PCT Day 112&113 : Double zéro à Snoqualmie Pass

Il a encore plu cette nuit. Rien de bien violent plutôt genre crachin breton mais persistent. Au matin, l’humidité a traversé ma toile de tente et je me réveille dans une piscine… Malgré tout, on se dit qu’il y a peu de chance que ça ait suffit à éteindre l’incendie. Le lac apparaît à peine dans la brume du matin et tout est très silencieux autour de nous. Faut dire qu’on est beaucoup plus matinaux que les campeurs du dimanche encore bien au chaud sous leurs tentes….

On range nos affaires à l’abri sous un arbre, on enfile nos vestes de pluie et on se met en route vers le parking. Il y a 70 miles à faire par la route pour arriver à Snoqualmie Pass et on se dit qu’il va nous falloir probablement 2 jours de stop sur ces petites routes pas très fréquentées. Du coup, on préfère s’y mettre de bonne heure.

Quand on arrive au parking, on est trempés. Il y a toujours plein de voitures garées là et on est optimistes : les gens vont redescendre du lac et rentrer chez eux, on va rapidement sortir de là. On se poste donc au bord de la route, le pouce levé, et on attend… On attend… On attend… La pluie ne s’arrête pas et on commence à avoir franchement froid. Le brouillard est plutôt dense et les rares voitures qui passent ne nous voit qu’à la dernière seconde, difficile de s’arrêter. Le moral des troupes commence à baisser.

Neo et Spider se réfugient dans les toilettes du parking pour essayer de se réchauffer pendant que Lucie et moi prenons notre tour de garde. Et miracle ! Un gros pick-up s’arrête !! Les 2 occupants descendent, visiblement inquiets de trouver 2 pauvrettes grelottantes au bord de la route au petit matin… Ils nous disent de grimper à bord immédiatement. Je leur explique qu’en fait, on est 4 et je cours chercher les garçons. Nos bons samaritains s’imaginent aussitôt qu’il s’agit de nos maris et on ne prend pas trop le temps de leur expliquer que mais non, pas du tout… On préfère jeter nos sacs dans le coffre et se tasser sur la banquette arrière. Ils montent le chauffage à fond et on retrouve rapidement le sourire. Ce sont en fait 2 chasseurs du coin qui écourtent leur weekend à cause de la pluie. Ils nous confient ne jamais prendre d’auto-stoppeurs amis avoir eu pitié de nous. Peu importe, ils nous emmènent à Enumclaw à 35 miles de là et nous déposent devant un dinner qui, selon eux, sert les meilleurs petit-déjs de la région. Il n’en faut pas plus pour nous rendre heureux. On les invite à prendre le petit-déj avec nous mais ils préfèrent reprendre la route et on les remercie chaleureusement.

On est dimanche matin et le dinner est bondé mais on se trouve rapidement une petite banquette et dès que les assiettes d’œufs brouillés, de bacon et de pancakes apparaissent sous notre nez, le moral repart en flèche. Une heure plus tard, quand tous nos orteils sont revenus à la vie, on se prépare à repartir à l’assaut du bitume. On est en périphérie de la ville, il fait moche, on est 4, ça va pas être une partie de plaisir. Mais il est encore tôt et on n’a pas de train à prendre alors on trouve un carton au fond d’une poubelle et on se fait un petit panneau alors qu’on en encore sur le parking du dinner.

C’est là que notre hitching karma frappe encore. Alors que Lucie est accroupie à colorier son petit bout de carton, une femme vient vers vous et commence à discuter. Quand elle apprend qu’on est des PCT hikers et qu’on essaye de rejoindre Snoqualmie Pass (encore à plus de 50 miles…), elle disparaît… puis revient avec un ami. « Pas de problème, on a 2 voitures, on vous emmène ! » Dans ces cas-là, on discute pas : on jette notre carton de fortune et on saute dans les voitures.

Snoqualmie Pass n’est vraiment pas à côté. C’est une bonne heure aller et une bonne heure retour. Une nouvelle fois, je suis ébahie par la générosité des gens qu’on rencontre. Notre conductrice est super enthousiaste et on papote tout le trajet. Elle refuse même qu’on lui paye l’essence. Et c’est sous un rayon de soleil qu’elle nous dépose à Snoqualmie Pass qui n’est en fait qu’une station-service, un motel, 3 restaurants, 2 brasseries et 1 magasin de sport le tout aligné sur 300 mètres de route. C’est sûrement plus animé en hiver quand l’endroit se transforme en station de ski mais pour l’instant, c’est pas très bucolique.

Juste en face de la station-service, y a le Aardvark Café. Ultra réputé parmi les PCT hikers, le Aardvark Café est un food truck qui sert le meilleur curry de la planète. A ce qu’il paraît. Et il y a une petite terrasse abritée où on retrouve tout un nuage de hikers virevoltant autour des hiker boxes. On s’installe là, essayant de faire sécher un peu nos tentes dans le rayon de soleil. On est arrivés beaucoup plus vite qu’on aurait cru et on discute du plan de bataille pour les jours à venir. On avait envoyé des resupply boxes ici mais maintenant, on n’en a plus vraiment besoin… La rumeur court parmi les hikers qu’il y a un genre de chalet du club alpin local qui hébergerait gratuitement les hikers. Sauf qu’on est un peu hors-saison. Le gros des hikers arrive normalement ici début septembre mais en évitant la neige dans la Sierra, on a pris de l’avance. Neo, Spider et moi allons donc voir. L’endroit est désert et le chalet fermé à clé. Ce sera pas pour cette fois. On se rabat donc sur le motel. Bien que ce soit la seule option possible, ils ne sont pas vraiment hiker friendly… ils ne veulent que 2 hikers par chambre alors qu’il y a 2 lits doubles et qu’ils l’acceptent pour les autres clients. On se dit que c’est pas très légal tout ça. Et en plus, ils sont franchement à la limite de l’amabilité. Pourtant, je me présente à la réception avec mon plus beau sourire… mais rien y fait. Neo s’est trouvé un pote pour partager une chambre mais Spider, Lucie et moi n’avons absolument pas l’intention de prendre 2 chambres ! Aux grands maux les grands remèdes, je réserve une chambre pour 3 en ligne. La dame est bien embêtée quand on se pointe avec notre réservation mais elle n’a pas vraiment le choix. Et c’est donc d’un pas triomphant qu’on prend possession de notre chambre… mouahahahaha !!!

Une douche chaude, un pot de Haagen Dazs et 2 paquets de chips plus tard, on est comme neuf. On passe l’après-midi à regarder la télé. Le matelas gonflable de Lucie a des fuites et elle se retrouve par terre tous les matins. Thermarest lui a donc proposé de lui envoyer un matelas de remplacement pendant qu’ils essayent de réparer le sien. On va donc rester à Snoqualmie le temps que son colis arrive. C’est donc encore un double zéro mais ça fait maintenant 4 mois qu’on marche et entre la fatigue et la météo, on a du mal à garder le moral. Au chaud, au sec et les estomacs pleins, on se refait une santé. Et on rejoint les rangs du fan club du fameux curry Aardvark : c’est effectivement archi-délicieux…

Le lendemain, on traîne donc à nouveau, faisant des aller-retours réguliers à la station-service pour s’approvisionner en boissons et bonbons entre 2 siestes. Neo a disparu, on le soupçonne d’être reparti sur le trail et comme on reste confinés dans notre chambre, on ne croise pas grand-monde. C’est tout juste si on jette un œil par la fenêtre et la couleur du ciel nous conforte dans notre choix d’être restés un jour de plus. Lucie récupère enfin son matelas en fin d’après-midi. Plus d’excuse donc, demain, on repart.

PCT Day 111 : Au feu les pompiers…

du Mile 2308 au Mile 2323 en passant par le Mile 2325

Evidemment, ce qui devait arriver est arrivé… Je suis réveillée à 1h30 par un dout bruit sur ma moustiquaire… il pleut !! Je me lève en catastrophe pour mettre le rain fly. Spider et Lucie ont été réveillé aussi et se dépêche de se mettre à l’abri. Ally par contre n’entend visiblement rien. Je la réveille : « Ally ! Ally ! It’s raining !! » puis je retourne me mettre au chaud et au sec.

Quand on lève à 6h, on est dans le brouillard… On range nos affaires, on dit au-revoir à Ally et on prend le départ. Ally nous regarde partir avec un air de chaton apeuré. il ne lui reste que 13 miles à faire pour atteindre Chinook Pass, on n’est pas inquiets pour elle. On s’est équipé pour la pluie qui se met à tomber quelques minutes plus tard et ne va pas nous lâcher de toute la matinée. Il y a beaucoup de brume et les vues qu’on nous avait promis superbes sont complètement bouchées. Et pour couronner le tout, il fait froid.

Vers midi, le soleil perce enfin. On en profite pour s’arrêter et tout faire sécher. On étale donc tout notre matériel au soleil. Or on est sur une section avec plein de day hikers : Chinook Pass et son immense parking sont à moins de 2 miles. Les gens nous jettent donc de drôles de regards et font des commentaires à voix haute sur le fait qu’on est dans une zone où le camping est interdit. On fait la sourde oreille et on avale notre déjeuner tranquillement.

On repart sous le ciel bleu, le moral est plutôt bon et on double beaucoup de monde. De l’autre côté de Chinook Pass se trouve un lac qui est visiblement une destination très prisée pour le weekend. Nous on s’en fout, on a prévu de camper à 10 miles de là, loin de la foule. Mais alors qu’on franchit un autre col, on aperçoit au loin un panache de fumée au sommet d’une colline. Et plus on le regarde, plus on a l’impression qu’il grossit. Encore un incendie ?

On avance encore de 2 miles car on a du mal à savoir si notre trail va vraiment par là puis on finit par appeler le 911… again. Le feu est déjà identifié et passe sur le trail ou juste à côté. Les pompiers nous disent de ne surtout pas continuer et de faire demi-tour. La mort dans l’âme, on s’exécute. Alors qu’on revient vers le lac, on croise Neo et on lui donne la bonne nouvelle. Comme nous, il décide de faire demi-tour et on se retrouve donc au bord du lac avec tous les campeurs du dimanche… On arrive à se trouver un petit coin pour monter nos tentes et réfléchir à nos options. Quoi qu’il en soit, on va passer la nuit ici. On finit par décider de revenir jusqu’à Chinook Pass et de faire du stop pour contourner l’incendie. Encore quelques miles zappés… et cette fois, c’est pas notre faute !!

En début de soirée, le vent lève et on re réfugie dans nos tentes alors qu’il n’est que 19h45. Ca n’annonce rien de bon pour notre incendie…

PCT Day 110 : PLT

de White Pass (mile 2292) au Mile 2308

Ce matin, on s’est pas réveillés spécialement tôt. Mais tout de même plus tôt que nos voisins qui ont bien arrosé leur soirée et ont continué à glousser dans leurs tentes jusque tard dans la nuit. On range nos affaires et on retourne au General Store pour un dernier breakfast niveau station service. C’est toujours mieux que rien. Et faut dire que je commence à me lasser du petit sachet de oatmeal réhydraté…

On finit par se remettre en route. Comme à chaque fois qu’on quitte la civilisation, on s’étouffe pas avec notre motivation. Le trail n’est pas très difficile mais je suis un peu à la traîne. Au détour d’un virage, je découvre que je dois traverser une rivière. Sur le papier, aucun problème. Dans la vraie vie, le pont a été détruit et la rivière est quelques mètres en contrebas. Râler, crapahuter pour descendre, traverser sans trop se mouiller les pieds, crapahuter pour remonter de l’autre côté, se rattraper à une fougère alors que la terre s’effrite sous mes pieds, pousser un bon gros juron et finir par rattraper Spider et Lucie qui sont là depuis une bonne demi-heure et qui sont morts de rire…

Je finis par rattraper Ally. Elle est arrêtée au bord du chemin, emmitouflée dans sa veste de pluie alors qu’il fait 25 degrés. Elle est complètement paumée, se fait dévorer par les moustiques, s’est rendu compte qu’elle a oublié de prendre un briquet et n’a donc mangé que des sandwiches au peanut butter depuis la veille. Elle n’a que des cartes papier et n’arrive pas à se repérer. Elle est au bord des larmes et je prends 5 minutes pour lui remonter le moral, lui faire cadeau de mon briquet, l’asperger d’anti-moustiques et lui indiquer où est la prochaine source et les prochains campsites. Elle retrouve un peu le sourire, m’offre sa flasque de whisky en échange et je reprends mon chemin.

Un peu plus loin, je rejoins les autres au bord d’une autre rivière. Le ciel s’est drôlement obscurci et on commence à redouter l’orage. On a fait que 14 miles mais on n’a vraiment pas envie de se prendre une grosse drache sur la tête. On est rejoint par Neo qu’on avait rencontré au General Store. Il a une tente Zpacks qui n’est pas autoportante et il s’installe là. On décide d’attendre Ally qu’on a renommée PLT (Poor Little Thing) pour camper avec elle. Elle est bien contente de trouver des visages familiers et on décide de continuer un peu pour aller à un campsite qu’on a repéré. Mais quand on arrive, il est déjà pris. On continue donc à avancer en essayant de trouver un espace assez grand pour nos 4 tentes. Peine perdue, on finit par revenir sur nos pas et s’arrêter juste au bord du trail. En jouant à Tetris on peut poser nos tentes et y a même de l’eau à côté !

PLT est très admirative de tout ce qu’on fait, de la rapidité avec laquelle on monte nos tentes, de la façon dont on se prépare à dîner, de la facilité avec laquelle on s’est rabattu sur un autre campsite quand celui qu’on avait choisi n’était pas accessible… C’est flatteur mais ça finit par être un peu trop…

Entre temps, le ciel s’est dégagé. On va se coucher confiant, on n’a pas mis les rain covers sur les tentes.

PCT Day 108&109 : Double zéro à Packwood

Aujourd’hui, c’est zéro. Mon dos me fait encore très mal et je roule comme je peux hors de ma tente. Tout est trempé par la condensation mais dès que le soleil sort de derrière les arbres, il se met à faire très chaud et on se met vite à chercher un petit coin d’ombre où s’allonger.

On n’a pas grand chose au programme : douches, lessive et quelques courses mais on a déjà la majorité de notre resupply. Je trouve des patchs chauffants que je me colle dans le dos. C’est pas miraculeux mais ça aide. Evidemment, le plus proche médecin est à plus de 50 miles et je n’ai pas l’impression que ça changerait grand chose de toute façon. Y a qu’à espérer que la douleur passe…

On retourne au saloon pour le déjeuner. Non pas que les burgers y soient spectaculaires mais c’est un peu notre seule option…

Il fait vraiment très chaud, on n’est plus habitués et on fait la sieste à l’ombre des arbres du RV Park. Soudain, une voiture s’approche. C’est la gérante. Elle ne comprend pas bien ce qu’on fait là et on lui explique qu’on a rencontré le service man la veille et qu’il nous a dit l’avoir prévenue. Apparemment, c’est pas le cas. Comme on va rester une nuit supplémentaire, elle nous demande de la payer maintenant : 10 dollars par personne. On ne lui dit pas que son gars nous en a demandé 11 la veille mais on l’a mauvaise…

On avait prévu de repartir dès le lendemain matin mais mon dos me fait toujours souffrir et on se dit que même si on retourne à White Pass en milieu de journée, on pourra toujours dormir derrière le General Store. Ça sera toujours un peu plus de repos pour mon dos et visiblement, ça ne dérange personne…

On retourne passer la soirée au saloon. C’est Tacos Wednesday et le saloon est bondé. Apparemment les tacos sont un succès… Pour 2USD, on a droit à 3 fish tacos et on dévore notre petite barquette en 10 secondes. Et franchement, c’est pas mal du tout, on comprend pourquoi les foules se déplacent !

En rentrant au RV park, on aperçoit dans la pénombre de hautes silhouettes qui se déplacent à 4 pattes : des wapitis ! On nous avait promis qu’ils traversaient le RV park tous les jours et pourtant jusqu’ici on n’en avait pas vus. On n’a donc plus aucune raison de prolonger notre séjour. Va falloir y retourner.

Le lendemain matin, on prend notre temps pour ranger nos affaires. On va même à la pizzeria pour le petit déj. D’abord parce que c’est la seule option et ensuite parce qu’ils y font des omelettes géantes. On fait un dernier crochet par la superette et cette fois c’est bon, on a fait le tour de tout ce qu’il y avait à voir à Packwood, on va pouvoir repartir. Mais pas trop vite, hein… faut se ménager…

On se poste donc à la sortie du village, le pouce levé. Quelques minutes plus tard, Becca et Zoé nous rejoignent. Elles veulent repartir plus au sud et décident d’aller se poster un peu plus loin pour ne pas nous faire trop de concurrence. Pourtant, elles vont trouver un ride bien avant nous.

Un van finit par s’arrêter. Et comme par hasard, c’est un gars qui emmène sa copine, Ally, à White Pass car elle va faire une petite section du PCT (30 miles) jusqu’à Chinook Pass. Elle est un peu anxieuse car c’est sa première section « solo » et elle nous pose plein de questions. Elle a 30 miles à faire et a prévu 4 jours. On sourit et on lui dit qu’elle devrait arriver bien avant…

Ils nous déposent donc au General Store et Ally prend aussitôt le départ. On lui dit qu’on la croisera sûrement le lendemain et on passe à nouveau l’après-midi à papoter et à boire des bières avec les hikers qui arrivent et qui repartent. Alors que le soleil commence à descendre, on cherche un petit coin à l’abri des regards pour poser nos tentes. Evidemment, on n’est pas les seuls. On est pas très loin d’un lac et c’est le retour en force des moustiques. On se retrouve donc à squatter autour d’un feu que d’autres hikers ont allumé. On fait pas trop copain-copain : ils sont pas vraiment notre style. On va donc se coucher assez rapidement même si on garde un œil sur le feu. On veut être sûrs de pas se réveiller au milieu de la nuit dans un champ de flammes. Après quelques temps, une des filles finit par essayer de l’éteindre en pissant dessus…

PCT Day 107 : Goat Rock Wilderness

du Mile 2274 à White Pass (mile 2292)

La lune était si brillante cette nuit que j’ai du sortir mon masque : j’avais l’impression de dormir sous un projecteur.

Ce matin, mon dos est complètement bloqué. Chaque mouvement est une torture dans mes lombaires et je mets un temps infini à ranger mes affaires. Au moment de mettre mon sac sur mon dos, j’ai tellement mal que j’en pleurerais presque. Les premiers miles sont un cauchemar. Pourtant le paysage est à couper le souffle. Pour la première fois depuis un long moment, on est vraiment sur les crêtes. On peut voir le trail serpenter sur les prochains miles, ça ressemble à la Grande Muraille de Chine. A l’horizon, on devine le Mount Rainier caché par la fumée. On profite du paysage autant qu’on peut et on n’avance pas très vite : 4 miles en 2 heures… En tout cas, on ne nous avait pas menti : Goat Rock Wilderness est vraiment une de plus belles sections du trail.

Après ça, le reste de la journée semble plutôt monotone : on monte, on descend, on croise de vieilles connaissances (Becca et Zoé) et on finit par atteindre White Pass. On avait prévu de camper là et on avait envoyé nos resupply boxes au General Store mais compte-tenu de l’état de mon dos, on décide de prendre un zéro à Packwood. Il est encore tôt et on prend notre temps au General Store. On a reçu un care package de la part de Josh avec du whisky, du vin et 2 énormes gâteaux à la cannelle et au caramel. On partage le festin avec les autres hikers qui traînent là et on papote jusqu’à ce que le General Store ferme, que la nuit commence à tomber et qu’on se rende compte qu’il n’y a quasiment aucun trafic sur la route… La serveuse du General Store nous prend en pitié : elle finit de passer la serpillière, fait un peu de place dans sa voiture et nous emmène à Packwood. Elle nous dépose directement au RV Park et on lui propose de la retrouver au saloon un peu plus tard. On sent tout de suite qu’on est redescendus dans la vallée : il fait beaucoup plus chaud ici !

La réception du RV Park est fermée et on trouve le service man qui nous fait payer 11 dollars par personne pour planter notre tente sur la pelouse. Il nous dit qu’il donnera ça à la gérante le lendemain. On retrouve Becca et Zoé déjà installées. Elles ont fait connaissance avec une famille qui leur a prêté des serviettes de toilette et du savon pour pouvoir prendre une douche et elles nous font profiter de la générosité de leurs nouveaux amis. Mais comme on meurt de faim, on commence par aller au saloon retrouver notre copine du General Store. On discute un peu. Elle a grandi à Packwood puis est partie et elle vient de revenir s’installer là. Elle nous dit que la ville a bien changé en 30 ans. Pourtant, à part le saloon, la pizzeria, le garage automobile et le RV Park… y a rien !!

On engloutit quelques burgers, fish & chips et chicken wings qu’on arrose de PBR et on sombre rapidement dans un food coma. On finit par rentrer se coucher et pour une fois, j’ai trop chaud dans mon sac de couchage.

PCT Day 106 : Did you see her?!?!

du Mile 2251 au Mile 2274

Ce matin mon sac de couchage est tout trempé par l’humidité de la nuit. Pas la peine d’attendre qu’il sèche maintenant, je le ferai sécher plus tard.

J’ai de plus en plus mal au dos le matin et plier le camp et ranger son sac alors que mes lombaires sont toutes coincées commence à être un sacré challenge. Heureusement, une fois qu’on commence à marcher, ça se décoince et je gambade comme un cabri.

Justement, aujourd’hui on arrive dans Goat Rock Wilderness qui est censé être une de plus belles sections du Washington. Je suis un peu à la traîne et tout à coup, alors que je suis en train de grommeler sous mon headnet, je croise 2 filles. Le seconde a une casquette vissée sur la tête et son visage me rappelle quelque chose… et soudain, je réalise : c’est Carrot Quinn !! Depuis plusieurs jours, on parle de croiser Carrot Quinn qui section hike le Washington sobo cette année. Lucie et moi sommes super fans de son blog et Spider se moque de nous en l’appelant notre girlfriend. Je lui dis bonjour et lui demande si c’est bien elle.

– Yes !

– Hey ! I’m a huge fan of your blog !

– Oh cool ! Thanks !

Et on poursuit notre chemin chacune de notre côté.

Alors que je retrouve Spider et Lucie en train de faire une pause assis sur un tronc d’arbre, ils me crient : « Did you see her?? Did you see her?? » Même Spider l’a reconnue et lui a juste dit : « Hey… Great tattoos… »

Goat Rock Wilderness est effectivement magnifique : on grimpe au milieu de très beaux paysages jusqu’à Cispus Pass. Dans la montée, on se fait doubler par des chevaux. La vue est spectaculaire malgré la fumée. Dans la descente, on aperçoit des mountains goats. On pourrait presque les confondre avec la neige autour.

Alors qu’on se prépare pour notre dernière ascension de la journée, on fait le plein d’eau. Le campsite qu’on vise est censé être loin de toute source d’eau. Les sacs sont lourds et la pente est raide. Très raide. Et évidemment, on croise plein de ruisseaux qui n’étaient pas indiqués sur la carte. En partie parce qu’il y a encore de la neige en train de fondre. On grimpe donc avec nos litres d’eau en râlant. Mais ça en valait vraiment la peine. L’emplacement est incroyable et si seulement la fumée se dissipait un peu, ça serait carrément magique. On décide de faire du cowboy camping ce soir : y a pas beaucoup de place pour monter les tentes et les emplacements sont bien abrités. En plus, y a pas de moustiques.

On a retrouvé Quetzal qui dîne avec nous et on assiste à un coucher de soleil magnifique. On est maintenant à plus de 2000 mètres et dès que le soleil disparaît , il fait franchement froid. On se roule en boule dans nos sacs de couchage et on compte les étoiles qui apparaissent lentement au dessus de nous.

PCT Day 105 : Gorgeous Washington 

du Mile 2226 au Mile 2251

Il fait froid ce matin par rapport aux jours précédents. C’est plutôt agréable de ne pas transpirer dès le réveil…

Aujourd’hui c’est une journée facile : y a pas de très gros dénivelés, c’est plein de très jolies fleurs sauvages de toutes les couleurs et de petits ruisseaux partout et de temps en temps, de belles vues sur le Mount Rainier, un peu brumeux mais très impressionnant quand même. Malgré tout, y a encore beaucoup trop de fumée pour voir au loin. Y a aussi beaucoup de mouches et autres insectes volants pas franchement ennuyeux quand on marche mais super pénibles quand on s’arrête et qu’ils essayent de vous rentrer dans le nez ou les oreilles.

On croise beaucoup de Sobos maintenant. C’est la période qui veut ça : ils ont commencé à la frontière canadienne il y a 1 mois et sont en train de finir le Washington. On croise aussi un lama et un cheval (y a des centaines d’empreintes de chevaux au sol et des tas de crottin plus ou moins frais qu’on évite en sautillant).

Bref, c’est une belle journée. Et arrivés au campsite, on peut même faire un brin de toilette dans un ruisseau glacé. La vie est belle et on ne voudrait être nulle part ailleurs pour tout l’or du monde. Washington is georgous. 

PCT Day 104 : Why do you always pick up losers in bars?

du Mile 2195 au Mile 2226

La nuit a été agitée. Un coyote esseulé hurlait à la lune pour rejoindre sa meute qu’on entendait au loin. Mais lui était juste à côté de nos tentes et se rapprochait jusqu’à ce que Spider lui crie : « Hey! Fuck off! ». Après ça, plus rien. J’ai rabattu mon duvet sur ma tête et je me suis rendormie. 10 minutes. Les 2 types bizarres de la veille, sûrement réveillés par le coyote, se sont mis à faire des rondes en voiture pendant plus d’une heure avant de finir par s’en aller pour de bon.

On se réveille assez tard (7h…) et on prend notre temps : ce matin, on va faire du stop pour aller à Trout Lake. Quetzal est déjà repartie. Cooper nous a rejoint. Elle est arrivée au campsite au milieu de la nuit et faisait du cowboy camping quand le coyote est passé. Nature wants to kill you. All the time. Elle va venir avec nous jusqu’à Trout Lake où elle a une resupply box à récupérer.

On trouve rapidement un ride. Un couple assez rigolo avec une fille qui parle tout le temps et fait plein de trucs tout en conduisant : manger un yaourt, nous montrer des photos de toute sa famille sur son téléphone, se retourner pour nous regarder dans les yeux quand elle nous parle… Son copain a l’air gentil mais il n’ouvre pas la bouche. En même temps, elle ne lui laisse pas en placer une. Elle nous raconte comment ils se sont connus sur un site de rencontres. Elle en avait marre de traîner dans des bars et d’être toujours déçue. « Why do you always pick up losers in bars ? »

Lorsqu’on arrive à Trout Lake, tout le village est en train de se préparer pour assister à la parade. En l’honneur de quoi ? Aucune idée… Assis sous le porche du General Store, il y a tout un tas de hikers mais on ne connait personne. Le village est minuscule : sur 4 pâtés de maison, il y a 1 camping, le General Store et la station service. That’s it. On va prendre un petit dej à la station service qui fait aussi dinner. Les meilleurs biscuits & gravy de tout le trail, sans hésiter !

On ressort juste au moment où la parade passe : jets de bonbons et camion de pompiers qui arrose tout le monde. On ne sait toujours pas pourquoi il y a cette parade mais on ramasse une grosse poignée de bonbons. Ça ne se refuse pas.

Le plan est de passer la nuit au camping à Trout Lake mais on ne se sent pas à notre place : beaucoup de gens, le camping n’est pas particulièrement agréable et on décide de retourner sur le trail en fin de journée. En attendant, on a quelques courses à faire pour notre resupply et Lucie et Spider retournent au General Store pendant que je reste au camping avec nos sacs. J’en profite pour faire une sieste puis je vais à mon tour faire mon resupply. Devant le General Store, je discute avec Gary, un trail angel qui accepte de nous ramener sur le trail en fin de journée.

Je retourne au camping pour prendre une douche puis on refait nos sacs. On retourne encore une fois au General Store avant d’opter pour une pizza à la station service. Le service est extraordinairement lent et on attend plus d’une heure pour notre pizza. Gary est extrêmement patient et nous attend sur le parking avec d’autres hikers qui retournent aussi sur le trail.

Je m’endors presque dans la voiture alors que le soleil se couche et qu’on a la chance d’apercevoir le Mount Adams qui pour une fois, n’est pas caché par la fumée.

Arrivés au trailhead, on fait moins d’1 mile dans le noir avant de décider de monter nos tentes. Les moustiques sont de la partie et on ne traîne pas avant de se réfugier dans nos moustiquaires.

Ce soir, la lune brille fort et il fait presque froid. Ça faisait longtemps.

PCT Day 103 : Fire in Canada?!?!

du Mile 2174 au Mile 2195

Après les 27 miles de la veille, le réveil est un peu douloureux au bord de la rivière…

J’ai déjà rangé ma tente et alors que je vais préparer mon petit dej, je découvre un trou dans mon foodbag et un sachet de oatmeal visiblement machouillé… Il y a plein de chipmunks partout et je me dis que l’un d’entre eux a du profiter des 3 minutes où je suis allée faire pipi pour me voler mon petit dej. Dépitée, je me rabats sur un Snickers. Je n’ai pas vraiment fait attention quand j’ai replié ma tente mais je me dis que vu la taille du trou dans le foodbag, si il y avait eu le même dans la tente, je l’aurais vu.

Le début de la journée est plutôt facile jusqu’à ce qu’on arrive au pied d’une grande montée de 9 miles avec un dénivelé de plus de 8%. La chaleur est toujours très pénible même si c’est un peu mieux qu’hier. On s’arrête pour déjeuner alors qu’on n’est même pas encore au sommet et on fait la sieste au beau milieu du trail. Je suis tellement fatiguée que je suis à peine réveillée par le hiker qui m’enjambe pour continuer son chemin.

L’après-midi est lent et on fait à nouveau une grosse pause au sommet car pour une fois, on a du réseau. Pourtant la vue est bouchée, le ciel est hazy, comme une brume de chaleur mais plus dense. On apprend que ce n’est pas du tout une brume de chaleur mais c’est en fait la fumée des gros incendies qui ravagent le Canada en ce moment. Et on est encore très loin de la frontière ! Qu’est-ce que ça va être quand on sera encore plus au Nord ?

On arrive au campsite à 18h30. On est juste au bord d’une dirt road déserte. C’est encore tôt mais on est crevés. On fait la connaissance de Quetzal, une petite hikeuse mexicaine qui a fait toute la Sierra et qui est une vraie warrior. Elle fait 30 miles par jour et a un sac énorme. Elle veut aller jusqu’au Canada puis refaire la Sierra pour voir comment c’est, sans la neige…

On prépare à dîner puis on monte les tentes. C’est là que je découvre… le gros trou sur le côté de ma tente. Goddam chipmunks !! Je fais une réparation de fortune à l’élastoplaste. Ça devrait faire l’affaire. Mais plus question de laisser mon foodbag dans la tente ! Je le mets dans mon sac à bonne distance de la tente.

On est sur le point de se coucher quand 2 types qui semblent under influence arrivent en voiture, font beaucoup de bruit et finissent par aller camper un peu à l’écart. Alors que la nuit tombe, plusieurs voitures passent sur la route. Ça nous remonte le moral et on se dit que ça ne devrait pas être trop difficile de faire du stop demain pour rejoindre Trout Lake.

PCT Day 102 : Washington is kicking my ass…

du Mile 2147 au Mile 2174

Le réveil sonne à 5h. Le soleil commence à peine à se lever. Mais on doit rattraper le retard pris hier et battre la chaleur. En route !

Très vite, on se rend compte que le Washington n’a rien à voir avec l’Oregon. Les dénivelés sont totalement différents avec de grandes montées et de grandes descentes dans la forêt. Pas de jolis points de vue, rien que des arbres à perte de vue. Pourtant, tous les gens qu’on croise (notre première grosse vague de Sobos) nous promettent que le Washington va être extraordinaire, épique, incroyable, you’re gunna love it ! Pour l’instant, y a rien à signaler : il fait une chaleur à crever, on transpire comme jamais, on fait de longues pauses, on boit des litres et on fait jamais pipi… La dernière descente est interminable et je compte les dixièmes de miles jusqu’à la rivière où l’on est censés camper.

On arrive sur les rotules au campsite  qui est déjà plein à craquer. 27 miles aujourd’hui, pas question de faire un pas de plus ! Il faut jouer aux legos pour mettre sa tente mais on se trouve un petit bout de sable où on arrive à caser nos 3 tentes. On se prépare à dîner rapidement et on se roule en boule dans nos sacs de couchage. Cre-vés. Washington is maybe beautiful but it’s kicking my ass right now..