PCT Day 54 : Whitney !!

Le réveil sonne à 4h. Aujourd’hui, non seulement on va sur le toit des États Unis mais en plus on y va avec presque rien sur le dos puisqu’on redescend par le même chemin et qu’on dormira donc au même endroit ce soir. 2 litres d’eau, la veste, les gants, les microspikes, quelques snacks et c’est parti !

On en a pour 7,5 miles aller puisqu’on a campé bien avant Guitar Lake (un lac en forme de guitare comme son nom l’indique) qui est le camp de base « officiel » et on met déjà presque une heure et demi à arriver à Guitar Lake dans la nuit et la neige. Le trail a complètement disparu et on navigue au GPS. Le soleil se lève déjà et on fait une petite pause histoire d’avaler quelques snacks et de remettre un peu de fuel dans nos organismes. Mais on traine pas : dès qu’on s’arrête on se met à frissonner.

Encore une bonne heure dans la neige et on atteint les fameux switchbacks dans la paroi. Honnêtement je m’attendais à pire : ça monte raide mais régulièrement et bien que l’altitude nous coupe le souffle, on garde un bon rythme. En même temps, avec un sac qui pèse 3 fois rien sur le dos, ça aide. A 2 reprises, les switchbacks sont couverts de neige et plutôt que de prendre le risque de tomber et de glisser sur plusiers mètres, on escalade la paroi. Les rochers ne tiennent pas très bien et je fais pas trop ma maline collée à la paroi pendant que les graviers roulent sous mes pieds…

Et puis enfin, le dernier mur. Couvert de neige. Là c’est crampons obligatoires. J’ai emprunté ceux d’Emily qui n’est pas venue. On s’arrête tous les 10 pas, à bout de souffle. Et puis c’est le sommet. 

Une petite quinzaine de hikers sont là, les garçons sont arrivés presque 40 minutes avant nous (no comment…) et tout le monde se félicite d’avoir réussi à atteindre le sommet. On a mis 5 heures à arriver là et on n’est pas peu fiers.

On fait quelques photos, on mange un morceau et puis on commence à redescendre. On peut pas trop traîner car la neige va commencer à fondre et on a toujours 7,5 miles à faire pour retourner au camp. Comparé à nos précédentes journées, 15 miles dans la neige et à plus de 4000m d’altitude est une énoooorme journée… Et très vite, on est fatigués. Du coup, les glissades s’enchaînent, j’ai les pieds et les fesses trempés et bientôt les nerfs qui lâchent. C’est fou rire couchée dans la neige pendant 3 bonnes minutes. 

On met presque 4 heures à retourner au camp. On est épuisés et bien qu’il soit 15h, on prépare le dîner. Puis on étudie sérieusement le parcours pour le lendemain. Il faut maintenant retourner sur le trail et reprendre notre progression vers le nord. Le prochain obstacle s’appelle Forrester Pass et c’est le plus haut col sur le trail : 13 200 pieds, soit 4009m… On n’a pas fini d’en baver…

PCT Day 53 : Whitney or not Whitney…?

du Mile 756 au Mile 1 du Mt Whitney Trail après la jonction au Mile 766

Aujourd’hui on rejoint le camp de base du Mont Whitney, the tallest mountain in the lowest 48. L’ascension du Mont Whitney ne fait pas partie du PCT mais le sommet n’est qu’à 8 miles du trail et l’occasion est plutôt unique. Seulement voilà, encore une fois, cette année les conditions sont vraiment particulières : il y a tellement de neige et pas tellement de gens qui sont passés avant nous, du coup, on n’a pas tellement d’infos sur l’état et la difficulté du trail.

D’ailleurs, pour l’instant, je suis pas convaincue de grimper au sommet du Whitney demain. C’est un grand débat dans le groupe : certains pensent qu’il FAUT faire le Whitney, d’autres n’ont pas trop envie. Et les premiers ont tendance à mettre la pression sur les seconds qui du coup, ne savent plus trop quoi faire. Le Whitney culmine à plus de 4400m et si les uns n’arrivent pas jusqu’au sommet, ça obligera les autres à faire demi-tour : dans la Sierra, on reste ensemble. La journée va se passer à argumenter pour ou contre.

En attendant, on a quand même quelques miles à faire et la neige est toujours au rendez-vous. Pour ne rien gâcher, y a aussi quelques rivières à traverser. La première arrive après une longue descente bien abrupte où je me vautre et commence à glisser sans rien contrôler jusqu’à ce que Spider me rattrape au vol et m’évite d’embrasser un arbre un peu trop passionnément. Les microspikes c’est bien mais ça ne s’enfoncent pas assez profondément pour tenir sur des pentes pareilles. Du coup, je descends vraiment lentement avec la trouille de glisser à chaque pas et je commence à me demander si j’aurais pas mieux fait d’acheter des crampons…

Puis arrive la rivière. Normalement, c’est un petit cours d’eau à enjamber avec un grand pas. Cette année avec la neige, la rivière fait presque 5 mètres de large et le courant est plutôt impressionnant : ça bouillonne fort dans le milieu. Spider essaye de passer en premier mais la rivière est trop forte et trop profonde. Il faut trouver un autre moyen. On remonte un peu plus haut et on finit par trouver des troncs d’arbre qui, les uns après les autres, sont tombés en travers de la rivière et nous permettent de passer à pieds secs. Tout le monde n’est pas super à l’aise sur les rondins un peu glissants qui surplombent le bouillonnement et le rugissement de la rivière mais ça passe. Sauf que. Arrivés de l’autre côté, la plaine est inondée et on se retrouve à patauger dans un marécage dans lequel on s’enfonce parfois jusqu’au genou. On rejoint Emily, Urs et Eike qui avaient choisi un autre chemin et ont trouvé un autre tronc d’arbre sur lequel ils ont pu aussi traverser. Eux n’ont pas eu à traverser le marécage et leurs pieds sont secs…

On ne croise vraiment plus grand monde depuis qu’on est dans la Sierra et particulièrement depuis qu’on est dans la neige… On entend tout et n’importe quoi : la Sierra est infranchissable, y a trop de neige, les rivières sont trop grosses et peuvent t’arriver jusqu’au menton. Encore une fois, on ne sait pas différencier le vrai du faux et la situation évolue plutôt rapidement avec la fonte de la neige. On essaye donc de rester prudents et de ne pas prendre de risque inutile mais d’avancer le plus loin possible.

L’après-midi avance et on enchaîne tous les gamelles avec plus ou moins de talent artistique. Heureusement personne ne se blesse et on finit par arriver à la jonction du side trail qui mène au Whitney qui correspond à une rivière et un tronc d’arbre bienvenu pour essayer de garder des chaussures vaguement sèches mais le tronc est plutôt fin et on passe un par un en retenant un peu notre respiration.

Quelques mètres plus loin, on croise Alex, un Français qui redescend juste du Whitney. C’est l’occasion de récupérer le maximum d’infos. Lui dit que ça passe, que c’est long et qu’il y a pas mal de neige mais qu’en partant tôt, on devrait pas avoir de problème. Par contre, il nous conseille de ne pas aller plus loin pour aujourd’hui car le reste du trail est couvert de neige. On voulait s’approcher le plus possible pour réduire l’ascension le lendemain, c’est râpé. Du coup, il est 15h et pn plante les tentes ici comme tous les autres hikers qui arrivent progressivement. C’est tôt mais ça nous laisse le temps de sécher nos chaussures et de déterminer notre plan d’attaque pour le lendemain. Ce sera un départ à 4h30 pour ceux qui se sentent capables d’y aller.

Les arguments d’Alex m’ont convaincues : demain, je tente l’ascension du plus haut sommet des États Unis.

PCT Day 52 : De plus en plus haut !!

de Lone Pine au Mile 756 en passant par Cottonwood Pass (mile 750)

Ce matin, pas de grasse mat. On a rendez-vous avec Steve qui vient nous chercher à 7h45 pour nous emmener au Last Chance Meadow Campground d’où on va récupérer le trail. Steve est à l’heure, on joue à Tetris avec les sacs dans le coffre et en voiture Simone ! 

30 minutes plus tard, on se retrouve avec nos sacs à nos pieds et pas d’autre choix que de recommencer à mettre un pied devant l’autre jusqu’à ce que mort s’ensuive. Car effectivement ce matin, on croit bien qu’on va mourir. Pour rejoindre le trail, il nous faut passer par Cottonwood Pass. Et le sentier qui y amène est couvert de neige. Comme on est des gens malins et efficaces, on se dit : « Bah… on a qu’à couper, droit dans le pentu ! » et on se retrouve à escalader des paquets de neige qui tiennent à peine à la paroi et où parfois ta jambe s’enfonce jusqu’à la cuisse (ça, ça s’appelle postholer). Heureusement que l’adrénaline te permet d’oublier que tu es à 2 doigts de décéder et on met presque 2 heures à rejoindre le col. Arrivés là, on prend la décision de ne plus jamais refaire un truc pareil et de suivre le trail coûte que coûte même couvert de neige. On n’est pas complètement débiles non plus.

Quelques miles plus tard, on rattrape Emily, Eike et Urs qui avaient démarré un peu plus tôt et comme c’est l’anniversaire d’Emily, on vide aussitôt la bouteille de vin qu’on avait transférée dans une bouteille en plastique en chantant « Joyeux Anniversaire » ! Et puis on commence à débattre sérieusement du programme des prochains jours. Il serait temps… On n’a pas tant de miles que ça à faire mais la neige nous ralentit énormément et on ne peut pas espérer faire plus de 12 miles par jour. Du coup, on se rend compte qu’on est presque un peu juste en bouffe… En tout cas, pour aujourd’hui, on se let d’accord sur le fait de ne faire que 5 miles de plus. Il est déjà tard et la neige est déjà molle. Avancer dans la slush (aka la neige en train de fondre) est épuisant : on glisse à chaque pas et on passe notre temps à chercher le trail sur nos téléphones. Quand on arrive au camp à 15h30, on est morts (au sens figuré bien sûr). Quelques hikers nous dépassent et on se demande où ils comptent bien aller dans toute cette slush… En plus aujourd’hui, on a passé les 11 000 pieds !

C’est donc le moment où on sort le gâteau ( les brownies réduits en miettes et tassés au fond de ma popotte) et les bougies et de chanter encore une fois « Joyeux Anniversaire ». On a même pensé à faire un cadeau cette fois : un jeu de cartes. Et on passe la soirée à jouer au poker et à GoFish (une variante des 7 familles).

Demain on rejoint le camp de base du Mont Whitney… inch’allah !

PCT Day 50&51 : Déjà vu à Lone Pine

La nuit a été fraîche au Last Chance Meadow Campground : l’eau sue j’avais laissé dehors a gelé et ma tente est couverte de givre. Pas grave, le soleil est là et on fait sécher nos affaires avant de se diriger vers la route. Aujourd’hui, on a rien à faire : on va en ville !

Sauf que. Le camping est au bout d’une route de 20 miles de long que les gens n’empruntent que pour venir là. Autant dire qu’un vendredi matin à 8h30, c’est pas très fréquenté… On a lu quelque part que si on avance un tout petit peu sur la route, on peut capter le réseau téléphonique donc la mort dans l’âme, on se résoud à marcher. Bah oui, c’est justement parce qu’on passe tout notre temps à marcher qu’on essaye d’en faire le moins possible les jours où c’est pas nécessaire… Au bout de quelques minutes, miracle de la technologie, nos téléphones captent quelque chose. On appelle l’hostel de Lone Pine pour savoir s’ils ont par hasard un shuttle qui viendrait déposer des hikers mais à la place ils nous donnent le numéro d’un service ee taxi qui nous coûterait la bagatelle de 150USD minimum… pas question !! On se dit qu’on va attendre, il est encore tôt, la chance va peut-être tourner de notre côté. Urs et Spider décident de faire un concours de pompes avec leurs sacs sur le dos. Celui de Urs pèse bien 2 fois celui de Spider et pourtant, il s’en sort bien mieux. Alors qu’ils sont encore allongés sur la route, on entend le ronronnement merveilleux d’une voiture qui arrive. A notre hauteur, la voiture s’arrête et la conductrice nous demande où on va. « Lone Pine !! » on s’écrit tous en choeur. Elle ne dit pas un mot, hoche la tête et redémarre en direction du camping. On reste un peu perplexes mais 5 minutes plus tard, là voilà qui réapparaît et s’arrête à nouveau. Elle descend de sa voiture, ouvre le coffre et dit : « I can drive as many as you can fit in there !! » Ni une ni deux, on joue à Tetris avec nos sacs et on arrive à faire rentrer les 7 sacs et nous 7 dans la voiture. Et nous voilà partis pour 40 minutes de route, plutôt inconfortable faut avouer mais on ne pouvait pas laisser passer une occasion pareille.

On se retrouve donc en ville où on se prend des chambres au Dow Villa Motel et là, subitement, ça me revient : je suis déjà venue ici !! Exactement ici !! J’ai déjà dormi dans ce motel !! En 2008 ou en 2009 peut-être ! C’est complètement dingue… 

On ressort aussitôt pour le traditionnel petit dej et à peine on est assis que chacun se jette sur son téléphone et profite du wifi. On entendrait les mouches voler. Idem quand nos assiettes arrivent. Faut pas déranger un thruhiker qui mange…

A Lone Pine, y a un saloon. On peut pas laisser passer l’occasion alors on va y boire une bière et on se prendrait presque pour John Wayne… Puis comme d’hab, c’est le ballet laverie/gear shop/grocery shop/glandouillage devant la télé. On prévoit de repartir pour 5 à 6 jours. Probablement un des plus longs stretches qu’on ait jamais fait. On a du mal à faire rentrer toute la bouffe dans les bear canisters. On se fait livrer des pizzas pour le dîner et… on décide de rester une journée supplémentaire histoire de finir nos préparatifs et aussi surtout parce qu’on est légèrement feignasses et pas vraiment pressés de repartir : y a toujours des tonnes de neige partout.

On finit la soirée dans le jacuzzi de l’hôtel avec vue sur le Mont Whitney, the tallest mountain in the lower 48, le sommet des USA si on exclut l’Alaska et Hawaï. Si tout va bien, on devrait y être au sommet dans 3 jours.

Le lendemain matin, again, c’est breakfast obligé. Une fois l’estomac plein de bacon et de pancakes, on commence un marathon télé d’épisodes de Law & Order. Toute. La. Journée. Alors oui certes, on sort pour acheter 1 ou 2 trucs qui manquait et je fais remplacer les pointes de mes bâtons de marche qui ont plus de 15 ans et sont plus que fatigués, mais sinon, on ne fait rien. Sauf qu’au bout d’un moment, ça devient déprimant tous ces gens qui se font tuer, violer, torturer… On sort donc pour… manger. Emily, Eike et Urs sont repartis au Last Chance Meadow Campground où ils vont nous attendre jusqu’au lendemain. Un bon samaritain rencontré dans le lobby du motel leur a payé un ride jusqu’au Campground. Il reste donc Lucie, Josh, Spider et moi et on essaye de s’organiser un ride assez tôt le lendemain matin. La route ne menant qu’au Campground, on ne veut pas prendre le risque d’attendre des heures à faire du stop donc on trouve quelqu’un prêt à nous emmener pour 50USD. Pas donné mais vu les quantités de neige, on sait qu’on ne pourra probablement pas beaucoup avancer dans l’après-midi, quand la neige ramollit et qu’on s’y enfonce parfois jusqu’à la taille…

Puis on refait nos sacs et Spider, Josh et moi retournons au saloon boire quelques verres et jouer au billard et au ping-pong. Je perds à tous les coups mais peu importe : c’est exactement pour ces moments-là que je suis là.

PCT Day 49 : Le glissading pour débutants

du Mile 728 au Last Chance Meadow Camp en passant par Trail Pass (mile 745)

Maintenant qu’on a goûté à la neige, on peut plus s’en passer… Enfin, c’est pas exactement ça. C’est plutôt que de la neige, y en a partout et que si on voulait l’éviter, on aurait plus qu’à rentrer à la maison. 

Ce matin pour commencer, on fait   sécher nos affaires. Sacs de couchage imbibés de condensation, tentes, chaussettes… tout y passe. Heureusement le soleil est déjà là et on prend le petit dej en contemplant l’intégralité de nos sacs éparpillée sur le camp. Du coup, évidemment, on part pas de bonne heure… il est 8h30 bien tassé quand on se remet enfin en route. Mais c’est pas bien grave puisqu’on a pas beaucoup de miles à faire : on a décidé de camper avant la bifurcation qui rejoint le Last Chance Meadow Campground d’où on compte trouver un ride pour rejoindre Lone Pine le lendemain. Du coup, on devrait faire à peine 17 miles : petite journée.

Très vite donc, on se retrouve à patauger dans la neige. Cette année est une année record en terme d’enneigement dans la Sierra. Du coup, on doit faire face à 2 problèmes : des quantités de neige hallucinantes ce qui va nous ralentir considérablement et nous obliger éventuellement à investir dans un paire de crampons et un piolet, et dès que toute cette neige va fondre, y aura de l’eau partout et les rivières risquent de devenir infranchissables. Bref, que du fun en perspective. Traverser la Sierra est considéré comme étant la meilleure partie du PCT mais dans ces conditions, ça pourrait vite devenir la plus dangereuse aussi…

En attendant, on essaye d’apprivoiser la neige. On glisse, on se vautre, on a les pieds trempés à travers nos chaussures de trail parfaitement adaptées à une saison normale mais légèrement sous dimensionnées pour cette année. Heureusement, y a quand même des moments où on se fait plaisir : dans les descentes par exemple, quand on skie appuyés sur nos talons ou qu’on se laisse simplement glisser sur les fesses. Le glissading ça s’appelle. Et non seulement c’est plutôt drôle, mais ça fait gagner beaucoup de temps.

Du coup, on change nos plans et on décide d’essayer d’aller jusqu’au Last Chance Meadow Campground ce soir. Avec un peu de chance, y aura peut-être une voiture…? Le side trail est couvert de neige sur les premiers miles et heureusement qu’on a nos téléphones pour naviguer au GPS. Du coup, on est vraiment lents et il est 17h passé quand on arrive au camping. Pas une voiture à l’horizon… La route qui rejoint Lone Pine fait plus de 20 miles, pas question de marcher ça ! On décide donc de camper là et on se fait un grand feu pour se réchauffer et éloigner les moustiques qui commencent à pointer le bout de leurs petites ailes vrombissantes… Le dîner est gargantuesque puisqu’on peut manger tout ce qu’il reste dans nos bear canister : demain, c’est town day !!

PCT Day 48 : Entering the Sierra 

du Mile 709 au Mile 728

La nuit a été fraîche. Rien d’horrible mais on n’est qu’à 7000 pieds et on va passer les prochaines semaines bien plus haut… J’ai encore quelques couches de vêtements en réserve à empiler si besoin. En plus, ce matin, le ciel est gris. C’est toujours mieux que les 40 degrés qu’on se tapait dans le désert mais on n’est que des humains donc on n’est jamais contents… 

Aujourd’hui on va toucher les 10 000 pieds. C’est la première fois qu’on atteint cette altitude et tout le monde s’attend à avoir le souffle coupé (au sens propre). Et même si on s’en sort pas mal, on sent quand même bien les effets de l’altitude. Côté paysages aussi, ça a bien changé : on est passé des petitsbuissons secs et des cactus à la forêt de conifères avec rivière tous les 3 miles. 

Par contre, décidément la météo n’est pas avec nous. Après le déjeuner il se met à… neiger !! Alors comme on est en train de naviguer dans la neige justement, c’est joli, ça fait Noël, toussa toussa… Mais on est quand même le 31 mai !! La Californie qu’ils disaient…

Comme on finit la journée en redescendant un peu en altitude, la neige de transforme vite en pluie. C’est tout de suite beaucoup moins drôle… Alors dès qu’on se retrouve un bon spot bien plat avec rivière sur le côté, on monte les tentes fissa, on met des vêtements secs et on se prépare un bon chocolat chaud. C’est exactement dans ce genre de moment que je me demande comment font les gens qui randonnent tout seuls. Parce que dans le froid et sous la pluie, si on n’a pas une bonne bande de copains avec qui boire du chocolat chaud, c’est quand même pas très rigolo.

En fin de journée, la pluie s’arrête. Mais il fait encore vraiment froid (on est encore à 9000 pieds) et on se retire dans nos appartements respectifs à 18h30. Demain, il fait beau il paraît.

PCT Day 47 : S’extraire du vortex

du Mile 702 au Mile 709

Aujourd’hui commence l’étape la plus importante du PCT. Aujourd’hui on va attaquer la Sierra. Enfin… on va surtout commencer par attendre la fin de l’après-midi pour éviter la chaleur. On a en fait encore quelques miles de désert avant de se retrouver subitement coincés dans la neige pour les prochaines semaines…

Il est temps de s’extraire du vortex, de démonter sa tente et de jouer à Tetris avec son sac pour y faire rentrer tous les nouveaux jouets qui vont nous permettre de survivre aux prochains 400 miles : bear canister, crampons ou microspikes, piolet pour certains, vêtements supplémentaires… on s’arrache les cheveux. Les sacs sont énormes et pèsent des tonnes…

Et puis l’heure fatidique arrive. La motivation n’est pas au plus haut, comme à chaque fois qu’on attend la fin de la journée pour bouger. On parie que si mon sac pèse plus de 35lbs, on reporte notre départ au lendemain. La balance du porche du General Store annonce le verdict : 32lbs, on doit y aller.

Après à peine 40 minutes, on tombe sur un trail magic : un ancien hiker qui écrit un livre sur le trail offre des shots de tequila. Impossible de de décliner l’offre… surtout que c’est de la bonne !! On s’arrache rapidement du trail magic parce que l’air de rien, on est tout de même censés traverser la Sierra et pas écrire un guide touristique des meilleurs bars de la région…

Alors que la nuit tombe, on se trouve un grand campsite et on est rejoint une bonne heure plus tard par Sticks et Ladybug, un couple de hikers avec qui on avait campé avant d’arriver à Kennedy Meadows et avec qui on s’entend bien. On se fait à dîner vite fait puis on se roule dans nos sacs de couchage. On commence à grimper, on est à 7000 pieds et la nuit s’annonce fraîche.

PCT Day 45&46 : Double zéro à Kennedy Meadows 

Comme tous les zéros, ça devrait commencer par un petit dej gargantuesque. Mais c’est pas comme tous les zéros. On n’est pas dans un motel avec la clim et des grands lits qu’on partage à 12. Non non. On est dans nos tentes et le petit dej… bah, c’est oatmeal et hot cocoa, comme tous les matins sur le trail…

Enfin, ça, c’est en attendant 9h que le General Store ouvre. Parce que à 9h, y a déferlante de hikers sur la terrasse et valse de pancakes. Second breakfast time. On récupére tous nos colis (4 pour moi) et ça ressemble à un matin de Noël : on déballe les trésors qu’on s’est auto envoyés et qu’on avait déjà oubliés. J’ai un tas de vêtements supplémentaires qu’il va falloir que je case dans mon sac et je réalise rapidement que je pourrais m’en passer. J’offre donc un tshirt à Emily et je tasse le reste dans ma bounce box que je vais envoyer plus loin à South Lake Tahoe. Il faut maintenant essayer d’organiser le ravitaillement pour la prochaine étape. Mais quelle est la prochaine étape ? This is the question… Le débat va durer toute la journée.

En attendant, on trouve un ride pour Grumpy Bear’s où on veut déjeuner et profiter du wifi. Pas de bol, ils sont en rupture de bouffe et on se retrouve obligés de prendre l’apéro… jusqu’à ce que la serveuse nous propose un pulled pork sandwich qui sera déclaré officiellement meilleur déjeuner so far sur le trail. Puis on rentre au General Store, on fait la sieste, on oublie de boire de l’eau et puis c’est le soir et on retourne chez Tom’s place pour voir un film. Ce soir, c’est Zombiland. On pourrait croire que c’est pourri mais c’est en fait très très très second degré, ça se moque énormément des clichés américains et c’est plutôt drôle. Ça me donne surtout envie de manger des Twinkies.

Le lendemain matin, on traîne, on traîne et paf ! on loupe l’heure des pancakes… Du coup, on traîne encore, et encore, et encore… et puis on décide qu’on ne va pas porter 7 jours de bouffe et qu’on va faire une première toute petite section jusqu’à Lone Pine. Ça devrait nous prendre 3 jours. Ça semble bien plus raisonnable. Du coup, on essaye d’apprivoiser nos bear canisters et on se plaint toute l’après-midi de ô combien c’est beaucoup trop lourd… Et puis finalement, au lieu de prendre 3 zéros, on se dit que 2 et demi devraient suffire et on décide de reprendre la route le lendemain après-midi. En attendant, on se refait une troisième soirée ciné chez Tom’s place. On arrive encore trop tard et les autres hikers présents ont déjà choisi le film : Jeremiah Johnson… Alors, oui, Robert Redford est toujours Robert Redfort mais là, il fait vraiment pas d’effort. C’est vraiment vraiment trop long et vraiment vraiment très muet…

Clairement, il est temps de quitter Kennedy Meadows.

PCT Day 44 : Kennedy Meadows !!!

du Mile 681 au Mile 702

Aujourd’hui est un grand jour. Aujourd’hui, on quitte le désert. Aujourd’hui, on en finit avec la Southern California. Aujourd’hui, on arrive à Kennedy Meadows.

Pour les non initiés, ça veut évidemment rien dire. Pour les autres, c’est un peu un mythe, Kennedy Meadows… C’est la fin de l’étape 1, la porte d’entrée de la Sierra, la barre des 700 miles, les autres hikers qui applaudissent quand tu arrives… Moi, très honnêtement, je pensais pas que j’y arriverais à Kennedy Meadows. Je pensais que je décéderai avant. Du coup, aujourd’hui, c’est mixed feelings comme on dit. D’un côté je suis super contente d’arriver (non mais l’air de rien, j’ai quand même fait 700 miles !!!) et puis d’un autre côté, ça m’oblige à me projeter dans la Sierra et ça, ça fait bien fliper… Du coup, je passe quasi du rire aux larmes toute la journée.

Bon je marche aussi. 21 miles et sous un soleil de plomb je vous prie. Et au pas de course. Parce qu’on veut arriver avant 17h, heure à laquelle le General Store ferme et donc après laquelle il ne sera plus possible de se ravitailler en boissons fraîches… Heureusement, tout est bien qui finit bien, on arrive à 16h30 et on s’installe aussitôt sur la terrasse pour profiter de notre retour à la civilisation.

Très vite, on a faim. Oui, on a faim toutes les 2 heures… Mais la cuisine du General Store est fermée alors on trouve un ride pour Grumpy Bear’s quelques miles plus loin. Grumpy Bear’s est loin de faire rêver mais à Kennedy Meadows, y a pas d’autre option. Du coup, y a plein de monde et la serveuse qui doit être aimable comme une porte de prison dans les bons jours, est débordée. On va  attendre nos burgers 2 bonnes heures… 

J’en profite pour récupérer ma bear canister. Dans la Sierra, y a des ours. Et du coup, on est obligés de mettre notre nourriture dans une boîte en plastique avec un couvercle de compétition qu’on est censé stocker à l’extérieur de notre tente. Ça s’appelle une bear canister. Ça coûte la modique somme de 60USD et une fois la Sierra finie, c’est quasiment impossible à refourguer. Mais heureusement, y a un programme de prêt et j’ai réussi à avoir une bear canister que je n’aurai qu’à réexpédier chez Grumpy Bear’s quand j’en aurai plus besoin. 
On arrive à trouver un ride pour rentrer au General Store qui laisse les hikers camper sur le terrain derrière et après avoir refait le plein de bières, on se dirige chez Tom’s place. Tom est un trail angel qui fait des soirées ciné dans son jardin tous les soirs. Ce soir, c’est l’Illusioniste. On a loupé le début et c’est un peu noir mais je veux vraiment voir la fin avant de rentrer me coucher. On a le temps, on est en vacances, on a décidé de prendre 3 zéros à Kennedy Meadows…

PCT Day 43 : Une journée ordinaire

du Mile 656 au Mile 681

Aujourd’hui on doit rattraper Eike, Emily, Lucie et Urs qui ont fait 12 miles hier soir. Ca fait une belle journée en perspective et on avait prévu de démarrer à 5h mais je loupe le réveil et je ne démarre qu’à 6h. Je suis pas la seule : Spider traîne aussi. 

Pourtant ce matin, les miles s’enchaînent sans trop de difficulté. Y a du dénivelé mais c’est progressif et y a de l’eau régulièrement donc pas besoin de porter des tonnes. On avance même tellement bien qu’à 16h30 on arrive au Chimney Camprground. Et surprise !! Y a non pas 1 mais 2 trail magic !! D’abord un gars dans un van qui cuisine un veggie curry dé-li-cieux… Real food !!!

Et puis un peu plus loin, y a un couple d’anciens hikers qui préparent des burgers pour le dîner. Par-fait… On va même avoir droit à un beau feu de camp, des guitares, des chansons country et beaucoup, beaucoup de bières et de vin blanc… et on rit. Beaucoup. Life’s beautiful sometimes…