Portland, OR

Je quitte donc Crater Lake sous un ciel encore plus bleu que bleu. Aujourd’hui, la route est longue, il faut atteindre les dunes de la côte à près de 4h30 de route de là.

Et d’ailleurs, rien de bien palpitant sur cette route. A part un ou deux petits lacs et un troupeau de rennes qui broute dans un pré, les miles s’enchaînent et se ressemblent peu ou prou. A la différence près qu’il faisait donc un temps magnifique le matin et que c’est sous la pluie que j’arrive à Dunes City.

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Le plan, c’était d’aller se balader dans le plus vaste ensemble de dunes côtières des Etats-Unis. Evidemment, là, le plan tombe à l’eau (c’est le cas de le dire…). Je m’installe donc le long d’une petite route tranquille avec Flipper et je passe la soirée comme on passe tous la soirée quand il pleut et qu’on est privé de télé : sous une couverture avec un bon bouquin.

Le lendemain matin, il fait toujours gris mais la pluie s’est arrêtée. Je vais donc m’enfoncer jusqu’aux genoux dans le sable des dunes qui sont en fait plus souvent parcourues en buggy qu’à pieds. Il y a des panneaux partout disant aux piétons de bien faire attention à pas se faire renverser par un des nombreux véhicules tous-terrains qui foncent à travers les dunes. Et malgré le temps, y en a du monde grimpé sur tout un tas d’engins à grosses roues ! Du coup, je fais un petit tour sur la plage mais les embruns et la bruine me découragent rapidement et je finis par me remettre en route.

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Et puis, je commence à en avoir marre de toute cette pluie le long de la côte. Depuis quelques jours, j’enfile les kilomètres pour admirer les falaises déchiquetées et je suis poursuivie par la pluie. Je décide donc de reprendre la direction de l’intérieur des terres. Mais avant, je passe quand même par Newport, petit port de pêche où les crevettiers sont légions et où je déguste un bon bol de clam chowder et un énorme fish & chips

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Et finalement, c’est à Portland que j’arrive en fin d’après-midi. Je me gare à l’extérieur de la ville, dans un Park & Ride, un parking situé le long d’une ligne de métro. 15 minutes plus tard, me voilà en plein cœur de Portland, sur la Pioneer Courthouse Square. Là, sur la place, une scène est en train d’être installée. Je me rends au Visitor Center pour récupérer quelques cartes et infos sur les trucs à ne pas rater et j’apprends que la scène, c’est pour Pink Martini qui va donner un concert ce soir parce que leur nouvel album sort la semaine prochaine. Timing impeccable, je me dis. Ce que je ne savais pas, c’est que Pink Martini est originaire de Portland et déplace des foules. Tout juste le temps de me dégotter une petite place en haut d’un escalier que la place est pleine à craquer. Le concert est très sympa, plein de chansons de styles différents, des ballons qui volent en veux-tu en voilà… je ne pouvais pas mieux tomber.

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En rentrant retrouver Flipper, je me fais une petite frayeur : alors que je suis tranquillement installée à l’abri de mes rideaux, une voiture de police fait lentement le tour du parking, s’arrête devant Flipper pendant un long moment et finit par repartir… ouf ! j’ai eu chaud ! C’est qu’évidemment, le squattage de parking n’est pas parfaitement autorisé…

Le lendemain, je pars découvrir Portland. J’ai découvert par hasard que sa banlieue abritait un gigantesque campus Nike mais à part ça, je n’ai aucune idée de ce qui s’y passe. Et la ville est très sympa. Pas très grande, facilement explorable à pieds, avec des grosses oies qui sont posées au milieu des pelouses comme si de rien était… plutôt agréable. Pour ne rien gâcher, à l’heure du déjeuner entrent en piste les food carts, des camions ou petites cabanes proposant de la street food. Je m’offre donc un bref retour en arrière en dégustant un petit poulet thaï avec une sauce vinaigre-cacahuètes… mmmh !

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Après le plaisir des papilles, le plaisir des yeux et des narines : je vais visiter le International Rose Test Garden, un jardin qui embaume le loukoum. Des milliers de roses de toutes les couleurs à perte de vue… très joli.

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Et pour finir mon petit tour à Portland, je vais dans un centre sportif où en plus de pouvoir profiter de la piscine (et de ses douches, oui…), j’ai accès à une salle de fitness, des cours collectifs et tout un tas d’activités. Malheureusement, pas le temps de profiter de tout ça : Flipper m’appelle. Il est temps de se remettre en route. Ce soir, on dort à Cannon Beach.

Photos ici.

All about Singap is…

… eating & shopping !!

Autant dire que je me suis sentie comme un poisson dans l’eau.

Mais reprenons. Grâce à un petit malin qui a encastré son camion dans un fossé, j’ai mis près de 7 heures à parcourir les 250kms qui séparent Malacca de Singapour. Du coup, le temps de me poser et de prendre une douche (si, c’était nécessaire, même la fille de la réception elle l’a dit…), la nuit était déjà tombée. Mais comme dit l’autre, c’est beau une ville la nuit. Alors, j’ai entamé le marathon sans plus tarder. Le marathon. Oui, oui. Parce que comme je ne reste que 48 heures à Singap (oui, on dit Singap, c’est comme ça, ça fait genre j’me la pète mais on le vit bien), pas question de se la jouer feignasse.

Alors comme les deux principales activités de cette ville qui ressemble à tout sauf à une mégapole asiatique sont manger  et faire du shopping (je ne suis pas encore sûre de l’ordre dans lequel il faut ranger ça d’ailleurs), j’ai commencé par aller admirer la skyline de la baie en grignotant… (allez, devinez…) des nouilles (ouiiiiii, encore !).

Singapour a sa tour Eiffel.  Ses Petronas ou son Empire State si vous préférez. Ici, ça s’appelle le MBS pour Marina Bay Sands et c’est vraiment impressionnant. Ca ressemble à ça.

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C’est beau hein ? Au milieu du champ de Mars ça ferait un peu bizarre mais là, perché au-dessus de la baie, ça claque. Le paquebot, posé comme un ovni tout en haut, est juste plus grand que la tour Eiffel… Du coup, ils y ont mis une piscine à débordement sur le vide de 150m de long. C’est vrai, après tout, je vois pas pourquoi ils auraient mis une piscine standard, ça aurait fait un peu mesquin… Et puis comme le promoteur immobilier n’est autre que le type qui possède le Bellagio (le casino qu’on voit dans Ocean Eleven), y a son et lumières tous les soirs sur les façades et la baie. Un peu vegasien mais pas mal.

Et comme il y a un festival de musique en ce moment à Singap, j’ai pu assister à un concert d’un groupe californien qui chantait des trucs en espagnol, ce qui a confirmé mes doutes : je ne vaux pas une cacahuète en espagnol…

Bref, cette première soirée fut riche en néons et paillettes et ce n’était qu’un début.

Le lendemain matin, j’avais l’intention d’escalader le Mont Faber (la collinette Faber, ok…) pour voir la ville d’en haut. Me voilà donc dans le métro, à attendre sagement à l’endroit clairement indiqué (oui, à Singap, tu traverses pas en dehors des clous ou tu prends une amende de 500$ alors j’essaye de faire attention…). Un touriste s’approche de moi et me demande dans quelle direction va le métro que je suis en train d’attendre. Je ne lui fais pas remarquer que c’est écrit en énoooorme au-dessus de nos têtes, je souris poliment et je lui réponds. Trop poliment visiblement. Le type croit que j’ai envie d’engager la conversation alors il me demande où je vais et s’il peut venir avec moi. Et là, l’erreur bête. Prise de court, je réponds oui… Le métro arrive, on monte dedans et là, il passe le trajet à m’expliquer qu’il faut absoooolument que j’aille visiter les Universal Studios (un genre de Disneyland local, réplique des studios de Los Angeles), que c’est troooop bien et que d’ailleurs, on va y aller maintenant. Bafouillages, consternation, je me dis que décidément, c’est pas croyable, je suis un aimant à cas sociaux… J’arrive à le convaincre qu’on va quand même d’abord aller sur le Mont Faber et je me dis que d’ici là, je vais bien finir par trouver un moyen de le semer. Mais loin s’en faut… Non seulement il a décidé de m’emmener visiter son truc pourri mais en plus, il commence à organiser mon emploi du temps de toute la journée (« Alors on va aller manger là et après on ira là et… »). Hop hop hop ! Mais ça va pas du tout être possible ça, hein ?

Arrivés à destination, on s’aperçoit que pour aller sur le Mont Faber, faut encore prendre un téléphérique (qui coûte un bras au passage) et pas de bol, le téléphérique en question dessert également les Universal Studios… C’en est trop, je jette l’éponge, je prétexte avoir oublié de faire un truc hyyyyyper important à l’hôtel et pas le temps de dire ouf, je fausse compagnie à ma sangsue et je me jette dans les couloirs du métro en vérifiant par-dessus mon épaule qu’il ne m’a pas suivie. Moralité : je suis privée de Mont Faber… C’est donc la dernière fois que je réponds poliment à quelqu’un qui me demande son chemin, c’est pas possible, c’est beaucoup trop risqué.

Bon, du coup je change mon fusil d’épaule et je pars explorer Chinatown. C’est tout mignonnet, tout propret, tellement propret que c’en est suspect (un Chinatown sans odeurs qui te prennent à la gorge n’est pas vraiment un Chinatown…) mais heureusement, au détour d’une ruelle, je tombe nez à nez (c’est le cas de le dire) avec un étalage gigantesque de durians qui parfument l’atmosphère de façon délicate. Et puis, Singap, c’est rigolo. Les vieilles maisons restaurées s’étalent aux pieds d’immenses gratte-ciels, ça offre des perspectives saisissantes. Bref, jolie balade. Mais voilà, il est midi, il commence à faire beaucoup trop chaud pour se mouvoir alors je me réfugie à l’ombre du Maxwell Food Center pour déguster un chicken rice de chez Tian Tian, la star locale du chicken rice évidemment. Ambiance survoltée et poulet moelleux à souhait, le tout arrosé d’un passion fruit juice glacé. Et puis, je me traîne à nouveau jusqu’aux couloirs réfrigérés du métro pour aller voir de plus près (et de jour) à quoi ressemble le MBS. C’est tellement énorme qu’ils ont construit une station de métro qui arrive directement dans les sous-sols de l’hôtel qui ne sont en fait qu’un gigantesque shopping mall de luxe (achetez des actions Cartier, je peux vous assurer que l’entreprise se porte bien…). A l’intérieur, fontaines acrobatiques, canal digne du Venetian (un autre casino vegasien) avec gondoliers qui te font faire un petit tour à la rame et restos chics (Guy Savoy et Wolfang Puck, rien de moins). Je lèche un peu les vitrines mais je ne suis pas là pour ça. Je suis là pour monter au Ku Dé Ta (admirez le jeu de mots), le bar panoramique du 57ème étage. Heureusement pour moi, le dress code n’est imposé qu’à partir de 18h, je peux donc monter en tongs boire un thé et profiter de la vue.

Tant de calme, luxe et volupté de boutiques, la tentation est trop forte, je finis par craquer. Rassurez-vous, je ne me suis pas offert un imper Burberry ni une paire de Louboutin mais juste une crème cosmétique beaucoup trop chère et une boîte de macarons. Avec un peu de chance, j’ai calmé mon envie de shopping pour quelques mois.

Mais avec tout ça, il est déjà tard, c’est l’heure de rentrer parce que ce soir, j’ai rendez-vous. Ce soir, je fais la tournée des bars grands ducs avec un ami qui habite à Singapour et que je n’ai pas vu depuis 10 ans (ouh là là, ça nous rajeunit pas ma bonne dame !). L’occasion de visiter quelques quartiers bien sympas, de boire autant d’alcool en une soirée qu’au cours des 6 mois (pas de panique, rien d’extraordinaire, j’ai dû boire 4 bières depuis le mois de septembre…), de refaire le monde et de fêter comme il se doit ma dernière soirée en terre asiatique car oui, mesdames et messieurs, demain, c’est le grand jour, demain, je me mets la tête à l’envers, demain, je passe dans l’hémisphère sud !

Mais mon vol pour Sydney (Syyyyydneyyyyy, woaw !) n’étant qu’à 20h, j’ai encore le temps de prendre 2 aspirines (nan, je rigole), d’aller manger (quand je vous dis que c’est super important ici, c’est pas des blagues) avec Cat (avec qui j’avais traversé le plateau des Bolovens au Laos, souvenez-vous) dans un food center où elle me fait découvrir son dessert singapourien préféré, un espèce de flan au lait de soja pas très sucré. Mouais… intéressant mais pas de quoi vendre sa mère.

Et puis, on papote, on papote et voilà, c’est l’heure d’aller récupérer mon sac à la guest house, de prendre le chemin de l’aéroport, de bien vérifier que je n’ai aucun liquide dans mon sac, de faire tamponner mon passeport, de flâner au milieu du monstrueux duty free (le shopping, y a que ça de vrai !) et d’avaler une dernière soupe de nouilles en regardant le soleil se coucher sur le tarmac. En passant, si un jour vous avez une longue escale à faire quelque part en Asie, je vous suggère Singapour, l’aéroport est fantastique : free wifi partout, transats pour ceux qui ont envie de faire dodo, jardins… quand je repense à Roissy, j’ai presque honte.

En montant dans l’avion, je réalise soudain que l’Asie, c’est bel et bien fini. J’avais trouvé de nouveaux repères, pris de nouvelles habitudes, je m’étais acclimatée à cette chaleur moite qui m’était littéralement tombée dessus en sortant de l’aéroport de Delhi. Quand reposerai-je les pieds dans le coin ? Aucune idée… Mais là tout de suite, difficile de croire que demain, je n’entendrai plus ces accents, je ne sentirai plus ces odeurs, je ne verrai plus 4 personnes sur la même moto, je ne négocierai plus ma course en tuk-tuk. Demain… BACK TO CIVILISATION !!

Photos ici.

La jolie Penang

Me voilà donc à Penang. Plus précisément à Georgetown, capitale de l’île de Penang, un assez gros confetti posé entre la péninsule malaisienne et l’Indonésie au milieu des eaux turquoise de ce petit morceau de l’océan Indien qu’on doit appeler ici le détroit de Malacca.

Et pourquoi avoir choisi Penang comme première étape malaisienne ? D’abord parce qu’il faut savoir qu’en Malaisie, il n’y a pas que Kuala Lumpur et puis Georgetown est classée au patrimoine mondial de l’Unesco (d’après moi, ça ressemble aux Canaries, le côté joli des Canaries bien sûr, pas la côte bétonnée…).

La particularité de la Malaisie c’est que si ses habitants s’appellent les Malaisiens, ils ne sont pas tous malais. La population de la Malaisie est composée de Malais, de Chinois et d’Indiens (principalement). Il y a fort fort longtemps, la péninsule était située idéalement sur la route maritime empruntée par les navires marchands entre l’Asie du sud-est et l’Inde. Evidemment, l’endroit a également attiré les colonisateurs de tous poils et c’est donc devenu un de ces coins de la planète où cohabitent et se mêlent des gens d’ethnies différentes, de religions différentes, de traditions différentes, le tout dans un délire de couleurs, d’odeurs et de saveurs.

Bref, la Malaisie, c’est chouette.

Mais avant d’en arriver à cette constatation, revenons un peu à mes premiers pas malaisiens (alors, une bonne fois pour toutes, malaisien, c’est l’adjectif qui caractérise l’appartenance à la Malaisie, et malais, c’est l’adjectif qui définit une personne appartenant au groupe ethnique malais).

Après un voyage terrifiant en avion et avoir poireauté pas loin d’une bonne heure à la douane, j’ai soudainement réalisé que je venais d’atterrir en pays musulman : les douanières portent toutes le voile. La mienne est sympa, elle ne pose pas son tampon en plein milieu d’une nouvelle page mais elle le colle sur une page déjà bien entamée… merci ! Je réalise en même temps qu’il va falloir se mettre au bahasa melayu, la langue malaisienne (pas de bol, je commençais juste à maîtriser le kop koon kâââ !). Histoire de dire « Bonjour » et « Merci » correctement.

Pour arriver en ville, facile, je prends le bus 401 (ça, c’est la guesthouse qui me l’a dit). Et ultra facile, je dois descendre dans la rue Carnavon. Mouais… Sauf que je ne comprends rien aux arrêts, que le bus s’arrête parfois quand y a pas d’arrêt et ne s’arrête pas quand il y en a, qu’il n’y a rien de chez absolument rien d’inscrit sur les fameux arrêts et que je vais mettre près d’une demi-heure à comprendre que le plan qui est affiché dans le bus n’est en fait que la longue liste des rues que le bus emprunte et non la liste des arrêts. Pour ne pas gâcher le plaisir, il fait bien chaud, le bus est bondé et un petit papi va finir par tomber dans les pommes et s’écrouler dans les bras d’un Allemand qui passait par là. Aussitôt, branle-bas de combat, une dame se lève pour qu’on installe le papi à sa place et deux autres lui collent quelques claques et lui mettent quelques gouttes d’huile essentielle de perlimpimpin sous le nez. Papi finit par revenir à lui mais clairement, ça va pas fort. Sa tête dodeline de droite à gauche et il est tout blanc. Mais tout ça ne perturbe pas le moins du monde le chauffeur qui continue à rouler à tombeau ouvert. Bref, je finis quand même par descendre dans la bonne rue et par trouver ma guesthouse alors que de gros nuages noirs bien menaçants sont en train de s’amonceler au-dessus de ma tête. D’ailleurs, il tarde pas à se mettre à pleuvoir et la rue se transforme en torrent.

Mais rien ne m’arrête quand j’ai faim alors c’est sûrement pas ce mini-déluge qui va m’empêcher d’aller découvrir la mondialement connue (paraît-il…) street food de Penang. Au bout de la rue se sont installés des stalls, des stands de street food avec des tables et des chaises. L’idée c’est de trouver une table (ou juste un tabouret) et de commander ce qu’on veut aux différents stands. Alors je me laisse guider par l’odeur et je tente un char kway teoh, des nouilles plates sautées avec des fruits de mer et un peu d’œuf, le tout arrosé d’un somptueux jus de fruit de la passion… rien à dire, la street food de Penang, ça vaut son pesant de cacahuètes et en plus, ça coûte une poignée de kopecks.

Le lendemain matin, le soleil est revenu, il fait donc 40°C à l’ombre dès 10h du matin (oui, l’équateur n’est plus très loin). Je pars donc gaillardement faire un tour de la ville qui n’est pas si grande. Alors, où peut-on voir en moins d’une heure une mosquée, un temple confucéen, un temple bouddhique et la plus vieille église anglicane d’Asie du sud-est ? Ah bah oui. C’est ici. C’est d’ailleurs ce qui fait tout le charme de la Malaisie en général et de Penang en particulier. Et dans la rue, c’est pareil. Des Indiennes en sari, des femmes en abaya, des Chinoises en short, des trishaws (la version locale du cyclopousse), des colliers de jasmin, de l’encens qui brûle devant des dragons, le muezzin qui se met à chanter et les cloches qui sonnent à midi. Sacré mélange !

Et partout, des stalls. Des nouilles, du riz, des crevettes séchées, des raviolis, des montagnes de fruits… ouh là là ! mais comment se fait-il que personne ne m’ait parlé de la Malaisie plus tôt ? C’est un peu le paradis ici ! Le paradis… ou l’enfer à vrai dire. Parce que la chaleur devient vite un véritable problème : je suis à 2 doigts de faire cuire un œuf au plat sur ma tête. Du coup, après avoir poussé la balade jusque sur les docks où sont historiquement installés les clans chinois, c’est rapatriement à la guesthouse pour se coller contre le ventilateur (oui, la clim, ça coûte trop cher, on ne la met que la nuit et de toute façon, elle ne marche pas…). Et on prend son courage à 2 mains pour aller jusqu’au 7-Eleven chercher une bouteille d’eau glacée toutes les 30 minutes. Et encore, il paraît que dans un mois il fera encore bien plus chaud. Je veux pas le savoir, je ne serai plus là, là, j’ai juste l’impression de me liquéfier à vue d’œil…

Le lendemain, je reprends mon exploration des petites ruelles bien sympathiques de Penang mais avec un thème : aujourd’hui, c’est street art chasse aux trésors. Je suis pas vraiment ce qu’on pourrait appeler une fan de street art mais ça change un peu alors je pars d’un pas vif, ma carte dans une main et mon appareil photo dans l’autre. Bon, le pas vif, ça dure à peu près 10 minutes. Après, je cherche surtout l’ombre… Mais pour la partie street art, c’est un succès ! Il y a plein de petits dessins (et parfois des grands) qui habillent les murs de la ville. Des fois, ce sont des structures métalliques rigolotes, un peu genre BD. En tout cas, c’est très sympa. Au hasard de mes déambulations, je passe devant le Eastern & Oriental Hotel, LE palace de la ville (… comme le hasard fait bien les choses…), dans lequel ont séjourné Joseph Conrad, Orson Welles ou Charlie Chaplin. Du coup, sans hésiter, je pousse la porte (enfin… le groom me l’ouvre, évidemment) et je vais faire un tour au bar admirer la vue sur la baie de Georgetown… Pas mal !

Une fois que j’ai bien froid (c’est drôle comme il faut toujours qu’ils poussent la clim à fond dans les pays où on crève de chaud), je repars dans la fournaise (on ne s’étonnera donc pas que je sois super enrhumée) achever ma mission street art. Chaque coin de rue est prétexte à un petit rafraîchissement : une glace maison par-ci, un thé glacé par-là… jusqu’au soir où je termine sur un wan tan mee, une bonne soupe brûlante avec des raviolis qui flottent dedans. Bon, de toute façon quand t’as chaud, t’as chaud, c’est pas une petite soupe qui va changer grand-chose.

Bref, Penang c’était fort joli et fort agréable. Avec 10 degrés en moins, ça aurait été parfait (bah si, je me plains un peu quand même). Malheureusement, l’horloge tourne, c’est déjà l’heure de repartir et là, changement de décor complet parce que demain, je vais à… Kuala Lumpur !!

Je sais pas vous mais moi, rien que quand on dit « Kuala Lumpur », je trouve ça fascinant… Rendez-vous demain, donc !

Photos ici.

Je n’ai besoin de perrrrrsonne…

… en Harley Daviiiiidson !

Faut le savoir, le Vietnam est le pays des Easy Riders.

Keskecéssa les Easy Riders ? Ce sont des guides à motos (les étrangers n’ont officiellement pas le droit de louer une moto) qui vous emmènent sur des circuits de un à plusieurs jours hors des sentiers battus dans la campagne et les montagnes vietnamiennes. Comme on est quand même au royaume du fake, il existe une assez grande variété d’Easy Riders, Free Riders, etc… Ce qui ne veut pas dire qu’ils ne sont pas bons, ni que les « vrais » Easy Riders sont tous exceptionnels : faut faire le tri.

Moi, j’ai pas eu besoin. Truong, un Easy Rider (un « vrai » en plus), m’est littéralement tombé dessus à la sortie de l’hôtel à Danang. J’avais pas tout à fait prévu de passer les 2 jours suivants avec lui mais son sens aigu du marketing a perturbé mes plans pour mon plus grand plaisir. Sur la route de Hoi An, il n’a pas cessé de me vanter les mérites d’une petite virée dans les montagnes pour aller voir des villages paumés habités par quelques minorités ethniques diverses et découvrir des paysages que je n’aurais pas pu voir depuis la fenêtre d’un bus. On se met bien d’accord sur l’itinéraire et en arrivant, je signais. Rendez-vous donc le lendemain matin à 9h pour 2 jours de balade dans un coin où Google Map ne sait même pas qu’il y a des routes (enfin des routes… des chemins… enfin… quand c’est pas inondé, ça ressemble à des chemins). Bref, en attendant, j’ai passé l’après-midi à flâner dans les rues de la petite Hoi An.

Hoi An, c’est assez différent des autres villes vietnamiennes que j’ai eu l’occasion de traverser jusque là. C’est une petite ville historique pleine de charme et donc de touristes.

Du IIème au Xème siècle, ce fut un important port maritime du royaume du Champa et les archéologues ont découvert aux alentours les ruines de nombreux monuments de cette époque. Du XVème au XIXème siècle, Hoi An, connue alors sous le nom de Faifo, devint un des principaux ports de commerce internationaux de l’Asie du sud-est. Chinois, Japonais, Néerlandais, Portugais, Espagnols, Indiens, Philippins, Indonésiens, Thaïlandais, Français, Britanniques et Américains vinrent tous s’y approvisionner en soie, étoffes, papier, porcelaine, thé, sucre, mélasse, noix d’arec, poivre, plantes médicinales chinoises, ivoire, cire d’abeille, nacre, laque, soufre et plomb. Au printemps, les navires étaient poussés au sud par les vents de mousson. Les marchands séjournaient alors à Hoi An jusqu’à l’été, reprenant la mer avec les vents du sud. Au cours de leurs quatre mois en ville, ils louaient sur le front de mer des maisons qui servaient à la fois d’entrepôt et de résidence. Certains d’entre eux y installèrent par la suite des représentants habilités à gérer leurs affaires sur place le reste de l’année : c’est ainsi que s’implantèrent les premières colonies étrangères.

Ce fut également par Hoi An que le christianisme pénétra au Vietnam. De tous les missionnaires du XVIIème siècle, le plus célèbre fut le père Alexandre de Rhodes, inventeur de l’écriture quoc ngu qui a romanisé la calligraphie de la langue vietnamienne (qui s’écrivait auparavant avec des signes chinois).

A la fin du XIXème siècle, l’ensablement du fleuve Thu Bon qui relie la ville à la mer commença à gêner la navigation et Danang éclipsa donc peu à peu Hoi An en tant que port et centre du commerce. Cependant, cet ensablement lui a permis d’échapper aux destructions de guerre américaine car les navires de guerre ne pouvaient pas s’y aventurer. La vieille ville a donc gardé son visage d’il y a 200 ans et a été classée au Patrimoine Mondial de l’Unesco depuis 1999. Depuis, l’Unesco s’efforce de préserver près de 800 bâtiments historiques dans Hoi An.

Donc voilà, ici, les maisons sont basses, peintes en jaune moutarde (une couleur qu’affectionnaient particulièrement les colons… les goûts et les couleurs…), les fils électriques sont relativement démêlés et des tas de lampions sont suspendus aux balcons, dans les arbres, sur les ponts… partout !

La ville a toujours été réputée pour la confection de vêtements mais aujourd’hui, la demande des touristes a fait surgir un nombre de boutiques de tailleurs fabuleux pour une si petite province (probablement plus de 500 juste dans la vieille ville). Du coup, on ne sait plus bien si les gens viennent à Hoi An pour admirer le patrimoine architectural ou se faire refaire une nouvelle garde-robe. La présence massive des touristes a également apporté tout un lot de restos et de bars branchés et tout ceci a donc un petit air de Disneyland mais l’ambiance est plutôt sympathique. En tout cas, après Danang, c’est plutôt agréable !

Je me suis donc baladée le nez en l’air (y a pas de motos et de voitures dans la vieille ville, tu ne risques pas de mourir à chaque changement de trottoir), entre les temples, les pagodes et les vieilles maisons dont certaines ont presque 200 ans et sont toujours habitées par la même famille.

Et bien sûr, j’ai testé pour vous les spécialités du coin : les white roses (des petites crevettes cuites à la vapeur dans une pâte de riz genre ravioli pas fermé) et le cao lau (des nouilles avec du porc, du soja, des herbes, des croûtons et un fond de bouillon qu’on ne sait pas ce qu’il y a dedans mais que c’est bon).

Le lendemain, c’est donc l’heure de retrouver Truong et ses câbles en caoutchouc pour fixer mon sac à l’arrière du bolide. On part d’abord pour MySon, considéré comme l’Angkor Wat du Vietnam (en 100 fois plus petit), un site sacré pour les Chams entre le IIème et le XIème siècle, où on peut déambuler à travers les ruines des temples et autres tours qui ont été découvertes par l’archéologue français Henri Parmentier à la fin du XIXème siècle. Rico avait réussi à convaincre suffisamment de gens qu’il fallait restaurer et préserver ces monuments quand les bombes américaines rasèrent les trois quarts de ce qui restait debout. Et pourquoi donc les Américains bombardèrent-ils intensément un tas de vieilles briques ? Parce que les Viêt-Congs avaient eu la bonne idée d’établir un quartier général à MySon… D’ailleurs, sur le site, on peut observer quelques beaux cratères et on se dit que les dernières reliques ont eu chaud aux fesses. Oh ! Quand je parle de reliques, je parle pas des cars de vieux croûlants qui se déversent à intervalles réguliers entre les ruines ! Ça tient d’ailleurs du miracle que je vous ai fait des photos avec à peu près personne dessus…

En tout cas, je confirme, j’aime bien les Chams. C’est sympa leurs petites constructions. Ca manque un peu de fenêtres à mon goût mais c’est joliment sculpté, les briques sont ingénieusement imbriquées et la jungle environnante donne un petit côté mystérieux à tout ça, c’est sympa.

Bon évidemment, dans cette forêt bien humide je suis tombée sur une de mes petites copines à 8 pattes préférées… Mais elle est restée sagement dans sa toile, et on s’est quittées en bon terme.

Après cet intermède culturel, j’ai sauté en selle derrière Truong et on a roulé, roulé, roulé en direction de Prao, à quelques kilomètres de la frontière laotienne. En chemin, j’ai vu des poules qui géraient un atelier de tissage, des maisons comme au musée ethnologique d’Hanoi (comme quoi, dans les musées, ils ne racontent pas n’importe quoi), des rizières vertes fluo, des mamies sans dent, tous les hommes du village au bar en train de picoler pendant que les femmes font tout le boulot (c’est la tradition, il paraît…), des enfants qui crient « Hello, hello ! » et moi, j’ai fini par me prendre pour la reine d’Angleterre à agiter la main et à sourire à tout ce petit monde le long de la route. C’était rigolo.

Le soir, on a dormi à Prao, où y a rien à faire à part manger des banh xeo (des crêpes de riz croustillantes avec du soja et de la crevette) et boire des bières… et c’est donc frais et dispos qu’on a repris la route le lendemain pour retourner vers la côte et revenir à Hoi An, non sans faire quelques stops en chemin pour visiter encore un ou deux villages et une école où comme tous les enfants du monde, les petites filles sautent à l’élastique pendant que les garçons jouent au foot.

Je soupçonne Truong d’avoir pris exprès les pires routes qui existent pour m’impressionner mais si vous connaissez des gens qui travaillent dans le goudron, j’ai découvert un marché d’avenir… Incroyable d’imaginer que les gens n’ont que ces petits chemins boueux et plein d’ornières (et encore, on n’est pas à la pire saison) pour se déplacer dans cette région ! Par chance, on n’a pas vu une goutte de pluie en 2 jours. Sinon, il paraît que les bains de boue, c’est très bon pour la peau…

Et puis, voilà, je suis descendue de mon cheval (oui, parce qu’après 2 jours sur une moto, tu marches comme un cow-boy…), j’ai dit au revoir à Truong et j’ai fait comme tout le monde : j’ai succombé à la folie du « sur-mesure » et je me suis fait faire un beau manteau en laine pour l’hiver prochain… En avais-je besoin ? Non. Cela m’encombre-t-il furieusement ? Oui. Vais-je devoir expédier un nouveau colis as soon as possible ? Oui. Pfff…

Mais peu importe. Si vous passez dans le coin, n’hésitez pas, contactez un Easy Rider, ça vaut vraiment le coup. Et si vous voulez traverser tout le pays à moto, c’est possible aussi. Mais là, il aurait fallu plusieurs jours à mon auguste postérieur pour s’en remettre alors j’ai opté pour la solution confortable de facilité : ce soir, je prends le bus de nuit pour Nha Trang, 550kms encore plus au sud (mais où cela s’arrêtera-t-il ?) où je vais passer quelques jours à profiter du micro climat de « la plus belle plage du Vietnam »…

Photos ici.

La Baie d’Halong

C’est donc le moment où je vous avoue mon petit secret inavouable… Si je suis particulièrement attirée par le Vietnam, c’est pas parce que je me sens liée d’une quelconque manière à ce pays mais parce que je suis tombée amoureuse de Vincent Perez dans Indochine quand j’avais 14 ans… et j’ai failli étrangler mes frères quand ils ont enregistré Street Fighter par dessus ma cassette VHS fétiche… (ça les a fait rigoler, ces imbéciles…) Oui, bon, bah tout le monde a traversé cette période un peu difficile où tu te maquilles dans les toilettes du collège et où tu effaces le tout avant de rentrer à la maison, où tu es fan des 3T et où tu achètes Star Club en cachette (Non ? Pas tout le monde ? Ah bon, je croyais…).

Bon bref, depuis cette belle époque, je me suis dit « Un jour, j’irai voir la Baie d’Halong, en vrai ! ». Et bah voilà, c’est aujourd’hui. Et histoire d’en profiter comme il faut, grâce à mes gentils collègues qui aiment que je leur envoie des cartes postales, je m’offre même une croisière sur une jonque « deluxe » !

Mais reprenons parce que pour l’instant, on n’est pas encore sur la jonque, il est 4h du matin, on vient de débarquer à Hanoi et le minibus qui nous emmène à Halong ne part qu’à 7h30 donc on est condamnées à se congeler traîner sur les bancs de la gare et à éconduire régulièrement les chauffeurs de taxi qui ne comprennent pas pourquoi on a élu domicile là.

La bonne et improbable surprise c’est qu’à la gare d’Hanoi, y a le wifi. J’en profite donc pour réserver un billet d’avion pour Danang parce que c’est le même prix qu’un billet de train mais ça dure 20 fois moins longtemps (une grosse heure d’avion contre 20 bonnes heures de train pour 35 euros… Vietnam Airlines a gagné !). C’est là que la Poisse refait une apparition éclair… Avant de partir j’ai désactivé le numéro de téléphone lié à ma carte bancaire parce que j’avais l’intention de suspendre mon forfait. Quand tu payes un truc sur internet, parfois, on te demande un code de vérification qu’on t’envoie sur ton téléphone. Si tu as suspendu ton forfait, tu ne reçois pas le code et donc, t’es coincé. Sauf que. Le site internet où tu fais ton achat, il s’en fout, il veut un code de confirmation. Mais heureusement, là, Vietnam Airlines me proposait de payer « plus tard » (dans les 12 heures), en allant à un distributeur Vietcombank. Je fais donc ma réservation et je me mets en quête d’un ATM Vietcombank. Sauf que. On est à la gare, il est 4h du matin, tout est fermé, les rues ne sont même pas éclairées. Je me dis, c’est pas grave, je vais avoir le temps d’en trouver tout à l’heure avant de partir pour Halong. Sauf que. En fait, non. J’en trouve pas. Je me dis, c’est pas grave, je vais perdre ma réservation et j’en referai une quand on reviendra à Hanoi samedi soir (oui, parce qu’elle a beau être « deluxe » la jonque, elle a pas le wifi).

En attendant, on part donc pour Halong où on embarque à bord du Victoria Star, où y a plus de personnel de bord que de touristes, où on mange des palourdes avec des baguettes, on boit des cocktails, on rêvasse devant les milliers de cailloux qui sortent de l’eau dans l’eau turquoise (oui, c’est bizarre, même sous les nuages, l’eau est turquoise…), on fait plein de photos, on reboit des cocktails, on s’endort en écoutant le clapotis de l’eau, on fait du tai-chi sur le sun deck (y a pas de sun de toute façon), on ré admire les cailloux et on finit par un brunch gargantuesque avant de retrouver la civilisation. Deux jours de luxe, calme et volupté. Fantastique. Non c’est vrai, j’ai l’air de passer vite, là, comme ça. Mais c’était vraiment ma-gni-fique. Moi, je pourrais y passer une semaine. Bon, ça deviendrait peut-être un peu lassant mais c’est une des plus jolies choses, si ce n’est LA plus jolie, que j’ai vues depuis que je suis partie. La prochaine fois, j’y vais au printemps, quand il fait suffisamment chaud pour se baigner dans la baie. Et la fois d’après, j’y vais quand il pleut pour faire des photos mélancoliques. Et la fois d’après…

Vraiment, ça vaut le coup, c’est bien plus beau que la carte postale.

Et puis finalement, j’arrive même à refaire une réservation pour mon vol pour Danang le samedi midi en attendant le minibus qui nous ramène à Hanoi. Bon, le billet a pris 500 000 dongs dans la vue mais de toute façon, j’ai refait tout mon planning des 15 prochains jours et je veux pas prendre le train donc…

Evidemment, à peine 20 minutes après être parties d’Halong, le minibus s’arrête sur le bord de la route, le chauffeur descend avec l’air soucieux… on a crevé, tout va bien. Il va mettre plus d’une heure à changer la roue qui est coincée et ça se finira avec un petit gars qui se glissera sous la voiture pour taper comme un sourd au marteau sur l’essieu. En arrivant à Hanoi, on se met donc en quête d’une Vietcombank. Qu’on trouve. J’insère donc ma carte bleue et là, la Poisse, je peux retirer de l’argent mais sûrement pas payer une quelconque réservation… Retour à l’hôtel, je reprends le mail de confirmation de la réservation et là, je découvre que… faut avoir une carte bleue vietnamienne pour pouvoir utiliser l’option « plus tard »… (je vous jure que c’était pas marqué sur la page Purchase). Donc, je fais une troisième réservation (le billet a encore pris 400 000 dongs supplémentaires, ça devient du délire), et là, je réactive mon numéro de téléphone parce qu’en fait, j’ai pas suspendu mon forfait (oui, bon, ça c’est débile aussi mais c’est une autre histoire) et je peux enfin payer ce fichu billet. Vous savez le pire ? J’aurais très bien pu faire ça la veille à la gare d’Hanoi… Bref, je suis un peu agacée.

Mais c’est la dernière soirée au Vietnam de ma mère, on n’est pas là pour ronchonner, on va donc fêter ça avec un délicieux Bun bo Nam Bo et une bière avant de prendre le taxi pour l’aéroport. Taxi honnête au premier abord puisqu’il me dit qu’il faut payer au compteur. Au premier abord… parce que le compteur défile, défile, défile et dépasse allégrement le tarif normal pour ce trajet (que j’ai déjà fait 2 fois donc je ne vais pas me laisser faire !). Je commence donc à lui dire que le prix n’est pas normal et là, il s’insurge. Il s’arrête sur le côté de la route (en fait, on est à 500 mètres de l’aéroport mais ça, je ne le découvrirai qu’après), coupe le moteur et appelle sa compagnie de taxi. S’ensuit un dialogue fort animé en vietnamien puis il me passe le téléphone. Là, une gentille madame m’explique que selon les compagnies de taxi les tarifs sont différents (du simple au double ? tiens, tiens, comme c’est intéressant…) et que je dois payer ce qui est indiqué au compteur. Je refuse, j’explique mais en fait, la petite dame ne connait que 3 phrases en anglais donc elle ne comprend rien de ce que je lui dis, donc je répète, plusieurs fois, puis ça finit par m’agacer donc le ton monte et elle finit par me dire de payer 350 000 dongs (ce qui est à peu de chose près un tarif correct bien qu’un peu élevé). Je lui repasse le chauffeur, on redémarre, on s’arrête 1 minute après (bah oui, on était à côté de l’aéroport en fait…), et là, le chauffeur va encore m’extorquer 30 000 de plus pour payer le péage qui est censé être inclus dans le prix de la course mais bon, là, je vais pas lui hurler dessus, on a un avion à prendre et j’ai déjà perdu assez de temps avec cet abruti. Je vais juste mettre un commentaire pourri sur sa compagnie de taxi sur Tripadvisor

Bref, je mets ma maman dans l’avion, je reprends le taxi dans l’autre sens (très gentil le chauffeur ce coup-ci mais ça tombe bien, j’étais pas d’humeur…) et je rentre me coucher parce que c’est pas tout mais demain, je retourne au boulot (mouahahahaha ! c’est toujours aussi drôle !) reprends ma routine, direction Danang, dans le centre du pays où j’espère bien que les températures vont recommencer à être supportables (au-dessus de 20°C j’entends).

Photos ici.

Chez Tonton Ho

Depuis vendredi dernier, je ne suis plus toute seule à crapahuter sur les chemins vietnamiens : ma mère est venue me rejoindre pour une petite dizaine de jours.

Après l’avoir laissée se remettre un peu du décalage horaire, nous avons donc arpenté la vieille ville d’Hanoi et le quartier des 36 corporations en essayant de se frayer un chemin entre les cyclos, les motos et les cages à oiseaux qui envahissent les trottoirs. Keskecéssa le quartier des 36 corporations ? Au XVème siècle, chaque rue de cette partie de la ville prit une spécialité professionnelle, représentant un seul métier ou corporation, souvent celle d’un village entier du delta (du Mékong). Les choses ont relativement peu évolué depuis et on peut déambuler dans la rue des peignes, celle des bols en bois ou encore celle de la soie. Plutôt intense autant sur les trottoirs que sur le bitume ! Nous avons aussi vu un spectacle de marionnettes sur l’eau (un art tout spécifiquement local, rigolo) et nous avons fini par déguster un des meilleurs bun bo nam bo du quartier (d’ailleurs si vous passez dans le coin, n’hésitez pas à aller dans la gargote du même nom dans Hang Ga, la rue juste en face du marché Hang Da). En rentrant doucement jusqu’à notre hôtel (le Especen Hotel, à 2 pas de la cathédrale Saint Joseph, catégorie légèrement au-dessus de mon standard habituel mais très bonne adresse), nous avons fait du tour du lac Hoan Kiem où nous avons pu admirer les qualités artistiques insoupçonnées des Hanoiens : danse, fitness… les Chinois n’ont qu’à bien se tenir, ici aussi on sait s’amuser !

Le lendemain, nous avons sauté sur 2 motos taxis (le meilleur moyen de se déplacer en ville et puis c’est rigolo) pour aller visiter le Temple de la Littérature, la première université du Vietnam fondée en 1070 en et un must-see de Hanoi. Apparemment c’était un jour particulier pour les étudiants hanoiens parce qu’on en a vu une tripotée qui venaient se faire prendre en photos en toge de graduate dans le temple et on a même assisté à un discours devant un parterre de lycéens (enfin, un début de discours parce que sans les sous-titres, c’est vite devenu compliqué…). Du coup, pour nous joindre aux célébrations (du moins en pensée), nous sommes allées déjeuner chez KOTO, un resto plutôt chic créé par une association caritative, dont la vocation est de former des jeunes démunis aux métiers de la restauration. Canard aux épices délicieux et toilettes originales (je ne vous en dis pas plus, allez-y pour voir). Après cette petite pause gastronomique, nous avions la ferme intention d’aller claquer la bise à Tonton Ho dans son cercueil de cristal. Mais l’après-midi, Tonton Ho fait la sieste (encore plus profondément que le matin) alors on s’est contenté d’aller admirer sa maison (à la déco et au confort spartiate, le petit bonhomme aimait la sobriété), ses voitures de fonction (dont une Peugeot 404 offerte par les Vietnamiens de Nouvelle Calédonie) et son bassin à poissons (où les carpes ont un appétit féroce). Puis on a fait un peu de shopping souvenir (oui, ma mère voyage « normalement », elle) et on est rentré préparer nos sacs pour le lendemain parce qu’on quitte Hanoi pour Ninh Binh, le camp de base de la « Baie d’Halong terrestre ».

Mais quand même. Il n’était pas question de partir sans s’être recueilli solennellement devant Tonton Ho. Alors avant d’aller prendre le bus, on est revenu faire la queue de 300 mètres (non, vraiment, 300 mètres !) devant le mausolée, tout ça pour voir pendant 35 secondes montre en main le visage cireux et la barbichette d’un petit bonhomme qui voulait que ses cendres soient divisées en 3 et enterrées au nord, au centre et au sud du pays. Mais ici, pas question de faire des blagues. Un contingent de soldats tout de blanc vêtus vous fait sortir les mains de vos poches et vous réprimande sévèrement si vous n’avez pas l’air assez ému. Mais pas le droit non plus d’être trop ému et de s’arrêter devant la dépouille. On avance en file indienne et dans le calme et à peine de temps de se demander mais pourquoi donc dans notre civilisation qui se dit moderne et évoluée, on conserve les corps momifiées des dirigeants communistes dans des bâtiments aux dimensions gigantesques, on est déjà dehors.

L’émotion, ça creuse. Alors après ça, on s’est offert un vrai brunch (avec des eggs benedict, oui, oui) et on a pris le taxi pour la gare routière. En route pour l’aventure !

Photos ici.

Chine – le bilan

4 250kms parcourus et 78 heures de train, 7 heures de bus, 11 heures de voiture et 4 heures de vélo.

Prix d’un lit dans un dortoir : 50 yuans (soit 6 euros)

Prix d’un repas : 10 yuans dans la rue et 100 yuans dans un vrai resto (entre 1 et 10 euros quoi !)
Prix d’un McDo : 27 yuans (soit à peu près 3 euros)
Prix d’une bouteille d’eau de thé vert : entre 3 et 5 yuans



Ce qui va me manquer : la lumière du soleil d’hiver, les brochettes de nèfles caramélisées, les biang biang lamiàn, la cuisine ouïgoure, la street food en général, les chats chinois, les jardins, les tortues, les pics karstiques (mais je vais en voir plein d’autres), la musique dans les trains, les hommes qui chantent de l’opéra, la Grande Muraille, les bols de nouilles déshydratées à emporter dans le train.



Ce que je ne vais pas regretter : l’odeur du chou dofou (traduction littérale de tofu qui pue…) qui te prend par surprise au coin de la rue, le frisson dans le dos quand quelqu’un vomit se racle la gorge derrière moi, les bonnes manières des Chinois (celui qui se tripote les orteils à table, celle qui se cure le nez et s’essuie les doigts sur le rayon des dentifrices, ceux qui éternuent, bâillent, rotent sans mettre leurs mains devant leurs bouches, celui qui se rase dans le train au milieu du wagon, celle qui crache ses coques de graines de tournesol par terre dans la chambre de la youth hostel), l’épais brouillard du Sud.

 
La phrase qu’il fallait retenir : 油炸饺子吗 ? (Frits ou bouillis vos raviolis ?)
 
Bon alors, quoi penser de la Chine ?
En ce qui me concerne, ça a super bien démarré. Faut dire qu’après 3 mois chez les Indiens, ça avait un petit côté simple et reposant qui n’était pas pour me déplaire… Puis au bout de quelques temps, le manque de contact avec les Chinois a commencé à peser un peu. C’est vrai, ils sont pas envahissants, pas agaçants, limite, c’est à peine s’ils te regardent. Mais, du coup, on a du mal à communiquer.  Je crois sincèrement que les Chinois parlent beaucoup plus anglais qu’ils ne laissent le penser. C’est juste que comme il est hors de question de perdre la face (question de principe), ils n’osent pas parler et du coup, ils préfèrent ignorer le lawai.


Les Chinois sont surprenants. Enfin, plein de choses sont surprenantes en Chine. Du bon comme du moins bon. Par exemple. Ils dansent dans les parcs. Il y a 15 vendeurs dans chaque minuscule boutique alors qu’un seul suffirait. Les bébés portent des pantalons fendus aux fesses et donc se les gèlent (les fesses). Ils adorent les pattes de poulet. Les femmes portent des manchettes avec des élastiques à chaque bout sur leurs manteaux. Les filles sont en micro-short partout tout le temps. Les coiffeurs sont tous des hommes. Ils peignent  les troncs d’arbres en blanc. Ils hurlent (littéralement) dans leurs téléphones portables. Ils installent  des machines à rayons X à l’entrée des gares mais y a personne pour regarder l’écran.
 
Pour le côté un peu décevant je dirais… les sites touristiques (excepté la Grande Muraille). Peu de choses à voir (en même temps, ils ont tout démoli pendant la Révolution Culturelle) et peu de sites adaptés aux non-chinese speakers. Cela étant dit, je ne suis pas beaucoup allée à la campagne et je ne suis pas allée partout, y a peut-être des trucs très intéressants à voir dans les autres provinces. Parce que c’est ça le problème en Chine. C’est tellement grand et tellement varié du Nord au Sud qu’il faudrait 6 mois pour en faire le tour. Et j’ai vraiment pas l’impression d’en avoir eu une vision exhaustive.
 
Et puis y a eu LA révélation. La cuisine chinoise… Je veux dire, la vraie cuisine chinoise. Pas celle que tu manges à Paris. Non, non. Celle-là, j’aime toujours pas. Mais ce que tu manges ici… c’est juste fantastique. Et c’est fantastiquement pas cher aussi. D’ailleurs, ça aussi, c’est surprenant. Comme se fait-il que la nourriture soit si peu chère ? Et surtout, pourquoi ne peut-on pas avoir la même chose chez nous ?

Bref, c’était bien sympathique cette petite virée chez les canards laqués. On en referait bien une, tiens ! Maintenant que je sais compter sur mes doigts (jusqu’à 10 hein, après, c’est foutu !), je suis sûre de pouvoir me débrouiller partout !

Et puis j’ai entendu dire que dans 50 ans, la France aura été rachetée par les Chinois. Aucun problème. S’ils viennent avec leur street food, je les accueille à bras ouverts.

 
Allez, en cette période festive, je vous fais un petit cadeau : 5 minutes pour vous donner envie de venir chatouiller le menton du Grand Timonier…



Hé… je crois que j’ai fait du bon boulot avec celle-là, je vais en parler à l’Office National du Tourisme chinois, non ?

Et un riz cantonais, un !

On aurait tendance à se dire à Guangzhou-Canton, tu trouves du riz cantonais à tous les coins de rue… Et bien non ! C’est même plutôt difficile à trouver. Au point que j’ai fini par me dire que le riz cantonais, c’est encore une invention de nos restos franco-chinois (comme les nems, hein, les Chinois ne mangent pas de nems). En fait, ici, la spécialité c’est plutôt le poisson. D’eau douce. Et moi, la feignasse, éplucher son poisson avec des baguettes… pfff ! ça me fatigue rien que d’y penser !

Mais passons ces considérations gastronomiques. Comment donc ça se passe à Guangzhou ? Bah, bien. Plutôt bien, même. En t-shirt plus précisément. Ha ha ! Je vous l’avais dit ! Fini l’hiver ! On est le 15 décembre, il fait 25°C, c’est la fête.

Guangzhou est située dans le delta de la Rivière des Perles, la 3ème plus grande rivière de Chine longue de près de 2200kms. La ville est donc à cheval sur plusieurs îles reliées entre elles par tout un tas de ponts aériens et souterrains et tout un tas de ferrys. Autant dire que pour la balade au bord de l’eau, c’est la ville idéale. Je continue donc mon entraînement intensif à la marche nordique (ça va pas non ? j’aurais pas l’air débile à agiter mes bras comme une forcenée !) parce que la meilleure façon de découvrir une ville, c’est de s’y promener et de s’y perdre. Le truc c’est que je dois être en train d’acquérir un nouveau super pouvoir (je vous ferai la liste des autres une autre fois…) parce que je ne me perds plus. Ou plus vraiment. Je sais toujours où est la rivière, le plan du métro rentre dans ma tête en 3 minutes et je suis quoisiment capable de faire les correspondances les yeux fermés au bout d’une demi-journée. C’est étrange… mais ça va sûrement pas durer !

Bon alors, inventaire. J’ai donc vu :

  • une charmante petite île (Shamian) où les Anglais et les Français avaient installé des entrepôts au XIXème siècle et qui était alors interdite aux Chinois. Depuis, ils se sont bien vengés et c’est devenu LE spot de la photo de mariage kitschissime du coin, notamment devant l’église Notre Dame de Lourdes (bah c’était bien la peine de venir jusqu’ici pour voir Notre Dame de Lourdes…).
  • un très joli jardin des orchidées ou je me suis fait la réflexion que c’était bizarre quand même, y avait pas d’orchidée… Normal, on est en décembre, elles ne sont pas en fleurs à cette saison… Mais y avait de très jolies tortues qui jouaient à cache-cache sous les nénuphars et avec qui j’ai eu une longue conversation…
  • la nouvelle ville de Zhujiang avec des tours toutes plus hautes et plus extraordinaires les unes que les autres (ils ont même un Guangzhou Empire State dites donc !).
  •  le nouveau musée de Guangzhou (dans la nouvelle ville bien sûr) avec une expo hyper rigolote sur l’histoire, les ressources et la culture du Guangdong (avec des squelettes de dinosaures et des personnages en cire).
  •  l’Institut du Mouvement Paysan… Alors là, perplexité. C’est censé être une école dans les locaux d’un temple confucéen qui n’a fonctionné que 2 ans (entre 1924 et 1926). Et… who cares ??? me direz-vous. Bah, c’est un endroit important parce que Mao y a enseigné et qu’on peut y voir son bureau et son lit (enfin, en temps normal parce que, évidemment, quand je suis passée, il était fermé…). Je maintiens : perplexité.
  •  le marché au thé de Fangcun où se regroupent des grossistes en thé sous toutes les formes possibles (en feuilles, en poudre, en fleurs, …) et où on peut trouver tout le nécessaire et le superflu pour conserver, préparer, servir et boire du thé.
  • le parc Liwan, un peu Disneyland mais rigolo avec plein de Chinois qui jouent à s’envoyer un volant de badminton au pied… du « footminton » ?
  •  un Chinois qui menaçait de sauter d’un pont. Il brandissait une feuille de papier qu’il montrait aux badauds qui le prenaient en photo (non, ils n’essayaient pas de le faire repasser de l’autre côté de la barrière, ils faisaient plutôt des paris sur est-ce que le gars va vraiment sauter ou pas…). Et je ne sais pas comment s’est fini l’histoire (il a mis trop de temps à se décider) mais même s’il a sauté, y avait que 5 mètres, il a pas dû se faire très mal.

Et puis je me suis encore fait des copines chinoises dont une (Fanny, oui, elle a un prénom chinois, un prénom anglais et un prénom français, ça permet de s’adapter à son environnement) qui parlait un français plus qu’honorable et qui me dit « Oui, j’apprends le français à l’université depuis 2 ans, c’est ma spécialité ! » WHAT ??? 2 ans ??? Et elle est bilingue ??? Hum hum. Môsieur le Ministre de l’Education Nationale (je ne sais pas comment tu t’appelles, tu changes tout le temps), viens donc faire un tour en Chine, ils ont l’air efficaces dans l’enseignement des langues étrangères… Et devinez quoi ? Elle adooooooore Paris. Bon, elle y a jamais mis les pieds. Mais elle était rigolote et bien meilleure au billard que moi (mon dernier entraînement devait remonter à un certain bar corse… c’est pas tout récent).

Oh ! Et je vous ai pas parlé de ma youth hostel, située en plein milieu de la « rue des bars » (c’est pas moi qui le dis, c’est un énorme néon à l’entrée de la rue) et face à la Rivière des Perles, où j’ai trouvé une famille entière de chats, c’est donc devenu officiellement ma youth hostel préférée (et en plus, y a pas de cheveux dans la douche !).

Non, mais pour en revenir à Guangzhou-Canton… c’est moche. Je vais pas vous raconter ô combien les berges sont magnifiques : les immeubles sont tout gris, tout pourris, tout moches. La rivière est marron foncé et un tas de trucs flotte dedans (j’ai même vu un Chinois y barboter). Il a beau faire beau, la ville n’a vraiment aucun charme si ce n’est peut-être du côté « moderne » mais encore faut-il aimer les tours de verre.

Pour finir, la pollution maintient la ville sous un ciel bien blanc toute la journée. Alors du coup, sans regret, je quitte Guangzhou-Canton et je file (enfin je file… aussi vite qu’un train de nuit) à Guilin, dans le Guangxi.

PS : Je dois vraiment avoir une tête à acheter une montre. Non parce que, que ce soit en Inde ou ici, y a des types à l’air de conspirateur qui s’approchent de moi dans la rue et qui me susurrent à l’oreille « Watch ? watch ? ». Du coup, je me pose des questions…

Photos ici.

« BREAKING NEWS » : En fait, Guangzhou, c’est Chicago. Avant de prendre le train, je suis allée faire un dernier tour dans un quartier particulièrement animé (comprendre, une enfilade de magasins sur 500 mètres et 40 personnes au m²) en ce samedi après-midi. La foule est relativement compacte mais tout le monde déambule dans la bonne humeur et les odeurs de pattes de poulet grillées. Tout à coup, je remarque 2 filles larmoyantes pendues aux bras d’un type qui fend la foule rageusement, le visage couvert de sang. Et là, sorti de nulle part, un deuxième type se retrouve devant eux, hurlant et brandissant une barre de fer. Panique générale. Les poussettes volent, les gens se mettent à courir et se réfugient dans les magasins et les 2 types commencent à se taper dessus (enfin, recommencent parce qu’apparemment, ils s’étaient déjà rencontrés plus tôt). La police est là mais n’intervient pas. Très rapidement, c’est 1 puis 2 puis 20 autres types qui se mèlent à la bagarre pendant que des filles essayent de les retenir. Les coups pleuvent, les barres de fer se multiplient (j’arrive même pas à comprendre d’où elles sortent), des types tombent par terre, se font lyncher par d’autres, des enfants se mettent à pleurer, ça saigne. Tout ce petit monde se déplaçant dans la rue, c’est un beau bordel. La police finit par intervenir mais ils ne sont visiblement pas assez nombreux pour contenir durablement tous ces gentlemen très énervés. Moi, j’ai profité de l’accalmie pour m’éclipser… Ils sont fous ces Chinois !!

Au soleil…

Na na na na na na au soleil… (air connu)

Je continue mon petit bonhomme de chemin à travers la Chine. Toujours sur la côte pacifique. Non pas qu’il n’y ait rien à voir au centre mais les trucs intéressants sont tellement compliqués à atteindre (genre 1 nuit de train puis une demi-journée de bus pour voir un petit village historique bucolique dont tu fais le tour en 2 heures) que j’ai opté pour la facilité et je longe la mer et puis j’ai pas que ça à faire de passer ma vie dans des trucs qui roulent.

J’ai donc décidé de laisser les températures inférieures à 15°C et les voyages sauts de puce derrière moi et je file à presque 200km/h (OK, c’est nul, mais c’est pas si mal pour un train chinois) plein sud vers Xiamen. Je vous passe les détails logistiques sordides (du genre, c’est dimanche, les bus qui vont à la gare ne passent pas au même endroit que d’habitude mais ce n’est écrit nulle part ou tiens, tiens, as-tu pensé à demander au chauffeur si tu as bien pris le bus dans le bon sens ? ah non ? bah, paye ton taxi pour te retaper tout le chemin dans l’autre sens alors ! …) et il me faudra presque 12 heures pour faire les 650kms qui séparent Hangzhou de Xiamen, autant dire que les 200kms/h, c’est pas tout le temps. Mais en fait, Xiamen n’est pas ma destination finale. Je vais à Gulang Yu, une petite île en face de Xiamen (qui est déjà une île mais plus grosse) où les gens sont fort sympathiques puisqu’à 21h, un petit papi m’a pris par la main pour m’amener jusqu’à la youth hostel puisque la biiiiiiiip !! de carte du Lonely était complètement fausse…

Et qu’allait-elle faire dans cette galère à Gulang Yu ? Et bah, figurez-vous que sur cette île, il y a plus de 1000 villas coloniales, des vestiges délabrés, de vieux banians dont les franges tombent jusqu’au sol et les voitures n’y sont pas autorisées d’où un charme certain. La communauté étrangère était bien établie sur l’île dans les années 1880. Elle y possédait un journal, des églises, des hôpitaux, des bureaux de poste, des bibliothèques, des hôtels et des consulats. En 1903, Gulang Yu devint officiellement une concession internationale, dotée d’un conseil municipal et d’une police composée de sikhs (comme on se retrouve !). Et l’île a été le berceau de plusieurs grands pianistes chinois, à tel point que les Chinois la surnomment « l’île du piano ».

Bref, je suis donc arrivée un peu fatiguée et légèrement très énervée mais je suis arrivée. Et les 4 petits Chinois avec qui je partage le dortoir en sont restés sans voix ! Comme je suis polie (si, si, même quand je suis énervée…), j’ai dit « Hi ! » et j’ai commencé à faire mon lit en poussant un long soupir de désespoir en constatant que le « matelas » était en réalité une planche en bois… Du coup, ils ont dû se dire qu’il fallait faire bonne impression et ils ont arrêtés de cracher leurs coques de graines de tournesol sur le sol et ils ont fait pareil. Ça m’a fait rigoler. Mais à l’intérieur parce que je ne suis pas folle, je ne vais pas me foutre de la tronche des Chinois à 4 contre 1. Bref, malgré l’heure tardive, j’avais repéré tandis que Papi me trainait à travers les ruelles, que pas mal de stands de street food étaient encore ouverts. J’ai donc filé me mettre quelque chose sous la dent et là, ô surprise, la street food d’ici n’a rien à voir avec ce que j’ai déjà expérimenté. Ici, on est au bord de la mer et ça se voit dans ton assiette. Les rues sont pleines (au sens propre puisque tout ça est posé dans des seaux au milieu de la rue) de crustacés, poissons, calamars, sea cucumber et tutti quanti. J’ai donc testé la conque farcie, avec sa dose de piment et d’ail, cuite sur le grill et servie dans un petite barquette en polystyrène… dé-li-cieux !

Réveillée de bon matin par mes esquarres sur les hanches (bah oui, à force !), j’ai constaté avec plaisir qu’à Gulang Yu, il fait non seulement grand beau mais aussi grand chaud. J’ai donc claqué allègrement 10 yuans dans une machine à laver et j’ai étendu avec soin mon linge au soleil sur la terrasse… (des fois, dans la vie, y a la première gorgée de bière et des plaisirs minuscules) Et puis je suis sortie faire le tour de mon îlot. Oui parce qu’en fait Gulang Yu, c’est plutôt un îlot. En 3 heures, t’as fait le tour. Et en 2 heures de plus, t’as arpenté les ruelles du centre, alignement bien net de boutiques de souvenirs, de restaurants et de cafés, bondés de Chinois en goguette. Du coup, je me suis trouvé un banc sur la promenade en bord de mer, et j’ai fait la sieste. Au soleil. Un lundi. Sous les palmiers.

Oh ! Désolée pour vous. C’est lundi. J’avais oublié… (Mouahahahaha ! – rire démoniaque de l’intérieur parce que je suis pas folle, je vais pas ouvertement vous provoquer de la sorte, ça serait pas fair play…)

PS : Je vous ai déjà dit que j’adorais ma nouvelle vie ? Ah oui ! Tiens… Mais je vous ai montré les photos au moins ?

A l’ouest, il y a le lac d’Hangzhou

Que ça se dit Rhangjo (bien raclé au fond du nez le « r »). Tu conviendras qu’ils auraient pu l’écrire comme ça au lieu de nous embrouiller… Et qu’y a-t-il donc à voir à Hangzhou ? Le lac de l’ouest. Non pas qu’on soit vraiment à l’ouest (Hangzhou a un port sur le Pacifique) mais le lac se situe à l’ouest de la ville. CQFD. Et il paraît qu’il est vraiment très joli, à tel point que les poètes pouet-pouet en parlent depuis des siècles. Ça tombe bien, j’ai un truc moi avec les poètes…

Enfin voilà quoi. Je suis remontée dans le train, ai fait 100kms vers le sud et suis donc arrivée à Hangzhou. Pas compliqué, c’était le terminus. Là où c’est devenu compliqué, c’est quand j’ai voulu aller de la gare (point A) à la youth hostel (point B). Pourtant, j’avais toute les cartes en main : les indications pour y aller (prendre le bus Y2 et descendre à l’arrêt Changqiao… non, je vous dirai pas comment ça se prononce, je suis fachée), la carte du Lonely Planet (sur laquelle il y avait la gare ET la youth hostel) et je savais même à l’avance combien fallait payer dans le bus (3RMB). Ça aurait dû être une affaire classée en 2 coups de cuillères à pot.

Oui mais voilà. Déjà en sortant de la gare, il y avait 2 grands panneaux avec des numéros de bus. Et si les chiffres étaient bien lisibles (enfin, arabes quoi !), les lettres… c’était une autre histoire. J’ai donc suivi les petites flèches qui m’ont sortie de la gare et m’ont amenée devant un carrefour où… y avait rien, c’était un carrefour. Demi-tour, je repars dans l’autre sens, j’écris sur mon téléphone « Y2 », je montre ça à 2 ou 3 personnes (oui, va dire « Y2 » en chinois…) et je finis par atterrir à l’arrêt du bus. Là, je me dis c’est bon, easy !

Oui mais non. Un premier bus s’arrête, je demande au gars qui est devant moi si il va à Changqiao, le gars me fait non de la tête et me montre un autre bus juste derrière. Je m’apprête donc à monter dans le deuxième bus quand quelqu’un me tape sur l’épaule. Je me retourne, c’est mon petit gars qui maintenant me fait signe que non, faut pas monter dans celui-là non plus (d’ailleurs, j’aurais dû m’en douter, dessus c’est marqué K270 et pas du tout Y2). Là, il me fait comprendre que lui aussi, il va à Changqiao et qu’il va m’indiquer le chemin. 10 minutes passent (ça fait déjà 40 minutes que je suis descendue du train), les bus stagnent devant le trottoir, rien ne bouge. Là, j’en ai marre, la station de métro est juste derrière, je descends donc dans le métro voir si, entre temps, ils auraient pas construit une nouvelle ligne qui irait à Changqiao. Ca travaille vite les Chinois, c’est capable de te percer des lignes de métro en 6 mois, faut pas les sous-estimer ! Evidemment, c’est l’heure de pointe, je fais la queue pour arriver au guichet (automatique le guichet hein, je vais pas expliquer mon problème à la fille en uniforme qui ne parle pas un mot d’anglais…) et bien sûr, je découvre que la ligne de métro va partout sauf dans le quartier qui m’intéresse. Je ressors du métro et je découvre que tous les bus sont partis. Là, je retombe sur un type qui doit bosser pour la RATP (il a un uniforme et une casquette et il traîne à l’arrêt de bus depuis encore plus longtemps que moi) qui se met à me crier dessus en me disant que j’aurais dû monter dans le bus parce que là, il est 17h45 et que le bus Y2 s’arrête à 18h. Je vous rassure, il me criait dessus en chinois et j’ai pas compris un traître mot de ce qu’il me disait mais il gesticulait de façon assez expressive et surtout, j’ai fini par remarquer le petit écriteau qui indiquait « Y2 : 8:00 – 18:00 »…

Bon, heureusement, un dernier bus Y2 est arrivé. Je grimpe dedans et je demande au chauffeur de me prévenir quand on arrive à Chongqiao : « Daolé Changqiao qing jiao wo ma ? » (je progresse vite en chinois… merci Lonely !) Il me regarde et me fait un signe de la main et je comprends « 6 ». 6 ? OK, j’avais compté 7 arrêts mais y en avait un entre parenthèses donc 6, ça semble logique. Ah oui, j’ai oublié de vous dire, les Chinois ne comptent pas sur leurs doigts comme tout le monde… Jusqu’à 5, on arrive à se comprendre et après, c’est du chinois si je puis me permettre… Mais sur ce coup-là, j’étais plutôt sûre de mon interprétation de 6 avec le pouce et le petit doigt en l’air. Bref, le bus démarre, je me mets à compter, après le 5ème arrêt j’appuie sur le bouton, je remets mon sac de pierres sur mes épaules et sans hésiter, et surtout sans un regard du chauffeur, je descends du bus.

Pas la peine de vous dire qu’évidemment, ça n’est pas le bon arrêt, je suis descendue un arrêt trop tôt. Tu crois que ce biiiiiip de chauffeur me voyant descendre (on était 4 dans le bus) m’aurait dit « Euh non mademoiselle, c’est pas là, c’est la prochaine ! » (dans n’importe quelle langue j’aurais compris…) Ben non ! Il a refermé les portes et il a redémarré aussi sec. Et puis entre 2 arrêts de bus, c’est pas comme entre 2 stations de Vélib, c’est plutôt comme entre 2 stations de RER… Mais vu qu’il n’y a plus de bus, j’ai pas bien le choix, me voilà à pieds.

Bon, je vous épargne la fin de cette rocambolesque aventure, je suis bien arrivée (puisque j’ai une connexion internet pour me plaindre) et j’ai même repris le bus (une autre ligne) un peu plus tard pour aller manger. Je ne suis donc pas si fâchée que ça. Et en plus, pour ce que j’en ai vu de nuit, Hangzhou, ça a l’air vraiment très très sympa. D’abord y a des concessions BMW, Porsche, Aston Martin, Ferrari, Maserati et Lamborghini (oui, oui, alignées et dans cet ordre… ouais, tu comprends, la Chine, ils sortent juste de 100 ans de communisme, ils commencent à s’ouvrir au commerce extérieur, la classe moyenne émerge… bah la classe supérieure, je sais pas où elle était cachée mais elle se porte plutôt bien !). Ensuite, c’est Vegas. Y a un son et lumière sur le lac 3 fois plus grand que les fontaines du Bellagio. Et pour finir, j’ai slurpé (du verbe manger en faisant « slurp ») de délicieuses nouilles. Et voilà, je suis plus fâchée du tout.

Le lendemain, sous un beau soleil d’hiver, je pars faire le tour du lac de l’ouest. Et de jour aussi, c’est très joli. C’est même tellement joli que c’est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO et qu’on le retrouve sur le dos des billets de 1 yuan. Bon, il fait 15kms le tour du lac (et pour une fois, je ne suis pas marseillaise) mais pour tenir le coup, ils sont futés ces Chinois, ils ont disséminé des stands de brochettes de kumquats et de barbes à papa à intervalles réguliers. Et comme on est samedi, c’est archi blindé de monde qui fait du vélo, qui fait du roller, qui promène le bébé, qui chante à tue-tête dans des micros hyper saturés, qui donne à manger aux carpes, qui joue du flutiau, qui se prend en photos devant la moindre feuille morte, qui grignote des pattes de poulet au soleil. Après avoir assisté au coucher du soleil (c’est pas mal en hiver non plus), j’étais claquée j’ai fait un petit tour dans la Rue de la Culture Historique (c’est son vrai nom), histoire de compléter mon étude sociologique de la street food chinoise. Mais je crois que je commence à avoir un bon dossier.

Et sinon, le groupe Le Duff n’a qu’à bien se tenir… On m’en avait parlé mais je ne l’avais pas encore vu de mes propres yeux. En avant-première et rien que pour vous, voici la BrIIoche Dorée !!

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(désolée pour la qualité de la photo mais cette séquence a été tournée en caméra cachée…)

Allez, zou ! Fini le Zhejiang ! On n’est pas là pour cueillir des marguerites ! En route pour Xiamen, 600kms plus au sud en ligne droite, dans le Fujian. Non parce que là, fini de rigoler, il est grand temps de ranger l’écharpe et de terminer l’hiver.

Photos ici.