PCT Day 57 : Back to town !

du Mile 788 (Bullfrog Lake Junction) à Bishop en passant par Kearsarge Pass

J’ai mal dormi. J’arrêtais pas de tourner et me retourner, mal à la tête et je sais que ma tente est pleine de condensation : il pleut sur mon sac de couchage… Really PCT ??? Is this the game we play now ??

La toile extérieure de ma tente est congelée. Je m’en fous, je fourre tout dans mon sac. Aujourd’hui, on sort de ces foutues montagnes, on quitte cette foutue neige et ce soir, on dormira dans un lit, au chaud et au sec. En attendant, y a encore 7 miles dans la neige et pas loin de 50 miles en stop…

Ca commence donc par grimper jusqu’à Kearsarge Pass à travers les sapins en essayant comme d’habitude de ne pas trop se perdre. Et ça grimpe dur. Mais on sert les dents : les burgers et les bières sont de l’autre côté de la montagne…

Quand j’arrive au col et que je découvre que de l’autre côté, bah… c’est aussi couvert de neige (en même temps… what did you expect ???), je ne peux pas m’empêcher de soupirer. La galère continue et comme le soleil brille, la neige ne tarde pas à se transformer en grosse slush bien glissante et bien mouillée. Non pas que j’avais les pieds secs. Non, non. Ca, ça fait bien 3 jours que c’est pas arrivé. Mais patauger dans la slush, perdre l’équilibre sans arrêt et essayer de ne pas se vautrer à chaque pas… c’est épuisant. Les 2 derniers miles avant le parking de Onion Valley sont probablement les plus longs depuis le début du trail. Alors qu’on aperçoit enfin le parking (et les garçons qui nous y attendent déjà depuis sûrement une bonne demi-heure…), on se rend compte qu’a choisi une mauvaise direction et on se retrouve sur une pente à plus de 45° juste au dessus d’une rivière/torrent carrément terrifiante. Demi tour, traversée de la sus-mentionnée rivière sur un pont de neige dont on a aucune idée de s’il va tenir alors qu’on entend l’eau rugir dessous et arrivée au parking à bout de nerfs… Reste plus qu’à trouver une voiture.

Sauf que. Sauf que tous les hikers sortent de la Sierra à Onion Valley (les conditions devant nous sont atroces : rivières folles, neige partout) et qu’on se retrouve donc à une petite vingtaine ce matin à chercher des voitures… Comme il y a une certaine déontologie qui règne, c’est premier arrivé, premier servi. On se dit donc qu’on va rester sur ce bout de bitume un petit moment. Mais c’est pas grave : y a pas de neige, y a des toilettes sèches et il nous reste quelques chips et barres de céréales pour tenir le coup. On en profite pour faire sécher les tentes, sacs de couchage, chaussures, chaussettes, semelles… Comble du bonheur, on découvre que quelqu’un a rempli une des bear box (des gros containers en métal où tu peux mettre ta nourriture et qui sont à l’épreuve des ours) avec des bières et du vin. Que demande le peuple ?

Il y a quelques day hikers qui sont venus se balader à Onion Valley ce matin mais souvent ils ne restent pas longtemps car les sentiers sont couverts de neige partout. Le parking se vide donc lentement et chacun finit par trouver une voiture pour descendre dans la vallée. 

Lucie, Eike et moi arrivons à Independance où on se fait déposer à la station service. Emily est montée dans une autre voiture et les garçons sont allés directement à Bishop. On retrouve Emily quelques minutes plus tard et nous voilà toutes les 4 au bord de la route le pouce levé. Au bout de 10 minutes, une dame s’arrête : « D’habitude, je prends jamais d’auto-stoppeurs mais là, vous êtes 4 filles, je veux être sûre que vous êtes en sécurité… » Ma brav’dame ! On vient de survivre à 5 jours dans la Sierra, je vois pas bien ce qu’il pourrait nous arriver de pire… Et la voilà qui nous amène jusqu’à Bishop alors qu’elle n’allait pas là du tout et que c’est à près de 35 miles de là. 

La priorité est de trouver un endroit pour dormir ce soir et il y a un hiker hostel à Bishop qui est très prisé. Seulement il ne leur reste que très peu de lits et ils ne prennent pas de réservation. Il faut se présenter en personne. Du coup, quand on arrive, c’est plein. Y a plein de motels donc on se dit qu’on va bien trouver une solution mais on est affamés et on commence donc par aller dévorer un burger. Une fois l’estomac plein, on se traîne dans les rues de Bishop jusqu’à un motel pas trop cher un peu à l’écart du centre-ville. J’arrive à négocier une gigantesque suite dans laquelle on peut dormir tous les 7 et aussitôt c’est explosion des sacs, allumage de télé et la ronde des douches commence. On a prévu de discuter sérieusement de la suite du programme mais pour l’instant y a un marathon Harry Potter à la télé alors on s’entasse tous sur un des lits, Urs va chercher des pizzas, moi des bières et on en revient à peine de tout ce confort… Demain, on fait un zéro.

PCT Day 56 : Forrester Pass

du Mile 775 au Mile 788 (Bullfrog Lake Junction)

Le réveil sonne à 3h30. Ça pique. Cela étant dit la nuit a été tellement froide couchée sur la neige que je suis pas mécontente que ça s’arrête… Le rainfly de ma tente est couvert de givre, le pied de mon sac de couchage aussi. Évidemment, c’est pas le moment de faire sécher quoi que ce soit. C’est juste le moment de tout fourrer dans son sac et d’éventuelles boire un café. Éventuellement parce que si tu laisses ton café 2 minutes sans surveillance, il congèle dans le fond de ton pot comme Lucie va en faire l’expérience… D’ailleurs, y a pas que le café qui est congelé : nos chaussettes et nos chaussures n’ont pas vraiment séché des traversées de rivières de la veille. Mettre ses pieds dans des chaussures congelées à 4h du matin… merci le PCT… Du coup, on se promet que le cammping sur neige, c’était la première et la dernière fois.

On est tous prêts à 4h45, frontales vissées sur le front, et notre petite colonne s’ébranle direction Forrester Pass. On a presque 4 miles d’approche et d’ascension douce avant d’attaquer la paroi et le col à proprement parler. Le soleil se lève pendant l’approche et embrase le ciel. C’est magnifique. On en oublierait presque qu’on est sur le point de franchir un des cols les plus difficiles du trail…

Quand enfin on aperçoit le col dans la paroi, je reconnais aussitôt la chute de glace tout en haut que j’ai vue plein de fois en vidéo et qui me terrifie (mais je fais semblant que tout va bien, évidemment). Avant d’arriver là, il fait d’abord se hisser jusqu’aux lacets taillés dans la paroi. Y a tellement de neige qu’il n’ya plus de trail. On suit simplement les traces, droit dans le pentu, que des hikers passés probablement la veille ont laissées. Ça fait des marches bien profondes qui nous permettent d’arriver jusqu’à un geos tas de rochers qu’il faut escalader avant de reprendre l’ascension. C’est le moment où Emily se met à paniquer entre le vertige, la neige glacée sur laquelle on pourrait glisser à tout moment et les rochers qui roulent sous nos pieds. A nous tous, on l’aide à grimper, tranquillement, un pas après l’autre. Moi non plus je fais pas ma maline mais j’essaye de garder un air impassible et de faire comme si je maîtrisais parfaitement la situation… 

On arrive enfin aux lacets. Là, facile, on enlève les crampons et on déroule. On est à plus de 12000 pieds d’altitude et on est tous à bout de souffle. Et puis, après un dernier virage, elle est là… la chute de glace. Encore une fois, je prétends que j’ai même pas peur, je remets calmement mes crampons, j’accroche mes bâtons à mon sac et j’y vais. Pas trop lentement, pas trop vite. Il y a déjà pas mal de gens qui sont passés là les jours précédents et  les traces sont bien faites. Spider et Josh sont déjà de l’autre côté et nous filment. Après moi, Lucie et Eike passent tranquillement. Puis c’est le tour d’Emily, toujours paniquée mais elle garde son calme et nous rejoint sans jeter le moindre coup d’oeil en contrebas. Enfin, Urs ferme la marche et 5 minutes après, on est tous au col, ravis d’avoir fini cette  ascension et heureux d’être là. On prend des photos, on grignote une barre et puis on entame la descente de l’autre côté parce que comme tout bon col qui se respecte, y a du vent et on commence sérieusement à se refroidir…

La decente n’est pas vraiment mieux que la montée : normalement, si la neige est suffisamment molle, on peut se laisser glisser et gagner rapidement quelques miles. Mais il est encore tôt (on a mis que 3 heures pour grimper) et personne ne veut faire de la luge sur pente verglacée. Moi encore moins que les autres parce que mes exploits de la veille m’ont laissé le coccyx endolori…

Alors on descend doucement, nos crampons bien plantés dans la pente. Doucement mais sûrement on redescend tout ce qu’on a grimpé. Up a mountain, down a mountain… On fait notre pause dej vers 10h30 parce que les émotions ça creuse et qu’on est tous morts de faim.

Le reste de la journée on avance péniblement dans la neige. Là maintenant c’est officiel : la neige et les traversées de rivières, on en a plein le dos. Ça tombe bien puisque demain, on retourne en ville. En attendant, ce soir c’est encore chaussures mouillées et camping dans la neige (pas le choix, y en a partout…) et probablement au dessus d’une rivière gelée par dessus le marché…

Pendant qu’on dîne, on voit soudain s’accumuler les nuages gris foncé sur la montagne juste à côté. Bah manquerait plus que ça, tiens !

PCT Day 55 : Le river crossing niveau expert

du Mile 1 du Mt Whitney Trail après la jonction au Mile 766 au Mile 775

Aujourd’hui, petite journée : seulement 9 miles au programme mais avec de la neige partout et 3 rivières à traverser, ça va pas être de tout repos… L’idée est de se rapprocher le plus possible de Forrester Pass, le plus haut col sur tout le PCT à 13 200 pieds. Etant donné les quantités de neige, il est plus prudent de grimper Forrester au petit matin quand la neige est encore dure. Alors aujourd’hui, on se met pas trop la pression.

Les garçons traînent à lever le camp ce matin alors les filles partent devant. Dans la Sierra, on a mis en place le « buddy system » : personne ne marche tout seul, on est par 2 minimum. La neige est traître, on ne sait jamais ce qu’il peut arriver et c’est toujours plus plaisant de se perdre, se vautrer et galérer avec quelqu’un… Emily et Eike avancent rapidement sur la neige et Lucie et moi prenons notre temps. On suit des traces, on les perd et puis bientôt, y a plus de traces du tout et on essaye tant bien que mal de se repérer avec notre GPS. C’est clairement le plus pénible : faire 10 pas, regarder son téléphone, vérifier qu’on est toujours sur le trail ou au moins dans la bonne direction, faire 10 autres pas, regarder son téléphone, se rendre compte qu’on s’est éloignés, changer de direction, enjamber un arbre, faire encore 10 pas, … épuisant !
On avance doucement et bientôt, on se rend compte que la première rivière est en bas et nous… on est en haut. Beaucoup trop haut. Et la pente est beaucoup trop abrupte. On essaye de contourner le problème mais y a rien à faire, va falloir descendre. Je vois que d’autres personnes sont passées avant nous en glissant sur les fesses alors je décide de faire pareil. Seulement il est encore tôt, la neige est encore gelée et au lieu de glisser élégamment, me voilà rebondir plutôt violemment sur des plaques de verglas. Je me relève dignement mais en faisant la grimace et en frottant mon postérieur gelé et endolori pendant que Lucie rigole. Elle ne rigole pas longtemps : elle aussi gémit en se relevant quelques minutes plus tard et on continue notre progression vers la rivière. 
Seulement on se retrouve à nouveau face à nouvelle pente. Encore plus abrupte et couverte d’arbres cette fois. On essaye de descendre sur nos pieds mais c’est vraiment trop raide et nos crampons n’accrochent pas. Je repère d’autres traces de glissade et je me lance. Je prends de la vitesse, beaucoup trop de vitesse, je ne maîtrise absolument pas ma trajectoire, j’évite un gros arbre de justesse et mon coccyx se fracasse une nouvelle fois sur la glace. J’arrive tout de même à m’arrêter et je me relève péniblement alors que Lucie est déjà en train de glisser. Elle non plus ne maîtrise rien mais elle dévie légèrement et fait un magnifique vol plané et disparaît… la tête la première dans un gros trou sous un arbre. « Ca va? » je demande un peu inquiète. C’est un rire nerveux qui me répond depuis le fond du trou. « Oui, oui… mais je suis coincée… » J’éclate de rire, soulagée qu’elle n’ait rien, et avant de l’aider à sortir de là, je prends une photo. Deux jours plus tôt, le reste du groupe m’avait reproché de ne pas avoir pris de photo lorsqu’elle s’était retrouvé suspendue par un pied la tête à l’envers alors cette fois, je ne laisse pas passer l’occasion ! Lucie se relève, vide sa bouche et ses yeux de la terre et de la neige qui s’y sont engouffrés et on décide d’un commun accord qu’on arrête de glissader. C’est bien trop dangereux. Et ça tombe bien puisqu’on trouve des traces en escalier qui nous permettent de finir de descendre. Et on découvre enfin la rivière…
Elle est large, elle est profonde et elle fait beaucoup de bruit. En fait, c’est plus un torrent qu’une rivière. Le courant est impressionnant. On se regarde… pas moyen de traverser ici, beaucoup trop dangereux. On commence à remonter le courant pour essayer de trouver un passage plus facile et quelques mètres plus loin, la rivière s’élargit et le courant semble moins violent. On ne sait pas où sont les autres mais on pense être bonnes dernières vu le temps qu’on a mis à descendre alors on refléchit pas trop longtemps et on traverse. L’eau est glaciale et le courant nous pousse en aval mais on passe plutôt facilement. Par contre, une fois de l’autre côté, on se dépêche de trouver un endroit sec pour enlever nos chaussures et essorer nos chaussettes. Pendant qu’on essaye de réchauffer nos orteils, j’aperçois Spider de l’autre côté de la rivière. Il est avec le reste du groupe et il cherche un endroit où passer. On lui fait signe et tout le monde nous rejoint rapidement. On est tous passés par des endroits différents pour arriver jusqu’à la rivière et on est contents de voir que tout le monde va bien.
Après une petite pause, on reprend notre progression. On est à une intersection et Josh assène : « This way ! ». Tout le monde le suit sur presque 1 mile avant de se rendre compte que pas du tout, c’était de l’autre côté… grrr !! Une autre grimpette, une autre descente et puis une autre rivière. Qui n’a pas meilleure allure que la première. Y a bien un endroit avec un snow bridge mais le pont ne va pas jusqu’au bout et il faut finir par sauter presque 2 mètres sans être sûr que le pont tiendra sous notre poids… Spider et Josh semblent penser que ça passe mais le reste du groupe n’est pas rassuré et préfère continuer à chercher. Peine perdue, on fait presque 1 mile sans trouver mieux. Spider et Josh sont passés de l’autre côté et nous font signe de revenir au snow bridge. Je passe en premier et leur lance mon sac. Un petit morceau du pont casse sous moi au moment où je saute et Spider me rattrape au vol et me jette sur la berge. Les autres suivent et on arrive tous On a tous les genoux un peu ramollis après ça et on décide que c’est le parfait moment pour faire une pause déjeuner… Les émotions, ça creuse…
En fin d’après-midi, on arrive enfin à la dernière rivière. On a convenu que si elle est trop grosse, on attendra le matin pour la passer. Elle est comme les 2 précédentes voire pire. Là aussi, on trouve un snow bridge qui couvre la plus grosse partie de la rivière et il faut sauter pour atteindre l’autre berge. Sauf que la berge est vraiment pentue et qu’on ne voit pas vraiment jusqu’où la neige couvre la terre ferme et où elle est juste au-dessus de la rivière. Urs passe en premier sans son sac. Il s’installe en face, fermement ancré dans la neige avec ses crampons et tend les bras. Spider lui lance nos sacs les uns après les autres. Au moment de lancer celui de Lucie, le piolet attaché au sac lui fauche la jambe et il glisse à quelques centimètres de l’eau glacée. Tout le monde retient son souffle. Il a une belle entaille dans la jambe mais tout va bien. Une fois tous les sacs de l’autre côté, c’est notre tour. Le saut est impressionnant mais Urs nous rattrape de l’autre côté. Au moment où Emily saute et atterrit de l’autre côté, la glace cède et un gros morceau se détache et part dans la rivière. C’est maintenant un bon 2,5 mètres qu’il faut sauter… Quand c’est mon tour, je ferme les yeux et je tends les bras. J’atterris le mollet dans les crampons de Urs mais peu importe. Je suis passée. 
On est tous épuisés par ces traversées de rivière et on ne va pas beaucoup plus loin pour camper. Ce soir, pas moyen de trouver un endroit sec suffisamment grand pour mettre toutes nos tentes alors on campe sur la neige. On mange en silence. La journée nous a tués. Et puis on ne tarde pas à se mettre au lit : demain, le réveil sonne à 3h30 pour partir à l’attaque de Forrester Pass…

PCT Day 54 : Whitney !!

Le réveil sonne à 4h. Aujourd’hui, non seulement on va sur le toit des États Unis mais en plus on y va avec presque rien sur le dos puisqu’on redescend par le même chemin et qu’on dormira donc au même endroit ce soir. 2 litres d’eau, la veste, les gants, les microspikes, quelques snacks et c’est parti !

On en a pour 7,5 miles aller puisqu’on a campé bien avant Guitar Lake (un lac en forme de guitare comme son nom l’indique) qui est le camp de base « officiel » et on met déjà presque une heure et demi à arriver à Guitar Lake dans la nuit et la neige. Le trail a complètement disparu et on navigue au GPS. Le soleil se lève déjà et on fait une petite pause histoire d’avaler quelques snacks et de remettre un peu de fuel dans nos organismes. Mais on traine pas : dès qu’on s’arrête on se met à frissonner.

Encore une bonne heure dans la neige et on atteint les fameux switchbacks dans la paroi. Honnêtement je m’attendais à pire : ça monte raide mais régulièrement et bien que l’altitude nous coupe le souffle, on garde un bon rythme. En même temps, avec un sac qui pèse 3 fois rien sur le dos, ça aide. A 2 reprises, les switchbacks sont couverts de neige et plutôt que de prendre le risque de tomber et de glisser sur plusiers mètres, on escalade la paroi. Les rochers ne tiennent pas très bien et je fais pas trop ma maline collée à la paroi pendant que les graviers roulent sous mes pieds…

Et puis enfin, le dernier mur. Couvert de neige. Là c’est crampons obligatoires. J’ai emprunté ceux d’Emily qui n’est pas venue. On s’arrête tous les 10 pas, à bout de souffle. Et puis c’est le sommet. 

Une petite quinzaine de hikers sont là, les garçons sont arrivés presque 40 minutes avant nous (no comment…) et tout le monde se félicite d’avoir réussi à atteindre le sommet. On a mis 5 heures à arriver là et on n’est pas peu fiers.

On fait quelques photos, on mange un morceau et puis on commence à redescendre. On peut pas trop traîner car la neige va commencer à fondre et on a toujours 7,5 miles à faire pour retourner au camp. Comparé à nos précédentes journées, 15 miles dans la neige et à plus de 4000m d’altitude est une énoooorme journée… Et très vite, on est fatigués. Du coup, les glissades s’enchaînent, j’ai les pieds et les fesses trempés et bientôt les nerfs qui lâchent. C’est fou rire couchée dans la neige pendant 3 bonnes minutes. 

On met presque 4 heures à retourner au camp. On est épuisés et bien qu’il soit 15h, on prépare le dîner. Puis on étudie sérieusement le parcours pour le lendemain. Il faut maintenant retourner sur le trail et reprendre notre progression vers le nord. Le prochain obstacle s’appelle Forrester Pass et c’est le plus haut col sur le trail : 13 200 pieds, soit 4009m… On n’a pas fini d’en baver…

PCT Day 53 : Whitney or not Whitney…?

du Mile 756 au Mile 1 du Mt Whitney Trail après la jonction au Mile 766

Aujourd’hui on rejoint le camp de base du Mont Whitney, the tallest mountain in the lowest 48. L’ascension du Mont Whitney ne fait pas partie du PCT mais le sommet n’est qu’à 8 miles du trail et l’occasion est plutôt unique. Seulement voilà, encore une fois, cette année les conditions sont vraiment particulières : il y a tellement de neige et pas tellement de gens qui sont passés avant nous, du coup, on n’a pas tellement d’infos sur l’état et la difficulté du trail.

D’ailleurs, pour l’instant, je suis pas convaincue de grimper au sommet du Whitney demain. C’est un grand débat dans le groupe : certains pensent qu’il FAUT faire le Whitney, d’autres n’ont pas trop envie. Et les premiers ont tendance à mettre la pression sur les seconds qui du coup, ne savent plus trop quoi faire. Le Whitney culmine à plus de 4400m et si les uns n’arrivent pas jusqu’au sommet, ça obligera les autres à faire demi-tour : dans la Sierra, on reste ensemble. La journée va se passer à argumenter pour ou contre.

En attendant, on a quand même quelques miles à faire et la neige est toujours au rendez-vous. Pour ne rien gâcher, y a aussi quelques rivières à traverser. La première arrive après une longue descente bien abrupte où je me vautre et commence à glisser sans rien contrôler jusqu’à ce que Spider me rattrape au vol et m’évite d’embrasser un arbre un peu trop passionnément. Les microspikes c’est bien mais ça ne s’enfoncent pas assez profondément pour tenir sur des pentes pareilles. Du coup, je descends vraiment lentement avec la trouille de glisser à chaque pas et je commence à me demander si j’aurais pas mieux fait d’acheter des crampons…

Puis arrive la rivière. Normalement, c’est un petit cours d’eau à enjamber avec un grand pas. Cette année avec la neige, la rivière fait presque 5 mètres de large et le courant est plutôt impressionnant : ça bouillonne fort dans le milieu. Spider essaye de passer en premier mais la rivière est trop forte et trop profonde. Il faut trouver un autre moyen. On remonte un peu plus haut et on finit par trouver des troncs d’arbre qui, les uns après les autres, sont tombés en travers de la rivière et nous permettent de passer à pieds secs. Tout le monde n’est pas super à l’aise sur les rondins un peu glissants qui surplombent le bouillonnement et le rugissement de la rivière mais ça passe. Sauf que. Arrivés de l’autre côté, la plaine est inondée et on se retrouve à patauger dans un marécage dans lequel on s’enfonce parfois jusqu’au genou. On rejoint Emily, Urs et Eike qui avaient choisi un autre chemin et ont trouvé un autre tronc d’arbre sur lequel ils ont pu aussi traverser. Eux n’ont pas eu à traverser le marécage et leurs pieds sont secs…

On ne croise vraiment plus grand monde depuis qu’on est dans la Sierra et particulièrement depuis qu’on est dans la neige… On entend tout et n’importe quoi : la Sierra est infranchissable, y a trop de neige, les rivières sont trop grosses et peuvent t’arriver jusqu’au menton. Encore une fois, on ne sait pas différencier le vrai du faux et la situation évolue plutôt rapidement avec la fonte de la neige. On essaye donc de rester prudents et de ne pas prendre de risque inutile mais d’avancer le plus loin possible.

L’après-midi avance et on enchaîne tous les gamelles avec plus ou moins de talent artistique. Heureusement personne ne se blesse et on finit par arriver à la jonction du side trail qui mène au Whitney qui correspond à une rivière et un tronc d’arbre bienvenu pour essayer de garder des chaussures vaguement sèches mais le tronc est plutôt fin et on passe un par un en retenant un peu notre respiration.

Quelques mètres plus loin, on croise Alex, un Français qui redescend juste du Whitney. C’est l’occasion de récupérer le maximum d’infos. Lui dit que ça passe, que c’est long et qu’il y a pas mal de neige mais qu’en partant tôt, on devrait pas avoir de problème. Par contre, il nous conseille de ne pas aller plus loin pour aujourd’hui car le reste du trail est couvert de neige. On voulait s’approcher le plus possible pour réduire l’ascension le lendemain, c’est râpé. Du coup, il est 15h et pn plante les tentes ici comme tous les autres hikers qui arrivent progressivement. C’est tôt mais ça nous laisse le temps de sécher nos chaussures et de déterminer notre plan d’attaque pour le lendemain. Ce sera un départ à 4h30 pour ceux qui se sentent capables d’y aller.

Les arguments d’Alex m’ont convaincues : demain, je tente l’ascension du plus haut sommet des États Unis.

PCT Day 52 : De plus en plus haut !!

de Lone Pine au Mile 756 en passant par Cottonwood Pass (mile 750)

Ce matin, pas de grasse mat. On a rendez-vous avec Steve qui vient nous chercher à 7h45 pour nous emmener au Last Chance Meadow Campground d’où on va récupérer le trail. Steve est à l’heure, on joue à Tetris avec les sacs dans le coffre et en voiture Simone ! 

30 minutes plus tard, on se retrouve avec nos sacs à nos pieds et pas d’autre choix que de recommencer à mettre un pied devant l’autre jusqu’à ce que mort s’ensuive. Car effectivement ce matin, on croit bien qu’on va mourir. Pour rejoindre le trail, il nous faut passer par Cottonwood Pass. Et le sentier qui y amène est couvert de neige. Comme on est des gens malins et efficaces, on se dit : « Bah… on a qu’à couper, droit dans le pentu ! » et on se retrouve à escalader des paquets de neige qui tiennent à peine à la paroi et où parfois ta jambe s’enfonce jusqu’à la cuisse (ça, ça s’appelle postholer). Heureusement que l’adrénaline te permet d’oublier que tu es à 2 doigts de décéder et on met presque 2 heures à rejoindre le col. Arrivés là, on prend la décision de ne plus jamais refaire un truc pareil et de suivre le trail coûte que coûte même couvert de neige. On n’est pas complètement débiles non plus.

Quelques miles plus tard, on rattrape Emily, Eike et Urs qui avaient démarré un peu plus tôt et comme c’est l’anniversaire d’Emily, on vide aussitôt la bouteille de vin qu’on avait transférée dans une bouteille en plastique en chantant « Joyeux Anniversaire » ! Et puis on commence à débattre sérieusement du programme des prochains jours. Il serait temps… On n’a pas tant de miles que ça à faire mais la neige nous ralentit énormément et on ne peut pas espérer faire plus de 12 miles par jour. Du coup, on se rend compte qu’on est presque un peu juste en bouffe… En tout cas, pour aujourd’hui, on se let d’accord sur le fait de ne faire que 5 miles de plus. Il est déjà tard et la neige est déjà molle. Avancer dans la slush (aka la neige en train de fondre) est épuisant : on glisse à chaque pas et on passe notre temps à chercher le trail sur nos téléphones. Quand on arrive au camp à 15h30, on est morts (au sens figuré bien sûr). Quelques hikers nous dépassent et on se demande où ils comptent bien aller dans toute cette slush… En plus aujourd’hui, on a passé les 11 000 pieds !

C’est donc le moment où on sort le gâteau ( les brownies réduits en miettes et tassés au fond de ma popotte) et les bougies et de chanter encore une fois « Joyeux Anniversaire ». On a même pensé à faire un cadeau cette fois : un jeu de cartes. Et on passe la soirée à jouer au poker et à GoFish (une variante des 7 familles).

Demain on rejoint le camp de base du Mont Whitney… inch’allah !

PCT Day 50&51 : Déjà vu à Lone Pine

La nuit a été fraîche au Last Chance Meadow Campground : l’eau sue j’avais laissé dehors a gelé et ma tente est couverte de givre. Pas grave, le soleil est là et on fait sécher nos affaires avant de se diriger vers la route. Aujourd’hui, on a rien à faire : on va en ville !

Sauf que. Le camping est au bout d’une route de 20 miles de long que les gens n’empruntent que pour venir là. Autant dire qu’un vendredi matin à 8h30, c’est pas très fréquenté… On a lu quelque part que si on avance un tout petit peu sur la route, on peut capter le réseau téléphonique donc la mort dans l’âme, on se résoud à marcher. Bah oui, c’est justement parce qu’on passe tout notre temps à marcher qu’on essaye d’en faire le moins possible les jours où c’est pas nécessaire… Au bout de quelques minutes, miracle de la technologie, nos téléphones captent quelque chose. On appelle l’hostel de Lone Pine pour savoir s’ils ont par hasard un shuttle qui viendrait déposer des hikers mais à la place ils nous donnent le numéro d’un service ee taxi qui nous coûterait la bagatelle de 150USD minimum… pas question !! On se dit qu’on va attendre, il est encore tôt, la chance va peut-être tourner de notre côté. Urs et Spider décident de faire un concours de pompes avec leurs sacs sur le dos. Celui de Urs pèse bien 2 fois celui de Spider et pourtant, il s’en sort bien mieux. Alors qu’ils sont encore allongés sur la route, on entend le ronronnement merveilleux d’une voiture qui arrive. A notre hauteur, la voiture s’arrête et la conductrice nous demande où on va. « Lone Pine !! » on s’écrit tous en choeur. Elle ne dit pas un mot, hoche la tête et redémarre en direction du camping. On reste un peu perplexes mais 5 minutes plus tard, là voilà qui réapparaît et s’arrête à nouveau. Elle descend de sa voiture, ouvre le coffre et dit : « I can drive as many as you can fit in there !! » Ni une ni deux, on joue à Tetris avec nos sacs et on arrive à faire rentrer les 7 sacs et nous 7 dans la voiture. Et nous voilà partis pour 40 minutes de route, plutôt inconfortable faut avouer mais on ne pouvait pas laisser passer une occasion pareille.

On se retrouve donc en ville où on se prend des chambres au Dow Villa Motel et là, subitement, ça me revient : je suis déjà venue ici !! Exactement ici !! J’ai déjà dormi dans ce motel !! En 2008 ou en 2009 peut-être ! C’est complètement dingue… 

On ressort aussitôt pour le traditionnel petit dej et à peine on est assis que chacun se jette sur son téléphone et profite du wifi. On entendrait les mouches voler. Idem quand nos assiettes arrivent. Faut pas déranger un thruhiker qui mange…

A Lone Pine, y a un saloon. On peut pas laisser passer l’occasion alors on va y boire une bière et on se prendrait presque pour John Wayne… Puis comme d’hab, c’est le ballet laverie/gear shop/grocery shop/glandouillage devant la télé. On prévoit de repartir pour 5 à 6 jours. Probablement un des plus longs stretches qu’on ait jamais fait. On a du mal à faire rentrer toute la bouffe dans les bear canisters. On se fait livrer des pizzas pour le dîner et… on décide de rester une journée supplémentaire histoire de finir nos préparatifs et aussi surtout parce qu’on est légèrement feignasses et pas vraiment pressés de repartir : y a toujours des tonnes de neige partout.

On finit la soirée dans le jacuzzi de l’hôtel avec vue sur le Mont Whitney, the tallest mountain in the lower 48, le sommet des USA si on exclut l’Alaska et Hawaï. Si tout va bien, on devrait y être au sommet dans 3 jours.

Le lendemain matin, again, c’est breakfast obligé. Une fois l’estomac plein de bacon et de pancakes, on commence un marathon télé d’épisodes de Law & Order. Toute. La. Journée. Alors oui certes, on sort pour acheter 1 ou 2 trucs qui manquait et je fais remplacer les pointes de mes bâtons de marche qui ont plus de 15 ans et sont plus que fatigués, mais sinon, on ne fait rien. Sauf qu’au bout d’un moment, ça devient déprimant tous ces gens qui se font tuer, violer, torturer… On sort donc pour… manger. Emily, Eike et Urs sont repartis au Last Chance Meadow Campground où ils vont nous attendre jusqu’au lendemain. Un bon samaritain rencontré dans le lobby du motel leur a payé un ride jusqu’au Campground. Il reste donc Lucie, Josh, Spider et moi et on essaye de s’organiser un ride assez tôt le lendemain matin. La route ne menant qu’au Campground, on ne veut pas prendre le risque d’attendre des heures à faire du stop donc on trouve quelqu’un prêt à nous emmener pour 50USD. Pas donné mais vu les quantités de neige, on sait qu’on ne pourra probablement pas beaucoup avancer dans l’après-midi, quand la neige ramollit et qu’on s’y enfonce parfois jusqu’à la taille…

Puis on refait nos sacs et Spider, Josh et moi retournons au saloon boire quelques verres et jouer au billard et au ping-pong. Je perds à tous les coups mais peu importe : c’est exactement pour ces moments-là que je suis là.

PCT Day 49 : Le glissading pour débutants

du Mile 728 au Last Chance Meadow Camp en passant par Trail Pass (mile 745)

Maintenant qu’on a goûté à la neige, on peut plus s’en passer… Enfin, c’est pas exactement ça. C’est plutôt que de la neige, y en a partout et que si on voulait l’éviter, on aurait plus qu’à rentrer à la maison. 

Ce matin pour commencer, on fait   sécher nos affaires. Sacs de couchage imbibés de condensation, tentes, chaussettes… tout y passe. Heureusement le soleil est déjà là et on prend le petit dej en contemplant l’intégralité de nos sacs éparpillée sur le camp. Du coup, évidemment, on part pas de bonne heure… il est 8h30 bien tassé quand on se remet enfin en route. Mais c’est pas bien grave puisqu’on a pas beaucoup de miles à faire : on a décidé de camper avant la bifurcation qui rejoint le Last Chance Meadow Campground d’où on compte trouver un ride pour rejoindre Lone Pine le lendemain. Du coup, on devrait faire à peine 17 miles : petite journée.

Très vite donc, on se retrouve à patauger dans la neige. Cette année est une année record en terme d’enneigement dans la Sierra. Du coup, on doit faire face à 2 problèmes : des quantités de neige hallucinantes ce qui va nous ralentir considérablement et nous obliger éventuellement à investir dans un paire de crampons et un piolet, et dès que toute cette neige va fondre, y aura de l’eau partout et les rivières risquent de devenir infranchissables. Bref, que du fun en perspective. Traverser la Sierra est considéré comme étant la meilleure partie du PCT mais dans ces conditions, ça pourrait vite devenir la plus dangereuse aussi…

En attendant, on essaye d’apprivoiser la neige. On glisse, on se vautre, on a les pieds trempés à travers nos chaussures de trail parfaitement adaptées à une saison normale mais légèrement sous dimensionnées pour cette année. Heureusement, y a quand même des moments où on se fait plaisir : dans les descentes par exemple, quand on skie appuyés sur nos talons ou qu’on se laisse simplement glisser sur les fesses. Le glissading ça s’appelle. Et non seulement c’est plutôt drôle, mais ça fait gagner beaucoup de temps.

Du coup, on change nos plans et on décide d’essayer d’aller jusqu’au Last Chance Meadow Campground ce soir. Avec un peu de chance, y aura peut-être une voiture…? Le side trail est couvert de neige sur les premiers miles et heureusement qu’on a nos téléphones pour naviguer au GPS. Du coup, on est vraiment lents et il est 17h passé quand on arrive au camping. Pas une voiture à l’horizon… La route qui rejoint Lone Pine fait plus de 20 miles, pas question de marcher ça ! On décide donc de camper là et on se fait un grand feu pour se réchauffer et éloigner les moustiques qui commencent à pointer le bout de leurs petites ailes vrombissantes… Le dîner est gargantuesque puisqu’on peut manger tout ce qu’il reste dans nos bear canister : demain, c’est town day !!

PCT Day 47 : S’extraire du vortex

du Mile 702 au Mile 709

Aujourd’hui commence l’étape la plus importante du PCT. Aujourd’hui on va attaquer la Sierra. Enfin… on va surtout commencer par attendre la fin de l’après-midi pour éviter la chaleur. On a en fait encore quelques miles de désert avant de se retrouver subitement coincés dans la neige pour les prochaines semaines…

Il est temps de s’extraire du vortex, de démonter sa tente et de jouer à Tetris avec son sac pour y faire rentrer tous les nouveaux jouets qui vont nous permettre de survivre aux prochains 400 miles : bear canister, crampons ou microspikes, piolet pour certains, vêtements supplémentaires… on s’arrache les cheveux. Les sacs sont énormes et pèsent des tonnes…

Et puis l’heure fatidique arrive. La motivation n’est pas au plus haut, comme à chaque fois qu’on attend la fin de la journée pour bouger. On parie que si mon sac pèse plus de 35lbs, on reporte notre départ au lendemain. La balance du porche du General Store annonce le verdict : 32lbs, on doit y aller.

Après à peine 40 minutes, on tombe sur un trail magic : un ancien hiker qui écrit un livre sur le trail offre des shots de tequila. Impossible de de décliner l’offre… surtout que c’est de la bonne !! On s’arrache rapidement du trail magic parce que l’air de rien, on est tout de même censés traverser la Sierra et pas écrire un guide touristique des meilleurs bars de la région…

Alors que la nuit tombe, on se trouve un grand campsite et on est rejoint une bonne heure plus tard par Sticks et Ladybug, un couple de hikers avec qui on avait campé avant d’arriver à Kennedy Meadows et avec qui on s’entend bien. On se fait à dîner vite fait puis on se roule dans nos sacs de couchage. On commence à grimper, on est à 7000 pieds et la nuit s’annonce fraîche.

PCT Day 45&46 : Double zéro à Kennedy Meadows 

Comme tous les zéros, ça devrait commencer par un petit dej gargantuesque. Mais c’est pas comme tous les zéros. On n’est pas dans un motel avec la clim et des grands lits qu’on partage à 12. Non non. On est dans nos tentes et le petit dej… bah, c’est oatmeal et hot cocoa, comme tous les matins sur le trail…

Enfin, ça, c’est en attendant 9h que le General Store ouvre. Parce que à 9h, y a déferlante de hikers sur la terrasse et valse de pancakes. Second breakfast time. On récupére tous nos colis (4 pour moi) et ça ressemble à un matin de Noël : on déballe les trésors qu’on s’est auto envoyés et qu’on avait déjà oubliés. J’ai un tas de vêtements supplémentaires qu’il va falloir que je case dans mon sac et je réalise rapidement que je pourrais m’en passer. J’offre donc un tshirt à Emily et je tasse le reste dans ma bounce box que je vais envoyer plus loin à South Lake Tahoe. Il faut maintenant essayer d’organiser le ravitaillement pour la prochaine étape. Mais quelle est la prochaine étape ? This is the question… Le débat va durer toute la journée.

En attendant, on trouve un ride pour Grumpy Bear’s où on veut déjeuner et profiter du wifi. Pas de bol, ils sont en rupture de bouffe et on se retrouve obligés de prendre l’apéro… jusqu’à ce que la serveuse nous propose un pulled pork sandwich qui sera déclaré officiellement meilleur déjeuner so far sur le trail. Puis on rentre au General Store, on fait la sieste, on oublie de boire de l’eau et puis c’est le soir et on retourne chez Tom’s place pour voir un film. Ce soir, c’est Zombiland. On pourrait croire que c’est pourri mais c’est en fait très très très second degré, ça se moque énormément des clichés américains et c’est plutôt drôle. Ça me donne surtout envie de manger des Twinkies.

Le lendemain matin, on traîne, on traîne et paf ! on loupe l’heure des pancakes… Du coup, on traîne encore, et encore, et encore… et puis on décide qu’on ne va pas porter 7 jours de bouffe et qu’on va faire une première toute petite section jusqu’à Lone Pine. Ça devrait nous prendre 3 jours. Ça semble bien plus raisonnable. Du coup, on essaye d’apprivoiser nos bear canisters et on se plaint toute l’après-midi de ô combien c’est beaucoup trop lourd… Et puis finalement, au lieu de prendre 3 zéros, on se dit que 2 et demi devraient suffire et on décide de reprendre la route le lendemain après-midi. En attendant, on se refait une troisième soirée ciné chez Tom’s place. On arrive encore trop tard et les autres hikers présents ont déjà choisi le film : Jeremiah Johnson… Alors, oui, Robert Redford est toujours Robert Redfort mais là, il fait vraiment pas d’effort. C’est vraiment vraiment trop long et vraiment vraiment très muet…

Clairement, il est temps de quitter Kennedy Meadows.