PCT Day 123 : Stehekin !?!? Totally overrated !!

du Mile 2557 à Stehekin (mile 2569)

Il n’a pas plu pendant la nuit et le ciel est mitigé mais on est optimistes. Alors qu’on prend le petit déj, une hiker qui passe notre campement nous colle la frousse de notre vie. On ne l’a pas entendue arriver et c’est seulement alors qu’elle nous parle qu’on la remarque.

Ce matin c’est globalement 13 miles de descente plutôt facile jusqu’à l’embranchement pour Stehekin. Mais j’y arrive pas, je suis lente, chaque petite montée me semble interminable. J’ai même pas mal au genou, c’est juste un jour sans.

Alors que j’approche d’un cours d’eau, j’entends des branches craquer en contrebas du trail. Je ne vois rien mais je ne fais pas ma maligne… Soudain, je vois Spider revenir vers moi avec ses bâtons à la main. Lui et Lucie étaient tranquillement arrêtés au cours d’eau quand un ours est passé à moins de 15 mètres. Ils ont fait du bruit et l’ours s’est éloigné mais dans ma direction ! Moi, je me dis que si je le vois pas, l’ours n’existe pas…

On arrive enfin à la Ranger Station juste avant 12h30. Le shuttle pour Stehekin part dans quelques minutes. On discute avec un groupe de hikers qui sont là et on découvre que dans la section suivante, il nous faut un permis spécial pour camper et qu’on aurait du réserver nos places depuis plusieurs semaines… Eux n’ont pas pu réserver ce qu’ils voulaient car tout était déjà pris. Il nous faudrait faire 17 miles de plus cet après-midi pour sortir de la zone réglementée et franchement, on le sent pas. Encore une fois, nos plans passent par la fenêtre, on décide d’aller passer la nuit à Stehekin et on saute dans le shuttle. On aura 19 miles de montée demain mais je m’en fiche : là tout de suite, je suis morte.

La route pour Stehekin est beaucoup plus longue que ce qu’on imaginait : 11 miles ! On râlait de devoir payer 8USD l’aller simple pour le shuttle mais finalement… Bon, le camping municipal est gratuit, ça compense un peu. Contrairement à ce qu’on croyait, le shuttle ne s’arrête pas à la boulangerie. Or il reste encore 2 miles pour arriver en ville ! Si on veut revenir, il faudra encore payer 4USD le trajet aller jusqu’à la boulangerie et 4USD pour le retour. Racket total ! On commence à avoir du mal à comprendre pourquoi toute le monde dit que c’est LE stop qu’il ne faut pas rater sur le PCT…

Stehekin est un tout petit village accessible uniquement par bateau (c’est au bord du lac Chelan) ou par le PCT. Il doit y avoir 30 habitants à l’année mais probablement 2000 en été quand les gens viennent en vacances pour se ressourcer. Il y a donc un restaurant, un hôtel, un bureau de poste, une toute petite épicerie et… la fameuse bakery.

En descendant du shuttle, on se précipite dans le restaurant pour dévorer un burger : on est affamés. Mais là encore c’est un peu la douche froide : près de 20USD pour un burger, une poignée de frites et une bière… Bon, ça ne nous empêche pas de finir avec un esquimau assis au soleil sur la terrasse du restaurant…

On va ensuite s’enregistrer au Visitor Center pour pouvoir camper. On a effectivement la possibilité de camper gratuitement mais comme d’habitude, on se retrouve en quarantaine, tout en haut du camping, bien loin des autres « clients » qu’on pourrait apparemment importuner. Sachant que le PCT hiker est en général au lit à 19h30, je vois pas bien la potentielle nuisance… On passe donc l’après-midi là à papoter avec d’autres hikers.

Je me dis que tant qu’à être là, c’est quand même dommage de ne pas aller à la bakery. Y a tout de même des gens qui écrivent des livres sur l’endroit ! Je prends mon courage à 2 mains et me décide à marcher (2 miles !!!). Dans la rue , je vois un loueur de vélos. Je lui raconte ma vie et lui demande s’il me louerait un vélo juste pour aller à la bakery. Il me répond que pas de problème mais que je ferais mieux de me dépêcher : il est 16h40 et ça ferme à 17h !! Je lui jette 2USD sur le comptoir et je me mets à pédaler comme une dératée. Evidemment, le vélo n’est pas du tout réglé pour moi et je n’arrête pas de glisser de la selle. Je me dis qu’en plus du reste, je vais avoir aux fesses maintenant…

J’arrive à la boulangerie 5 minutes avant la fermeture, je me jette sur le comptoir à bout de souffle et je fais une razzia de quiches et tartes aux fruits puis je rentre tranquillement au camping avec mes emplettes. Spider et Lucie qui croient que j’ai marché me trouvent hyper rapide…

On passe encore la soirée à discuter avec d’autres hikers dont un vieux monsieur très sympa pour qui c’est le dernier jour sur le trail. Et pour une fois, on parle même d’auters choses que du nombre de miles par jour, des derniers resupply, etc. On parle politique, de la guerre du Vietnam, des programmes de réhabilitation pour vétérans, … on reste tard à discuter et à manger toutes nos tartes. C’est bon mais c’est pas non plus mystique comme expérience. On en a tellement de trucs à manger qu’on vend même une part d’apple pie à un hiker bulgare qui finit le trail dans quelques jours après avoir fait toute la Sierra. Avec Quetzal, ce sont les 2 seules personnes qu’on connaissent qui ont fait la Sierra en juin. C’est un peu bizarre de rencontrer des gens pour qui la fin du trail approche quand nous, il nous reste un bon morceau de Sierra à finir.

On est finalement assez déçu par Stehekin. Tout est extrêmement cher et pas si hiker friendly que ça. Si c’était à refaire… bah… on se débrouillerait pour ne pas avoir besoin de s’arrêter là.

 

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PCT Day 122 : Change of plans

du Mile 2533 au Mile 2557

Quand on se réveille au milieu des autres campeurs, on est presque les derniers. On prend le petit déj et on fait la revue de notre changement de plan. Finalement, Spider a encore changé d’avis et il doit vraiment aller à Stehekin acheter à manger. Du coup, on décide que je vais l’accompagner pour aller à la fameuse bakery acheter des fruit pies pour tout le monde et que Lucie nous rejoindra le lendemain. Ça devrait donc nous faire 24 miles aujourd’hui et 13 demain pour pouvoir attraper le shuttle pour Stehekkin à 12h30.

24 miles aujourd’hui, c’est pas mal mais la journée est facile et les dénivelés pas trop violents. A la pause déjeuner on a déjà fait 13 miles quand Spider annonce qu’il a une nouvelle idée. (Soupir…) Il peut faire durer sa bouffe 2 jours de plus jusqu’à Mazama si on lui refile quelques trucs de nos food bags. Là-bas, on pourra être hébergés par un trail angel et économiser ainsi les allers-retours en shuttle pour Stehekin. La motion est votée, le nouveau plan adopté. On commence à avoir la tête qui tourne à changer d’avis toutes les 2 heures… Du coup, Lucie reste avec nous et on prévoit 24 miles aujourd’hui, 20 demain et 12 pour arriver à Mazama. Rien d’extravagant mais… Adieu blueberry pie !

Dans l’après-midi mon genou me fait vraiment mal. Une petite pause ibuprofène et Voltarene et c’est reparti ! On passe la fin de la journée dans la forêt. Il y a beaucoup d’herbes hautes et beaucoup de lacets. Encore…

On arrive au camp à 18h juste après une belle rivière qu’on traverse sur un énorme tronc. On est tous seuls ! L’emplacement est parfait, on se dit que quand même, on a vraiment de la chance d’être là…

Il est sensé pleuvoir cette nuit alors on met un soin tout particulier à monter les tentes correctement pour éviter les mauvaises surprises. On fait notre toilette dans la rivière, on découvre une souris qui nage, on fait notre petite lessive quotidienne, puis on prépare le dîner en surveillant le ciel.

Au moment de se coucher, on rapatrie tout dans les tentes pour la nuit. Mieux vaut prévenir… Mais on s’est mis d’accord : si à 6h il pleut, on reste couchés !

PCT Day 121 : Pointless Ups and Downs

du Mile 2512 au Mile 2533

Ça a été une belle nuit avec beaucoup d’étoiles. Au matin il fait bien frais mais ma petite culotte est sèche ! Par contre, mon œil est tout collé et gonflé. Spider a un peu de collyre antiseptique et j’essaye de nettoyer mon œil tant bien que mal. Difficile d’avoir les mains propres !

On commence la journée par une belle montée dans la forêt avec beaucoup de troncs d’arbres à escalader et des fougères qui envahissent le chemin. Lucie et moi sommes parties un peu plus tôt que Spider et on croise un section hiker sobo qui fait du trail magic : il porte un gros sac plein de chips, bonbons et autres cadeaux pour les thru hikers. Il prend notre photo et nous dit qu’il tient un blog où il met tous les gens qu’il a rencontrés. Evidemment, j’oublie aussitôt le nom de son blog… Lucie récupère des sticks de café et moi des bonbons !

Nous faisons une pause en attendant Spider qui arrive quelques minutes plus tard. Il est très énervé car il est tombé. Haha ! Ça n’arrive pas qu’à moi ! Bon, lui, il a une bonne excuse : il a entendu une femme crier à l’aide et en levant la tête pour regarder où elle était, il s’est pris les pieds dans une branche. Elle n’avait même pas besoin d’aide, elle était juste perdue !

On enchaîne après avec une grosse descente. J’aimais déjà pas ça mais depuis quelques jours avec mon genou qui faiblit, ça devient carrément ma hantise… 2 ibuprofènes et un massage au Voltarène plus tard, tout le monde arrive à la rivière où on fait notre pause déjeuner. On croise beaucoup de monde aujourd’hui et c’est parfois un peu compliqué de se croiser sur le trail qui n’est vraiment pas large !

Après le déjeuner il nous faut remonter tout ce qu’on vient juste de descendre… Pointless Ups and Downs on appelle ça. Je mets mes écouteurs, prends un petit rythme, souffle beaucoup et transpire comme pas permis car en plus on se retrouve sur la face exposée de la montagne. Mais arrivés en haut, la vue sur Glacier Peak valait le coup. Je fais une pause, fais sécher ma chemise qui est à tordre et reprend doucement figure humaine.

Enfin c’est encore une grosse descente jusqu’au camp et mon genou tire franchement la tronche… Y a plein de gens déjà les uns sur les autres et on essaye de se trouver une petite place comme on peut. Du coup, pour une fois, on prépare le dîner en discutant avec les voisins. Eux aussi ont fait le PCT l’année dernière mais avaient du sortir à Kearsage Pass, comme nous !

Spider nous annonce alors qu’il va devoir aller à Stehekin parce qu’il n’a pas assez de bouffe pour finir la section. Il a tout mangé sur les 3 premiers jours. Il nous dit qu’il peut éventuellement faire le crochet tout seul et nous rattraper plus tard. Lucie et moi sommes plutôt agacées : il prend toujours le minimum de bouffe et finit par piocher dans nos sacs. Cette fois, c’est même pas suffisant… On se dit que quitte à aller à Stehekin, autant y aller tous les 3. Et puis on nous a tellement parlé de cette bakery, maintenant qu’on y est, ça serait dommage de pas s’y arrêter… On regarde la carte et on essaye d’imaginer toutes les stratégies possibles pour passer par Stehekin sans perdre trop de temps pour la suite. On finit par aller se coucher sans rien décider quand Spider dit que finalement, en tirant vraiment, il peut peut-être tenir 3 jours de plus…

Avant de me rouler en bouler dans mon sac de couchage, je mets un patch chauffant sur mon genou et essaye de surélever mes jambes pour la nuit pour atténuer la douleur. Ça va sûrement pas tenir mais bon…

PCT Day 120 : Le soleil a rendez-vous avec la lune…

du Mile 2491 au Mile 2512

La nuit a été moins froide que les précédentes et ce matin, mes affaires sont sèches ! Le moral repart à la hausse.

On a une très belle matinée à flan de montagnes, avec le trail qui serpente jusqu’à un très beau col. De toute façon c’est pas compliqué, ce matin, je trouve tout très beau. Il fait chaud et je vais même jusqu’à mettre de la crème solaire pour la première fois depuis longtemps !

Aujourd’hui à 10h, le soleil a rendez-vous avec la lune. La chanson tourne en boucle dans ma tête depuis quelques jours. On se dit qu’on essaye de faire une pause tous ensemble à Reflection Lake pour regarder l’éclipse même si on n’a pas réussi à trouver de lunettes spéciales et qu’on sait qu’on ne verra donc pas grand-chose…

Un peu avant Relfection Lake, je trouve les batons de Spider au bord du trail. J’en déduis qu’il est en business meeting avec les écureuils un peu plus loin mais je continue tout de même jusqu’au lac comme convenu en laissant un de mes bâtons à côté des siens pour montrer que je suis passée. Je m’arrête à Reflection Lake et m’installe pour regarder l’éclipse. Lucie et Spider ne me rejoindrons que bien plus tard. Lucie a cru qu’on était arrêtés ensemble un peu plus bas : notre système de communication via batons n’est visiblement pas très au point…

Comme je m’y attendais, je n’ai pas vu grand-chose de l’éclipse. J’ai pris plusieurs photos et essayé de voir quelque chose en zoomant beaucoup mais rien. Par contre, la température a bien chuté pendant 20 minutes et j’ai du mettre toutes mes couches pour ne pas avoir froid. La lumière a un peu changé aussi. Mais si personne ne m’avait rien dit et que j’avais continué à marcher, je n’aurais probablement rien remarqué !

On continue de grimper et on fait notre pause déjeuner un peu plus loin après un col. Les marmottes sifflent fort, visiblement on dérange… Le paysage a subitement beaucoup changé : beaucoup de cailloux, pas un arbre, beaucoup plus alpin que d’habitude.

Vient ensuite une grosse descente avec plusieurs traversées de rivières. Je mets la genouillère que Spider m’a prêtée. Trop de dénivelés en trop peu de temps, mon genou commence à faire la tête. Et c’est la remontée finale bien raide jusqu’au camp dans la forêt. Je m’aperçois que mon œil coule. Est-ce que c’est la crème solaire que j’ai mis ce matin ? Le campsite est vraiment petit et en pente mais il y a de l’eau et on n’a pas envie de pousser plus loin (le prochain camp est dans 3 miles). On joue à Tetris avec nos tentes comme on peut. Ça ira bien pour ce soir.

Puis c’est la routine : toilette, lessive, dîner et au lit ! Il fait beau ce soir et on n’a pas mis les rain fly. La nuit tombe doucement quand on entend soudain des pas et une voix qui demande s’il y a encore de la place. C’est une hiker sobo qui vient juste d’arriver. On lui dit de regarder 30 mètres plus bas et on se pelotonne dans les sacs de couchage. La nuit va être fraîche.

PCT Day 119 : Chafouin

du Mile 2471 au Mile 2491

La nuit a dû être encore plus froide que ce que je croyais car ce matin… aucune condensation!! Par contre, qu’est-ce qu’on se gèle ! Je suis obligée d’enfiler mes gants pour démonter ma tente, je ne sens plus mes doigts…

Aujourd’hui, c’est petite journée. 20 miles seulement au programme car on n’a pas vraiment besoin de faire plus pour tenir notre planning et en plus, y a beaucoup de ups et downs. On fait l’ascension de Grizzli Peak ce matin et je suis pas super en forme. Il fait super froid dès qu’on s’arrête et je râle beaucoup. Dans ma tête, mais beaucoup quand même.

Comme on avance tout de même pas trop mal, on a le temps pour une sieste après le déjeuner. Mais y a trop de soleil et je finis par avoir une migraine. En plus, pour arriver au camp, ça fait que monter. Y a des jours, y a rien qui va…

On arrive au camp à 17h30. C’est tôt mais on est au bord d’un joli lac et la journée m’a semblé suffisamment longue. Je profite de l’eau pour me rincer (j’ai de la poussière collée jusqu’en haut des cuisses) et faire une petite lessive (mes chaussettes ne sont qu’une croûte de boue).

Le dîner chaud fait du bien au moral. Les food bags sont toujours beaucoup trop lourds et il faut résister à la tentation de tout manger tout de suite. La température redescend vite et on se met au lit à 19h30, bien au chaud dans nos sacs de couchage…

Tomorrow is an other day

PCT Day 118 : 6 jours !!!

de Skykomish (mile 2462) au Mile 2471

On fait la grasse mat’ dans notre dortoir jusqu’à 8h. Notre chauffeur va nous emmener faire des courses au  supermarché à quelques miles de là dans la matinée puis nous ramènera jusqu’à Stevens Pass en début d’après-midi. En attendant, on fait une première razzia dans la hiker box tout en mangeant nos restes de pizzas de la veille.

Alors qu’on attend notre chauffeur, on a une discussion un peu bizarre sur le porche avec les Dinsmores qui crachent un peu sur les hikers qui parfois ne leur laissent pas de donation. Il est vrai qu’il est de bon ton de laisser un peu d’argent aux trail angels chez qui on passe la nuit. Mais officiellement, il n’y a là rien d’obligatoire. Or les Dinsmores se plaignent que les hikers qui venaient chez eux avaient toujours assez d’argent pour acheter des bières mais jamais assez d’argent pour la fameuse donation. L’alcool est donc interdit chez eux. Pas uniquement des questions d’argent mais plutôt parce que les rares fois où ils ont eu des « soucis » avec des hikers, c’est parce qu’ils étaient bourrés. Mr Dinsmore raconte qu’une fois, un hiker qui ne connaissait apparemment pas la règle, avait rapporté 2 cartons de bière du supermarché. Il lui a alors proposé de mettre ses bières « en sureté » dans une pièce fermée dans le garage. Sauf qu’il ne lui a jamais rendus. Et de se vanter qu’il offrait des bières à ses amis avec les stocks qu’il avait « détournés » des hikers… J’éprouve une sensation étrange : les Dinsmores sont une institution sur le PCT et ce que j’entends là est assez loin de ce que raconte l’image d’Epinal du trail angel.

Notre chauffeur arrive enfin et nous emmène au supermarché. Après plus de 4 mois sur le trail, faire son resupply est toujours aussi compliqué. On ne sait jamais quoi prendre, on oublie toujours quelque chose… uughh !! De retour chez les Dinsmores, on fait nos food bags et on embarque même les dernières parts de pizzas de la veille : ça fera un excellent dîner !!

Cette fois on part pour 6 jours et sur la portion réputée la plus difficile du trail. Evidemment, on a jamais porté 6 jours de bouffe. On appréhende un peu. Mais pas le temps de se poser trop de questions, c’est l’heure de repartir. Snake Eyes vient avec nous mais laisse Widow qui a très mal au genou derrière lui. Snake Eyes et Widow marchaient ensemble depuis le début du trail et c’est un peu difficile d’assister à leurs adieux… Si tout va bien, elle essaiera de le rattraper dans quelques jours mais y a peu d’espoir que son genou lui permette.

Quand on arrive à Stevens Pass, on décide de s’offrir une dernière bière avant de repartir. Une bière se transforme en 3 et une grosse poignée de frites plus tard, il est 16h et on décide enfin à décoller.

On a que 10 miles à faire pour arriver jusqu’au lac où on a prévu de camper ce soir. Seulement 10 miles mais ils ne vont pas se faire tout seuls !! Et les sacs sont lourds… Pourtant le trail n’est pas très difficile. En chemin, on croise un monsieur qui nous offre des morceaux de pastèque. C’est tellement rare de manger des fruits frais que cette pastèque me semble paradisiaque…

On arrive au lac à 20h. Il y a pas mal d’autres gens, le lac n’est pas difficile à atteindre depuis Stevens Pass. On se trouve quand même un petit coin pour planter nos tentes et dévorer nos pizzas froides. Malgré la présence du lac, je galère à faire le plein d’eau. Le lac est très peu profond et plein de vase… Je mets un temps infini à remplir mes bouteilles avec mes doigts glacés.

Il fait vraiment froid dehors alors une fois ma corvée d’eau finie, je fonce dans mon sac de couchage et je ferme ma tente au maximum pour éviter que la condensation du lac ne mouille mes affaires à l’intérieur. Inch’allah!

PCT Day 117 : Dinsmores

du Mile 2444 à Skykomish (mile 2462)

On se réveille au bord du lac, des morceaux de brume flottant presque à portée de main. Evidemment, tout est couvert de condensation… On fourre tout dans les sacs, on verra ça plus tard. Pour l’instant, tout ce qu’on veut c’est arriver à Skykomish.

La route officielle nous ferait grimper une super côte à plus de 18% mais en regardant la carte on s’est aperçus qu’il y avait un side trail qui nous faisait contourner le problème et qui en plus est un peu plus court… bingo !

On revient donc un peu sur nos pas jusqu’à une intersection repérée la veille et on se met à descendre… C’est un l’aventure : le side trail n’est pas très bien marqué et quand on regarde sur nos GPS, on est carrément pas là où on devrait être… Mais on persévère et on finit par rattraper un side trail un peu plus bas : Deception Trail.

Deception Trail c’est 8 miles très très vert fluo avec des traversées de rivières sur des ponts de rondins, beaucoup, beaucoup, beaucoup de descentes et la température qui remonte au fur et à mesure, des fougères géantes, des champignons géants et pour finir, une magnifique rivière turquoise. Bon, au final, on n’est pas très sûrs d’avoir gagner beaucoup de temps mais c’était vraiment très joli. Et en plus, on a croisé personne !

On arrive sur l’autoroute juste à côté de Deception Falls State Park et c’est plutôt difficile de trouver un ride. Les voitures passent vraiment très vite et y a pas vraiment de place pour d’arrêter. On repart un peu en arrière sur l’autoroute pour trouver un endroit plus adapté et la première voiture qui s’arrête est un mec qui va chez les Dinsmores, LES trail angels de Skykomish. Le gars vient d’ailleurs de déposer des hikers à Stevens Pass et retourne chez eux.

Les Dinsmores habitent à quelques miles du centre du village et c’est plutôt agréable d’avoir un chauffeur perso.  Avant de nous amener « à la maison », il nous fait faire un petit stop dans un bar où on avale un fish & chips tous ensemble  puis on fait un rapide tour au petit magasin à côté mais on ne sait pas trop quoi acheter. On n’a pas vraiment besoin de quoi que ce soit…

Puis on arrive enfin chez les Dinsmores. On est tout seuls pour l’instant donc on choisit nos lits dans le garage aménagé en dortoir. Dans la cabane à côté, il y a une douche, chaude, et des tas de loaner clothes. On se choisit des tenues très très années 90 et une fois rhabillés pour l’hiver, on s’attaque à la corvée de lessive. C’est là que la machine à laver décide de décéder dans mes bras. Mme Dinsmore me propose du coup d’utiliser sa machine perso.

Dans l’après-midi, d’autres hikers sont arrivés dont Snake Eyes et Widow qu’on avaient rencontrés à Cascade Locks. Pendant que je me bats avec nos kilos de chaussettes puantes, les autres essayent de commander des pizzas. C’est pas non plus une mince affaire : y a pas de réseau et quand on arrive enfin à avoir quelqu’un au téléphone, il faut répéter 32 fois sa commande car les gens qui comprennent qu’on a enfin eu la pizzeria au téléphone viennent nous voir un par un pour rajouter quelque chose…

Les pizzas arrivent à 20h30 alors qu’on est à 2 doigts de mourir d’inanition et que mon cerveau s’est mis en grève après avoir regardé Mad Max et Waterworld… Mais ma soirée est loin d’être finie puisque jusque je vais attendre jusqu’à 23h30 que mes lessives soient sèches. Chaque fois que je fais un aller-retour vers la maison, Mr Dinsmore me surveille perché sur son tracteur-tondeuse…

Quand enfin je me couche, je réalise que le train passe à 15 mètres de la maison, que les trains passent visiblement toute la nuit et que les trains… ça siffle…

PCT Day 116 : The Sign of the Beaver

du Mile 2427 au Mile 2444

J’ai passé la nuit à faire peur aux bestioles qui tournaient autour de ma tente. Probablement des rongeurs mais ma tente est déjà pleine de trous réparé à l’élastoplaste…

Ce matin, il nous faut remonter sur le trail depuis le lac… uughhh ! L’avantage c’est qu’on se réchauffe rapidement. Une fois revenus sur le trail, la première montée est plutôt facile et en lacets. On est de retour dans la forêt, plus tellement de vues majestueuses. On traverses 2 petites rivières assez facilement en sautillant de pierres en pierres et à nouveau, c’est la longue, longue, trop longue descente… J’aime pas descendre… En plus, au bout, Guthook nous promet une rivière monstrueuse à traverser sur un tronc d’arbre hyper glissant. D’après les commentaires laissés par les hikers les jours précédents, c’est pas de la tarte : grosse rivière, beaucoup de courant, traversée difficile. D’ailleurs, on entend la rivière longtemps avant de la voir. Le stress monte…

Au détour du dernier virage, j’aperçois enfin le monstre. Alors certes, elle fait beaucoup de bruit mais c’est surtout parce qu’il y a une cascade quelques mètres en amont. La rivière en elle même est assez large mais elle se traverse ne 2 fois et seule la deuxième partie semble en effet un peu plus compliquée. Spider et Neo sont déjà passés et me font signe pour m’indiquer le chemin. C’est peut-être parce que c’est l’heure du déjeuner mais y a plein de gens qui sont arrêtés là. L’heure du déjeuner et sûrement le fait qu’on peut faire une pause au soleil et juste au bord de l’eau avec un petit courant d’air délicieux.

Au moment de repartir, Spider qui est le premier nous fait signe d’être prudents : tout le monde passe au même endroit et les grosses pierres qui tiennent le chemin commencent à se détacher. En plus il faut mettre les mains. Lucie passe devant moi et s’en sort sans trop d’acrobaties mais au moment où je pose ma main sur les rochers, tout s’effondre et j’évite d’être ensevelie de justesse. Lucie me hisse sur le trail et je fais un rapide état des lieux : juste une petite égratignure mais je suis couverte de poussière…

Et puis on reprend la montée jusqu’à Deception Lake. Deception Lake est très très loin d’être décevant. C’est même un des plus jolis endroits qu’on ait vus jusqu’à maintenant. Il est encore tôt (16h) mais l’endroit est si joli qu’on décide de camper là. L’emplacement est parfait, le lac nous appelle à grands cris, on ne résiste pas. En plus, d’ici, il y a un side trail qui rejoint la route qu’on voulait atteindre demain.

On s’installe donc tranquillement histoire de marquer notre territoire avant que d’autres n’arrivent et on tente de se baigner mais y a plein de vase… Deception ? Non, pas vraiment. L’eau est super froide de toute façon.

Il est tellement tôt qu’on ne sait pas trop quoi faire… Y a beaucoup de gens qui passent et hésitent à s’arrêter aussi : section hikers, sobos, nobos… On regarde passer les gens (à défaut de trains en piochant dans nos food bags. Spider qui met un point d’honneur à toujours avoir un livre dans son sac, nous raconte l’histoire de The Sign of the Beaver, un livre pour enfants dans lequel Matt, un fils de pionnier, fait ami-ami avec un Indien et lui apprend à lire en échange d’apprendre à chasser. Il y a un ours sur la couverture du livre et on a hâte qu’il arrive au passage où l’ours va apparaître…

On ne traîne pas trop quand le soleil se couche : il se met vite à faire froid et ça fait déjà longtemps qu’on a dîné… Demain, on arrive à Skykomish ! Town day !

PCT Day 115 : Tiens, y a une biche là !

du Mile 2405 au Mile 2427

Il a fait bien froid toute la nuit et j’ai à peine sorti ma tête de mon sac de couchage. Au réveil, le sol de ma tente est mouillé. J’essaye de la faire sécher le temps de prendre mon petit-déj et de ranger mes affaires mais peine perdue. Il fait trop froid pour rester assises à attendre, je ferai ça plus tard.

On se met d’accord pour faire 22 miles aujourd’hui. On part donc pour une journée très… Washington. Monter, descendre, remonter, redescendre, reremonter, reredescendre… Les vues sont toujours superbes, ça en deviendrait presque monotone. Je me perds dans mes pensées et me mets en mode pilote automatique sur fond de musique, un écouteur dans une oreille. De temps en temps, mon regard est capté par un truc qui bouge : ici une souris, là un Bambi…

On fait une pause déj au bord d’un lac avec une vue superbe et on croise un autre hiker qui vient de… Holland, Michigan ! Lucie et moi commençons à nous demander si y a un complot mondial ou si vraiment, le Michigan n’est pas le centre du monde…

L’après-midi est dans le même style et je commence à trouver tout ça un peu longuet. Mon humeur se dégrade franchement quand on arrive au campsite repéré et qu’il est déjà occupé ! Neo est là aussi, dans la même situation que nous. Je refuse tout net de faire 3 miles de plus pour arriver au suivant. On est sur une pente qui domine un grand lac et on décide de descendre s’installer sur la berge. La descente est très raide et j’essaye de en pas penser qu’il faudra remonter tout ça le lendemain. Mais l’emplacement en vaut la peine : on est seuls au monde avec une petite plage privée qui nous permet de faire un brin de toilette. Seuls au monde ou presque ! Une biche pas farouche du tout tourne autour de notre camp en mangeant des fougères.

Alors qu’on finit de dîner, un autre hiker fait son apparition et nous demande s’il peut s’installer avec nous. Il est Sobo et rit tout le temps. Le sol est vraiment dur et il a du mal à monter sa tente. Problème qui ne s’arrange pas quand je trébuche sur une de ses sardines et que tout s’effondre. Je me confonds en excuse mais le pauvre galère va dormir à moitié enseveli sous sa toile…

Cette nuit, on range bien nos chaussures et nos bâtons : les cerfs sont très attirés par le sel de notre transpiration et on ne veut pas que notre nouvelle copine grignote notre matériel.

 

PCT Day 114 : Up the mountain, down the mountain…

de Snoqualmie Pass (mile 2391) au Mile 2405

On se réveille au motel à 8h. Oui, on va repartir. Mais y a pas le feu au lac non plus… Puis on a payé la chambre jusqu’à 12h alors on va en profiter jusqu’au bout !

On prend donc une dernière douche avant de ranger nos sacs, replier nos tentes et sacs de couchage qui séchaient aux 4 coins de la pièce et on commence à se pencher sur la carte des prochains jours. On avait envoyé des resupply boxes à Stehekin mais finalement, on se dit qu’on ne va pas s’y arrêter. Même nous on commence à avoir l’impression qu’on passe notre temps à s’arrêter ! On appelle donc la poste pour faire transférer nos colis. Le monsieur est très patient et nous promet de faire ça immédiatement.

Une fois extirpés de la chaleur de notre chambre, on va manger un dernier curry au food truck et on en profite pour discuter un peu avec les autres hikers. Tout le monde nous promet que ces derniers miles avant la frontière canadienne sont les plus beaux du trail. Vers 12h30, on se met donc en route, laissant Snoqualmie Pass dans notre dos.

Le soleil est revenu, les températures sont encore fraîches, c’est le perfect hiking weather. Et ça tombe bien parce qu’on enchaîne les gros dénivelés en montée et en descente, typique Washington, avec de très belles vues depuis les sentiers balcons. Up a mountain, down a moutain…

Le vent est frais dès qu’on s’arrête et du coup on avance assez vite. On arrive à faire 15 miles dans l’après-midi. Les derniers miles se font une fois n’est pas coutume dans du gros pierrier. On rattrape Snake Eyes,un hiker qu’on avait croisé à Cascade Locks. On croit qu’il parle tout seul mais non, il est au téléphone. De l’autre côté du dernier col, les pierres disparaissent et on se retrouve dans l’herbe. Parfait, il est déjà 20h et on retrouve Neo qui a déjà monté sa tente depuis un moment.

On se prépare à dîner alors que le soleil est déjà derrière la montagne et il fait bien froid ! On se dépêche de tout ranger et on se roule en boule dans nos sacs de couchage. Il est 20h45 !