PCT Day 65 : Catch’em, Pass’em, Wait for’em

du Mile 1315 au Mile 1332

Ce matin, on retrouve nos réflexes et on est prêts avant 7h30. Enfin on est prêtes… parce que les garçons prennent leur temps…

Spider nous regarde partir en disant : « So… this is the girl team. And we’re the team Catch’em, pass’em, wait for’em… » Piquées au vif, on se promet de pas se laisser rattraper…

En attendant, aujourd’hui, rien de spécial. Encore de la neige toute la matinée et un nombre incalculable de pauses pour vérifier qu’on est bien au bon endroit. Pourtant, le moral des troupes est nettement meilleur que dans la Sierra. Faut dire que le paysage est bien différent et c’est vraiment joli ici. Du coup, on a envie d’en profiter et on se fait une très longue pause déjeuner suivi d’une sieste entassés les uns sur les autres au bord d’une petite rivière. Finis les torrents effrayants ! Ici, y a de l’eau partout mais on ne met pas notre vie en danger toutes les 3 heures ! Enfin presque… Josh aperçoit un ours et arrive même à le filmer quelques secondes. 

En fin de journée, on arrive à l’autoroute qui mène à Chester. Pour une fois, on n’a pas prévu d’aller en ville mais notre camp n’est plus qu’à 3 miles et les garçons veulent faire un aller-retour rapide pour aller chercher de quoi arroser notre dîner. Ils trouvent bientôt un ride et vont chercher des sodas et du vin. La Girl Team continue donc son chemin jusqu’au campsite qu’on a repéré et qui est sans doute und es meilleurs camps qu’on a eu depuis le début du trail : immense, plat, avec une immense fire ring et des rondins pour faire tabourets. Y a uen petite rivière glacée qui passe juste à côté et on se fait un plaisir d’y mettre les pieds. C’est tellement froid que c’en est douloureux mais ça fait vraiment du bien après avoir passé 2 jours à transpirer tout ce qu’on peut !

On s’attendait à ce que les garçons restent en ville un petit moment mais ils arrivent assez rapidement en nous rapportant… des fraises !! C’est grand luxe ce soir…

On allume donc un grand feu et de nouveaux hikers arrivent au camp alors que la nuit tombe. Après 2 mois à voir les mêmes têtes tout le temps, c’est amusant de rencontrer de nouvelles personnes. Cela étant dit, notre petit groupe qui n’est pas si petit que ça, est plutôt sauvage. « Do we talk to strangers… ? »

On va se coucher bien après hiker midnight et au moment de rentrer dans ma tente, j’aperçois une biche à seulement quelques mètres. Pas farouche !

PCT Day 64 : Who said Northern California sucked ?

du Mile 1299 au Mile 1315

Hier soir, pendant que j’essayais de rattraper mon retard sur le blog, un arbre est tombé juste à côté de notre camp. Un gros craquement puis le bruit d’une chute. Juste à côté de nous. Évidemment moi, j’ai cru que c’était un ours qui venait visiter nos food bags… j’ai failli avoir une crise cardiaque.

Ce matin, tout est compliqué. Peut-être parce que ça fait 5 jours qu’on n’est plus sur le trail et que les réflexes se perdent rapidement. En tout cas, clairement, j’ai perdu la main. Je mets plus d’une heure à tout plier. Les autres se moquent, évidemment.

On recommence notre lente progression dans la neige. La nuit n’a pas été très froide et la neige est encore molle de la veille. Du coup on est vraiment lents : 5 miles en presque 3 heures… Spider perd ses lunettes de soleil lors d’une pause crème solaire et Lucie lui sauve la vie/vue grâce à une paire de secours qu’elle avait gardée en back-up. Pas étonnant que son sac soit aussi léger : il passe son temps à perdre ses affaires et à utiliser les affaires des autres… Du coup, on lui interdit de prononcer le mot « shakedown » pour les 4 prochains jours. Un peu plus tard, je renverse par accident mon sac de trailmix sur le sol. J’arrive à sauver les M&M’s mais pas les graines de tournesol qui feront sans doute le bonheur des chipmunks…

Par contre le paysage est vraiment sympa. On est dans la forêt de pins, bien dense, ça nous change de tout ce qu’on a vu jusque là ! Comme en redescend en altitude, on finit par enfin atteindre une zone sans neige et là, c’est que du bonheur ! Pouvoir enfin suivre le trail sans regarder son téléphone toutes les 30 secondes pour savoir si on est bien au bon endroit ni regarder uniquement les 30 centimètres devant ses pieds pour être sûr de pas tomber dans un trou de 2 mètres, ça fait vraiment plaisir. Enfin on peut lever la tête et profiter de la vue !

La Californie du Nord a mauvaise réputation sur le trail. Probablement parce que les hikers la traversent traditionnellement après la Sierra qui est considérée comme les joyaux de la couronne du trail et que du coup, les paysages paraissent un peu fades après ça. Mais nous, comme on n’a eu qu’un petit aperçu de la Sierra, on n’est pas blasés du tout ! Bien au contraire. En plus, comme on est encore tôt dans la saison, les moustiques et autres trucs volants qui font bzzz sont présents en quantité raisonnable. Du coup, on est vraiment contents d’être là et même si on râle pas mal à cause de la neige encore présente, c’est rien par rapport à ce qu’on a eu la semaine d’avant. On se dit qu’on a eu bien raison de faire le choix de skipper la Sierra pour le moment.

On aime tellement ça qu’on arrive à faire 16 miles avant 17h et à se trouver suffisamment de place en bordure du trail pour monter nos 7 tentes à côté de celles de 2 day hikers qui sont venus avec le plein de bouffe, de bières et de cigarettes et qui n’hésitent pas à partager. Trail magic ?

On se prépare à dîner, on papote, on va chercher de l’eau au ruisseau 100 mètres plus bas… Je réopère au couteau suisse le petit doigt de Urs qui s’est infecté depuis la veille mais cette fois j’arrive à retirer l’écharde et à bien nettoyer la plaie.

Et puis comme tous les jours à 19h30… on se met au lit. On n’est plus qu’à 32 miles de notre prochain resupply et on compte bien y arriver d’ici 2 jours.

PCT Day 63 : Finies les vacances !

de Belden (mile 1284) au Mile 1299

Personne n’a mis de réveil et je me lève la première à 7h. C’est déjà foutu pour les bonnes résolutions… On arrive tout de même à démarrer à 8h : pas si pire… 

Ce matin, le trail nous ramène au delà de 6000 pieds et il fait chaud. Très chaud. On transpire comme pas permis. Clairement, on a quitté la chaleur sèche du désert. Après tout, c’est pas plus mal : on a quelques toxines à éliminer après 5 jours en ville. Et puis on se plaint pas : on peut enfin mettre un pied devant l’autre sans se demander si on va tomber dans un trou, glisser sur 30 mètres ou se vautrer sur de la glace. Enfin on peut suivre le trail : on le voit, il n’est plus sous 2 mètres de neige !! Et aussitôt, on retrouve notre rythme de croisière à 3 miles par heure. On est tous très contents d’être de retour sur le trail et la matinée passe rapidement.

Evidemment, ça ne pouvait pas durer éternellement et dans l’après-midi, on retrouve la neige… et la navigation hasardeuse qui va avec. On finit même par perdre Lucie qu’on retrouve devant nous 1 heure plus tard sans trop bien comprendre par où elle est passée. La neige nous ralentit à nouveau et comme on ne veut absolument pas camper dans la neige, on commence à chercher un endroit pas trop mouillé pour se poser. On ne trouvera rien sur le trail mais n peu plus loin en contrebas d’une petite colline. On déblaie un peu le terrain plein de branches et on arrive à caser nos 7 tentes. On a même la place de se faire un feu pour éloigner les moustiques, se réchauffer un peu et faire sécher nos chaussures qui ne seront pas rester sèches bien longtemps…

Après le diner, je mets ma casquette de chirurgien et j’essaye de retirer une écharde du doigt de Urs qui commence à s’infecter. Il ne dit rien mais je vois bien qu’il sert les dents… faut dire qu’avec un opinel stérilisé au briquet, je n’ai pas non plus le matériel le plus adéquat. Une fois la procédure terminée, on éteint notre feu et puis on se couche. Il fait encore jour mais les vacances sont finies et il est temps de reprendre le rythme du trail…

PCT Day 62 : Just another day in Paradise

Spider et Urs se réveillent en catastrophe à 7h56 alors qu’ils ont rendez-vous à 8h avec le propriétaire de Belden pour aller à Chico rendre le pick-up. Les autres grognent et se retournent dans leurs lits : on n’est pas pressés, ils en ont au moins pour 3 heures…Quand on décide enfin à se lever, on se dirige doucement vers le resto où on va ingurgiter encore plus doucement un de ces délicieux breakfasts sur la terrasse avec vue sur la rivière. L’endroit est vraiment joli avec une petite plage sur la berge et on commence à se dire qu’on pourrait bien encore passer une journée à ne rien faire. Après tout… où est l’urgence… ?

Une fois que tout le monde est bien convaincu de l’absolue nécessité de se reposer une journée de plus, il ne nous reste plus qu’à attendre le retour des garçons pour leur annoncer la bonne nouvelle. On s’allonge sur la plage et on laisse couler la rivière…

Quelques heures plus tard, Spider et Urs reviennent et se laissent convaincre plutôt facilement par notre idée de repos forcé. Lucie sort enfin son matériel de pêche et s’installe sur un rocher sous le regard dubitatif de Spider qui ravale bien vite ses commentaires quand elle sort un petit poisson de la rivière : une vraie country girl !

On passe l’après-midi à se déplacer doucement de notre cabin au bar et à discuter avec les gens de passage. Belden est vraiment agréable, loin de tout et on s’y sent bien. Il n’y a aucun hiker ici. Beaucoup de gens sont montés encore plus au nord et prévoit de redescendre vers le sud. En fin de soirée, le patron nous offre une tournée : on a été de bons clients et il nous prie de revenir quand on veut !! On lui dit que Belden sera le point final de notre trail et donc, évidemment qu’on reviendra !!

Et puis c’est la valse des ziplocs pour préparer les food bags et on va enfin se coucher avec la ferme intention de partir dès 7h le lendemain. Il est temps de retourner sur le trail…

PCT Day 61 : Chores Day

de South Lake Tahoe à Belden (mile 1284)

La nuit a été glaciale, j’ai à peine dormi. C’est d’autant plus surprenant que je suis la seule à avoir souffert du froid et que je n’avais pas été gênée lorsqu’on campait sur la neige. Je suis donc la première levée et je rallume le feu de la veille pour me réchauffer. Les autres se réveillent doucement les uns après les autres. On a plein de choses à faire aujourd’hui mais pour l’instant, la priorité, c’est de se trouver un gargantuesque petit déjeuner. On s’entasse donc dans la voiture pour faire… à peine 500 mètres jusqu’à un café par les fenêtres duquel on aperçoit le lac avec ses différents tons de bleu entouré des montagnes couvertes de neige. Rien à dire : la neige c’est une vraie pain in the ass pour marcher mais c’est vraiment joli à regarder…

Une fois l’estomac plein, on commence nos allers-retours en ville. D’abord la poste pour récupérer des boîtes et préparer nos colis puis un, deux et même trois supermarchés différents pour acheter tout ce qu’on veut envoyer en avant et puis un, deux et même trois boutiques différentes pour trouver des sacs étanches, des gas canisters, des sardines pour les tentes… La tension commence à remonter car tout le monde est fatigué par tous ces stops en ville et une fois qu’on est repassé par la poste et que tout le monde a expédié ses colis, on décide d’aller décompresser au casino une petite heure avant de prendre la route. Spider va gagner presque 60USD à la roulette et Urs presque 50. Il est temps de repartir avant de tout reperdre.

On s’entasse donc à nouveau dans la voiture et c’est parti pour 3 heures de route direction Belden. Après une pause au McDo pour remplir les estomacs, on arrive à la nuit tombée et on découvre donc Belden à la lumière des phares. Belden, c’est 5 bâtiments : un resto-bar avec des chambres à l’étage, 4 cabins à louer et un terrain sur lequel les hikers peuvent camper. On s’était dit que ce soir, chacun pouvait dormir où bon lui semblait en fonction de son budget et… on se retrouve encore une fois à s’entasser dans une des cabins. Comme quoi, comme dans les vraies familles, on se déteste mais on n’est vraiment bien que quand on est tous ensemble…

Il y avait quelques section hikers présents dans le bar quand on est arrivés et ils semblaient effrayer par la neige au nord de Belden alors que toutes les infos qu’on a eu ces derniers jours semblent dire que justement, c’est à partir de Belden que ça va mieux. Ils sont très impressionnés de rencontrer des thru-hikers (titre que certains diront qu’on a déjà perdu soit parce qu’on a skippé quelques miles dans le désert, soit parce qu’on a skippé la Sierra). Nous, ça nous fait un peu rigoler : on se trouve pas très impressionnants (et surtout, on se fout bien de s’appeler des thru-hikers ou pas…). En attendant, ils sont partis se coucher et on profite d’être seuls dans le bar pour faire quelques parties de billard, jouer avec le juke-box, danser et boire encore quelques verres.

Demain, il faut aller rendre la voiture à presque 50 miles de là et c’est Spider et Urs qui s’y collent. On les attendra pour reprendre le trail. Enfin…

PCT Day 60 : Road trip

de Bishop à South Lake Tahoe

Ce matin, alors que bizarrement j’ai un mal de tête persistant (ça ne peut pas être dû aux 3 bouteilles de vin d’hier soir… non, non…) je vais chez le loueur de voitures dès l’ouverture. 

Or il se trouve qu’on n’est pas tout à fait les seuls à avoir l’idée de louer une voiture et monter en Northern California. Et le loueur, et bah… il n’a plus de voitures… Tout notre plan tombe à l’eau ! Le monsieur voit bien que je suis embêtée alors il me dit de repasser un peu plus tard au cas où on certaines réservations seraient annulées.

Je retourne à l’hostel rapporter la mauvaise nouvelle. On se concerte et on décide que si on n’arrive pas à avoir de voitures, on fera du stop. Ce sera pas facile mais après tout, on n’est pas non plus hyper pressés et si on doit mettre 2 jours, bah… inch’allah ! Du coup, en attendant, on se recouche. Y a pas que moi qui ait mal à la tête apparemment…

Vers 11h, il faut qu’on libère la chambre alors on fait nos sacs et on descend dans le jardin. Spider, Urs et moi retournons chez le loueur de voitures et ô miracle ! On réussit à prendre un énorme pick-up qui dans la théorie a 6 sièges mais on a largement la place de s’entasser tous les 7 dedans avec les sacs à l’arrière. Du coup, maintenant qu’on a trouvé notre moyen de locomotion, on stresse beaucoup moins et on se dit qu’on ira passé la nuit à South Lake Tahoe qui n’est qu’à 3 heures de route. C’est là qu’on fera notre resupply et de là qu’on expédiera nos box pour la suite. On a aussi quelques achats à faire côté équipements et South Lake Tahoe offre bien plus d’options que Bishop. Du coup, comme on a le temps, Urs offre un ride jusqu’à Independance à Nate et Lisa, un couple de hikers qu’on avait rencontré dans le désert et qui eux, ont décidé de retourner dans la Sierra via Kearsarge Pass. More power to them mais on les envie pas une seconde… Finalement, c’est pas juste Nate et Lisa qui repartent avec Urs mais toute une flopée de hikers qui profitent du pick-up, plein à ras bord.

Quand Urs revient, c’est notre tour de charger nos sacs et puis de quitter Bishop. On sait qu’on reviendra puisqu’on a bien l’intention de revenir dans la Sierra mais quand…?

La route est longue et pas super confortable entassés à 4 sur la banquette arrière du pick-up. On arrive à South Lake Tahoe alors que le soleil se couche. On avait repéré un camping pas trop loin du centre-ville mais qui se révèle être super cher : plus de 40USD pour un emplacement ! Evidemment, comparé à une nuit dans un motel c’est pas grand-chose mais dans un motel, y a des matelas et il fait pas froid. 

Parce qu’il fait froid à South Lake Tahoe ! Du coup on fait un grand feu autour duquel on s’assoit sur nos bear canisters et on discute du programme du lendemain. Les bear canisters ne sont plus nécessaires en Northern California et il est pas question qu’on les garde. Or il faudra qu’on les récupère lors de notre retour dans la Sierra. La discussion sur où envoyer les bear cans est interminable. Vers 23h, on finit par éteindre le feu et se réfugier dans nos tentes. Ça faisait un moment qu’on n’avait plus camper !

PCT Day 58&59 : Double zéro à Bishop

Ce matin on fait la grasse mat’ jusqu’à 9h et on traîne dans notre suite immense jusqu’à ce qu’on décide d’aller passer la nuit suivante à l’hostel. On n’a pas tous les mêmes contraintes de budget et comme on a l’intention de passer encore 1 ou 2 nuits dans le coin, on essaye de faire attention à nos dépenses…

Et puis notre idée, c’est de louer une voiture pour skippé la Sierra ett monter plus au nord mais le loueur de voitures est fermé pour le week-end alors on se retrouve coincés à Bishop jusqu’à lundi. A l’hostel, on négocie une chambre privée pour 6 avec 2 lits doubles et 1 lit simple dans un dortoir. C’est Urs qui se retrouve dans le dortoir et le reste de la troupe s’entasse dans la petite chambre qu’on réaménage aussitôt pour coller les 2 lits. On dormira donc à 5 sur les lits et 1 par terre. A la guerre comme à la guerre.

Il est temps de se mettre à la logistique habituelle des zéros : lessive, petites réparations du matériel, courses au supermarché du coin pour faire le plein de snacks et de boissons fraîches alcoolisées ou pas d’ailleurs… On n’a toujours pas décidé ce qu’on allait vraiment faire ensuite mais on est crevés, la motivation n’est pas vraiment au rendez-vous après cette petite semaine difficile et on a décidé qu’on méritait bien un deuxième zéro. 

Et puis quelques tensions commencent à se faire sentir dans le groupe. Il faut dire qu’on est tous restés ensemble depuis le début et qu’on n’a pas des « petites » personnalités. Ça relève d’ailleurs plutôt du miracle que personne ne se soit tapé dessus depuis presque 2 mois. Mais là, la fatigue et le fait de devoir prendre des décisions un peu drastiques concernant la suite de l’aventure quand personne ne sait vraiment ce qui nous attend, bah… ça n’aide pas.

Au beau milieu de tout ça, je décide d’aller me faire tatouer. Ça faisait un bon moment que j’en avais envie et là, y a un tattoo parlor sur le trottoir d’en face. Ni une, ni deux, accompagnée de Lucie, Emily et Eike, je rentre dans le salon et j’en ressors 20 minutes plus tard avec une petite fleur à l’intérieur de mon poignet. Même pas mal !

Le soir, Spider, Urs, Josh et une fille que Josh a rencontré un peu plus tôt prenons les vélos prêtés par l’hostel et pédalons jusqu’à un resto bien en dehors de la ville qui fait soi-disant les meilleurs burgers du coin. Et effectivement, on n’est pas déçus. Et y a même pas besoin de pédaler avec nos estomacs pleins pour revenir car la route redescend jusqu’à la ville… Les filles sont restées à l’hostel car elles ont préféré se faire à dîner (pour une fois qu’on a une cuisine !!) mais elles n’ont toujours pas mangé alors on ressort boire un premier verre dans un petit bar bien sombre avant d’aller voir Wonder Woman au ciné en se noyant dans un grand seau de popcorn. Puis quand le film est terminé, Spider, Josh et moi retournons boire quelques verres avant de rentrer discrètement nous coucher dans le grand lit familial. La clim souffle fort dans la chambre mais coincée entre les 2 garçons, je risque pas d’avoir froid…
Le lendemain matin, on se prépare un super petit déj dans la cuisine de l’hostel : oeufs brouillés, bacon, fruits, toasts… la totale ! Puis on traîne, on discute avec d’autres hikers, on compare nos stratégies d’évitement de la neige (« Et vous ? Vous allez où après ? ») et en début d’après-midi, alors qu’on a la cervelle pleine d’informations et de contre-informations et qu’on n’en peut plus de discuter et remettre en question nos plans toutes les 5 minutes, on va à la brasserie déguster quelques spécialités locales. Eike décide elle aussi d’aller se faire tatouer et je l’accompagne. Aussitôt entrées, aussitôt sorties, ça ne prend pas plus de 10 minutes ! Et puis Urs et Spider vont faire des courses car ce soir, ce sont eux qui préparent le dîner. La contre partie c’est que c’est le reste de la bande qui est censé faire la vaisselle. Ils passent 2 heures en cuisine et nous préparent un festin mais la cuisine est ruinée et ils ont utilisé tous les ustensiles possibles et imaginables… l’évier déborde !! Heureusement, à 6, on s’en sort rapidement et on s’installe ensuite autour de la grande table où on joue aux cartes un moment avant de tomber de fatigue et d’aller se coucher. Ce soir encore je me retrouve sandwichée entre les hanches pointues de Josh et Spider. Au moins, j’ai toujours un morceau de la couverture…

Demain, on quitte Bishop. On a finalement décidé de monter jusqu’à Belden, en Northern California. Il semblerait qu’entre Belden et l’Oregon, la neige ne soit pas trop présente. On va donc aller tenter notre chance. Reste plus qu’à trouver une voiture…

PCT Day 57 : Back to town !

du Mile 788 (Bullfrog Lake Junction) à Bishop en passant par Kearsarge Pass

J’ai mal dormi. J’arrêtais pas de tourner et me retourner, mal à la tête et je sais que ma tente est pleine de condensation : il pleut sur mon sac de couchage… Really PCT ??? Is this the game we play now ??

La toile extérieure de ma tente est congelée. Je m’en fous, je fourre tout dans mon sac. Aujourd’hui, on sort de ces foutues montagnes, on quitte cette foutue neige et ce soir, on dormira dans un lit, au chaud et au sec. En attendant, y a encore 7 miles dans la neige et pas loin de 50 miles en stop…

Ca commence donc par grimper jusqu’à Kearsarge Pass à travers les sapins en essayant comme d’habitude de ne pas trop se perdre. Et ça grimpe dur. Mais on sert les dents : les burgers et les bières sont de l’autre côté de la montagne…

Quand j’arrive au col et que je découvre que de l’autre côté, bah… c’est aussi couvert de neige (en même temps… what did you expect ???), je ne peux pas m’empêcher de soupirer. La galère continue et comme le soleil brille, la neige ne tarde pas à se transformer en grosse slush bien glissante et bien mouillée. Non pas que j’avais les pieds secs. Non, non. Ca, ça fait bien 3 jours que c’est pas arrivé. Mais patauger dans la slush, perdre l’équilibre sans arrêt et essayer de ne pas se vautrer à chaque pas… c’est épuisant. Les 2 derniers miles avant le parking de Onion Valley sont probablement les plus longs depuis le début du trail. Alors qu’on aperçoit enfin le parking (et les garçons qui nous y attendent déjà depuis sûrement une bonne demi-heure…), on se rend compte qu’a choisi une mauvaise direction et on se retrouve sur une pente à plus de 45° juste au dessus d’une rivière/torrent carrément terrifiante. Demi tour, traversée de la sus-mentionnée rivière sur un pont de neige dont on a aucune idée de s’il va tenir alors qu’on entend l’eau rugir dessous et arrivée au parking à bout de nerfs… Reste plus qu’à trouver une voiture.

Sauf que. Sauf que tous les hikers sortent de la Sierra à Onion Valley (les conditions devant nous sont atroces : rivières folles, neige partout) et qu’on se retrouve donc à une petite vingtaine ce matin à chercher des voitures… Comme il y a une certaine déontologie qui règne, c’est premier arrivé, premier servi. On se dit donc qu’on va rester sur ce bout de bitume un petit moment. Mais c’est pas grave : y a pas de neige, y a des toilettes sèches et il nous reste quelques chips et barres de céréales pour tenir le coup. On en profite pour faire sécher les tentes, sacs de couchage, chaussures, chaussettes, semelles… Comble du bonheur, on découvre que quelqu’un a rempli une des bear box (des gros containers en métal où tu peux mettre ta nourriture et qui sont à l’épreuve des ours) avec des bières et du vin. Que demande le peuple ?

Il y a quelques day hikers qui sont venus se balader à Onion Valley ce matin mais souvent ils ne restent pas longtemps car les sentiers sont couverts de neige partout. Le parking se vide donc lentement et chacun finit par trouver une voiture pour descendre dans la vallée. 

Lucie, Eike et moi arrivons à Independance où on se fait déposer à la station service. Emily est montée dans une autre voiture et les garçons sont allés directement à Bishop. On retrouve Emily quelques minutes plus tard et nous voilà toutes les 4 au bord de la route le pouce levé. Au bout de 10 minutes, une dame s’arrête : « D’habitude, je prends jamais d’auto-stoppeurs mais là, vous êtes 4 filles, je veux être sûre que vous êtes en sécurité… » Ma brav’dame ! On vient de survivre à 5 jours dans la Sierra, je vois pas bien ce qu’il pourrait nous arriver de pire… Et la voilà qui nous amène jusqu’à Bishop alors qu’elle n’allait pas là du tout et que c’est à près de 35 miles de là. 

La priorité est de trouver un endroit pour dormir ce soir et il y a un hiker hostel à Bishop qui est très prisé. Seulement il ne leur reste que très peu de lits et ils ne prennent pas de réservation. Il faut se présenter en personne. Du coup, quand on arrive, c’est plein. Y a plein de motels donc on se dit qu’on va bien trouver une solution mais on est affamés et on commence donc par aller dévorer un burger. Une fois l’estomac plein, on se traîne dans les rues de Bishop jusqu’à un motel pas trop cher un peu à l’écart du centre-ville. J’arrive à négocier une gigantesque suite dans laquelle on peut dormir tous les 7 et aussitôt c’est explosion des sacs, allumage de télé et la ronde des douches commence. On a prévu de discuter sérieusement de la suite du programme mais pour l’instant y a un marathon Harry Potter à la télé alors on s’entasse tous sur un des lits, Urs va chercher des pizzas, moi des bières et on en revient à peine de tout ce confort… Demain, on fait un zéro.

PCT Day 56 : Forrester Pass

du Mile 775 au Mile 788 (Bullfrog Lake Junction)

Le réveil sonne à 3h30. Ça pique. Cela étant dit la nuit a été tellement froide couchée sur la neige que je suis pas mécontente que ça s’arrête… Le rainfly de ma tente est couvert de givre, le pied de mon sac de couchage aussi. Évidemment, c’est pas le moment de faire sécher quoi que ce soit. C’est juste le moment de tout fourrer dans son sac et d’éventuelles boire un café. Éventuellement parce que si tu laisses ton café 2 minutes sans surveillance, il congèle dans le fond de ton pot comme Lucie va en faire l’expérience… D’ailleurs, y a pas que le café qui est congelé : nos chaussettes et nos chaussures n’ont pas vraiment séché des traversées de rivières de la veille. Mettre ses pieds dans des chaussures congelées à 4h du matin… merci le PCT… Du coup, on se promet que le cammping sur neige, c’était la première et la dernière fois.

On est tous prêts à 4h45, frontales vissées sur le front, et notre petite colonne s’ébranle direction Forrester Pass. On a presque 4 miles d’approche et d’ascension douce avant d’attaquer la paroi et le col à proprement parler. Le soleil se lève pendant l’approche et embrase le ciel. C’est magnifique. On en oublierait presque qu’on est sur le point de franchir un des cols les plus difficiles du trail…

Quand enfin on aperçoit le col dans la paroi, je reconnais aussitôt la chute de glace tout en haut que j’ai vue plein de fois en vidéo et qui me terrifie (mais je fais semblant que tout va bien, évidemment). Avant d’arriver là, il fait d’abord se hisser jusqu’aux lacets taillés dans la paroi. Y a tellement de neige qu’il n’ya plus de trail. On suit simplement les traces, droit dans le pentu, que des hikers passés probablement la veille ont laissées. Ça fait des marches bien profondes qui nous permettent d’arriver jusqu’à un geos tas de rochers qu’il faut escalader avant de reprendre l’ascension. C’est le moment où Emily se met à paniquer entre le vertige, la neige glacée sur laquelle on pourrait glisser à tout moment et les rochers qui roulent sous nos pieds. A nous tous, on l’aide à grimper, tranquillement, un pas après l’autre. Moi non plus je fais pas ma maline mais j’essaye de garder un air impassible et de faire comme si je maîtrisais parfaitement la situation… 

On arrive enfin aux lacets. Là, facile, on enlève les crampons et on déroule. On est à plus de 12000 pieds d’altitude et on est tous à bout de souffle. Et puis, après un dernier virage, elle est là… la chute de glace. Encore une fois, je prétends que j’ai même pas peur, je remets calmement mes crampons, j’accroche mes bâtons à mon sac et j’y vais. Pas trop lentement, pas trop vite. Il y a déjà pas mal de gens qui sont passés là les jours précédents et  les traces sont bien faites. Spider et Josh sont déjà de l’autre côté et nous filment. Après moi, Lucie et Eike passent tranquillement. Puis c’est le tour d’Emily, toujours paniquée mais elle garde son calme et nous rejoint sans jeter le moindre coup d’oeil en contrebas. Enfin, Urs ferme la marche et 5 minutes après, on est tous au col, ravis d’avoir fini cette  ascension et heureux d’être là. On prend des photos, on grignote une barre et puis on entame la descente de l’autre côté parce que comme tout bon col qui se respecte, y a du vent et on commence sérieusement à se refroidir…

La decente n’est pas vraiment mieux que la montée : normalement, si la neige est suffisamment molle, on peut se laisser glisser et gagner rapidement quelques miles. Mais il est encore tôt (on a mis que 3 heures pour grimper) et personne ne veut faire de la luge sur pente verglacée. Moi encore moins que les autres parce que mes exploits de la veille m’ont laissé le coccyx endolori…

Alors on descend doucement, nos crampons bien plantés dans la pente. Doucement mais sûrement on redescend tout ce qu’on a grimpé. Up a mountain, down a mountain… On fait notre pause dej vers 10h30 parce que les émotions ça creuse et qu’on est tous morts de faim.

Le reste de la journée on avance péniblement dans la neige. Là maintenant c’est officiel : la neige et les traversées de rivières, on en a plein le dos. Ça tombe bien puisque demain, on retourne en ville. En attendant, ce soir c’est encore chaussures mouillées et camping dans la neige (pas le choix, y en a partout…) et probablement au dessus d’une rivière gelée par dessus le marché…

Pendant qu’on dîne, on voit soudain s’accumuler les nuages gris foncé sur la montagne juste à côté. Bah manquerait plus que ça, tiens !

PCT Day 55 : Le river crossing niveau expert

du Mile 1 du Mt Whitney Trail après la jonction au Mile 766 au Mile 775

Aujourd’hui, petite journée : seulement 9 miles au programme mais avec de la neige partout et 3 rivières à traverser, ça va pas être de tout repos… L’idée est de se rapprocher le plus possible de Forrester Pass, le plus haut col sur tout le PCT à 13 200 pieds. Etant donné les quantités de neige, il est plus prudent de grimper Forrester au petit matin quand la neige est encore dure. Alors aujourd’hui, on se met pas trop la pression.

Les garçons traînent à lever le camp ce matin alors les filles partent devant. Dans la Sierra, on a mis en place le « buddy system » : personne ne marche tout seul, on est par 2 minimum. La neige est traître, on ne sait jamais ce qu’il peut arriver et c’est toujours plus plaisant de se perdre, se vautrer et galérer avec quelqu’un… Emily et Eike avancent rapidement sur la neige et Lucie et moi prenons notre temps. On suit des traces, on les perd et puis bientôt, y a plus de traces du tout et on essaye tant bien que mal de se repérer avec notre GPS. C’est clairement le plus pénible : faire 10 pas, regarder son téléphone, vérifier qu’on est toujours sur le trail ou au moins dans la bonne direction, faire 10 autres pas, regarder son téléphone, se rendre compte qu’on s’est éloignés, changer de direction, enjamber un arbre, faire encore 10 pas, … épuisant !
On avance doucement et bientôt, on se rend compte que la première rivière est en bas et nous… on est en haut. Beaucoup trop haut. Et la pente est beaucoup trop abrupte. On essaye de contourner le problème mais y a rien à faire, va falloir descendre. Je vois que d’autres personnes sont passées avant nous en glissant sur les fesses alors je décide de faire pareil. Seulement il est encore tôt, la neige est encore gelée et au lieu de glisser élégamment, me voilà rebondir plutôt violemment sur des plaques de verglas. Je me relève dignement mais en faisant la grimace et en frottant mon postérieur gelé et endolori pendant que Lucie rigole. Elle ne rigole pas longtemps : elle aussi gémit en se relevant quelques minutes plus tard et on continue notre progression vers la rivière. 
Seulement on se retrouve à nouveau face à nouvelle pente. Encore plus abrupte et couverte d’arbres cette fois. On essaye de descendre sur nos pieds mais c’est vraiment trop raide et nos crampons n’accrochent pas. Je repère d’autres traces de glissade et je me lance. Je prends de la vitesse, beaucoup trop de vitesse, je ne maîtrise absolument pas ma trajectoire, j’évite un gros arbre de justesse et mon coccyx se fracasse une nouvelle fois sur la glace. J’arrive tout de même à m’arrêter et je me relève péniblement alors que Lucie est déjà en train de glisser. Elle non plus ne maîtrise rien mais elle dévie légèrement et fait un magnifique vol plané et disparaît… la tête la première dans un gros trou sous un arbre. « Ca va? » je demande un peu inquiète. C’est un rire nerveux qui me répond depuis le fond du trou. « Oui, oui… mais je suis coincée… » J’éclate de rire, soulagée qu’elle n’ait rien, et avant de l’aider à sortir de là, je prends une photo. Deux jours plus tôt, le reste du groupe m’avait reproché de ne pas avoir pris de photo lorsqu’elle s’était retrouvé suspendue par un pied la tête à l’envers alors cette fois, je ne laisse pas passer l’occasion ! Lucie se relève, vide sa bouche et ses yeux de la terre et de la neige qui s’y sont engouffrés et on décide d’un commun accord qu’on arrête de glissader. C’est bien trop dangereux. Et ça tombe bien puisqu’on trouve des traces en escalier qui nous permettent de finir de descendre. Et on découvre enfin la rivière…
Elle est large, elle est profonde et elle fait beaucoup de bruit. En fait, c’est plus un torrent qu’une rivière. Le courant est impressionnant. On se regarde… pas moyen de traverser ici, beaucoup trop dangereux. On commence à remonter le courant pour essayer de trouver un passage plus facile et quelques mètres plus loin, la rivière s’élargit et le courant semble moins violent. On ne sait pas où sont les autres mais on pense être bonnes dernières vu le temps qu’on a mis à descendre alors on refléchit pas trop longtemps et on traverse. L’eau est glaciale et le courant nous pousse en aval mais on passe plutôt facilement. Par contre, une fois de l’autre côté, on se dépêche de trouver un endroit sec pour enlever nos chaussures et essorer nos chaussettes. Pendant qu’on essaye de réchauffer nos orteils, j’aperçois Spider de l’autre côté de la rivière. Il est avec le reste du groupe et il cherche un endroit où passer. On lui fait signe et tout le monde nous rejoint rapidement. On est tous passés par des endroits différents pour arriver jusqu’à la rivière et on est contents de voir que tout le monde va bien.
Après une petite pause, on reprend notre progression. On est à une intersection et Josh assène : « This way ! ». Tout le monde le suit sur presque 1 mile avant de se rendre compte que pas du tout, c’était de l’autre côté… grrr !! Une autre grimpette, une autre descente et puis une autre rivière. Qui n’a pas meilleure allure que la première. Y a bien un endroit avec un snow bridge mais le pont ne va pas jusqu’au bout et il faut finir par sauter presque 2 mètres sans être sûr que le pont tiendra sous notre poids… Spider et Josh semblent penser que ça passe mais le reste du groupe n’est pas rassuré et préfère continuer à chercher. Peine perdue, on fait presque 1 mile sans trouver mieux. Spider et Josh sont passés de l’autre côté et nous font signe de revenir au snow bridge. Je passe en premier et leur lance mon sac. Un petit morceau du pont casse sous moi au moment où je saute et Spider me rattrape au vol et me jette sur la berge. Les autres suivent et on arrive tous On a tous les genoux un peu ramollis après ça et on décide que c’est le parfait moment pour faire une pause déjeuner… Les émotions, ça creuse…
En fin d’après-midi, on arrive enfin à la dernière rivière. On a convenu que si elle est trop grosse, on attendra le matin pour la passer. Elle est comme les 2 précédentes voire pire. Là aussi, on trouve un snow bridge qui couvre la plus grosse partie de la rivière et il faut sauter pour atteindre l’autre berge. Sauf que la berge est vraiment pentue et qu’on ne voit pas vraiment jusqu’où la neige couvre la terre ferme et où elle est juste au-dessus de la rivière. Urs passe en premier sans son sac. Il s’installe en face, fermement ancré dans la neige avec ses crampons et tend les bras. Spider lui lance nos sacs les uns après les autres. Au moment de lancer celui de Lucie, le piolet attaché au sac lui fauche la jambe et il glisse à quelques centimètres de l’eau glacée. Tout le monde retient son souffle. Il a une belle entaille dans la jambe mais tout va bien. Une fois tous les sacs de l’autre côté, c’est notre tour. Le saut est impressionnant mais Urs nous rattrape de l’autre côté. Au moment où Emily saute et atterrit de l’autre côté, la glace cède et un gros morceau se détache et part dans la rivière. C’est maintenant un bon 2,5 mètres qu’il faut sauter… Quand c’est mon tour, je ferme les yeux et je tends les bras. J’atterris le mollet dans les crampons de Urs mais peu importe. Je suis passée. 
On est tous épuisés par ces traversées de rivière et on ne va pas beaucoup plus loin pour camper. Ce soir, pas moyen de trouver un endroit sec suffisamment grand pour mettre toutes nos tentes alors on campe sur la neige. On mange en silence. La journée nous a tués. Et puis on ne tarde pas à se mettre au lit : demain, le réveil sonne à 3h30 pour partir à l’attaque de Forrester Pass…