PCT Day 31 : Anniversaires

Aujourd’hui est un zéro. Et on le  commence brillamment par rester allongés dans nos sacs de couchage à regarder les autres hikers plier leurs tentes… C’est tellement bon de les regarder s’agiter alors que nous, aujourd’hui, on va rien faire…

Enfin rien, c’est vite dit. Y en a qui vont prendre le petit dej en ville, d’autres qui vont faire des courses pour le prochain resupply, on se douche, on se coupe les ongles de pieds… on est débordés.

Les zéros filent à une allure peu commune. Quand on est sur le trail, entre 7h et 14h, il se passe un milliard de choses. Quand c’est un zéro, t’as à peine le temps de boire 2 bières qu’il est déjà 15h…

Dans l’après-midi Spider décide de se raser la tête. Enfin pas vraiment raser, il veut juste garder une crête. On se retrouve tous devant la tondeuse dont les lames ont été affûtées pour la dernière fois en 1819. On s’y essaye un peu tous mais finalement c’est moi qui ait l’honneur de faire tomber les kilos de poussière et autres objets vivants non identifiés qui prolifèrent sur son crâne depuis un mois… Dégueu… Puis maintenant, il ressemble vraiment à rien mais bon… c’est pas faute de lui avoir demandé s’il était sûr…

Et puis pendant que je peaufine la pointe de cette crête version trail 2017, les copains me font la surprise d’apporter un gâteau avec plein de bougies. C’est que c’est double anniversaire : mes 34 ans et 1 mois sur le trail ! Ils ont même dégoté une bouteille de vin rouge pour l’occasion ! Qui tâche bien, le vin rouge… mais peu importe, c’est l’intention qui compte évidemment !!

Pour fêter dignement ce double anniversaire, on commande 2 gigantesques pizzas pour le dîner et on se jette dessus comme si on n’avait pas mangé depuis 8 jours. Une autre tournée de bières, d’autres bouteilles de vin qu’on boit triomphalement dans des bouteilles en plastique coupées en 2… de loin, ça pourrait presque ressembler à des flûtes à champagne. Et puis la nuit tombe, la température aussi et on se dépêche d’aller se rouler dans nos sacs de couchage. That was a pretty cool birthday…

PCT Day 30 : Hiker Heaven

du Acton KOA (mile 444) à Agua Dulce (mile 454)

J’ai dormi comme une souche, abrutie par la tonne d’anti-douleurs que j’ai avalée avant de dormir. Et pourtant, j’ai beau être matinale… qu’est-ce-que j’ai mal…

Aujourd’hui on n’a que 10 miles à faire pour arriver à Agua Dulce et Hiker Heaven. On va y rester 2 nuits, s’offrir un bon zéro là bas, d’abord parce que ce sera dimanche, ensuite aprce qu’on fêtera 1 mois sur le trail et surtout parce que ce sera mon anniversaire. Bref, le programme est alléchant. Et pourtant, j’ai tellement souffert sur ces 10 petits miles. Je paye cher les 32 miles d’hier. Chaque minuscule montée fait pleurer mes cuisses et il me faut 4 heures pour arriver à Agua Dulce…

En arrivant, on commence par aller manger au resto. Tout le monde commande des burgers sauf moi : j’engloutis une monstrueuse part de cheese cake… Une fois rassasiés, on prend la route de Hiker Heaven. Hiker Heaven, c’est chez les Saufleys. Les Saufleys, ce sont des trails angels totalement extraordinaires qui, un peu comme Scout & Frodo à San Diego, consacrent 4 mois de l’année à acueillir les hikers sales, fatigués et morts de faim qui passent par Agua Dulce. Ils nous laissent camper dans leur jardin (y a facile 40 tentes), ils ont installé des toilettes portables, ils font notre lessive et nous laissent nous doucher, nous fournissant serviettes, savon, shampoing et vêtements de rechange. Ils organisent aussi un service postal puisqu’il n’y a pas de poste ici. Ils reçoivent les centaines de colis de tout le monde et négocient avec la poste qu’ils viennent chercher ici les colis qu’on veut envoyer plus loin. Dans le jardin, y a aussi 5 chiens, quelques poules et 3 chevaux. C’est carrément le paradis.

On s’installe, on met nos noms sur la liste pour la douche, on donne notre linge dégueu à laver et on papote avec tout le monde. Tout le monde boitille, tout le monde a les pieds en chou-fleur, tout le monde a une bière à la main, tout le monde est heureux. Les Saufleys sont carrément extraordinaires…

En fin d’après-midi, la faim se faisant à nouveau ressentir, on retourne en ville pour aller manger mexicain. Y a à peu près 1 mile entre Hiker Heaven et le centre-ville et on arrive à grimper à l’arrière d’un pick up pour se faire déposer juste devant le resto. Freedom is a ride in the back of a pickup truck baby…

On avale des quantités de nourriture hallucinantes qu’on arrose de quantités de liquides divers et variés et quand vient le moment de rentrer, on arrive aussi à s’entasser à 5 sur la banquette arrière d’une voiture qui passait par là et qui accepte de nous ramener. On a beaucoup trop mangé et heureusement que le ride ne dure que 3 minutes… 5 minutes plus tard, on est tous couchés. This is really Hiker Heaven…

PCT Day 29 : De plus en plus fort !!!

du Mile 412 au Acton KOA (mile 444)

Aujourd’hui, on avait prévu 24 miles. 24 miles, c’est déjà pas mal. Et bah Mesdames et Messieurs, sous vos yeux ébahis (et les miens d’ailleurs), sachez qu’aujourd’hui, on a fait… 32 miles !!! Laissez moi vous dire que c’est pas près de’arriver de nouveau…

Tout avait plutôt bien commencé ce matin. On avait rejoint la Fire Station en à 6 miles du camp en à peine plus de 2 heures et on avait fait une bonne pause pendant 1 heure là bas. Y avait un registre dans lequel Emily et Urs avaient laissé des petits mots la veille pour nous en nous disant entre autre de nous grouiller pour les rattraper. Ensuite, on avait devant nous 17 miles sans eau et au bout des 17 miles, la Ranger Station où on devait s’arrêter. Faut croire qu’on était en pleine forme parce qu’on est arrivés à la Ranger Station à 16h30. 24 miles avalés en 9 heures et en prenant son temps, c’était déjà un bon score. Bon, à la Ranger Station, y avait un vent à décorner les boeufs (ce qui, franchement, pour le camping, n’est pas top…) et en plus, on apprend que toute notre petite famille n’est qu’à 8 miles d’ici, au Acton KOA. On se dit, qu’on va jamais pouvoir faire 8 miles de plus, que faut pas pousser le bouchon Maurice et qu’on va comencer par se reposer un peu puis qu’on verra si on avance encore un peu.

Pendant qu’on mange et qu’on boit, je discute avec Thomas, un autre Français qui a fait 50 miles la veille… 50 miles… oui, parce que tu comprends 50 miles, ça fait 80 kilomètres, c’est un compte rond. Si tu t’arrêtes avant, ça fait pas un compte rond. Moi, je comprends pas, évidemment. Mais quand je raconte ça aux copains, leur fierté en prend un coup et subitement, on est partis pour faire les 8 iles jusqu’au Acton KOA… Des fois, faut vraiment que j’apprenne à me taire…

Du coup, c’est en courant qu’on fait ces 8 derniers miles. Littéralement en courant. Ca nous prend à peine 2 heures et on n’a même pas besoin de sortir les frontales. Autant vous dire qu’on arrive triomphants, shootés à l’adrénaline et qu’on avale 2 bières chacun avant d’avoir le temps de reprendre notre souffle. Le monsieur qui gère le camping vient me tapoter sur l’épaule : « Hey… you’re way too happy right now but when you’ll cool down, come to me for registration ! » Et il a bien raison, je suis euphorique. Mais nos copains campent en fait juste après le camping (y a pas de petites économies) alors je suis jamais retournée voir le gentil monsieur.

J’ai monté ma tente dans le noir après qu’on se soit tous sauté dans les bras, trop heureux de s’être retrouvés et allongée sur mon matelas gonflable, je n’ai plus qu’une chose à dire : j’ai tellement mal partout que je sais pas comment je vais survivre demain… mais il n’y a nulle part ailleurs au monde où je voudrais être…

PCT Day 28 : 400 !!

de Little Jimmy Campground (mile 384) au Mile 412

Et oui. Aujourd’hui est la journée de tous les records. Aujourd’hui on a franchi la barre des 400 miles, on a explosé notre mileage quotidien et j’ai avalé 4 ibuprofènes en moins de 24 heures !!

Alors reprenons dans l’ordre. Ce matin on quitte le Little Jimmy Campground au pas de charge. On a prévu 22 miles. On veut pas traîner. Les premiers miles s’enchaînent tranquillement jusqu’à arriver sur la Highway 2. On tombe sur une belle ascension, bien raide mais régulière sur le Mount Williamson avant de redescendre de l’autre côté et de retomber sur… la Highway 2. Et ça va être comme ça toute la journée. À un moment le trail est même fermé et on est obligé de suivre la route parce qu’il y a une petite grenouille à pattes jaunes qui survivrait à grand peine dans les parages…

En début d’après-midi, on atteint le mile 400. Hey… 400 miles l’air de rien. Alors oui, va falloir accélérer la cadence mais pour l’instant, on est bien. Ni en avance, ni en retard, en plein dans le milieu.

Ma cheville droite est toujours hyper douloureuse. Ça sent les vieilles entorses mal soignées et la tendinite qui pointe son nez… Mais la journée n’est pas finie et du coup, je me résous à avaler 2 ibuprofènes pour tenir le coup. Normalement, j’en prends plutôt le soir avant de me coucher. Mes jambes me font tellement mal la nuit que parfois ça m’empêche de dormir. Mais là, faut passer à la vitesse supérieure. D’autant plus qu’on a décidé de pousser un peu plus loin pour pouvoir atteindre Agua Dulce dans 2 jours.

On atteint notre camp spot juste avant 18h. On y retrouve Honey Bee et Django. On en était presque sûrs puisque ça faisait quelques heures qu’on suivait leurs empreintes dans la poussière. Le temps de monter les tentes et de se faire à dîner et le vent commence à souffler. On traîne pas très longtemps et on se retire dans nos tentes. De toute façon, on est crevés. Je suis dans mon sac de couchage à 19h20 : record battu !

PCT Day 27 : Mount Baden Powell

de Wrightwood (mile 363) à Little Jimmy Campground (mile 384)

Ce matin on a fait la grasse mat. Jusqu’à 6h30. Oui. Voilà où j’en suis rendue…

Sue devait nous ramener en ville à 8h30 alors on a tout rangé dans la caravane, récupéré notre linge propre, refait nos sacs et préparé les colis qu’on voulait envoyer avant de partir. À 8h, on était sur le pied de guerre. Mais pas Sue. Difficile de dire à quelqu’un qui t’héberge si gentiment que t’aimerais bien qu’elle passe la seconde parce que si elle, elle a rien à faire ce matin, toi, t’as quelques miles à avaler…

Bref, Sue nous ramène en ville vers 9h30, elle nous dit au revoir et on remercie chaleureusement (parce que, encore une fois, rencontrer des gens comme ça qui ouvrent leurs maisons à de parfaits inconnus et font leur lessive, ça n’est pas rien) et puis on file au supermarché faire des dernières courses puis à la poste pour envoyer nos colis. On a mélangé nos affaires. Ce qui fait qu’on est maintenant coincés les uns avec les autres pour au moins les 3 prochaines semaines. Je crois que l’idée nous plaît bien.

Bon, on n’est pas si efficace que ça non plus alors le temps de trouver quelqu’un qui nous redépose au depart du trail, il est 11h passé…

Aujourd’hui au menu, y a ascsension du Mont Baden Powell. C’est simple et efficace : entre 4 miles, t’avales 900 mètres de dénivelé. La vue de là haut est drôlement chouette. Mer de nuage à gauche, immense plaine à droite. On reste un bon moment à contempler le paysage.

Les 6 miles suivants pour arriver au campground sont un enfer. J’ai tordu ma cheville droite tellement de fois qu’elle commence à plus trouver ça drôle et me le fait savoir. En plus, il y a pas mal de neige (enfin rien de dingue non plus) et le trail disparaît souvent ce qui m’oblige à naviguer à vue… bref, je finis par arriver au campground épuisée.

Heureusement, on retrouve d’autres hikers qu’on connaît et qui ont déjà allumé un feu. Y a rien de mieux qu’un feu le soir quand on est comme ça, perdus dans la nature. On papote un peu, on se fait à dîner et puis dès que la nuit tombe (20h-ish), chacun se retire dans sa tente. Levé avec le soleil, couché avec le soleil : c’est comme ça que tu repères le thru-hiker…

PCT Day 26 : Wrightwood

Du Guffy Campground (mile 364) à Wrightwood (mile 363)

Oui, aujourd’hui, j’ai fait -1 mile… Laissez moi vous expliquer.

Ce matin, le plan c’était de revenir effectivement 1 mile en arrière pour récupérer un side trail qui descend sur Wrightwood. On devait y retrouver Josh, Emily et Urs, récupérer nos colis à la poste, faire quelques courses et puis retourner sur le trail. Comme d’habitude, ce qui est prévu correspond rarement à ce qui arrive…

On est bien arrivés en ville, on a bien retrouvé le reste de notre petite famille et on a dévoré un petit dej gargantuesque. C’est après que ça a dérapé. Spider et SB ont commencé à dire qu’ils resteraient bien en ville pour la journée. On est tout de même allés à la poste, on a fait des courses et puis à tout hasard, on a appelé un trail angel pour savoir si on pouvait passer la nuit chez eux. Pas de bol, ils pouvaient nous accueillir. On a donc abandonné les autres (qui sont repartis sur le trail) et on est allés tout droit au bar.

Une chose en entraînant une autre, il était 15h et on s’est retrouvés dans la caravane au fond du jardin de Sue et Mike. Sue et Mike sont adorables. Ils nous ont prêté des vêtements, nous ont laissé nous doucher, ont fait notre lessive et nous ont préparé un délicieux dîner. Nous, on a rien fait de l’après-midi à part glandouiller. Et cerise sur le cupcake, à un moment, il s’est même mis à pleuvoir…

Cette fois, c’est officiel : on est les hikers les plus chanceux de la planète…

PCT Day 25 : L’ascension sans fin

de Cajon Pass (mile 342) au Guffy Campground (mile 364)

Ce matin, on a traîné. Entre la difficulté à s’extirper du lit (c’était tellement bon…), le petit dej de l’hôtel et l’idée de se faire presque 23 miles sans point d’eau et exclusivement en montée, on peut dire qu’on est moyen enthousiastes au moment de rendre les clés… En plus, faut se faire un extra mile pour retourner jusqu’au trail. Du coup on démarre qu’à 8h.

Le matin, je mets toujours un peu de temps à trouver mon rythme. Les pieds sont endoloris, les tendons grincent, tout est compliqué. Puis au bout d’un moment, la machine chauffe et ça commence à dérouler. Aujourd’hui, malgré les 23 miles et presque 6000 pieds d’ascension, c’est assez facile. C’est régulier, de grands lacets, du sentier balcon sur des kilomètres… c’est presqu’un peu monotone. Heureusement la vue sur la vallée est superbe et puis au fur et à mesure qu’on grimpe, le paysage change : petits buissons, restes d’arbres calcinés puis grands pins et même la neige pour finir en apothéose.

A midi, pendant que je faisais une pause avec Lucie, les garçons, qui sont 2 miles devant, nous demandent si on est ok pour prendre une side trail et descendre en ville ce soir plutôt que demain matin. « Évidemment ! » Du coup on vide les 2 litres d’eau qu’on portait pour le camping du soir et on se remet en route. 40 minutes plus tard, on croise des gens qui nous disent : « Je crois qu’ils ont changé d’avis. Y avait nulle part où dormir en ville alors ils vont bien au camping… » 

On avait originellement choisi de camper au Guffy campground parce qu’il y a un point d’eau. Presqu’à côté. La dernière grimpette pour accéder au camping nous achève. D’autant plus qu’il faut redescendre 0.2 mile pour aller chercher l’eau justement… En plus, on est super haut et il fait un froid de canard… on est crevés après cette journée et on se réchauffe auour d’un feu que quelqu’un a allumé avant d’aller se glisser dans nos sacs de couchage. Dire qu’on a failli dormir en ville ce soir…

PCT Day 24 : Et un Big Mac pour Macron !!

du Mile 328 à Cajon Pass (mile 342)

La pluie, la neige et même la grêle ont tambouriné sur le toit toute la nuit. Certains, moins chanceux que nous ont dormi sous une fuite du toit, ils sont un peu mouillés ce matin et le démarrage est difficile.

Pourtant, ce matin, je cours. Je veux être à Cajon Pass avant midi pour appeler en France et connaître le résultat des élections. Je sais pas pourquoi, j’étais persuadée qu’il n’y avait que 8 heures de décalage horaire. C’était 9. Quand j’arrive à bout de souffle devant le McDo (je viens de sprinter 12 miles en 4 heures après avoir ingurgiter triple dose de cafféine…) et que j’allume mon téléphone, je vois les commentaires sortir de toute part et je réalise que Macron est élu. Célébrations à grands coups de Coca au beau milieu du McDo.

Cet après-midi, c’est repos au Best Western. On a pris une chambre avec Lucie, Spider et SB. Douche, lessive, films pourris à la télé… business as usual. On explose nos sacs partout, on range, on jette, on nettoie, on refait les sacs… 

On se couche à 22h30 (22h30!!!) après un énième navet : Batman vs Superman… C’est tellement bon la civilisation…

PCT Day 23 : Après moi, le déluge…

du Mile 313 au Mile 328

Hier soir, alors qu’on commençait à s’endormir, 2 gros 4×4 sont arrivés par la route en terre où on avaot posé nos tentes. Ils ont traversé la rivière, sont restés une bonne demi-heure de l’autre côté puis sont repartis comme ils etaient venus. Ce matin, Spider nous raconte des histoires de deal de drogue, de gang, de rednecks qui viennent shoutet des bouteilles vides pour passer le temps… Pfff ! N’importe quoi !

En attendant, on est encore hyper efficaces : à 7h on est déjà partis. Faut dire qu’il faut qu’on retrouve notre chemin jusqu’au trail et c’est pas gagné. Normalement, ça devrait être facile, on est du bon côté de la rivière, il suivit de la longer sur 1 mile et on y est. Ca, c’est la théorie. Parce que dans la réalité, on se retrouve coincés au bord de la rivière le long d’une falaise et il semble bien qu’on va devoir se mouiller les pieds… mais finalement, non, un seul pied dans l’eau et on finit par retrouver notre petit logo préféré.

Mais à peine nous voilà lancés, on se retrouve face à d’énormes nuages noirs fluo. Puis c’est le vent qui se lève et qui nous projette d’un côté ou de l’autre, tellement fort qu’il me faut bien mes 2 bâtons pour me retenir de dégringoler du flan de la colline. On s’y attendait : les prévisions météo pour les 2 prochains jours sont pourries. Pluie, vent et même neige !!??? Difficile à croire mais c’est bien ce qui va nous arriver.

Pour l’instant, on tente notre chance alors on enfile les vestes de pluie (juste au cas où) et on avance. Un peu après 11h, on finit par tomber sur un trail magic et on réalise que dans moins de 4 miles, on va arriver à une aire de pique-nique au bord d’un lac. Et ô joie, y a une pizzeria qui livre là bas. Il n’en fallait pas plus pour nous faire faire ces 4 miles en moins d’1h30.

Quand on arrive à l’aire de pique-nique, il est 13h30 et y a une petite douzaine de hikers qui sont en train de repartir. Ils ont dévoré leurs pizzas, bu leurs bières et comme il ne fait vraiment pas chaud, ils ne veulent pas traîner. Nous, on attend notre pizza. Et on fait bien. La pizza arrive et 10 minutes plus tard il se met à pleuvoir. D’abord gentiment puis bientôt comme vache qui pisse. On a une petite pensée pour tous les autres qui sont en train de hiker sous la pluie… Nous, on est abrités alors on se dit qu’on va laisser passer l’averse et puis qu’on verra bien. On voudrait faire encore 5 ou 6 miles pour se rapprocher de Cajon Pass où on a réservé un hôtel pour demain soir. Mais bon, si jamais on est coincés ici, ce sera jamais que 12 miles, c’est largement faisable demain dans la matinée.

L’après-midi passe, on voit arriver quelques courageux, trempés et misérables. Ils sont plus qu’heureux de nous trouver là et on commence à faire des plans pour la nuit. La pluie ne s’arrête pas, la température chute et le vent ne tombe pas : on va dormir dans les toilettes. Tous par terre. Au moins c’est sec et le vent ne rentre pas. On espère juste que les rangers ne viendront pas nous déloger au milieu de la nuit…

PCT Day 22 : Deep Creek Hot Springs (clothing optional…)

du Mile 290 au Mile 313

Y avait beaucoup de vent quand on s’est couché hier soir mais heureusement, il est tombé pendant la nuit. Par contre, mes jambes sont 2 poteaux douloureux qui me réveillent sans arrêt. Faut que je pense à prendre un Ibuprofène avant de me coucher quand c’est comme ça. Dormir, c’est presque aussi important que marcher en ce moment.

On prend le petit dej vite fait (je mange mon oatmeal directement dans le paquet, ça fait moins de vaisselle) et on est prêts à décoller à 7h voire presque avant. Ça y est, la routine se met en place, je vais bientôt atteindre mon objectif de 45 minutes tout inclus pour lever le camp !

Ce matin, j’écoute un audiobook : 1984 de Orwell. L’histoire a l’air bien (je sais que l’histoire est bien mais bizarrement je l’ai jamais lu ce bouquin) mais je suis trop prise dedans et le trail demande un peu trop d’attention, ça me ralentit. A la première occasion je range mon MP3. Ça fera peut-être bien partie des trucs à rapporter à la maison en juillet…

On a encore prévu une grosse journée aujourd’hui pour essayer de rattraper les copains qui ont une quinzaine de miles d’avance. Le trail n’est pas très difficile mais y a un peu plus de dénivelé qu’hier et on avance un chouille moins vite.

Dans la matinée, au beau milieu du sentier, y a un hiker couché par terre. « Could you do me a favor? » il demande. Il a un moucheron dans l’oeil. Des moucherons, y en a partout. Ils tournent autour de ton nez, de tes yeux et de ta bouche sans arrêt. Tout à l’heure, j’en ai presque sniffé un. Je regarde dans son oeil mais je vois rien. Je lui verse donc un demi-litre d’eau dans l’oeil. Il dit merci, que ça va beaucoup mieux. Alors je repars.

Un peu plus loin, je me fais doubler par un gard qui me dit : « Bonjour ! » (en français dans le texte) « bah alors? c’est quoi ce drapeau ? » J’ai cousu un petit drapeau français sur mon sac. Mais comme y a plein de gens qui ne le reconnaissent pas, en général, je passe incognito. Bon là, en l’occurrence, c’est Manuel et comme il est français, c’était plus facile. On discute en marchant (enfin lui il parle et moi je cours derrière en répondant en monosyllabe) et puis je dois faire un stop pour refaire le plein d’eau et il continue son chemin.

Comme hier, le trail est à flan de colline toute la journée. Du sentier balcon qui suit une rivière dans le fond de la vallée à n’en plus finir… Ça serait presque un peu ennuyeux si dans l’après-midi, on finissait pas par tomber sur les Deep Creek Hot Springs. Ce sont les premières Hot Springs du trail. Y en a d’autres plus loin. Celles-ci, elles sont un peu particulières car c’est « clothing optional ». Traduction : si tu veux, tu te baignes tout nu. Et qu’est ce qui pourrait faire plus plaisir à un hiker dégueu que de se débarrasser de ses fringues qui puent et de se baigner dans une piscine naturelle d’eau chaude…? Rien. Ou peut-être une bière fraîche éventuellement…

Après les Hot Springs le sentier balcon reprend. Complètement plat sur 5 miles. La vue est la même depuis 10h ce matin, je commence à râler. Et puis soudain, à 1 mile de l’arrivée, les montagnes s’arrêtent net, y a un barrage sur la rivière et je me retrouve face à un panorama à 180 degrés sur toute la vallée et les montagnes suivantes dans le fond avec le mont Baden Powell enneigé. Wow… j’en oublierai presque qu’il est 18h30, que j’ai 23 miles dans mes pattes et que je ne rêve que de poser ma tente…

Juste après le barrage, on se trouve un petit coin abrité du vent et on fait connaissance avec Philip, un Allemand qui traînait par là et qui cherchait lui aussi un coin pour passer la nuit. En plus, le téléphone passe et on apprend qu’on n’est plus qu’à 7 miles de nos copains. Ça se pourrait bien qu’on les rattrape demain…