PCT Day 10 : Mike’s place

du Mile 114 au Mile 131

Ce matin, c’est départ à 7h pour rattraper le temps perdu hier. Enfin perdu… le temps n’est jamais perdu. C’est juste que j’ai fait autre chose que mettre un pied devant l’autre. J’ai juste profité du moment. Du soleil, de l’ombre, des amis. Y a plein de temps pour marcher. Et ce matin, c’est justement le moment pour marcher.

On a tous campé un peu éparpillés le long du trail, y avait pas beaucoup de places. Dans ces cas là, quand tu trouves un spot, t’y montes ta tente vite fait. Tu traînes pas. Tu sais pas si le prochain spot disponible est dans 3 mètres ou 3 miles… Bon, il se trouve que le prochain spot était vraiment pas loin. Et qu’il y a tout un groupe de retraités qui s’est intallé là. Ils ont même un canapé gonflable… on boxe pas dans la même catégorie…

La journée est rude. J’ai hyyyyyper mal aux pieds. A droite, c’est ma voûte plantaire qui commence à renacler et à gauche, c’est une ampoule au talon faite par mes nouvelles super semelles que j’ai donc balancées… J’ai donc bien fait de commencer tôt parce que je vais à la vitesse d’un escargot.

Heureusement, au bout de 12 miles, y a Mike’s place. Chez Mike, quoi. Mike, c’est un trail angel qui habite sur un bout de terrain au beau milieu du désert, qui laisse les hikers camper chez lui et leur prépare 3 repas par jour. La réputation de Mike c’est d’être plutôt une party place. Mike n’a quasiment aucune règle, tu peux fumer, boire, rester 12 jours si ça te fait plaisir, aucun problème. Moi, j’avoue que c’est pas exactement le genre d’endroit que j’adore mais faire une halte de quelques heures pour laisser passer la vague de chaleur du milieu de la journée… c’est plus que tentant. En plus, je suis crevée.

Quand j’arrive à Mike’s place, il est à peine plus de 11h et y a une fille avec les cheveux rouges qui doit déjà en être à sa 52ème bière. Elle se comporte un peu comme si elle habitait là alors tout le monde pense qu’elle fait partie des volontaires qui aident Mike à faire tourner la boutique. Elle parle fort, souffle sa fumée de cigarettes au visage de tout le monde. Elle me fait pas adorer l’endroit… Mike, lui, il est plutôt gentil. Il offre des shots de rhum (mais que aux filles) et il regarde tout ce petit monde filtrer son eau et essayer de se trouver un petit carré d’ombre. Vers midi, il demande des volotaires pour l’aider à préparer le déjeuner. Je fais un effort, je me lève et je vais découper des pommes de terre qu’on fera cuire avec tout un tas d’autres trucs sur un énorme grill installé dans un coin du terrain. Pendant que je découpe mes pommes de terre, je réalise l’état de mes mains : elles sont noires. De terre, de poussière, de crasse, de crème solaire pour bien coller le tout… dégueu…

Vers 16h, c’est le moment de repartir. J’ai pas tellement accrochée avec l’endroit alors j’ai pas besoin de me forcer beaucoup. Il fait encore chaud mais la montée qui vient est régulière et je fais encore 4 miles avant de me trouver un petit spot pour la nuit. Là encore, y a beaucoup de monde alors avec Spider, Josh et Urs, on décide de cowboy camper (aka dormir à la belle étoile) les uns contre les autres.  Emmitouflés dans nos sacs de couchage, on dirait de gros vers multicolores. Ou des burritos. Ils ont décidé de m’appeler Mom. Spider c’est Dad. Et Urs et Josh sont les 2 ados attardés qu’on aurait eu. On raconte n’importe quoi, on rit beaucoup. Le terrain est un peu en pente et Urs arrête pas de glisser. Ca nous fait hurler de rire. Soudain il dit : « Mom is so big ! ». Faut dire que enroulée dans mon sac de couchage et sur mon super matelas gonflable, je dépasse effectivement nettement les autres. « Mom is not big ! Mom is fluffy… » je réponds. Et on s’écroule de rire encore une fois.

PCT Day 9 : Retour dans le désert 

de Warner Springs (mile 109) au Mile 114

J’avais prévu d’aller chercher mon colis à la Poste et de quitter Warner Springs ce matin. Mais j’ai aucune volonté. Alors quand les copains ont dit : « Viens ! On va prendre le petit dej au restao du golf ! », bah… j’ai suivi. Moralité j’ai pris un deuxième petit dej (bah oui, j’avais prévu de partir marcher moi, pas de m’empiffrer de eggs and bacon…). Et j’ai traîné sur la terrasse du golf club jusqu’à 10h. 

Après, il faisait trop chaud pour aller marcher. Alors on est retournés au community center pour s’affalerà l’ombre de l’arbre et attendre que la chaleur passe. Ca n’a pas marché, elle n’a pas passé. Mais bon, fallait quand même marché un peu alors vers 15h, Emily et moi, on est parties. Il faisait une chaleur à crever évidemment. On avait prévu de faire 10 miles. On en a fait 5. On a trouvé 2 autres copains couchés sous un arbre qui avait l’air parfait pour être notre spot de spot de camping du soir. En plus, y avait la rivière qui coulait juste à côté. Alors on est restées. Pourtant, le paysage était joli, un peu en sous-bois avec de temps en temps la vue sur ces champs rouges et dorés que le vent fait onduler comme des vagues sur l’océan. Parce que j’oublie de vous le dire mais tout de même, c’est sacrément beau par ici.

Quand la nuit est tombée, les moustiques sont sortis par milliers. Ah bah oui, tu peux pas avoir la rivière et pas de moustiques. Faut choisir. Mais c’est tellement pratique de ne pas avoir à porter ton eau sur tous ces miles que tu préfères encore te faire dévorer tout cru par ces petits vampires.

Moi ce soir, j’avais pas très faim. Faut dire qu’on avait pas fait grand chose de la journée. J’ai léché un fond de peanut butter et me disant que encore une fois, j’ai emporté beaucoup trop de nourriture… En plus, on arrêtait pas de se faire dépasser par des gens bien plus courageux que nous qui allaient finir la journée à la frontale. Vers 20h30, y a même Cora et Steal qui sont arrivés. Cora, c’est une petite chienne japonaise toute mignonne qui adore voler du bacon. Et Steal, c’est son maître. Tout le monde les adore. Ils se sont installés dasn les hautes herbes un peu plus loin pour passer la nuit. Cora, elle aime pas marcher quand il fait 35°C alors ils sont obligés de night hiker. Moi, vu le nombre de bestioles non hiker friendly qui traînent dans le coin et mon aptitude naturelle à pas savoir mettre un pied devant l’autre, je pense pas que je vais night hiker de sitôt…

PCT Day 8 : 100 !!

de Third Gate (mile 91) to Warner Springs (mile 109)

Aujourd’hui était une grosse journée : on a atteint le mile 100, on a vu Eagle Rock, on a fait 18 miles, et on est arrivés à Warner Springs.

D’abord le mile 100. OK, ça veut dire qu’il en reste 2500 avant le Canada. Mais 100 miles ! C’est quelque chose quand même…

Ensuite Eagle Rock. Au beau milieu d’une magnifique prairie, y a un tas de cailloux. De loin, ça ressemble à rien. Mais de près, c’est un aigle qui déploie ses ailes. Pretty cool…

Et puis, une fois arrivés à Eagle Rok, il restait que 3 miles pour arriver à Warner Springs. La poste était déjà fermée et il fallait de toute façon attendre demain matin pour récupérer mon stock de thon et de couscous pour les prochains jours mais tout de même, 3 miles, c’était pas beaucoup. Evidemment, c’était les 3 plus longs miles depuis le début du trail. Mais en arrivant au Community Center de Warner Springs, y avait des douches, de quoi faire sa lessive et une soirée bingo dans l’école de l’autre côté de la rue. Je suis bien contente de pas avoir loupé ça.

On est peut-être 40 à camper derrière le Community Center ce soir et y a un concert avec des vieux crooners qui jouent du blues à l’harmonica. Une soirée dans l’Amérique profonde quoi…

PCT Day 7 : We murdered it !!

de Julian à Third Gate (mile 91) en passant par Scissors Crossing (mile 77)

Ce matin, avant de quitter Julian, je passe chez Mom’s. Mom’s vend des apple pies. Et elle en donne une part gratuitement à tous les hikers sur présentation de leur PCT permit. Couverte de chantilly ou de glace à la vanille… Franchement, je sais pas comment les gens font pour maigrir sur ce trail. On passe son temps à manger des tas de trucs absolument délicieux que les gens nous offrent sans arrêt.

Vers 11h, on se décide enfin à quitter le paradis. Emily est déjà partie depuis plus d’une heure. Et Spider veut partir plus tard car il trouve qu’il fait trop chaud. Mais franchement, on n’a plus rien à faire  ici et les hikers du jour commencent à arriver. Il faut savoir laisser la place. On (Graeme, Urs, Josh et moi) se poste donc au bord de la route et on lève le pouce. On va mettre plus d’une heure à trouver une bonne âme qui veut bien nous redescendre jusqu’à Scissors Crossing. Alors évidemment, quand on arrive, il fait chaud. On hésite à rester là, à traîner sous l’autoroute en attendant que la température redescende puis non, on se dit qu’il faut vraiment y aller. This trail is not gonna hike itself.

Il y a 14 miles jusqu’au prochain point d’eau. Ca semble loin et la journée est déjà bien entamée. On se dit qu’on en fait 10 et qu’on verra bien. En plus, il faut remonter dans les collines et on peut pas dire qu’on soit super motivés. Et pourtant, je sais pas si c’est les restes de pizzas qu’on a emportées pour le dîner mais on va bouffer ces 14 miles en moins de 4 heures. On est pas peu fiers. « We murdered it ! » s’écrie Josh quand on arrive à la Third Gate. La Third Gate, c’est une autre water cache maintenue par d’autres trail angels.  On s’arrête là pour ce soir. Il ne reste que 18 miles jusqu’à Warner Springs, le prochain town stop. Et on a tout le temps du monde…

PCT Day 6 : Quand on arrive en ville…

du Mile 73 à Julian en passant par Scissors Crossing (mile 77)

Hier soir, on a campé 4 miles avant Scissors Crossing. Scissors Crossing c’est un de ces noms que j’ai lu et relu tellement de fois que j’en ai fait un mythe. Scissors Crossing c’est juste 2 routes qui se croisent sur un pont au milieu du désert et dessous, quelques hikers qui se cachent du soleil brûlant en buvant des litres d’eau que des trail angels sont venus apporter là pour eux. Parce qu’il n’y a pas d’eau à plusieurs miles à la ronde. Sauf si tu fais du stop jusqu’à Julian. Et ce matin, en arrivant à Scissors Crossing, on a décidé d’aller faire un tour jusqu’à Julian. Ça tombe bien, y a un trail angel qui fait des aller-retours toute la journée pour les pauvres hikers qui veulent aller en ville.

Quand on arrive en ville, on ressemble à une bande de vagabonds, couverts de sueur et de poussière. Et là, comme une oasis dans le désert, il y a Carmen. Carmen a un café. Aujourd’hui, il est fermé au public, réservé aux PCT hikers. Carmen nous prépare des breakfast burritos de la taille d’un polochon pour 3 dollars. Puis elle offre des bières. Il est 10h du matin mais on s’en fout. Tout le monde rit, tout le monde enlève ses chaussures, Carmen prépare des bacs avec de l’eau et des sels pour faire des bains de pieds. Cette femme est un ange. Elle nous prend dans ses bras, nous ouvre sa maison, cuisine pour nous, nous laisse traîner chez elle toute la journée, utiliser sa machine à laver pour laver nos fringues qui sont plus que dégueu et tout ça, sans rien demander en retour. Plus de 50 personnes défilent chez elle chaque jour. Certains passent même la nuit sur son plancher. Nous on partage 2 chambres au Julian Lodge. Et en comparaison, ils sont loin d’être des trail angels… On peut pas dire qu’ils soient très accueillants avec les hikers et pourtant, pendant près de 3 mois, on va constituer 95% de leur clientèle. Bref, On passe la journée à juste profiter du soleil sur la terrasse et à papoter avec tous les autres copains. A la tombée de la nuit, on va chercher d’immenses pizzas au resto italien d’à côté et on les dévore assis en tailleur sur nos lits à l’hôtel. Ce soir, je partage la chambre avec Emily et Jack et Alex, 2 frères australiens qui ont démarré le même jour que nous mais qu’on avait pas revus depuis. On va se coucher bien après hiker midnight. A 21h30 quoi. Dans un vrai lit. C’est un peu le paradis ici.

PCT Day 5 : Le sentier balcon le plus long du monde

de Oriflamme Canyon (mile 56) au Mile 73

Ce matin il y a toujours du vent. Beaucoup de vent. Presque trop. Au moins, ça a le mérite de rafraîchir un peu. Jusqu’à maintenant la chaleur est supportable. On en oublierait presque qu’on est dans le désert.

Aujourd’hui, il s’est pas passé grand chose honnêtement. Je me suis levée à 6h, j’ai plié ma tente, mangé mon porridge sans grande conviction et puis j’ai mis mon sac sur mon dos, un pied devant l’autre et ça plusieurs heures d’affilée jusqu’à ce que j’arrive au mile 73 où je me suis littéralement jetée par terre tellement j’avais mal aux pieds avant de déplier ma tente, manger mon couscous au thon, raconter quelques histoires avec les copains en regardant les étoiles apparaître dans le ciel puis je me suis lavée les dents et je me suis couchée. Il était 20h.

Le paysage était plus ou moins le même toute la journée : un petit sentier balcon qui surplombe une gigantesque vallée qu’on traversera demain et en face, la montagne sur laquelle on grimpera après-demain.

Vu qu’il n’y a pas grand chose à raconter, je peux vous parler de mes nouveaux copains. On a commencé le même jour et un peu par hasard, on s’est retrouvés à camper aux mêmes endroits. Du coup, maintenant, on reste ensemble. On est 6. Il y a Graeme, Spider, Josh, Urs, Emily et moi.

Graeme est anglais. Il a 36 ans. On avait commencé à discuter via Facebook depuis près d’un mois avant d’arriver aux Etats-Unis. Il a quitté son job et vendu sa maison pour venir ici. Il parle avec cet accent british que les Américains trouvent so cute mais qui m’oblige à lui faire répéter 3 fois minimum tout ce qu’il dit. Il marche vite. Enfin… plus vite que moi en tout cas.

Spider est américain. Il a 35 ans. Spider, c’est son trail name. Un trail name c’est un surnom qu’on vous donne sur le trail en général en rapport avec un truc drôle ou embarrassant qui vous arrive. Spider a déjà fait l’Appalachian Trail. C’est là qu’il a eu son trail name. Il s’est fait piqué par une araignée dans un motel et le lendemain, son pied avait tellement gonflé qu’il ne pouvait plus le remettre dans sa chaussure. Spider donc. Il a aussi déjà fait les 900 premiers miles du PCT il y a 2 ans. Il a du arrêter en route because of a lady. Mais cette année, il a bien l’intention d’aller au bout. Lui aussi, il marche vite. Encore plus vite que Graeme d’ailleurs.

Josh est américain aussi. Il est beaucoup plus jeune que nous, il vient d’avoir 24 ans. C’est le jeune chien fou de la bande. Il parle tout le temps, a déjà vécu 1000 vies entre le Minnesota d’où il vient et le Washington où il vit. Il jure beaucoup, rit beaucoup et nous fait rire. Et il marche vite. Plus vite que Graeme mais moins vite que Spider.

Urs est suisse. Il a 33 ans et personne n’arrive à prononcer son nom correctement. Lui aussi marcherait sûrement beaucoup plus vite que moi s’il n’avait pas 12 ampoules à chaque pied. Il parle anglais comme un Suisse, très lentement. Ça fait marrer tout le monde. Il est hyper calme et puis tout à coup, il se met à parler de brûler les tentes des autres gens. Ça nous fait hurler de rire.

Emily est anglaise. Elle a 21 ans et voulait devenir tattoo artist avant de changer d’avis et d’étudier l’anthropologie. Elle est plutôt discrète et a de très jolis tatouages d’insectes sur le bras. Un peu comme des dessins qu’on trouverait dans un livre de biologie. Bizarrement, elle, je n’ai pas besoin de la faire répéter 3 fois quand elle parle. Elle est végétarienne et passe beaucoup de temps à cuisiner le soir. Puis elle sort sa mini éponge et récure tout très consciencieusement. Nous, on gratte nos casseroles à l’ongle. Elle marche quasiment comme moi. Pas trop vite mais ça va, on arrive à garder le rythme avec les autres.

Voilà. C’est toute la bande. Il y a plein d’autres gens qu’on croise presque tous les jours. Certains avec qui on partage nos campements et d’autres à qui on fait juste un signe de la main de temps en temps. Ce soir, on s’est dit que statistiquement, on n’arriverait pas tous au Canada. Ça nous a fait tout bizarre.

PCT Day 3 : Mount Laguna vortex

de Fred Canyon Campsite (mile 32) à Mount Laguna (mile 42)

Pas une goutte de condensation sur la tente ce matin. Voilà comment bien commencer la journée. Et en plus, c’est une petite journée : seulement 10 miles jusqu’à Mount Laguna.

Mount Laguna est la première petite ville sur le trail. Enfin c’est pas vraiment une ville, c’est plutôt un camping, un café, un outfitter et un general store qui fait aussi lodge et post office. Tout ça étalé sur moins de 300 mètres.

J’ai un colis à récupérer ici avec de quoi me nourrir pour les 4 prochains jours. L’idée c’était donc juste de dévorer un burger, acheter de nouvelles semelles pour remplacer celles qui se délitent dans mes chaussures, récupérer mon colis et continuer la route. Évidemment, rien ne se passe jamais comme prévu. Je suis bien allée avaler un burger, je suis bien allée acheter de nouvelles semelles mais après… je me suis laissée engloutir dans le vortex du Mount Laguna Outfitter. Il faut dire qu’il fait ultra chaud, que l’outfitter offre des bières et des sodas frais à tous les hikers et que mon groupe de nouveaux copains a décidé de passer la nuit ici. Ma motivation pour continuer à marcher toute seule fond rapidement jusqu’à disparaître totalement et on reste assis là sous le porche à boire et à papoter jusqu’à ce que le magasin ferme et qu’on se replie jusqu’au camping.

Tant qu’on est là, on en profite pour prendre une douche. Froide. Et sans savon. Mais c’est mieux que rien. Et puis on allume un feu pour se réchauffer et au fur et à mesure que la nuit tombe, les autres hikers se joignent à nous.

On resterait bien là pour toujours. Mount Laguna vortex…

PCT Day 2 : Marche ou crève 

de Lake Morena (mile 20) à Fred Canyon Campsite (mile 32)

Bah voilà, ça n’a pas loupé. 20 miles hier et aujourd’hui c’est l’enfer. J’ai mal partout, mes pieds refusent d’avancer, j’ai de l’acide lactique plein les mollets. Entre l’état général de mon corps qui comprend pas bien ce qu’il lui arrive et la condensation qui avait gelée sur ma tente, j’ai déjà mis presque 2h30 à lever le camp ce matin. Pas brillant… Au moins le soleil brille et y a des vautours dans les arbres.

Je m’étais fixé un objectif de 17 miles aujourd’hui. Je vais en faire 12. Et je vais en chier. Genre grave. Il fait chaud puis il fait trop chaud. Je porte trop d’eau puis pas assez. Je traverse un petit cours d’eau sans enlever mes chaussures, je mets plus d’une heure à les faire sécher (j’en profite pour mettre à jour le blog) et 1km plus loin, y a un autre cours d’eau. Cette fois j’enlève mes chaussures.

Entre temps , je croise 2 chasseurs avec un arc, des flèches et un casque de camouflage avec des plumes de pintade dessus. Quand je leur dis que je marche jusqu’au Canada, ils écarquillent leurs yeux et l’un d’eux pose immédiatement son sac à terre pour en sortir un pack de survie de l’armée américaine. Il me dit que je vais avoir besoin de ça. Je le remercie chaudement mais avec tout ce que j’ai déjà sur le dos, j’ai franchement pas envie de rajouter les 500 grammes de son kit.

Le paysage est chouette mais je lutte toute la journée. Toute. La. Journée. A un moment, alors que j’ai le moral dans les chaussettes et les chaussettes en bien mauvais état, je vois arriver en face de moi un monsieur qui a l’air très sympa. D’ailleurs, il me fait des grands signes. Je lève le bras pour lui répondre mais lui, il crie :  » Snake !!! ». Et effectivement, en plein milieu du chemin, à moins de 5 mètres, il y a un gros snake. Il ressemble tellement à une branche que j’aurais bien pu l’enjamber sans même m’en apercevoir… Sauf qu’il aurait sonné. Parce que la branche au milieu du chemin n’est rien d’autre qu’un gros serpent à sonnettes. Et que ces saloperies, ça sonne pour te prévenir que ça va t’attaquer et en plus, c’est bien venimeux comme il faut. Je suis donc bien contente d’avoir rencontré le gentil monsieur qui va faire fuir le gros serpent en tapant des pieds juste au bon moment…

Et puis finalement, au mile 32, il y a une rivière, plein de places pour mettre des tentes et plein de copains qui sont déjà là. Je mets à peu près 2 secondes avant de décider que ce sera tout pour aujourd’hui, merci. Vers 18h c’est presque 15 tentes qui sont éparpillées dans le sous- bois. On se prépare à dîner et puis on allume un feu pour se réchauffer et éloigner les moustiques. Et à 21h, tout le monde file se rouler en boule dans son sac de couchage.

PCT Day 1 : Et c’est parti mon kikiiii !

de Campo (mile 0) à Lake Morena (mile 20)

Les choses sérieuses ont vraiment commencé hier soir. Le dernier dîner chez Scout & Frodo, le dernier petit speech avec les recommandations d’usage (« soyez bien élevés, ne laissez pas traîner votre papier toilette dans la nature et n’enlevez pas vos chaussures au restaurant ! »), le petit poème qui met la larme à l’œil et puis remplir ses gourdes d’eau, tout préparer pour le lendemain et se coucher, les yeux rivés sur les étoiles à se dire que j’ai absolument aucune idée de ce que je suis en train de faire…

Ce matin le réveil a sonné à 5h. Dégonfler le matelas, ranger le sac de couchage, mettre son nouvel uniforme de hiker, se brosser les dents, boucler son sac et le déposer sur le perron. A 5h30 c’est l’heure du petit dej. Frodo à préparé des tonnes d’oeufs brouillés, du porridge, des fruits, des muffins, du café… la table est couverte de plats différents. Elle fait l’appel pour être sûre que tout le monde s’est bien réveillé. On sent l’excitation monter, on a tous a hâte d’y aller… A 5h50, réglés comme du papier à musique, on est tous sur le perron, prêts à grimper dans les voitures des volontaires qui vont nous emmener jusqu’à la frontière. En file indienne, on reçoit une dernière accolade de Frodo et… en voiture Simone ! Encore une heure de route avant de se retrouver into the wild !

Et puis enfin, on arrive à Campo, la petite ville à côté de laquelle se trouve le terminus sud du PCT. On se gare et on l’aperçoit, quelques mètres plus haut… le monument du terminus sud. Je l’ai tellement vu en photo que ça fait tout bizarre maintenant. Il est là, impassible, alors qu’on est une trentaine à tourner autour en poussant des petits cris d’excitation. On fait des photos, on signe le trail register histoire de dire qu’on y était et puis vers 7h30, enfin, on démarre. Et c’est parti…

Les premières heures se passent doucement, le chemin n’est pas très difficile, il y a une petite brise. Et puis doucement aussi, les pieds se mettent à chauffer. On s’arrête, on enlève nos chaussures, on mange une poignée de trail mix puis on repart. Le soleil tape de plus en plus fort et l’ombre se fait de plus en plus rare. Je passe la marque des 10 miles. Plus que 2650 ! Un peu plus tard, je fais une pause déjeuner cachée sous un buisson. Une tortilla au beurre de cacahuètes… les pauses déjeuner ne vont pas être mes préférées… puis c’est reparti. Il faut descendre jusqu’à Hauser Creek, mile 15. J’aurais pu m’arrêter là pour le premier jour mais il est encore tôt et il ne reste que 5 miles jusqu’à Lake Morena et son camping. Va pour 5 miles alors !

La fin de journée est un enfer. Il faut grimper, grimper, grimper puis redescendre, redescendre, redescendre. Je ne sens plus mes pieds, plus mes chevilles, plus mes mollets. En arrivant au camping, il y a des trail angels qui sont là avec des bières fraîches et ils font cuire des hot-dogs au feu de bois. Les trail angels, ce sont des gens qui viennent le long du trail et offrent aux hikers des boissons, à manger ou les emmènent en ville si besoin. Tout ça comme ça, par pure gentillesse. On appelle ça du trail magic.

Je monte ma tente, je me mets en pyjama, je vais rincer mes pieds aux lavabos du camping et je vais manger 2 hot-dogs. A 21h, je m’endors au chaud dans mon duvet. J’ai mal partout mais je l’ai fait. J’ai fait 20 miles, j’ai pas d’ampoules et j’ai eu mon premier trail magic. Vivement demain qu’on recommence…

Le calme avant la tempête 

C’est jeudi après-midi, il est 16h. C’est juste une belle après-midi de fin de printemps. Il fait bon, le ciel est bleu, pas un nuage à l’horizon, les oiseaux chantent dans l’arbre au-dessus de ma tête. Il y a tout de même une légère brise qui m’a obligée à remettre mon pull mais sinon, tout est parfait. Mon sac est prêt, je suis prête, c’est le calme avant la tempête.

Ca tombe bien, la tempête c’est demain. Demain, vers 7h du matin, je mettrai le premier pied sur le PCT. Je ne sais pas comment je me souviendrai des 2 derniers jours. D’abord il y a eu les longues heures de vol jusqu’à Seattle et les longues minutes avant l’atterrissage où j’ai contemplé les montagnes couvertes de neige en me répétant : « ça va aller, ça va aller, t’y seras dans 6 mois, tout aura fondu… » Puis il y a eu ce moment à la douane que j’avais tant redouté et où finalement je suis passée comme une lettre à la poste. C’était bien la peine de se faire des nœuds au cerveau ! Puis l’arrivée à San Diego, les premiers autres hikers, la fameuse voiture avant le pompon jaune et moi qui arrive à peine à garder les yeux ouverts et pourtant je veux pas en perdre une miette. Puis l’arrivée chez Scout & Frodo. J’en ai tellement entendu parler que j’ai l’impression de déjà tout savoir. Poser son sac dehors sous l’arbre, attraper une assiette, se retrouver entourée de plein d’autres gens. On est 37 à dormir ici ce soir. Ce que font Scout & Frodo est tellement énorme que c’est à peine croyable. Pendant toute la saison, ils vont accueillir chez eux, dans leur maison, plus de 700 hikers qui prendront le départ du trail. Ils vont les nourrir, leur offrir un endroit où dormir et surtout leur donner 1 million de conseils. Tout ça, gratuitement. Ils refusent qu’on leur donne de l’argent. Oui, c’est dingue. Et après avoir passé tous ces mois à planifier ce truc tout seul dans son coin, c’est comme si tout à coup, on se retrouvait catapulté sur la planète PCT. Tout le monde veut tout savoir. « Et toi, t’as quelle tente ? Quel sac de couchage ? Tu vas l’envoyer où ta première resupply box ? Tu prends une ice axe ou pas ? ».

En ce premier soir, j’assiste à mon premier shakedown. Un shakedown, c’est quand quelqu’un pose tout le contenu de son sac par terre au milieu du salon et qu’un des volontaires présent chez Scout & Frodo (oui, y a quand même des gens qui aident, faut pas pousser non plus…) t’explique que la moitié de ce que tu as pris ne va te servir à rien. Comme les volontaires sont tous des vétérans du PCT, tout le monde écoute religieusement ce qu’ils disent. Ça ressemble un peu à une séance d’humiliation publique mais si tu passes à côté du shakedown, tu rates une partie de l’expérience PCT. Ce soir, c’est le tour d’un gars qui part le lendemain matin. Pas le temps de tergiverser, faut décider tout de suite ce que tu veux garder et ce que tu veux laisser dans la hiker box. La hiker box, c’est là où tout le monde laisse les trucs qu’il ne veut pas emporter. Ça va de la paire de tongs aux coton-tiges ou à un paquet de muesli à moitié entamé. Si tu trouves un truc dans la hiker box que tu veux prendre, pas de souci, c’est fait pour. C’est un peu comme la caverne d’Ali Baba là-dedans.

Je finis par m’écrouler sur mon matelas gonflable sous l’arbre du jardin. La nuit est tombée, le vent agite les branches, c’est ma première nuit à la belle étoile et sûrement pas la dernière. J’ai encore du mal à croire que je suis bien là et que je vais vraiment faire ce pour quoi je suis venue.

A 4h du matin, je suis réveillée par l’agitation autour de moi. C’est l’heure du réveil pour ceux qui commencent aujourd’hui. Ils rangent leurs sacs de couchage, ils remplissent leurs gourdes, ils tirent les sangles de leurs sacs. A 5h, c’est le petit-dej. Ceux qui ne partent pas ce matin sont priés de rester couchés jusqu’à ce les héros du jour soient partis. A 5h50, les volontaires viennent se garer devant la maison et on charge les voitures. 28 personnes partent ce matin. Ils vont être conduits jusqu’à la frontière mexicaine à un peu plus d’une heure d’ici. Les volontaires font ça chaque matin. Ces gens sont dingues. Bien plus que nous. Moi je ne pars que vendredi, j’ai le temps.

J’ai le temps d’aller au supermarché acheter de quoi me nourrir pour les premiers jours sur le trail et aussi de m’envoyer mes premières resupply boxes. Je suis pas franchement organisée, j’ai pas vraiment fait de liste de courses, je suis complètement paumée. Je vais dans 2 supermarchés différents, je vais 2 fois à la poste, mes boxes ne sont toujours pas prêtes. Il y a les trucs que je veux envoyer à Kennedy Meadows, avant d’entrer dans la Sierra et de rencontrer la neige, comme mon bonnet, mes guêtres, ma softshell. Il y a les trucs que je veux bouncer de poste en poste. Bouncer, c’est quand tu envoies un colis en poste restante, que tu ne l’ouvres pas et que du coup, tu as le droit de le renvoyer gratuitement jusqu’à la poste restante suivante de ton choix. Toutes mes affaires sont étalées par terre autour de moi, je sais plus comment je m’appelle ni où j’habite… Le soir venu, y a tout un tas d’autres gens qui sont arrivés. Y a eu tout un tas d’autres shakedowns. Le décalage horaire me couche encore à 20h30. Mais de toute façon, personne ne fait long feu. Entre l’excitation, la fatigue, le départ aux aurores, tout le monde se glisse dans son sac de couchage avec les poules. J’ai encore une journée entière pour finir les préparatifs, j’ai le temps…

Et puis c’est le matin à nouveau. Le même rituel, les lampes frontales qui s’agitent dans la nuit, les fermetures éclairs qui zippent et dézippent. Pendant que le soleil se lève j’essaye d’établir un plan de bataille de la journée. Je commence par une douche. La dernière avant un bon moment… Puis le petit-dej et j’aide Scout à faire la vaisselle. On papote, je suis un peu intimidée, c’est un peu une superstar du PCT… Il est hyper gentil, il essaye de discuter avec tout le monde, de retenir nos noms, il ne refuse jamais de répondre à nos questions qui sont 100 fois les mêmes et pourtant il ne perd jamais son sourire. Puis je finis de scotcher mes boxes, j’écris les adresses et je vais à la poste en traînant une grosse valise avec toutes mes boxes dedans. La postière est super gentille. Faut dire que pendant 2 mois, chaque année, elle voit défiler un paquet de cinglés qui vient lui remettre leurs petits colis auxquels ils tiennent comme à la prunelle de leurs yeux. Elle me souhaite « a great hike and take care of yourself ». J’en ai presque les larmes aux yeux, c’est en train de devenir réel… Puis c’est mon tour de passer sur le grill du shakedown. Je m’en sors pas trop mal mais je me fait bien charrier sur mon excès d’électronique. Le clavier bluetooth suscite beaucoup de commentaires. On me met au défi : si je n’y touche pas pendant 2 jours d’affilée, je devrais l’abandonner. Ça va m’obliger à écrire tous les jours… J’abandonne aussi le réchaud à alcool. Trop dangereux et pas assez efficace. Je suis bonne pour un dernier tour au local outfitter pour acheter un réchaud à gaz de remplacement. Pas de grosse différence en poids finalement et je me sens plus confortable de savoir que je ne risque pas de déclencher le prochain incendie qui ravagera la Californie.

Alors voilà, mon sac est prêt, je suis prête et je profite de cette fin d’après-midi au milieu de mes nouveaux copains. Plein de gens différents. Pas beaucoup de filles ce soir. Je vais passer les 6 prochains mois avec ces gens. Et ce soir, on est tous dans le même état d’esprit : on a hâte de monter dans les voitures demain et prendre enfin notre propre photo au terminal Sud du PCT.

L’aventure peut commencer…