Retour chez les Rapa Nui

Parfois, les journées sont longues, les fichiers Excel sont pleins de lignes bleues et rouges qui se mélangent et on a le regard perdu dans son fond d’écran Windows… Il est alors bon de se souvenir qu’il y a des endroits où tout ça n’existe pas…
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Vous reprendrez bien un peu de ceviche ?

Parce que je me doute que certains se disent qu’en ce moment, j’en fous pas une (et on pourrait presque dire qu’ils n’ont pas complètement tort…), je vous propose qu’on se reprenne une petite lichette péruvienne.
Et oui, je sais, normalement, je vous fais un bilan tout bien tout joli mais je suis une grosse feignasse finalement, c’est aussi bien comme ça.
Vamonos a Peru chicos !!

Australie – le bilan


4 294kms parcourus et 2 heures d’avion, 22 heures de bus, une cinquantaine d’heures de van et un crash (paf !).
Prix d’un lit dans un dortoir : 22AUD (dollars australiens, relativement équivalents aux dollars US)
Prix d’un emplacement de camping : 18 à 25AUD (pour une personne)
Prix d’un repas : 20AUD au resto… vaut mieux faire ses courses
Prix d’un McDo : 6AUD
Prix d’une bouteille d’eau : moins d’1AUD
Ce qui va me manquer : Sydney, son opéra, ses parcs, son soleil, ses banlieues chics où se cachent quelques iguanes bien dodus, les kilomètres de plage au sable blanc et aux vagues parfaites, les surfeurs partout, l’accueil chaleureux des Aussies, la viande rouge (mmmh !), le petit cocon de Ben, les couchers de soleil à tomber par terre, les petits poissons qui barbotent dans la Grande Barrière de Corail, les sandwiches à l’avocat, les balades le long des falaises, les barbecues partout partout, les dauphins qui sautillent dans les vagues (rhôlala, qu’est-ce que c’était bien…) et bien sûr, les kangourous.
Ce que je ne vais pas regretter : pas grand-chose mais les trous inopinés dans le bitume, les longues heures déprimée dans le bus et le coût de la vie (bah si, c’est un peu cher tout ça quand même…)
La phrase qu’il fallait retenir : Euh… could you please help me call the insurance ? My cellphone
isn’t working here…
No comment.
Bien. L’Australie. Alors…
Je pourrais résumer la question par un : « Pfff… c’était troooop bien… » Mais ça serait un peu court jeune homme.
Passés les premiers jours et le choc du coût de la vie quand on vient de traîner son sac un peu plus de 6 mois en Asie, l’Australie a tenu toutes ses promesses. Les gens sont ultra détendus, über friendly (« Hey ! What’s up guys ? Where are you from ?… Oh ! Really ? Nice ! »), vous ouvre grand leurs portes, vous aide quand vous êtes dans une situation qui peut sembler désespérée, bref, les Aussies, on ne peut que les aimer. On pourrait tout de même vaguement leur reprocher de ne pas (ou peu) voyager. Mais moi, j’habiterais dans leur pays, je vois pas ce que j’irai chercher ailleurs… Des paysages à couper le souffle, des plages de dingues, du barbecue en veux-tu en voilà, des falaises, des dauphins, des iguanes, des chauve-souris, des kangourous en pagaille… et encore ! je me suis limitée à l’exploration de la côte est ce qui est loin d’être représentatif du pays tout entier.
Je pourrais peut-être juste regretter de ne pas du tout avoir eu d’aperçu de la culture aborigène. Je n’étais clairement pas dans la région la plus concernée mais je le seul aborigène que j’ai vu était un type qui jouait du didgeridoo sur les docks de Sydney en faisant la manche… pas vraiment authentique.
Alors évidemment, ce malheureux petit crash et la mort du Ben ont quelque peu chamboulé mes plans. Déjà que 3 semaines, c’était un peu juste, mais quand t’en passes une coincée sur une plage du bout du monde à attendre que tes côtes veuillent bien se réassembler, on n’est assez loin de l’optimisation. Du coup, j’ai la sensation d’avoir un peu « foiré » l’Australie. Et quand je suis montée dans l’avion direction le pays suivant, je n’ai fait qu’un seul constat : va falloir revenir et cette fois, faudra pas mégoter sur le nombre de semaines !

Malgré tout, l’Australie va probablement rester un des temps forts de ce voyage. Les moments passés dans la famille de Dawn ont été fantastiques. Une expérience vraiment différente. Je ne saurais comment les remercier pour m’avoir fait vivre « à l’australienne » pendant quelques jours. Ce fût un vrai bonheur. J’aimerais pouvoir leur rendre la pareille si un jour ils s’aventurent jusqu’à Paris. Encore mille fois merci.

 
Alors c’est pas parce que je suis un peu passée à travers qu’on va se laisser abattre ! Et pour que je ne sois pas la seule à avoir envie de revenir, je vous offre (ouais, allez, c’est cadeau) 5 minutes et demi de belles plages, de surfeurs blonds et bronzés et de couchers de soleil qui laissent sans voix…

 

Malaisie / Singapour – le bilan

 

Thaïlande – le bilan

Laos – le bilan

(Mieux vaut tard que jamais !)

 

 
 

 

 

Prix d’un lit dans un dortoir : 10 000 à 40 000 KIP (entre 1 et 4€)
Prix d’une chambre : 60 000 KIP (soit 6€)
Prix d’un repas : 60 000 KIP (ouais, c’est pas si bon marché le Laos)
Prix d’un McDo : bah non… toujours pas de McDo (je commence à manquer de carbohydrates…)
Prix d’une bouteille d’eau : 5 000 KIP (0,50€)
Ce qui va me manquer : le jus de citron glacé avec une cuillère de miel, le Mékong (encore et toujours), les boulangeries françaises qui envoient de la bûchette, les librairies où tu peux acheter le Nouvel Obs, le vent dans mes cheveux sur ma moto (la blague ! même pas vrai, j’avais un casque…), les éléphants qui se baignent dans les rivières à peine dérangés par les enfants qui font des concours de plongeon, les couchers de soleil sur le Mékong, le ballet des robes orangées des bonzes dans les rues de Luang Prabang.
Ce que je ne vais pas regretter : les imbéciles de chiens qui traversent la route sans regarder, les moustiques à retardement (particulièrement vicieux), le manque de respect de la part des touristes et le voyeurisme extrême pendant le Tak Bat, les bus (comme finalement un peu partout jusqu’à maintenant), la bouffe (rien de bien extraordinaire à se mettre sous la dent finalement).
La phrase qu’il fallait retenir : « Un croissant et un pain au chocolat s’il vous plaît ! » (et en français, of course !)
Bon, alors, le Laos. Encore un pays dont on ne parle pas assez.
Ben, c’était bien sympa. Peut-être pas autant que le Cambodge malgré tout ce qu’on m’avait promis. Moins de rencontres spontanées. Ce qui ne veut pas dire que les Laotiens ne sont pas sympas, loin de là, c’est juste que j’en ai rencontrés moins. Bon, faut avouer pour leur défense que la densité de population ne fait pas s’étouffer non plus. 
C’est vrai que c’est pauvre. Sûrement encore plus que le Cambodge. Les bicoques faites de planches mal assemblées, les routes criblées de nids-de-poules et parfois même à peine goudronnées, la poussière partout…
Mais ça n’empêche pas de trouver quelques restos et cafés un peu bobos à Luang Prabang et à Vientiane (de toute façon, en dehors de ces 2 villes, le reste, c’est vraiment la cambrousse). Cela étant dit, je n’ai pas multiplié les étapes au Laos. Difficile donc de se faire une opinion globale, les 3/4 du pays restent à explorer.
Les gens sont tout de même très souriants, agréables, ils n’essayent pas de t’arnaquer chaque fois que tu demandes quelque chose, ils sont plutôt contents que les touristes viennent découvrir leur pays et ils essayent de mettre en valeur le côté « nature & authenticité », ce qui est plutôt réussi.
Bon, pas de révélation fracassante côté culinaire, plutôt un bon mix entre ce que j’avais déjà testé au Vietnam et au Cambodge avec un zeste d’influence thaïe (on trouve pas mal de lait de coco) mais j’avoue avoir usé et abusé des boulangeries françaises et m’être empiffrée de croissants et autres baguettes (quoi ? je rattrape mon quota de croissants depuis septembre !).
Le vrai défi de l’étape laotienne c’était d’apprendre à conduire un scooter… défi amplement relevé (si on omet la mésaventure canine…), je sais même piloter des semi-automatiques ! Le seul regret c’est de ne pas l’avoir fait avant !
 

Maintenant, il ne reste plus qu’à revenir parce que 15 jours, clairement, c’était trop court et puis aller explorer tout le centre du pays, prendre le temps de faire un peu de trek et de rencontrer les Laotiens, enfin.
Ah si, j’oubliais, au Laos aussi, on fait du bon son… Ça fait un peu saigner des oreilles si on écoute ça pendant plus de 10 minutes mais c’est bien rigolo. Et ça colle parfaitement à l’ambiance…

Cambodge – le bilan

1 037kms parcourus et 27 heures de bus, 13 heures de bateau et 3 heures de minibus (pfff… ridicule !)
Prix d’un lit dans un dortoir : 5 à 7$
Prix d’un repas : 3$
Prix d’un McDo : pas de McDo ici non plus !!!
Prix d’une bouteille d’eau : 3000 riels (soit 0,75$)
Ce qui va me manquer : les couchers de soleil somptueux sur le golfe de Thaïlande, le beef lok lak, la plage d’Otres, les noix de coco fraîchement ouvertes (enfin, ça, y en a plein l’Asie du sud-est), me prendre pour la reine d’Angleterre, les villages flottants le long des rivières, le suspens de savoir si ton sac qui est ficelé sur le toit du minibus va bien arriver à bon port, les « hello ! hello ! », les temples d’Angkor (encore !), le cordonnier de Battambang qui a réparé mes sandales avec de la ficelle à rôti, les constructions improbables en bambou, les couchers de soleil fabuleux sur le Mékong.
Ce que je ne vais pas regretter : les vélos tout pourris avec pas de freins, les heures interminables en bus, les ambiances un peu glauques sur les anciens sites khmers rouges, les routes toutes défoncées, les chiens qui ont la gale, la galère pour trouver un distributeur qui te pique pas 5$, la difficulté à organiser des choses quand on voyage solo (mais apparemment, ça, c’est pas près de s’arrêter) .
La phrase qu’il fallait retenir : Tassez-vous là-dedans, on peut encore en mettre 5 comme vous ! (désolée, l’internet mondial ne parle pas le khmer…)
Bon alors le Cambodge.
Et bah c’est pas compliqué, c’était top ! Quand est-ce qu’on revient ?
Le pays est pauvre (vraiment très pauvre) mais les gens sont hyper gentils. Tous souriants. Tous à te faire coucou. A tel point que t’en as des courbatures aux zygomatiques à force de leur répondre. Bien sûr, il doit y avoir des Cambodgiens mal embouchés et pas sympas… mais je suis pas tombée dessus. Et puis le pays est magnifique. Vraiment. Des rizières, des potagers et des plantations d’arbres fruitiers régulièrement ponctués de petits villages avec des maisons en bois (pas trop de tôle ondulée ni de bâches plastique), des tas d’enfants qui courent partout, des vaches, veaux, cochons, poulets, couvées couverts de poussière et qui passent leurs journées à chercher l’ombre. Partout, le Mékong, tantôt calme et placide, tantôt tumultueux et bouillonnant. Couvert de pêcheurs dans des embarcations de fortune qui lancent leurs filets dans l’eau boueuse. Et le temps s’écoule lentement. On est loin de l’agitation frénétique du Vietnam. Les Cambodgiens se lèvent drôlement tôt (à 6h les rideaux de fer se lèvent) mais se couchent tôt aussi (à 22h tout le monde est au lit) et que ce soit le long des plages de Sihanoukville ou en plein cœur de la plus que touristique Siem Reap, il règne une ambiance détendue et nonchalante bien loin d’être déplaisante. Peut-être un tout petit bémol pour la cuisine khmère, un peu pauvre à mon goût même si le beef lok lak vaut vraiment le détour (et que j’ai mangé une délicieuse pizza 4 fromages à Siem Reap mais ça, c’est pas du jeu).
Alors, quel avenir pour le Cambodge ? Pour l’instant, même si le tourisme est une des principales sources de revenus du pays, on ne voit pas déferler les cars de Russes qui prolifèrent chez les voisins vietnamiens. Et c’est tant mieux. Il est encore facile de sortir des sentiers battus (encore plus facile si vous êtes 2) et de rencontrer des « vrais gens ». Et on ne se sent pas obligés de sortir son porte-monnaie tous les 3kms. Certaines rencontres sont juste belles, spontanées et font du bien.
Bref, le Cambodge, ça aurait mérité que j’y passe plus de temps mais il reste encore un paquet de pays à découvrir et faut avancer. Mais c’est sûr, j’y reviendrai !
En attendant, juste pour se souvenir des belles choses… et surtout parce qu’au Cambodge, on sait faire du bon son !


Vietnam – le bilan

4 809kms parcourus et 1h30 d’avion, 53 heures de train, 41heures de bus, 17 heures de moto et 13 heures de bateau.
Prix d’une chambre (peu d’auberges de jeunesse) : $12 soit 250 000 VND
Prix d’un repas : 30 à 80 000 VND
Prix d’un McDo : PAS DE McDO au Vietnam !!
Prix d’une bouteille d’eau : 5 à 10 000 VND (selon ta tête)
Ce qui va me manquer : les longues balades à moto, la brume sur la baie d’Halong, les « hello, hello » des enfants le long de la route, le bun bo hué, les marchés, les robes colorées des Hmongs, les banh xeo, traverser la rue à 2 à l’heure en regardant ses pieds, la campagne, le vert fluo des rizières dans le sud, les fleurs et les fruits tropicaux, remonter le Mékong en bateau et trinquer à l’alcool de riz.
Ce que je ne vais pas regretter : Maman Cafard, les tours un peu trop bien organisés, les trajets en bus Open Tour (sûrement très bien si tu fais 1m20), le côté un peu trop business (à mon goût) des Vietnamiens, le café au lait concentré sucré (… beurk !), me faire attaquer par un singe et les nems (et bah non, j’aime toujours pas ça !).
La phrase qu’il fallait retenir : Nếu bạn muốn làm điều đó, đó là $ 2 thêm ! (Si vous voulez faire ça, c’est $2 en extra !)
Bien. Alors, le Vietnam.
Bon, autant être franche, j’ai été un peu déçue. Je ne sais pas, je m’attendais à des gens souriants, accueillants, aimables et ça a rarement été le cas. Les touristes sont vraiment pris pour des portefeuilles sur pattes, les prix sont multipliés par 2, 3 ou 4 selon ta tête et le sourire est en option (faut probablement rajouter $2 en extra…). C’est vraiment dommage car le pays est magnifique, il y a des tas de choses à voir aussi bien sur le plan culturel que pour les paysages et dès qu’on sort des villes, on arrive enfin à avoir ce contact avec les gens qu’il est quasi impossible d’établir dans les villes (où t’as l’impression que quand on vient te parler, c’est pour te soutirer du pognon). Le démon du tourisme de masse est en train d’accomplir son œuvre…
A côté de ça, j’ai passé des moments extraordinaires avec Chong à Sa Pa, avec Truong à moto dans les montagnes. Il ne faut donc pas généraliser. Mais la petite étincelle n’a pas eu lieu.
Le pays est pauvre et a longtemps souffert de la guerre puis de l’embargo américain. On ne peut donc sûrement pas en vouloir aux Vietnamiens de vouloir tirer un maximum de profit de la masse de touristes qui débarque chaque jour pour voir la baie d’Halong
ou les tunnels de Cu Chi. Seulement, le contact avec la population est limité au strict minimum (« How much… ? »). 
Dans les grandes villes, comme Hanoi ou Saigon, ce sont carrément des quartiers entiers de la ville qui sont ghettoïsés pour les touristes avec des rues uniquement bordées d’hôtels, de restos, de bars et de salons de massages (pas toujours très clean…) et clairement, le charme n’opère pas. On a atteint le summum de la ville transformée en camp de vacances à Nha Trang (où même la devanture de la pharmacie est écrite en russe…).
Reste la bouffe. Là aussi, malgré quelques chouettes découvertes (le bun bo hué, définitivement mon plat préféré), j’ai trouvé la cuisine un cran en dessous de la cuisine chinoise. Je sais, plein de gens disent le contraire. Mais j’ai pas trouvé que la street food était aussi variée, aussi appétissante qu’en Chine. Et quand tu veux manger autre chose qu’une soupe de nouilles, les prix deviennent parfois dingues.
Mais restons positifs. Il reste assez facile de sortir des sentiers battus, de faire de jolies rencontres et de découvrir des coins où il n’y a pas encore besoin de faire la queue une demi-heure pour acheter son ticket. Et finalement, est-ce que les nouilles ne sont pas meilleures slurpées sur un tabouret en plastique à hauteur des pots d’échappement des milliers de motos qui envahissent les rues jour et nuit ?
OK, ça n’a pas été le coup de cœur attendu mais tout n’est évidemment pas à jeter. Et malgré tout, de plus en plus de Vietnamiens comprennent que ce que les touristes viennent chercher chez eux, ce ne sont pas de longues heures de car climatisé mais un peu d’authenticité. Du coup, c’est encore timide (et hors de prix) mais des agences commencent à proposer des circuits un peu plus exclusifs et originaux. L’éco-tourisme se développe aussi (oui, parce qu’on ne peut pas dire que le développement durable soit aujourd’hui une préoccupation majeure).
Une autre chose qui m’a frappée, c’est le patriotisme aigu des Vietnamiens. Quand on arrive enfin à établir le contact, on découvre des gens qui sont si fiers de leur Histoire, d’avoir su conserver leur identité, leurs coutumes, leurs différences (54 minorités ethniques dans le pays et autant de dialectes et de costumes traditionnels différents) malgré les attaques plus que répétées des Chinois, des Khmers et les guerres contre les Occidentaux. Ils sont tous prêts à se battre pour leur pays. Et heureusement, parce que sinon, le Vietnam, ça n’existerait plus aujourd’hui. Un sentiment qu’il m’est difficile de comprendre, moi qui ai grandi dans un pays où planter un drapeau sur le toit de sa maison est considéré comme un acte nationaliste.
Les jeunes Vietnamiens souhaitent que les étrangers aient une bonne image de leur pays. L’image d’un pays qui avance, qui se relève, un pays qui est le 2ème exportateur mondial de riz et de café mais aussi, un pays où chaque année le niveau de vie augmente, avec des universités, des hôpitaux et des entreprises reconnues. Le chemin est encore long quand on voit dans quelles conditions vivent les gens dans les campagnes mais ce qu’on ne peut pas nier, c’est qu’ils en ont l’envie. Alors, la convivialité, je m’en fais pas, ça viendra. Et à ce moment-là, il sera toujours temps de revenir…

Chine – le bilan

4 250kms parcourus et 78 heures de train, 7 heures de bus, 11 heures de voiture et 4 heures de vélo.

Prix d’un lit dans un dortoir : 50 yuans (soit 6 euros)

Prix d’un repas : 10 yuans dans la rue et 100 yuans dans un vrai resto (entre 1 et 10 euros quoi !)
Prix d’un McDo : 27 yuans (soit à peu près 3 euros)
Prix d’une bouteille d’eau de thé vert : entre 3 et 5 yuans



Ce qui va me manquer : la lumière du soleil d’hiver, les brochettes de nèfles caramélisées, les biang biang lamiàn, la cuisine ouïgoure, la street food en général, les chats chinois, les jardins, les tortues, les pics karstiques (mais je vais en voir plein d’autres), la musique dans les trains, les hommes qui chantent de l’opéra, la Grande Muraille, les bols de nouilles déshydratées à emporter dans le train.



Ce que je ne vais pas regretter : l’odeur du chou dofou (traduction littérale de tofu qui pue…) qui te prend par surprise au coin de la rue, le frisson dans le dos quand quelqu’un vomit se racle la gorge derrière moi, les bonnes manières des Chinois (celui qui se tripote les orteils à table, celle qui se cure le nez et s’essuie les doigts sur le rayon des dentifrices, ceux qui éternuent, bâillent, rotent sans mettre leurs mains devant leurs bouches, celui qui se rase dans le train au milieu du wagon, celle qui crache ses coques de graines de tournesol par terre dans la chambre de la youth hostel), l’épais brouillard du Sud.

 
La phrase qu’il fallait retenir : 油炸饺子吗 ? (Frits ou bouillis vos raviolis ?)
 
Bon alors, quoi penser de la Chine ?
En ce qui me concerne, ça a super bien démarré. Faut dire qu’après 3 mois chez les Indiens, ça avait un petit côté simple et reposant qui n’était pas pour me déplaire… Puis au bout de quelques temps, le manque de contact avec les Chinois a commencé à peser un peu. C’est vrai, ils sont pas envahissants, pas agaçants, limite, c’est à peine s’ils te regardent. Mais, du coup, on a du mal à communiquer.  Je crois sincèrement que les Chinois parlent beaucoup plus anglais qu’ils ne laissent le penser. C’est juste que comme il est hors de question de perdre la face (question de principe), ils n’osent pas parler et du coup, ils préfèrent ignorer le lawai.


Les Chinois sont surprenants. Enfin, plein de choses sont surprenantes en Chine. Du bon comme du moins bon. Par exemple. Ils dansent dans les parcs. Il y a 15 vendeurs dans chaque minuscule boutique alors qu’un seul suffirait. Les bébés portent des pantalons fendus aux fesses et donc se les gèlent (les fesses). Ils adorent les pattes de poulet. Les femmes portent des manchettes avec des élastiques à chaque bout sur leurs manteaux. Les filles sont en micro-short partout tout le temps. Les coiffeurs sont tous des hommes. Ils peignent  les troncs d’arbres en blanc. Ils hurlent (littéralement) dans leurs téléphones portables. Ils installent  des machines à rayons X à l’entrée des gares mais y a personne pour regarder l’écran.
 
Pour le côté un peu décevant je dirais… les sites touristiques (excepté la Grande Muraille). Peu de choses à voir (en même temps, ils ont tout démoli pendant la Révolution Culturelle) et peu de sites adaptés aux non-chinese speakers. Cela étant dit, je ne suis pas beaucoup allée à la campagne et je ne suis pas allée partout, y a peut-être des trucs très intéressants à voir dans les autres provinces. Parce que c’est ça le problème en Chine. C’est tellement grand et tellement varié du Nord au Sud qu’il faudrait 6 mois pour en faire le tour. Et j’ai vraiment pas l’impression d’en avoir eu une vision exhaustive.
 
Et puis y a eu LA révélation. La cuisine chinoise… Je veux dire, la vraie cuisine chinoise. Pas celle que tu manges à Paris. Non, non. Celle-là, j’aime toujours pas. Mais ce que tu manges ici… c’est juste fantastique. Et c’est fantastiquement pas cher aussi. D’ailleurs, ça aussi, c’est surprenant. Comme se fait-il que la nourriture soit si peu chère ? Et surtout, pourquoi ne peut-on pas avoir la même chose chez nous ?

Bref, c’était bien sympathique cette petite virée chez les canards laqués. On en referait bien une, tiens ! Maintenant que je sais compter sur mes doigts (jusqu’à 10 hein, après, c’est foutu !), je suis sûre de pouvoir me débrouiller partout !

Et puis j’ai entendu dire que dans 50 ans, la France aura été rachetée par les Chinois. Aucun problème. S’ils viennent avec leur street food, je les accueille à bras ouverts.

 
Allez, en cette période festive, je vous fais un petit cadeau : 5 minutes pour vous donner envie de venir chatouiller le menton du Grand Timonier…



Hé… je crois que j’ai fait du bon boulot avec celle-là, je vais en parler à l’Office National du Tourisme chinois, non ?

Inde – le bilan

12 071kms parcourus et 13 heures d’avion, 58 heures de train, 71 heures de bus, 14 heures à dos de chameau et 6 heures à cheval… Non, je n’ai pas fait le compte des tuk-tuks, faut pas charrier !
Prix d’une chambre correcte (avec salle de bain) : 450 roupies (soit un peu moins de 7 euros)

Prix d’un repas : 150 roupies pour du veg, 250 roupies pour du non veg (soit en moyenne 3 euros)

Prix d’un McDo : 149 roupies (soit 2,25 euros)

Prix d’une bouteille d’eau : 15 à 20 roupies (soit à peu près 0,25 euros)

Ce qui va me manquer : le petit dodelinement de la tête qui ne veut rien ou tout dire (bien plus pratiqué dans le Sud que dans le Nord de l’Inde), le chicken tikka, les sourires des Indiennes dans les bus, la plage à Goa, les vaches dans les gares, le type qui passe 50 fois dans le train en disant « Coffee, coffee, chai, chai, chai, coffee, coffee, chai ! », les soirées à fabriquer des mo-mos à la bougie, le rickshaw driver qui rigole quand je lui dis que c’est crazy qu’il utilise son compteur, les banana lassis, le chai, les petites échoppes où tu trouves tout à toute heure du jour ou de la nuit, les couleurs des sarees, les marchands de fleurs, le Taj Mahal, les singes qui dégringolent des lampadaires.

Ce que je ne vais pas regretter : les cafards (je les retrouverai plus tard, va !), certains regards un peu trop… carnivores, les odeurs d’urine impromptues, les matelas tellement durs que tu te réveilles avec les hanches bleues, les délicats raclements de gorge et les jets de salive rouges de bétel qui passent à 2cms de tes orteils (enfin ça, c’est pas fini), les types qui essayent de me gruger dans les files d’attente, le dhal (ah non, trop c’est trop), les klaxons trompettes, les bouses sacrées qui se débrouillent toujours pour finir sous ma tong.

La phrase qu’il fallait retenir : तुम नहीं जानती कि मेरी गाय को क्या हुआ? मैं मेरे tuk-tuk आज सुबह बगल में खड़ी थी. (Tu sais pas où est passée ma vache ? Je l’avais garée à côté de mon tuk-tuk ce matin.)

Alors oui, c’est vrai, l’Inde c’est sale, ça pue, c’est bruyant, les routes sont défoncées et les vaches se baladent tranquillement sur les autoroutes mais c’est aussi tellement plein d’autres choses qu’on ne peut pas la résumer aux bidonvilles de Mumbai ou aux plages de Goa.

Oui, on peut ne pas supporter le harcèlement dont sont victimes les touristes, les regards très trop appuyés, la totale incapacité à faire la queue « en file indienne » (mais d’où vient cette expression bon sang ?), être choqué par leur façon de jeter leurs déchets partout dans la rue, par les fenêtres des trains et de tout cramer n’importe comment, être choqué par les conditions de vie des millions de gens qu’on voit le long des routes et qui n’ont pour maison qu’une bâche en plastique bleue, par ces enfants de 2 ou 3 ans les cheveux en bataille qui viennent vous tirer la manche pour 2 roupies, par ces femmes de tous âges toutes maigrichonnes qui portent des sacs énormes sur leurs têtes pendant que leurs maris ont les mains dans les poches et par encore tant d’autres choses.

Mais on peut aussi admirer la capacité des Indiens à faire fonctionner une démocratie (un peu corrompue, certes, mais quand même) de plus d’1 milliard de personnes, à faire cohabiter de façon globalement pacifique plus de 12 religions et quelques milliers de dieux. On peut être impressionné par leur fierté d’ « être Indien » du Nord au Sud et avec des cultures et des traditions tellement différentes, par le fait qu’ils arrivent à faire de leur pays une puissance émergente alors qu’ils ne vont travailler que lorsqu’ils ont faim et que le mot capharnaüm a été inventé pour décrire leur quotidien.

Des fois, il ne faut pas essayer de comprendre l’Inde, faut juste être là et regarder. L’Inde change. Vite. Les jeunes générations veulent ressembler aux Occidentaux, porter les mêmes vêtements, écouter la même musique, se balader en amoureux et s’embrasser sur les bancs publics. La différence entre les mégalopoles comme Delhi et Mumbai et les régions plus rurales est encore énorme. Des millions d’Indiens vivent encore de l’agriculture qu’ils pratiquent comme il y a 100 ans et dans certains quartiers de Delhi, on ne sait plus où garer les Porsches. On construit des gratte-ciels à Mumbai et on transporte des chargements à dos de chameaux à Jaisalmer. Les rickshaws vont progressivement tous passer au GPL et dans certaines régions on a fermé les usines de sacs plastique mais il n’y a quasiment aucune poubelle dans les lieux publics. Il est extrêmement mal vu d’être homosexuel mais les hijras (travestis) animent traditionnellement les mariages.

Finalement, l’Inde c’est pas « on adore ou on déteste ». Mais on t’en parle tellement avant de partir que tu ne sais pas à quoi t’attendre en arrivant. Tout le monde a un avis (surtout ceux qui n’y sont jamais allés).

L’Inde, c’est fascinant. C’est comme une grosse vague contre laquelle faut pas lutter sous peine d’en être dégouté. C’est parfois de surprenantes et chouettes rencontres comme Guonzan, ma guide au Ladakh, Amar, mon tuk-tuk driver de Jaipur, ou Keshan, à qui j’ai appris à nager à Goa. C’est pas toujours agréable, c’est pas reposant mais pour savoir quoi penser de l’Inde, faut venir et faut plonger dedans. Moi, en tout cas, ça se pourrait que je revienne.

Alors, juste pour 4 petites minutes de plaisir, la mini-synthèse de ce foutu bazar qu’est l’Inde (et encore, c’est dommage qu’on puisse pas enregistrer les odeurs…) :

 
 

Incredible India !!