des semaines…

Mais en fait, j’ai pas toute la vie devant moi, j’ai un rendez-vous hyper important qui approche et je dois avancer !

Alors demain matin, je range mon maillot de bain, je dis au revoir aux noix de coco et je remonte dans le bus. Direction Battambang, 10 heures plus loin. Oui, ça va être une chouette journée…

Photos ici (mais dans votre état, je sais pas si c’est conseillé…).

Vietnam – le bilan

4 809kms parcourus et 1h30 d’avion, 53 heures de train, 41heures de bus, 17 heures de moto et 13 heures de bateau.
Prix d’une chambre (peu d’auberges de jeunesse) : $12 soit 250 000 VND
Prix d’un repas : 30 à 80 000 VND
Prix d’un McDo : PAS DE McDO au Vietnam !!
Prix d’une bouteille d’eau : 5 à 10 000 VND (selon ta tête)
Ce qui va me manquer : les longues balades à moto, la brume sur la baie d’Halong, les « hello, hello » des enfants le long de la route, le bun bo hué, les marchés, les robes colorées des Hmongs, les banh xeo, traverser la rue à 2 à l’heure en regardant ses pieds, la campagne, le vert fluo des rizières dans le sud, les fleurs et les fruits tropicaux, remonter le Mékong en bateau et trinquer à l’alcool de riz.
Ce que je ne vais pas regretter : Maman Cafard, les tours un peu trop bien organisés, les trajets en bus Open Tour (sûrement très bien si tu fais 1m20), le côté un peu trop business (à mon goût) des Vietnamiens, le café au lait concentré sucré (… beurk !), me faire attaquer par un singe et les nems (et bah non, j’aime toujours pas ça !).
La phrase qu’il fallait retenir : Nếu bạn muốn làm điều đó, đó là $ 2 thêm ! (Si vous voulez faire ça, c’est $2 en extra !)
Bien. Alors, le Vietnam.
Bon, autant être franche, j’ai été un peu déçue. Je ne sais pas, je m’attendais à des gens souriants, accueillants, aimables et ça a rarement été le cas. Les touristes sont vraiment pris pour des portefeuilles sur pattes, les prix sont multipliés par 2, 3 ou 4 selon ta tête et le sourire est en option (faut probablement rajouter $2 en extra…). C’est vraiment dommage car le pays est magnifique, il y a des tas de choses à voir aussi bien sur le plan culturel que pour les paysages et dès qu’on sort des villes, on arrive enfin à avoir ce contact avec les gens qu’il est quasi impossible d’établir dans les villes (où t’as l’impression que quand on vient te parler, c’est pour te soutirer du pognon). Le démon du tourisme de masse est en train d’accomplir son œuvre…
A côté de ça, j’ai passé des moments extraordinaires avec Chong à Sa Pa, avec Truong à moto dans les montagnes. Il ne faut donc pas généraliser. Mais la petite étincelle n’a pas eu lieu.
Le pays est pauvre et a longtemps souffert de la guerre puis de l’embargo américain. On ne peut donc sûrement pas en vouloir aux Vietnamiens de vouloir tirer un maximum de profit de la masse de touristes qui débarque chaque jour pour voir la baie d’Halong
ou les tunnels de Cu Chi. Seulement, le contact avec la population est limité au strict minimum (« How much… ? »). 
Dans les grandes villes, comme Hanoi ou Saigon, ce sont carrément des quartiers entiers de la ville qui sont ghettoïsés pour les touristes avec des rues uniquement bordées d’hôtels, de restos, de bars et de salons de massages (pas toujours très clean…) et clairement, le charme n’opère pas. On a atteint le summum de la ville transformée en camp de vacances à Nha Trang (où même la devanture de la pharmacie est écrite en russe…).
Reste la bouffe. Là aussi, malgré quelques chouettes découvertes (le bun bo hué, définitivement mon plat préféré), j’ai trouvé la cuisine un cran en dessous de la cuisine chinoise. Je sais, plein de gens disent le contraire. Mais j’ai pas trouvé que la street food était aussi variée, aussi appétissante qu’en Chine. Et quand tu veux manger autre chose qu’une soupe de nouilles, les prix deviennent parfois dingues.
Mais restons positifs. Il reste assez facile de sortir des sentiers battus, de faire de jolies rencontres et de découvrir des coins où il n’y a pas encore besoin de faire la queue une demi-heure pour acheter son ticket. Et finalement, est-ce que les nouilles ne sont pas meilleures slurpées sur un tabouret en plastique à hauteur des pots d’échappement des milliers de motos qui envahissent les rues jour et nuit ?
OK, ça n’a pas été le coup de cœur attendu mais tout n’est évidemment pas à jeter. Et malgré tout, de plus en plus de Vietnamiens comprennent que ce que les touristes viennent chercher chez eux, ce ne sont pas de longues heures de car climatisé mais un peu d’authenticité. Du coup, c’est encore timide (et hors de prix) mais des agences commencent à proposer des circuits un peu plus exclusifs et originaux. L’éco-tourisme se développe aussi (oui, parce qu’on ne peut pas dire que le développement durable soit aujourd’hui une préoccupation majeure).
Une autre chose qui m’a frappée, c’est le patriotisme aigu des Vietnamiens. Quand on arrive enfin à établir le contact, on découvre des gens qui sont si fiers de leur Histoire, d’avoir su conserver leur identité, leurs coutumes, leurs différences (54 minorités ethniques dans le pays et autant de dialectes et de costumes traditionnels différents) malgré les attaques plus que répétées des Chinois, des Khmers et les guerres contre les Occidentaux. Ils sont tous prêts à se battre pour leur pays. Et heureusement, parce que sinon, le Vietnam, ça n’existerait plus aujourd’hui. Un sentiment qu’il m’est difficile de comprendre, moi qui ai grandi dans un pays où planter un drapeau sur le toit de sa maison est considéré comme un acte nationaliste.
Les jeunes Vietnamiens souhaitent que les étrangers aient une bonne image de leur pays. L’image d’un pays qui avance, qui se relève, un pays qui est le 2ème exportateur mondial de riz et de café mais aussi, un pays où chaque année le niveau de vie augmente, avec des universités, des hôpitaux et des entreprises reconnues. Le chemin est encore long quand on voit dans quelles conditions vivent les gens dans les campagnes mais ce qu’on ne peut pas nier, c’est qu’ils en ont l’envie. Alors, la convivialité, je m’en fais pas, ça viendra. Et à ce moment-là, il sera toujours temps de revenir…

Phnom Penh

Phnom Penh, capitale du Cambodge, 2 millions d’habitants. Bon, à priori, c’est une petite ville. Du coup, le trafic ne doit pas être trop intense. ERREUR !! Justement, parce qu’il n’y a pas grand-monde et que les rues sont plutôt larges, les gens roulent vraiment n’importe comment. C’est-à-dire que le contre-sens n’a pas d’importance. Pas même sur les ronds-points. Passé l’effet de surprise, tu comprends qu’il faut traverser la rue lentement, en regardant tes pieds comme ça les autres usagers de la route vont se dire que tu n’essayes pas de les éviter et donc vont le faire pour toi (tactique dite « de la tête dans l’sable »…).

Je viens donc de passer 2 jours et demi à Phnom Penh. Et bah, c’est sympathique comme tout, cette ville ! J’ai arpenté la ville en long en large et en travers et c’est assez différent des grandes villes asiatiques que j’ai traversées jusqu’à maintenant. Le plan de la ville est un immense damier et les noms de rues sont des numéros (une petite influence américaine peut-être ?) donc tu te repères hyper facilement. Y a des vrais trottoirs (bon, tu peux pas marcher dessus parce qu’ils toujours envahis par les motos et les tuk-tuks mais au moins, ils existent), plein de voitures (et pas des Tata, hein, non, non, des gros 4×4 noirs aux vitres fumées), des tuk-tus d’un genre que je ne connaissais pas (d’ailleurs le ministre des Transports veut qu’on appelle ça des « remorques », en français dans le texte parce que c’est un mot qui est apparu pendant la colonisation française) et des cafés et des boulangeries françaises à chaque coin de rue. C’est propre, pas en chantier, bref, j’aime bien.

Qu’y a-t-il donc à faire à Phnom Penh ? D’abord, j’ai testé la Angkor Beer. Oui, il fait 35°C toute la journée, t’as besoin de te réhydrater, la bière est moins chère que le Coca donc… Plutôt légère et bien blonde pour ceux que ça intéresse mais la bouteille est jolie avec le temple d’Angkor Wat dessus. Et puis, comme il fallait éponger un peu, je suis allée dîner avec de nouvelles copines de dortoir dans un resto thaï (parce qu’en fait, la cuisine khmer a assez peu de spécialités propres, c’est un vaste mélange de cuisine vietnamienne, thaïe et indienne). Et ce qui devait arriver arriva… j’ai été malade… Pfff !  Chu dégoûtée : pas même un soupçon d’intoxication alimentaire en Inde et au premier pad thaï, paf ! c’est la cata… Mais je vous rassure, rien de grave ! Un petit Spasfon, une petite journée off food (là pour le coup, j’ai avalé un bon litre de Coca) et ça repart ! Ca ne m’a pas empêchée d’aller me traîner (oui parce que sous 37°C, tu ne marches plus, tu te traînes) de temples en musées toute la journée.

D’ailleurs à propos de musée, si vous allez à Phnom Penh et que vous êtes un peu déprimés, je vous déconseille très sérieusement le musée du génocide de Tuol Sleng… Rien qu’au nom, on sent qu’on va pas rigoler. C’est quoi Tuol Sleng ? Au début, c’était un lycée. 4 bâtiments de 3 étages chacun autour d’un cour de récré avec des pelouses et des trucs pour faire du sport comme des cordes à nœuds (ça aura son importance un peu plus tard). Le 17 avril 1975 (rappelez vous, c’est l’arrivée au pouvoir des Khmers rouges), le lycée est fermé et les étudiants envoyés avec la quasi-totalité des habitants de Phnom Penh dans les campagnes pour y travailler comme des esclaves. La ville devient une ville fantôme et le lycée est transformé en prison. Pour ça, il subit quelques aménagements : les murs des salles de classe sont percés de portes et les Khmers rouges y construisent de petites cellules en briquettes ou en bois de 1 mètre de large sur 2 mètres de long en moyenne. Certaines salles sont conservées telles qu’elles pour servir de salles de torture et les plus grandes deviennent des salles de détention collective (les prisonniers étaient littéralement allongés les uns à côté des autres tête bêche pour ne pas perdre de place). D’immenses grillages barbelés sont installés sur toute la hauteur pour empêcher les prisonniers de se suicider. Ainsi naquit la fameuse prison S-21. On a connu plus gai comme faire-part… Après la libération, cet endroit a été conservé intact (difficile d’imaginer y remettre des enfants qui jouent aux billes et à la corde à sauter) et c’est aujourd’hui un musée.

Et que s’est-il passé à S-21 ? Ben, maintenant que vous savez que les Khmers rouges sont des gens fort délicats, vous imaginez bien que ça n’a pas été joli-joli. Aussi surprenant que cela puisse paraître, il y a assez peu de panneaux explicatifs mais des photos. Beaucoup de photos. Parce que les Khmers rouges conservaient précieusement les portraits de tous les « traîtres à la révolution ». Et comme toujours en temps de guerre (et pourtant ils n’avaient pas Facebook), les soldats se sont pris en photo en train de torturer leurs prisonniers ou juste leurs prisonniers, morts, après une séance un peu trop musclée. Honnêtement, après tous les musées du genre que j’ai visités (Hiroshima, Saigon, Nanjing), là, j’avais la gorge serrée. J’étais même si mal à l’aise que j’ai eu du mal à prendre l’escalier un peu sombre qui montait dans les étages des bâtiments. Pour un peu, j’entendais des fantômes… flipant ! Parfois, la connerie n’a pas de limite et c’est effrayant. Se dire que des milliers (oui, parce que ce sont des milliers) de gens ont été torturés, affamés, exécutés juste là, sous mes pieds… on ne peut pas comprendre. Mais que se passait-il dans la tête des bourreaux ? Impossible de savoir.

Pour boucler la boucle, le lendemain, je suis allée au champ d’exécution de Choeung Ek, plus connu sous le nom de Killing Fields (et non, ça n’est pas le titre d’une chanson). Bon bah là, on touche le fond de l’horreur. Après avoir passé quelque temps à S-21, les prisonniers qui n’étaient pas encore tout à fait morts étaient exécutés. Sauf que. Pour ne pas risquer des épidémies dans Phnom Penh, les Khmers rouges ont trouvé un petit coin sympa à 15kms de la ville pour enterrer tout ce petit monde (plus de 20 000 personnes… ça commence à faire du bon cimetière, hein ?). Donc, ils ont d’abord construit une grande clôture pour que les paysans qui travaillaient dans les champs à côté ne sachent pas ce qu’il se passait ici puis, ils ont creusé des trous. Des grands trous. Plus de 160. D’environ 5 mètres de profondeur, 10 de long et 5 de large. Puis, ils ont fait venir les prisonniers par camion et ils les ont massacrés un par un jusqu’à 20 000… Ils ne pouvaient pas les tuer proprement, non, non. Les balles coutaient trop cher, on les gardait pour les combats. Alors ici, on avait des pelles, des pioches, des couteaux, des marteaux… Et ils avaient vraiment pensé à tout, ces cinglés. Ils recouvraient les corps de DDT, un insecticide utilisé par les paysans du coin, pour masquer l’odeur des corps en décomposition (comme ça, personne ne soupçonnait rien) et ils diffusaient des chants révolutionnaires à fond les ballons pour couvrir les cris… Raffinés, je vous dit. Je pense que le meilleur c’était le moment où on t’explique que pour tuer les bébés (oui, ils faisaient pas de détails) ils les attrapaient par les jambes et leur fracassaient le crâne contre un arbre dont on a retrouvé le tronc couvert de sang, de cheveux et de morceaux de cervelle… Ayé ? Vous n’avez plus faim ? Moi non plus… Aujourd’hui, le fameux arbre est couvert de bracelets et autres breloques multicolores.

Comment comprendre ? Les derniers responsables Khmers rouges encore en vie ont plus de 80 ans et ne répondent pas aux accusations. Ils nient toute atrocité commise sous leur régime. Comment est-ce possible ?

Bon, pour finir sur une note plus légère (parce que là, je vous sens tous déprimés et en plus, pour vous, il fait froid et gris, ça aide pas), je suis allée visiter le palais royal. Bon, en fait il était à moitié fermé parce que l’ex-roi (si, on en a parlé rappelez-vous, Sihanouk) est mort en octobre dernier et que son corps a été exposé pendant 3 mois pour que le peuple puisse venir se recueillir et hier, c’était le jour où on le rangeait. Donc palais fermé. Bon, c’était pas vraiment plus gai mais lui au moins, il est mort à 89 ans, tout malade et tout vieux.

Alors voilà. Phnom Penh, son passé lourd à porter, ses petits déj croissant/baguette et ses salons de thé, c’est fini. C’était plutôt une bonne surprise et les gens étaient vraiment sympas et souriants. Aujourd’hui, je prends le bus pour Sihanoukville, sur la côte du golfe de Thaïlande, 230kms au sud. Au programme, bungalow sur la plage, eau de coco et maillot de bain. Et bah voilà, là, c’est moins déprimant !

Photos ici (âmes sensibles s’abstenir…)

Johm riab sua Kampuchea !

(… et à tes souhaits !)

Je suis donc passée au Cambodge après une longue balade en bateau sur le Mékong et j’ai débarqué en plein centre de Phnom Penh.

Avant d’arriver là, mes connaissances sur le Cambodge se limitaient aux temples d’Angkor et Pol Pot. Et encore, je ne savais pas exactement ce qui se cachait derrière ces noms à part que l’un est une des merveilles du monde (toujours selon la liste établie par moi-même) et l’autre, responsable d’un des pires génocides que l’humanité ait jamais connu.

Pour que vous puissiez avoir l’air cultivé dans vos prochains dîners, je vais donc vous faire une petite synthèse de ce tout qu’il faut savoir sur le Cambodge sans jamais avoir osé le demander.

Le Cambodge est un petit royaume (oui, il y a un roi du Cambodge, d’ailleurs, aujourd’hui, il s’appelle Norodom Sihamoni et avant d’être roi, il a été danseur de ballet et ambassadeur culturel auprès de l’Unesco…) qui fonctionne comme une monarchie constitutionnelle élective (c’est-à-dire qu’il y a un Premier Ministre comme en Angleterre) peuplé de 15 millions de khmers (c’est le nom qu’on donne aux Cambodgiens parce que c’est l’ethnie majoritaire (à 96%) mais c’est aussi le nom de leur langue). Autant dire que la population du Cambodge est inférieure à celle de Delhi, de Beijing ou de Shanghai mais sur un territoire environ 200 fois plus grand. Pas de métropole grouillante ici donc.

Pas de trains, non plus. Enfin juste pour les marchandises mais pas de trains de passagers. Du coup, pas de grève de la SNCF, c’est peut-être pas plus mal…

Revenons sur ce qu’il s’est passé au Cambodge au cours des 150 dernières années (c’est déjà bien assez compliqué et pour ce qu’il s’est passé avant, je vous ferai un topo quand on sera à Angkor).

Depuis toujours, le Cambodge est pris en tenaille entre son voisin vietnamien et son voisin thaïlandais qui l’envahissent régulièrement et à tour de rôle. En 1834, ce sont les Vietnamiens qui sont dans la place. Eux-mêmes ne sont pas encore sous protectorat français mais ça ne saurait tarder. En effet, après les premiers traités de protectorat signés au Vietnam, les Français obligent le roi Norodom Ier à signer un traité de protectorat qui évite en fait au Cambodge d’être rayé de la carte. C’est le début de 90 ans de domination française. Au début, les Français n’interférèrent guère dans les affaires internes du pays qu’ils considéraient comme négligeable à côté de leurs intérêts coloniaux au Vietnam. Puis en 1885, le Cambodge fut intégré à l’Indochine Française. Pendant les décennies suivantes, de hauts responsables cambodgiens qui trouvaient certains avantages à la présence française, abandonnèrent l’administration quotidienne du pays aux Français. Ces derniers entretenaient la cour de Norodom dans un faste inégalé depuis l’apogée d’Angkor (on en reparlera j’ai dit…) et en 1907, ils obtinrent même la restitution des provinces du nord-ouest (dont Angkor) sous contrôle thaï depuis 1794.

En 1942 (rappelez-vous, c’est la Seconde Guerre Mondiale et la débandade en Indochine), les Japonais occupent le Cambodge, laissant l’administration au gouvernement de Vichy (oui, parce que les Japonais étaient les alliés des Allemands mais comme le gouvernement de Vichy collaborait, il continuait à gérer les affaires courantes). En contrepartie, la Thaïlande reprend à nouveau les provinces du nord-ouest. A la fin de la guerre, les Thaïs rendent à nouveau les provinces susmentionnées, mais c’est la guerre d’indépendance au Vietnam. Les Français sont débordés, les Vietnamiens viennent filer un coup de main aux Khmers et le roi de l’époque, Norodom Sihanouk, part en croisade royale pour obtenir le soutien de la communauté internationale à l’indépendance du Cambodge et celle-ci est proclamée le 9 novembre 1953. Norodom Sihanouk abdique alors (c’est la première d’une longue série) en faveur de son père et devient le chef du parti socialiste populaire qui remporte tous les sièges du Parlement en novembre 1955. C’est alors une période de paix et de prospérité : Phnom Penh s’agrandit, les temples d’Angkor deviennent la destination touristique n°1 en Asie du sud-est et de nombreux dirigeants influents du monde entier viennent au Cambodge.

Pendant ce temps-là, au Vietnam, rien ne va plus avec les Américains. Sihanouk qui ne veut pas participer à cette guerre (armée toute riquiqui et pas assez d’armes) déclare la neutralité du Cambodge dans ce conflit et refuse alors toute aide des Etats-Unis qui avaient pourtant largement financé l’armée cambodgienne. Il laisse cependant transiter les armes et les munitions des Viêt-Congs en provenance du Laos à travers le territoire et en 1965, persuadé que les Etats-Unis complotaient contre lui et sa famille, il rompt les relations diplomatiques avec Washington et se tourne vers la Chine et le Nord-Vietnam. Cette décision ne va pas plaire à tout le monde, les Américains se mettent à bombarder sérieusement le pays. Plus de bombes furent alors larguées sur le pays que pendant toute la Seconde Guerre Mondiale, tous pays confondus.  En 1970, alors que Sihanouk est en voyage en France, le général Lol Nol et un prince cousin de Sihanouk le destituent, le condamne à mort par contumace (non, pas de demi-mesure) et proclame la République khmère. Devenu allié des Etats-Unis, le Cambodge est alors intégré à la stratégie d’endiguement du communisme en Asie du sud-est.

Oui mais. Sihanouk s’est réfugié à Pékin et a rejoint les Khmers rouges, un mouvement de rebelles communistes d’inspiration maoïste. Beaucoup de Cambodgiens rejoignent alors le mouvement officiellement pour « défendre leur roi » qui jouit encore visiblement d’une bonne cote de popularité. Et puis Lol Nol et sa clique ne sont pas vraiment en bonne posture. Les Viêt-Congs sont réfugiés un peu partout au Cambodge, ce qui ne plaît pas trop aux nouveaux amis américains. Du coup, le régime est pris en tenaille entre d’un côté les Khmers rouges qui lancent une guérilla avec l’aide de la Chine, et de l’autre, les Américains qui traquent les communistes. S’en résulte une belle guerre civile. Quand, en 1973, les Américains se désengagent au Vietnam, les Khmers rouges, emmenés par Pol Pot, ont désormais le champ libre et prennent Phnom Penh le 17 avril 1975, rebaptisant le pays Kampuchea démocratique.

Les Khmers rouges entament alors la restructuration la plus brutale et la plus radicale qu’une société ait jamais tentée. Leur objectif est de transformer le pays en une coopérative agricole dominée par les paysans et de purifier le pays de toute civilisation urbaine et bourgeoise. L’avènement du régime khmer rouge fut proclamé « année zéro ». Dès les premiers jours de leur accession au pouvoir, ils vident la capitale et les grandes villes de province de tous leurs habitants (malades, vieillards et infirmes compris) et les obligent à rejoindre à pied la campagne pour travailler comme des esclaves dans les champs. Toute désobéissance entraînait une exécution immédiate. Les anciennes élites, « identifiées » parce que parlant des langues étrangères ou portant des lunettes (par exemple), sont traquées et exécutées systématiquement. La monnaie est alors supprimée, les services postaux interrompus et le pays se coupa du monde extérieur.

Aux yeux de Pol Pot, les Khmers rouges ne sont pas un mouvement unifié mais un ensemble de factions qu’il fallait épurer. Il commence donc par éliminer les Khmers rouges formés par les Vietnamiens et ceux soutenant Sihanouk. Puis il se concentre sur les hauts dignitaires de l’ancien gouvernement et les militaires associés à Lol Nol et enfin sur les campagnes, divisées en zone géographique. Dirigées par le général unijambiste Ta Mok, les forces loyalistes sont envoyées de région en région pour « purifier » le peuple, faisant des milliers de victimes. L’épuration finit par atteindre des proportions inouïes en 1977 dans l’est où la zone était réputée plus modérée et plus proche des Vietnamiens. Les responsables Khmers rouges de l’est s’enfuirent alors au Vietnam laissant le Mékong en pleine guerre civile. Le 25 décembre 1978, redoutant le chaos s’installant chez son voisin, le Vietnam envahit le Cambodge et provoque la destruction des rizières, entraînant l’effondrement du régime des Khmers rouges en 2 semaines. Pendant les 3 ans 8 mois et 20 jours du régime de Pol Pot, on estime le nombre de Cambodgiens massacrés à près de 2 millions de personnes soit 20% de la population…

Les Vietnamiens mettent alors en place un gouvernement formé par les anciens Khmers rouges de l’est, qui réorganise le pays selon le modèle vietnamien. Le pays, qui prend alors le nom de République populaire du Kampuchea,  est en proie à une guerre civile opposant des tas de factions différentes allant des Khmers Rouges aux mouvements royalistes appuyés par la Thaïlande. Par-dessus le marché, la pénurie de riz engendre une terrible famine, ce qui n’arrange rien. En 1984, les Vietnamiens, lassés de repousser sans cesse les factions Khmers rouges résistantes, posent le plus long cordon de mines du monde, le K-5, qui s’étend alors du golfe de Thaïlande à la frontière laotienne. Puis, en 1989, le Vietnam, fragilisé par la perestroïka russe, retire ses troupes du Cambodge et en 1991, toutes les parties (sauf les Khmers rouges) acceptent de signer les accords de paix de Paris et d’organiser des élections libres et démocratiques supervisées par l’ONU. Ces élections eurent lieu en 1993 et le parti royaliste remporta 58 sièges à l’Assemblée Nationale contre 51 pour le parti du peuple cambodgien (PPC). Le PPC menaça alors de faire sécession et le pays, qui reprit le nom de royaume du Cambodge, se retrouva avec 2 Premiers Ministres… Pendant ce temps, les Khmers rouges changèrent de tactique et s’en prenaient désormais aux touristes et aux étrangers travaillant au Cambodge.

En 1997, Pol Pot (qui était définitivement cinglé) fit exécuter Son Sen, son ancien ministre de la Défense. Les derniers Khmers rouges se divisèrent alors et Ta Mok (lé général unijambiste) prit la tête de la ligne dure du mouvement et traduisit Pol Pot en « justice ». S’ensuivit une période où le gouvernement essaya de séduire les derniers Khmers rouges pour mettre fin à la guérilla mais dans l’euphorie du moment, le second Premier Ministre (du PPC) renversa le premier Premier Ministre (du parti royaliste) et des affrontements particulièrement violents eurent lieu à Phnom Penh. Début 1998, le PPC annonça une offensive générale contre ses ennemis et Pol Pot eu la bonne idée de mourir lors des combats (enfin ça, c’est la version officielle, en vrai, on sait pas comment il est mort). Les survivants (dont l’unijambiste qui devait quand même courir vite) s’enfuirent dans la jungle près de la frontière thailandaise. Fin 1998, de nouvelles élections confirmèrent la domination du PPC et les derniers Khmers rouges se rendirent. La communauté internationale fit alors immédiatement pression pour la constitution d’un tribunal chargé de juger les dirigeants Khmers rouges encore en vie ce qui prendra beaucoup de temps et d’argent (d’ailleurs, c’est toujours pas fini).

Depuis les années 2000, le Cambodge se reconstruit lentement. D’abord en ayant intégré l’Asean (l’Association des Nations de l’Asie du sud-est) puis l’OMC. Les derniers responsables Khmers rouges ont plus de 80 ans et les jeunes générations, qui représentent un très grande partie de la population (40% de la population a moins de 16 ans) et qui ont grandi sans la guerre, veulent désormais rattraper leurs voisins comme le Vietnam et la Thaïlande.

Bref, voilà, c’était le Cambodge… Pas très rigolo comme passé et probablement encore beaucoup de temps avant que le pays ne devienne une véritable démocratie (il est classé 157ème pays sur 176 en indice de perception de la corruption). Mais ma première impression ? Ça bouge à Phnom Penh, les gens sont souriants, accueillants, ont envie d’avancer. Bref, c’est plein d’espoir.

Le Mékong, long fleuve tranquille…

S’il est bien un fleuve mythique dont le nom fait rêver, c’est le Mékong. En tout cas moi, ça me fait rêver. Juste le nom déjà… Mé-kong… C’est chouette , non ?

Troisième plus grand fleuve d’Asie, il prend sa source dans les hauts plateaux himalayens tibétains et traverse le Laos, le Cambodge et la Thaïlande avant de finir par s’étaler au Vietnam en un immense delta.

Les terres du delta sont si fertiles que les rizières produisent jusqu’à 4 récoltes par an ce qui permet au Vietnam d’être le deuxième exportateur mondial de riz (derrière la Thaïlande). C’est également là qu’on trouve les plus grandes fermes piscicoles spécialisées dans l’élevage du bien connu panga (… beurk !). Et puis c’est aussi là qu’on trouve les derniers descendants des Chams, les seuls Vietnamiens musulmans. Et bien sûr, une tripotée de villages et de marchés flottants. Bref, il y a de quoi s’occuper dans le delta.

J’avais 2 options : soit je me débrouillais toute seule pour aller visiter 1 ou 2 villages et pagayer au milieu d’un marché puis je revenais sur Saigon pour repartir aussi sec vers la frontière cambodgienne (oui, mon visa arrive à expiration, faut s’en aller maintenant ma p’tite dame !), soit je passais par un tour organisé par une agence. Là encore, 2 sous-options : payer une fortune pour faire un truc un peu exclusif ou payer pas trop cher pour faire un circuit bien classique et bien touristique. Avec un peu plus de temps devant moi, j’aurais choisi l’option free-lance (et si c’était à refaire, je me débrouillerai pour avoir plus de temps), mais là, je n’ai plus de temps et le Ministre des Finances m’a lancé un regard noir donc… j’ai opté pour le circuit organisé de masse.

Tout n’est pas à jeter dans ces 3 jours. D’abord, j’ai rencontré un Anglais très rigolo avec qui j’ai eu une conversation surréaliste sur la téquenique et la taquetique footballistique. Un autre qui n’a jamais voulu croire que j’étais française (« But your english is so good ! »… pfiou ! gros enflage de chevilles !). J’ai vu les plus grosses araignées qui existent au monde (je peux pas croire qu’il en existe de plus grosses et si, par hasard, il en existe, je ne veux pas le savoir). J’ai eu l’occasion de déployer ma moustiquaire validée par l’OMS. J’ai mangé un sandwich au steak et au pâté (oui, dans le même sandwich). J’ai visité une fabrique de bonbons à base de noix de coco. Une fabrique à nouilles de riz. Changé 7 fois de bus. Pris 5 bateaux. Me suis réveillée 2 fois à 6h (quoi ? bah non, ça ne m’arrive plus tous les jours !). Ai négocié des ananas en gros (même si ce n’était pas LE plus gros marché flottant du Mékong et qu’il y avait probablement autant de touristes que de Vietnamiens, c’était très sympa). Mangé du crocodile. Nourri des pangas. Et j’ai fini par traverser la frontière.

D’ailleurs, c’était plutôt rigolo cette frontière. J’ai choisi la version maritime (j’ai remonté le Mékong jusqu’à Phnom Penh en bateau). En quittant le Vietnam, le poste frontière est une baraque en béton posée sur une dizaine de pilotis au bord de la rivière. Tu rentres, tu donnes ton passeport, on te le tamponne, ça y est, t’es sorti du Vietnam. En arrivant au Cambodge, tu descends du bateau sur un petit ponton en bois brinquebalant, tu traverses les roseaux sur une planchette vermoulue puis tu vas dans un petit bureau avec un seul guichet grillagé où des poules ont fait leurs nids sous les pieds du douanier et 3 coups de tampon plus tard… Welcome in Cambodia !

Alors, le Vietnam c’était déjà pas un pays riche mais le Cambodge… c’est mon Ministre des Finances qui va être content !

Bon, ils ont pas un rond pour construire un petit pont digne de ce nom mais par contre, le chef des douaniers, il a une voiture de sport… pour pourchasser les clandestins, sûrement…

Et donc, me voici à Phnom Penh, capitale du Cambodge. Mais ça, c’est l’histoire de demain… En attendant, je vous ai fait des centaines de photos sous un soleil de plomb et c’est par .

Ce soir j’ai dîné sur les genoux de Bill Clinton

Et pourtant, j’ai pas décroché de stage à la Maison Blanche…

J’avais choisi exprès un bus de nuit partant de Dalat à 23h pour arriver à Saigon entre 6 et 7h du matin, ce qui semblait être un horaire correct pour débarquer dans une grande ville. C’était sans compter sur le zèle exacerbé du chauffeur qui nous a jetés, moi et mes sacs, sur le trottoir à 4h30…

Mais il ne faut pas croire qu’à cette heure-là, Saigon dort… Oh que non ! Loin de là ! Les chauffeurs de taxi sont déjà au taquet pour récupérer les touristes qui, eux, ont encore les yeux collés. C’est l’heure où les Saigonais font leur jogging ou jouent au footminton, où les restos balaient leurs petits bouts de trottoir et où je me dis qu’un t-shirt, un pull et ma veste, c’est au moins 2 couches superflues vue la température extérieure (qui n’a rien à voir avec celle du bus où apparemment, la clim était coincée sur -20°C…).

Par chance, le bus m’a déposée dans la rue du MiMi Backpackers Hostel où j’avais prévu d’aller. Enfin, dans la rue… En fait à Saigon, les adresses ressemblent à ça : 219/38 Pham Ngu Lao. Alors la rue Pham Ngu Lao, OK. Le numéro 219, OK. Le numéro 219/38… désolée, ça n’existe pas. Bon, si, ça existe mais en fait, c’est pas dans la rue Pham Ngu Lao. C’est caché dans le pâté de maison derrière le numéro 219. Il faut donc s’aventurer au p’tit bonheur la chance dans les ruelles pour trouver le 219/38. Je m’aventure donc. Je tombe sur une petite dame en train de faire bouillir de l’eau qui m’indique vaguement une direction… Je m’enfonce dans un labyrinthe de ruelles étroites et j’essaye de mémoriser les couleurs des motos qui sont garées à chaque angle… De bons gros rats bien gras fuient en entendant mes pas. Bizarrement, j’ai pas peur des rats. Il paraît que soit t’as peur des rats, soit t’as peur des araignées. J’ai choisi mon camp. Tout à coup, je tombe sur un type en uniforme vert olive (c’est la couleur de l’armée normalement) qui me demande où je vais. Je lui réponds que je cherche le numéro 219/38 et il me dit de le suivre. (Je rappelle le contexte, il est 4h30 du matin, je suis dans un dédale de petites ruelles où y a pas un chat et j’ai 25kgs sur le dos…) Bon, bah… je le suis, hein ! J’essaye quand même de garder une idée générale de là où il m’emmène mais il faut faire confiance à ses semblables et j’arrive à bon port. Bon, sauf qu’il est toujours 4h30. 4h45, maintenant. Mais pas de problème, mon nouvel ami frappe à la porte de chez MiMi qui nous ouvre, les yeux tout collés, elle aussi. En fait, MiMi dort par terre dans le salon/réception. Elle m’explique que si je veux check-in maintenant, va falloir payer la nuit. Pas de problème, je dis. Je vais juste laisser mes sacs là et je vais aller faire un tour et puis je reviendrai pour le check-in. C’est à quelle heure au fait, le check-in ? A 14h !!! Ah oui, quand même… va falloir faire un grand tour… Pendant ce temps, mon ami n’a pas foutu le camp, il attend. Il attend que je lui file 2 dollars pour m’avoir conduite jusque là. Bon, bah là, j’ai peur de rien, je lui explique que j’ai pas un rond et que je le remercie chaleureusement mais maintenant, faut qu’il aille se coucher. Du coup, il râle mais il s’en va. Le temps de prendre mon sac à mains et hop ! me revoilà dans la ruelle, MiMi est déjà recouchée. Je retrouve mon chemin jusqu’à la sortie du labyrinthe (en vérifiant derrière moi que mon pote ne m’attend pas dans un coin pour me prendre de force ses 2 dollars…) et là, force est de constater que même si ça s’agite un peu, y a pas un café d’ouvert, que ça n’ouvrira pas avant 6h30, que j’ai quand même quasiment pas dormi et après avoir déambulé un quart d’heure, je reprends la direction de chez Mimi…

Je frappe à nouveau, MiMi me réouvre la porte (j’ose espérer qu’elle s’était pas rendormie…) et pas de problème, elle me file une chambre où je m’écroule après avoir allumé la clim. Mais il fait 600 000 000 de degrés ici ou quoi ?

Après quelques heures de sommeil entrecoupées de tout un tas de bip-bips (je dors sur la télécommande de la clim, mon portable n’a plus de batterie et le téléphone de l’hôtel se met à sonner) et une bonne douche, MiMi m’offre un petit déj et je pars à la découverte de Saigon-la-fumeuse-d’opium. Quoi ? C’est pas l’image qui vous vient à l’esprit quand on dit « Saigon » ? Moi oui.

Bon, c’en est bien fini de l’opium, certes. Et les principaux sites touristiques de la ville sont désormais en lien avec la guerre contre les Américains et le combat acharné des communistes pour « libérer » le pays. Faut dire qu’avec les kilos-tonnes de bombes qui sont tombées sur le pays, il ne reste pas grand-chose « d’avant »… Le Musée des Souvenirs de Guerre (anciennement nommé Musée des Crimes de Guerre causés par les Américains mais d’un point de vue marketing, c’était pas très bon) est particulièrement bien lourd, dans le même genre qu’Hiroshima mais avec des photos encore plus trash et s’ils avaient pu mettre en vitrine des restes de cadavres torturés pour montrer à quel point les Américains ont été méchants, on peut penser qu’ils l’auraient fait. Un directeur marketing a dû leur dire que là, fallait pas pousser le bouchon Maurice. A la place, ils ont mis dans le hall des vraies victimes de l’agent orange qui chantent ou vendent un peu d’artisanat. J’ai bien lu quelque part dans le musée que la firme qui avait fourni cette belle cochonnerie était  Monsanto (spécialisés dans les trucs dégueu ces gens-là…) ce qui ne m’a pas empêchée, 2 jours plus tard, de tomber sur leur congrès annuel en grande pompe dans un hôtel de luxe, quelques rues plus loin… Y en a qui ont la mémoire sélective… J’ai quand même assisté à une scène plutôt émouvante : un papi américain, visiblement vétéran de cette vilaine guerre, s’est mis à pleurer devant les photos de la section « Missing ». Comme ça, sans bruit, juste des grosses larmes qui roulaient sur ses joues… Ca a bien failli être contagieux dites donc.

Mais bon, la guerre est finie, Bill Clinton a levé l’embargo depuis 1994 (j’y reviendrai), il fait 30°C, j’ai sorti mon short, mes tongs et mes lunettes de soleil et c’est plutôt agréable de se promener dans la ville. Les rues sont larges, bordées de platanes (ou autres banians qui font plus couleur locale) et je finis même par tomber sur les Galeries Lafayette, Dior et Vuitton. Ah, enfin des repères ! Je commençais à me dire que les femmes des cadres corrompus du Parti ne devaient pas savoir où dépenser tout leur argent… Je manque me faire écraser par une Ferrari en traversant la rue (l’histoire ne dit pas qui a grillé le feu rouge) et y a même des salons de thé avec terrasse panoramique qui servent des glaces au jeune riz vert… faut bien tester ! Bref, j’ai enfin compris où sont planquées les richesses du pays.

Le lendemain, je pars visiter les tunnels de Cu Chi à 50kms de Saigon. Cu Chi, c’est la zone la plus bombardée, défoliée, rasée, gazée et re-bombardée du monde (c’est pas moi qui le dis, c’est l’Histouâââre…). Et pourquoi tant d’acharnement ? Tout simplement parce que la zone était contrôlée par les Viêt-Congs (oui, toujours eux), que les Américains savaient qu’il existait près de 250kms de tunnels reliant la zone au Cambodge et à la piste Ho Chi Minh et permettant aux Viêt-Congs de s’approvisionner mais aussi de leur échapper, et parce que la jungle (parce qu’ « avant », y avait la jungle) les empêchait de trouver les entrées. Du coup, aux grands maux les grands remèdes, les Américains ont balancé des bombinettes, du napalm et un peu d’agent orange puis ils sont venus virer ce qu’il restait à grands coups de bulldozer. Mais ça n’a rien changé. Ils n’ont pas réussi à trouver ni à détruire les tunnels.

Les Viêt-Congs se sont en fait servis d’anciennes galeries qui avaient été creusées pendant la guerre d’indépendance contre la France. Ils les ont prolongées, ont creusé d’autres niveaux (à 3m, 6m et 10m sous terre… pour info, les tunnels font 1,20m du haut sur 80cm de large et ça dans les parties les plus larges… donc au -3, on respire pas, c’est juste pour courir et ressortir plus loin), ont aménagé des salles de réunion, des salles de classe et des cuisines (oui, parce que les villageois aussi, ils se cachaient quand ça crépitait au-dessus de leurs têtes)  et ont imaginé tout un système de pièges machiavéliques anti-Américains à base de tiges de bambous empoisonnées. C’est le plus grand réseau de galeries souterraines au monde. Et c’est pas fait pour les claustros. Parce qu’en bon touriste, tu peux te glisser dans les tunnels. Enfin, dans un petit bout de tunnels qui fait 100m de long et où ils ont aménagé des sorties tous les 20m pour les petits malins qui paniqueraient une fois descendus. Oui, parce que c’est même pas la peine de penser à faire demi-tour. Les Viêt-Congs avaient bien compris qu’ils ne pouvaient pas courir plus vite que l’ennemi (quand un Gi fait 2 pas, un Viêt-Cong en fait 3) mais ils avaient surtout bien noté que si les Gi avaient les jambes plus longues, ils mangeaient déjà bien plus de burgers d’où l’étroitesse des tunnels. Malins les Viêt-Congs !

Enfin bon, la partie vraiment intéressante de la journée, c’était bien sûr la descente dans les fameux tunnels. Ça n’est arrivé qu’après 2 heures de visite où on nous a proposé de tirer avec des vrais fusils sur des cibles en forme de GI, fait asseoir devant un montage vidéo fait par ma grand-mère rappelant la bravitude et l’héroïsme des Viêt-Congs et baladé devant des poupées de cire censées être en train de fabriquer des bombes artisanales. 5 heures de route et 2 heures de visite pour 15 minutes dans les tunnels… efficacité limitée. Mais ça reste très impressionnant. C’est vraiment très étroit (faut marcher à 4 pattes), il fait chaud, il fait noir comme dans un four et t’as vraiment du mal à croire que des types ont joué à la guerre là-dedans.

Pour ma dernière journée à Saigon, j’ai testé pour vous le service postal. Je suis allée à la Poste Centrale (bâtiment datant de l’époque coloniale avec une structure Eiffel qui m’a bien rappelé un certain 56A) où j’ai fait emballer et expédier 3,5kgs de trucs qui encombraient mon sac. Un peu long (près de 45 minutes pour l’intégralité de l’opération) et quant à l’efficacité… je vous dirai ça dans 15 jours.

Et puis, on est quand même dans une grande ville. Et une grande ville digne de ce nom a un zoo. Et quand y a un zoo, je ne résiste pas. C’était pas mal. Les cages étaient grandes, propres mais les animaux… ils étaient tous en train de dormir. Même les lions ne bronchaient pas d’un poil de moustache alors que des centaines de gamins hurlaient à moins de 2 mètres de leurs oreilles (oui, à part moi, au zoo, la moyenne d’âge tourne autour de 4 ans). Je soupçonne les autorités compétentes de filer une bonne dose de somnifère à tout le monde… Y avait juste un tigre blanc qui avait pas dû avoir sa dose et qui était un peu énervé au point de bondir en rugissant sur la vitre qui le séparait d’un petit Russe avec une casquette ridicule. Ça l’a fait bien fliper, le petit Russe. Bien fait !

Enfin voilà, tout ça, ça m’a plutôt réconciliée avec le Vietnam, on peut même dire que Saigon, j’ai bien aimé. Et le fait que j’y ai mangé un sandwich jambon/camembert et une tarte au citron meringuée n’a rien à voir avec ça.

Pour finir en beauté, je suis allée assister (assister, hein, pas participer) à un cours de kung-fu sur la place du marché avant d’aller manger un dernier pho bo chez Pho 2000. Ils sont complètement dingues ces Vietnamiens, ils font 5 roues de suite sans poser les mains par terre ! Et pourquoi donc chez Pho 2000 ? Et bah tout simplement parce que Bill Clinton en a mangé un exactement à cet endroit quand il est venu à Saigon après avoir levé l’embargo en 1994. Et que les Vietnamiens, ils ont un sens aigu du marketing : Pho 2000 est devenu « Pho for the President ».

Et maintenant, ils pensent à le renommer « Pho for AL and the President ».

Photos ici.