PCT Day 42 : Quand t’as pas envie…

de Ridgecrest au Mile 656 en passant par Walker Pass

On commence par dévaliser le buffet du petit dej du Best Western. 2 fois. Puis on organise nos food bags, on prend une dernière douche, on traîne sur nos lits… jusqu’à 11h. Pas le choix, faut rendre la chambre. 

On a décidé de ne repartir qu’en fin d’après-midi pour éviter la chaleur. Alors en attendant, faut traîner quelque part. Ca sera dans un parc derrière le bureau de poste. Il y a quelques arbres qui font un peu d’ombre alors on se couche par terre et on attend. Y a pas beaucoup de locaux dans ce parc. Y a pas grand monde tout court. En fait, y a juste nous. Et de loin, on ressemble à une bande de clochards avec des sacs à dos à plusieurs centaines de dollars. Hiker trash.

A 16h, on retrouve Emily, Urs et Eike et on avale un dernier vrai sandwich avant de repartir sur le trail. Ou presque. On passe encore une bonne heure au McDo pour charger nos téléphones puis on se poste sur le bord du trottoir et on lève nos pouces. 

Après avoir passé toute la journée à rien faire, on n’a vraiment pas envie d’y retourner. Il est 18h passé et tout ce qu’on veut c’est retourner au Best Western. Mais on n’a pas exactement signé pour des vacances à Ridgecrest, Californie. Soit dit en passant, cette ville est déprimante à mourir… Une voiture s’arrête le long du trottoir. Emily, Eike, Urs et Lucie ont déjà trouvé un ride un peu plus tôt. On n’est plus que 4. Ca tombe bien, le conducteur propose de débarquer ses 2 passagers pour nous emmener. Faut juste qu’on lui donne 10USD pour payer l’essence. On accepte. C’est le ride le plus bizarre qu’on ait eu jusqu’à maintenant : le gars roule super vite, musique à fond, tatouages bizarres sur les mains et le visage, il ne sait pas où on veut aller… mais on finit par arriver à Walker Pass sains et saufs.

Il est temps de reprendre le trail. Mais juste pour 4 miles. Il fait presque frais et il y a un peu de vent. En fait, c’est super agréable de marcher ce soir. Et puis le paysage a encore changé et les collines arides ont disparu. Finalement, on est super contents d’être de retour sur le trail et loin de Ridgecrest. Alors que la nuit tombe, on pose nos tentes à l’abri du vent. Josh a cru apercevoir un gros animal juste avant le camp : un bobcat ? Aucune trace nulle part et il commence à faire vraiment froid alors on se roule dans nos sacs de couchage. Demain, on reprend le rythme des vrais thru-hikers…

PCT Day 41 : Zéro à Ridgecrest

En ce réveillant ce matin, il nous a fallu 5 minutes pour décider qu’on allait passer une autre nuit ici. Non pas qu’on ait super envie de passer 24 heures à Ridgecrest, California, mais on est crevés et on a aucune envie de se précipiter dans la Sierra. On est laaaargement en avance par rapport à la majorité des hikers et il a encore neigé très récemment dans la Sierra. Par contre, pas question de rester 24 heures de plus dans ce motel pourri alors on négocie une chambre au Best Western de l’autre côté de la rue. Par contre, on ne peut pas emménager tout de suite alors on profite du fait qu’on a encore notre bus pour aller faire des courses et un peu de shopping. Ridgecrest est une assez grande ville comparé à tout ce qu’on a traversé jusqu’à maintenant et cest étendu sur des kilomètres. Avoir cette voiture est une des meilleures décisions qu’on ait jamais prises. 

En début d’après-midi, après avoir déposé Urs, Emily et Eike chez un trail angel, on emménage dans notre luxueuse chambre au Best Western. Et c’est à nouveau le ballet des douches, de la lessive, des cartons de pizzas qui s’entassent dans un coin de la chambre avec les canettes de bières et de la télé qui ronronne dans un coin.

Ce soir, y a Forrest Gump à la télé. Et quand on découvre que Chelsea ne l’a jamais vu, on peut pas faire l’impasse et on s’installe pour la soirée ciné. Y a tellement de pauses pub que le film dure plus de 4 heurs et qu’on s’endort presque tous avant la fin.

C’est tellement bon d’être dans un vrai lit avec la clim plutôt que d’être en train de rôtir dans le désert…

PCT Day 40 : De hiker à trail angel

du Mile 604 à Ridgecrest sans passer par Walker Pass…

Ce matin, comme prévu, le réveil sonne à 5h… c’est beaucoup trop tôt pour sortir de son sac de couchage mais si on veut éviter de marcher entre 11 et 17h, on n’a pas vraiment le choix.

En fait, c’est même plutôt agréable de démarrer si tôt. On a passé la nuit dans une forêt de pins et tout est si calme ce matin. Pas un bruit, juste nos pas sur les aiguilles de pins, le soleil qui commence à percer et il fait même presque frais. Évidemment, ça ne dure pas.

Dès que le soleil sort au dessus de la colline, on est de retour dans la fournaise. Pour ne rien arranger, on a maintenant devant nous 42 miles à faire sans eau. Alors petit exercice de maths pour les plus malins : sachant que tu consommes à peu près 1/2 litre d’eau au 5 miles en conditions normales voir 1 litre quand il fait très chaud et qu’il te faut également presque 1 litre le soir quand tu campes et que tu marches à 3 miles à l’heure mais pas pendant 24 heures d’affilée… combien de litres d’eau devrais tu mettre sur ton dos si tu avais l’intention de survivre jusqu’à Walker Pass…? Réponse : beaucoup trop ! C’est impossible de porter autant. C’est pour ça qu’il y a des caches. Et même si on t’a dit de ne pas compter dessus… bah… tu vas compter dessus quand même !

Du coup j’ai tout de même 4 litres sur le dos quand je quitte le dernier point d’eau. Mon sac est atrocement lourd et le soleil cogne. La prochaine cache est dans 7 miles mais comme on ne veut pas la vider, on essaye de porter le maximum d’eau. Il est à peine 9h, il fait une chaleur à crever et ma bouche est en carton. Le moral descen en même temps que l’altitude. Puis tout à coup, plus de forêt de pins. Juste des collines à perte de vue avec des petits buissons dessus qui font pas plus de 30cm de haut. Aucun espoir d’avoir un peu d’ombre. Le désert californien est de retour…

C’est là que tout bascule. Spider me rattrape et me dit : « Say the word and I hitch with you to town… » Parce que oui, dans quelques kilomètres, quand on sera à la cache, y a une route. Et cette route mène à Walker Pass et à Ridgecrest où on a prévu d’aller de toute façon pour notre resupply… Cette section craint, c’est officiel, et quand j’arrive à la route, ma décision est prise : la première voiture qui passe, je monte dedans. En attendant, on s’installe comme on peut sous un joshua tree un peu plus grand que les autres. On attache des couvertures de survie dessus pour se faire un peu d’ombre et on commence à attendre… Attendre… Attendre… Au pire, si personne ne passe (Kelso Road n’est pas hyyyyper fréquentée…) on continuera à marcher mais pas avant 18h, la température atteint maintenant les 40 degrés à l’ombre.

Soudain, un ronronnement dans le lointain… une voiture !! Et qui s’arrête juste devant nous !! Et le monsieur qui en sort et qui dit : « Hey guys ! Anyone wants a cold drink ? » alors qu’il ouvre son coffre et qu’il en sort une énorme glacière.. Trail magic baby !! On se jette sur lui comme s’il était le messie et puis timidement on dit : « Hey… Any chance you would give us a ride to town…? » Pas de souci, il dit, mais il ne peut prendre que 4 personnes dans sa voiture et on est 8. Spider, Chelsea, Josh et moi sommes les heureux élus. Je promets aux autres de me débrouiller pour trouver une voiture et revenir les chercher. Ils hochent la tête mais je vois bien qu’ls ne me croient pas vraiment.

Ridgecrest est à 1h30 de route de Kelso Road. Bien plus loin que ce qu’on avait imaginé. Notre trail angel nous dépose devant le Motel 6 où j’ai réussi à booker 2 chambres vraiment pas cher. On passe au check-in, on se jette sous la douche puis Spider et moi ressortons direction le loueur de voiture. J’ai vu sur internet que la location à la journée ne devrait pas dépasser 40USD. Le vendeur nous accueille tout sourire mais malheureusement, c’est Memorial Week et il n’a plus une seule voiture. Enfin si, une seule : une Mustang décapotable… pas exactement ce dont on a besoin pour aller récupérer nos copains… J’explique au vendeur qu’on a juste besoin d’une voiture quelques heures, qu’on a des gens à aller chercher et là… miracle ! « Well, I have a 15 seats minivan. It would be 20USD for 24 hours… » Vendu !!

On est extatiques. On repasse au motel chercher Josh et Chelsea puis on fait un crochet au McDo où on fait le plein de cheeseburgers. On imagine déjà la tête de nos copains quand ils vont nous voir arriver les bras plein de burgers… On refait la route dans l’autre sens, la clim de la voiture est à fond, on est bien…

Quand on arrive, il y a une vingtaine  de hikers sous le joshua tree. Les copains n’en reviennent pas qu’on soit revenus et encore moins avec un bus !!! On distribue les cheeseburgers, on entasse le maximum de personnes dans le van, on en laisse quelques uns sous le joshua tree (ils voulaient pas venir en ville de toute façon) et on repart dans l’autre sens.

Quand on arrive au motel et qu’on décharge notre chargement de hikers crevés et brûlés par le soleil, on n’est pas peu fiers. On a sauvés une quinzaine de personnes du désert… 

Après que tout le monde se soit installé, ait pris une douche et ait repris forme humaine, notre petite famille remonte dans le van direction le resto chinois. C’est un all-you-can-eat buffet qu’on nous a recommandé mais franchement, ça n’a rien d’extraordinire et c’est plutôt cher. On est tous crevés et on rentre se coucher dans notre chambre de motel miteux.

I’ll come back to Kelso Road, says no one…

PCT Day 39 : Fait trop chaud pour randonner…

du Mile 583 au Mile 604

Après avoir failli mourir de déshydratation hier, on pourrait croire que j’ai compris la leçon… Bah pas tout à fait.

Hier, on a fait 17 miles en partant à 10h et j’avais 1,5 litres d’eau. Et j’ai failli crever donc. Aujourd’hui je pars à 7h et on prévoit de faire 19 miles avant de trouver de l’eau donc j’emporte… 2 litres. Oui, j’aurais du emporter le double. Mais ça pèse hyper lourd l’eau ! Et puis en partant tôt, je vais forcément moins boire vu qu’il fait moins chaud…

Au début ça marche. A 10h j’ai déjà fait presque 10 miles et consommé seulement une seule de mes bouteilles sur 3. Sauf qu’il se met à faire chaud. Genre super chaud. Et que y a pas d’ombre nulle part. Et que ça grimpe. Il fait tellement chaud qu’on fait une pause-sieste de 2 heures entre midi et 2. Il fait bien trop chaud pour randonner.

Sauf que. Pendant que tu randonnes pas, tu bois quand même. Et arrive un moment où il ne me reste plus qu’une bouteille et encore 6 miles à faire. Faut donc s’y remettre. Et essayer d’économiser l’eau. Mais il fait toujours une chaleur d’enfer (on frôle les 30 degrés aujourd’hui) et ça grimpe toujours. Enfin là, même quand ça descend tu meurs de soif.

J’arrive enfin au point d’eau. Il ne me reste que 2 gorgées d’eau chaude et ma bouche est en carton. J’avale presque 2 litres d’un coup et je reprends doucement forme humaine…

Ce soir on a décidé d’avancer encore un peu. Y a un campsite 2 miles plus loin avec un ruisseau pas loin. Ces 2 derniers miles dans la forêt de pins alors que a chaleur commence enfin à retomber sont les plus plaisants de la journée. En plus on a un campsite immense, plat et couvert d’aiguilles de pin presque juste pour nous.

Pendant qu’on dîne, on élabore notre stratégie pour le lendemain : on va attaquer 42 miles sans eau… On décide de démarrer à 6h et de faire un break de 12 à 18h. Pour l’eau, y a peut-être un détour à faire ou une ou deux caches… ? De toute façon on fera pas 42 miles en une journée. 

Pendant qu’on discute, j’ai laissé ma tente ouverte. Y a maintenant 20 mouches qui se sont invitées et je passe 10 bonnes minutes à les attraper pour les jeter dehors avant que les moustiques ne fassent leur apparition. C’est bien la première fois qu’on a des moustiques !

La nuit tombe et les étoiles apparaissent. Le ciel ici est tellement beau !

PCT Day 38 : Retour dans le désert 

de Tehachapi (mile 566) au Mile 583

Emily est partie à 7h ce matin. Elle voulait démarrer de bonne heure pour échapper aux heures les plus chaudes de la journée. Faut dire qu’il est prévu 28 degrés aujourd’hui. Et que sur les 17 miles de la journée, y en a 10 en montée…

Mais pour autant, ça ne nous motive pas à zapper le petit dej de l’hôtel… On prend notre temps et on se retrouve sur le trail à 10h. Et il fait chaud… super chaud…

La reprise est toujours difficile après un séjour en ville mais là, c’est la chaleur et le manque d’eau qui complique l’affaire. Normalement, je me débrouille avec 1 litre d’eau pour 10 miles. Là, je me rationne pour pas tomber en rade… En plus, comme à chaque fois qu’on quitte la ville, les sacs sont lourds avec toute la bouffe dedans…

Bref, c’est pas très plaisant, c’est même assez douloureux (mes articulations ont besoin de bien plus que 48 heures de repos…) et le point d’eau n’arrive pas assez rapidement mais il finit par arriver quand même alors que je suis à 2 doigts de mourir de déshydratation et on retrouve Emily, Lucie et Eike qui ont déjà monté leurs tentes.

Puis c’est la routine du trail qui reprend : monter sa tente, se changer, préparer à dîner, laver sa casserole, ranger ses affaires, filtrer son eau et se glisser dans son sac de couchage. Il est même pas 20h. On est bien.

PCT Day 36&37 : Double zéro à Tehachapi

Coincée entre Spider et Emily, j’ai pas eu froid cette nuit… On est réglés comme du papier à musique alors à 6h pétantes, on est déjà tous réveillés. On regarde des dessins animés à la télé puis la faim nous pousse hors du lit et on descend dévorer le buffet du petit déjeuner. L’avantage quand tu marches tes 30 kilomètres minimum par jour, c’est que tu peux manger absolument tout ce que tu veux, tu ne prends plus un gramme. Et en plus , t’as faim tout le temps. La hiker hunger ils appellent ça. Moi je pense pas être encore trop atteinte mais je peux pas refuser des gaufres au petit dej…

On retourne ensuite dans notre chambre où on prépare un immense tas de linge sale (dégueu serait plus exact…) qu’on jette ensuite dans la machine à laver avec double dose de lessive. Ça peut pas faire de mal… Pendant que la lessive tourne, on continue notre marathon dessins animés. On n’a plus de vêtements, on est en serviettes de bain et down jacket, on est obligés de rester cloitrés…

Quand on récupère nos affaires propres et sèches, on passe déjà 5 minutes le nez fourré dedans à se shooter à l’odeur de propre qui en émane. C’est que c’est pas tous les jours… Un peu plus tard, on se trouve un ride pour aller à la poste où je ne fais que transférer ma bounce box jusqu’à Kennedy Meadows pendant que chacun gère ses colis. En rentrant, on s’arrête dans une boulangerie allemande où on dévore des tartes et autres pâtisseries arrosées de thé glacé puis on rentre se reposer. C’est que le concept du zéro, c’est d’en faire le moins possible…

En début d’après-midi, on fait l’inventaire de nos food bags puis on va au supermarché à côté pour le resupply de la prochaine section. Normalement on devrait mettre 6 jours jusqu’à Kennedy Meadows mais on veut pas porter 6 jours de bouffe. On décide donc qu’on fera un stop à Ridgecrest après 4 jours, pas longtemps, juste pour le resupply… ouais… on sait bien que ça finit toujours dans un bar ces histoires là…

En revenant du supermarché, on s’arrête au Burger King pour prendre des milkshakes et on croise d’autres hikers. On parle stratégie pour la Sierra qui arrive à grands pas, matériels… puis on rentre s’affaler sur les lits. On est cre-vés. 

En fin d’après-midi, on va passer 2 heures dans le jacuzzi de l’hôtel. Il y fait chaud, on a des bières à portée de main… la vie pourrait être plus difficile.

On finit la journée en commandant des pizzas qu’on mange sur nos lits devant la télé avant de tomber de sommeil…

Le lendemain, c’est grasse mat’ jusqu’à 8h30 !! Rebelote sur le buffet du petit dej puis on commence à regarder comment on va faire après Kennedy Meadows. C’est la grande inconnue. Personne ne sait quelles sont exactement les conditions dans la Sierra, on voit oasser des photos sur la page Facebook du PCT mais toutes les infos sont contradictoires… On décide qu’on partira avec 5 jours de bouffe puis… inch’allah ! Du coup, faut refaire des courses et expédier de nouvelles box parce que les prix à Kennedy Meadows sont exhorbitants. Tout ça avant 14h parce qu’on est samedi et que la poste est fermée l’après-midi. Heureusement, on attend rarement plus de 5 minutes quand on se poste sur le bord du trottoir et qu’on lève le pouce. Les habitants de Tehachapi sont très hiker friendly et le gars qui m’amène à la poste attend que j’ai fini d’envoyer mon colis et me ramène même à l’hôtel où je peux enfin commencer à faire le rien du tout que j’avais prévu.

Depuis le matin, on est sur un marathon Hobbit + Seigneur des Anneaux à la télé. On ressort quand même pour aller chercher des sandwiches à la boulangerie allemande, acheter du chocolat, bref, l’essentiel. Dans l’après-midi j’essaye de mettre à jour le blog. C’est hyper difficile de se discipliner à écrire tous les jours. Encore plus quand on est en ville à faire rien…

SB, Lucie et Eike nous ont rejoints. Ils étaient un jour derrière nous. On s’entasse à 8 dans la chambre. On prend des douches, on mange, on boit, on comate devant la télé… puis la soirée avance et chacun rentre chez soi. Nous on va manger un dernier burger avant de rentrer, de préparer nos sacs puis de se coucher, toujours devant la télé.

Demain, les vacances sont finies…

PCT Day 35 : Tehachapi

du Mile 535 à Tehachapi (mile 558)

Ce matin, le vent est tombé et le soleil brille. Plus rien. Pas même un courant d’air. C’est à se demander si on n’a pas rêvé hier.

Ce matin, on avance dans les champs d’éoliennes. C’est plutôt cool. On entend que les « wouf… wouf… » des pales qui fouettent l’air. On a quitté la plaine et on a retrouvé les collines Et les bons dénivelés qui vont avec. Et puis, on a décidé de faire les 24 miles jusqu’à Tehachapi, notre prochain resupply point. On fera 1 ou 2 zéros là bas.

Les miles s’enchaînent, j’ai des tas de nouvelles douleurs qui apparaissent grâce aux 23 miles de la veille sur le béton et les 9 derniers miles de la journée pour redescendre des Tehachapi Mountains m’achèvent…

Heureusemet, on trouve un ride super rapidement pour arriver en ville. On s’installe au Best Western pour 3 nuits : on en a tous plein les pattes et on a besoin de repos. En plus, malgré l’impression que ça pourrait donner vu le temps qu’on passe dans les bars, on avance super rapidement. Tellement rapidement qu’on ne connaît plus aucun hiker dans les villes dans lesquelles on passe. Et la Sierra approche. Et y a toujours tellement de neige qu’on ne sait pas comment vont être les conditions là-bas. Bref, we’re in no rush to go to Kennedy Meadows.

Ce soir, on a avalé des assiettes entières de travers de porc puis on a consciencieusement léché nos doigts et on est rentré se jeter sur nos lits à l’hôtel pour regarder la télé. On est à 5 dans la chambre et Spider, Emily et moi partageons le même lit. La nuit va être cosy…

PCT Day 34 : L.A. Aqueduct

du Rock Inn (mile 478) au Mile 535

On se réveille avec le soleil qui passe à travers les rideaux de notre fenêtre… le lit était pourri mais la nuit était fantastique. A partir du moment où y a 4 murs et un toit, c’est fantastique…

On profite jusqu’à la dernière minute du luxe du rock Inn en avalant un bon gros breakfast avant de repartir. On a plusieurs options : retourner là où on a quitté le trail, retourné sur la trail mais un peu plus loin ou rester sur la route qui rejoint le trail encore plus loin. On choisit le compromis : on va faire du stop jusqu’à un camping entre le 2 et on marchera les 14 derniers miles jusqu’à HikerTown. Evidemment, tout ne se passe pas comme prévu. On trouve bien une voiture pour quitter le Rock Inn mais le gars ne peut pas nous emmener jusque là où on voulait et nous laisse un peu plus loin au bord de la route. Le trail est tout là haut, sur la crête, il fait froid, les nuages gris s’amoncèlent dans un coin… On se regarde… et on se met à marcher sur la route. La route la plus déserte que la Californie a jamais vue. 3 voitures en 2 heures et encore, c’étaient des camions donc aucune chance qu’ils nous prennent en stop… Bon, au moins, pendant ce temps, on marche. Et plus on marche, plus on se dit qu’on va rester sur la route jusqu’à HikerTown et que cet après-midi, après une bonne pause, on quittera HikerTown pour avancer encore un peu. A 3 miles de l’arrivée, enfin, une voiture s’arrête. Il est donc 12h30 et on se retrouve à HikerTown. HikerTown, c’est la propriété d’un trail angel qui a installé des répliques de bâtiments style western dans lesquels il loge les hikers. Nous, on n’a pas envie de passer la nuit là. Puis on a déjà bien traîné ces 2 derniers jours. Pendant qu’on discute de nos plans pour le reste de la journée, Josh arrive. Il a déjà fait 20 miles depuis le matin (par le trail vu qu’il n’a pas fait de petit « crochet » par le Rock Inn…) mais il décide de continuer avec nous.
A 15h, on repart donc pour 17 miles : c’est le premier point d’eau après HikerTown. On sait déjà qu’on finira de nuit mais peu importe. Normalement, cette section est un enfer : c’est flat as a pancake, super exposé et il y fait rarement moins de 35 degrés. Aujourd’hui, c’est vent à décorner les boeufs et je suis bien contente d’avoir ma veste de pluie/coupe-vent… On marche le long du L.A. Aqueduct. C’est l’aqueduc qui alimente Los Angeles. Tout le long, y a donc une piste en ciment et pour la première fois depuis 1 mois, on peut donc tous marcher ensemble. En ligne. On papote, on rigole, on marche vite. Vers 18h, on fait une pause pour dîner. Mais pas longtemps. Le vent est de pire en pire. Bientôt, on marche inclinés à 45 degrés et on se prend des rafales de sable dans les yeux… La nuit tombe, j’ai mal aux pieds, aux chevilles et même à la hanche maintenant…  On finit par arriver au Mile 535. Y a une rivière et un pont et une petite dizaine de tentes déjà installées là. On essaye de monter nos tentes rapidement mais le vent rend la tache presqu’impossible. Ma tente s’envole 3 fois avant que Josh ne m’aide en posant des pierres de 20kg chacune aux 4 coins. Pourtant, une fois que je suis dedans, enroulée dans mon sac de couchage et mes boules Quiès enfoncées dans mes oreilles… la Terre peut bien s’écrouler : je n’y suis plus pour personne !

PCT Day 33 : Rock Inn

de Casa de Luna (mile 478) au Rock Inn (mile 485)

Y a des jours comme ça, la motivation n’est pas là. J’aimerais bien vous y voir, vous ! Jeter son sac tous les matins sur son dos, avaler les miles, avaler des poignées de trail mix, monter sa tente, faire cuire son petit sachet de couscous, gonfler son petit matelas… c’est nettement plus marrant qu’aller au boulot, je n’en disconviens pas. Mais y a des jours, la flemmingite aigue attaque et… bah, voilà, t’as juste pas envie.

Aujourd’hui c’est comme ça. Déjà, les tentes étaient toutes trempées quand on s’est réveillés. Les chaussures étaient encore mouillées de la veille et comme à chaque fois qu’on passe la nuit en milieu « civilisé », c’est toujours plus compliqué de démarrer. Là, on a d’abord fait sécher toutes nos affaires quand le soleil a enfin fait son apparition et puis… on a trainé… traîné… traîné… et on est arrivés sur la trail à midi. Bon, une fois là, on n’a pas cueilli des pâquerettes non plus : on a enchaîné 7 miles en 2 heures. Puis on a fait une pause, histoire de manger une tortilla et un morceau de fromage. C’est précisément là que tout a basculé.

On s’était arrêtés au bord de la route. Juste parce que voilà, y avait un endroit où on pouvait s’assoir tranquilles. Y avait juste Emily, Josh, Urs, Spider et moi. Les autres étaint partis un peu plus tôt et étaient devant. Puis y a 2 autres gars qui arrivent, qui s’assoient un peu plus loin et soudain, y en a un qui regardait son téléphone qui dit : « Ouh la la, ils annoncent des vents violents et peut-être même de la pluie pour cette nuit dans la vallée… » On se regarde, on n’a pas envie de se reprendre la pluie. Et là, sorti de nulle part, Spider dit : « Pas très loin sur cette route, y a un bar… » On se regarde, on a déjà pris notre décision : cet aprem, on va aller boire des bières. Et cette nuit ? Bah… on verra bien. On essaye de rappeler Josh qui a déjà redécollé mais il ne nous entend pas…

Bon, quand même, on se dit qu’on n’a pas foutu grand chose aujourd’hui alors quand on se poste au bord de la route pour faire du stop, on se donne une limite : si dans les 10 minutes, on n’a pas trouvé de voiture, on laisse tomber le bar et on continue à marcher. La première voiture qui passe s’arrête… En plus, c’est la fille de la serveuse du Rock Inn, le fameux bar… Le destin !

On arrive donc au Rock Inn en milieu d’après-midi. Y a que 2 autres hikers dans un coin qui ne sont même pas arrivés là par le trail mais simplement en faisant du stop depuis Casa de Luna. On se réhydrate donc, c’est bien pour ça qu’on est là ! Puis tout à coup, on apprend qu’à l’étage au-dessus, y a des chambres… On se regarde… on éclate de rire puis on commande quelques burgers, puis de quoi faire descendre ces burgers… Puis les heures passent et il fait nuit et on est entassé à 4 dans une chambre avec un seul lit et Urs nous lit des passages de la Bible qui traînait dans la table de chevet et y a une réunion des alcooliques anonymes dans la pièce d’àcôté et on n’en peut plus de mourir de rire. Et puis on redescend au bar parce que ce soir, y a un chanteur qui vient jouer et il est extraordinaire. Un vieux cowboy en pantalon et chemise en jean qui nous tirerait presque des larmes.  Il est très bon et on est un peu soûls. On va se coucher quand le bar ferme. Dehors, y a pas de vent. Ni de pluie. Marcher, c’est bien. Vivre, c’est meux.

PCT Day 32 : Le retour de la pluie

de Agua Dulce (mile 454) à Casa de Luna (mile 478)

On se réveille au son des matelas gonflables qui se dégonflent… la fête est finie, va falloir y aller.

Je profite d’une dernière petite douche, la prochaine est dans 5 jours… Les premiers courageux partent déjà mais Urs, Spider Josh et moi, on s’offre un dernier petit dejavant  de reprendre le trail. Pendant qu’on est en terrasse, les nuages noirs s’amoncèlent lentement dans notre dos. On espère pouvoir encore une fois passer entre les gouttes…

On se fait déposer au trailhead par une adorable petite vieille dame et c’est reparti. Il fait de plus en plus gris, le vent se lève… et la pluie finit par tomber. Pendant 5 heures…

On ne s’arrête pas, ni pour manger, ni pour boire, ni pour vider ses chaussures des litres de flotte qui font ploc-ploc… et on enchaîne pas loin de 24 miles du coup alors qu’on s’était dit qu’on s’arrêterait vers 16 miles. Du coup, on arrive à la Casa de Luna. La Casa de Luna, c’est chez les Andersons, des trail angels dans un genre un peu différent des Saufleys. Ici c’est plutôt une party place où on campe dans la forêt derrière la maison et où on boit des bières devant. Là, tout le monde est trempé même si la pluie s’est maintenant arrêtée.

Tout le monde jette ses affaires dans le seche linge, essaye de de réchauffer. Pour le dîner on a droit a une gigantesque taco salad. Puis c’est le rituel des bandanas. Il faut danser devant tout le monde pour récupérer le bandana de la PCT Class of 2017. J’adore pas vraiment l’endroit, les autres non plus. On est crevés après cette marche forcée sous la pluie de toute façon alors on fait pas de vieux os. Les tentes sont humides mais les sacs de couchage sont chauds…