PCT Day 23 : Après moi, le déluge…

du Mile 313 au Mile 328

Hier soir, alors qu’on commençait à s’endormir, 2 gros 4×4 sont arrivés par la route en terre où on avaot posé nos tentes. Ils ont traversé la rivière, sont restés une bonne demi-heure de l’autre côté puis sont repartis comme ils etaient venus. Ce matin, Spider nous raconte des histoires de deal de drogue, de gang, de rednecks qui viennent shoutet des bouteilles vides pour passer le temps… Pfff ! N’importe quoi !

En attendant, on est encore hyper efficaces : à 7h on est déjà partis. Faut dire qu’il faut qu’on retrouve notre chemin jusqu’au trail et c’est pas gagné. Normalement, ça devrait être facile, on est du bon côté de la rivière, il suivit de la longer sur 1 mile et on y est. Ca, c’est la théorie. Parce que dans la réalité, on se retrouve coincés au bord de la rivière le long d’une falaise et il semble bien qu’on va devoir se mouiller les pieds… mais finalement, non, un seul pied dans l’eau et on finit par retrouver notre petit logo préféré.

Mais à peine nous voilà lancés, on se retrouve face à d’énormes nuages noirs fluo. Puis c’est le vent qui se lève et qui nous projette d’un côté ou de l’autre, tellement fort qu’il me faut bien mes 2 bâtons pour me retenir de dégringoler du flan de la colline. On s’y attendait : les prévisions météo pour les 2 prochains jours sont pourries. Pluie, vent et même neige !!??? Difficile à croire mais c’est bien ce qui va nous arriver.

Pour l’instant, on tente notre chance alors on enfile les vestes de pluie (juste au cas où) et on avance. Un peu après 11h, on finit par tomber sur un trail magic et on réalise que dans moins de 4 miles, on va arriver à une aire de pique-nique au bord d’un lac. Et ô joie, y a une pizzeria qui livre là bas. Il n’en fallait pas plus pour nous faire faire ces 4 miles en moins d’1h30.

Quand on arrive à l’aire de pique-nique, il est 13h30 et y a une petite douzaine de hikers qui sont en train de repartir. Ils ont dévoré leurs pizzas, bu leurs bières et comme il ne fait vraiment pas chaud, ils ne veulent pas traîner. Nous, on attend notre pizza. Et on fait bien. La pizza arrive et 10 minutes plus tard il se met à pleuvoir. D’abord gentiment puis bientôt comme vache qui pisse. On a une petite pensée pour tous les autres qui sont en train de hiker sous la pluie… Nous, on est abrités alors on se dit qu’on va laisser passer l’averse et puis qu’on verra bien. On voudrait faire encore 5 ou 6 miles pour se rapprocher de Cajon Pass où on a réservé un hôtel pour demain soir. Mais bon, si jamais on est coincés ici, ce sera jamais que 12 miles, c’est largement faisable demain dans la matinée.

L’après-midi passe, on voit arriver quelques courageux, trempés et misérables. Ils sont plus qu’heureux de nous trouver là et on commence à faire des plans pour la nuit. La pluie ne s’arrête pas, la température chute et le vent ne tombe pas : on va dormir dans les toilettes. Tous par terre. Au moins c’est sec et le vent ne rentre pas. On espère juste que les rangers ne viendront pas nous déloger au milieu de la nuit…

PCT Day 22 : Deep Creek Hot Springs (clothing optional…)

du Mile 290 au Mile 313

Y avait beaucoup de vent quand on s’est couché hier soir mais heureusement, il est tombé pendant la nuit. Par contre, mes jambes sont 2 poteaux douloureux qui me réveillent sans arrêt. Faut que je pense à prendre un Ibuprofène avant de me coucher quand c’est comme ça. Dormir, c’est presque aussi important que marcher en ce moment.

On prend le petit dej vite fait (je mange mon oatmeal directement dans le paquet, ça fait moins de vaisselle) et on est prêts à décoller à 7h voire presque avant. Ça y est, la routine se met en place, je vais bientôt atteindre mon objectif de 45 minutes tout inclus pour lever le camp !

Ce matin, j’écoute un audiobook : 1984 de Orwell. L’histoire a l’air bien (je sais que l’histoire est bien mais bizarrement je l’ai jamais lu ce bouquin) mais je suis trop prise dedans et le trail demande un peu trop d’attention, ça me ralentit. A la première occasion je range mon MP3. Ça fera peut-être bien partie des trucs à rapporter à la maison en juillet…

On a encore prévu une grosse journée aujourd’hui pour essayer de rattraper les copains qui ont une quinzaine de miles d’avance. Le trail n’est pas très difficile mais y a un peu plus de dénivelé qu’hier et on avance un chouille moins vite.

Dans la matinée, au beau milieu du sentier, y a un hiker couché par terre. « Could you do me a favor? » il demande. Il a un moucheron dans l’oeil. Des moucherons, y en a partout. Ils tournent autour de ton nez, de tes yeux et de ta bouche sans arrêt. Tout à l’heure, j’en ai presque sniffé un. Je regarde dans son oeil mais je vois rien. Je lui verse donc un demi-litre d’eau dans l’oeil. Il dit merci, que ça va beaucoup mieux. Alors je repars.

Un peu plus loin, je me fais doubler par un gard qui me dit : « Bonjour ! » (en français dans le texte) « bah alors? c’est quoi ce drapeau ? » J’ai cousu un petit drapeau français sur mon sac. Mais comme y a plein de gens qui ne le reconnaissent pas, en général, je passe incognito. Bon là, en l’occurrence, c’est Manuel et comme il est français, c’était plus facile. On discute en marchant (enfin lui il parle et moi je cours derrière en répondant en monosyllabe) et puis je dois faire un stop pour refaire le plein d’eau et il continue son chemin.

Comme hier, le trail est à flan de colline toute la journée. Du sentier balcon qui suit une rivière dans le fond de la vallée à n’en plus finir… Ça serait presque un peu ennuyeux si dans l’après-midi, on finissait pas par tomber sur les Deep Creek Hot Springs. Ce sont les premières Hot Springs du trail. Y en a d’autres plus loin. Celles-ci, elles sont un peu particulières car c’est « clothing optional ». Traduction : si tu veux, tu te baignes tout nu. Et qu’est ce qui pourrait faire plus plaisir à un hiker dégueu que de se débarrasser de ses fringues qui puent et de se baigner dans une piscine naturelle d’eau chaude…? Rien. Ou peut-être une bière fraîche éventuellement…

Après les Hot Springs le sentier balcon reprend. Complètement plat sur 5 miles. La vue est la même depuis 10h ce matin, je commence à râler. Et puis soudain, à 1 mile de l’arrivée, les montagnes s’arrêtent net, y a un barrage sur la rivière et je me retrouve face à un panorama à 180 degrés sur toute la vallée et les montagnes suivantes dans le fond avec le mont Baden Powell enneigé. Wow… j’en oublierai presque qu’il est 18h30, que j’ai 23 miles dans mes pattes et que je ne rêve que de poser ma tente…

Juste après le barrage, on se trouve un petit coin abrité du vent et on fait connaissance avec Philip, un Allemand qui traînait par là et qui cherchait lui aussi un coin pour passer la nuit. En plus, le téléphone passe et on apprend qu’on n’est plus qu’à 7 miles de nos copains. Ça se pourrait bien qu’on les rattrape demain…

PCT Day 21 : 24 miles baby!!

de Big Bear (mile 266) au Mile 290

Les meilleures choses ayant une fin, il était temps de quitter Big Bear. On monte donc dans la voiture qui fait le shuttle entre l’hostel et le trail à 7h30.

Et comme on est frais comme des gardons (ça fait 2 jours qu’on n’a pas levé le petit doigt…), on va enchaîner 24 miles. 24 miles baby!! Ça y est, on a passé la seconde. En même temps, fait dire que y a pas vraiment de gros dénivelés aujourd’hui. C’est juste des kilomètres à avaler. Enfin, des miles…

Pourtant, malgré tout ce repos, ma cheville droite montre des signes de fatigue. Vas-y que ça se tord dans tous les sens, vas-y que j’arrête pas de trébucher…

A un moment, alors que je fais une pause tortilla-beurre-de-cacahuètes-fromage, je vois arrivee Alin et son chien. Alin est d’origine roumaine mais il habite dans le coin et il me donne son numéro de téléphone en me disant que si on est mal pris avec la météo dans les jours qui viennent, pas de souci, je l’appelle et il viendra nous chercher et nous hébergera. Moi, ça continue de m’épater les gens comme ça… Pendant qu’on papote, son chien arrête pas de sauter et de jouer autour de nous. Soudain, il se jette à plat ventre et ne bouge plus. Alin dit  : « Ah! Attends. Bouge pas… Ah bah oui, y a un gros rattlesnake caché derrière ce tronc… » Moi je demande si je peux garder le chien.

Ce soir, on campe en petit comité : Spider, SB et moi. Ça fait bizarre de pas avoir toute la petite famille. Mais je fais par hasard la plus grande découverte culinaire du trail jusqu’à maintenant : Idaho mashed potatoes avec parmesan et spicy thai tuna… mmmh! Un délice !!

Les prévisions météo pour le week-end sont pas très fun : pluie et neige. On espère passer entre les gouttes mais rien n’est moins sûr…

PCT Day 19&20 : Double Zero à Big Bear

Alors non, 2 jours de RTT ça n’était pas absolument nécessaire. Mais qu’est-ce que c’était bien…

Le premier jour, on a passé la journée à regarder des films de kung-fu à la télé, faire des courses pour préparer les prochains colis, préparer nos food bags pour la prochaine étape, bref… un zéro tout ce qu’il y a de plus banal. Dans la journée, le reste de la troupe est arrivé : Emily et Urs qui n’avait skippé la veille, SB, Lucie et Eike et enfin Jack et Alex, les 2 frères australiens. Aujourd’hui, d’ailleurs, c’est l’anniversaire d’Alex. 21 ans, ici, ça se fête en grandes pompes. On s’est donc tous retrouvés dans notre petite chambre  d’hôtel en début de soirée pour qu’Alex souffle ses bougies (on avait fait un gâteau, fait un beau glaçage, trouvé des bougies…), puis après cet apéro, on s’est mis en quête d’un restaurant. Celui avec plus de 24 bières pression différentes derrière le bar a retenu notre attention. Après le dîner, on a poursuivi notre soirée dans un premier bar qui était déjà sur le point de fermer alors on a du se réfugier dans un deuxième bar qui était en train de fermer aussi et alors qu’on commençait à perdre espoir, on a trouvé le Graal : un bar ouvert avec billard et karaoké… Le reste de la nuit est nébuleux mais fantastique, fait de shots de vodka, de tequila, de photomatons où on s’entasse à 12, de massacres de tubes interplanétaires et de rires. A night to remember…

Le lendemain matin, Emily, Josh et Urs décident de repartir sur le trail. Le reste de la bande n’est pas en état… J’hésite un moment mais l’idée de mettre un pied devant l’autre est bien trop compliquée.

Du coup on traîne, on va à la poste, on traîne encore… en début d’après-midi je me dis que j’aurais dû me forcer à partir ce matin, 2 jours, c’est trop. Mais en même temps, y a pas mort d’homme et on avance plutôt correctement. Seules les prévisions météo pour les prochains jours me font froncer le sourcil : pluie et neige pour ce week-end. Pluie et neige??? Mais on n’est pas censés être en Californie???

On finit la journée avec ceux qui sont restés et les nouveaux qui arrivent. C’est drôle, on se suit tous plus ou moins alors on croise très souvent les mêmes personnes à 1 ou 2 jours près, on prend des nouvelles… « Ah ! On croyait que vous étiez devant nous ! » On finit par aller écouter un peu de musique live dans un bar mais cette fois, on reste très raisonnables. Le trail nous appelle. Demain, on y retourne.

PCT Day 18 : Lazy part-time hikers

du Mile 240 à Big Bear Lake (mile 266)

C’est officiel, on en a plein les pattes et on décide de skipper au mile 250 après le zoo. Parce que oui, y a un zoo. Au beau milieu de nulle part. Enfin un zoo… y a 3 pauvres cages qui se battent en duel avec des animaux plus tristes que la mort qui tournent en rond. 2 ours et 1 tigre. Il paraît que ce sont des animaux entraînés pour tourner dans des films à Hollywood. Le spectacle ne fait pas rêver pourtant…

On avait prévu de s’arrêter au Mile 250 mais la route n’existe plus et on va tout de même faire 2 miles de plus. Pas si lazy que ça finalement… Il nous faudra tout de même plus d’une heure pour trouver une voiture pour aller en ville. La dame qui nous prend est hyper gentille : elle nous emmène à la poste avant de nous déposer juste devant l’hostel où on a prévu de poser nos sacs.

Le manager de l’hostel, Sarge, est un personnage a lui tout seul. Il connaît bien les hikers puisqu’il n’accueille quasiment qu’eux pendant toute la saison. Le discours est bien rôdé mais clairement, pour que la boutique tourne corerctement, faut des règles. On a du savon, du shampoing, de la lessive… ça ressemble bien à un paradis pour hikers… Mais avant de poser nos sacs, on commence par aller dévorer un gros burger accompagnés de mai-tai à 5 dollars.  Une fois l’estomac plein, on revient à l’hostel et puis c’est douche, laverie et comatage devant des films de kung-fu en attendant que ça sèche.

Demain, le reste de la bande arrive et on s’offre un zéro.

PCT Day 17 : Something in the water…

du Mile 226 au Mile 240

Il a fait super chaud pendant la nuit mais qu’est-ce que j’ai bien dormi !! Pourtant j’aurais bien besoin de 12 heures de sommeil supplémentaires…

Le démarrage est difficile et ça va être comme ça toute la journée. Heureusement, c’est pas que moi… Tout le monde lutte. There must be something in the water.

A midi, je fais même l’impasse sur le déjeuner et je fais une petite sieste à l’ombre d’un gros arbre, couchée par terre.

Y a de gros dénivelés, des montées super raides et pas moyen de sortir la tête de l’eau. Cette journée est un supplice.

On arrive à un camping à 15h30. C’est le dernier point d’eau pour les prochains 16 miles alors on décide d’arrêter là pour aujourd’hui.

On est dans une zone qui a brûlée il y a moins de 2 ans et ce n’est pas très clair si on a le droit de camper là ou pas mais ce soir, y a 19 tentes autour de nous…

Demain, Spider, Josh et moi, on décide de s’arrêter au Mile 250 et de faire du stop pour rejoindre Big Bear. On en a plein les pattes…

PCT Day 16 : Pique nique à la plage

de Cabazon (mile 209) au Mile 226

La nuit a été horrible. Le vent n’a pas arrêté de souffler et de nous recouvrir de sable et de poussière. Le cowboy camping c’est chouette mais seulement quand la nuit est calme. Malgré la nuit pourrie, on prend que le second ride (toujours à l’arrière du pick-up de Dennis) vers le trail et on démarre assez tard (8h30).

Pourtant on avance bien. On passe un champ d’éoliennes, puis on se fait une petite montée qui tue où je retrouve enfin mon rythme des Alpes. Là voilà, la montagne !! Et puis on arrive au bord d’une rivière juste au moment du déjeuner. Urs et Josh se plongent dans l’eau gelée. On fait une supet longue pause déjeuner, on cuisine, on fait même la sieste. 

On repart vers 15h. Y a encore des miles à couvrir, la journée n’est pas finie. Pour commencer, faut traverser la rivière. J’enlève mes chaussures mais les garçons trouvent un meilleur passage et s’en sortent sans se mouiller les pieds. On fait encore 6 miles de plus sur les crêtes (la vue est magnifique) pour arriver à Mission Creek. Y a plein de place pour nos tentes, on est crevés, on arrête pour aujourd’hui.

Au dîner, je pense déguster un délicieux mac&cheese que j’ai fait tremper toute l’après-midi dans l’eau froide pour économiser le gaz de ma cartouche et que je fais à moitié brûler en le réchauffant… j’ai encore des progrès à faire en trail cooking… Finalement, on se couche de bonne heure. Les grenouilles croassent fort dans la rivière mais on n’a pas de vent et on a du sommeil à rattraper…

PCT Day 15 : Fuller Ridge

du Mile 187 à Cabazon (mile 209)

Finalement, la nuit n’est pas si froide. Par contre, je suis encore une fois bien contente d’avoir mes gants pour démarrer la journée et ranger la tente…

On est relativement efficaces ce matin et on arrive à prendre le petit dej et à lever le camp avant 7h30.

Y a encore beaucoup de neige et ça nous ralentit beaucoup. En pkus, on sait qu’aujourd’hui on doit passer Fuller Ridge qui est censé être LA partie super-difficile-super-enneigée-mets-tes-crampons-sinon-t’es-foutu. Bon, pour l’instant on est lents mais ça va. On arrive au campground au mile 190 et on s’aperçoit qu’en fait, on vient de passer Fuller Ridge. Comme ça, sans même s’en apercevoir. Beaucoup plus facile que ce qu’on croyait. On seraitvpresque déçus du coup…

Après ça, c’est 15 miles de descente interminable dans eau jusqu’à un robinet dans la vallée. C’est l’enfer : plus on descend, plus il fait chaud et 15 miles c’est hyper long. En fin d’après-midi, je double un autre Français qui lui aussi a droit à sa dose de commentaires sur le forum dont je parlais l’autre jour mais lui, sans doute parce que c’est un mec, il s’en sort plutôt pas trop mal. Je dois dire que je suis toute contente de le doubler même si ça ne dure pas longtemps et qu’il me rattrape à l’arrivée. 

Arrivés en bas on appelle un trail angel, Dennis, qui offre de venir nous chercher et nous amener chez lui pour passer la nuit. Fait dire que y a pas foule d’options piur le camping dans le coin… Mais avant, il faut encore faire 4 miles pour arriver à l’autoroute où Dennis vient nous récupérer. 4 miles au pas de charge, dans le sable puisque nous revoilà dabs le désert. A un moment, je lève le nez pour regarder passer un de ces interminables trains de marchandises et… je trébuche et je tombe, cette fois, sans me blesser…

On arrive enfin à l’autoroute. Sous le pont, comme un mirage, y a du trail magic : du coca et des bières fraîches. Alleluia !! Dennis arrive un peu après dans un vieux pick up bleu et on grimpe à l’arrière. « Freedom is a ride in the back of a pick up truck ». Il nous amène chez lui à Cabazon. On retrouve Bee et Matthias ainsi qu’une bonne douzaine d’autres hikers. Mais on n’est pas venus là pour papoter. On prend un Uber pour aller chercher des burgers au In-N-Out. Le In-N-Out, c’est comme un McDo qui n’existerait que dans l’ouest du pays. Et officiellement, c’est les meilleurs burgers de fast-food du monde. Ou du pays mais ne chipotons pas. On s’entasse donc à 5 dans la voiture et on file au In-N-Out. En faisant la queue pour commander,  les gens nous regardent : on est dégueu et on s’en rend même plus compte… On revient manger à la maison (c’était pas vraiment la peine d’en faire des caisses sur les burgers : ça vaut n’importe quel McDo…) puis on se couche dans le jardin en rang d’oignon. Ce soir c’est cowboy camping.

PCT Day 14 : Et soudain, la neige…

de Idyllwild (mile 179) au Mile 187 en passant par Devil Slide Trail

Ce matin, on n’est pas vraiment pressés. Va falloir quitter notre petit paradis d’Idyllwild et franchement, aucun d’entre nous n’a hâte de se remettre en route. On a donc prévu de profiter au maximum et de partir juste après le check out en fin de matinée.

On commence donc par aller se remplir l’estomac au Red Kettle : la town food c’est quand même autre chose que la trail food… Quand on revient à la maison, Urs s’aperçoit qu’il a perdu son portefeuille. On cherche partout, il vide son sac 1 fois, 2 fois, 3 fois… rien à faire, on remet pas la main dessus. Au moment où il va appeler sa banque pour bloquer sa carte bleue, on retourne une dernière fois le canapé. Genre retourne. Complètement. Et Spider finit par mettre la main sur le précieux portefeuille… Bon, plus d’excuses, va falloir y aller maintenant…

On se met en rang d’oignon le long de la route et on lève nos pouces. Y a 2 miles jusqu’au trailhead et si y a moyen de pas les faire à pieds, on est preneurs… Et ça marche ! 2 voitures s’arrêtent en même temps et toute la bande se fait déposer au pied du Devil Slide Trail qui nous permet de rejoindre le PCT juste après la fire closure.

La première montée est super difficile et puis après c’est encore pire. On sait pas si c’est le poids de tout ce qu’on a ingurgité en 24 heures ou simplement le fait que ce soit les premiers vrais dénivelés qu’on attaque mais la reprise est rude !!

Et puis soudain, après un énième lacet… la neige !!! Il y a quelques jours à peine on crevait de chaud dans le désert et là, on a les 2 pieds dans la neige… « Il est fou ce temps » comme dirait l’autre…

On pourrait aller grimper au sommet du mont Jacinto mais on préfère rester sur le trail et avancer le plus loin possible. Josh décide d’aller voir le sommet tout de même. Tout le monde nous a dit qu’il fallait « absolument » des crampons pour cette partie du trail mais jusque là ça semble plutôt facile. On suit donc prudemment les traces de pas de nos prédécesseurs jusqu’à une rivière qui est censée être un tout petit cours d’eau à franchir en sautillant et qui se trouve être en fait un torrent glacé qui fait bien flipper… 

Toute cette neige nous ralentit et ce soir, on s’arrête un peu plus tôt que prévu. On est haut, il fait froid et après 45 bonnes minutes d’efforts combinés, on arrive à s’allumer un feu de camp. Josh a réussi à nous  rejoindre mais il a les pieds trempés et essaye de faire sécher ses chaussettes en les faisant tournoyer au dessus du feu. Il y a du vent et on ne veut pas déclencher accidentellement un feu de forêt alors dès qu’il fait noir, on verse une bonne quantité de neige sur notre petit brasier et on se dépêche d’aller se mettre au chaud dans nos sacs de couchage.

PCT Day 13 : Un zéro à Idyllwild

Traîner au lit. C’est tellement bon. Je finis par m’extirper de ma couette vers 8h. 8h !!!! La grasse mat’ du siècle !!!

Ce matin, on a décidé de se faire à manger. On veut aller au supermarché pour acheter plein de trucs délicieux mais àa n’ouvre pas avant 9h. 9h !!! C’est quoi ces gens qui travaillent à mi-temps !!! On crève de faim, nous !!!

On finit quand même par réussir à se faire un petit-dej / brunch de malade : oeufs brouillés, bacon, salade de fruits, pancakes, … Rien à dire, on en profite de notre zéro !!

Dans l’après-midi, je retourne à la Poste pour réexpédier ma bounce box jusqu’à Tehachapi après avoir remis à niveau ma pharmacie et mon dentifrice. Je vais aussi acheter une nouvelle paire de chaussures. Les miennes n’étaient pas neuves en arrivant et il n’y a plus aucun grip sur l’avant. Ca n’aide pas ma tendance naturelle à me vautrer tous les 10 pas. 120 dollars plus tard, j’ai des chaussures flambant neuves aux pieds… 

En fin d’après-midi, chacun commence à refaire son sac. On compare nos food bags. « Wow ! Le tien est 10 fois plus lourd que le mien ! J’ai peut-être pas pris assez… » Et puis on prépare l’apéro : ce soir on a invité tous nos copains. On est une petite quinzaine là, dans le salon. Y a Lucie, une autre Française  avec qui j’étais en contact avant de partir. On est parties avec un jour de décalage et on n’arrête pas de se croiser. On s’était rencontrées sur un forum français qui parlait du PCT. Y en a pas beaucoup. Ce soir, Lucie me dit : « Tu devrais regarder sur le forum, tu vas rire, ils parlent de nous ! ». Je me connecte et je manque m’étouffer avec ma bière. Je découvre que des gens que je ne connais ni d’Eve ni d’Adam et à qui je me suis adressée peut-être 3 fois pour des questions logistiques passent leurs journées à discuter de nos « performances » sur le trail. Des gens qui ont, certes, fait le trail l’année dernière, se permettent de s’aut-proclamer « experts du PCT » et jugent que j’ai choisi de faire un PCT « humain » puisque je préfère traîner avec mes nouveaux copains plutôt que de marcher toute eule comme une forcenée et ils trouvent ça contre-productif. Les commentaires me concernant ne sont pas flatteurs et Lucie n’est pas mieux lottie. Ils ont même fait un graphe pour comparer les différents Français qui sont sur le trail cette année. Je montre ça à mes nouveaux copains qui s’étranglent à leur tour quand ils découvrent que des petits Frenchies se permettent de les traiter de feignasses sous prétexte qu’ils n’enchaînent pas les miles et qu’ils préfèrent profiter de leur aventure en rencontrant des gens, en discutant avec eux et en engrangeant les souvenirs de soirées mémorables et de fous rires.

La soirée se finit avec Josh qui répète à n’en plus finir une bordée d’injures en français, ce qui nous fait hurler de rire…

Juste une petite précision ici. Je n’ai rien contre les gens qui font le PCT pour le côté « sportif » du trail. Moi, ce que j’adore, c’est rencontrer tous ces nouveaux copains, avoir mal aux côtes tellement on rit et avoir déjà un paquet d’histoires différentes à raconter sur chacun. Les miles, on les fera. Jusqu’au Canada. Quoi qu’en disent une bande d’inconnus frustrés qui pensent que réussir le PCT c’est n’adresser la parole à personne pendant 380 miles et dénigrer tout ce qui concerne les Etats-Unis et les Américains. Voilà. Ca, c’est dit.